Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: LOF le 20 novembre 2021 à 18:48:20

Titre: La trace luisante de l'escargot
Posté par: LOF le 20 novembre 2021 à 18:48:20

La trace luisante de l’escargot

Avec sa carabine à air comprimé il tire sur les oiseaux.
Son tipi est fabriqué de vieilles couvertures au-milieu du jardin.
Les plans de salades gelés brillent dans leur sillon de terre.
Une camionnette (celle du boulanger) klaxonne en roulant
lentement sur le chemin que bordent les haies coiffées de neige.
Dans les bosquets humides coulent les larmes du soleil.
La nuit, parfois, on marche à coté de soi,  je sais je sais,
et le jour seulement donne son explication de la nuit.
L’enfant a les doigts et le nez rougis par le froid. Il rate
les oiseaux avec ses flèches en caoutchouc trop lourdes.
La camionnette s’est arrêtée, la vieille femme discute avec le
boulanger, en triturant le tréfonds de son porte-monnaie.
Il y a parfois des gens qui vous sourient gratuitement.
Prenons le temps de respirer avant que n’arrive le dernier souffle,
si le soleil te fixe la réciproque n’est pas pareille.
Dans son drôle de tipi le mioche joue à Davy Crockett.
Sur le muret de ciment, les escargots laissent des traces luisantes.
La camionnette poursuit sa tournée en klaxonnant.
Davy Crockett parle à des fantômes de circonstance.
Une squaw s’allonge dans le tipi, avec ses nattes de jais,
sa robe en peau de renne.
Le mouflet s’efforce de résister au froid, jusqu’à la limite de ses forces.
Un hiver s’est installé dans la cheminée de ses sinus.
Pour ne pas devenir inhumain, il suffit de se donner des buts accessibles.
Quand un chat désire quelque chose, il vous caresse de tout son corps.
Le marmot rentre dans la cuisine. Il prie le bon dieu, à genoux sur
le banc de bois. Aïe aïe aïe, il souffre !
En prononçant avant les mots de ce qu’on va faire,
on trouve ensuite l’envie de faire.
Je dis que l’expression d’un visage est comme un scanner de la pensée.
On sait que c’est dans la nuit noire que les moignons des arbres
cognent les carreaux gelés du dortoir.
Le petit garçon regarde les autres lits vides, dans l’espoir qu’un esprit jaillira.
C’est encore à nos ennemis qu’on adresse nos songes les plus fous.
C’est par l’usure des objets qu’on touche l’écoulement du temps.
Le cuivre des lits glacés.
Sur le haut du buffet, des photos, le crucifix, un compotier rempli
de fruits, des cierges.
Si le mioche ouvre la porte du buffet, un arôme de cacao s’évade.
Pourquoi on ne rencontre jamais les ouvriers de l’aube qui vous préparent le jour ?
Dites-le avant de le faire, dites-le, dites-le !
Alors le marmouset rêve de cacao durant sa prière. 
Le sacristain s’envole de terre en tirant sur la corde de la cloche.
