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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » Les bienveillantes (Jonathan Littell)

Auteur Sujet: Les bienveillantes (Jonathan Littell)  (Lu 2274 fois)

Hors ligne lulli

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Les bienveillantes (Jonathan Littell)
« le: 25 décembre 2009 à 12:40:31 »
De l'absurdité dans les bienveillantes



Resituons l’action de ce pavé (à jeter à la mare après l’avoir lu). Le héros de ce livre est un nazi intelligent mais pas très doué qui – par les joies de l’apprentissage – va parvenir à grimper dans la hiérarchie malgré quelques déboires (à Stalingrad notamment). Je fais le choix de ne pas entrer plus avant dans les détails pour une raison assez simple : ça n’a pas d’intérêt majeur dans ma démonstration de l’absurdité d’un tel livre, l’histoire étant basée sur l’Histoire et puis parce qu’il est bon de l’avoir lu par soi-même si l'on veut des détails sur la progression de ce personnage.

Il faut bien comprendre que ce livre linéaire, classique au possible dans sa construction (on débute par le début avec un personnage plutôt médiocre mais déjà attachant pour finir par un personnage qui est parvenu à des sommets qui le rendent encore plus médiocre et nettement moins attachant). Ce livre n’a rien pour être absurde, et pourtant… il l’est dans son essence même.

Qui dit essence dit explosif et en parlant de seconde guerre mondiale on voit des liens fort faciles à tisser. Passons et entrons dans le vif de ma réflexion…

Ce livre est basé sur deux thèses… qui le rendent totalement non-recommandable à la lecture non avertie. Pour faire simple, le livre s’articule entre deux pôles distincts qui se succèdent plus où moins régulièrement tout au long de son déroulé.
Il y a un univers historique, basé sur des faits réels de guerre, où notre personnage principal tente de gravir les échelons de la haute hiérarchie Allemande (et de ses talonnettes). Cette partie-là est merveilleusement bien agencée et construite, surdocumentée. Notre héros est humain, il a des désirs inavouables (homosexuel) et des peurs bleues (qui lui font avoir la chiasse en plein champ de bataille). Il est on ne peut plus humain, avec ces défauts mais je suis bien incapable de dire que c’est un monstre à cette lecture, il joue d’un système qu’on lui a proposé, avec attention et dégoût pour l’exercice, il n’est pas franchement antisémite (il pense qu’il faut les exterminer – les faibles, juifs et autres - mais qu’ils ne sont pas si inhumains que ça et ne supporte pas l’idée de les gazer). Il comprend – grâce au second personnage du récit qui est un « salaud » au sens cliché du terme – que pour monter en grade et ne plus faire d’Action* il faut avoir de l’ambition, être ce que l’on veut qu’il soit, devancer, dans ses rapports, l’envie de ses supérieurs d’entendre leur propres gloires. Bref, notre homme comprend qu’il ne doit plus être intègre et juste (il s’offusque des pertes en camp de travail demandant plus de nourriture afin de rendre la main d’œuvre plus rentable par exemple) mais calculateur (en flattant la hiérarchie et en leur écrivant uniquement ce qu’ils veulent entendre : que tout va bien dans le meilleur des Reich).
Sur cette histoire-là, je n’ai rien à redire, c’est instructif et ça se lit bien, ce personnage est complexe et de ce fait aimable tout en étant nazi (pari plaisant, on ne peut plus). Oui, ça pourrait être notre voisin de palier en somme, on n’aimerait pas ces idées mais on pourrait comprendre qu’il se soit laissé embarquer, trouille au ventre dans l’aventure (et puis, qui sait ce que nous aurions fait).

Or… Or il y a le reste (qui doit être un bon quart de ce foutu livre quand même), le reste qui démontre l’exact inverse de ce qui me plaisait comme thèse, comme postulat de départ ! Le reste c’est sa vie privée (avec sa sœur jumelle il y a l’inceste, avec ses parents on ne sait trop mais ça s’approche du meurtre), et là on ne comprend plus… POURQUOI fallait-il déshumaniser ce nazi ? pourquoi, alors qu’il en fait un être pensant et doutant, il nous en donne une image de dément schizophrène et psychotique ? pourquoi en fait-il un être haïssable ?

