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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Apostate

Auteur Sujet: Apostate  (Lu 1468 fois)

jake07

  • Invité
Apostate
« le: 13 Décembre 2014 à 02:28:21 »
(En me baladant sur le forum je suis tombé sur un "défi du mois" passé qui proposait d'écrire sur une musique, et ça m'a donné l'envie de le faire sur un morceau du groupe Swans, une musique assez étrange avec laquelle je vous déconseille de vous endormir, j'ai essayé et je me suis réveillé en hurlant  :mrgreen: Le résultat est assez compact, je n'ai pas réussi à faire plus développé)

Apostate

https://www.youtube.com/watch?v=NECLTV7LcPY

(je sais pas comment incruster la vidéo. Sinon c'est la musique de 13'20 jusqu'à plus ou moins la fin)

  La mécanique sourde ébranle le sol jusqu'aux profondeurs de la matière. L'espace et le temps se sont séparés sous la puissance impalpable. Déchire le passé, brûlera le présent, fut étranglé le futur. Sa gorge se contracte et ses paupières sont toujours en transe alors qu'il essaie de toutes ses forces de fermer les yeux. Ne plus voir. Fut brûlé le présent. Les chiens hurlent à la mort quand la lune percute l'horizon. Le vent s'essouffle, les arbres volent. Une branche perdue interrompt une oiseau qui dévorait un...
  Du sang remonte le tissu de la matière et disparaît dans les nuages. La pluie bat toujours mais le sol est sec depuis longtemps. La mécanique sourde enfle et de ses pores suintent des tombeaux de larmes, océans de regrets sans objet projetant une torpeur moite sur les âmes alentour. Etranglent le passé. A des milliards de kilomètres, des atomes cèdent comme aucun atome n'aurait jamais dû céder. N'est plus fusion, n'est plus fission que la tumeur, la tumeur qui gangrène le réel. Son amertume erre ici mais ne se déplace que là-bas. Hier. Le chacal rôde. Les paupières de l'homme vont bientôt se figer. Il perd la lutte et ne pleure plus que la morve qu'il avait craché au commencement.
  Au commencement était le chien errant. Ses petites dents pointues fixées sur un rictus figé. Il se met à pleuvoir et les flaques se muent rapidement en mares bouillonnantes d'atomes qui continuent de craquer comme du pop-corn. L'homme peut les entendre distinctement. « Clac-clac-clac-clac ». Ses petites dents pointues. « Clac-clac-clac-clac-clac ». Au commencement était le Big-bang. Brûle le passé.
Il commence à pleuvoir et la clameur de la foule se fait menaçante. On le pousse, on l'attrape, il se dégage et la foule le mord au coude, au mollet, on lui arrache des cheveux ; « Clac-clac-clac-clac ». Le chien errant le dépasse et disparaît dans une mare. Les paupières de l'homme explosent soudainement. « Clac-clac » . La matière devient folle, la pluie commence à tomber.  Le temps déborde, le son l'étouffe et la lumière le noie. La sortie n'est plus très loin. Continuer, poursuivre, avancer. On lui jette de l'eau au visage, il ne voit plus rien. Une oreille est arrachée. « Clac-clac-clac-clac ».
  Des pans entier du réel fusionnent, explosent et s'effondrent sur eux-mêmes, entraînant d'autres pans plus importants dans une chute sans fin. L'homme plonge avec l'un d'eux et le chient errant se jette à sa suite,  lui et ses petites dents pointues fixées sur un rictus figé.
  La gravité n'est plus et les tympans de l'homme se tordent jusqu'à suinter leur propre matière au-dehors. Le Grand Mur n'est qu'une poussière. « Clac-clac-clac-clac » font les étoiles qui cèdent à leur tour.
  L'homme y est, c'est la fin de l'immensité.
  Quelqu'un hulule, quelqu'un d'autre chante.
  Des centaines pleurent.
  Le chient errant guette.
  Ses petites dents pointues, fixées sur un rictus figé, guettent également.
  La pluie commence à tomber.
« Modifié: 16 Décembre 2014 à 00:44:44 par jake07 »

En ligne Rémi

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Re : Apostate
« Réponse #1 le: 15 Décembre 2014 à 22:04:42 »
Salut Jake,
après deux lectures hier, je tente un commentaire.
J'ai écouté la musique aujourd'hui seulement, je ne réussis pas à lire avec, j'adore mais c'est trop pour que je puisse en même temps lire. C'est bien barré, ça colle avec ton texte.

Commentaire des premières lectures : j'ai bien aimé, très bizarre, j'ai apprécié la première lecture sans tout capter, puis je me suis régalé en deuxième. Je me souviens avoir aimé les répétitions (la mécanique sourde, le chien et ses attributs de dents et de mimique, la pluie) et aussi la fin. Plein de questions aussi qui sautent au cerveau.

 
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La mécanique sourde ébranle le sol jusqu'aux profondeurs de la matière. L'espace et le temps se sont séparés sous la puissance impalpable. Déchire le passé, brûlera le présent, fut étranglé le futur. Sa gorge se contracte et ses paupières sont toujours en transe alors qu'il essaie de toutes ses forces de fermer les yeux. Ne plus voir. Fut brûlé le présent. Les chiens hurlent à la mort quand la lune percute l'horizon. Le vent s'essouffle, les arbres volent. Une branche perdue interrompt une oiseau qui dévorait un...
en fait, même en première lecture, on relit... J'ai bloqué sur déchire le passé, brûlera le présent, fut étranglé le futur. Bloqué dans le bon sens du terme. Ce paragraphe est super, c'est dense, puissant, délirant avec les branches et l'arbre, métaphysique aussi avec ce jeu temporel. Et au milieu de tout ça, un personnage en suspend.

