Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

03 décembre 2023 à 09:23:45
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » Lexomil

Auteur Sujet: Lexomil  (Lu 549 fois)

Hors ligne Camilleli

  • Tabellion
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Lexomil
« le: 11 juillet 2023 à 13:23:41 »
Hello, j’avais déjà publié un extrait de cette nouvelle dans textes courts puis supprimée pour concours de nouvelles mais je l’ai apparemment pas remporté ducoup je la republie en entière parce que c’était ma préférée que j’avais écrite, la plus aboutie, ahah et j’aurai voulu des retours

__________

C’est jeudi. Il est trois heures du matin. Elle a pris un Lexomil qui ne fait pas effet alors elle lorgne sur la boîte en se disant qu’elle devrait en prendre un autre pour voir, pour accompagner son verre de lait et son désespoir, leur tenir la main pour aller se coucher.
Lexomil tape dans le mille tape dans le mou tape dans le cou tape dedans. Lexomil sent le pistil de sa fleur de lys fanée. Lexomil mille mille Camille pétille autant que le Badoit Lexomil qu’elle a pris lundi dernier. Lexomil mille mille mille et une nuit et elle aussi elle en a envie et elle aussi elle voudrait un prince charmant qui la ramène à minuit ou l’emmène manger à midi sans l’avoir foutue dans son lit.
Elle a mal à la tête. Mal à la gorge. Envie de fumer mais elle doit arrêter, ça fait tousser.
Elle se sent fatiguée. Arrive pas à dormir. Assise sur une chaise de jardin jaune dans sa cuisine aux murs abîmés par les clous et les marteaux dont les chemins se sont effleurés. Elle est dans le salon. Et dans le bureau. Autrement dit, dans le 25m2 rue Henri Rousseau. Enfin rue quelque chose Rousseau, elle habite là depuis deux semaines et elle sait pas vraiment où elle est, mais avec un nom pareil tous les prénoms sont les bons.

Elle serre dans ses mains la peluche que sa mère a gardé depuis tout ce temps et lui a donné avec un sourire niais, et elle attend impatiemment jusqu’à demain matin un message qui viendra pas. Le néon blanc grésille, agresse ses yeux et ses tympans. Elle devrait vraiment aller dormir. La fenêtre est ouverte, il fait froid, et à travers elle voit la cour où un couple dîne sur une nappe en velours. Chez elle, la table carré blanche en plastique est bancale, le pied droit est trop court. Dessus, le verre va et vient entre les jambes de l’assiette, et dans celle-ci, les restes de son vomi, eux, dorment tranquillement. On y décèle des orties, quelques crevettes et beaucoup de foutre tout noir, il est moisi. Le pied du verre plein s’enfonce dedans et piétine la queue périmée qu’elle a allègrement dévoré. Leur relation a atteint sa date de péremption. Ça fait un moment qu’elle pense que c’est le cas. Elle s’en doutait déjà il y a un mois. Ils avaient baisé sans vraiment le désirer, elle s’était endormie épuisée, et quand elle s’était réveillée, elle l’avait vu sur le parquet.
Il avait même pris la couette et l’oreiller, alors elle avait murmuré : « T’es vraiment un gros bâtard ».

Elle s’en veut de le penser et s’excuse au mur qui la regarde sans la juger. Il est tard. Les voisins font la fête. Ils écoutent de vieilles chansons.
Elle pense : « C’est nul. J’aime pas les fêtes. » Elle ment évidemment. Elle aime danser. Plaire. Sentir le rythme de la musique vibrer à travers son corps entier. Ouais, elle aime les fêtes. Elle aime juste pas sa tête et son cul et elle sait jamais comment s’habiller. Souvent elle y va un peu n’importe comment et puis, quand on lui dit quelque chose, et qu’elle sait pas quoi dire, parce que c’est un compliment à visée baisative ou une critique à visée inutile, elle emprunte aux filles vraiment jolies leur plus grand sourire (elle voudrait aussi leur emprunter leurs dents parfaites, ça sert à quoi les dents du bonheur quand on est malheureux ?) et leur confiance en elle et assurément elle répond « Je sais ».  Peut-être qu’elle devrait aller toquer à leur porte et leur dire de baisser le son en espérant qu’ils l’invitent à entrer. C’est ça son problème, elle dit jamais la vérité. Mais si elle faisait tremper son verre à pied plein de foutre et de lait dans un peu de rosé, elle pourrait sûrement s’en aller se coucher.