Voilà. Un livre où le nazi n’aurait pas été un monstre mais un humain du début à la fin m’aurait plu ! Enfin on réhabilite la vérité qui est en nous : potentiellement tous des nazis. Tous des humains pouvant aller jusque dans l’horreur entraînée par un système qui nous dépasse… le Rwanda nous le rappelle encore et toujours ! Ce parti-pris fou que la critique trouvait monstrueux m’avait séduite ! Mais l’auteur n’a pas pu se retenir, il n’a pas su osé affronter la haine de tout une partie du monde… Alors il en fit un fou, un type à lier le repoussant en dehors de l’humanité bien pensante…
Effectivement, si pour être nazi il fallait être fou, alors ça nous rassure nous autres qui n’avons pas pu savoir si nous serions entrés en résistance ou pas. Ça nous rassure parce que nous ne sommes pas fous, nous ne le sommes pas et donc nous ne pouvions pas être nazis, être collabos, être du coté du mal. Non, bien sur que non, et nous sommes rassurés. Et cela est écœurant.

Car l’humain n’est jamais un monstre, il n’est qu’humain.
Car j'avais cru un instant, dans les critiques acerbes qui naquirent de ce livre qui ne valait pas tant d'encre, que J. Little l'avait compris et s'en était fait le porte-parole.




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*Action : façon d'exterminer des villages entiers, en général par les armes à feu après avoir fait creuser des tranchées aux condamnés. Il y en eut bien plus qu'il n'est imaginable, on ne parle bien souvent que des camps et du gaz, mais le gaz a commencé à être utilisé lors d'actions dans de petits camions fort peu pratiques nous apprend l'auteur par l'intermédiaire de ce personnage.
« Modifié: 08 septembre 2015 à 19:18:24 par Zacharielle »
Amicalement et dyslexiquement votre,
Lulli

Hors ligne ernya

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Re : Les bienveillantes (J. Little)
« Réponse #1 le: 25 décembre 2009 à 12:59:32 »
Je suis plus ou moins d'accord avec toi.
J'ai lu les Bienveillantes quand il est sorti, donc j'ai plus le livre trop en tête. Je me souviens que le début était vraiment chiant, la hiérarchie allemande, tout ça, ça faisait trop documentaire, trop détails réalistes qui n'ont aucun intérêt pour l'action. Après ça va mieux il y a plus d'action. Et le personnage principal n'est pas repoussant, il est montré avec ses doutes et ses désirs.
Après ça part légèrement en live quand même avec comme tu le dis le meurtre de ses parents, et puis ses pulsions dans la forêt c'est juste dégueu.
Mais je ne trouve pas que ça le déshumanise pour autant, ça le rend juste "trop". L'auteur a complètement dérivé, mais le personnage ne s'est pas déshumanisé à mes yeux, pour moi, c'est pas le personnage qui a changé, c'est carrément l'écriture elle-même, tout le délire avec le nez d'Hitler.... On comprend plus trop où va l'auteur, enfin moi c'est ce que j'ai ressenti. Et c'est ça qui est dommage en fait, l'idée de départ était pas mauvaise mais après ça devient du n'importe quoi, c'est pas le personnage qui devient fou, c'est le roman lui-même qui le devient.
Parce que le personnage pourrait devenir fou, je veux dire vu ce qu'il a vu, fait et puis quand même la fin de l'Allemagne d'Hitler c'était pas la joie, il y a des raisons qu'il devienne fou (ça ne va pas forcément absoudre ce qu'il a  fait ou rassurer sur "la personnalité" qu'a un nazi, c'est juste crédible de péter les plombs à cette époque). C'est vraiment qu'il veut en faire trop, que l'auteur entraîne son personnage dans une spirale infernale que l'auteur même ne semble plus contrôler. Pour moi, c'est ça qui est dommage.

Donc certes ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains, ne serait-ce que pour les quelques scènes un peu crues et parce que le début est indigeste, mais après je préfère que les gens le lisent vraiment pour pouvoir critiquer en connaissance de cause, parce que ça aurait pu être un bon livre.

