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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)

Auteur Sujet: Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)  (Lu 570 fois)

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
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Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« le: 13 Décembre 2025 à 17:45:27 »
Je vous propose ici une réécriture d'un texte jadis  offert à votre lecture (en 2017).

Comment Dieu vint au monde
(petite cosmogonie de l'ennui)
 
 

Ça faisait un bail, une paye, bref, un certain temps… On aurait aimé formuler les choses ainsi s’il y avait eu le temps. Mais justement, c’était le problème : de temps, il n’y en avait pas, pas la moindre seconde, pas la moindre miette. Rien. Pas d’avant, de pendant ni d’après. Va-t’en exister, toi, dans ces conditions !
Quand tu existes, à chaque instant, tu te succèdes à toi-même — c’est ça qui est bien. Mais pour ça, il faut du temps. Tu vois la difficulté ? Eh bien Dieu, lui, rien à cirer : il existait quand même… Attention, ce n’était pas toujours facile, mais bon, il s’en tirait très bien tout seul. En fait, il n’avait pas trop le choix, vu qu’il n’y avait personne. Même chose pour l’espace : il n’y en avait pas, même en cherchant bien, pas un petit coin perdu pour fumer une clope sans que ta femme te voie ou pour toute autre chose intime.
Eh bien Dieu, sans temps, sans espace, il y arrivait. Fortiche ! Bon, d’un autre côté, c’était Dieu, ça peut expliquer. Cela dit, cette existence n’était pas sans inconvénients.
Le temps, c’est surtout utile pour devenir, et devenir, c’est la base de tout. Réfléchis : si tu ne deviens pas, tu restes con, et quand c’est pour l’éternité, c’est vite lassant… Remarque, tout bien considéré, ce n’est pas un drame non plus ; quand il n’y a que toi au monde, tu peux être très con, personne ne le sait !

