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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Théâtre] Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)

Auteur Sujet: [Théâtre] Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)  (Lu 31274 fois)

Hors ligne Marygold

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[Théâtre] Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« le: 26 février 2007 à 13:58:10 »
C’est le topic de Kratos qui m’a fait replonger dans ce qui est peut-être ma pièce de théâtre préférée… Le magnifique chef-d’œuvre d’Edmond Rostand !

Petit topo sur Edmond Rostand et la pièce (source : wikipédia, agrémenté de commentaires :P) :
Edmond Rostand est né dans une famille aisée de Marseille, le 1er avril 1868 (j’aime beaucoup cette date, elle préfigure pour moi le personnage de Cyrano : un peu anarchique et complètement fantaisiste)

La représentation de Cyrano de Bergerac, le 28 décembre 1897, à Paris, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, va lui apporter la gloire. Pourtant, quelques minutes avant la pièce, Rostand pressent un fiasco et demande pardon à la troupe de l'avoir entraînée dans « cette effrayante aventure ».

En réalité la pièce fut un véritable succès : dès l'entracte, la salle applaudit debout et même, un ministre vient le trouver dans les coulisses, décroche sa Légion d'honneur pour la lui agrafer, et s'explique : "Permettez-moi de prendre un peu d'avance". Et, au baisser de rideau, le public d'applaudir à tout rompre, vingt minutes durant !
La pièce reste cependant difficile à jouer à cause des décors très différents de chaque acte, du nombre de personnages, de sa longueur, de la longueur du rôle titre (mille six cents vers pour lui, un record), et de la présence même d'une scène de bataille. (mais la Comédie Française en donne en ce moment une représentation formidable)

Edmond Rostand s'est inspiré plutôt librement pour sa pièce d'un personnage réel, Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), que l’on a plutôt oublier au profit du personnage de fiction (mais les scènes sur l’homme venu de la lune, acte III scène XIII, sont un clin d'oeil aux ouvrages du vrai Cyrano).

Le succès de Cyrano de Bergerac est à regarder en fonction du contexte de l'époque : omniprésence du théâtre de boulevard, défaite de 1870, affaire Dreyfus, récents attentats anarchistes (dont celui qui coûta la vie au président Sadi Carnot), etc. Dans un tel contexte, cette pièce, grandiose, héroïque, peignant un héros qui se bat même lorsque cela est inutile, fut ressentie comme une bouffée d'oxygène dans une époque trouble et comme un exemple à suivre.

Cette pièce lui montrait qu'on peut être infortuné dans tous les domaines (naissance, fortune, carrière, amour...) et ne rien perdre pour autant de son panache, voire à certains égards faire pâlir des puissants (Valvert, De Guiche) par son courage, sa verve et sa force morale. Le héros est un homme de haute volée, plein d'esprit, de courage, qui souffre de sa laideur ; en cela la pièce est une ode à tous ceux que la société met de côté pour diverses raisons, à tous les "petits" écrasés par les "grands". Elle montrait aussi qu'un amour n'avait pas besoin d'être partagé pour être exemplaire, que la fidélité à une attitude peut durer toute une vie, et — révélation dramatique de l'avant-dernier acte — que même une précieuse peut non seulement avoir du cœur, mais préférer l'âme d'un homme à son physique ou à sa fortune.

Extrait, peut-être le plus connu : (acte I, scène IV)

LE VICOMTE
Personne ?
Attendez ! Je vais lui lancer un de ces traits !...
Il s'avance vers Cyrano qui l'observe, et se campant devant lui d'un air fat.
Vous.... vous avez un nez... heu... un nez... très grand.

CYRANO, gravement
Très.

LE VICOMTE, riant
Ha !

CYRANO, imperturbable
C'est tout ?...

LE VICOMTE
Mais...

CYRANO
Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme...
En variant le ton, -par exemple, tenez
Agressif : "Moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse !"
Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse,
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !"
Descriptif : "C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule !"
Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?
D'écritoire, monsieur, ou de boîtes à ciseaux ?"
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?"
Truculent : "Ca, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez ?
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?"
Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !"
Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane !"
Pédant : "L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Put avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !"
Cavalier : "Quoi, l'ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode !"
Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !"
Dramatique : "C'est la Mer Rouge quand il saigne !"
Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne !"
Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?"
Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ?"
Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue !"
Campagnard : "Hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain !
C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain !"
Militaire : "Pointez contre cavalerie !"
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !"
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !"
-Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.


Et un autre, que j’aime beaucoup : (acte II, scène VIII)

LE BRET
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire
La fortune et la gloire...
 
