Bonjour tout le monde ! Voici ma tentative d’écrire un petit polar à tonalité ironique. Je prends volontiers vos remarques et corrections.
-----
Ma sœur Natalie adore quand on lui offre des bijoux. Ses mains, fines et soignées, attirent les regards des admirateurs, comme si elles avaient été spécialement créées pour l'or et les diamants. Pourtant, ça me tracasse toujours de voir un nouveau bracelet à son poignet ou un beau collier délicat sur sa petite poitrine.
Je me souviens des années d'école. C'était Karim, un de nos copains de lycée, qui avait travaillé quelques mois dans un fournil pour offrir un pendentif en lapis pour l'anniversaire de ma sœur ; elle l'avait remercié tout en refusant froidement d'aller avec lui au cinéma. Donc Nathalie jouait toujours avec le feu en me faisant de la bile. Cependant, même moi, je n'avais pas pu prédire ce qui allait découler de son amour pour le bling-bling.
— Tu es sûre que c'était un vrai diadème de l'impératrice Eugénie, et non un faux ?
— Sans nul doute, le trésor national volé au Louvre. Ce matin, j'ai tenu sur ma tête deux cents perles et presque deux mille diamants.
Étrange, très étrange ! Je n'arrive pas à y croire.
Nathalie vient dans un petit village de la région des Alpes-Maritimes pour se reposer du travail administratif et pour suivre sa passion, les jeux de rôles. Karim, son soupirant assidu, lui avait promis que leur nouvelle performance serait fantastique : il défilerait en grand uniforme de Napoléon III, elle sortirait en tenue d'Eugénie.
Que dire des effets ? C'était un phénomène cosmique, il l'avait convaincue d'essayer le bijou recherché par une armée des meilleurs détectives de France !
Un appel téléphonique de ma sœur m'a forcé à tout laisser tomber et à me précipiter sur des centaines de kilomètres de route à son secours.
Nathalie tremble de peur et d'excitation, comme un petit volcan. Elle cache son pouce dans sa main et le serre bien fort, comme lorsqu'elle était enfant. Pourtant, mon flair me dit qu'elle aime ce qui arrive.
— Peut-on élucider quelques points ? J'ai saisi que Karim jouait le rôle de Napoléon le Petit, et toi tu étais son épouse. Vous reconstituiez le Second Empire.
— Non. Il m'a invité à voir un accessoire pour notre nouveau jeu.
— Cet accessoire, où est-il rangé ?
— C'est ici, dans un casier... Karim m'a emmené là ce matin.
— Peut-on ouvrir le casier ?
— Bien sûr, il m'a donné toutes les clés... J'ai mis du temps à comprendre ce qu'est ce diadème. En réalisant ça, j'ai failli prévenir la police, mais j'ai composé par hasard ton numéro de téléphone. Et bien, tu régleras le problème mieux que moi.
— D'accord, réfléchissons ensemble ! Mais d'abord, je dois examiner l'artefact.
— Juste s’il te plaît, sans moi ! Rien que l'idée des bijoux volés me fait froid dans le dos.
Ma sœurette exagère, je peux lire en elle. Son esprit est passionné par cette aventure inattendue, mais en même temps, elle espère que ce sera moi qui irai au commissariat pour discuter avec la police.
Eh bien, je mets des gants et déplace le bijou du casier vers la table. Je le scrute en comparant avec une image sur mon téléphone : bandeau de perle, feuilles de diamants, émeraudes, hauteur de 13 cm. À mon avis, tout concorde.
Une inscription M.A. à peine visible sur le bord intérieur, de quoi s'agit-il ? Hélas, je ne suis pas un expert en bijoux !
Après cette inspection je me demande : que se passe-t-il ici ? Y a-t-il une personne à qui cela profite ?
Commençons par le fait que ma sœurette a bien grandi, elle s’ennuie avec moi.
Son frère aîné ne lui prête pas d'argent pour les objets coûteux ; tous les trucs et astuces de Nathalie ne servent à rien. Pourtant, il est toujours prêt à la protéger des dangers.
