Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

13 Mai 2026 à 12:36:25
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » La Maman qui Portait un Continent sur son Dos (Suite et Fin)

Auteur Sujet: La Maman qui Portait un Continent sur son Dos (Suite et Fin)  (Lu 7077 fois)

En ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 510
La Maman qui Portait un Continent sur son Dos (Suite et Fin)
« le: 20 Juillet 2017 à 15:12:53 »
La Maman qui Portait un Continent sur son Dos




   Notre village, c’était l’Éden.
   Rien à fermer, rien à surveiller, rien à craindre.
   Un Éden de poussière dorée, de vent tiède, de rires nus.
   Nous en étions les rois primitifs, sublimes et pauvres.
   Notre richesse, personne ne pouvait la voler : c'était celle d’exister ensemble.
   Rien ne nous manquait, même quand tout nous manquait.
   Pour ne pas être malheureux, nous jouions à être dupes.
   La misère, on en faisait une poupée : nous la parions chaque jour d’une poésie nouvelle.
   On lui tressait des couronnes avec des brins de raphia.
   On lui cousait des dashikis de couleurs vives avec des pans de moustiquaires trouées.
   
    À l'heure où les lions vont boire, le papa revenait de sa chasse avec les fruits de sa patience.
   Il entrait dans la cour comme on sort d'une longue dispute avec la brousse : les épaules lourdes, mais le regard toujours droit.
   Quand il y avait beaucoup, nous chantions :
    « Ouélé ouélé, mélimba méliwé ! »
     Nos voix montaient alors comme des étincelles, et la poussière dansait avec nous.
   Quand il y avait peu, la maman nous rassurait avec la poésie profitable d’un ancêtre, une sagesse qui avait traversé tant de saison qu'elle en portait encore l'odeur du vent.
   Elle disait à nos yeux creux comme des calebasses vides : « La vie est une lionne blessée. Elle donne quand elle peut. On ne peut pas lui en vouloir. C’est à nous de la soigner. Pour cela, il faut lui sourire. Pour rien. Pour l’amour du très précieux rien ».
   Ses mots, que nous comprenions à moitié, étaient pour nous comme une gorgée d'eau claire. Ils étanchaient pour un temps notre faim. Ils nous apprenaient sans le dire, que parfois la survie commence par la bouche, mais se poursuit dans le coeur.

   Le papa était aussi saigneur des arbres à gomme.
   Il était très méritant, le papa.
   À peine réveillé, il sortait dans la nuit, muni d’une lanterne, d’un seau en plastique et d’un petit couteau à lame courbe.
   Les yeux encore collés, il marchait longtemps pour aller griffer l’entaille et recueillir le sang blanc qui s’écoulait dans les tasses.
   Dans la forêt sombre, il n’évitait pas toujours le naja ou la vipère des feuilles.
   Quand il était mordu, il suçait le poison, le crachait, et continuait son chemin, aussi vite que son courage.
   Au chant de ses pas sur les feuilles mortes, les hévéas guettaient son arrivée.
   Ils reconnaissaient son odeur et se raidissaient sans bruit.
   Le papa s’approchait d’eux, leur parlait gentiment, les embrassait avec sa paume.
   Parfois, leurs troncs chuchotaient à ses tempes les secrets des génies.
   Alors, avec son couteau, il épluchait l’arbre comme on pèle une mangue.
   Et bientôt, noir, écartelé, l’hévéa lui donnait son latex qui coulait doucement dans les bols en bois retenus par le fil de fer.

   Quand il rentrait au village, le bruit des pilons était entêtant.
   Debout, le ventre gros, la maman frappait sans cesse le mortier pour réduire les céréales en farine.
   Pour chaque repas, il lui fallait écraser trois kilos de mil.
   Cela lui prenait une heure, à se vider complètement la tête.
   À son côté, les autres pileuses gloussaient des mots d’amour, fabriquaient des joies ridicules, changeaient leurs dents jaunies en perles de sourire.
   Non loin, fiers de beauté, ivres de lait, les nourrissons écoutaient le pilon, apprenaient le rythme, la cadence, tout en mastiquant indifféremment les seins les plus lourds des nourrices.

   Notre village, c’était l’Éden.
   Un calme surnaturel planait toujours au-dessus, tel un vautour oricou figé dans le ciel.
   Ce calme habillait nos peaux nues et venait endormir sur la natte nos désirs de puissance.
   Là, au bord de l’assoupissement, la musique nous était livrée par la basse-cour.
   Des mélopées comiques nous tombaient dans les oreilles.
   Les musiciens avaient des plumes, un bec à solfège, la paupière métronome.
   Inlassable, le chant de la perdrix accompagnait nos siestes.
   Tandis qu’autour des mortiers, les poules disputaient les pileuses qui cancanaient en les singeant.
   Dans notre village, nos rêves étaient si lents que l’ennui en nous ne courait jamais bien vite.

   Pour distraction, nous avions l’arc, la lutte, la course du pneu poussé à la baguette.
   Nous avions aussi les aurores et les crépuscules baignés du saint soleil. Du lever au coucher, ils exhalaient les parfums douceâtres des manguiers, et l’odeur capiteuse des goyaviers nous cajolait la narine.
   Le jour, cheveux bleus aux mèches coco, nous regardions les nuages passer leurs mains dans le ciel rond.
   Quelques cris d’oiseaux incisaient l’horizon de leur encoche métallique, et nous parions trois billes sur le bulbul des raphias, sur le calao siffleur ou sur l’hirondelle de Brazza.
   Parfois, dans le lointain, Kalunga, l’homme invisible, faisait glisser ses doigts sur la mbira, le piano à pouces, et nous pouvions danser le mangambeu derrière nos yeux clos.
   Le soir, autour d’un feu dansant, nous épions l’arrivée des étoiles.
   Nous les attendions comme des amoureux transis.
   Le sang nous montait doucement dans le bas-ventre.
   Nous nous imaginions que les étoiles quittaient leurs chéris des ténèbres pour venir jusqu’à nous, superbes de lueurs, faire leur déclaration d’amour.
   En lisière, juste après la case de Sélom Kokou, nous partions sur le sentier vagabond rejoindre la moiteur de « cher baobab ».
   Nous allongions sur ses racines nos rêves, nos bougeottes adolescentes, en souhaitant qu’il nous offre le répit.
   Là, il faisait bon paresser, ne plus penser à rien.
   Il suffisait d’admirer son dense ramage qui piégeait la chaleur et les nuées poudreuses qui éclataient la lumière en milliers de lucioles.
   Dessous, nous nous sentions toujours ses « chers petits ».
   Pendant que nous écoutions les désirs du silence, nos mains caressaient ses racines qui s’enfonçaient dans la terre avec majesté.
   Et nos doigts apprenaient sans maître leur puissant sortilège qui allie la force et l’autorité.
   Dessus, nous nous sentions aussi forts que des colosses.
   À travers les pains de singe de notre arbre-bouteille, l’univers tout entier soulevait son boubou pour nous montrer son âme.
   Nous nous laissions bercer par sa lumière qui traversait nos os comme de vives sagaies.
   La mère chaleur apaisait bientôt nos gestes parasites, faisait suer à feu doux le tam-tam de nos ambitions.
   Nous la laissions boire l’eau de nos vanités.
   Ainsi, nous n’avions jamais soif de nous-mêmes, soif d’un mieux-être, soif d’un ailleurs.
   Pour école, nous avions la maman et les vérités des ancêtres.
   Elle disait à nos yeux :
   « Vous ne serez jamais des bâtisseurs de ville, des créateurs de lois, des chauffeurs assassins. Contentez-vous de tenir votre rôle de tranquillisant du monde. Il faut des silences au cœur pour qu’il se repose de battre ».
   Alors nous retournions sur nos nattes affables, très heureux de ne pas avoir besoin de rêver d’avenir.

   Notre village, c’était l’Éden, le berceau des hommes nus.
   Nous ne possédions rien.
   Nous avions tout.
   Nous étions les sages de tendresse, avec au cœur la gazelle et le lion enlacés.    
   En nous, patiemment, l’éternité s’épaississait, et sa délicate étreinte rendait la terre à son origine.
   À l’heure du progrès, des urgences futiles, nous étions depuis des siècles les gardiens de la sérénité.
   Les vents d’est veillaient sur nous pour maintenir les valeurs de notre dignité et notre état d’émerveillement.
   Nos yeux, nos bouches étaient domestiqués pour que jamais rien ne change.
   Nous nous sentions les héritiers et les passeurs de l’inaltérable perpétuité.

