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Auteur Sujet: Black Midi  (Lu 804 fois)

Hors ligne Safrande

  • Troubadour
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Black Midi
« le: 21 Novembre 2025 à 21:46:15 »
J'ai découvert Black Midi y'a quelques semaines, ça tourne en boucle chez moi.

Ca faisait longtemps que j'avais pas été hype autant, j'ai l'impression de m'être prit une claque comme quand j'ai découvert des groupes comme Pink Floyd, Tool, Radiohead, etc ; c'est le genre de musique qui tente une nouvelle approche de la musique, c'est franchement moderne avec plein de vieux trucs recyclé, digéré jusqu'à la moelle, assimilé.

En gros c'est un groupe anglais, comme d'hab, qui a exercé entre 2017 et 2024, maintenant c'est fini (snif), et les mecs viennent un peu du post-punk, mais dès le premier album (Schlagenheim, paie ton nom) y'a un truc qui cloche : oké y'a des sons de guitares, des menaces, des rythmiques alambiqués, parfois des voix post punk (pour Picton, petites similarités avec le chanteur de Slint), mais putain pourquoi en plein milieux de l'album y'a de la country-prog (Western) ? C'est quoi ce chanteur à la voix nasillarde qui parle au lieux de chanter (Geordie Greep), qui serait bien plus à sa place dans un cabaret qu'au milieux de ce batteur énervé, fin, virtuose, absolument génial (il me fait penser, dans sa manière de perdre le rythme, mais de toujours retomber sur ses pâtes, de jouer presque abstrait par moment, de faire de sa batterie un instrument mélodique, à Tony Williams), et c'est quoi ces pétages de câbles du chanteur, pas du tout viriles, presque cartoonesques, c'est quoi cette musique qui peut être totalement tragique par moment (Near DT, MI), et totalement délirante à d'autres (bmbmbm, franchement oubliable, mais qu'est ce que ça fout là, c'est quoi ce délire à la Trout Mask Replica).

Premier album donc, pour moi c'est le moins bon, on sent que y'a un truc qui pointe, mais ça n'atteint pas vraiment son plein potentiel ; y'a des lourdeur de compositions, ça s'appuie parfois trop sur des gros riffs de guitares, mais y'a déjà un truc, une ambiance (qu'on retrouve pas d'ailleurs dans les autres albums, d'ailleurs les trois albums sont vraiment différent en termes d'arrangement, d'ambiance, de tout) : les compositions sont imprévisibles, y'a une vraie patte, une énergie communicative : c'est branlant, irrationnel, et miraculeusement cohérent.

C'est à partir du deuxième album (Cavalcade) que les choses deviennent sérieuses pour moi : l'album est assez sombre, sans être lent (la section rythmique et toujours survoltée, même dans les moments calmes ; je l'ai pas dit avant mais : le basiste est aussi bon, aussi inventif que le batteur), on quitte les progressions harmonique parfois post punk bas du front pour quelque chose de plus nuancé, de plus insidieux, de plus complexe ; y'a clairement des influences jazz, on sent très nettement pointer Zappa, et clairement, ce que j'ai décidé d'appeler de la... variété désuète et sophistiquée (en fait c'est clairement de la vieille variété que jamais j'écouterais, mais l'environnement dans lequel elle pope est tellement improbable qu'on se laisse embarquer, et on sent qu'il y a toujours une petite folie derrière qui couve, ça se prend jamais totalement au sérieux, c'est pompeux et théâtrale, mais y'a toujours un truc qui rend ça génial - genre la tension toujours maintenue dans Marlène Dietrich qui la rend au final assez touchante, la sauve du ridicule, même les arrangements en vrai, la section corde est étrangement juste, suffisamment discrète, pour être prise au sérieux, ou encore le final de Ascending Forth, torrentiel, pour un morceau assez poussif, mais qui a cette hésitation constante (grâce aux changement de rythme, de section, de gamme, imprévisible) tout du long qui le rend émouvant, malgré la voix théâtrale, surtrémoloté, de Geordie Greep - il a un timbre et un accent assez spécial, j'ai vu un com sur youtube qui disait que c'était le Bjork masculin, ça se tient).
Y'a un morceau un peu à part sur cette album, qui ressemble à aucun autre de leur discographie (enfin y'en a plein des morceaux comme ça), c'est Diamond Stuff, très lent et sombre au début, dépouillé, qui finit par une montée limite psyché, mais sublimissime, ça faisait longtemps qu'une progression harmonique ne m'avait pas autant fasciné, on dirait presque du Chopin, les claviers sont sublime, crépusculaires, étranges, la basse est enveloppante, sublime (je crois qu'une bonne partie de la réussite de ce segment est dû à la basse), c'est un mélange paradoxal, en terme d'émotion, de regret, d'urgence (le batteur est tentaculaire et tout en retenue, c'est d'une finesse magnifique), de vertige presque cosmologique, etc.
Encore plus que dans l'album précédent les morceau sont imprévisibles, calibrés pour les tdah ; comme sur l'album précédent y'a des trucs irrationnels, des pétages de câble (genre d'entré de jeu y'a John L, morceau presque bruitiste, lourdement martelé, pas fait pour être agréable : ces mecs là sont pas venu pour plaire, ça se voit ils sont dans leur délire, on sent une grande spontanéité/naïveté/liberté dans leur musique, ça se voit ils ont pas peur d'aller au bout d'une idée et c'est ça qui est génial, et qui fait tolérer leur dérives successives ; et à l'image du leader (Geordie Greep : un com sur youtube disait de lui qu'il avait le talent de faire 25 et 50 ans en même temps) ça sonne à la fois ultra moderne et franchement vieillo, trop bizarre comme impression - on sent clairement le prog années 70 faut pas se mentir, le punk, Zappa, mais c'est mélangé avec tellement de souffle à d'autres trucs comme du jazz, de la variété, dans des compos épileptiques, que ça fait aussi avant garde. Le meilleur morceaux de l'album est sans doute Chondromalacia Patella, mélange de rock bien énervé, et de jazz hyper fin - le batteur fait presque tout le morceau.