Pourrait-elle me mener en bateau, me mener par le bout du nez ? Oui, sans peine. Mais pour quoi faire ? Ma sœur est une femme raffinée qui ne se moquerait jamais sans une bonne raison.
Et maintenant, une autre question : que sais-je du 'casse du siècle' au Louvre dont tout le monde parle ? Quatre malfaiteurs sont arrivé devant le musée en camion, ont accédé au bâtiment par la fenêtre du deuxième étage et ont emporté des bijoux pour un montant de cent millions d'euros. Peut-on imaginer que Karim se trouvait parmi eux ? Ce n'est pas une question en l'air, parce qu'il vient d'une famille d'immigrants marocains et il a longtemps vécu dans le dix-neuvième arrondissement de Paris. Le journal que je publie mentionne souvent cet ancien faubourg industriel dans les enquêtes criminelles. Les motifs des malfaiteurs sont parfois imprévisibles, juste drôles.
— On doit décider ce que tu diras aux policiers, s'ils ont des questions pour toi. Pourquoi tu ne leur a rien dis après avoir vu ce bijou volé ?
Nathalie me regarde comme un petit ange tombé du ciel sur la terre :
— Cela m'échappe.
— J'estime que la réponse est toute simple : tu es venue ici pour te détendre dans le silence sans nouvelles du monde extérieur. Tu dors toute la journée sur le canapé ou fais de la randonnée. Comment peux-tu savoir les détails du vol du Louvre ?
— Mais on pourrait rejoindre la police tout de suite !
— Je ressens qu'il ne faut pas en faire un foin tout de suite.
— Mais pourquoi attendre ?
— Désolé, sœurette, c'est flou. Je crains de me retrouver le dindon de la farce. Je t'en prie, laisse-moi gérer cela, donne-moi vingt-quatre heures !
— D'accord. Mais quand même, tu as déjà trouvé quelque chose ?
— Maintenant, je vois bien que ton Karim est fou amoureux de toi. Il a perdu la tête, voulant te faire une surprise. Donc je n'exclus pas que sa passion l'ait amené au crime. Et voilà, version la plus folle : il est l'un des voleurs du Louvre. Les gars ont fait leur boulot et ont partagé du butin. Karim a obtenu ce diadème...
Cependant, il est possible qu'il ait commandé une copie de ceci en apprenant que l'original a été dérobé. Pourquoi donc ? Jouer avec tes émotions, se démarquer de la masse de tes fans !
Seulement, je doute qu'on puisse copier ce chef-d'œuvre en si peu de temps.
— On peut appeler Mario qui a ouvert sa bijouterie. Il est capable d'évaluer notre diadème.
Oh, très bonne idée de ma jolie sœur ! Comment n'y ai-je pas pensé ?
J'appelle Mario, Nathalie m'a donné le numéro. Mais notre ancien copain d'école ne décroche pas.
Nous allons dehors pour prendre l'air. C'est rassurant après une longue journée agitée. Les rues dans cette ville montent et descendent comme les bosses d'un chameau.
— On devrait parler avec Karim. Tu sais où il habite ici à Saorge ? Je demande ma sœur qui reste silencieuse.
— Je ne sais pas où il habite ni où il travaille. Il m’a emmené en voiture à l’appart où il y a ce diadème de perles, et voilà.
— Appelle-le !
— Non, je ne vais pas l’appeler et je n’irai nulle part, sauf à la police. Ça me va qu’ils attrapent cet idiot au plus vite et qu’ils le mettent en prison s’il est coupable.
— Donc, ça ne te dérange pas de le faire juger, malgré son geste romantique ? Il va souffrir en prison longtemps.
— Il l’a bien cherché pour encaisser des sanctions aussi dures.
J’aime cette dureté inattendue dans le caractère de Nathalie. Mais Karim, Karim… je n’ai tout simplement pas de mots. Est-ce qu’il a vraiment participé à ce vol phénoménal au musée pour ensuite se confier à une femme qui le dénoncerait sans sourciller ?
Nathalie et moi continuons notre promenade du soir. Nous montons sur la montagne, où les ruines du château féodal semblent figées dans un demi-sommeil.