Il est trois heures trente et ça fait une demi-heure qu’elle se fait chier. Elle essaie d’écrire mais elle y arrive pas. Écrire un truc bien, un truc sympa, un truc qui ressemble à une bière en bord de mer, un truc qu’on lit facilement, sans prise de tête, un peu comme un coup d’un soir, on l’oublie vite mais on aurait aimé lui donner une suite, un truc qui reste par là, entre hier et demain, quelque part au creux de nos mémoires, un petit plaisir qu’on garde égoïstement.

Ce qu’elle aimerait écrire c’est sa putain de colère envers la terre entière, mais ce qui se lit, c’est plutôt les romans romantiques à l’eau de rose, du genre de ceux qui n’arrivent qu’aux autres et pas à toi, encore moins à elle d’ailleurs, sa vie elle la voit comme un roman de Camus, La chute ou La mort heureuse dans le meilleur des cas. Le problème c’est que dans son livre colérique elle saurait pas trop quoi y mettre et quelle intrigue lui donner. Il n’y aurait pas beaucoup d’action, plutôt des sensations. Mais elle a l’impression qu’aujourd’hui les gens ne ressentent plus, ils se contentent de continuer de rouler la tête enfoncée sur le guidon destination Trouville, la ville des gens qui prennent du Lexomil pour survivre à la routine. Alors forcément, ils lisent des trucs qui font rêver, pas le livre d’une fille qui se plaint de s’emmerder.

Elle trouve qu’aujourd’hui, on est tous comme des petites fourmis, et ça la fait penser aux fourmis qu’elle écrasait avec son frère dans la cour de récré, et aux lézards à qui ils coupaient la queue dans le grand jardin de papi et mamie aussi. Dans son livre, elle dirait sûrement qu’elle trouve pas sa fourmilière, et qu’elle a peur qu’on lui écrase la tête, et qu’elle a peur qu’on lui coupe la queue. Dans son livre, elle dirait que, de toute façon, elle aime ni la politique, ni la monarchie, encore moins les Hommes, et qu’elle voudrait tuer la reine des fourmis, et couper les queues des lézards un peu trop aventureux, mais elle se dit qu’elle aurait l’air un peu méchante, et personne ne veut lire le livre colérique d’une fille méchante.

Finalement, dans son livre après réflexion elle dirait que, elle veut rien faire de tout ça et qu’elle est pas méchante, elle dirait qu’elle est juste un peu triste ce soir, pas trop inspirée, c’est juste une fille qui a pris deux ou trois Lexomil et un verre de lait, ou l’inverse, avec Encore et encore de Cabrel qui boum-boum dans les murs et les oreilles, un jeudi 24 avril à trois heures du matin, en attendant le message de quelqu’un qui est sûrement déjà loin, et que, voilà, elle est un peu fatiguée, mais elle arrive pas à s’endormir, alors elle écrit des trucs bizarres, et elle fume des souvenirs en toussant des larmes.

Et puis, elle l’écrira pas ce livre de toute façon. Mais ça l’énerve, elle a envie de l’écrire. Ça l’énerve, parce qu’elle est pas une de ces peureuses qui n’ose rien et reste dans son coin, bien sagement, en attendant, elle a envie de prendre sa vie à bras le corps et d’écrire des choses belles, des choses qu’on lit avec le coeur, des choses qui nous remuent, des choses dont on se rappelle, elle a envie qu’il y ait un peu d’elle quelque part, ailleurs, dans une armoire, dans un placard, dans une fourmilière.

Il fait jour, et elle est dehors maintenant, et il fait beau. Le ciel est bleu et il est transpercé de morceaux de cotons dans lesquels elle voudrait plonger pour démaquiller son mascara qui a coulé. Elle est assise par terre, sur le carrelage marron recouvert d’un tapis de cendres, sur le balcon. Quelques voitures passent dessous sur le goudron. La fleur de lys blanche est morte, elle l’a pas arrosée. Cabrel tourne encore à côté. Elle prend son verre de lait, et avale une dernière gorgée.

Quand elle se réveille le soleil s’est couché sur la terrasse, la journée est déjà terminée. Déjà. Elle trouve que le temps passe vite. Hier c’était avril, aujourd’hui c’est juin. Il fait chaud dans la cuisine aux murs abîmés. La table y tangue toujours et elle est toujours pas débarrassée. L’évier est remplit de vaisselle empilée, mais elle va s’en occuper, ça va pas tarder, il faut juste lui laisser le temps d’émerger, c’est son anniversaire.