CYRANO
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Etre terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ?"...
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, -ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

LE BRET
Tout seul, soit ! mais non pas contre tous ! Comment diable
As-tu donc contracté la manie effroyable
De te faire toujours, partout, des ennemis ?

CYRANO
À force de vous voir vous faire des amis,
Et rire à ces amis dont vous avez des foules,
D'une bouche empruntée au derrière des poules !
J'aime raréfier sur mes pas les saluts,
Et m'écrie avec joie : un ennemi de plus !

LE BRET
Quelle aberration !

CYRANO
Eh bien ! oui, c'est mon vice.
Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.



Allez vous faire plaisir : http://fr.wikisource.org/wiki/Cyrano_de_Bergerac_%28Rostand%29 et revenez faire part de vos impressions ! :)
« Modifié: 07 septembre 2015 à 23:55:52 par Rain »
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Hors ligne Gros Lo

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Re : E. Rostand - Cyrano de Bergerac
« Réponse #1 le: 26 février 2007 à 16:37:01 »
Ca me rappelle des cours de théâtre... :)



J'avoue que je n'ai pas lu la pièce. Je connais des extraits, comme ceux que tu nous présente, mais jamais un prof de français ne m'a demandé de lire Cyrano, et je n'l'ai pas fait de moi-même...

Peut-être un truc à rattraper ;)
« Modifié: 20 avril 2009 à 21:10:11 par Marygold »
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Hors ligne Marygold

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Re : E. Rostand - Cyrano de Bergerac
« Réponse #2 le: 26 février 2007 à 16:39:51 »
Les profs font rarement lire Cyrano (en tout cas personnellement je ne connais personne qui m'ait dit qu'il l'avait étudié en classe). Peut-être parce qu'il ne savent pas trop comment présenter cette oeuvre et l'intégrer dans un courant...
En tout cas c'est certainement un truc à rattraper ! ;) En plus, ça se lit tout seul et c'est pas très long ! Si t'as une soirée de libre, lance-toi !
« Modifié: 20 avril 2009 à 21:10:26 par Marygold »
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Hors ligne Milora

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Re : E. Rostand - Cyrano de Bergerac
« Réponse #3 le: 23 juin 2007 à 19:57:15 »
En première, on en avait un extrait dans la liste des textes, et comme j'avais le livre, j'ai voulu lire la pièce entière...
Et je n'ai pas regretté ! J'avais bien aimé, à ma plus grande surprise (j'aime assez rarement les trucs qu'on étudie en classe), et, chose rare, je crois que j'avais même versé une petite larme à la fin ! Il faudra que je le relise, un de ces jours !
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne ernya

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Re : Cyrano de Bergerac (ROSTAND Edmond)
« Réponse #4 le: 17 mai 2008 à 00:02:46 »
j'adore Cyrano!!!!
Le comédien qui doit jouer le personnage doit avoir une mémoire prodigieuse mais quel rôle!!!
il trouve toujours le bon mot, c'est merveilleux!
si je pouvais parler, rien qu'une fois comme lui...

c'est une excellente pièce
le vocabulaire est particulièrement soigné, le jeu sur le rythme aussi, l'intrigue est intéressante
cette pièce a tout pour plaire!!!!
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Ryuffine

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Re : Cyrano de Bergerac (ROSTAND Edmond)
« Réponse #5 le: 17 mai 2008 à 00:33:25 »
Moi aussi j'adore cette pièce ! Elle est tellement bien écrite... Cyrano a en effet une telle manière de s'exprimer, de trouver le bon mot ! Du grand art...

Et moi aussi, j'ai étudié cette pièce en classe, en 3ème. Je m'en rappelle, on avait même regardé le film avec Depardieu, et puis, on avait eu une rédaction à faire : on devait réécrire la superbe réplique qui commence par :  "Un baiser, mais à tout prendre qu'est-ce ?". C'était interressant, comme exercice, j'ai encore la rédac quelque part il me semble...

Enfin bref, à lire et à relire ^_^

Hors ligne Andylan

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Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #6 le: 29 août 2009 à 22:19:57 »
Ah.. Sans nul doute l'une de mes pièces de théâtre favorites. Le personnage, son caractère et la qualité de l'écriture sont tout bonnement à envier. Combien de fois j'ai pu lire ce livre, doux jésus ? Il trône sur ma table de chevet comme un trophée, et durant mes insomnies, c'est le premier à être ouvert.
Obligatoirement il fallait citer le long discours que Cyrano oppose au Vicompte, sur son nez, avec le fameux  "C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule !". Je citerai donc des parties plus douces, et plus romantiques (mon âme de jeune fille sensible en fleur sans doute) :

ROXANE
Mais l’esprit ? ...