Saorge compte moins de mille habitants. C’est une zone piétonne de quelques rues, avec un petit hôtel et quelques magasins. On ne peut y accéder qu’en voiture. De plus, la route est étroite et serpente ; elle se colle à la rivière, bordée de hautes montagnes. Comme je ne conduis pas très bien, je préfère ne pas prendre de risque et je suis venu de Nice en taxi.
Nathalie est sans voiture comme moi.
Cela complique notre enquête, car nous devons absolument voir Mario qui habite sur la Côte d’Azur, près de la frontière italienne.
Heureusement, nous n’avons pas besoin d’aller chez lui, car Mario nous appelle lui-même. Il a probablement vu mon numéro dans son historique d’appels manqués.
— Mario, mon vieux, je salue un camarade d’école que je n’ai pas vu depuis longtemps, ça fait un bail ! Écoute, on a un truc super intéressant pour toi. Tu pourrais venir à Saorge avec ta valise d’expert pour jeter un œil à un bijou, et vite fait ? On est vraiment pressés... Quoi ? Tu comptais venir ici dans deux jours ? Génial ! … Et là, tu es très occupé ? Je vois. Mais, Mario, s’il te plaît ! Je ne peux faire confiance à personne d’autre qu’à toi ! Je te paierai cinq mille euros… Au fait, Nathalie a très envie de te voir aussi.
Mon dernier argument fait son effet : Mario promet de passer chez nous dans deux heures, s’il n’y a pas de circulation. Franchement, quel trafic à cette heure-là ?
— Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour vous, mais c'est un vrai diadème de l’impératrice Eugénie !
Mario cache ses yeux derrière ses lunettes à monture d’écaille, mais son visage bronzé montre un peu de confusion. L’odeur de menthe qui sort de sa bouche ouverte se répand doucement dans la pièce.
Les mots de notre expert tombent comme une bombe. La scène silencieuse est ponctuée par le regard ébahi de Nathalie.
— Et des mystérieuses initiales à l’intérieur de l'objet, ça veut dire quoi ? je demande doucement.
— C’est le poinçon du maître qui a fait ce bijou ! notre expert réplique.
— Merci, mon ami ! Mais c’est un artefact volé du musée, je dois appeler la police tout de suite ! Je suis sûr que Nathalie me soutiendra.
— Le mieux, c’est d’aller directement au commissariat le plus proche qui est dans la ville voisine, ma sœur dit en reprenant un peu ses esprits après le choc.
Vingt minutes avant l’arrivée des flics progressent à la lenteur d’une tortue. Il n’y a rien à dire ; chacun de nous trois est assis, le nez collé à son téléphone. Je me demande ce qu’on raconte sur internet à propos du diadème volé.
"Cadeau de mariage de l’empereur Napoléon III : deux cents perles et près de deux mille diamants, pour un poids total de 63,3 carats.
Matériaux : diamants, argent, perles et or.
Bijoutier : Alexandre-Gabriel Lemonnier…"
Stop. Cela veut dire que Nathalie et moi sommes rudement menés en bateau, car les initiales "MA" à l’intérieur du diadème signifient, bien sûr, "Mario Alba" — le nom de notre bijoutier ! Il y a de fortes chances que Karim ait commandé cette copie à Mario depuis un bon moment, mais la nouvelle du vol au musée a fait germer dans sa tête un nouveau plan. Donc, ce n’est pas un voleur, mais un escroc. Enfin… un type vraiment bizarre. Il veut qu’on appelle la police et que les journaux annoncent la découverte du diadème ? Oui, bien sûr. La société va s’agiter, puisque un artefact inestimable a été retrouvé, et le motif du voleur est tellement romantique — attirer l’attention de la dame de son cœur ! Moi, je serais le premier à publier un reportage spectaculaire dans mon journal.
Et maintenant, réfléchissons : à qui profite un coup pareil ? À la police ? Ou même aux autorités du pays, qui ont juré de retrouver les pièces du musée quoi qu’il en coûte ? C’est un coup audacieux, les enjeux sont élevés.