Elle a vingt et un an aujourd’hui, et elle pense à ses premiers souvenirs. Elle se rappelle de la maternelle. Elle se rappelle de Marseille. Du vieux-port jusqu’à l’appartement avec la moquette jaunie, et puis la grande cour où elle a enlevé les petites roues, les batailles de pied, les batailles d’eau, les leçons de piano, les cartes Pokémon et les billes, Yakari le midi et le parc après l’école, le déguisement coccinelle, la gym le mercredi, Julien son amoureux qui ne l’aimait pas (prémices d’un cycle de malchance relationnelle qui n’en finirait jamais), Monique qui venait la garder et puis quand elle a arrêté, Sophie sa meilleure amie qui ne l’a pas invitée à son anniversaire, et les garçons qui ne lui couraient pas après parce qu’elle était moins jolie que Ludmila. Elle tourne dans son lit. Elle pense au livre qu’elle veut écrire et elle se dit que, ça l’inspire, ce retour à sa source. Elle aimerait lui rendre hommage, à son enfance, ou juste l’écrire pour pouvoir déchirer le papier après, et enfin s’en détacher, la quitter.

Maintenant elle pense aux vacances d’été. Libourne lui manque et elle n’y retournera jamais. Le champs de blé, l’odeur de l’herbe fraîche le matin, le foot après manger, le ronron du tracteur, les balades en remorque, la balançoire, le soleil qui effleure timidement la peau, la journée où elle a dessiné sur tous les murs de la maison au feutre rose et celle où elle est tombée dans la piscine à vélo. Le bureau de papi, les trésors, le grenier, les fantômes, la grande armoire aux yeux l’empêchant de fermer les siens la nuit, courir après avoir éteint la lumière, Doodlejump sur le Blackberry de tatie Marie, et les flammes menaçantes dans la cheminée, et le parquet qui grince, et faire attention à ne pas réveiller les parents, et glisser en chaussettes le long du couloir, et l’air un peu froid qui fouette le visage, et le rire au bord des lèvres et le bonheur au creux de la cuillère à chaque bouchée du gâteau au chocolat de mamie qui arrose les fleurs dans l’entrée, sous le regard tendre des nuages en forme de dinosaure et du ciel couleur insouciance. Elle se retourne dans son lit. Elle attrape une cigarette qui traîne sur la table de chevet et la porte à ses lèvres en l’allumant au briquet. Enivrée, elle continue d’engloutir goulûment les souvenirs. Maintenant elle se rappelle de ses six ans. Elle se rappelle qu’elle pensait atteindre la majorité à douze et devenir une chanteuse à treize, avoir des enfants à quatorze et une maison à quinze, et puis, pour le reste on verra plus tard. Elle se rappelle de son entrée au CP. Elle se rappelle ne pas avoir d’amis et, de ces filles qui lui ont dit que pour s’intégrer, il fallait se laisser faire, mais ne pas avoir pu s’installer à leurs côtés à la cantine après, et avoir été obligée de garder le secret. Elle se force à avaler sans dégueuler.  Elle se rappelle avoir pleuré quand elle s’est faite gronder parce que ses F dépassaient des traits, et quand au cache-cache on l’avait oubliée, mais pas quand elle est tombée devant Tom, non, là, elle a gardé toutes ses larmes et sa fierté. Elle se rappelle la maîtresse aux longues tresses et le maître grand comme un hêtre. Elle se rappelle se mesurer au mètre chaque mois et puis, pas grandir, parce que, c’est pas aussi rapide Camille, disait maman, par contre, fais attention à ton poids regarde, tu dépasses la courbe, plus de chocolat pour toi, des pommes au goûter, pas de dessert, tu te sentiras plus légère. Elle se rappelle les soirées jeux de société, les départs de papa à l’étranger, et pas reconnaître sa tête quand il revenait, pourtant il arrêtait pas de lui mettre des fessées ce gros monsieur baraqué.  Elle se rappelle son entrée en sixième, toujours cet empressement, toujours toutes ces questions, toujours envie de dessiner partout et de crier au loup, toujours envie de rire et de s’enfuir, et toujours personne avec qui manger. Elle se rappelle la cinquième, sa première amie, la quatrième, la troisième. Les soirées chacun dans sa chambre devant son téléphone, les après-midi devant la télé sans se parler, et l’impression de vivre à côté de la réalité. Les séries jusqu’au bout de la nuit, et les engueulades avec maman, et les bagarres avec Nathan, et toujours personne avec qui rester à la récré. Elle se rappelle la seconde, arrêter de manger c’est plus facile pour faire attention à sa ligne, et puis après, le reste du lycée, se réveiller, longer les murs, attendre, et recommencer. Elle se souvient de tout, plus ou moins flou.  Elle se rappelle s’être demandé jusqu’à quand ça allait continuer, tout ça, ce bidule bizarre, la vie, s’être dit que ça peut pas se limiter à ça, c’est pas possible, avoir pensé «Remboursez-moi, j’ai encore la garantie ». Vingt et un an, trop jeune, et trop d’années encore à tuer, et ça lui donne le vertige. Elle se demande où il s’en est allé tout ce temps, elle a l’impression de l’avoir passé à le perdre. Elle écrit tout ça, et puis, elle se rappelle aussi qu’elle peut pas les dire ces choses là, parce que ça se fait pas, parce qu’elle a pas de quoi se plaindre, parce qu’il y a pire. Elle se rappelle que ses lèvres doivent demeurer fermées, sinon gare à elle.
C’est ce qu’on lui a toujours dit : tais-toi.

