Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

22 juin 2021 à 18:05:48
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Auteur Sujet: Les maladresses  (Lu 3135 fois)

En ligne Alan Tréard

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Re : Les maladresses
« Réponse #15 le: 06 mars 2020 à 17:23:13 »
Alors,


Citer
Être dans une perpétuelle discontinuité, ça ne donne pas quelque chose d'épanouissant, c'est plutôt une faiblesse, un handicap, une incertitude ou une souffrance, ce n'est pas fertile en matière d'écriture.
? ? ?

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


J'ai le sentiment que la définition que tu as de la logique est assez limitée. Il ne s'agit pas d'imposer les règles d'autrui, mais de se donner une régularité (le temps d'un roman) dans un sens soi-même établi. La logique est celle qui permet de se distinguer d'autrui, à partir d'une même règle définir un idéal propre à l'auteur.


Le rôle de la logique, c'est la continuité, on ne parle donc pas de rythme (ce sont deux sujets distincts).

Un rythme rapide/un rythme lent, ça n'a de portée logique que dans une certaine mesure (dans le sens où la question du rythme est souvent indépendante de la logique en elle-même).

Une même logique peut être appliquée selon un rythme rapide ou un rythme lent (c'est comme la justice : la procédure peut être plus ou moins longue mais la loi appliquée restera la même).


Citer
De même que F.S Fitzgerald ( que j'ai lu il y a fort longtemps, en anglais ), il y a des tournures de phrases complètement alambiquées, parfois on se demande s'il le fait exprès. Alors, que c'est un grand écrivain.

Ça, c'est un bon exemple, je trouve, alors je vais essayer d'y réfléchir car c'est un exemple qui me parle.


La complexité et la simplicité sont effectivement des questions de style ou de narration : une histoire peut être complexe avec des rebondissements nombreux, des personnages multiples, des hypothèses contradictoires ; le style peut être complexe avec des tournures alambiquées, des phrases longues, des idées tortueuses.

Si l'on aime un style pour sa complexité, on peut lui reprocher par ailleurs sa simplicité (comme si elle devenait une maladresse). J'ai souvent entendu des lecteurs de Proust dire qu'ils s'étaient ennuyés à la lecture : le style est complexe, oui... mais l'histoire d'une simplicité affligeante !!

Je crois qu'on est un peu plus que dans une histoire de goût, lorsqu'on parle de maladresse ; même s'il y a un jugement sur la continuité qui est en question, un avis personnel ; il y a bien l'appréciation d'un des éléments du texte (un mot, un passage tout entier), qui serait en nette contradiction avec le reste du récit. Parler d'un livre maladroit (parce que tout le livre ferait le même « accident » tout du long), j'ai le sentiment que ce n'est plus la même chose que de parler d'une tournure maladroite.

Le traitement de la complexité est fréquent dans la littérature américaine, mais aussi dans tous les arts US. C'est lié à un véritable mouvement de pensée qui dénote un certain contexte, une certaine aspiration à la complexité. Cependant, je dirais, de mon point de vue, que la complexité est une thématique aussi riche que ne l'est celle de la beauté, de l'utilité ou de la vérité : on s'y engouffre et l'on cherche toujours une continuité plus aboutie, une plus grande continuité (un sentiment de beauté, d'utilité, de sophistication ou de vérité toujours plus poussé). Dans ce genre de cas, je pense bel et bien que des auteurs au style complexe sciemment étudié, sophistiqué, n'hésitent pas à mettre de côté leurs idées les plus restreintes, comme une sorte de perpétuel élargissement de leur champ d'expérimentation.

Modiano, en revanche, j'ai plutôt eu le sentiment que c'était une recherche de style liée à la beauté et à la contemplation qu'on trouvait dans sa démarche (mais je me trompe peut-être, mon jugement n'est pas idéal à ce sujet), la beauté amenant naturellement des enjeux différents, une tout autre logique, un autre idéal.

Opposer/confondre sophistication et beauté, ça ne me semble pas logique, je fais la distinction entre les deux valeurs comme si c'étaient des grilles de lecture totalement différentes.