Pour pisser, on déboutonne tous les boutons de la soutane.
Le curé sentait fort le tabac,
et par grand vent il se cramponnait la calotte sur le crâne.
Un soleil de novembre fait reluire les meubles, tandis que la
cuisine est dans une brumaille de souvenirs.
C’est le récit, antérieur à tous les événements, qui sera le plus beau.
Entre gagner ou perdre que reste-il à l’homme pour vivre ?
Blablabla.
Le polisson invite sa squaw aux nattes de jais,
dans un lit glacial du dortoir.
Ils se partagent des oiseaux, que le trappeur n’aura jamais attrapés.
La camionnette a vendu tout son pain, elle se retire des
chemins verglacés.
Quand un homme politique a réponse à tout,
c’est qu’il ne répond à aucune question.
Alors le mioche saisit une brique brûlante dans le fond du four,
et se l’applique sur le ventre,
en attendant des astres meilleurs.
Fait trop froid à son cœur,
dans l’orphelinat du monde,
où on n’est plus que pensionnaire.
Trop froid à ces tristes couilles de l’absence.
Titre: Re : La trace luisante de l'escargot
Posté par: Fried le 22 novembre 2021 à 06:53:32
Il semble que l'escargot en a bien bavé. Cela fait un peu étrange ce récit d'enfant qui joue aux indiens mélangé à une scène digne des misérables. Mais j'aime la poésie qui en ressort. Je pense à un monde adulte avec ses conventions qui se fracasse avec celui de l'enfance.
Titre: Re : La trace luisante de l'escargot
Posté par: Basic le 25 novembre 2021 à 10:25:43
Très beau texte ce kaléidoscope de souvenirs. Je n' ai pas trouvé de coquille. Je trouve tout juste avec ce refrain sur le petit indien. Peut-être que la phrase sur le homme politique est un peu convenue, c est la seule.
B
Titre: Re : La trace luisante de l'escargot
Posté par: Frami45 le 02 décembre 2021 à 15:51:51
Je cherche le lien entre les choses. Serait-ce  une brumaille de souvenirs qui se télescopent, se retranchent ou s'additionnent autour de cet enfant solitaire qui joue à l'indien ?
Certains vers me font penser à des maximes fortes et me plaisent beaucoup. J'en ressens bien le sens me semble-t-il par contre je cherche le pourquoi de leur présence ici. Prenons le temps de respirer avant que n’arrive le dernier souffle...  Pour ne pas devenir inhumain, il suffit de se donner des buts accessibles... C’est par l’usure des objets qu’on touche l’écoulement du temps....  Entre gagner ou perdre que reste-il à l’homme pour vivre ?.... Ton petit indien aurait-il grandi ? Toujours aussi seul dans l'orphelinat du monde ?
S'il te plait éclaire moi, je sens que je passe à côté de quelque chose et  je n'aime pas ça.  Cordialement.
Titre: Re : La trace luisante de l'escargot
Posté par: Meilhac le 02 décembre 2021 à 17:13:17

