Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

01 février 2023 à 00:11:09
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le bout du tunnel

Auteur Sujet: Le bout du tunnel  (Lu 325 fois)

Hors ligne Beglous

  • Tabellion
  • Messages: 26
Le bout du tunnel
« le: 20 novembre 2022 à 11:52:09 »
Bonjour à tous,

Allez, je me lance.
Ce court texte est une première tentative pour travailler le monologue intérieur et le dialogue : des formes narratives que j'aimerais développer et mieux maîtriser. J'aimerais beaucoup parvenir à un texte de théâtre expérimental mais j'en suis encore très très loin ><
Vos conseils et vos remarques sont les plus-que-bienvenus pour m'aider à progresser.



" L’étrange étranger /
Je ne suis pas d’ici. Cela se voit sans doute. J’essaye pourtant de le cacher. Mais c’est ma voix qui dévoile tout, qui dit d’où je viens, ce que j’ai quitté. Les gens s’imaginent tout de suite ce que je viens chercher. Ils me pensent fait pour ne rien trouver. Ils se disent, celui-là, il va gratter à s’en écorcher les doigts, il va creuser comme un forcené la terre ingrate, la terre qui s'étiole, cette peau de chagrin. Voilà ce qu’ils se disent à bien m’y regarder. À bien m'y regarder, du haut de leur balcon. Ha ! Ils y font pousser des plantes exotiques ! Mais mon exotisme à moi il ne leur revient pas. L’exotisme, ils le mettent en pot, ils le couvrent en hiver ou le font mourir sur pied pour le racheter à neuf au printemps. Ça se montre en fleur puis c'est jeté au pavé. Tiens, pour l'éboueur ! Voilà tes étrennes, des pieds morts et de la terre foulée. Mais moi je ne suis né ni de la fleur, ni du chou. Je suis né du con de ma mère. De cette femme salie à force de trop fléchir, le nez dans la terre et qui ne pouvait plus se relever de la poussière. Je viens d’elle. Et elle-même ne vient pas d’un bouton de fleur.
Les gens des balcons ils ne connaissent pas la terre, la vraie. Ils se penchent du haut de leur atmosphère et ils se disent qu’ils voient mieux de loin ce qui se trame plus bas. Ils prennent du recul. Ils sont là pour relativiser. Moi je ne fais que passer. Ce n’est pas ici que je compte m’arrêter, pas encore, j’ai du trajet moi, j’ai des kilomètres qui m'attendent, des centaines et des centaines de kilomètres. Il y a bien un lieu que je cherche mais je ne l’ai pas encore trouvé. C’est juste une question de principe. Je n’ai pas tout quitté pour m’arrêter en chemin. Et d’ailleurs, je n’ai rien quitté, j’y reviendrai. Mais c’est indécent de juste passer. Cela vous colle à la peau, c'est une veste détrempée, être de passage c’est porter la précarité. J’aimerais pas que ma misère me fournisse un laisser-passer. J’aimerais que ce soit la liberté qui m'ouvre des portes. Et le courage aussi, celui qu'il m’a fallu pour dire aurevoir. Les gens des balcons ne savent pas ce que c’est que l’adieu. C’est un mot qui ne s’entend plus, adieu, et pour cause, il a perdu sa raison d’être chez ceux qui ne passent pas, chez ceux qui regardent d’en haut, entre deux pots d'exotisme.
On n’y voit rien ici. Je me suis faufilé ce matin, je pensais ressortir ce soir, mais impossible de savoir le temps qui s'est écoulé. C’est un tunnel, c’est un long boyau et je sens qu’au bout il peut y avoir ce que je cherche. Quand on s’éloigne de son centre de gravité, on n’est plus rien sans son instinct. Il n’y a pas de mur autour de soi pour éviter la chute, il n'y a plus d’autre, de famille, de société. Il n’y a plus que soi-même et son instinct.

La voix du tunnel /
Cela me paraît évident, heureusement que je suis là.