   Et puis un jour arriva ce cri poussé par l’aube envoûtée.
   Un cri de savane, un cri venu d’un autre monde, un cri qui ne réveilla presque personne - comme si la mort avait pris soin de marcher sur la pointe des pieds.
   En sursaut, moi, Modibo Keïta, je me suis redressé sur ma natte, le front mangé de sueur.
   J’ai grignoté mon dernier rêve comme on avale un talisman, et je suis allé poser ma main sur le cœur de Nasha, la petite sœur, puis sur celui de Bahiya, l’autre petite sœur, celle qu’on appelait « la pure de sensibilité ».
   J’avais en main la crainte du galago, mais grâce à l’œil bon, le mauvais œil les avait préservées.
   À cet instant, la maman s’est réveillée à son tour, comme hantée et lourde d’instinct.
   Elle a regardé le papa.
   Et tout de suite elle a su.
   Elle a su qu’il n’irait plus jamais saigner les arbres à gomme.
   Le papa dormait la bouche ouverte, les yeux grands ouverts, mais les mouches ne le faisaient plus ciller.
   La maman a pris sa main crispée.
   De l’autre main, elle s’est frappée la cuisse comme une assassinée interdite de vengeance.
   Une énorme larme a coulé sur sa joue, qu’elle a essuyée d’une gifle.
   À peine effacée, une autre est venue.
   Puis une autre.
   C’était pitié.
   La maman ne pleurait que d’un œil.
   L’autre était sec, comme s’il refusait de croire.
   Épuisés de tristesse, les jambes dévorées, nous sommes sortis de la case.
   L’air tiède nous a soufflé au visage son haleine atroce.
   Nous avons prêté l’oreille.
   Le silence baillait.
   Même le coq avait perdu sa voix.
   Il avait dû s’enfuir dans la jungle des lendemains fantômes.
   Au ciel, un premier vautour perçait les pâleurs.
   Il tournait lentement, dessinant des cercles noirs autour des haillons des étoiles.
   Nous l’avons vu, et nous avons su.
   Hébétés, marchant à reculons, nous avons entendu les premiers pleurs étouffés, les premiers « hélas » de cœurs si gros qu’ils ne pouvaient plus avaler un grain de mal.
   Nous avons entendu, et nous avons su.
   Nous avons su que nous étions les rois de la naïveté.
   Nous avons su que nous nous étions caché les yeux de façon criminelle.
   Et nous avons regretté d’être des zèbres sans rayures, dépourvus d’instruction.
   Tout était pourtant écrit dans l’air : les crampes musculaires, les yeux renfoncés dans les orbites, la peau des doigts ridée.
   C’était le choléra.
   Il avait commencé à envahir nos organismes trois jours plus tôt. Très malin, il avait dégusté les plus tendres et laissé debout les plus idiots.
   Avec la maman et le papa, nous avions pressenti le danger, mais nous avions refusé de nous l’avouer, pensant que grigris et prières chasseraient la bactérie.
   Mais le choléra avait ensorcelé les grigris, et la mort avait flambé nos espoirs sans faire bouillir l’eau.
   Nous avons compté et recompté nos parents, nos frères, nos amis.
   Durant la nuit, plus du tiers avait été décimé sur les nattes en raphia.
   Environnés de mouches affamées, ils dormaient à présent du sommeil sans fin des masques antilopes.
   Peu à peu, les plus robustes sont sortis des cases comme des spectres assoiffés d’irréel.
   Leurs yeux devenaient ronds et blancs quand ils découvraient l’étendue de la calamité.
   Devant nous, une femme s’est accroupie pour laver les visages de deux bébés morts et leur souffler dans le nez.
   Sylvanus Kodjo, notre homme-médecine, était parmi les défunts.
   C’est son neveu qui a croqué les orteils des cadavres pour s’assurer qu’ils ne respiraient plus.
   Secoués de sanglots, certains lui demandaient de mordre plus fort. Mais le neveu, de bonne volonté, répondait invariablement :
   - Froid.
   Bouches cousues par l’effroi, il y eut très peu de paroles.
   Seuls nos bras intelligents ont compris ce qu’il restait à faire.
   Quand l’épidémie arrive dans un village, elle fait toujours suivre la stupéfaction par la Grande Peur.
   Dans nos esprits, le chagrin a vite déposé les armes.
   Il s’est décalé sur le côté pour laisser entrer la froideur qui nous a crié :
   « Sauvez vos vies ! »
   Nous n’avions pas d’autre choix que d’enterrer les dépouilles à la hâte.
   Les hommes ont commencé à creuser la terre dure.
   Ils peinaient beaucoup, beaucoup.
   Les voyant ainsi peiner, la maman s’est approchée et leur a désigné le puits profond pour en faire une fosse commune.
   Rejetant d’abord son idée, les hommes ont continué à peiner, puis ils ont décidé de parlementer.
   Souiller et sceller le puits voulait dire quitter le village à tout jamais.
   La résolution était terrible. Il y avait les pour et les contre.
   Alors ils ont voté.
   Ils ont levé les bras.
   Et finalement, c’est le puits qui a gagné de deux voix.
   Nous avons donné toutes nos dernières forces pour y déposer en douceur les soixante-trois corps, à la poulie.
   Comme les hommes étaient épuisés, la maman a pris les choses en main.
   La mort qui rôdait autour d’elle semblait lui donner des forces incroyables de vie.
   Elle a dit à l’assemblée :
   -  On ne les jette pas. On attache Modibo, qui dénouera les cordes en bas.
   - Il va se faire écraser, a protesté un homme.
   - On les attache par les aisselles. Ils descendront tout droit.
   - Et les nœuds, avec le poids ?
   - Des nœuds à peine serrés.
   - Qui en premier ?
   - Les plus âgés.
   Alors, comme j’étais bien bâti et que j’avais encore de la force, je suis descendu au fond du puits.
   C’était un grand honneur pour moi d’exécuter cette tâche ingrate devant les survivants de notre village.
   J’ai d’abord accueilli les anciens avec mon meilleur respect.
   Je les ai détachés prudemment, un par un, et je les ai laissés glisser au fond de l’eau comme on confie un secret à la nuit.
   À cet instant, je n’étais plus Modibo, le tranquillisant du monde, l’enfant des racines et des jeux.
   J’étais devenu un transporteur d’âmes, la civière vivante entre le dieu personnel et le dieu commun.
   Dans notre religion ancestrale africaine, les disparus ne vont ni au paradis ni en enfer, car ces deux mondes n’existent pas.
   Bien que devenus invisibles, les morts ne quittent jamais les vivants. Ils marchent avec eux, ils respirent avec eux, ils veillent dans les ombres, ils parlent dans les silences.
   Dans notre religion ancestrale africaine, l’amour de l’autre est automatique, non dicté par la crainte d’un châtiment divin.
   L’autre est perçu comme « je me perçois moi-même », et mérite l’amour et la compassion dans l’adversité.
   Aussi, pour chaque corps accompagné, j’avais l’impression de vivre l’extase d’un ancêtre découvrant sa liberté de libellule.
   Au bout d’une douzaine de corps descendus, les premiers ventres sont apparus sous mes pieds.
   Comme il n’y avait plus d’anciens, la maman a commandé d’envoyer les adultes.
   J’ai enchevêtré ces malheureux du mieux que je pouvais, en évitant de mettre les lèvres de celui-ci sur un ngono, le nez de celle-là dans un kufira.
   Je voulais leur offrir, même dans la mort, une dernière pudeur.
   Lorsque j’ai reçu le papa, j’ai failli pleurer à deux reprises, mais je n’ai pas pleuré. Je lui ai seulement dit :
   « À très bientôt dans l’autre ciel. »
   Enfin, j’ai accueilli les enfants et les bébés, en entendant les mères là-haut verser sur eux leurs dernières larmes tragiques.
   Nous avons recouvert tous ces parents, ces frères, ces amis, d’un linceul blanc, de talismans, de cordelettes protectrices.
   Sur ce linceul, nous avons calé des pierres plates et colmaté les trous avec du torchis.
   Puis, autour de cette dalle de fortune, nous avons chanté et dansé l’éphémère de la vie jusqu’à l’apparition de la lune.
   Nos voix tremblaient, mais elles tenaient debout.
   Nos corps vacillaient, mais ils dansaient encore.
   C’était notre manière de dire au monde que nous étions vivants.
   Ce soir-là, nous sommes allés dormir sous le ramage consolant de « cher baobab », pour ceux qui pouvaient encore dormir.

   Dès l’aube venue, nous nous sommes étreints les uns les autres pour nous dire au revoir.
   Avec son baluchon, sa cuisine de poche, chacun a titubé comme il pouvait vers un coin de l’horizon.
   L’est a dit adieu à l’ouest.
   Le nord a souhaité bonne chance au sud.
   Et personne n’a osé se retourner.
   Nous avons été parmi les derniers à partir.
   Encore toute chavirée, la maman m’a dit que durant son sommeil le papa était venu lui parler.
   Il lui avait dit de se faire de belles tresses et de maquiller ses paupières en vert or pour paraître séduisante aux yeux de ceux qui pourraient nous aider.
   Et c’est ce qu’elle avait fait.
   Elle était belle, la maman. Belle comme une femme qui porte encore la dignité de son peuple dans les plis de son boubou. Elle portait son collier tribal multicolore, ses boucles dorées, ses manchettes futani.
   Et elle avait enroulé la petite Bahiya dans son dos.
   Puis elle m’a dit :
   - Il faut dire adieu, Modibo. On ne reviendra pas.
   Alors moi, Modibo Keïta, j’ai mis une poignée de notre terre dans ma poche.
   J’ai soulevé Nasha pour la mettre sur mes épaules.
   Et nous sommes partis.
   Nous avions dans les yeux cette joie triste des grands départs.
    Maigres, nous avons cheminé vers le nord par le Pays-Haut du Mekela.
   Nous allions en direction de l’arbre à palabres dont Sélom Kokou nous avait parlé.
   D’après ses dires, là-bas résidait un vieil homme qui aidait les destins à faire les bons choix.
   Sur le sentier vagabond, le soleil me donnait d’abord sa force, mais au fil des pas cette force cuisait tant et tant qu’elle s’évaporait.
   Plus j’avançais, plus mon cœur semblait reculer vers la case tant aimée que nous avions abandonnée.
   Aux larmes qui mouillaient ma mémoire, la maman a répondu par une vérité des ancêtres :
   - Modibo, ne te lasse pas de crier ta joie d’être en vie, et tu n’entendras plus d’autres cris.
   J’ai écouté la maman.
   Elle parlait peu, mais chacune de ses paroles savait me remettre la douceur au cœur.

