Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

16 mai 2021 à 11:43:04
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateurs: Ben.G, Claudius) » Sonnet mystique (et sensuel)

Auteur Sujet: Sonnet mystique (et sensuel)  (Lu 558 fois)

Hors ligne Eliande

  • Calligraphe
  • Messages: 116
Sonnet mystique (et sensuel)
« le: 19 décembre 2020 à 13:27:01 »
Mon cœur de l'amour fragile sait la musique
Mystérieuse et tendre à l'ombre de tes seins
Ma bouche à ton corps à corps s'offre le parfum
Des madrépores pris aux songes de l'Afrique

Ma voix, jeune encore, s'enivre au son magique
De ton chant plus précieux que les trésors du Rhin
Ton chant nubile, calme et grave, au ton serein
Lourd encor des brumes et des songes mystiques

Ni la douleur nue, ni les colères du temps
Ni la mort qui sourd et gronde à l'huis du présent
Ne pourront chasser le charme de tes soupirs

Beauté, mon beau souci, toi qui a de l'écume
Les envols tristes mais secrets de l'amertume
Conserve pour moi ce tendre amour qui expire.
« Modifié: 07 janvier 2021 à 10:12:30 par Eliande »

Hors ligne Cyr

  • Prophète
  • Messages: 623
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #1 le: 05 janvier 2021 à 18:48:37 »
J'ajouterai romantique. C'est mon penchant en poésie : romantique, mystique et sensuel.  :-[

"De ton chant plus précieux que les trésors du Rhin"
J'aime particulièrement ce vers et la dernière strophe.

"Beauté, mon beau souci, toi qui a de l'écume"
Cependant je ne comprends pas bien la référence à l'écume. Que veux tu dire ? Ce vers est plein de promesse dans son début.

Je suis contente de découvrir ta poésie.
"Il y a deux sortes de poètes : les bons, qui brûlent leurs poèmes à l'âge de dix-huit ans, et les mauvais, qui continuent à écrire de la poésie jusqu'à la fin de leurs jours." Umberto Eco

Hors ligne Claudius

  • Modo
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 094
  • Miss Green Mamie grenouille
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #2 le: 05 janvier 2021 à 19:10:15 »


Un sonnet à l'amour, mystique peut-être, c'est assez intéressant.

Mais, (il y a toujours un mais) pour que ce soit un sonnet il faudrait en respecter les règles et là je relève quelques irrégularités qui rendent la lecture moins fluide qu'elle devrait être.

D'une part les césures ne sont pas au bon endroit (puisque c'est un sonnet en alexandrins)
Et d'autre part, deux vers me chagrinent un peu, ce qui est fort dommage.

Lourd encore des brumes et des songes mystiques - 13 syllabes
Ni la perte cruelle, ni les colères du temps - 14 ici je compte.

Sinon, c'est une belle idée.

 ;) ;)


Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Claudius ses textes et poésies

Hors ligne Eliande

  • Calligraphe
  • Messages: 116
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #3 le: 07 janvier 2021 à 10:18:52 »


Un sonnet à l'amour, mystique peut-être, c'est assez intéressant.

Mais, (il y a toujours un mais) pour que ce soit un sonnet il faudrait en respecter les règles et là je relève quelques irrégularités qui rendent la lecture moins fluide qu'elle devrait être.

D'une part les césures ne sont pas au bon endroit (puisque c'est un sonnet en alexandrins)
Et d'autre part, deux vers me chagrinent un peu, ce qui est fort dommage.

Lourd encore des brumes et des songes mystiques - 13 syllabes
Ni la perte cruelle, ni les colères du temps - 14 ici je compte.

Sinon, c'est une belle idée.

 ;) ;)




Merci pour ces remarques très justes! Il est vrai que plusieurs "alexandrins" ne présentaient pas le nombre requis de syllabes. J'ai essayé de corriger, mais je ne suis guère satisfait du résultat.