L’étrange étranger /
Penses-tu qu’au bout de ce tunnel je vais trouver le lieu ? Crois-tu qu’il y en a encore pour long ? Je fatigue. Je n’y vois rien. Je suis à bout.

La voix du tunnel /
Les deux vont généralement de pair. Les myopes ont souvent des maux de tête. Et l’astigmatisme aussi, ça vous forage le crâne par les globes oculaires. C’est clairement du handicap sous-estimé. Et puis ces maux de tête lancinants, il y a de quoi être un fatigué chronique !

L’étrange étranger /
Qu’est-ce-que tu racontes ? Je ne vois simplement rien parce qu’il y fait tout sombre, tu vois bien par toi-même !

La voix du tunnel /

Moi ? Mais je suis aveugle !

L’étrange étranger /
Allons bon ! Tu es mon instinct et tu es aveugle ! Mais comment savoir si je suis sur la bonne route alors ?

La voix du tunnel /

Rectification : je suis la voix du tunnel.

L’étrange étranger /
Tu veux dire que tu es l’instinct du tunnel ?

La voix du tunnel /
Je ne sais pas trop, je suis la voix qui t’accompagne durant ton passage dans ce tunnel. Disons que je suis une zone instinctive délimitée et longiligne.

L’étrange étranger /
Longue de combien ?

La voix du tunnel /
Sur quelle échelle de mesure nous appuyons-nous ?

L’étrange étranger /
Pardon ?

La voix du tunnel /

Sommes-nous sur un plan spatial ou temporel ? Parlons-nous d’un poids ou d’un volume ? Parlons-nous d'âge et de création du monde ?

L’étrange étranger /
De temps, du temps ! C’est ce qui me coûte le plus actuellement, c’est le plus lourd à porter. Chaque pas que je fais, chaque kilomètre que je laisse derrière moi c’est autant de retrouvailles reportées. Je me languis des miens, de mon sol, de mes us et de mes airs. Tu sais l’air d’ici ne sent pas la même chose. Je ne respire pas pareil. Je sens bien que mes poumons ne s’emplissent pas bien. C’est comme une nourriture appauvrie que je leur donne. Ils sont sous-alimentés. Et depuis que je me suis engouffré dans ce tunnel, c’est encore pire. Je suffoque presque. Cela va finir par me voûter parce que mes poumons ne sont plus assez pleins. Ils ne sont pas satisfaits. C’est toute ma carcasse qui va s’atténuant. J’aimerais bien qu’on me reconnaisse à mon retour. J’aimerais paraître plus fort, qu’on se dise il est coriace celui-là d’être parti, c’est un dur à cuire, il est bien fait, il a tenu tête à toutes ces histoires que les exilés traînent avec eux. J’aimerais qu’ils me retrouvent grandit, qu’ils se disent que j’ai bonne allure, que je suis parti avec l’espoir et que je suis revenu avec la puissance et le savoir. J’aimerais pas rentrer tout rachitique avec les poumons dégonflés.

La voix du tunnel /
Vas-y souffle, je vais compter.

L’étrange étranger /

Je souffle quoi ?

La voix du tunnel /
De l'air, tu souffles ton air, le plus longtemps possible, tu souffles afin que ton air parvienne jusqu'à la sortie.

L’étrange étranger /

Mais c’est impossible !

La voix du tunnel /
Dans l’intention seulement, tu fais ça avec l’intention de porter ton souffle jusqu’à la lumière. Allez, vas-y, je compte.

L’étrange étranger /
(souffle)

La voix du tunnel /

(compte) "
« Modifié: 20 novembre 2022 à 18:16:24 par Beglous »

Hors ligne Stevius A

  • Troubadour
  • Messages: 274
    • Blog d'écrivainde Stevius A
Re : Le bout du tunnel
« Réponse #1 le: 20 novembre 2022 à 13:17:52 »
Bonjour Beglous,
je passais par hasard et que vois-je ? La première de Beglous !  ;)

J'ai compris que c'était une tentative, mais est-ce que cette histoire est finie ?