Bravant l’humiliation, durant des jours et des jours, nous avons marché à travers la brousse bourdonnante de buissons, là où le scorpion est de sable, là où chaque touffe d’herbe cache un ennemi.
Nous avons marché si longtemps que nous étions délabrés jusqu’au fond de l’âme, plus arides que la cendre.
   Les vents brûlants nous obstruaient les yeux et les narines.
   Nos gorges, comme des citernes vides, sonnaient creux à l’appel immense de la poitrine.
   C’était grande pitié.
   Souvent, la maman devait s’arrêter pour soutenir son ventre gros. Elle grimaçait, elle avait mal, mais elle finissait toujours par dire :
   -  Ça va. Avance.
   Au septième village, certains nous disaient de continuer vers l’est, d’autres de ne pas lâcher le nord si nous voulions trouver le vénérable Barkhaawar.
   Dans cette région, on ne l’appelait pas Barkhaawar, mais « Horoscope » ou « Parole pour demain », car il lisait dans l’avenir comme on parle d’hier.
   En prononçant son nom, certains riaient puis s’éloignaient d’un coup, comme si nous allions à la rencontre d’un mirage ou d’un farceur.
   Au onzième village, nous avons dû dépenser une piastre à banane pour acheter la bonne direction.
   Ici, personne ne voulait nous renseigner au sujet du liseur de providence. Nous avons erré toute une journée avant que quelqu’un ne nous prenne en pitié : l’homme au moignon, celui qui réparait les moteurs.
   Tout taché de cambouis, il est venu vers nous et a dit :
   - Vous cherchez Barkhaawar ?
   - Oui, a répondu la maman.
   - Vous donnez quoi à mes petits ? Des des petits aussi, moi !
   Contre une piastre à banane, il nous a confirmé que nous n’étions plus très loin.
   Au village suivant, nous trouverions le sage au pied du khaya de la grande place.
   Il nous a aussi appris que celui-ci était devenu sénile, et que ses prédictions ne valaient plus une graine de shorgo.
   Comme nous ne savions pas ce que voulaient dire « sénile » ni « horoscope », nous avons remercié l’homme-cambouis comme un sauveur.
   Il nous a proposé de nous emmener en voiture contre cinq piastres à banane, mais nous avons préféré marcher avec l’entêtement des fourmis.

   Quand nous sommes enfin parvenus devant l’arbre à palabres, nos ombres étaient tordues, prêtes à s’écrouler.
   Par miracle, il restait dans nos yeux un dernier sourire, que nous avons offert au ciel.
   Et là, sous l’immense khaya, les fesses calées sur un tapis mité, Barkhaawar était bien là.
   Mais grande fut notre déception. Celui qui devait nous délivrer de notre errance, nous donner le cap de la pirogue, nous ne l’avions pas imaginé ainsi.
   Au bord du gouffre de la vieillesse, il faisait peur à voir.
   Plus squelette qu’homme, sa peau suintait la sécheresse du tronc karité.
   On aurait dit qu’une hyène invisible picorait ses chairs devant nous.
   Ses yeux étaient vitreux, déboussolés, comme ceux d’un aveugle tentant de se souvenir de sa vue.
   Dans sa bouche, il ne restait que trois bouts de dents tremblantes pour articuler sa voyance.
   À bout de force, la maman a déposé Bahiya sur le sol et s’est écroulée à son côté.
   Moi, Modibo Keïta, j’ai déposé Nasha et j’ai séché la plante de mes pieds sanglants avec de la terre rouge.
   Un grand garçon, bonnet violet sur la tête, racontait son infortune dans les bras rachitiques du vieillard.
   Il gigotait sa misère, il la criait, puis il s’adoucissait, cherchant des réponses à travers ses larmes chaudes.
   Il disait que le Nigéria était un pays sans loi, où les gangs rôdaient partout, avec des couteaux, des machettes et des yeux pleins d’alcool.
   Un matin, ils avaient coupé la gorge de son père parce qu’il refusait de leur donner sa vache.
   Sa mère, horrifiée, s’était enfuie dans les bois en laissant ses petits frères.
   Elle n’était jamais revenue.
   Il demandait au sage où aller pour trouver de l’espoir.
   Il croyait que l’espoir était ailleurs que dans sa tête. Son rêve le plus cher était d’avoir une belle vie, sans ennui, sans peur d’être égorgé.
   De pouvoir dormir les deux yeux fermés.
   Pas un œil après l’autre.
   Il disait qu’il ne savait rien faire d’intelligent, mais qu’il avait soif d’apprendre : une nouvelle langue, une autre façon de penser, une autre manière de prier.
   Sa solitude était atroce, mais il la trouvait miraculeuse, car elle lui donnait des envies énormes de continuer à être.
   Il se sentait capable de soulever des caisses lourdes, des sacs de farine, de porter des vieilles personnes à l’hôpital, de pousser des voitures en panne. Il croyait que ses bras pourraient lui sauver la vie si on voulait bien d’eux.
   Un griot lui avait conseillé de rejoindre l’Italie par l’île de Lampedusa. Mais il y avait des risques, des loteries, des tempêtes, des drames. Peu d’embarcations de fortune parvenaient à l’autre rivage. Les noyés étaient nombreux. Ils coulaient à pic et devenaient des poissons morts qui égayaient les poissons vivants.
   Pour le consoler, Barkhaawar a fait semblant d’arracher ses yeux.
   Il les a envoyés au loin et a craché dessus.
   Puis il a posé sa main magique sur les cheveux du malheureux.
   Autour d’eux, une petite foule, moitié subjuguée, moitié incrédule, compatissait.
   Quelques-uns souriaient devant les simagrées du sage, mais ils ont ravalé leur moquerie quand bonnet violet s’est arrêté de pleurer d’un coup.
   - Pour lui, c’est gratuit ! Suivant ! a dit Barkhaawar.
   Comme personne ne venait, les suivants, c’était nous.
   La maman s’est redressée et s’est présentée devant le vénérable.
   - Ton nom ?
   - Hawa.
   - Hawa, donne ce que tu peux.
   - Nous sommes pauvres.
   - Comme moi. Ce que tu peux.
   Dans notre poche à vie, il nous restait douze piastres à bananes.
   La maman lui en a donné une.
   Ce qui allait faire six bananes en moins pour nos ventres affamés.
   C’était beaucoup pour nous, mais nous n’avions pas d’autre choix.
   Ayant reçu son obole, Barkhaawar a raclé sa tabatière et a posé sur sa langue une noix de kola.
   - La kola, dit-il, donne l’esprit juste. Pose ta question.
   Alors, avec le courage des timides, la maman lui a demandé :
   - Et quoi de nos vies ? Où aller ? Encore de l’espoir ?
   - Tu veux pleurer dans mes bras ?
   - Non.
   - Ça fait du bien.
   - Quand je pleure, c’est gratuit.
   - Comme tu veux.
   - Ta réponse me suffira.
   Sur ce, Barkhaawar a fermé son regard vitreux.
   Pendant un long moment, le temps s’est accroché au bord du vide.
   Puis il a rouvert ses yeux. Il a chassé une mouche de son visage. Il a suivi le vol de cette mouche. La mouche est revenue à lui.
   Il lui a dit :
   - Tu attendras ton tour. Tu vois, Hawa, tout le monde cherche l’espoir.
   Puis il a frotté la terre rouge devant lui, comme s’il mélangeait un tas de cartes. Et enfin, il a dit :
   - Quand la pluie tombera, il n’y aura plus de famine. Quand les armes tomberont, il n’y aura plus de morts.
   L’idée de rire a failli entrer dans ma bouche, mais je n’avais plus assez de forces pour ouvrir mes mâchoires.
   La maman n’était vraiment pas contente. Elle lui a dit :
   - Et c’est tout ?
   - Oui, c’est tout.
   - Pour une piastre, toi tu me dis deux banalités. Es-tu fou ?
   - Ce ne sont pas des banalités.
   - Es-tu sûr d’avoir assez frotté la terre ?
   - Je n’ai pas frotté pour toi.
   - Pour qui alors ?
   - J’ai seulement effacé l’avenir mauvais de bonnet violet pour qu’il devienne meilleur.
   - Alors c’est du vol ? Tu es un voleur ? Un faux devin ?
   - Non. Car dans l’avenir de bonnet violet, j’ai vu aussi que tu venais de très loin et que tu allais prendre un bateau avec tes enfants.
   - Un bateau pour où ?
   - Pour le pays des blancs qui ne vont plus très bien.
   - Dis donc, tu te moques encore de moi ?
   - Non.
   - Mais comment veux-tu faire ça ? Nous sommes au ras du sol. C’est déjà un miracle que nous soyons arrivés entiers jusqu’ici.
   - À toi de voir. Attendre ici et sûrement mourir à petit feu. Ou partir là-bas et peut-être vivre mieux.
   - Et avec quel argent ?
   - Pour l’instant, ta seule richesse est ce « peut-être ».
   - Mais il faut un million de peut-être pour faire un « sûrement ».
   - Jette ta vision funeste au marigot. Seules vos jambes pourront vous sauver.
   - Tu es un comique, mais tu ne me fais pas rire. Tu es mourrant, ta tête le sait, et tu te venges sur nous.
   - Ne crie pas. Écoute-moi. Qu’as-tu à perdre ? Pars et ne reviens pas. C’est écrit dans la poussière.
   - Me déraciner ?
   - Tes véritables racines sont le ventre de ta mère, le sein de ta mère, le sourire de ta mère. Ton cœur est la valise qui contient tout son ciel.
   - Partir sans rien ? Arriver sans rien ? Survivre sans rien ?
   - Ne pleure pas Hawa. Aucun mensonge ne sort de ma bouche.
   - Ah bon ?
   - C’est juste une histoire de logique et de confiance. Quand tu te lèves d’une chaise, tu pars déjà. Quand tu te couches, tu pars et tu ne sais où tu vas. Quand tu aimes très fort un homme, tu pars dans la Voie lactée. Nous ne faisons que partir du matin au soir. Ce n’est pas le rôle d’une tête d’enchaîner les pieds.
   - Tu n’es pas un menteur, c’est vrai, tu es juste gaga-piqué-marteau.
   Te reste-t-il des piastres à bananes ?
   - Pour ?
   - Pour les prières de mon cousin.
   - Les prières pour quoi ?
   - Pour que la traversée se passe bien.