La trace luisante de l’escargot

Avec sa carabine à air comprimé il tire sur les oiseaux.
Son tipi est fabriqué de vieilles couvertures au-milieu du jardin.
Les plans de salades gelés brillent dans leur sillon de terre.
Une camionnette (celle du boulanger) klaxonne en roulant
lentement sur le chemin que bordent les haies coiffées de neige.
Dans les bosquets humides coulent les larmes du soleil.
La nuit, parfois, on marche à coté de soi,  je sais je sais,
et le jour seulement donne son explication de la nuit.
L’enfant a les doigts et le nez rougis par le froid. Il rate
les oiseaux avec ses flèches en caoutchouc trop lourdes.
La camionnette s’est arrêtée, la vieille femme discute avec le
boulanger, en triturant le tréfonds de son porte-monnaie.
Il y a parfois des gens qui vous sourient gratuitement.
Prenons le temps de respirer avant que n’arrive le dernier souffle,
si le soleil te fixe la réciproque n’est pas pareille.
Dans son drôle de tipi le mioche joue à Davy Crockett.
Sur le muret de ciment, les escargots laissent des traces luisantes.
La camionnette poursuit sa tournée en klaxonnant.
Davy Crockett parle à des fantômes de circonstance.
Une squaw s’allonge dans le tipi, avec ses nattes de jais,
sa robe en peau de renne.
Le mouflet s’efforce de résister au froid, jusqu’à la limite de ses forces.
Un hiver s’est installé dans la cheminée de ses sinus.
Pour ne pas devenir inhumain, il suffit de se donner des buts accessibles.
Quand un chat désire quelque chose, il vous caresse de tout son corps.
Le marmot rentre dans la cuisine. Il prie le bon dieu, à genoux sur
le banc de bois. Aïe aïe aïe, il souffre !
En prononçant avant les mots de ce qu’on va faire,
on trouve ensuite l’envie de faire.
Je dis que l’expression d’un visage est comme un scanner de la pensée.
On sait que c’est dans la nuit noire que les moignons des arbres
cognent les carreaux gelés du dortoir.
Le petit garçon regarde les autres lits vides, dans l’espoir qu’un esprit jaillira.
C’est encore à nos ennemis qu’on adresse nos songes les plus fous.
C’est par l’usure des objets qu’on touche l’écoulement du temps.
Le cuivre des lits glacés.
Sur le haut du buffet, des photos, le crucifix, un compotier rempli
de fruits, des cierges.
Si le mioche ouvre la porte du buffet, un arôme de cacao s’évade.
Pourquoi on ne rencontre jamais les ouvriers de l’aube qui vous préparent le jour ?
Dites-le avant de le faire, dites-le, dites-le !
Alors le marmouset rêve de cacao durant sa prière. 
Le sacristain s’envole de terre en tirant sur la corde de la cloche.
Pour pisser, on déboutonne tous les boutons de la soutane.
Le curé sentait fort le tabac,
et par grand vent il se cramponnait la calotte sur le crâne.
Un soleil de novembre fait reluire les meubles, tandis que la
cuisine est dans une brumaille de souvenirs.
C’est le récit, antérieur à tous les événements, qui sera le plus beau.
Entre gagner ou perdre que reste-il à l’homme pour vivre ?
Blablabla.
Le polisson invite sa squaw aux nattes de jais,
dans un lit glacial du dortoir.
Ils se partagent des oiseaux, que le trappeur n’aura jamais attrapés.
La camionnette a vendu tout son pain, elle se retire des
chemins verglacés.
Quand un homme politique a réponse à tout,
c’est qu’il ne répond à aucune question.
Alors le mioche saisit une brique brûlante dans le fond du four,
et se l’applique sur le ventre,
en attendant des astres meilleurs.
Fait trop froid à son cœur,
dans l’orphelinat du monde,
où on n’est plus que pensionnaire.
Trop froid à ces tristes couilles de l’absence.

salut !
je trouve ça pas mal ! y a un univers assez singulier, j'aime bien

tu t'en sors pas mal je trouve dans l'alternance images évocatrices poétiques/punchlines philosophico-qqch sur la vie

y a des images qui me convainquent moins que d'autres mais y en a que je trouve très chouettes

les punchlines sur la vie pareil ça dépend

mais globalement ça fait un ton intéressant et singulier je trouve

dans ce genre de poème ça vaut peut être le coup de chiader les tout premiers et les tout derniers vers (je dis ça parce que autant je trouve que le tout début est très bon autant le tout dernier vers est loin d'être le meilleur). c'est marrant en lisant on se demande aussi un peu où tu veux en venir (ce qui n'est pas toujours le cas avec un poème) et c'est intéressant aussi dans ton texte cette espèce de mix poème qui est vraiment un poème et qui en même temps raconte vraiment quelque chose

bon c'est peut-être pour ça aussi que l'extrême fin du poème n'est pas ce que j'ai préféré (en fait c'est l'image "couilles de l'absence" que je trouve ni très évocatrice ni très élégante)

tu veux des remarques de détail aussi ? (genre y a des trucs on se demande si un choix de ta part ou une erreur de français (le tiret dans "au milieu du jardin" ; "le tréfond" ; "la réciproque est pareille", ce genre de choses)

en tout cas merci pour ton poème il est singulier et il a du caractère, et des belles images à la fois âpres et élégantes  :)
Titre: Re : La trace luisante de l'escargot
Posté par: LOF le 02 décembre 2021 à 17:28:58
 merci Meilhac pour les détails de ton commentaire
 pour le vers final, je suis tout à fait d'accord, il y a quelque chose de provocateur, inutile.

 Ce genre de commentaire aide beaucoup pour continuer à écrire