Et enfin le bijoux, leur dernier album, Hellfire, qui porte bien son nom ; rien que pour l'enchainement des 5 premiers morceaux c'est du grand art, pas le temps de respirer, on comprends rien à ce qui se passe, on est embarqué dans une multitude de monde urgemment, c'est totalement jouissif ! Le début c'est du cabaret d'horreur, avec Greep qui veut pas fermer sa gueule, c'est absolument pompeux, catastrophique, puis y'a un commentateur de catch ou d'mma qui pope, qui introduit un combattant en criant, et là on pense que la musique va partir, et on est totalement pris à contrepied, on se retrouve sur une plage des tropiques dans les années 80 (Sugar/Tzu), musique limite romantique, suave, tout ce qu'il y a de plus kitch, avec la voix sensuel de Greep, qui quelques secondes avant était dans le rôle d'un présentateur fou, puis là ça part en vrille, la musique commence vraiment, un truc survolté sur lequel on peut pas resté sans bouger, ça prend le corps, c'est totalement fou, puis le morceau se déroule, au milieu y'a une petite accalmie, genre un peu menaçante, limite crime des tropiques, avec plein de percus exotiques, des cuivres flamboyants, puis à la fin ça reprend, et vers les dernière seconde quand on pense que le morceau culmine, tout se tait et un dernier riff est lancé à la guitare seule, avant d'être repris par absolument tout l'orchestre en feu dans un des moment de musique les plus jouissif que je connaisse, et genre même pas le temps de souffler qu'il y a un morceau de salsa diabolique qui surgit sans intro (Eat men Eat), on est direct plongé dedans, genre cette transition pareil c'est une des plus brillantes que je connaisse, c'est absolument génial, le morceau est narquois, vicieux, menaçant, bouillant, pareil avec force cuivres qui viennent le soutenir, une voix sortie de la musique psychédélique, nargueuse, y'a un moment on dirait de la musique tzigane, puis à la fin ça finit que ça gueule un bon coup, en mode post punk, presque metal (mais dans la prod y'a rien de tout ça, y'a même plus aucune trace de ça), et là ça s'arrête, et enchaine le tube, la machine infernale, Welcome to Hell, marche anti militaire ultra groovy en mode Primus, avec Greep qui veut définitivement pas fermer sa gueule, ultra bavard, sur une prod cartoonesque, bancale, bourrée, satanique, caricaturalement dramatique, solo incroyable de batterie, puis ça finit en punk ultra vénère, le genre de truc qui décroche le cou, et dès que c'est finit c'est pareil, on enchaine sans intro, on est direct plongé dans de la country triste, ultra bien arrangée, hyper léchée, limite touchante (ça me fait penser aux musiques caricaturalement triste des Beatles, genre The Fool on the Hill, qui au final est touchante en voulant se moquer des musiques tristes ; y'a clairement un côté Beatles dans Black Midi, dans ce côté musique au 1er degré mais pas tout à fait, ça flyrte aussi avec le 2ème degré, on est jamais sûr), mais y'a l'enfer qui surgit de temps en temps, et ça finit sur du silence bien lourd, soutenue lugubrement par quelques cordes, puis Picton pousse un peu la chansonnette mais ça s'éteint dans l'ambiguïté.
Et alors qu'on était dans le premier apaisement de l'album, le silence est déchiré par un bruit de radio, puis débute le morceau le plus wtf du groupe (The race is about to begin), sacré délire, avec une citation assumé à Zappa en plein milieu, c'est un mélange de bruitisme, de comédie musicale, de course poursuite, de bavardage incessant déclamé le plus vite possible, f'in on comprend rien mais on pardonne, c'est pas génial mais ça participe à l'ambiance délétère de l'album.
Dangerous liaison est géniale elle par contre, mélange indescriptible de jazz, de musique cubaine, de metal, limite un passage de polka, fugace, f'in j'ai pas assez de culture musicale pour les repérer toutes.
The Defence est à mon avis le défaut de l'album, c'est de la variété avec une section cuivre assez pompeuse mais sans le côté un peu comique et touchant qui caractérise Black midi d'habitude, mais heureusement ça dure pas longtemps, on sent que c'est premier deg et c'est moins intéressant, moins inventif.
Et dernier morceau 27 questions, un truc martelé lourdement et volontairement dissonant, désagréable, qui en plein milieu tourne à la véritable comédie musicale joyeuse, virtuose, théâtrale, pour finalement retomber dans le bruit et le drame, pas forcément à la hauteur du reste, mais très sympa quand même, ça établie définitivement la schizophrénie du groupe tout au long de l'album, qui oscille constamment entre une multitude d'état, d'émotion, de genre, etc.