   Pour l’heure, notre grand voyage était assis par terre et regardait passer les pintades qui picorait la poussière rouge. Elles se moquaient de nous, avec leurs petits pas pressés et leurs cris de casseroles.
   Nous avions quitté notre village en rêveurs entêtés.
   La difficulté de l’effort nous avait réveillés comme une gifle donnée par un ancêtre impatient.
   Quelqu’un nous avait montré une carte immense de l’Afrique. Une carte si grande qu’elle ressemblait à la peau d’un buffle étalée au soleil.
   Nous n’en avions pas cru nos yeux.
   Pour rejoindre Tripoli, il nous restait six mille kilomètres, soit une éternité de pas de caméléon. Même le vent aurait renoncé à s’y rendre.
   La meilleure solution était de louer les services d’un chauffeur expérimenté. Mais comment aborder un tel messie avec les poches vides, quand même nos ombres étaient plus riches que nous ?
   Ici, trouver un travail était caillou.
   La maman savait piler, mais elle aurait dû piler durant un siècle pour rassembler la somme folle qu’on nous demandait.
   Alors, pour économiser, la maman a dû remettre du vert or sur ses paupières et offrir l’éclat de ses dents blanches au premier venu. Ce n’était pas de la coquetterie. C’était pitié. De la beauté bradée dans le coin des marchands ambulants.
   Après quelques jours de mojo et de bouche à oreille, elle a fini par trouver une place de femme de ménage cuisinière chez le fier Amama Ssekandi.
   Toujours superbe dans ses sapes colorées, Ssekandi avait beaucoup de mal à cacher son ambition. Il avait faim de réussite, de belles voitures, de diacres. Âgé de vingt-trois ans, il portait déjà le nœud papillon d’un ministre apprenti, des bagues peintes en or, et se donnait cinq ans pour devenir millionnaire.
   Il passait beaucoup de temps devant sa glace à recoiffer sa vanité, à chouchouter sa peau avec des crèmes anti-âge qui sentaient la papaye et le guacamole de Safou.
   Dans la rue, il sifflotait des airs de rumba congolaise, il marchait chaloupé, comme un paon qui se mire dans sa queue.
   Tous les soirs, il partait faire la vie, voir les filles, chauffer les coins.
   Mais à l’aube, il rentrait souvent ivre, souvent seul, à cause de sa réputation d’homme qui n’arrive pas à faire lever le soleil dans le lit des femmes.
   En attendant sa fortune, Ssekandi tenait une cantine-épicerie qu’il avait reprise à la mort de son oncle.
   C’était un vrai boui-boui couvert d’un toit de tôle qui chantait sous la pluie, mais les gens aimaient s’y retrouver pour déguster un matoké ougandais ou un fondant de patate douce.
   Voyant en la maman une associée docile et peu coûteuse, il lui apprit ses recettes, ses modernités, ses secrets de cuisine expérimentale.
   Il lui apprit surtout à le remplacer lors de ses grasses matinées, quand il dormait comme un python repu.
   Amama sympathisa vite avec la maman.
   Ses regards de braise n’arrêtaient pas de lui dire qu’elle était belle et ne faisait pas son âge.
   Moi, il ne pouvait pas m’héberger.
   La maman insista pour qu’il garde au moins les petites sœurs.
   Cela le contrariait, mais il céda, les faisant dormir dans un placard-réserve, entre des sacs de riz qui sentaient la terre et la patience.
   Quant à la maman, elle était obligée de s’allonger dans le lit de Ssekandi, car il n’y en avait pas d’autre. Et car aussi la vie ne demande pas toujours la permission.
   En attendant notre chance au coin des « peut-être », moi, Modibo Keïta, je suis retourné au village précédent pour aider l’homme-cambouis à réparer ses moteurs.
   Bikila Bilo était plus généreux qu’il n’en avait l’air. Il me trouvait des qualités d’écoute et de discipline. Il sentait naître en moi l’homme qui irait loin.
   Avec lui, j’apprenais par cœur le métier de garagiste des rues. Il me donnait peu, mais c’était assez. Parfois, il m’offrait des vieux vêtements, des baskets usagées. Il me laissait téléphoner à la maman tous les dimanches, comme on laisse un oiseau chanter pour qu’il ne meure pas de solitude.
   C’est au téléphone que j’ai appris que le bébé de la maman était venu avant l’heure et qu’il n’avait pas survécu.
   Elle m’a dit qu’elle était triste, mais que c’était mieux ainsi, car la petite n’aurait pas supporté le long voyage. Elle m’a surtout commandé de ne pas pleurer. Je devais honorer sa mémoire, car la petite leur avait fait un cadeau à tous en renonçant à sa vie.
   La maman l’a enterrée sous le prénom de Bintou.
   Elle a dit encore que même les enfants qui ne respirent qu’un instant laissent une trace dans le monde, comme une goutte de pluie qui tombe dans la poussière et y dessine un cercle parfait avant de disparaître.

