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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateurs: Ben.G, Claudius) » Fragments d'une épopée

Auteur Sujet: Fragments d'une épopée  (Lu 190 fois)

Hors ligne Versus1

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Fragments d'une épopée
« le: 08 avril 2021 à 18:26:56 »

1.
Toi vagabond,
Né sous un ancien climat d’amour,
Qui a vu la planète hors de ses gonds,
Le monde rongé par les ténèbres,
Et ta patrie détruite :
Où iras-tu ?

Sachant, par une triste épreuve,
Qu’il n’y a rien
De la vie d’autrefois,
Que gratte-ciels en ruine
Et tronçons de route,
Dans le péril incertain des lieux.

Comment t’orienter dans l’inconnu,
Quand ton précieux aimant s’alarme,
Et que les cartes d’état-major,
En tant que schéma d’un autre âge, 
N’indiquent ni ne montrent
Ici l’enfer, là le salut ?
 
Car te voilà de retour dans la création ;
Et si mille éléments se déchaînent
Selon des lois encore secrètes,
L’accalmie vient à son heure :
À toi, vagabond, de t’arrimer
Entre ciel et terre, le cœur fidèle.


2.
Un destin avait été assigné à nos aïeux.
C’était un matin de fer,
Plein du bruit de la science et du pouvoir.
Comme l’esprit voulait dominer la matière,
Et la matière, l’esprit,
Ils forgèrent d’abord un globe,
Qu’ils se mirent à conquérir
A défaut de consacrer le lieu
Pour apprendre à y révéler.
Ayant le monde dans le creux de leurs mains,
Et malgré leurs efforts, au-dessus ;
Après l’avoir confondu
Avec l’image qu’ils s’en faisaient ;
Ils libérèrent la force,
Et la force par-delà la force,
Qui courut dans un souffle pur,
Et qu’ils ne surent dominer :
Car, pareille à l’univers,
C’était l’illimité.
De là date la première erreur,
La dernière de nos aïeux :
L’oubli de l’être par l’empire
Et, finalement,
La chute de leurs cités d’illusion.
Depuis nous avons patiemment médité,
Et quoique tout se révolte autour de nous,
La Terre elle-même apparaît :
Être ouvert dans l’ouvert,
Et maintenir ce qui est séparé,
Tel est le juste statut
Sans lequel il n’y a qu’égarement et mort.


2.
Déchoir des Indes,
Utopie d’or et de jouvence,
Aux tropiques en larmes,
Dans la boue et sous le fouet
– Aux très anciens peuples
Et aux empires détruits.


3.
La domination de la Terre :
Non un archipel de cités humaines,
Mais un ordre despotique
Où l’ultime architecture
Aux excréments du titan,
Se mêle,
Dans un même destin,
Et s’élève, un degré plus haut,
Et dégringole sur tout avenir.


3.
Car, à vouloir tout développer, 
Sur le roc impensé des siècles,
Le gigantesque s’écroule sur lui-même,
Comme un destin plus haut,
Et les heures échappent aux heures :
C’est cette civilisation qui a sombré.


4.
Il y eut des jours bénis
Où nous partagions notre temps,
Entre l’étude et les plaisirs.
Nous avions, autour de nous, des livres,
Et l’ancienne musique, celle qui a été oublié
Par tout ce qui est pauvre, uniforme et grossier,
Dans l’apologie de la cruauté ordinaire,
Et l’horreur de cultiver cette chose en soi,
Là où l’archaïque s’intègre au plus moderne.

Et pourtant, nous voyions passer chaque jour
D’un œil plus audacieux,
Car nous tirions du fond caché de l’être,
Une lumière d’or qui accordait
Le proche du temps au loin de l’espace,
Et le proche de l’espace au loin du temps,
Comme dans un songe ;
Quoique déjà partout s’étalaient
Les ravages de la Terre.


4.
Mais le vieux monde se maintient, hélas !
Toujours,
Encore qu’il soit monstrueux
Et se précipite dans le néant.
Car, ainsi qu’il a voulu commander,
C’est sans aucun statut
Qu’il a échoué à se dominer,
Et qu’il échoue, au départ.
Aussi doit-il s’étendre
Sans trêve, et partout.
Et la terre a été tant ravagée
Que le ciel gronde en tous lieux, 
Funeste, et lourd de courroux.
Et nous pleurons le cap
Submergé par la tempête,
Et nous sombrons sans fin,
À chaque salve de mort.
Car, dans la nuit gigantesque,
C’est l’erreur qui prévaut.

Mais, hélas, les astres sont trop loin !
Et les dieux se sont enfuis :
Car le monde, sous leur règne,
Se découvrait comme ordre de beauté.
Il y avait, en haut, la demeure des célestes,
Tel un roc de vertu toujours en fête ;
Et au milieu, sur la terre aux mille pièges,
Les mortels chargés de leur destin ;
Tandis qu’en bas, les trois anciens juges éprouvaient   
La forme de chaque âme.