Black Midi c'est vraiment le groupe de l'hybridité, c'est clair que c'est pas nouveau, mais ces mecs ont tellement bien assimilé leurs influences que leur musique parait naturelle et en tout point cohérente (les styles mélangés aussi sont limités et approfondis : y'a de vrais morceaux de varièt, des vrais morceaux de prog, etc), c'est pas juste pour rire, pour montrer qu'ils maitrisent plusieurs styles, pour montrer leur virtuosité, c'est pas gratos, c'est toujours une nécessité et c'est souvent fait avec force, ça a toujours un intérêt musical. Je prends vraiment leur musique comme une célébration, ça donne un tel enthousiasme, une telle croyance et un tel espoir en la musique.

F'in bref, nouvel amour débloqué, je pense sans dec que c'est un des groupe les plus stylés de la dernière décennie, et sans doute aussi de celle à venir ; ça ne fera sans doute pas de petits, tant c'est spécifique, tant ça a une pâte marqué ; ça a duré que trois albums et ça a été super intense, j'suis tellement content que ça a existé.
Ils sont surtout connu pour leurs concerts aussi, c'est là qu'ils se sont fait connaitre ; regardez n'importe quel concert d'eux les mecs ils sont à fond, le batteur c'est un fou, Greep a une sacrée aura.

D'ailleurs Greep a continué en solo, il a fait un album qui s'appelle The new sound, qui ressemble sensiblement à la musique de Black Midi (on sent qu'il a pris beaucoup de place sur Hellfire), et s'il y a quelques pépites, il n'y a pas trop cet équilibre si fragile entre les musiques exotiques, la varièt, la country, le prog, le punk, la noirceur, la fête, la rythmique entrainante, la voix bavarde et délirante de Greep, et celle plus mélodique et névrotique de Picton, c'est vraiment l'harmonie et la complicité entre les membres qui enrichissait la musique de Black Midi, dans un équilibre tellement instable, extrême de part et d'autre, mais chaque fois maintenue - on voit dans l'album solo de Greep que c'est lui qui apportait le côté cubain, 2ème degré, comédie, variété, de Black Midi - ; dans les titres pas mal de The New Sound y'a Blues, dans le genre très bavard (l'album entier est très, voir beaucoup trop, bavard) et urgent, jouissif ; y'a Holy Holy, gros hit que vous avez peut-être déjà entendu ; Walk Up, qui a limite une partie musique de Mario kart, mais pas fou fou ; Through a war est géniale de part en part, meilleur morceau de l'album je trouve ; et As it Waltz est assez touchante.

Faut écouter les trois album de Black Midi, ils sont tous les trois bien, pas de déchets - quelques morceaux en deçà de temps en temps, mais sinon tout se tient, s'écoute d'une traite - ; bonne écoute à ceux qui franchissent le pas !
« Modifié: 24 Novembre 2025 à 20:30:39 par Safrande »
Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

 


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