   Au bout d’un mois, Amama Ssekandi a proposé le mariage à la maman.
   Elle a refusé poliment.
   Mais au bout de la troisème fois, elle a refusé avec des mots très durs.
   Elle a préféré suivre la folle prédiction de Barkhaawar, le menteur au bout de sa vie.
   Plus les jours passaient, plus l’idée du bateau faisait briller son impatience et son espoir. Toutes ses pensées naviguaient à la nage vers le bateau.
   Et pas n’importe quel bateau. Pour nous éviter la noyade, la maman s’était inventé la possibilité du paquebot. Chaque nuit, elle nous rêvait installés dans des cabines de luxe, allongés sur des transats, sirotant des cocktails de saharan martini. Les petites sœurs avaient même une nounou qui leur apprenait les bonnes manières et à oublier leur dialecte.
   À notre arrivée en Italie, elle s’imaginait des blancs généreux nous accueillir à bras ouverts, nous offrir les clefs d’une petite maison entourée d’aloés, la plante de l’immortalité.
   Pendant des semaines, elle n’arrêtait plus de se créer des rêves qui lui répondaient :
   « Oui, Hawa, tout ce que tu voudras. Et même plus encore. »
   Elle me voyait garagiste de voitures luxueuses, porter de beaux costumes et une cravate en satin rouge. Elle se voyait patronne d’une épicerie-cantine, avec en fond sonore la crème musicale africaine.
   Certains clients du boui-boui lui disaient qu’elle se jetait de la poudre dans les yeux. Mais d’autres lui disaient de s’accrocher à ses chers rêves, car ils ne coûtaient rien.
   Nous avons mis six mois à nous constituer un pécule honnête pour repartir vers notre destin.
   Mais la fatalité se souvenait de nos noms, de notre odeur.
   En un seul jour, il ne nous resta presque plus rien.
   Nous avions tout donné à Kamissa Sidibé, la passeuse, qui aimait l’argent plus que les gens. Sa cupidité lui dévorait les doigts, qui étaient de vraies machines à compter et recompter les billets. Même quand elle partait pisser derrière un arbre, elle ne pouvait s’empêcher de bigler sur ses liasses chéries.
   Kamissa Sidibé ne marchait pas comme tout le monde. La mesquinerie et la rapacité étaient ses deux jambes. À côté d’elle, tout le monde semblait cul-de-jatte.
   Branchée à l’écoute du tam-tam des naïfs qui étaient parvenus à se procurer un pécule de naïf, elle nous avait repérés de loin. Elle s’était vantée d’être une professionnelle des rêves qui se réalisent. Avec elle, promis-juré, aucun noyé en Méditerranée. Sa filière était la plus sûre d’Afrique.
   Pour nous appâter, elle nous avait montré sur son téléphone des messages de remerciements de tous ceux qu’elle avait « sauvés ». Se prenant pour une déesse de la bonté, elle nous avait juré que son tarif était celui de la charité.
   La maman, un peu perplexe, lui avait demandé :
   - Et le bateau ?
   - Un grand bateau, ne t’inquiète pas. Un chalutier avec des couchettes confortables et des plateaux-repas garnis d’agneau et d’ananas. Dix litres d’eau par personne et un gilet de sauvetage chacun.
   - Mais pourquoi des gilets si c’est un grand bateau ?
   - Parce que… parce que c’est obligatoire, ma grande. Si tu doutes de moi, ne t’en fais pas, j’ai une liste d’autres clients longue comme mon bras. J’ai horreur qu’on doute de moi ! Alors, tu te décides ? Tu veux végéter ici encore quinze ans ?
   - Non. Je te fais confiance. C’est gratuit pour les petites, tu es certaine ?
   - Je crois que tu n’as pas conscience de ma générosité, ma chérie. Pour tes filles, c’est moi qui met la main au portefeuille. Je suis comme ça. Ma mère et ma grand-mère étaient comme ça.
   - C’est très gentil.
   - Ne me remercie pas. Si tu réussis là-bas, tu m’enverras un cadeau. Un parfum Dior, de beaux escarpins, une jolie robe en soie, ce que tu veux ! Je fais du 48, tu t’en souviendras ?
   - Oui.
   - Allez, donne ton argent. Tu ne le regretteras pas.
   La maman lui avait donné tous ses billets durement gagnés. Et Kamissa les avait comptés et recomptés, tout en disant :
   - Rendez-vous demain matin, ici même. Il y aura deux pick-up. Un conduit par mon mari, l’autre par mon beau-frère. Tu as compris ?
   - Oui. Les noms ?
   -  Birame Sidibé, c’est le mari. Khady Faye, c’est le beau-frère.
   Le lendemain, dans le pick-up de Birame Sidibé, nous étions vingt et un, serrés comme des sardines, en position du fœtus.
   La maman n’était pas contente. Elle griffait ses ongles contre la tôle.
   Ses regrets étaient trop lourds. Elle en pleurait de honte, tête baissée, à toutes petites larmes.
   Kamissa Sidibé était venue s’excuser juste avant notre départ. Elle nous avait dit que le pick-up du beau-frère était tombé en panne à cause d’une bielle lunatique. Dès qu’il serait réparé, elle nous l’enverrait, promis-juré.
   Quand le pick-up s’est éloigné, Kamissa nous a fait un chaleureux au revoir de la main.
   Pensant que nous étions hors de vue, elle arrêta bientôt son geste hypocrite. Mais moi, grâce à mes bons yeux, je la vis sortir ses billets pour les compter encore, dans un sens et dans l’autre. Je le dis à la maman qui me répondit :
   - Je le savais. Mais je voulais tellement fuir. Personne ne saura jamais à quel point je voulais fuir. Tu comprends ce que je dis ?
   - Oui.
   Au bout de cinq jours, le mari de Kamissa nous a déposés dans un village qui débordait d’enfants aux mains tendues et de vendeurs à la sauvette. Chacun disputait à l’autre un souffle d’ombre. Le soleil, haut comme un juge, nous tombait dessus sans pitié. Il brûlait tout : la peau, les pensées, nos lambeaux d’espoirs.
   Sous ce soleil cannibale, nous avons attendu trois nouveaux jours l’arrivée de la camionnette promise. Ce n’était pas Khady Faye, le beau-frère, mais deux garçons de seize ans à peine qui conduisaient à tour de rôle. Ils avaient l’air d’enfants trop vite poussés dans le monde des adultes. Ils portaient une écharpe de munitions autour du cou comme d’autres portent un collier de fête. Ils fumaient cigarette sur cigarette, leurs regards étaient durs, mais derrière, on devinait l’enfance qui tremble.
   Puis commença la traversée des déserts, larges comme le ventre d’un malheur, s’étirant comme une brûlure qu’on ne peut fuir, et des postes frontières où la peur s’installait dans nos gorges avant même que les policiers n’apparaissent. Les conducteurs nous avertissaient à l’approche des barrages. Ils nous faisaient descendre quelques centaines de mètres avant, et nous reprenaient quelques centaines de mètres après. Ils appelaient cela un « service exceptionnel », comme si la survie avait un prix affiché sur une ardoise.
   Quand ils ont réclamé de l’argent pour ce « service », les mécontents se sont révoltés. C’est là que nous avons compris que la filière sûre de Kamissa n’était qu’un autre chemin de mensonges, un prolongement hideux de ses doigts crochus.
   Et c’est là surtout que les choses sont devenues cruelles pour la maman.
   Comme nous n’avions plus rien, le soir venu elle devait s’éloigner avec les deux chauffeurs, loin dans les dunes où le vent efface les traces trop vite. Je n’aimais pas ces départs nocturnes. Ils me creusaient le ventre comme une faim ancienne. Mais la maman savait apaiser ma colère.
   - Ça va, disait-elle. Ils ont été corrects. J’ai arrangé les deux prochains barrages.
   Dans ces déserts, nous croisions parfois des migrants égarés, des silhouettes qui avançaient comme des ombres vivantes. Ils demandaient de l’eau d’une voix déjà partie ailleurs. Nous leur en donnions quelques gorgées, puis nous repartions, honteux d’avoir encore un peu de chance.
   Un matin, nous avons croisé bonnet violet. Il était assis seul sur une pierre, loin de tout, comme un enfant puni par le monde entier. Son regard était vide, tourné vers un horizon qui ne lui répondait plus. Il avait dû tomber de sa voiture durant la nuit. Malgré nos supplications, les chauffeurs ont refusé de s’arrêter. La maman leur a parlé, parlé, parlé. Elle leur a crié dessus. Elle leur a promis ce qu’elle n’aurait jamais dû promettre. Rien n’y a fait.
   En voyant bonnet violet devenir un point minuscule dans le lointain, j’ai senti mes yeux se remplir. Il ne verrait jamais la mer. Le soleil déciderait pour lui.
   Dans certaines régions, nous avons vu des centaines de tombes, de petits monticules de sable entourés de cailloux.
   Là-dessous dormaient les plus pauvres des pauvres, ceux qui n’avaient pas eu la force d’attendre, ceux que la route avait avalés sans témoin.
   Avec la maman, nous avions l’impression de marcher dans un cauchemar sans fin. Parfois, nous regrettions presque que le choléra n’ait pas voulu de nous.
   Notre volonté de survivre nous faisait agoniser autrement.
   Bientôt, la chaleur a fini par ébouillanter nos pensées. Nous sommes devenus des grains de sable muets dans un désert qui hurlait sans cesse. Nous n’avions plus de sensations, plus d’émotions. Si les chauffeurs nous avaient demandé de lécher une dune pour faire avancer les roues, nous l’aurions fait sans discuter.
   Nous avons changé de véhicule au moins douze fois. Les premiers étaient rutilants, les derniers n’étaient plus que des carcasses qui toussaient. Nous passions plus de temps à les pousser, à les rafistoler, qu’à rouler.
   La maman ne comptait plus les fois où elle devait suivre les chauffeurs dès la nuit tombée.
   Elle faisait cela pour nous, pour Nasha, pour Bahiya, pour moi.
   Jamais pour elle.
   Parfois, elle me disait qu’elle pensait au papa, pour que son cœur souffre un peu moins.
   En traversant le Burkina, des agents nous ont réclamé quinze mille francs CFA. Comme nous ne les avions pas, ils se sont mis à crier, à accuser, à humilier. Ils étaient persuadés que nous cachions de l’argent. Ils m’ont emmené dans une petite pièce sombre qui sentait le sang coagulé, la peur et l’abandon. Ils m’ont attaché sur une chaise. Ils voulaient me faire avouer ce que je n’avais pas.
   Je me souviens seulement de la douleur qui montait, de mes pleurs, de mes cris, et de leurs visages fermés. Ils n’étaient plus des hommes, mais des silhouettes dévorées par la cupidité. Pour eux, nous n’étions pas des voyageurs, pas des familles, pas des vies.
   Nous étions des billets qui marchent en pleurant.
   C’est surtout dans le sud de la Libye que le voyage s’est transformé en enfer.
   Des migrants rescapés, le visage et les mains brûlés, nous ont appris que les bandits rôdaient partout. Ils voulaient eux aussi de l’argent, des bijoux, ou sinon ils vous aspergeaient d’essence et menaçaient de vous mettre le feu.
   Chaque kilomètre parcouru était dorénavant un supplice. La frousse nous mangeait le ventre. À chaque instant, nous nous imaginions les rencontrer.
   Nous étions obligés de rouler dans l’obscurité, phares éteints, quitte à nous éloigner de la piste. Par chance, notre chauffeur était bon et très prudent.
   Une nuit, nous avons vu au loin une voiture en train de brûler. Une torche humaine a couru un peu, puis elle est tombée pour s’éteindre sous les étoiles.
   Nous avons attendu patiemment jusqu’à l’aube. Puis nous avons fait un vaste détour et nous sommes passés sains et saufs.
   Nous avons mis plus de deux semaines pour traverser la Libye. Je n’ai jamais compris qui étaient vraiment nos derniers chauffeurs. On disait entre nous que c’étaient des rebelles. Ils portaient des foulards noirs qui leur masquaient le visage et ne laissaient voir que leurs yeux.
   Ils n’ont jamais porté un seul regard vers la maman. Ils ne semblaient pas avoir envie de la toucher. Cela l’arrangeait. Cela m’arrangeait aussi. Car je me sentais prêt à tuer le premier qui oserait encore la toucher.
   À Tripoli, comme nous le pressentions, le chalutier de Kamissa Sidibé n’existait pas.
   Ni dans ce coin du port, ni ailleurs.
   Après cinq jours sans réponse, nous avons enfin pu la joindre. Elle semblait étonnée que nous soyons toujours en vie. Nous étions si heureux d’avoir réussi cet exploit que la maman n’a fait aucun scandale.
   Elle lui a redemandé le nom du bateau.
   Kamissa nous a encore menti : il avait été coulé par les autorités portuaires. Elle n’était pas responsable. Elle nous reprochait même de ne pas avoir mis plus d’argent pour prendre son assurance. Avec son assurance-bateau, elle aurait pu nous en trouver un autre.
   Puis, agacée, elle a raccroché soudain, en nous souhaitant bonne chance et en nous rappelant de ne pas oublier son cadeau taille 48.
   Toujours aussi misérables, nous avons survécu deux semaines en tendant la main comme tant d’autres. La mendicité n’était pas un choix : c’était la seule manière de tenir debout. Le jour, nous errions entre les marchés et les carrefours, avalant la poussière et les refus. La nuit, comme la chaleur restait lourde, nous dormions dehors, dissimulés entre les murs nus des maisons en construction. Ces murs sans toit étaient nos seuls gardiens, nos seuls témoins.
   J’avais réussi à voler un petit couteau, pas pour faire du mal, mais pour nous rassurer. Dans ces rues où chacun se battait pour un morceau de pain, certains migrants, perdus dans leur propre détresse, pouvaient devenir dangereux, jusqu’à égorger. Le couteau était une illusion de force, un talisman contre la peur.
En parlant avec les uns et les autres, nous avons fini par comprendre qu’il n’existait que trois chemins pour espérer payer notre passage vers Lampedusa. Trois chemins qui n’étaient pas des chemins, mais des pièges.
Le premier, c’était que la maman vende son corps. Le deuxième, c’était de devenir des travailleurs forcés dans les campagnes libyennes, pour un an ou deux, au service de propriétaires qui traitaient les migrants comme des outils. Le troisième, c’était d’accepter un « voyage avancé et on rembourse là-bas », mais en laissant Nasha et Bahiya en garantie, comme si un enfant pouvait devenir une caution.
   Nous étions incapables de choisir. Chaque option était une blessure. Alors nous avons continué à errer une semaine de plus dans les rues de Tripoli, la faim nous rongeant le ventre comme un animal invisible.
   Chaque soir, nous allions sur la plage. Nous espérions qu’un bateau pneumatique, par miracle, nous remarquerait et nous prendrait à bord. Mais aucun bateau n’a eu cette pitié. La Méditerranée ne voulait pas de nous, même pas en tant que noyés. Elle restait là, immense, indifférente, comme un dieu fatigué.
   Allongé sur le sable, moi, Modibo Keïta, j’ai vu la nuit descendre sur la mer sous la forme d’un vampire immense aux ailes déployées. C’était une vision ou un délire, je ne sais plus trop. La lune, elle, semblait baisser la tête, comme si elle se retirait pour laisser place à quelque chose de plus ancien qu’elle.
   Avec la nuit, un silence étrange s’est installé. Un silence d’ancêtre. Un silence qui ne venait pas seulement de l’air, mais du monde entier. On aurait dit une oppression mystérieuse, un souffle retenu, une plainte qui n’osait pas sortir.
   Je ne savais plus si je rêvais les yeux ouverts, mais la mer, comme hypnotisée par ces ailes d’ombre, palpitait avec lenteur. Elle respirait difficilement, comme si elle portait le poids de toutes les vies qu’elle avait englouties. Par moments, j’entendais des sons qui ressemblaient à des gémissements, ou peut-être à des chants lointains.
   C’est alors que j’ai cru voir des silhouettes sortir des vagues.
   Des femmes, des hommes, des enfants.
   Ils avançaient au ralenti, comme dans un autre temps. Ils tendaient leurs bras vers la plage, vers nous, vers la vie qu’ils n’avaient pas eue.
   Et puis, je crois que je me suis endormi.
   Ou peut-être que je me suis évanoui dans ce silence trop lourd pour un être affamé.
   Le lendemain matin, au lever du soleil, la maman s’est réveillée avec un tout nouveau visage.
   Elle souriait.
   Un sourire qui n’était pas un sourire : c’était une délivrance. Comme une mue de serpent. Une vérité revenue de loin.
   Elle est venue nous entourer de ses bras. Elle nous a caressé le visage, à tous trois, comme si elle nous baptisait dans une lumière nouvelle.
   Puis elle nous a embrassés sur les lèvres, avec une douceur qui tremblait comme une feuille d’or.
   D’une voix douce et vibrante, elle nous a parlé des paroles profitables du papa qui lui avait encore rendu visite durant la nuit.
   Mais cette fois, il n’était pas seul.
   À ses côtés se tenait un homme qui se faisait appeler Léopold Sédar Senghor.
   Cet homme avait versé beaucoup de larmes sur notre voyage insensé. Puis il avait soufflé à l’oreille de la maman une phrase de sa poésie :
   « Ils nous disent les hommes de la mort, mais nous sommes les hommes de la danse, dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur. »
   La maman avait compris.
   Elle avait compris que la vie était une danse, et qu’avec elle rien n’était jamais figé.
   Elle avait compris que la mort n’était pas un lieu, mais un passage. Que la souffrance n’était pas une prison, mais un tambour. Et que nos pieds, même blessés, pouvaient encore frapper le sol pour appeler la lumière.
   Elle nous a demandé pardon pour toutes les souffrances qu’elle nous avait fait endurer. Elle nous a dit qu’elle s’était trompée, lourdement trompée. Qu’il valait mieux une mort douce sur sa propre terre qu’une agonie triste sur la terre des autres.
   Elle nous a dit que ce long voyage nous avait rendus riches : riches de beautés, riches de temps sacré, riches d’oxygène, puisque nos cœurs battaient toujours au fond de nos poitrines.
   Après cela, la maman s’est campée face à la mer. Elle a regardé cette mer insensible en effaçant les restes de son maquillage. Puis, laissant remonter en elle sa fierté endormie, elle a ôté tous ses bijoux : son collier tribal, ses boucles dorées, ses bracelets futani.
   Elle les a posés dans le sable comme on dépose une peau ancienne.
   Alors elle est venue prendre Bahiya, qu’elle a enroulée délicatement dans son dos.
   Et moi, Modibo Keïta, j’ai compris ce qu’il me restait à faire.
   J’ai soulevé la petite sœur Nasha pour la mettre sur mes épaules.
   Nous avons dit adieu à Tripoli.
   Sans un mot.
   Sans un regret.
   Sans un regard en arrière.
   Et nos jambes ont commencé à marcher.
   Comme par miracle, nos jambes n’étaient plus nos jambes.
   Nos jambes étaient devenues l’Éden.
   Elles avançaient d’elles-mêmes, comme si la terre nous avait enfin reconnus comme ses enfants.
   Nous n’avions toujours rien. Mais nous avions tout.
   Du soleil plein les joues.
   De la liberté plein les pieds.
   De la vie plein les yeux.
   Et pour la première fois depuis longtemps, nous n’avions plus peur de rien.
   La route n’était plus une menace : elle était un retour.
   Un retour vers la terre qui nous avait vus naître, sans bijou.
   Un retour vers la danse.
   La danse invisible qui naît quand une vie se remet à tenir debout.
   Et sous le premier feu du matin, j’ai compris que l’espérance, elle aussi, savait revenir de loin.