CYRANO
                      Je le hais, dans l’amour ! C’est un crime
Lorsqu’on aime de trop prolonger cette escrime !
Le moment vient d’ailleurs inévitablement,
– Et je plains ceux pour qui ne vient pas ce moment !
Où nous sentons qu’en nous une amour noble existe
Que chaque joli mot que nous disons rend triste !

ROXANE
Eh bien ! si ce moment est venu pour nous deux,
Quels mots me direz-vous ?

CYRANO
                              Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquets : je vous aime, j’étouffe,
Je t’aime, je suis fou, je n’en peux plus, c’est trop ;
Ton nom est dans mon cœur comme dans un grelot,
Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
Tout le temps, le grelot s’agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j’ai tout aimé
Je sais que l’an dernier, un jour, le douze mai,
Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J’ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que, comme lorsqu’on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Sur tout, quand j’ai quitté les feux dont tu m’inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !

ROXANE, d’une voix troublée
Oui, c’est bien de l’amour...

CYRANO
                              Certes, ce sentiment
Qui m’envahit, terrible et jaloux, c’est vraiment
De l’amour, il en a toute la fureur triste !
De l’amour, -et pourtant il n’est pas égoïste !
Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n’en savoir jamais rien,
S’il ne pouvait, parfois, que de loin, j’entendisse
Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !
– Chaque regard de toi suscite une vertu
Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu
À comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?
Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ? ...
Oh ! mais vraiment, ce soir, c’est trop beau, c’est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m’écoutez, moi, vous !
C’est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n’ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu’à mourir maintenant ! C’est à cause des mots
Que je dis qu’elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez ! car j’ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !

Et :

ROXANE, s’avançant sur le balcon
                                          C’est vous ?
Nous parlions de... de... d’un...

CYRANO
                                     Baiser. Le mot est doux !
Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l’ose ;
S’il la brûle déjà, que sera-ce la chose ?
Ne vous en faites pas un épouvantement
N’avez-vous pas tantôt, presque insensiblement,
Quitté le badinage et glissé sans alarmes
De sourire au soupir, et du soupir aux larmes !
Glissez encore un peu d’insensible façon
Des larmes au baiser il n’y a qu’un frisson !



« Modifié: 29 août 2009 à 22:26:27 par Andylan »

Hors ligne Jyuuu

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Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #7 le: 14 septembre 2009 à 11:28:53 »
Ah, Cyrano ! Que de souvenirs !

Je l'ai étudié en classe de quatrième, me semble-t-il. Ma prof' de français en était amoureuse, je pense. Cela avait duré un bon mois. J'avoue ne pas avoir aimé, à l'époque. Je l'ai relu, récemment, et j'ai changé radicalement d'avis. La beauté, le sens, les mots ! Et puis, quelles tirades ! Non vraiment, il ne faut pas passer à côté de cette œuvre. Ce serait également passer outre le talent de Rostand...

En revanche, je ne sais pas vous, mais cela me fait le même effet que Roméo et Juliette. Je trouve les adaptations souvent plates ou sans vie...
Vivons notre vie avec force et chocolatS !

Hors ligne Marygold

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  • marmotte aphilosophique
Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #8 le: 14 septembre 2009 à 13:46:11 »
Citer
En revanche, je ne sais pas vous, mais cela me fait le même effet que Roméo et Juliette. Je trouve les adaptations souvent plates ou sans vie...
Pas d'accord. Et pourtant j'ai souvent beaucoup de mal à voir adaptées les oeuvres que j'ai adorées, ou à voir joués mes personnages préférés.

J'ai découvert la pièce par une adaptation télé, où Cyrano est joué par Daniel Sorano, un vrai délice :coeur: On peut en voir un extrait ici (la tirade du nez)

Et plus récemment, je l'ai vu joué à la Comédie Française, et là encore j'ai été conquise par les acteurs. Il existe d'ailleurs un DVD de cette adaptation (je l'ai découvert cet été par hasard !), si tu veux te faire une idée.
Oh yeah ! 8)

Verasoie

  • Invité
Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #9 le: 14 septembre 2009 à 16:18:48 »
Je l'ai lu en première, dans la séquence épistolaire, mais sans l'étudier (on avait juste un extrait pour le bac, la fin quand Roxanne se rend compte du quiproquo). J'ai vraiment adoré, je l'ai trouvée fluide, plus facile à lire que le théâtre classique bien sûr, et du coup tellement plus touchante... La première fois que je l'ai lue, j'étais en larmes aux dernières pages :mrgreen:

J'aimais bien le passage à la boulangerie, au début, que je trouvais drôle. Je voudrais vraiment la voir au théâtre (j'ai vu le film avec Depardieu, mais le théâtre ça a rien à voir, quoi ! : D).