J'ai relevé deux ou trois coquille, rien de bien grave :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Tranches de vie et carnets de voyages peu classiques sur fond d'écriture non policée...

Hors ligne Beglous

  • Tabellion
  • Messages: 26
Re : Le bout du tunnel
« Réponse #2 le: 20 novembre 2022 à 18:12:30 »
Hey Stevius ;D

Merci beaucoup d'être passé et d'avoir pris le temps d'une lecture attentive et d'un retour précis, ça fait plaisir :)

Oulahah pas mal de coquilles en effet, je vais reprendre tout ça.

Pour le "/" et le "en gras", c'est juste une question esthétique en vérité, pas de sens particulier.

Alors non, effectivement, cette histoire n'est pas finie, je l'avais laissée un peu de côté. En fait, j'ai un projet en jachère d'un texte de théâtre - un seul en scène - qui nécessiterait de bien maîtriser le format du monologue intérieur. Et cette histoire c'était un peu mon sujet expérimental pour aborder ce format. Cela dit, j'ai bien une petite idée de suite qui me trotte dans la tête :-¬?

Allez, je vais faire les corrections qui s'imposent !

Hors ligne UmanaFragilita

  • Tabellion
  • Messages: 31
Re : Le bout du tunnel
« Réponse #3 le: 01 décembre 2022 à 16:02:47 »
Bonjour,
Pour moi, il y a comme deux parties dans ce texte, et je n'arrive pas à les raccrocher l'une à l'autre.

La première partie, ce sont les deux premiers paragraphes, que je trouve très biens, très forts, presque violents. Je suis rentré dedans directement. Il y a un mystère autour de cet étranger, on a envie de le suive, d'en savoir plus. Ça remue beaucoup d'émotions, et c'est un parfait incipit.

Et puis il y a la deuxième partie avec le tunnel, et là j'avoue que je n'ai pas compris où tu voulais en venir. Au lieu de clarifier le mystère des deux premiers paragraphes (c'est ce que j'attendais), ou de le relancer en prenant soin d'aiguiller le lecteur, on se retrouve sans savoir comment ni pourquoi dans un endroit obscur qui arrive là sans motif apparent. A partir de là je décroche, ça ne fait plus sens pour moi, et c'est dommage parce que le début est très accrocheur.

Une autre remarque :
Citer
Il n’y a pas de mur autour de soi pour éviter la chute
Un mur n'évite pas une chute, il délimite un espace. A la limite une rambarde. Sinon c'est plutôt le sol sous nos pieds qui nous empêche de chuter. Je dirais plutôt "il n'y a pas de mur autour de soi pour nous guider à tâtons".

Il y a des qualités, sinon. Bon courage.  :)
   
« Il fait toujours nuit, sinon on n’aurait pas besoin de lumière » (Thelonius Monk)

Hors ligne Beglous

  • Tabellion
  • Messages: 26
Re : Le bout du tunnel
« Réponse #4 le: 01 décembre 2022 à 23:00:01 »
Bonjour UmanaFragilita,

Merci à toi d'être repassé !

Tu me rappelles à la remarque de Stevius qui interrogeait une suite. Effectivement la deuxième partie que tu évoques nécessite d'être clarifiée, et pour moi cela veut dire être continuée. Je vais m'y atteler sous peu !

Merci pour ton retour sur la première partie, il me conforte dans mon objectif de donner corps à un personnage par sa seule parole.

J'entends bien ta logique du mur et de la chute, ça se tient, seulement en l'écrivant je voulais parler du mur comme un espace contenant plutôt que comme un mur concret. Un mur sur lequel on peut s'appuyer. Je vais y réfléchir à partir de ta proposition.

Merci pour tes encouragements, je vais poursuivre :)

 


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