   
« Modifié: 09 Mai 2026 à 14:50:21 par kokox »

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 766
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #1 le: 20 Juillet 2017 à 17:24:02 »
Bonjour kokox,

Une étrange histoire que voici ! :\?

J'avais en paume la crainte du galago, mais grâce à l’œil bon, le mauvais œil les avait préservé.
les avait préservés

Nous avons essayé d'effectuer cette tâche douloureuse avec notre meilleure tendresse ; une couche de très vieux d'abord, que nous avons recouvert d'une couche d'adultes. Et, pour finir, la couche des enfants et des bébés. Nous avons recouvert tous ces proches, tous ces frères, tous ces amis, d'un linceul blanc, de gris-gris et de cordelettes protectrices.
Ici, je n'ai pas compris pourquoi tu décrivais avec un tel cynisme l'enterrement. Est-ce une façon de montrer la fragilité de la vie ?

Malgré notre faim féroce, nous étions bien heureux d'avoir acheter la vérité et qu'elle ne se soit pas enfuie avant notre arrivée.
D'avoir acheté

Alors, certaines parties du texte sont émouvantes. On se laisse porter par ces passages. D'autres nous obligent à réfléchir. On s'en sort parfois avec des bleus. La suite est effectivement attendue, quelque part : Existe-t-il un avenir radieux pour ces tristes personnages ?

!!

En ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 510
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #2 le: 20 Juillet 2017 à 17:52:36 »
Salut Alan,

Grand merci pour ta lecture. ;)
Concernant l'enterrement, aucun cynisme de ma part, crois-moi, bien au contraire. Pose-toi simplement cette question : si tu avais à accomplir une telle tâche, placerais-tu en premier les enfants tout au fond du puits et par-dessus leurs aînés ?

Bien à toi !

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 766
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #3 le: 20 Juillet 2017 à 18:06:05 »
 :/ Ah ! Je vois où tu vas...

Autant pour moi, je n'avais pas bien cerné la nuance, une imprudence de lecteur...

 :huhu: Toutes mes amitiés !

En ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 510
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #4 le: 20 Juillet 2017 à 19:40:34 »
Au temps pour moi !  :)
On rencontre couramment la graphie « Autant pour moi », que « rien ne justifie » selon l'Académie française , mais qui est défendue par certains hommes de lettres et certains grammairiens.

Bien à toi !



Hors ligne Edel Weiss

  • ex metaphores
  • Prophète
  • Messages: 639
  • Fleur blanche des montagnes
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #5 le: 23 Juillet 2017 à 19:47:01 »
Cher Kokox,

Quel beau texte ! Je suis charmée ! Je crois que c'est le plus beau texte de toi que j'ai lu et c'est un des plus beaux que j'ai lu jusqu'ici sur le forum. Je trouve la poésie et le style magnifique ! Pour l'histoire, mystérieuse, j'en attends la suite.

Voici mon passage préféré parmi tout le reste de tes beautés stylistiques :

Citer
C'était notre Éden. Le berceau des hommes nus. Nous ne possédions rien.  Nous avions tout. Nous étions sages, avec au cœur la gazelle et le lion réunis.
   Et puis arriva ce cri poussé par l'aube envoûtée. Ce cri de savane blessée qui ne réveilla presque personne !

Malgré mon adhésion et mon enthousiasme pour ton texte, cependant, j'y ai vu quelques petites choses qui m'ont pas mal dérangée : tu mélanges des passages d'une beauté et d'une poésie irréelle et très exotiques à des passages très crus et des images que je trouve bizarres (la passage de la fesse du sage m'a paru décalé). Je ne vais pas aller par quatre chemins, pour moi, cette contradiction de style nuit à ton texte. Bercée par des passages sublimes, je ne peux accepter ensuite de basculer dans des situations burlesques (ou lire des phrases de registre bas) : pour moi, il y a décalage.