On s'éloigne effectivement du thème de la simple maladresse qui désigne l'erreur ou l'accident, la désillusion ou l'irréalisme, l'imprudence ou l'immoral, l'inélégant ou encore l'inexpliqué (selon l'intention de l'auteur) : des valeurs instinctives qui sont facilement accessibles au jugement ou à la nuance. Je crois qu'une lectrice ou un lecteur qui trouve une continuité dans un récit (par exemple : il trouve ça beau) pourra facilement désigner des éléments du récit (un passage assez moche) qui lui a donné un sentiment de discontinuité dans le récit (argumenter/expliquer en quoi la tournure peut sembler en dehors d'une certaine logique, inharmonieuse, insatisfaisante).

En revanche, si l'auteur n'avait pas l'intention d'avoir « un beau style » et préfère la complexité ou l'utilité à la notion de beauté, je ne pense pas que l'on puisse parler de maladresse, mais plutôt d'une erreur de jugement de la part d'une lectrice ou d'un lecteur. Je pense à des auteurs comme Houellebecq qui n'hésitent pas à peindre des situations dans leur plus immonde représentation (au point parfois d'en rire), mais dont la qualité est ailleurs (dans la sophistication/complexité du genre). C'est normal, pour un auteur, d'aspirer à un style et d'être renvoyé à cette recherche plutôt qu'à celle d'un autre.


Et pour finir, et ouvrir le sujet, je dirais, en tant que lecteur, qu'avoir une juste appréciation ou une appréciation nuancée, ce n'est pas du tout la même logique. La question, donc, que je me pose à ce propos, c'est ce qui naturellement oriente ma propre lecture et me fait apprécier un certain type de maladresse plutôt que l'autre.

Peut-être que la question de nuance est sous-jacente à la question de la maladresse (est-ce que le contraste est vraiment très appuyé, maladroit ? ou au contraire légèrement nuancé ?) Ça m'oblige à voir la prouesse d'écriture d'un œil nouveau.


Et ce n'est pas désagréable. ^^
« Modifié: 06 mars 2020 à 17:27:21 par Alan Tréard »
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Hors ligne Marcel Dorcel

  • Calliopéen
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Re : Les maladresses
« Réponse #16 le: 06 mars 2020 à 19:02:42 »
Merci de ce développement détaillé et argumenté. Il me permet de mieux avancer, de goûter aux joies de ton discours et de tes connaissances. :)
Moins brutal et définitif que ton avant-dernière réponse que j'avais pris pour un peu de suffisance. Nous sommes remplis de contradictions, j'en suis l'exemple typique car je n'ai jamais voulu faire partie d'un mouvement de pensée unique, penser contre soi est nécessaire, utile, fondamental.

HS complet mais j'ai vu  l'autre fois sur un fil que tu en parlais:
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En ligne Alan Tréard

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Re : Les maladresses
« Réponse #17 le: 06 mars 2020 à 19:32:05 »
 :D De la suffisance !!


Alors c'est clair que c'est moi qui suis en tort... J'essaie de clarifier le rôle de la logique en littérature en expliquant en quoi c'est un rôle modeste, particulier, propre à chaque auteur, l'une des facettes de la lecture où se situe la liberté, l'intime conviction et la personnalité de l'auteur.

Si tu ne comprends pas le rôle de la logique, si tu ne comprends pas la place de l'éthique, de l'esthétique ou d'autres critères de lecture du pourquoi du comment, si tu ne mets pas de sens à des notions de beauté, d'utilité, de sophistication, de vérité, se sensibilité de style, si de tous ces éléments que je sollicite pendant la discussion pour dessiner les contours d'un raisonnement, tu ne retiens rien et que tu n'y vois que...

de la suffisance ! Alors c'est bel et bien que je manque de clarté, de lisibilité ou d'accessibilité.


Je dirais que ce dont tu parles le plus, c'est de la tolérance. Le sentiment que tu me donnes dans ta lecture de Sade, ou d'autres auteurs, c'est une certaine aspiration à la tolérance.

Il ne s'agit pas tellement d'ignorer les torts de chacun, tu les pointes du doigt de la façon la plus humble qui soit.


Cette tolérance, elle peut devenir un idéal, elle porte une dimension humble ou honnête, elle peut donner lieu à une logique à part entière. À ce moment, je sais quelle est ton aspiration première, et s'il peut m'arriver de te trouver trop dur ou intolérant, j'y verrai une maladresse plutôt qu'une brutalité volontaire, et je ne manquerai pas de te le faire remarquer, en toute philosophie. ^^
« Modifié: 06 mars 2020 à 19:38:33 par Alan Tréard »
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

Hors ligne True Duc

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Re : Les maladresses
« Réponse #18 le: 20 mars 2020 à 23:54:53 »
Passionnant ce sujet. Beaucoup d'informations et d'avis pertinents.
Je repasserai y prendre quelques notes.