Elle se re-retourne dans son lit, écrase la cigarette, baigne dans la fumée, et peut sentir son souffle la transpercer. Il faut se lever maintenant Camille, dit maman de CM1. Se lève mais maman n’est pas là. Maman de CM1, ni aucune des autres, ni personne d’autre n’est là. Maman est loin, maman est sûrement ailleurs en train de faire griller son pain et d’y tartiner son beurre et sa confiture sortis d’un frigo décoré de magnets. Se lève et se lave et la sève chaude coule entre ses cuisses, aussi chaude que la lave, le volcan se réveille ici-bas, une petite mélancolie jaillit et glisse sur ses parois. Et se recouche. Depuis son canapé-lit elle fixe le plafond. Il y a des traces de moisissures dans le coin, à droite, au dessus de la tringle du rideau bleu de la porte-fenêtre. Il y a pas grand chose dans cet appartement rue quelque chose Rousseau. Quelques trucs, beaucoup de vide à combler. La petite fenêtre, celle qui donne sur la cour, n’a pas de rideau, parce que c’est trop compliqué de trouver un petit rideau. Elle se demande pourquoi les petits rideaux coûtent plus cher que les grands et elle se dit que c’est peut-être comme les culottes, moins il y a de tissu plus elles sont chères. Alors elle se dit qu’elle devrait vendre son cul dans un petit bout de tissu, ça lui ferait des thunes pour s’acheter des petits rideaux, mais elle se dit aussi que si elle a pas de rideaux, ça pourrait lui ramener de la clientèle, alors elle sait pas trop quoi faire, alors elle décide d’annuler. Non, elle va pas se lancer dans la prostitution, ça demande trop d’organisation.

Non Camille elle veut un Lexomil mais maman n’est pas là pour le lui glisser dans la main et pour la lui tenir, pour lui caresser les cheveux et lui dire qu’elle fait déjà de son mieux. Mais quand même fait attention à ton poids, tu as pris des fesses et des bras, et les garçons, ils aiment pas les filles comme ça, et regarde-toi, t’as vu comment t’es maquillée ? Enlève ton rouge à lèvres, t’es pas gracieuse, et trop naïve. Pauvre fille, ouvre les yeux. Elle les ferme.Se relève un peu après pour panser ses plaies, arroser les pensées, et se combler la panse. Ouvre le frigo, vide. Elle se dit qu’elle pourrait aller à l’Intermarché tout près, le vendeur y est mignon, et elle pourrait lui sucer la moelle jusqu’au trognon. Ouais, elle est vraiment affamée. Et puis séduire elle sait y faire, c’est facile. Elle a qu’à l’écouter parler d’un air faussement intéressé et surtout sans trop le couper, et puis, jouer l’impressionnée, mettre un décolleté, battre un peu des cils, dire qu’elle adore la levrette et que son passe-temps préféré c’est la branlette mais qu’elle fume pas de cigarette, c’est pas classe, pas trop se raconter, se réinventer un peu, garder un air mystérieux, et tu travailles ici depuis quand, et c’est drôle je t’ai jamais vu avant, et tu t’appelles comment, et moi j’habite à côté, et ça y est, elle est dans son pieux de crasseux. Il embrasse mal et quand elle dit que c’est son anniversaire il répond « Sympa tu vas faire quoi pour fêter ça ? » et il est 20h37 et elle a rien fait de sa journée, et ça aussi ça fait un peu mal. Elle lui demande si il revient de voyage, peut-être qu’il est en décalage. Il dit non. Elle lui demande si il a des MST, parce qu’elle a peur d’avoir des MST. Sa journée pue l’échec, alors si en plus elle pue du cul et de la chatte, elle s’en sortira pas, c’est sûr. Il dit non. Elle hésite à lui demander de l’argent pour le petit rideau, en dédommagement, parce qu’elle a même pas joui, même pas ri, même pas souri, juste perdu du temps, encore, et aussi un peu d’amour-propre, mais il lui en reste juste assez pour ne rien quémander, alors elle s’en va sans se retourner.