En revanche, je suis quelque peu sceptique quant à la nécessité de respecter les règles. A vous lire, il faudrait préciser "les règles de la versification classique" telle qu'on la pratiquait au XVIIe siècle. Or sur ce plan, il y aurait énormément à redire dans ce poème. Tout d'abord je ne respecte pas l'alternance entre les rimes masculines et féminines, laquelle était de rigueur depuis au moins La Grande Rhétorique. Ensuite, je ne respecte pas non plus la rime pour l'oeil.

Prenez un poème d'Aragon, ou encore d'Eluard, voire même de Baudelaire. Vous verrez que la règle de la césure à l'hémistiche n'avait déjà plus de sens...

Merci encore pour vos remarques! à très bientôt :)

Eliande

Hors ligne Claudius

  • Modo
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 094
  • Miss Green Mamie grenouille
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #4 le: 07 janvier 2021 à 13:31:32 »


Il n'y a pas de souci, je suis assez classique en matière de règles sur des poésies nommées, comme le sonnet, la villanelle ou autre. Mais chacun écrit comme il le souhaite.

Si je conçois que les alexandrins n'aient pas leurs césures régulières, je préfère lorsque la musicalité à la lecture orale n'accroche pas. Loin de moi l'idée de critiquer d'autres acceptions de la règle des 12 syllabes coupées en leur milieu, mais la régularité me semble mieux s'accorder avec les formes classiques. Ce peut être 6/6 ou 3/4 ou 4/3, mais jamais une découpe autre style 7/5 par exemple. Cela me choque à l'oreille et me semble plus ardu à déclamer.

Bonne continuation et à te lire ailleurs.

Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Claudius ses textes et poésies

Hors ligne Meilhac

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 581
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #5 le: 13 janvier 2021 à 12:33:17 »
Mon cœur de l'amour fragile sait la musique
Mystérieuse et tendre à l'ombre de tes seins
Ma bouche à ton corps à corps s'offre le parfum
Des madrépores pris aux songes de l'Afrique

Ma voix, jeune encore, s'enivre au son magique
De ton chant plus précieux que les trésors du Rhin
Ton chant nubile, calme et grave, au ton serein
Lourd encor des brumes et des songes mystiques

Ni la douleur nue, ni les colères du temps
Ni la mort qui sourd et gronde à l'huis du présent
Ne pourront chasser le charme de tes soupirs

Beauté, mon beau souci, toi qui a de l'écume
Les envols tristes mais secrets de l'amertume
Conserve pour moi ce tendre amour qui expire.

haha c'est du Baudelaire!
on dirait un bon pastiche!
en tout cas c'est assez réussi!
dans le genre sonnet classique
(ça fait penser, entre autres, à "parfum exotique")
chiadé, stylé, un peu désuet et/mais très réussi! merci pour ce poème !!

Hors ligne Eliande

  • Calligraphe
  • Messages: 116
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #6 le: 13 janvier 2021 à 18:27:36 »
Je te remercie pour ce commentaire! Oui, il s'agit assurément d'un pastiche!

A très bientôt,

Eliande

Hors ligne Scriba6

  • Plumelette
  • Messages: 14
  • Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre...
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #7 le: 13 janvier 2021 à 19:00:30 »
Ce sonnet aux sonorités surannées
Évoque dans mon cœur mes jeunes années
Où de tendres poésies j'étais bercé,
Avant de recevoir mon premier baiser

Qui ose encore écrire des poèmes
Aujourd'hui ? Bravo pour le pastiche
Et tant pis s'il ne respecte pas l'hémistiche
Je peux vous dire que je l'aime
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'impair,
Plus vague et plus soluble dans l'air, [...]
Et tout le reste est littérature.
                           Paul Verlaine

Hors ligne Eliande

  • Calligraphe
  • Messages: 116
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #8 le: 14 janvier 2021 à 06:59:46 »
Merci à tous :)

Hors ligne orangina rouge

  • Scribe
  • Messages: 71
  • La Lo La Lo Laï ! La Lo La Lo Laï Lo Lé Oh !!!
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #9 le: 11 mars 2021 à 16:35:50 »

Bonjour Eliande,

Juste un petit avis sur ceci :

Citer
Prenez un poème d'Aragon, ou encore d'Eluard, voire même de Baudelaire. Vous verrez que la règle de la césure à l'hémistiche n'avait déjà plus de sens...