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Du sang remonte le tissu de la matière et disparaît dans les nuages. La pluie bat toujours mais le sol est sec depuis longtemps. La mécanique sourde enfle et de ses pores suintent des tombeaux de larmes, océans de regrets sans objet vaporisant une torpeur moite sur les âmes alentour. Etranglent le passé.
j'adore, et les variations de rythmes... trop bien
(pas fan de "vaporisant" cependant)

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A des milliards de kilomètres, des atomes cèdent comme aucun atome n'aurait jamais dû céder.
ça, ça m'a fait sourire. Dieu a pris la plume à moins que l'apostasie...

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N'est plus fusion, n'est plus fission que la tumeur, la tumeur qui gangrène le réel. Son amertume erre ici mais ne se déplace que là-bas. Hier. Le chacal rôde. Les paupières de l'homme vont bientôt se figer. Il perd la lutte et ne pleure plus que la morve qu'il avait craché au commencement.
très fort

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Au commencement était le chien errant. Ses petites dents pointues fixées sur un rictus figé. Il se met à pleuvoir et les flaques se muent rapidement en mares bouillonnantes d'atomes qui continuent de craquer comme du pop-corn. L'homme peut les entendre distinctement. « Clac-clac-clac-clac ». Ses petites dents pointues. « Clac-clac-clac-clac-clac ». Au commencement était le Big-bang. Brûle le passé.
et brûle autre chose aussi non ?
le chien errant du commencement, comment t'as pu avoir une idée pareille ! J'adore.

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Il commence à pleuvoir et la clameur de la foule se fait menaçante. On le pousse, on l'attrape, il se dégage et la foule le mord au coude, au mollet, on lui arrache des cheveux ;
quand je disais que le perso était en suspension là-dedans, pas étonnant qu'il se fasse bouffer ou presque, l'enfer c'est les autres.

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Le chien errant le dépasse et disparaît dans une mare. Ses paupières explosent soudainement.
là, j'ai d'abord cru que tu parlais des paupières du chien...

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Il commence à pleuvoir et la clameur de la foule se fait menaçante. On le pousse, on l'attrape, il se dégage et la foule le mord au coude, au mollet, on lui arrache des cheveux ; « Clac-clac-clac-clac ». Le chien errant le dépasse et disparaît dans une mare. Ses paupières explosent soudainement. « Clac-clac » . La matière devient folle, la pluie commence à tomber.
il commence à pleuvoir deux fois, genre "fut le futur" ? C'est ce que j'ai ressenti en première lecture en tout cas, chouette donc.

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Des pans entier du réel fusionnent, explosent et s'effondrent sur eux-mêmes, entraînant d'autres pans plus importants dans une chute sans fin. L'homme plonge avec l'un d'eux et le chient errant se jette à sa suite,  lui et ses petites dents pointues fixées sur un rictus figé.
tourbillon final, antibigbang, big crunch
Le chien errant témoin de ça, comme au commencement, terrible (faudra qu'il écrive un bouquin là-dessus)!

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Le chient errant guette.
  Ses petites dents pointues, fixées sur un rictus figé, guettent également.
  La pluie commence à tomber.
Enorme cette fin, j'adore cette pluie qui commence à tomber après un big crunch qui a tout emporté, même Lui, le toutou puissant (c'est mon interprétation...).

Bref, super texte, pas facile (pour moi en tout cas) mais je me suis régalé.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

jake07

  • Invité
Re : Apostate
« Réponse #2 le: 16 Décembre 2014 à 00:48:19 »
Hello RémiDeLille !

Super content que ça t'ai plu ! J'ai corrigé pour le passage sur les paupières et j'ai remplacé "vaporisant" par "projetant", ça m'a semblé plus pertinent.

Oui il commence à pleuvoir plusieurs fois  :mrgreen:

Merci d'avoir lu ! Pour le chien errant, j'ai eu l'image de la pochette de l'album en tête, une pochette qui a tendance à m'obséder autant que la musique, étrangement dérangeante, ça m'a donné l'idée ^^

Donaldo75

  • Invité
Re : Apostate
« Réponse #3 le: 16 Décembre 2014 à 12:44:11 »
Salut Jake07,

Pour avoir maintes fois écrit sur une musique, je peux dire que ce n'est pas si facile. Je n'ai pas écouté la musique en question, juste lu le texte. Il est envoutant par ses images, son rythme et la tension qu'il véhicule.

J'ai bien aimé.

Bravo

Donald

jake07

  • Invité
Re : Apostate
« Réponse #4 le: 17 Décembre 2014 à 11:12:33 »
Hello donaldo ! Merci d'avoir lu ^^ j'ai souvent eu envie de faire un texte sur une musique mais je pensais que ce serait plus simple

Hors ligne myloo_geraldino

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : Apostate
« Réponse #5 le: 07 Décembre 2025 à 18:54:35 »
Je sais, ça fait 11 ans. Ce texte est profond et il a réveillé quelque chose en moi. Ce flux m'emporte et est métaphysique. Il m'inspire dans mon écriture, je crois qu'une porte s'est ouverte. Je ne peux faire aucune critique du texte en bien ou en mal, car il m'a dépassé. Merci, espérant que vous êtes encore là.
Myloo.

 


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