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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le monde étrange du Moyen-Age

Auteur Sujet: Le monde étrange du Moyen-Age  (Lu 292 fois)

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Le monde étrange du Moyen-Age
« le: 23 Novembre 2025 à 18:12:14 »
                                                           Le monde étrange du Moyen-Age

Quand les habitants de Meulebeke sortent le balai dehors c’est que les patrons ne sont pas dans la maison, on accroche aussi les couteaux au mur de briques, les dés sont jetés c’est comme ça, et on chie sur le monde à Meulebeke quand les patrons sont partis, on a des bandages autour du crâne à cause des bagarres au couteau, ça n’empêche pas par la fenêtre de regarder le monde de haut, alors que le vieux toit de la maison a besoin de réparation,

quant aux barbiers ils vous rasent sans mettre de savon à Meulebeke-village, ils profitent de votre sottise et se paient votre tête, tout ça s’extériorise des murs et se montre aux fenêtres, quand les patrons sont partis et que les balais sont dehors et que les couteaux pendent au mur, l’animosité est telle que chacun pourrait ligoter son diable dans un coussin et l’asphyxier, les femmes se promènent dans les rues de Meulebeke, elles tiennent un seau d’eau dans une main et un brasier de feu dans l’autre, on ne connaît jamais leurs intentions marchant ainsi dans les ruelles sombres de Meulebeke, et si quelque part elles s’assoient pour tailler une bavette c’est toujours le cul entre deux chaises,

quand les patrons sont partis on laisse rentrer les chiens dans les maisons ils vont dans les placards pour lécher et bouffer les pots, dans les granges des fermes les cochons font sauter les bondes des tonneaux et s’enivrent d’alcool, à Meulebeke il y a de quoi se cogner la tête contre les murs, tout le monde veut entreprendre l’impossible, quand les patrons sont partis, balai dehors, couteau suspendu, les dés sont jetés, on chie sur le monde, des bandages autour du crâne on se cogne la tête contre le murs, et les femmes errent dans les rues tenant en main l’eau et le feu,

à Meulebeke les habitants accrochent des grelots au cou des chats par peur qu’ils se sauvent, les domestiques avec leur patron sont tâte-poule, ils servent leur patron avec minutie et dévouement, les paysans tondent aussi bien les moutons que les porcelets, dans l’église Saint-Amand de Meulebeke les fidèles allument un cierge pour le diable, ils veulent que le monde leur obéisse, ils veulent que le monde danse sur leur pouce, ils jettent des perles aux pourceaux et s’amusent à regarder des chiens qui se disputent le même os,

personne ne veut l’admettre mais à Meulebeke chacun vit sur des charbons ardents, et si quand la viande est sur la broche on pisse dans le feu, à trop pisser on éteint le feu, ne vaudrait-il pas mieux rester suspendu dans un panier et se balancer mollement entre ciel et terre à Meulebeke, quand  les patrons sont partis et que les balais sont dehors et que les couteaux sont accrochés et que les dés sont jetés, il y a un moulin à Meulebeke, mais contre lui personne ne se bat,

les habitants de Meulebeke baillent devant leur four, ouvrent une bouche aussi grande que le four sans que le pain cuise, ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts,  ils renversent leur bol de bouillie, alors avec leur lanterne ils rampent dans les coins à la recherche d’une hachette pour résoudre les problèmes en se tranchant le cou, regarder à Meulebeke des habitants se chamailler pour un malheureux morceau de craquelin n’amuse plus ceux qui préfèrent les jeux cruels sur le pilori installé place de la mairie à Meulebeke,

ils se moquent de tout, ils frottent leur cul aux portes des bourgeoises, ils ne supportent plus que le soleil brille dans l’eau, ils veulent tuer deux mouches d’un seul coup et n’en tuent aucune, ils accrochent bêtement leur manteau au vent, ils nagent dans les rivières à contre-courant, la faim les tenaille jusqu’à leur faire voire danser les ours, à manger du feu (celui de la colère) ils chient des étincelles, parfois ils prennent le crottin de cheval pour des figues, à Meulebeke, le boulet qu’on tire est toujours celui du destin et quand les corbeaux arrivent une charogne n’est pas loin,

mais quand les patrons reviennent dans les maisons à Meulebeke, les femmes quittent leur chaise et marchent dans les ruelles, les balais rentrent dans les maisons, les couteaux rejoignent les tiroirs, le barbier badigeonne son blaireau de savon, les cochons retournent à la porcherie, le vieux toit de la maison est réparé, dans les fours on fait cuire les pains, plus personne ne jette de perles aux pourceaux, les tâte-poule enfin retrouvent leur maître, le diable est libéré, les chiens sont tenus en laisse, les domestiques ne chient plus sur le monde, laissant cela aux patrons, plus personnes ne veut faire danser le monde sur son pouce, laissant cela aux patrons,

à Meulebeke les patrons reviennent, mais aussi on continue à se cogner la tête contre les murs, on continue à mettre des grelots aux chats qu’on aime, les patrons reviennent mais on continue à se chamailler pour un morceau de craquelin, on cherche toujours avec la lanterne une hachette pour trancher le cou aux patrons,

mais les femmes sortent des ruelles, elles portent d’une main un seau d’eau et de l’autre un brasier, on les laisse rentrer dans les maisons, et les patrons s’assoient, les femmes parlent, quand le feu s’embrase elles jettent de l’eau, quand l’eau se répand elles rallument le feu, elles font rentrer les animaux dans les maisons, les chiens, les pourceaux qui se tiennent bien, se mettent à table avec les patrons, et si les couteaux sortent des tiroirs c’est pour partager à part égale la nourriture entre corps et esprit, et on ne jette plus les dés sur la table ou ailleurs car désormais rien n’est définitif à Meulebeke, quand d’une main on tient l’eau et de l’autre le feu.

                                                                               
« Modifié: 23 Novembre 2025 à 18:16:34 par LOF »
Lof

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Re : Le monde étrange du Moyen-Age
« Réponse #1 le: 28 Novembre 2025 à 23:38:39 »
Salut, ça gagnerait des points à en avoir, ça ferait plus de phrases mais moins longues.
En tout cas ça à l'air pittoresque comme ville, Meulebeke :D

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Re : Le monde étrange du Moyen-Age
« Réponse #2 le: 29 Novembre 2025 à 11:20:33 »
 Merci XB pour ton passage à Meulebeke. Les habitants te sont très reconnaissants.
 Ce texte a été composé à partir de l'observation des tableaux de Breughel.
 L'absence de point, pour moi, se justifie pour donner une impression de rythme, de resserrement
 des nombreuses actions, comment aussi les contrastes contradictoires sont éloquents
 dans cette ville du passé.
 Prendre de la distance avec la convention du "point final" est intéressant, ça produit
 des effets de lecture différents.
     
 
« Modifié: 29 Novembre 2025 à 11:34:34 par LOF »
Lof

 


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