En conclusion, le texte est une pépite d'écriture, d’exotisme et de poésie mais qui à mon sens a besoin d'être retravaillé pour rendre plus claire et fluide l'introduction (la description de l'Eden est un peu longue et confuse par endroit, il y a un malaise en lisant car on se demande si on a raté quelque chose, le personnage, le début de l'histoire) et le style pour qu'il soit cohérent. Souvent des termes de registres bas ou à connotation non poétique m'ont fait buté alors que le reste du texte chante !

Après, je conçois que ces passages étaient peut-être voulus, mais dans ce cas, la poésie autour est trop chantante et forte.

Merci pour cette belle lecture,

Edel
« Modifié: 23 Juillet 2017 à 19:48:33 par Edel Weiss »
Mon dernier texte : Le Prix d'un coeur [AT]
------
Pour en savoir plus sur la fleur blanche des montagnes

Hors ligne In search of lost time

  • Plumelette
  • Messages: 19
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #6 le: 24 Juillet 2017 à 07:55:37 »
Un texte plein de douceur, de tendresse, de poésie, symbolisant la douloureuse fuite en avant des migrants africains. Un texte inachevé qui m'a beaucoup zému.  :'( Contrairement à Edel Weiss, je n'ai pas du tout été choquée par le vent "intem-pet-stif" du sage Barkhaawar. Je trouve que cela apporte une petite note de gaieté bienvenue au sein de cet océan de détresse. Adam et Ève chassés de l'Éden donc. J'ai hâte de savoir vers où leurs jambes les mèneront. La traversée se passera t-elle bien ? Je redoute le pire. :/

Hors ligne Edel Weiss

  • ex metaphores
  • Prophète
  • Messages: 639
  • Fleur blanche des montagnes
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #7 le: 24 Juillet 2017 à 09:28:08 »
Cher Kokox,

Comme ton texte me tient particulièrement à cœur, suite au commentaire de In search of lost time, je retourne lire ton texte, vérifier que je n'ai pas été trop sévère lors de ma première lecture avec ton histoire de vent et le reste hier soir, et confirmer ou adoucir ma critique plus haut. Mais comme ton texte est une splendeur, je ne lui pardonnerai aucune aspérité pouvant fêler la beauté incroyable de tes mots !


Je te fais donc la liste des expressions qui m'ont gênée (au cas où, en y réfléchissant, tu désires, les changer) :

Citer
l'homme popote,
le terme ici rappelle trop le familier de la popote et je trouve que cela sonne mal avec la poésie magnifique et lyrique du début - même si je comprends l'idée sonore de "popote" et de "boabab".


Citer
de notre arbre bouteille,
là j'avoue que je ne comprends pas pourquoi cette image

Citer
Nous nous contentions de tenir notre rôle de tranquillisants du monde, comme il faut des silences et des battements pour que respire un cœur serein.

Cette phrase est belle mais il n'y a pas réellement de relation logique entre "être un tranquillisant" et les "silences et battements pour que respire un cœur serein". En quoi tenir un rôle de tranquillisant a un rapport avec des silences ET des battements ? Selon moi, l'analogie ne va pas car à la limite ces hommes tranquillisant du monde peuvent se rapprocher des silences qui permettent au coeur de respirer mais ils n'en sont pas les battements. Cette image est à reprendre, de mon humble avis de maniaque perfectionniste.

Citer
Au bout de la patience, la musique nous était offerte
Ici, l'image est magnifique, j'adore l'idée d'au bout de la patience, vient la musique, mais je reconnais que le sens n'est pas "parfait". Au bout de la patience de quoi ? De plus, ici l'idée de patience ne va pas vraiment avec l'idée qui suit "Quand nos âmes étaient trop molles, des mélopées incongrues tombaient "qui sous-entend que c'est plutôt quand la paresse les gagne que vient la musique. Pour moi, ceci est un détail, mais il faudrait perfectionner le sens entre les deux deux phrases.

Au reste, quelle beauté, quelle phrase frissonnante que celle-ci :

Citer
Et parfois, Kalunga, l'homme invisible bienveillant, faisait glisser ses doigts sur mbira, le piano à pouces, et ainsi nous pouvions danser le mangambeu derrière nos yeux clos.

Une véritable beauté, un souffle, une parfaite ligne de cristal. J'adore. J'exulte. Je soupire à sa lecture.

Juste pour exemple, ce passage est réaliste et "cru" concernant les conditions de vies réelles de ces femmes et enfants mais je le trouve poétique et magnifique :

Citer
   À deux heures de marche du village, les saigneurs partaient griffer l'entaille, récupérer le sang blanc écoulé dans les tasses. Alors docilement, noirs, écartelés, les hévéas se raidissaient sans bruit, et chuchotaient aux tempes les risibles secrets des ancêtres.
   Au retour des saigneurs, les meilleures épouses pilaient déjà le mil, gloussaient des mots d'amour, rénovant leurs dents jaunies en perles de sourires. Tandis qu'à leur côté, ivres de lait, les nourrissons, fiers de beauté, mastiquaient indifféremment aux seins les plus lourds.

Donc je souligne que quand je trouve qu'un passage ne va pas, c'est parce qu'il est fait avec moins d'habilité, il me semble, que le reste du texte.

Citer
Debout, mains croisées dans le dos, les fillettes chantaient les cheveux blancs des vieillards, ravivaient leurs jambes débranchées.
      En retour, les vieillards moquaient leurs dandinements de petites femmes et, par la bouche des yeux, suçotaient leurs seins naissants qui pointaient vers le ciel épicé de pourpre et d'or. 

La phrase ici est splendide " les fillettes chantaient les cheveux blancs des vieillards", " le ciel épicé de pourpre et d'or" MAIS je ne comprends pas ce que vient faire ici le terme "débranchées" qui convoque ici une image d'appareil et une métaphore technologique dans ton univers : pourquoi??? En plus, réellement, concrètement, les jambes ne sont pas débranchées ! Tu peux trouver une image mille fois plus belle et cohérente ici pour parler de leurs jambes mortes.

Citer
et, par la bouche des yeux, suçotaient leurs seins naissants qui pointaient vers le ciel épicé de pourpre et d'or.
cette phrase non plus je ne la comprends pas : les vieillards sont tous pédophiles ? L'idée de pluriel "les vieillards" et de cette phrase donne à penser que tous les vieillards ici attouchent les fillettes. Cela me dérange beaucoup comme connotation alors que tu décris cet endroit comme un éden et que tout le reste n'est qu'harmonie.

Citer
Partout, l'éternité s'épaississait, et sa délicate étreinte rendait la terre à son origine.

Pour informations de virgule, ta virgule après s'épaississait est fautive, grammaticalement, elle n'a pas lieu d'être car elle ne sépare aucun syntagme grammaticale d'un autre, elle est donc purement "respiratoire et rythmique", cela est autorisé mais il ne faut pas en abuser.

Citer
Vite, j'ai grignoté mon dernier rêve
Ici le registre courant de grignoter surprend, vu que le reste de ton texte est dans un style soutenu très poétique, mais l'image reste belle et cette "aspérité" du style se justifie par l'apparition du JE qui est un homme et par la sonorité "exotique" de grignoter. Donc, ici, je trouve que le registre courant est intéressant et enrichissant pour ton texte.

Citer
Durant la nuit, plus du tiers des nôtres avaient été décimés sur les nattes en raphia. Environnés d'un essaim de mouches, ils dormaient à présent du sommeil sans fin des masques antilopes.

Citer
Quand la famine arrive dans un village, elle fait toujours suivre la privation par la Grande Peur. Pour tuer la Grande Peur, nous n'avons pas hésité à honorer l'Horreur. Bientôt dans nos esprits, madame détresse s'est décalée sur le côté pour laisser place à madame répugnance qui nous a commandé : « Sauvez vos vies ! ».

Très beau. Juste pour remarque, ici, il n'est pas très clair qu'ils sont morts de famine, cela fait bizarre, je t'explique : tu dis depuis le début en décrivant ce lieu qu'il est un lieu parfait, d'Eden, sans manque, de bonheur parfait. Et là, brutalement, le lecteur se retrouve dans un village qui souffre de la famine et où des hommes meurent. C'est trop brutal. A ma première lecture, je me suis demandée sans comprendre de quoi ils étaient morts, comment ? qu'est-ce qui avait bien pu arriver dans ce village? A mon avis, il faut ici éclaircir le sens car c'est le tournant de ton histoire, l'élément déclencheur.

Citer
Le lendemain matin, les plus faibles pleuraient encore. Tandis que les plus robustes se sont dit au revoir.
      Avec son baluchon à peine noué, sa cuisine de poche, chacun a titubé comme il pouvait vers un coin de l'horizon. L'Est a dit adieu à l'Ouest. Le Nord a dit bonne chance au Sud. Et personne ne s'est retourné pour dire un mot de plus.

Encore une fois cette description est somptueuse ! grandiose ! excellente ! Mais personnellement, je ne comprends pas ce qui les poussent à partir d'un coup ! Il n'y a plus rien à manger ? Il faudrait vraiment ici une phrase qui explique pourquoi tous ces hommes sédentaires décident de partir.

Citer
Par miracle, il restait dans la tombe de nos yeux un dernier sourire, que nous avons offert à sœur Miséricorde.
(trop beauuuuuuuuuuuuuuu)

Citer
- Ce que tu peux !
Ici je ne comprends pas l'exclamation : j'ai eu l'impression qu'il criait.