RAGUENEAU, devant la cheminée
Ma Muse, éloigne-toi, pour que tes yeux charmants
N’aillent pas se rougir au feu de ces sarments !
À un pâtissier, lui montrant des pains.
Vous avez mal placé la fente de ces miches
Au milieu la césure, -entre les hémistiches !
À un autre, lui montrant un pâté inachevé.
À ce palais de croûte, il faut, vous, mettre un toit...
À un jeune apprenti, qui, assis par terre, embroche des volailles.
Et toi, sur cette broche interminable, toi,
Le modeste poulet et la dinde superbe,
Alterne-les, mon fils, comme le vieux Malherbe
Alternait les grands vers avec les plus petits,
Et fais tourner au feu des strophes de rôtis !

UN AUTRE APPRENTI, s’avançant avec un plateau recouvert d’une assiette
Maître, en pensant à vous, dans le four, j’ai fait cuire
Ceci, qui vous plaira, je l’espère.
Il découvre un plateau, on voit une grande lyre de pâtisserie.

RAGUENEAU, ébloui
                                        Une lyre !

L’APPRENTI
En pâte de brioche.

RAGUENEAU, ému
                        Avec des fruits confits !

L’APPRENTI
Et les cordes, voyez, en sucre je les fis.

RAGUENEAU, lui donnant de l’argent
Va boire à ma santé !
Apercevant Lise qui entre.
                     Chut ! ma femme ! Circule,
Et cache cet argent !
À Lise, lui montrant la lyre d’un air gêné.
                      C’est beau ?

LISE
                                     C’est ridicule !
Elle pose sur le comptoir une pile de sacs en papier.

RAGUENEAU
Des sacs ? ... Bon. Merci.
Il les regarde.
                          Ciel ! Mes livres vénérés !
Les vers de mes amis ! déchirés ! démembrés !
Pour en faire des sacs à mettre des croquantes...
Ah ! vous renouvelez Orphée et les bacchantes !

LISE, sèchement
Et n’ai-je pas le droit d’utiliser vraiment
Ce que laissent ici, pour unique paiement,
Vos méchants écriveurs de lignes inégales !

RAGUENEAU
Fourmi ! ... n’insulte pas ces divines cigales !

LISE
Avant de fréquenter ces gens-là, mon ami,
Vous ne m’appeliez pas bacchante, -ni fourmi !

RAGUENEAU
Avec des vers, faire cela !

LISE
                               Pas autre chose.

RAGUENEAU
Que faites-vous, alors, madame, avec la prose ?

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Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #10 le: 28 décembre 2009 à 12:10:49 »
J'avais fait une étude sur la place des sciences dans une œuvre cinématographique (voyage dans la lune de Méliès) et littéraire ayant le thème commun : voyage vers la lune.

Cyrano parle de nombreux voyages pour se rendre vers la lune qui sont autant de connaissance techniques modernes...

Une pièce qu'on oublie pas.
« Modifié: 25 janvier 2010 à 21:03:35 par Loredan »
Amicalement et dyslexiquement votre,
Lulli

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Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #11 le: 13 avril 2010 à 15:58:17 »
Je vais l'étudier juste après ces vacances... J'avais envie de commencer pour voir (je ne connaissais que la "tirade du nez", apprise en CE2) et... Je l'ai fini en moins de deux jours.
C'est fantastique. Que dire d'autre ? L'histoire de base n'est pas très originale, mais Rostand avait un véritable don, je trouve. Cette façon qu'a Cyrano de rire de son propre physique, de montrer qu'il n'en a pas honte et qu'il en est presque fier, me fascine.
C'est une pièce tout simplement in-con-tour-na-ble.
"Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule"
Victor Hugo

"Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie."
"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard

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Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #12 le: 26 mars 2013 à 01:25:00 »
La plus belle pièce du monde...
Y a même des gens qui l'on mis en musiques
http://www.dailymotion.com/video/xett2m_dans-la-nuit-par-orlando_music#.UVDqnFdQgnU

Hors ligne René

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Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #13 le: 25 mai 2013 à 23:18:25 »
Ya Chantecler, c'est valab' aussi !
"Dame, ça va pas bien quand ça va mal" (Maurice Soing)

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Re : Re : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)
« Réponse #14 le: 31 juillet 2013 à 06:13:30 »
Ya Chantecler, c'est valab' aussi !

La pièce la plus chelou du monde  :mrgreen:

Une représentation intégrale ici. ^^
" THE SELECTION FOR THE JUSTICE LEAGUE ® :

[...]
WONDER WOMAN/ADMITTED
BRICOMAN/REFUSED "

... Marvel sa mère !

 


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