Donc, à cette époque, Dieu était con, puisqu’il n’évoluait pas, faute de temps. Il y en a qui disent qu’il n’avait pas besoin d’évoluer puisqu’il était parfait. La belle affaire ! N’importe quel pape te confessera que la perfection est la version mystique de la connerie.
Au cas où tu deviendrais parfait, sache bien qu’après, c’est foutu. Ne bouge même pas le petit doigt, n’envisage pas de penser. La pensée est le début de la chute.
Dieu, qui était parfaitement con, ne pensait pas. Il dormait et, quand il ouvrait les yeux, ne voyait que lui et aussitôt se rendormait. L’espace n’existant pas, Dieu n’était nulle part qu’en lui-même, c’est-à-dire partout. Il n’aurait pas pu faire un pas sans se rencontrer et, c’est bien navrant, sans se marcher dessus. Heureusement, Dieu ne marchait pas, ni ne bougeait…
Un jour, si l’on peut dire, il cligna des yeux — mais à l’envers, puisqu’il dormait tout le temps — et, l’instant d’un éclair qui fut peut-être une éternité, se dit qu’il était parfaitement inutile.
L’idée le bouleversa, mais, craignant d’affronter cette terrible réalité, il retomba dans l’inconscience, fermement décidé à ne plus s’exposer à l’épreuve de son inanité. On s’interrogerait vainement sur la durée de cette sieste divine. Le fait est qu’arriva un autre clignement. Le choc fut rude de cette seconde confrontation avec lui-même, un peu comme si le néant tout entier était entré en lui. Dieu, qui était tout, se sentit devenir rien. La sensation était nouvelle, puisque, pour la première fois, il devenait. On ne saurait dire, évidemment, s’il en tira satisfaction, mais ce qui est certain, c’est que sa perfection en prit un coup.
Incapable de se rendormir, il était là à se tourner, se retourner en lui-même. Une question le taraudait : que faire ? Jusqu’alors, l’ennui ne l’avait jamais saisi. Une autosuffisance somnolente l’en avait préservé. L’insomnie modifia tout, jusqu’à lui instiller un semblant de culpabilité peu compatible avec sa nature profonde.
C’est alors qu’il s’avisa d’un nouveau phénomène. Il se dédoublait. Sa plénitude habituelle l’avait jusqu’ici confiné dans une subjectivité sans égale, un égotisme rare et bien naturel, puisque, à part lui, il n’y avait aucun objet à la ronde. Qui lui aurait tenu grief ? Désormais, tout au fond de lui s’élevait une petite voix qui se faisait harcelante :
— Pauvre nul, tu ne vois pas que tu ne sers à rien ?
Cette insolence, qui au début l’avait agacé, finit par l’amuser. Il n’était plus seul et, de cette altérité, germait la possibilité d’un échange. Il se surprit à attendre les réponses qu’à lui-même il se donnait, ce qui, soit dit en passant, constituait non seulement une première ébauche du temps, mais aussi de la schizophrénie.
Impossible d’évaluer combien dura cet épisode, le mouvement des planètes n’existant pas, faute de planètes. Le seul cycle envisageable était celui d’un aller-retour de la pensée divine avec son double, et nous serions bien ridicules à vouloir en rendre compte à l’aune de notre chronologie. Ce qui paraît acquis aux commentateurs, c’est que l’intéressé y trouva plus que du plaisir : de la jubilation. Il se dit même, secrètement, dans certains milieux autorisés, que le bruit de fond de l’univers, capté par les instruments de mesure les plus sophistiqués, ne serait autre que les éclats de rire de Dieu conversant avec lui-même
.
Cela faisait donc un certain temps que Dieu, débonnaire, s’entendait railler par cette partie dissidente de sa personne, qui lui délivrait en permanence des théories fumeuses sur l’existence en soi, l’existence contingente et autres démonstrations inutiles. Mais vint un moment où sa patience, pourtant sans limite, commença à s’effriter. Même lorsqu’il s’obligeait à ne pas répliquer afin de calmer le jeu, l’autre revenait à la charge avec un arsenal de questions sur la liberté du style :
— Tu te prétends libre, mais un être qui ne vit que pour soi, en soi et par soi n’a qu’une illusion de liberté.
— Il n’est de liberté sans relation duelle entre l’objet et le sujet. Or toi, tu es les deux à la fois. C’est du grand n’importe quoi.
Reconnais que tu aurais perdu patience ! Eh bien Dieu, non. Il lui en fallait plus. Pour être précis, il éclata la fois où il fut mis au défi par cet autre lui-même de prouver qu’il existait. La réponse fut immédiate :
— Oust, du balai, y en a marre ! Comme ça, marmonna-t-il, tu vas vérifier que j’existe.
Ce fut une sorte d’accouchement furieux, une éjection sauvage de sa partie contestataire directement dans le néant. Cette colère devait se payer d’une terrible souffrance. Tout guerrier un peu sincère te dira que s’amputer d’une partie de soi-même est une épreuve redoutable, que l’on soit Dieu ou pas. Aussi poussa-t-il un cri déchirant de rage et de douleur. Certains initiés disent qu’il retentit encore dans l’univers et que, contrairement à ce que prétendent des gens mal informés, loin d’être son rire, c’est ce hurlement qui constitue le bruit de fond de l’univers.