Les grands, quand ils usaient de licences, créaient par ce biais un apport à leur texte, intellectualisable, remarquable, surprenant ou autre, ils ne faisaient pas que se permettre une erreur. Ils ont toujours respecté le sonnet et les formes fixes, tout comme l'esprit de la langue, des règles et de la versification. Les règles du sonnet n'ont d'ailleurs pas changé... Un mauvais choix que le sonnet si l'on ne compte pas en respecter les règles, pour ce qui est de mon point de vue.

Un de vos vers passant par la licence répond à cette exigence, les autres vers licencieux n'y répondent pas, voici le vers en question :

Citer
Ma bouche à ton corps à corps s'offre le parfum

La césure coupe en deux une locution, ce qui créait un apport c'est la compréhension des hémistiches pris séparément (donc sans la locution) au regard du vers pris dans son intégralité. Un vers donc fort intéressant...

Je me permet de vous signaler aussi que l’atterrissage forcé sur les bords du Rhin a drôlement cassé l'ambiance africaine dans laquelle vous m'aviez implanté, à vous de voir si ce changement de climat est judicieux.

Bon, comprenez bien que ce n'est là que mon avis, rien ne vous oblige à y souscrire, bien que...

Merci pour la lecture et l'écoute.


[/size][/font]

Hors ligne Eliande

  • Calligraphe
  • Messages: 116
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #10 le: 11 mars 2021 à 20:30:44 »
Je te remercie Orangina Rouge pour cette remarque!

Sauf erreur de ma part, il ne me semble pas avoir mentionné que les entorses aux règles de la versification relevaient nécessairement de la négligence. Du reste, je suis quelque peu sceptique quant à l'emploi de l'adverbe toujours qui prête à ces fameux "grands" une maîtrise sur leur texte qui - malgré leur talent - devait nécessairement leur échapper de temps à autre. La poésie s'est érigée au cours des siècles sur des règles strictes, il est vrai. Pourtant, celle-ci naît souvent dans les interstices, à l'ombre de l'intention. Voyez : je n'avais pas même fait attention à la césure signifiante que vous mentionnez. Il a fallu votre regard pour éveiller le poème.


Il est vrai que je n'ai pas placé de césure audacieuse comme vous le mentionnez. J'admire Rimbaud dans le Bateau Ivre lorsqu'il brise Tohu//Bohu entre deux hémistiches - et encore : j'ignore si ce n'est pas moi qui prête du sens à ce qui ne peut être qu'un bel hasard d'écriture.
Pour ma part, j'ai délibérément choisi de ne respecter ni les coupes, ni les césures. J'aime lorsque les mots se déversent, libres, sans craindre le creux d'un fossé. Vous direz que c'est une parade habile pour ne pas respecter les règles - et vous aurez raison. Mais si les règles ne peuvent plus être brisées en poésie, où pourraient-elle l'être?

Quant au passage de l'Afrique à l'or du Rhin, je ne sais que vous dire. C'est certainement aussi absurde que Pasolini qui voyait son Orestie en Tanzanie. Pourquoi l'absurde n'aurait-il pas sa place en poésie? "Poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance", écrivait un certain Saint John Perse. Cela dit, je reconnais bien là le rationalisme français!