Mais il n’y a, sur ce pauvre globe expliqué,
Ni Olympe, ni Asgard, ni Paradis,
Alors qu’être là est notre seul présent,
Et qu’en être privé, notre plus grand effroi.
Et même alors, c’est une douloureuse garde,
Que cette parenthèse,
Où la chair n’est qu’un sac de paille,
Et l’esprit une torche instable.
Car, même pour ceux qui chantent les heures,
Et qui sanctifient le lieu,
Terrible est la matière
Et trop nombreuses les lois.


5.
Une guerre eut lieu sur la question du temps.
Elle éclata vers l’an dix-neuf cent trente
Comme un tournant pour les mortels,
Et se prolonge encore, jusqu’à ce jour, 
Car rien n’est encore tranché.
Long à venir, le destin qui paraît.

Nous étions plusieurs à vouloir vivre
Sous le signe de la poésie, de l’aventure et du rêve
Mais c’est le camp adverse qui domina d’emblée,
En embrigadant chaque chose et chaque être,
Pour servir sa quête de pouvoir sur la matière ;
Et sa fièvre d’immortalité.

Ainsi, aux confins du siècle ancien et nouveau,
De grands travaux furent mis en branle
Pour façonner la Terre d’une main de titan.
Les États débordaient de toutes choses,
Et les cités s’élevèrent toujours plus haut,
Pour, depuis le Tartare, altérer la source.

Alors, les maîtres du monde ayant
Le ciel dans une main, la terre de l’autre,
Mais sans garde,
Et qui, dans leurs jardins ténébreux, s’exerçaient
À tirer du néant toute arme
Contre tout ordre donné,   
Décidèrent que les êtres humains
Qui avaient déjà tant erré,
Soient délivrés de leur grandeur,
Pour trouver la sécurité
De leurs foyers à leur travail,
Aux lieux de plaisir où ils allaient.

Nous avions du béton dans les yeux,
Pour ne rien faire qu’obéir
Et de la fumée dans la bouche
Comme seule récompense.
Et partout, des écrans d’un éclat froid,
En surplomb et dans les mains,
Comme une leçon d’infâme vertu,
Inféodée à la domination totale.


5.
Il y avait des voitures
Par les ornières de la terre,
D’énormes navires
Sur les ténèbres de la mer,
Et des aéronefs
Dans les orages du ciel.


6.
Le Globe.
Non simplement la Terre, comme havre de vie,
Dans l’Univers hostile, froid et illimité,
Mais le monde en tant que représentation de la Terre,
Sous la forme d’une sphère –
Mais la totalité des cartes qui permet le développement,
Titanesque et sans retour,
Des sombres chevauchées des maîtres du monde :
Ici, dans l’aujourd’hui foudroyé, et au-delà.


6.
Et partout,
Sur la Terre et au-delà,
Entre les lisières du néant,
Sujets et objets luttent âprement
Un trône chassant l’autre,
Saccage après saccage,
À l’assaut de l’inexpugnable totalité,
Pour conquérir le droit
D’être pareils aux dieux.
Tandis que parole et monde se brouillent
Dans la bouche d’un égout,
Et tombent en silence,
Au fond d’un grand puits oublié.


7.
Oui, même le ciel qui était jadis,
La demeure des dieux,
Et qui, tel qu’un rempart,
Se dressait contre le cosmos,
Aux jours intrépides
Pleins de pouvoir et de science,
N’est plus, pour nous infortunés,
Qu’une terrible colère d’éléments frappeurs.
Et où irons-nous après,
S’il doit nous échoir un destin ?
Car nous avons brisé toute mesure
Qui faisait surgir un monde,
Et là sauvegardé ;
Car le récit de notre gloire,
Pourtant marqué par tant de périls
A été oublié.


7.
Qu’est-ce que la voie du ciel ?
C’est entrer en présence,
Et faire face à l’illimité.
Qu’est-ce que la voie de la terre ?
C’est suivre son désir,
Et garder le lieu sauf.


8.
Alors le ciel changea brusquement de physionomie
Jusqu’à faire disparaître toute trace du jour et de la nuit,
Comme si, au cœur du brasier où nous délibérions,
Une ombre grandissait.
Car, maintenant,
Un grand nuage de la taille de l’atmosphère
S’étendait sur plusieurs contrées,
Et s’enroulait sur lui-même, comme un serpent furieux,
Sans que l’on puisse se dire exactement où.
Et partout, il n’y avait que vent et givre,
Malheur et ruine,
Et pour les mortels, épouvante et mort.
Car la Terre, hors de ses gonds, s’effondra ;
Et le vieil océan la submergea.


