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Auteur Sujet: anéantir (ou Houellebecq in love) - Houellebecq - 2022  (Lu 607 fois)

Hors ligne RomainD

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anéantir (ou Houellebecq in love) - Houellebecq - 2022
« le: 17 février 2022 à 12:31:24 »
anéantir ou Houellebecq in love

Si vous achetez « anéantir » en vous attendant à trouver un livre qui répond aux promesses de son titre, alors vous allez être, comme moi, bien surpris - pour ne pas dire extrêmement déçu.

On aurait pu penser qu’avec un tel titre, Monsieur Houellebcq s’évertuerait à démonter, avec méthode, avec un agenda, le tout saupoudré d’un ton grinçant fort amusant, les limites ou absurdités du monde moderne, au point de « l’anéantir » - ou plutôt, inversant le spectrum, se serait-il évertué à démontrer en quoi les dérives du monde moderne conduisent à « l’anéantir » (les deux approchent auraient été tout à fait valables et auraient très bien pu se nourrir réciproquement par ailleurs). Hé bien, dans ce livre de 730 pages, disons-le franchement, moins de 100 pages seront consacrées à cette promesse ; le reste, et bien ce n’est pas du « anéantir » promis, c’est du un peu tout, du un peu rien (pas mal de remplissage dans ce bouquin il faut l’avouer) mais surtout c’est du Houellebcq in love : on dirait qu’avec ce livre Monsieur Houellebecq a voulu envoyer pêtre toutes les attentes que l’on pourrait avoir de lui, se conformant seulement à un titre provocateur pour la façade (encore une fois flammarion est une maison qui sait s’y prendre pour vous « vendre » un bouquin), quelques pages pour pourvoir à ce cahier des charges, tandis que Michel, lui, s’en va retrouver une seconde jeunesse en nous louant sur des centaines de pages les bienfaits de « l’amour » dans des passages qui sont, parfois, condondant de naïveté, à tel point que l’on a l’impression de lire un adolescent.

À ce titre, ce n’est en rien un hasard si, bien plutôt que les passages de la -pseudo- intrigue de la DGSI qui n’est là que pour être là, les meilleurs passages du livre sont ceux où Monsieur Houellebecq, par éclair, nous brosse la description des beautés féminines qui émaillent son livre (et il y en a une pléthore, plus qu’il n’y en a jamais eu dans aucun Houellebecq, à tel point que si nous ne vous proposions pas un « Houellebecq in love » pour titre réel du livre nous pourrions aussi vous proposer un « Ôde à la femme par Michel Houellebecq » ou quelque chose dans ce style-là) et l’on sent dans ces passages, soudainement, le souffle de l’écrivain qui renaît, là où tous les passages de la « DGSI » ou les -longs, très longs- passages politiques du livre sont d’une platitude, où l’on sentirait presque cela écrit par « nécessité » pour remplir à un cahier des charges devenu bien lourd pour un auteur aussi confirmé et dont les espoirs de vente sont si colossaux (pour ne pas dire vitaux pour une maison telle que flammarion).

Rendons une certaine justice toutefois. Ce n’est pas en soi un problème que de vouloir chanter les louanges de l’amour, du désir, et de la beauté féminine (ceux qui -par hasard- ont lu certains de mes textes sauront que ce me sont aussi des thèmes chers), ce qui pose problème c’est de nous vendre un livre qui en réalité est tout autre, c’est de proposer un titre factice pour qu’en réalité il ne reflète -quasiment- en rien les enjeux du livres, c’est de volontairement induire le lecteur dans une fausse direction - à tel point que, et je n’exagère pas, lorsque vers la 30ème page du livre Monsieur Houellebecq abandonne la focale des agents de la DGSI pour passer à la narration de ce personnage quinquagénaire somme toute lambda et sans réel enjeu narratif, je n’ai pas cessé de me demander « ce personnage, très bien, mais quand revenons-nous à l’intrigue principale ? » et c’est là où, au bout d’une centaine voire plus, de pages à attendre, j’ai compris que nous n’y reviendrons que de manière sporadique, et que Monsieur Houellebecq (ou la maison flammarion) s’était bien moqué de moi. 

En clair ce n’est pas forcément un mauvais livre (si on aime un roman adolescent version Houellebecq allourdi par des passages politiques/autres d’une longueur inouïe et qui n’apportent, somme toute, presque rien aux enjeux de désir et de solitude dont souhaite, en réalité, nous parler Houellebecq) mais c’est loin, très loin, d’être le livre qu’un titre comme « anéantir » nous vendait tellement la démonstration nous paraît superficielle, facile, et entre la démonstration implacable, efficace (4 voire 5 fois moins de pages quand même) qu’il pouvait y avoir à l’époque de Extension du domaine de la lutte, je dirais qu’un gouffre, que dis-je un abysse, que dis-je une faille intersidérale sépare ces deux livres.