Au plaisir de vous lire,

Eliande

Hors ligne orangina rouge

  • Scribe
  • Messages: 71
  • La Lo La Lo Laï ! La Lo La Lo Laï Lo Lé Oh !!!
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #11 le: 11 mars 2021 à 23:28:00 »
Eliande,

Le non respect des règles n'est pas mon réel souci, je te parle juste d'un mauvais choix de format, le sonnet n'est pas trop fait pour faire dévier les règles selon moi, il se doit d'être au moins irrégulier, là tu es allé au-delà de l'irrégularité, trop de licences qui n'amènent rien (parfums ne rime en rien avec seins, des vers en quatorze syllabes au départ, des césures autres que 6/6 ou éventuel 4/4/4, alternance, etc), et je vois bien que tu n'es pas réellement sourde aux avis, tu as rectifié les vers boiteux, et certes les conseilleurs font souvent de bons essuyeurs, j'entends par là que tu peux imprimé mon avis et le mettre à sa place : aux chiottes, s'il vient à te manquer du papier, tu verras, il te sera très doux mais pas forcement plus utile niveau littérature...


Toujours, n'implique pas : toujours réceptionné et intellectualisé par le lecteur, il est rare (je dirais même il n'arrive jamais) qu'une licence de Baudelaire, Verlaine, eluard, etc ne propose rien comme apport remarquable, donne moi des exemples sur leurs sonnets, l'on vérifiera... je ne pense pas qu'il s'agisse là de hasard, mais plutôt de talent, de connaissances de la langue, d'un apprentissage constant et efficace (malheureusement on est pas tous oisif, cela demande du temps, je dirais même l'éternité, l'écriture en plus continue d'avancer), et je te rassure, moi non plus je ne perçois pas toujours le dit-apport de leurs licences (j'ai même plutôt la flemme de chercher), ce qui n’empêche en rien qu'il soit bien là, reste à le trouver et le comprendre... Je ne me prétends pas un génie, et effectivement parfois ils devaient se louper dans la bonne transmission de cet apport, nul n'est parfait, nul ne possède toutes les connaissances. Mais l'intention de créer cet apport leur était assurément commune, tout comme le désir d'harmonie entre les libertés qu'ils prenaient et le respect de l'esprit des règles de la langue française. (chacun son niveau... Je n'en suis pas là, mais j'essaie de m’améliorer dans ma compréhension de la langue et de son esprit, dur dur)

Au passage "le bateau ivre" n'est pas un sonnet, c'est totalement irrecevable comme exemple  :mrgreen:

Citer
Mais si les règles ne peuvent plus être brisées en poésie, où pourraient-elle l'être?

Il ne s'agit peut-être pas de les briser, mais plutôt de les réadapter, de les réinventer, ce qui est difficile et absolument pas à la portée de tous. L'anarchie, l'ultra libéralisme, le désordre, tout comme le chaos sont eux aussi régis par des lois auxquelles ils ne peuvent nullement échapper.



Pour le Rhin, ce n'est pas l'absurde qui m'a gêné,  c'est l'énorme écart de climat, d'odeurs, de luminosité, de couleurs... Le décor dans lequel tu m'implante s'inverse totalement mais pas l'ambiance de ton propos dans ce second quatrain, le propos reste de la même teneur, chaleur et magnificence, alors que le décor devient froid, peu lumineux, etc,  je ne fais que te signifier mon ressenti, perso je n'ai pas adhéré, j'aurais préféré resté sur une ambiance africaine, ou que ton propos se transforme lui aussi et soit en corrélation avec ce changement, bon tout ça tient évidement des gouts et des couleurs...

Pour le plaisir de me lire:

j'ai récemment écris un fatras issu de deux sonnets (régulier et irrégulier), l'absurde et le non-respect des règles ne me gênent en rien, mais j'essaie de faire en sorte de respecter le lien fond/forme et suivant mes capacités de dévier des règles dans un certain respect, cela m'est encore difficile et je doute que ce soit prêt de changer... Si tu le souhaite je te les envoies par mail, car je ne comptes pas les postés ici, mes textes risquent d'être rarissimes, tout comme mes avis, tel est mon choix. Car je peux comprendre que tu souhaite me lire aussi vu que je t'expose mon avis.