Ayant quitté sa torpeur originelle pour un turbulent colloque avec lui-même, il n’était plus question pour lui de s’y replonger : trop risqué, avec ce morceau de lui qui se baladait quelque part dans le néant. Et puis, faut-il te le confier, il avait finalement pris goût à la présence de quelqu’un et, du même coup, n’ayons pas peur du mot, à la contradiction. En fait, maintenant, s’il y avait bien quelque chose pour lui ficher la pétoche par-dessus tout, c’était l’ennui.
Lui vint alors une sacrée idée. S’il avait pu, par un phénomène spontané de scissiparité, se débarrasser de cette partie de lui qui le gonflait, en s’y prenant bien, il allait pouvoir rejouer le même tour. Mais bon, cette fois, un peu de maîtrise ne serait pas superflue, au lieu de cette colère convulsive qui lui avait valu une migraine de compétition. Cette perspective lui redonna la pêche, le faisant sourire de béatitude.
N’ayant guère de modèle et se méfiant cette fois de l’improvisation, Dieu, qui avait acquis une grande capacité d’abstraction, échafauda toute une série de suites logiques d’une rare complexité, où l’énergie s’organisait et se démultipliait selon des règles très compliquées qu’évidemment, il n’est pas possible d’expliquer ici, faute de temps… Parfois, ce qu’il concevait le rendait joyeux ; d’autres fois, ce qu’il engendrait le faisait flipper au point de lui ôter toute envie de progéniture. Mais tu sais ce qu’est le goût du jeu… Dieu avait envie de jouer. En se remémorant les discussions interminables à l’origine de sa rupture intérieure, il finit par se convaincre que l’autre avait raison. Ça ne vaut vraiment pas le coup d’exister si l’on ne sert à rien. Un mot d’ordre s’imposait : place à l’action !
Pris d’une frénésie créatrice, il s’arracha  des lambeaux de lui qu’il soumettait à des équations à mille inconnues et qu’il propulsait dans le vide. Hélas, il lui fallut se rendre à l’évidence : toutes ses tentatives échouaient. Ah, c’est sûr, dès qu’il les balançait devant lui, ça brillait autant qu’une fusée de feu d’artifice… puis ça s’étiolait sans raison, sans même le bruit d’un pétard. Un flop total ! C’était contrariant, presque humiliant. On ne comptera pas le nombre d’univers avortés qui sont sortis ainsi de son ventre. L’ensemble des étoiles dans le ciel, multiplié par la totalité des grains de sable de la Terre, ne t’en donnerait qu’une faible idée.

À l’évidence, quelque chose clochait, et Dieu, d’un naturel plutôt optimiste, s’en désolait. Tandis qu’il s’apprêtait à sombrer dans un nouveau marasme dépressif, comme pour lui remettre un coup au moral, il entendit l’écho insupportable d’un rire moqueur. Quelque part dans la nuit, quelqu’un se réjouissait de son échec.
— Je te l’avais bien dit, espèce de nul !
Dieu, qui avait de la fierté, ignora les sarcasmes. Il n’avait qu’un souci : comprendre pourquoi tous ses prototypes s’évanouissaient dès leur naissance. La réponse ne se fit pas attendre. Au bout d’une demi-éternité environ, elle lui parvint sous la forme d’un nouvel éclat de rire qui lui aurait écorché les oreilles s’il en avait eues :
— Et ce sera toujours comme ça, ajouta l’autre.
C’était donc là l’explication : cette partie tombée de lui s’ingéniait à tout briser de ce qu’il entreprenait.
— Mais pourquoi fais-tu ça ?
— Réfléchis un peu, bourrique ! Tu sais bien que je suis une partie de toi.
— Et alors ?
— Alors ? Mais t’es un vrai crétin ! Peux-tu imaginer un seul instant qu’il y ait place pour deux bidules comme toi ? L’Absolu, c’est bien ton programme, idiot tout-puissant !
Dieu, qui commençait à s’habituer à la vulgarité de son interlocuteur, préféra ne pas relever.
— Comment veux-tu qu’il en soit autrement ? C’est mon destin.
— Et le mien, c’est quoi ? Hein, je fais quoi, moi, pour exister ? Deux absolus ensemble, tu vois le travail, pauvre tache ?
— Je te le concède, ce n’est pas compatible !
— Eh bien voilà, t’as tout compris. Fallait bien que je me distingue. Du coup, forcément, je suis le contraire de toi. T’avais qu’à pas te diviser, abruti !
— Je n’avais pas le choix, tu le sais bien. C’était ça ou rien.
— Peut-être, j’dis pas non, mais maintenant, faut assumer. Allez, salut, connard !
Dieu resta songeur. C’était donc lui qui faisait tout péter. Quel que soit le plan, la formule, il lui glisserait toujours un grain de sable qui mettrait tout par terre comme un château de cartes. C’est si difficile de construire et si facile de détruire. Aussi allait-il se résigner lorsque lui vint une autre sacrée idée. Soudain, tout lui sembla clair. Ses créations étaient vulnérables pour une simple raison : il ne les défendait pas de l’intérieur. Parfaitement conçues, certes, il leur manquait quelque chose, peut-être même l’essentiel. C’était encore une question d’énergie.
Il les lançait et la mécanique s’enclenchait bien, mais, une fois qu’elles avaient épuisé toute leur énergie cinétique, pfuit, plus rien ! En réalité, l’autre n’avait pratiquement aucun effort à faire pour tout foutre en l’air. Il leur fallait une sorte de carburant interne, un truc qui brûle en permanence et ne cesse de se renouveler. Et c’est là qu’il eut son idée de génie. Le carburant, ce serait lui : lui, avec cette volonté infinie d’être, d’être plus et plus encore, plus intensément, plus profondément. Oui, bien sûr, il y avait l’autre, en embuscade, mais s’il habitait sa création intimement, chaque fois que ce salopard ferait un accroc, une brèche, une blessure, il serait là, présent au secret des structures les plus intimes, pour recoudre, réparer, consolider, toujours.
Alors Dieu prit une grande inspiration.
Comme un plongeur avant de se laisser aller dans le grand bleu, il se remplit de milliards de milliards de formules, se rétracta tout au fond de lui-même pour n’être plus qu’un minuscule point, condensé d’énergie. Il n’était plus qu’une infinie volonté d’être jaillissant de tous côtés, harmonieusement.
« Modifié: 14 Décembre 2025 à 00:04:55 par HELLIAN »
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Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
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  • Ailleurs et au-delà
Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #1 le: 14 Décembre 2025 à 09:22:10 »
Bonjour HELLIAN, merci pour ton texte.
Waouh, je me suis régalée à le lire en m'imaginant l'interpréter sur scène. Je sais, c'est très présomptueux de ma part.
Tout d'abord, j'ai constaté la longueur du texte et j'ai eu peur.
Ensuite, j'ai quand même commencé à le lire et je suis finalement arrivé au bout et j'en suis ravie.
Par contre, sauf ci, cela est expressément voulu, je pense que le tutoiement du lecteur n'est pas nécessaire et qu'un vouvoiement serait plus adéquate, mais peut-être que je me projette trop sur scène.
Citer
ne t’en donnerait qu’une faible idée
Pas nécessaire de mon point de vue.
En plus ton texte me fait penser à une intrication disruptive où 1+1=3 (un truc perso).
Belle journée.
Michèle

