C’est à trois heures du mat que le temps s’éternise
on essuie ses espoirs d’un mouvement de manche
on a l’œil lumineux mais la mémoire qui flanche
et le comptoir ressemble à l’autel des églises
On ne sait plus très bien ce que l’on a à dire
et pourtant l’on ressent que c’est de toute urgence
qu’il nous faut épancher des mots sans importance
mais les seuls qui vaillent et qu’on se doit de dire
On croise en ces instants quelqu’un qui fut un ange
et dont la déchéance laisse entrevoir les ailes
on aime d’amour fou l’étoile comme la fange
tandis que peu à peu voix et cerveau se fêlent
c’est à trois heures du mat que tout s’immobilise
on essuie les peut-être d’un mouvement de manche
on a l’œil globuleux, la soif que rien n’étanche
et l’on sent dans nos mots frémir comme une bise
On ne sait plus du tout ce que l’on voulait dire
peut-être qu’on s’en fout comme de sa chemise
car tangue sous nos pieds cette terre promise
et se nouent nos entrailles d’une envie de vomir
C’est à trois heures du mat que le temps s’éternise
on essuie ses espoirs d’un mouvement de manche
on a l’œil lumineux mais la mémoire qui flanche
et le comptoir ressemble à l’autel des églises