En espérant avoir clarifier mon humble avis (et non une critique d'art ou une remarque, pas même une analyse, qui pourrais-je bien être pour émettre pareilles choses, je ne suis qu'un inexistant mythe télévisuel qui je l'espère ne dit pas que des âneries en exposant son propre point de vue)

Bien à toi, au plaisir de te lire à nouveau.
[/font][/size]

Hors ligne Eliande

  • Calligraphe
  • Messages: 116
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #12 le: 12 mars 2021 à 06:30:51 »
Cher Orangina Rouge,

Je vous remercie pour cette longue réponse! Par manque de temps il me sera impossible de répondre en détail. Je ferai donc au plus rapide :

- Je pense que le fond du problème n'est pas tant le respect (ou leur réappropriation) des règles qui importe ici, mais une certaine conception de ce que doit être ou ne pas être la poésie. J'imagine qu'il sera difficile de trouver un terrain d'entente - et c'est tant mieux. La littérature est l'un des rares endroits où le désaccord peut être fructueux.

Cela dit, quelques petites précisions :

parfum/sein ne rime pas, en effet, si l'on applique le principe de la rime pour l'oeil, qui était en vigueur au XVIIe siècle. La rime pour l'oeil disparaît dans nombre de poèmes au XXème siècle. Je donnerai volontiers quelques exemples, mais je me contenterai - faute de temps - de vous renvoyer vers Apollinaire ou Aragon.
Par ailleurs je pratique en ce qui me concerne l'assonance, qui était de vigueur avant même les règles "classiques". Lisez la Chanson de Roland, lisez les romans de Chrétien de Troyes, vous comprendrez ce que je raconte : seule la récurrence d'un phonème compte. La poésie est musique avant tout, et non peinture (d'où mon rejet de la rime pour l'oeil).

Ensuite, le "Bateau Ivre" n'est bien entendu pas un sonnet, mais il est écrit en alexandrins et devait, du temps de Rimbaud, respecter les règles de ce vers. Lorsque Rimbaud déclama ce poème pour la première fois devant Verlaine et ses camarades (dont un certain Mallarmé), l'assemblée fut désemparée devant de semblables audaces. L'exemple est donc tout à fait valable.

Enfin, le sonnet est une forme fixe - certes. Mais trop de gens oublient que nulle restriction n'est imposée quant à la forme du vers. Clément Marot écrivait volontiers des sonnets en décasyllabes. Par ailleurs, un petit coup d'oeil chez nos voisins est toujours bénéfique : observez les sonnets de Pétrarque dans le Canzoniere, et vous verrez que les règles ne sont pas tout à fait les mêmes que celles de nos classiques français. Et que dire du sonnet anglais! La disposition strophique est radicalement différente.

Je ne partage pas votre respect pour les "Grands". Je ne nie pas leur travail, leur recherche incessante, mais cela ne suffit pas à leur conférer une "grandeur" qu'ils auraient certainement récusée. En fin de compte, seule reste la littérature!

Je serai ravi de lire vos poèmes,

A très bientôt,

Eliande

Hors ligne orangina rouge

  • Scribe
  • Messages: 71
  • La Lo La Lo Laï ! La Lo La Lo Laï Lo Lé Oh !!!
Re : Sonnet mystique (et sensuel)
« Réponse #13 le: 12 mars 2021 à 17:20:41 »
Chère éliande,

Effectivement, je doute aussi que nous trouvions un terrain d’entente, ce qui n’est pas grave en soi, je terminerai par ces précisions qui me semblent approximativement judicieuses dans cette conversation :

Certaines assonances ne trouveront jamais grâce à mon oreille dans un sonnet ou toute autre forme fixe, d’autres oui (bizarre et peut-être incongru de ma part, je te le concède, il faut bien avoir des particularités sinon nous serions tous les mêmes, quelle horreur !), alors qu’en chanson ou dans d’autres formes, j’aurais été totalement tolérant, si l’on peut dire… Ceci étant donc un choix personnel, subjectif et surtout auditif, et pas forcément visuel, et donc totalement lié aux formes dites fixes. Je serais même tenté de dire que l’assonance a plutôt sa réelle place dans les rimes plates.