C’est toujours la même histoire avec les hommes, et ça l’agace et ça la lasse. Maman dans sa tête lui dit que, c’est de sa faute. Elle n’a qu’à pas être trop gentille, et trop bête. Mais elle fait pas exprès Maman, tu sais. Mais elle fait jamais exprès, et c’est toujours la faute des autres. Et se remettre en question, elle essaie, regarde-la, assise par terre en bas de son immeuble rue quelque chose Rousseau, elle peut pas entrer parce qu’elle a oublié ses clés chez le type d’Intermarché, et personne à appeler parce qu’elle se déteste déjà assez, et qu’elle veut pas entendre que c’est sa faute, qu’elle a encore merdé, nul part où rester, et pas de fric pour payer le serrurier.

Elle va se balader, c’est mieux que de mendier. Elle pense qu’elle aimerait peut-être être un peu ivre, juste un peu, juste ce qu’il faut. Sur Paris elle voit les rues défiler et la nuit aussi, et elle s’ennuie. Parfois des voitures ralentissent sur le côté mais elle va pas céder, ses jambes elle va pas les écarter, pas encore, pas ce soir. Elle s’arrête sur un banc, pour s’asseoir, panser encore un peu ses plaies et ses pensées, juste un peu, juste ce qu’il faut. En face il y a un hôpital et toutes les lumières sont allumées, et on voit à travers les vitres, elles n’ont pas de rideaux, et elle trouve ça bizarre, elle se demande si c’est pour attirer la clientèle, et puis elle se demande quel genre de clientèle on attire dans un hôpital en montrant au monde entier des gens en train de crever. Et puis, au premier étage, une petite lumière, une petite fenêtre, et une petite maman qui tient fort dans ses bras son petit bébé. Elle le berce et elle a l’air de chanter, elle a l’air épuisée, mais elle continue de le caresser sans s’arrêter. Et le bébé est apaisé, parce que sa maman lui dit que ça va aller, qu’il fait déjà de son mieux, et qu’il va voir, que la vie est belle et qu’il y a de l’espoir, que demain sera un jour meilleur, ici ou ailleurs. Et puis, la maman la regarde au loin, et puis, elle lui sourit.

Et puis, sur la façade de l’immeuble gris, juste à côté de la chambre, dans la pénombre, il y a un écriteau qu’elle lit tout haut : « Rue Camille Rousseau ».

« Modifié: 11 juillet 2023 à 13:25:59 par Camilleli »

Hors ligne Prélude

  • Tabellion
  • Messages: 59
  • Nelson and Co (Tome 1 ) : Simao
Re : Lexomil
« Réponse #1 le: 13 juillet 2023 à 10:51:31 »
Bonjour,

Voici mon petit retour.

Quelque chose qui m'a interpellé et beaucoup plu, c'est la présence de rimes. Je suppose que c'est fait exprés et je trouve ca vraiment très réussi. Cela donne un petit côté "poéme" au récit , ce qui est fort appréciable. Camille est un personnage dans lequel on peut tous et toutes se reconnaitre, le côté réaliste (s'il est voulu) marche donc très bien.

Camille semble totalement perdue, peut être même dependent à ce médicament et je trouve que c'est un point intéressant à aborder car cela permet de mieux comprendre pourquoi elle semble en souffrance , les différentes solutions qu'elle trouve. Bref, cela montre que faire face aux difficultés n'est pas toujours évident et qu'on peut parfois être maladroit dans la recherche de moyens pour essayer d'aller mieux. Les relations avec les autres personnages ne semblent pas évidentes, elle semble avoir des difficultés mais compte tenue de la situation, je trouve cela réaliste et même quelque part normal et compréhensible.