Sainte Vierge Marie, quelle soirée complètement folle aujourd’hui !
Un homme au visage sombre et buriné apparaît, en uniforme de police. C’est Karim. Ma sœur cligne des yeux, incapable de dire le moindre mot.
Je crie, rompant le silence qui s’est installé entre nous :
— Qu’est-ce que tout cela signifie ?
— Le chef d’équipe Ben-Iraqui est arrivé suite à votre appel… La ville de Saorge est sous ma surveillance.
La voix de Karim est glaciale, comme c’est souvent le cas chez les policiers.
Sa présence sous les traits d’un agent de l’ordre détruit ma dernière, si belle version. Après tout, il ne va quand même pas se mettre lui-même en état d’arrestation ! Pourtant, je suis furieux contre lui.
— Tu veux qu’on te parle officiellement ? Non, ça n’arrivera pas, parce que Natalie et moi avons plusieurs questions bien désagréables pour toi.
— Très bien, allons nous asseoir et parlons tout de suite !
Le visage de notre nouveau policier reste impassible. Mais il y a un point positif dans cette situation : maintenant, je sais où travaille Karim, et ça suffit pour ma nouvelle chaîne logique.
— Eh bien, parfait. Puisque les deux côtés sont autour de la table, je peux enfin expliquer ce qui se passe. Karim s’est mis à aider Mario dans la promotion de bijoux. Vous vous demandez comment ? Au début, ils n’y pensaient même pas : Karim a commandé une copie d’un diadème pour le nouveau jeu, et Mario a exécuté la commande. Mais alors, après un vol scandaleux au Louvre, ils ont osé tenter le coup : ils nous ont glissé, à Natalie et à moi, leur pièce, espérant qu’on la prenne pour un vrai et qu’on aille aussitôt sonner à la police. La nouvelle, évidemment, aurait été publiée dans les journaux, puisque je suis éditeur et rédacteur en chef. Et au moment où les experts auraient affirmé que le diadème était faux, une véritable tempête médiatique se serait déchaînée dans la presse, permettant à Mario de vendre ses "meilleures copies d’artefacts muséaux" à prix d’or !.. Mais ils ont tous les deux complètement oublié que je pourrais deviner leur arnaque, et surtout, ils n’ont pas du tout réfléchi à la réaction de ma sœur. Ma question : va-t-elle continuer à voir Karim ou à le foutre dehors ?
Je jette un regard solennel à mes adversaires qui ont l’air complètement abattu — je ne les ai jamais vus aussi stressés. Natalie commence à sourire :
— Il y a un défaut dans ta logique, une petite épine.
— Qu’est-ce que tu veux dire, sœurette ?
— Natalie n’est pas du tout de ton côté. Elle savait depuis le début que le diadème était faux.
Il fallait voir comment elle disait ça — avec une sacrée malice !
— Tu veux dire que tu as joué la comédie toute la journée ?
— Natalie a son intérêt dans ce petit jeu amusant, intervient Mario.
— Tu m'as promis cinq mille euros pour l’expertise du diadème. Moi, en échange, j’avais promis un cadeau à Natalie. Elle peut donc choisir un bijou à son goût — avec l’argent que j’ai gagné chez toi aujourd’hui.
— Donc vous trois, étiez de mèche depuis le début ? Sacrée histoire ! Ça explique pourquoi aucun de vous n’a vraiment de raison de me faire marcher.
— Pourquoi forcément "me faire marcher" ? Ma sœur dit en riant.
— On veut sérieusement t'inviter dans notre groupe, à notre nouveau jeu, où on a besoin d'un homme dans le rôle d'Elkyre Poirot. Alors, on a décidé de faire un petit test, un échauffement.
— D’ailleurs, Natalie avait tout sous-contrôle. Elle a tout fait pour que l’objet tombe entre mes mains, et pas entre celles des autres flics, rajoute enfin Karim.
— Oui, elle jouait vraiment bien. Ce n'était donc pas surprenant, vu qu'un nouveau cadeau pour elle, bien sûr, était en jeu ! Je soupire.
Et voilà, je crois que c’est assez pour ce soir.