"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne lulli

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Re : Les bienveillantes (J. Little)
« Réponse #2 le: 25 décembre 2009 à 21:12:09 »
pour critiquer, il vaut mieux avoir lu, ça c'est certain ! rire

Toute l'Histoire est intéressante, je n'y comprends pas grand-chose, aux hiérarchies tout ça, mais ça ressitue, ça ne m'a pas déplu (j'ai juste lu rapidement ces parties historiques), ça ne m'a pas paru long ou ennuyeux, pas le souvenir...
L'histoire du personnage, sa progression dans cette hiérarchie est intéressante (la façon dont il doit monter vers...) mais bancale parfois.

Pour moi, ce "trop" dont tu parles c'est justement une déshumanisation... Je ne crois pas que ce personnage avait besoin d'être un psychopathe tueur pour devenir chef de ce camp de concentration... on perd quelques chose... je trouve dans ce délire sur sa vie personnelle... La seule chose intéressante c'est sa "carrière", tout ce qui touche à sa famille est à mon avis de trop et sans intérêt...

tu dis qu'il devient "fou", ça n'est pas ma vision des choses... je crois... il pourrait devenir fou, mais c'est tout simplement trop simple, trop facile non ? on s'attend à ce qu'il devienne fou (pas jusqu'à trucider sa famille mais pourquoi pas ?), et je trouve ça bancal... Il devient fort et puissant, pourquoi le rendre "fou" ? je ne comprends pas, il était faible il devient fou, ce personnage ne me plait pas... je n'aime pas ça progression... ça ne me touche plus à partir d'un certain stade...


Ensuite, les quelques scènes violentes (de guerre et de tuerie) ne m'ont pas choqué outre mesure, c'était bien mené, dans le thème, on ne peut plus...


Quoiqu'il en soit, Little passe à coté, dommage, oui vraiment, ça aurait pu être... mais non.
« Modifié: 25 décembre 2009 à 21:28:51 par Loredan »
Amicalement et dyslexiquement votre,
Lulli

Hors ligne Meilhac

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Re : Les bienveillantes (Jonathan Littell)
« Réponse #3 le: 14 janvier 2022 à 01:22:25 »
Salut :)

Je viens de lire les bienveillantes

j'ai pas trop aimé.

si vous aimez les romans d'aventure, les fresques historiques, avec des sujets de dingue, ça vaut le coup que vous y jetiez un oeil pour vous faire votre opinion. c'est un livre qui change les idées, dépayse un peu la tête si on rentre bien dedans, et puis bon il se  passe des trucs quoi. un vrai roman de guerre, aventure, shoah, bref y a du sordide, de l'atroce, du pittoresque, du sexe, du sang, du crime, il se passe des choses, donc ça peut marcher pour vous changer les idées ou si vous êtes alité trois jours à cause d'un gros rhume.  8)

mais si vous aimez les livres bien écrits et élégants et stylés et susceptibles de changer et d'affiner et de préciser votre regard sur le monde, ou les livres chatoyants/merveilleux/poétiques, c'est possible que les bienveillantes ça ne soit pas trop pour vous. le style est très neutre (c'est de la narration sans erreur et sans charme, quoi). tout l'intérêt du livre est dans l'histoire. il n'y a pas (ou alors vraiment une fois toutes les cent pages) de remarques justes et fortes sur la vie, le monde, la condition humaine, etc. c'est ni + ni - que la narration de l'histoire d'un mec. 8)

je ne sais pas d'ailleurs si littel a beaucoup écrit depuis, et s'il avait beaucoup écrit avant (je me demande s'il n'est pas journaliste ? enfin peu importe).

sur la shoah et la deuxième guerre mondiale et les camps et tout ça, j'ai beaucoup aimé la mort est mon métier (roman bien gaulé) de robert merle et, encore +, si c'est un homme, de primo lévi, un vrai chef-d'oeuvre (et qui est franchement un récit, et beaucoup plus dense et beaucoup plus fort je trouve).

 :)
« Modifié: 14 janvier 2022 à 01:41:00 par Meilhac »

 


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