Marot écrivait des sonnets en décasyllabe car il s’est inspiré de la règle du sonnet italien qui se décline lui en décasyllabe comme en alexandrin (contrairement au sonnet au français à son époque), l’on nomme aussi du coup sonnet marotique ce sonnet italien, ici nous sommes dans une réadaptation des règles qui a fait avancer la versification française et non pas dans de la licence non construite et quelque part abusive, si je puis dire, car tes licences ne peuvent pas selon moi mener à une règle ou à une intellectualisation qui serait cachée derrière ces licences (surtout des vers à la métrique irrégulière, là c’est un peu trop, mais tu t’en es rendu compte). Il est normal pour Pétrarque qui est florentin d’en avoir écrit en déca, dans son cas nul passage par la licence car lui passe par la versification italienne. Et quand j’écris ou parle d’un sonnet je me réfère uniquement au sonnet car il a ses règles spécifiques et fixes, le bateau reste donc à quai et ivre, ce n’est pas un sonnet ! Tout comme la chanson (en général, pas celle de Roland, bien qu’elle peut elle aussi rester à quai) n’est pas obligatoirement poésie et inversement, on peut chanter n’importe quel texte mal écrit avec brio si l’on est un bon interprète, l’on ne peut pas par contre intellectualiser un poème avec brio s’il est mal écrit et donc mal intellectualiser (je ne parle pas ici spécifiquement du tien qui selon moi est plutôt encore en construction et aussi, ou surtout, pas trop en adéquation avec certaines de mes convictions, chacun les siennes… et nul n’est parfait) Car la poésie se doit d’être un chant certes, mais elle est aussi un art intellectualisé soumis à des règles. Quant à définir la poésie à la lettre, ce serait folie de notre part, ce n’est pas faisable, l’on ne peut que s’approcher d’une vérité qui ne sera jamais absolue et peut être amenée à changer… Et la graphie a tout de même aussi une petite importance en poésie (moindre certes), sinon pourquoi s’embêterait-on à la coucher sur du papier, autant ne la décliner et ne la perpétuer qu’oralement, et par de l’audio. D’ailleurs si l’on se contentait d’audio, l’on y perdrait énormément et pas que la calligraphie et les acrostiches, mais tout un tas de subtilités qui ne se révèlent qu’avec une lecture analytique poussée (sans passer par l’oral l’on perdrait tout autant certaines subtilités, mais il est difficile de lire sans s’entendre parler dans sa tête).

Donc le mètre pour un sonnet régulier est fixe et constant, usuellement c’est l’alexandrin sauf pour le sonnet Marotique (qui est en soit irrégulier en français) où l’on utilise régulièrement le décasyllabe, sinon reste de nombreuses variantes possibles, soit tous les sonnets dits irréguliers, l’on peut trouver ces sonnets avec d’autres métriques, mais le mètre lui y reste toujours constant sur 14 vers eux aussi constants, la disposition des strophes peut différer suivant les variantes. Donc la forme du vers a bel et bien des contraintes, des règles au niveau de son mètre et de sa régularité dans les sonnets, tout comme pour le nombre total qui est fixe : 14 vers. (mais je reste persuadé que tu savais cela, bien que ce ne soit pas ce que tu m’as écrit dans ta réponse, il m’arrive aussi de ne pas être clair ou de dire quelques bêtises, je te rassure, je dois d’ailleurs probablement en avoir dit ici)