« Modifié: 17 février 2022 à 13:24:12 par RomainD »

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Re : anéantir (ou Houellebecq in love) - Houellebecq - 2022
« Réponse #1 le: 17 février 2022 à 17:20:29 »
Bonjour RomainD,

bon, alors je n'achèterai pas le dernier Ouleubeque, j'avais bien aimé la carte et le territoire et extension du domaine de la lutte, même soumission, ainsi que sa poésie notamment le sens du combat. Un copain avait monté " extension du domaine de la lutte au théâtre et on avait bu une bière avec le Michel... un type étrange qui tenait ces cigarettes entre  le majeur et l'annulaire, bizarre non ?
Merci pour cette critique détaillée.

B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Re : anéantir (ou Houellebecq in love) - Houellebecq - 2022
« Réponse #2 le: 19 février 2022 à 04:54:51 »
Critique aisée 224


Michel Houellebecq – 2022
Flammarion - 730 pages – 26 €

Je viens de finir le dernier Houellebecq…

Moi, j’ai trouvé que, contrairement à ses livres précédents, anéantir était plutôt lourd, et j’ai trouvé aussi qu’il n’était pas facile à lire. La preuve, il m’est tombé des mains plusieurs fois. Par ailleurs, il comporte au moins deux défauts, et enfin, il confirme s’il en était encore besoin que Houellebecq et moi avons un sérieux point de désaccord.

En effet, le dernier Houellebecq est lourd : 850 grammes.(1)
Il n’est pas facile à lire parce qu’on ne peut pas le tenir d’une main,  tant il est pesant et anguleux avec son papier épais et sa couverture rigide et pointue. Cela fait que, quand il vous échappe, il vaut mieux qu’il ne vous tombe pas sur le pied.
De plus, le dernier Houellebecq comporte au moins deux défauts :
1) la page 407 est partiellement déchirée et repliée vers l’intérieur du livre.
2) page 553, une tache de colle obscurcit légèrement l’article du placé en fin de sixième ligne entre les mots heures et matin.
Enfin, le point de désaccord entre Michel et moi : un certain usage, ou plutôt un certain non-usage de la ponctuation.

Ceci dit, le dernier Houellebecq....

Disons tout de suite que le roman est très différent des précédents.
Son personnage principal n’est plus ce technocrate de niveau moyen, désespéré par la découverte de l’inutilité de sa vie et de son métier, sans désir, "mourant littéralement de chagrin"...
Il n’est plus non plus cet intellectuel mou, désabusé, un peu cynique, un brin lucide, assez orienté sur le sexe, entrainé par paresse, par faiblesse et par facilité vers une soumission dégradante.

Disons aussi que l’auteur d’ anéantir n’est plus tout à fait le même que celui de Soumission et de Sérotonine. Finies ou presque, les remarques acides, frappées aux quatre coins du bon sens, de l’humour et de la précision sur les modes, les mœurs du temps et ceux qui les font. Finie aussi la construction en entonnoir vers une lamentable fin de l’homme ou de la société.

De ce court inventaire des principales différences, n’allez pas conclure que l’anéantir de Houellebecq est un roman gai ou même seulement optimiste. Pour ne pas vous gâcher sinon la surprise, du moins la lecture, je ne vous en dirai pas beaucoup plus sur l’intrigue ; c’est le rôle de Télérama que de paraphraser.

Sachez seulement que le personnage central est un haut fonctionnaire et que, s’il a quelques problèmes personnels — qui n’en a pas ? —, il n’est pas du tout désespéré ; il croit à l’utilité de son métier et la plupart de ceux qui l’entourent, son patron, son père, son ex-femme, sa sœur, son beau-frère, une jeune infirmière, un médecin sont des personnages attachants, positifs, et mêmes, pour certains, admirables.

Sachez aussi qu’au fur et à mesure que le roman avance sur fond de crise terroriste mondiale, on sent que les choses vont en d’améliorant et que tout pourrait même s’achever fort bien pour les protagonistes. On aura même droit à une émouvante description d’un retour amoureux fondé, bien sûr,  sur le sexe mais aussi et surtout sur la tendresse.

Mais sachez enfin que vous êtes chez Houellebecq, et qu’avec ses dernières pages absolument pathétiques, anéantir ne vous décevra pas sur ce point.

Vous n’êtes probablement pas haut fonctionnaire, vous n’avez peut-être pas d’ex-femme à reconquérir, mais vous réaliserez pourtant que ce personnage, c’est vous et que c’est en cela que ce roman est à la fois universel, passionnant et terrifiant.

Donc, anéantir est très différent des deux Houellebecq précédents.
Si vous ne les avez pas aimés, vous aimerez anéantir.
Et si vous les avez aimés, pareil !

Note 1 — Pour fixer les ordres de grandeur, Le Cujas, par exemple, pèse 425 grammes, exactement la moitié d’anéantir. C’est déjà pas mal. De plus, j’ai choisi sa couverture avec un tel soin que, si par extraordinaire, mon roman vous tombait des mains sur le pied, il ne vous ferait aucun mal.
Enfin, faites attention quand même.
« Modifié: 17 mars 2022 à 07:34:50 par Champdefaye »

 


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