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #2 le: 14 Décembre 2025 à 16:51:06 »
Merci beaucoup de ton appréciation qui m’a vraiment touché.

Oui, c'est vrai que cette histoire peut paraître un peu longue, ce qui, à l'évidence, peut-être dissuasif. Mais il s'agit d'un récit qui a vocation à contribuer aux mythes fondateurs (rien que ça…). Alors, il faut ce qu'il faut. Et puis, ta réaction ne démontre-t-elle pas que le lecteur courageux qui se lance dans le fleuve de ce texte est finalement récompensé ?

Ta remarque sur le tutoiement est très juste, surtout dans une perspective scénique : le vouvoiement installe une distance et une solennité qui peuvent être très efficaces à l’oral.

Pour ce texte, j’ai cependant fait le choix du tutoiement parce que je ne m’adresse pas tant à un public qu’à une conscience — parfois celle du lecteur, parfois la mienne, parfois même celle de Dieu. C’est une voix intérieure, complice, un peu impertinente, qui me semblait incompatible avec le vouvoiement.

Mais ta projection sur scène est très stimulante : dans une interprétation orale, je ne serais pas surpris que le texte gagne justement à être adapté, voire “vouvoié”. Si tel était réellement ton projet, j'aurais plaisir à le retravailler en ce sens.

cent fois sur le métier...

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #3 le: 15 Décembre 2025 à 10:07:51 »
Merci pour ton texte, qui est en fait un critique de Dieu selon la vision juive, chrétienne et musulmane, qui est d'ailleurs le même dieu.
Tu nous apprends que Dieu se parle à lui-même et qu'il entend des voix^^

Ton Dieu, pour ce que j'ai pu en deviner, est d'une forme humaine. J'avais vu un film ou Dieu était d'une apparence de reptile. Pourquoi devrait-il être de forme humaine ? Il pourrait être un animal terrestre, ou une forme totalement différente même.