Citer
   Pendant un long moment, le temps s'est accroché où il pouvait au rebord du vide. Barkhaawar a fermé les yeux. Il a ouvert les yeux. Il a chassé une mouche. Il a suivi le vol de cette mouche. Il a parlé à cette mouche comme s'il la connaissait. Il lui a dit : « Tu attendras ton tour ! ». Puis, soulevant son auguste fesse, il a envoyé un peu de son cul vers les rayons mauves du couchant. J'ai alors  tenté de renifler son odeur comme si sa réponse pouvait être dedans. Mais je me trompais. Il avait juste libéré le chant fétide de ses boyaux.

Alors là ! NON ! je persiste ! Les phrase sur la mouche sont parfaites !!! PARFAITES ! sublimes-mêmes. Mais NON, l'auguste fesse du sage et Modibo qui renifle son odeur de cul et de pets ! Je dis NON ! Qu'est-ce que ça vient faire-là? Enfin, pour quelle raison il irait respirer sont pets ? Même si la réponse était dedans, ce ne sont pas des mots, il ne pourrait pas comprendre ! Enfin là je suis désolée mais ce passage tient du burlesque et de la farce comique grossière ! Ce passage pour moi déchire le voile poétique et grandiose de ton histoire et discrédite le personnage du sage et de Modibo.
Pardon de la fougue dans mon rejet ici, mais vraiment, je trouve que ce passage est grotesque et ne va pas dans l'histoire. Je sais que c'est souvent une volonté d'auteur que de rajouter du grotesque dans certains récits poétiques et magnifiques mais je trouve que cela ne fonctionne pas du tout ici : en tout cas, jamais Bodibo ne devrait respirer le pet du sage pour moi, que le sage pète ne me dérange pas, mais là la scène fait trop scène de théâtre farcesque. Après, c'est mon avis personnel.

La fin est superbe.

Encore bravo pour le tout, il me tarde de savoir la suite.




Mon dernier texte : Le Prix d'un coeur [AT]
------
Pour en savoir plus sur la fleur blanche des montagnes

En ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 510
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #8 le: 26 Juillet 2017 à 18:38:25 »


Un grand merci In Search of Lost Time pour ta lecture et ton aimable commentaire.



Bien à toi !

En ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 510
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #9 le: 26 Juillet 2017 à 19:35:25 »
Re Edel Weiss,  :)

D'un perfectionniste l'autre, je te réitère tout le bien que je pense de tes fines et subtiles analyses quant à mes textes.
Dans l'ordre et dans le détail :

Homme-popote : Non point dans le sens de faire la popote, la graille, la bouffe, mais, selon le CNRTL, qui a des préoccupations matérielles, qui est terre-à-terre, casanier, qui aime le calme, le confort du foyer, qui est peu disposé à l'aventure...

Notre arbre bouteille : Autre appellation poétique du baobab, je n'ai rien inventé...

Nous nous contentions de tenir notre rôle de tranquillisants du monde, comme il faut des silences et des battements pour que respire un cœur serein.

Là, je plussoie au fait que tu aies tiquer. L'analogie n'est pas du meilleur aloi. J'ai merdé, dans la mesure où j'avais l'image en tête, mais n'ai pas su l'exprimer précisément sur papier.

Au bout de la patience, la musique nous était offerte...


Je t'accorde là encore qu'il manque quelque chose à cette entame. Je te propose à la place :

1 - Au bout de la patience du silence, la musique nous étaient offerte.
2 - Pour égayer notre paresse, la musique nous était offerte.
3 - Somnolents, nous paressions jusqu'à la fatigue sur nos nattes de songes. C'est alors que bien souvent, tout au bord de l'assoupissement, la musique nous était offerte.
4 - Autre chose. Si tu as une idée, n'hésite pas.

... ravivaient leurs jambes débranchées.

Ravivaient leurs jambes indolentes et/ou variqueuses. (Me semble mieux).

et, par la bouche des yeux, suçotaient leurs seins naissants qui pointaient vers le ciel épicé de pourpre et d'or.


Cela, pour le coup, il faut être un homme pour le comprendre.  :) Aucune connotation d'ordre pédophilique dans cette assertion, tu peux me croire sur parole.

Juste pour remarque, ici, il n'est pas très clair qu'ils sont morts de famine, cela fait bizarre, je t'explique : tu dis depuis le début en décrivant ce lieu qu'il est un lieu parfait, d'Eden, sans manque, de bonheur parfait. Et là, brutalement, le lecteur se retrouve dans un village qui souffre de la famine et où des hommes meurent. C'est trop brutal. A ma première lecture, je me suis demandée sans comprendre de quoi ils étaient morts, comment ? qu'est-ce qui avait bien pu arriver dans ce village? A mon avis, il faut ici éclaircir le sens car c'est le tournant de ton histoire, l'élément déclencheur.


Là, je vais expliciter en une ou deux phrases l'origine de la pandémie. Tu as raison !

Alors là ! NON ! je persiste ! Les phrase sur la mouche sont parfaites !!! PARFAITES ! sublimes-mêmes. Mais NON, l'auguste fesse du sage et Modibo qui renifle son odeur de cul et de pets ! Je dis NON ! Qu'est-ce que ça vient faire-là? Enfin, pour quelle raison il irait respirer sont pets ? Même si la réponse était dedans, ce ne sont pas des mots, il ne pourrait pas comprendre ! Enfin là je suis désolée mais ce passage tient du burlesque et de la farce comique grossière ! Ce passage pour moi déchire le voile poétique et grandiose de ton histoire et discrédite le personnage du sage et de Modibo.
Pardon de la fougue dans mon rejet ici, mais vraiment, je trouve que ce passage est grotesque et ne va pas dans l'histoire. Je sais que c'est souvent une volonté d'auteur que de rajouter du grotesque dans certains récits poétiques et magnifiques mais je trouve que cela ne fonctionne pas du tout ici : en tout cas, jamais Bodibo ne devrait respirer le pet du sage pour moi, que le sage pète ne me dérange pas, mais là la scène fait trop scène de théâtre farcesque. Après, c'est mon avis personnel.


Tu as su me convaincre. Je biffe le pet du sage sans aucun remords.  :)

J'opérerai ces modifications après validation de ta part.

Un grand merci à toi !

Ton obligé !

Kokox





« Modifié: 26 Juillet 2017 à 19:37:13 par kokox »

Hors ligne Dom Stréa

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #10 le: 28 Juillet 2017 à 11:59:00 »
Bonjour Kokox,
J'ai lu et relu ton texte maintes fois et à chaque fois il chante dans ma tête et fais naître derrière mes yeux des images troublantes, poétiques, douloureuses et toujours colorées.
Merci donc pour ce be

Hors ligne Dom Stréa

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #11 le: 28 Juillet 2017 à 12:01:13 »
La touche "répondre" s'est glissée sous mes doigts maladroits :-[
Merci donc pour ce moment passé en Afrique.
J'adhère à la plume d'Edel, à quelques rem

Hors ligne Edel Weiss

  • ex metaphores
  • Prophète
  • Messages: 639
  • Fleur blanche des montagnes
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #12 le: 28 Juillet 2017 à 12:19:34 »
Cher Kokox,

Voici mon retour !

Citer
Homme-popote : Non point dans le sens de faire la popote, la graille, la bouffe, mais, selon le CNRTL, qui a des préoccupations matérielles, qui est terre-à-terre, casanier, qui aime le calme, le confort du foyer, qui est peu disposé à l'aventure...

Oui, j'ai cherché ;) Le sens du mot colle parfaitement, la sonorité "popote" va avec "baoubab" mais malheureusement, le mot voulant dire aujourd'hui "popote" et étant familier, j'ai tiqué à la lecture, et même à ma seconde lecture, une fois instruite de son sens. Je ne sais s'il faut vraiment l'enlever, car c'est la faute à la désuétude de ce mot et non à ce mot en lui-même, mais si tu en trouves un autre, plus poétique, cela pourrait être intéressant. Après, ceci est un détail. Malheureusement, la popote, est un terme vraiment bien ancré dans notre quotidien, donc difficile de ne pas voir son spectre en lisent "Homme-popote".

Citer
Notre arbre bouteille : Autre appellation poétique du baobab, je n'ai rien inventé...

Heureuse de l'apprendre !

Pour les tranquillisants du monde, oui faut trouver une image cohérente, tu me diras quand tu auras trouvé ;)

La 3 me parait être la meilleure et la plus claire : je te redirai quand je relirai le tout arrangé ! Pour être sûre.

J'aime bien oui : ravivaient leurs jambes indolentes. C'est bien mieux ! (variqueux, ça fait trop médical je trouve, pas assez poétique et simple, en Afrique, ils ne nomment pas cela ainsi, je pense)

J'attends l'explication de la pandémie alors ! Car j'avoue que c'est un moment de tension important qui m'a beaucoup manqué !



Une fois encore je te réitère mon admiration pour ce texte et te sais gré d'avoir attaché autant d'importance à mes remarques !

Fourmi dévouée, travailleuse acharnée, à ton service ;)

Edel
Mon dernier texte : Le Prix d'un coeur [AT]
------
Pour en savoir plus sur la fleur blanche des montagnes

En ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 510
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #13 le: 02 Août 2017 à 06:15:41 »
Texte remanié après propositions de Edel Weiss.

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 907
Re : Pleure, marche, et ne reviens
« Réponse #14 le: 03 Août 2017 à 13:09:50 »
Très beau. Un peu trop lyrique à mon goût, et l'entame est un peu longue, mais c'est un texte de grande qualité.
J'attends la suite !
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.015 secondes avec 17 requêtes.