On ne sait pas forcément les raisons exactes de la colère de Camille mais ce n'est pas un point négatif pour autant car je trouve que cela permet encore mieux de se reconnaitre. Le style d'écriture est vraiment très intéressant et rythmé, c'est quelque chose d'appréciable.

Si je peux te donner des conseils pour améliorer ton récit, c'est de mieux distinguer les dialogues, les paroles. Par exemple, tu pourrais faire un retour à la ligne. Quand aux pensées, tu pourrais les mettre en italique pour qu'on les distingue mieux. Ce n'est bien entendu qu'une suggestion et tu fais comme tu l'entends. Cependant, je pense que cela permettra une lecture un peu plus fluide.

Tout ca pour te dire que j'ai beaucoup aimé ce que tu as fais et que je lirais la suite avec grand plaisir s'il y a en a une. Je n'ai pas fait de retour niveau orthographe, grammaire etc car je sais que cela peut parfois froisser certaines personnes. Mais si tu y tiens, n'hésites pas à me le faire savoir.
N'hésitez pas à aller voir ma fiction : Nelson and Co (Tome 1 )  Simao

Hors ligne Robert-Henri D

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 462
  • ... Et Pelleteur de Nuages
Re : Lexomil
« Réponse #2 le: 15 juillet 2023 à 18:33:12 »
 Bonjour Camilleli,

À mon sens, si ta nouvelle n'a pas remporté d'oscar, c'est, soit parce que tu n'es pas Houellebecq, ou bien peut-être en raison du fait qu'elle présente un certain nombre de fautes d'orthographe, de construction et autres trucs non aboutis genre :

Arrive pas à dormir.

elle sait pas vraiment où elle est

Elle serre dans ses mains la peluche que sa mère a gardé depuis tout ce temps et lui a donné avec un sourire niais

La fenêtre est ouverte, il fait froid, et à travers elle voit la cour

Dessus, le verre va et vient entre les jambes de l’assiette,

Le pied du verre plein s’enfonce dedans et piétine la queue périmée qu’elle a allègrement dévoré.



Il contient aussi des vulgarités qui peuvent ne pas plaire à tout le monde :

Lexomil sent le pistil de sa fleur de lys fanée.

On y décèle des orties, quelques crevettes et beaucoup de foutre tout noir, il est moisi.

Sa journée pue l’échec, alors si en plus elle pue du cul et de la chatte, elle s’en sortira pas, c’est sûr.


Voire les deux à la fois :

Mais si elle faisait tremper son verre à pied plein de foutre et de lait dans un peu de rosé,


Alors certes, tout ça n'est pas à jeter, sinon qu'à peut-être édulcorer ? Et puis ton écriture est vivante et ça me plait, mais je crains qu'il ne te faille néanmoins retravailler ce texte.

Hors ligne Camilleli

  • Tabellion
  • Messages: 43
Re : Lexomil
« Réponse #3 le: 16 juillet 2023 à 08:06:58 »
merci pour les retours🧡

Hors ligne Garfield1

  • Tabellion
  • Messages: 44
Re : Lexomil
« Réponse #4 le: 28 juillet 2023 à 22:58:28 »
Bonjour Camilleli
tu as une très belle écriture, à mon avis la plus belle de ce que j'ai pu voir sur le site (mais je ne le fréquente pas beaucoup). Je suis en désaccord avec le commentaire précédent, ne modifie rien de ton style, si ce n'est peut être scinder les paragraphes trop longs.
Si tu n'as pas remporté ton concours je vois plusieurs explications possibles :
- Le jury recherchait ou était sensible à un autre genre de texte (de ce point de vue les concours c'est une loterie)
- Il manque peut-être un cheminement du récit, on tourne un peu en rond.
- Le récit se termine de façon bizarre, on sent quelque chose, une joie possible mais c'est abrupt. La référence à Camille Rousseau est obscure ...
« Modifié: 28 juillet 2023 à 23:10:01 par Garfield1 »

Hors ligne BestioleDeJuin

  • Buvard
  • Messages: 2
Re : Lexomil
« Réponse #5 le: 26 août 2023 à 12:32:14 »
Bonjour !