Je cite cette phrase d'Olaf. Gras et soulignée car j'aime l'image.
Citer
En gros, c'est maladroit quand il a visé à côté de sa cible

En tant que débutant, parfois c'est la flemme de retirer les flèches du décor faute d'arme mieux aiguisée.
Et c'est là que les maladresses soulignées par les membres de ce forum nous permettent de faire l'effort.
Je dis "nous"...pfffiou...
...peu simple de rester subjectif !
« La vie c'est dur, ça fait mal dès qu'ça commence, c'est pour ça qu'on pleure tous à la naissance. »(Elie Yaffa)

Hors ligne Dot Quote

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Re : Les maladresses
« Réponse #19 le: 21 septembre 2020 à 03:47:53 »
que de synchronix pour mes cérébrations :
je tombe sur ce sujet et en suis une scrupuleuse lecture qui estompe un peu mon attention à mesure que les avis pertinents et un peu complexes me font travailler le cerveau ; en guise de passage pour notification à l'éventuelle reprise de ce sujet, que je lance peut-être ici, je vous fait part d'une vidéo toute récente qui résume en à peine de phrases, beaucoup d'aspects de la question :

https://youtu.be/QOyjimrZdEM?t=27

lorsque le ministre de la justice est défavorable à la proposition d'amendement de cette députée au propos de l'enseignement et de l'apprentissage de la langue, il le formule d'un rictus de lèvre tout-à-fait sincère je trouve, à ce propos de la justesse, qui est un débat que peu mèneront de manière aussi poussée qu'ici entre nous je crois ; et pourtant le 'mystère' reste entier, tout comme il est je pense impossible de trancher sans qu'il s'agisse d'un avis personnel

la notion de 'spectre' associée aux maladresse est tout bonnement géniale, tout comme beaucoup de réalités conceptuelles qu'on pourrait facilement trouver non binaires en se positionnant à l'un extrême ou l'autre de ce qui est convenu comme étant une zone d'acceptable qui, une fois cernée, est plus large en spatialité que la simple distinction 'correct/incorrect' (langage), ou 'valide/invalide' (logique), ou 'esthétique/inesthétique' (littéraire), etc...

.
tout en politesse mais sans autre formule intangible que celle-ci
« Modifié: 21 septembre 2020 à 04:13:16 par Dot Quote »
Яr

Hors ligne Aizenmajnag

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Re : Les maladresses
« Réponse #20 le: 26 janvier 2021 à 18:21:02 »
j'ai parfois malencontreusement écris des textes un matin.. maladroit dans l'expression j'ai essayé d'y donner un style
Amour Paix Bonheur
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Le langage, l'alphabet, la culture, beauté mystique spirituelle
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Hors ligne Scriba6

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Re : Les maladresses
« Réponse #21 le: 26 janvier 2021 à 18:34:28 »
Qu'est-ce qu'une maladresse ?

Est-ce une erreur involontaire de la part de l'auteur ? Une imprécision, une faute d'accord, un problème de cohérence du récit ? Auquel cas, il faut relever cette "erreur" et la signaler comme telle, si on est dans une démarche d'aider la personne.

Est-ce une erreur volontaire ? Auquel cas, si elle est assumée par l'auteur, se demander ce qu'elle vient faire là. Quand on ne peut pas poser la question directement, je pense qu'il faut toujours se placer dans la position d'humilité et se dire : "Qu'est-ce qu'il a voulu dire ? Est-ce qu'il y a quelque chose que je n'aurais pas compris ?". Et si on n'a pas la réponse, lui laisser le bénéfice du doute. Après, si l'on doute tout le temps. Ce n'est plus une question de "maladresse", c'est bien une question de maîtrise du récit. Et là, c'est autre chose.

En bref, dire à un auteur qu'il est maladroit, c'est se placer d'emblée en position de supériorité. Et c'est terriblement maladroit, car cela ne met pas l'autre en confiance.
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'impair,
Plus vague et plus soluble dans l'air, [...]
Et tout le reste est littérature.
                           Paul Verlaine

 


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