Tu as fait une faute de frappe. Tu as mis le point sur une nouvelle ligne.
"Il se dit même, secrètement, dans certains milieux autorisés, que le bruit de fond de l’univers, capté par les instruments de mesure les plus sophistiqués, ne serait autre que les éclats de rire de Dieu conversant avec lui-même
."
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne SablOrOr

  • Aède
  • Messages: 192
Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #4 le: 15 Décembre 2025 à 22:02:24 »
Bonsoir Hellian,
J'applaudis des deux mains tout en m'inclinant sobrement devant cet écrit savoureux.
J'en aurais lu davantage avec plaisir et curiosité, gourmande que je suis des projections fondatrices et profondes des gens intelligents !
Et ce point final, décalé... quelle parfaite illustration du repli de dieu sur lui même !
Serait-ce un genre d'agnostisme ta création réflexive ?
Je suis jalouse !
Read U again...
 ;D ;)
« Modifié: 16 Décembre 2025 à 12:14:59 par SablOrOr »
"Aimer quelqu'un c'est le lire". Christian Bobin.

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #5 le: 16 Décembre 2025 à 10:42:18 »
  SablOrOr,

Que voilà un message qui me fait plaisir ! Je craignais qu'à l'exception de quelques courageux inconditionnels, ce text ne dissuade par sa longueur et toi, tu en redemandes. Je suis comblé.

Je
cent fois sur le métier...

Hors ligne Murex

  • Prophète
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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #6 le: 16 Décembre 2025 à 11:13:36 »
   Bonjour  Hellian, quel projet ambitieux que de vouloir créer une nouvelle cosmologie !
   Tu y parviens remarquablement bien dans la première partie  ( jusqu'à " que les éclats de rire de Dieu conversant avec lui-même.")  Quelle impertinence jouissive. Traiter  Dieu de parfaitement con fallait quand même oser ! Je m'étonne d'ailleurs que personne ne s'en soit quelque peu offusqué.  Tu jongles remarquablement bien avec les notions de temps, d'espace, d'existence et de non-existence ?  Un grand bravo, un tour de force.
   Par contre, je trouve la seconde partie plus faible, un rien tiré par les cheveux et pour ma part je me serais arrêté à la première, mais bon ce n'est pas moi l'auteur... J'ai trouvé un peu curieux et un peu dérangeant que dans celle-ci contrairement à la première tu t'adresses à des lecteurs supposés : " Reconnais que tu aurais perdu patience. Faut-il te le confier. Mais tu sais ce qui est le goût du jeu". Cela enlève de la force au récit. Un mythe fondateur se suffit à lui-même sans référence à qui ou à quoi que ce soit.
  Allez, je me permets encore quelques petites critiques :
  " qui lui en aurait tenu grief "
  " On ne compterait pas " préférable à "on ne comptera pas"
 " comme pour lui remonter le moral "
 " un grain de sable qui enrayerait toute entreprise"  ou  "toutes velléités".

  Mais ces petites imperfections, à mes yeux, n'ont que peu de poids au regard de cette phrase géniale :
 " Il se dit même, secrètement, dans certains milieux autorisés, que le bruit de fond de l’univers, capté par les instruments de mesure les plus sophistiqués, ne serait autre que les éclats de rire de Dieu conversant avec lui-même ."

  Bien à toi

   
   
 
« Modifié: 16 Décembre 2025 à 11:15:47 par Murex »

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #7 le: 16 Décembre 2025 à 14:15:19 »
  Murex,


Tout d'abord, je tiens tout particulièrement à te remercier pour ton commentaire et tes remarques comme toujours éminemment constructive, mais également par ce que ton objection sur l'opportunité de la seconde et dernière partie me donne l'occasion de préciser une conviction théologique essentielle. Si ce site est le lieu privilégié de débat littéraire, j'espère que l'on me pardonnera d'en faire un instant le champ d'une discussion théologique qui n'en est pas moins passionnante. Quelque chose me dit, d'ailleurs que je ne suis pas le seul sur ce forum à interroger le sujet…

La thèse principale de ce récit n'est pas de présentée Dieu comme le créateur du monde, mais plus précisément, d'imaginer le monde comme le lieu où Dieu advient.