Je suis nouvelle sur le forum et ton texte est le premier que j'ai lu. Bonne surprise car bien que peut être manquant de "rigueur", il est tout en cas intense et touchant, et je suis tout de suite rentrée dans ton monde. J'ai beaucoup aimé la partie sur les souvenirs d'enfance/adolescence qui sont très parlants et m'ont marqué, même si l'effet "liste" peut sembler dérangeant par moment, avec un effet de lourdeur. Ce texte parait être un premier jet, écrit d'une traite, un peu comme si la narratrice "vomissait" des parties d'elle qu'elle a besoin d'extérioriser (ce n'est pas forcément une mauvaise chose, ce peut être un style, il y a une idée de se débarrasser avec violence de ces choses qui la rendent malheureuse/mélancolique, ou je me trompe ?)

Si tu voulais retravailler le texte, ce n'est qu'une proposition à prendre ou à laisser :) mais je pense qu'il faut garder ces souvenirs qui semblent importants pour le personnage de l'histoire, qui se remémore ces moments, peut être même en boucle et ne lui permet pas d'avancer et de commencer sa vie future, (si j'ai bien compris, ce n'est peut être que mon interprétation ?...) mais il faudrait je pense rectifier la forme que tu utilises pour livrer ces idées au lecteur qui peut se perdre et lâcher le fil dans cet amas d'idées.

Le fait qu'il n'y ait pas de fil conducteur ou de cheminement ne semble pas gênant pour moi, car la narratrice perd pied dans sa vie à ce moment, et perd aussi la notion du temps si j'ai bien compris, donc le style d'écriture peut donc traduire ces émotions là. Je reviens sur le commentaire mesquin de Robert Henri qui me semble peu constructif (A aucun moment tu n'as voulu te comparer à Houellebecq il me semble, je trouve dommage de manquer de bienveillance dans les retours, son ton hautain m'a choquée. Bref. ) Concernant ton usage de la vulgarité, l'écriture est un moyen d'expression libre, certes il ne faut pas dépasser les bornes, mais les mots que tu as choisi ont une utilité pour exprimer la colère et l'état d'esprit de ta narratrice qui voit la vie d'une façon "crue" et "vraie", car la vie n'est pas toute rose et peut être sale et vulgaire. Cela ne m'a pas gênée et au contraire me fait mieux comprendre cette narratrice, et me permet de m'attacher au personnage qui devient grâce à son vocabulaire authentique un vrai être vivant. Ce n'est pas de la vulgarité gratuite, de mon ressenti.

En tout cas, merci d'avoir partagé ce texte très intime, et ne lâche rien, je pense que tu tiens quelque chose d'intéressant, à retravailler bien sûr.
Bon courage !

Hors ligne Robert-Henri D

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 462
  • ... Et Pelleteur de Nuages
Re : Re : Lexomil
« Réponse #6 le: 26 août 2023 à 18:51:13 »


 Je reviens sur le commentaire mesquin de Robert Henri qui me semble peu constructif (A aucun moment tu n'as voulu te comparer à Houellebecq il me semble, je trouve dommage de manquer de bienveillance dans les retours, son ton hautain m'a choquée. Bref. )

Hum, Vous vous dites " nouvelle sur le forum " or je ne saurais trop vous conseiller de relire la charte, et puis, qui sait, peut-être... d'en respecter le contenu.

Hors ligne karna1

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Re : Lexomil
« Réponse #7 le: 18 septembre 2023 à 03:09:07 »
Je suis tombé amoureux de ton texte.

Hors ligne Melomane

  • Scribe
  • Messages: 62
Re : Lexomil
« Réponse #8 le: 18 septembre 2023 à 09:52:57 »
Je suis paresseux. Il parait qu’on a plus de mérite de bouger dans ce cas-là. Je trouve que les textes courts sont déjà un peu longs. Pourtant, je viens d’oser regarder les textes demi-longs. Un bel effort. J’avais peur de m’ennuyer.
Ton texte m’a pris au cœur et à la gorge et c’était si doux et vivant que j’ai tout lu, tout bu. Ton style est direct et fluide. Ca coule sans effort.
Des fautes de grammaire ? Bien sûr, elle est trop paumée pour ne pas en faire. Elle vit en fautes de grammaire et en fautes de tout, déréglée, non réglée, dégoulinante de liberté déliquescente.
Et pourtant, elle est vraiment sympa cette fille. Hyper-attachante. On l’aime et on est prêts à prendre sa défense.
J’ai adoré
Merci

 


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