Pour les grands, je pense que tu mets un peu trop de puissance derrière ce mot, je ne les loue pas tant que ce qu’il peut sembler, la différence est qu’ils avaient tous énormément de temps, souvent des « oisifs » (je quiche un peu, dsl) qui pouvaient prendre le temps de repasser à plusieurs reprises leur travail 100 fois sur le métier, donc d’appliquer une centaine de corrections très spécifiques issues d’une liste on ne peut plus concise (rejet, césure, rime, enjambement, décompte des syllabes, élision, lecture par hémistiche…), qui de nos jours fait encore cela ? Assurément pas moi ! Chacun son métier, perso ce n’est pas écrivain (je ne serais pas ici car trop occupé par l’écriture et les corrections), chacun sa passion, perso, je parlerais presque d’un loisir occasionnel où j’essaie de m’appliquer et tente de comprendre, malheureusement l’apprentissage est sans fin, l’écriture avance et date de bien longtemps avant nous, et je manque de temps...

Bon, je pense que maintenant mon optique actuelle est suffisamment claire et je t’en laisse juge, pour ce qui est de la tienne d’optique (du moins ce en quoi elle diffère, apport de la licence et respect des formes fixes. Soit pas tant que ça si l’on venait à discuter plus longuement, je pense), je serais tenté de dire que j’ai plus ou moins eue un peu la même optique à une autre époque (plus jeune donc), et puis parfois les optiques évoluent… Ce n’est pas une obligation et les directions sont nombreuses.

Je t’envoie donc un texte ou deux, quand j’aurais le temps, tu me diras (selon le temps que tu as, il va de soi) ce qui selon toi pêche encore et ce que tu perçois, car l’on a beau chercher à parfaire, la perfection n’est qu’une utopie. Et probablement, tout comme toi, je me défendrais bec et ongle, un avis reste toujours personnel et totalement subjectif… Je doute d’ailleurs qu’il soit judicieux de chercher à se livrer des avis en poésie, car elle est par trop indéfinissable et subjective, il m’est toujours plus facile d’avoir un avis sur de la prose, sans parler des côtés égocentriques, quasi narcissiques (j’en rajoute) et surtout totalement enflammés que possèdent tout prétendu poète, moi dans le lot…

Ce qui est sûr, c’est que les corrections que tu as déjà apporté, on améliorait ce poème, il reste comme tout poème encore améliorable, à toi de voir jusqu’où tu souhaites le pousser, selon moi les licences que tu as employé sont faciles à remanier sans changer le sens de ton poème, à toi de voir si tu veux rentrer dans les clous du sonnet régulier ou irrégulier.

Je me permets un exemple :

Citer
Mon cœur de l'amour fragile sait la musique

Ici coupe en 5/7, tu peux le réécrire 6/6 :

Mon cœur sait, de l’amour / fragile, la musique

(On pourrait le lire 3/3/3/3)
Bon reste le e instable (dont on se balance totalement) et la césure qui coupe toujours « de l’amour fragile » mais l’intérêt est que le second hémistiche suggère maintenant que la musique est fragile et pas que « fragile sait la musique » qui est incongru. Le premier hémistiche à l’oral peut s’entendre ainsi : « mon cœur c’est de l’amour ». Ainsi, selon moi, tu créais un réel apport à ta licence, il y a multiplications des sens et des images, et de la surprise à l’oral… Et tu amenuise l’irrégularité en supprimant  cette coupe en 5/7. Je pense que passer par cet exemple sera plus clair que tout ce que je tentais péniblement (je le reconnais) de t’expliquer. Mais je ne souhaitais pas trop passer par la suggestion de réécriture, tant pis, si ça t’aide à comprendre cette histoire d’apport… (Et je te rassure une fois de plus je n’arrive pas toujours à créer un apport sur mes licences)

Au plaisir de rediscuter avec toi, en évitant de se bruler du feu de la passion (car oui il y a aussi un peu de passion tout de même, des deux côtés assurément…)

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.025 secondes avec 18 requêtes.