Autrement dit , avant le monde, Dieu n’est pas une cause extérieure, il vient au monde en s’y investissant, en en prenant le risque . Ainsi, Dieu n’est pas seulement créateur, il est créé en retour par son acte comme une présence qui s’incarne progressivement. Il s'agit là d'un renversement discret mais radical :Dieu ne domine pas le monde, il s’expose à lui.    La création devient alors une sorte de kenosis (dépouillement) originelle. Dieu n’est pas un être figé. Il est un devenir, un surgissement qui arrive avec le monde. Il se lie à la matière, au temps, au vivant.

Voilà donc, si besoin est de m'en expliquer, l'ambition de la seconde partie du récit. Mais il me faut arrêter là mon propos au risque de finir sur un bûcher pour péché mortel d'hérétisme non sans avoir enduré préalablement d'atroces souffrances pour avoir qualifié Dieu de « parfaitement Con ».
« Modifié: 16 Décembre 2025 à 14:17:07 par HELLIAN »
cent fois sur le métier...

Hors ligne Murex

  • Prophète
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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #8 le: 17 Décembre 2025 à 09:53:49 »

  Merci Hellian pour ton exposé relatif à  ta conception du monde. Non, je ne pense pas que Dieu (malgré sa connerie)  te condamnera à d'atroces souffrances. N'est-il pas réputé pour sa grande mansuétude !!!
  Tout ce que tu exposes là me semble assez subtil. Je pense pour ma part que Dieu ou pour mieux dire l'entité créatrice est à la fois hors du monde et dans le monde où il organise l' évolution depuis la matière inerte  jusqu'au vivant et à l'intelligence dont nous sommes jusqu'à ce jour les plus largement pourvus.
   Si malgré tout Dieu tient absolument à te faire rôtir en enfer, qu'il attende encore un peu, nous prenons trop de plaisir à te lire !
  Bien à toi
   

Hors ligne Robert-Henri D

  • Palimpseste Astral
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  • Pelleteur de Nuages
Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #9 le: 19 Décembre 2025 à 12:34:38 »
Bonjour Héllian,

Tu as écrit :

 
Citer
Dieu n’est pas un être figé. Il est un devenir, un surgissement qui arrive avec le monde. Il se lie à la matière, au temps, au vivant.

Et c'est là une définition qui me semble fort pertinente ! Certes, l'entité (si tant est que s'en soit une !) ne peut que se placer très au-delà de l'entendement humain. Quand bien ce dernier aurait inventé la cosmogonie pour se donner bonne conscience… et se parler à lui-même en se prenant, sinon pour Dieu, au moins justifier l'émergence de la Matière Grise "intelligente"… et donc satisfaire un besoin fondamental : trouver un sens au chaos.

De fait, ce texte n'est pas anodin. Il témoigne d'un exercice intellectuel proche de cette nécessité psychologique et sociale qui nous dirige dans la création de récits propres à (vouloir) apprivoiser notre angoisse de l'inconnu.

De là à considérer la cosmogonie pour une explication rassurante… ça n'est pas forcément gagné  !

L'homme peut-il remplacer l'aléa par l'intention. Et peut-il en cela juger autrui sans se juger lui-même ?

Le récit admet que le temps est un leurre qui, comme le définit en chanson un certain Georges Brassens, "ne fait rien à l'affaire" sinon que d'entrer dans le burlesque pour mieux sortir d'un présent vide de sens.

D'où, peut-être, cette manie que nous avons de vouloir étiqueter même l'incréé ! (afin peut-être de lui imposer l'idée d'une certaine identité sociale et donc morale au devenir si complexe que de toute façon nous bafouons !)
« Les heures glissent comme des plumes légères, caressant mes souvenirs, là où chaque souffle devient un murmure d’éternité. »

Hors ligne HELLIAN

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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #10 le: 19 Décembre 2025 à 19:21:41 »
Robert Henri  , bonjour,

Merci d'être passé.