8.
Et il est vrai que
Le cycle du jour et de la nuit
A été brisé.
Car maintenant, c’est l’accalmie et la tempête
Qui commandent notre vie :
Les longues veillées à observer, 
Et les riches heures
De l’être, de la parole et de l’amour
Que vient interrompre,
Comme un regret plein de courage,
Le cri redouté de l’alarme.


9.
Nous avons désappris à contraindre,
Et à penser le monde en tant que globe,
Car tous les calculs s’effondrent
Devant ce qui est réel, vif et intact.
N’y a t-il pas unité plus grande
Que d’arpenter le proche et le loin ?
N’y a t-il pas vérité plus belle
Que ce que, premièrement, l’on éprouve ?
Là où l’être paraît, où les choses s’écoulent,
Cette paix, maintenant, que nous traçons :
Il n’y a plus rien à dévoiler d’autre
Que l’inconnu où nous sommes.
« Modifié: 10 avril 2021 à 17:31:20 par Versus1 »

Hors ligne meteore

  • Tabellion
  • Messages: 23
  • L'écriture est un art que l'on peut nourrir.
Re : Fragments d'une épopée
« Réponse #1 le: 09 avril 2021 à 08:35:10 »
Bonjour Versus1 !

J'ai beaucoup aimé votre poèmes sur les erreurs des humains et les conséquences qui ont dévastées la Terre.
Si j'ai bien compris, vous dites que les humains ont oubliés les chants et le savoir qui sont pourtant leurs racines, et ne s'occupent plus que de construire encore plus, plus grand et de plus en plus partout, même si cela à des conséquences dévastatrices sur la Terre e l'ancien climat agréable qui régnait entre amis, famille et inconnus ? Vous dites que l'homme ne sait plus faire autrement que être désagréable envers ses semblables, que la disparition des dieux n'a pas été une bonne chose pour l'homme ?
Je suis en partie d'accord avec vous, mais si les humains ont oubliés de se cultiver, d'aimer apprendre, lire, écrire, ..., et bien ce forum ne pourrais exister car ses créateurs et ses membres n'ont pas totalement oubliés leur racines.
Cependant, je suis tout à fait d'accord avec vous au niveau de toutes les erreurs qu'ont pu commettre les hommes, avec la folie des grandeurs, car une fois que la Terre sera dévastée, détruite, et bien nous ne pourrons pas faire retour, revenir à notre ancienne Terre, la bonne Terre, et nous regretterons.  :/

Je ne sais pas si c'est exactement ça que vous vouliez dire, bonne journée

Météore

   
Toute écriture est politique puisque toute écriture est une vision du monde.

- Marie Darrieussecq -

Hors ligne RatataDeSasha

  • Scribe
  • Messages: 61
  • Je suis le vrai Rattata de Sasha alias Le Maître
Re : Fragments d'une épopée
« Réponse #2 le: 14 avril 2021 à 12:51:38 »
Bonjour,
Quel bonheur de voir ta poésie enfin complète pour l'avoir suivi depuis pratiquement le début. Je tiens à te dire que c'est vraiment très réussi et que si l'inspiration et l'envie de te vient... n'hésite pas.  :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: o><o o><o o><o o><o ;x ;x ;x
Les pages des livres du bon-temps s’enchaînant
Soyons prêt, la lecture nous attend
Friandise de nos beau jours cachés
Sur ces réseaux-commentaires acharnés

En ligne Aizenmajnag

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  • Messages: 269
  • La Vie Vivante Vit
Re : Fragments d'une épopée
« Réponse #3 le: 14 avril 2021 à 13:03:51 »
joli, celà ressemble à une sorte de prophétie;
j'aime, le fond et la forme
Amour Paix Bonheur
////////////////////
Le langage, l'alphabet, la culture, beauté mystique spirituelle
enseigné par les animaux, les forêts, la Nature

Hors ligne Versus1

  • Prophète
  • Messages: 705
Re : Fragments d'une épopée
« Réponse #4 le: 17 avril 2021 à 18:30:27 »
À Météore

Merci pour ta lecture.

J’ai toujours pensé que l’impensé, à travers les siècles, jouait contre les mortels en tant que fatalité, souffrance, désespoir ; et que l’ignorance, l’incapacité à sentir et à penser le monde comme ordre de beauté, qui en est la cause visible, dégrade, enlaidit, rabaisse et finalement détruit et les individus et le monde.

À RatataDeSasha

Comment ne pas être ému, RatataDeSasha, et grandement favorisé, par l’amitié que tu me témoignes, et par ta constante fidélité à lire chacun de mes textes ? Et que répondre à un enthousiasme aussi généreux ? Ceci :

Je te souhaite le meilleur que cette vie puisse offrir.  :coeur: :meeting: :coeur:

À Aizenmajnag

Prophétie ou réalité ? Ou peut-être les deux ?

 


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