Ton commentaire met très justement le doigt sur ce qui fait le cœur — et peut-être le risque — du texte : la tentative humaine de substituer l’intention à l’aléa, le sens au chaos, le récit à l’inconnu. Mais là où je nuancerais, c’est sur l’idée que la cosmogonie ne serait qu’un récit rassurant, une « bonne conscience » inventée par l’homme pour supporter l’angoisse.

Dans mon histoire,, Dieu n’est précisément pas une réponse, ni une explication consolante. Il est un événement, un surgissement qui n’abolit pas le chaos mais l’habite. Il n’efface pas l’aléa, il le traverse. En ce sens, le propos du texte ne prétend pas remplacer l’inconnu par un récit, il montre au contraire que le récit lui-même est fragile, provisoire, toujours en train de se faire, comme Dieu, comme l’homme. On trouve cette idée chez Teilhard de Chardin pour qui l'homme et Dieu sont en quelque sorte coauteurs du monde et, d'une certaine manière également chez Spinoza.

Quant au temps, s’il est un leurre, il n’est pas pour autant insignifiant. Il est peut-être l’espace même où se joue cette tension entre devenir et illusion, entre présent vide et quête de sens. Le burlesque dont parle Brassens n’annule pas la gravité : il en est souvent la forme la plus lucide.

Enfin, l’étiquetage de l’incréé — Dieu, le sens, l’origine — n’est pas ici une volonté de domination morale, mais une tentative maladroite et profondément humaine de se tenir en relation avec ce qui nous dépasse. Nommer n’est pas posséder ; c’est parfois simplement appeler dans le noir.

Mon projet, si tant est, dans ce récit, n’exonère pas l’homme de se juger lui-même. Au contraire : il le place face à sa propre responsabilité créatrice — celle de ses récits, de ses dieux, de ses justifications. Dieu n’y est pas un alibi. Il est un miroir instable.

Voilà voilà… en tout cas je suis ravi de cet échange.
cent fois sur le métier...

Hors ligne Robert-Henri D

  • Palimpseste Astral
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Re : Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #11 le: 19 Décembre 2025 à 23:43:26 »
Voilà voilà… en tout cas je suis ravi de cet échange.

Et moi itou cher ami !

Cette théorie des contraires qui ne font qu'un m'a toujours fasciné ! Ça a commencé tout gosse, alors que mon éducation parentale se devait de compter avec l'école laïque et le catéchisme Chrétien : la première de ces entités adjointes aux us et coutumes d'antan, théorisant sur une cosmologie généralement tributaire de la branche des sciences que constituait la physique d'hier pour justifier de ses théories concernant la formation de l'univers. Cependant que l'autre, plus friande de récits oraux colporteurs de cosmogonie en tous genres, refondait l'histoire d'une tout autre manière et ce, au point de s'en convaincre religieusement ! Mais pas que ! Car, comme tu le sais aussi bien que moi, de nombreux traités sur les origines toujours hypothétiques de l'univers, ont aussi été écrits par des philosophes ou des penseurs scientifiques ; qu'il ne m'appartient pas de nommer… puisque je m'y atèle aussi. Quoique poétiquement autant que prosaïquement, car nettement plus "légèrement" qu'historiquement ! Avec toutefois, à l'esprit, une certaine idée des contraires, que j'adapte selon ce que j'ai pu apprendre "en vrai" d'une doctrine philosophique et religieuse : le taoïsme.
« Les heures glissent comme des plumes légères, caressant mes souvenirs, là où chaque souffle devient un murmure d’éternité. »

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Comment Dieu vint au monde (petite cosmogonie de l'ennui)
« Réponse #12 le: 20 Décembre 2025 à 12:01:46 »
Aionia Apektasis,

Si tes pas t'amené à croiser ce texte, je ne serai pas fâché de connaître ton avis…
cent fois sur le métier...

 


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