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Auteur Sujet: Autour du style  (Lu 1665 fois)

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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    • la galerie du petit prince
Autour du style
« le: 09 novembre 2017 à 14:05:21 »
Je me permets de créer un nouveau sujet pour parler très largement du style (les fils de Ned et d'extasy sont trop précis, bien qu'intéressants), ce que ça nous évoque, des exemples, des parallèles, et surtout des réflexions je l'espère.


Je commence par citer Ashka sur le sujet Faubourg de Jean-Claude Pirotte.


"Je mets ça ici parce qu'il y est question de style, ce n' est peut-être pas le plus judicieux comme endroit:
Quand j'étais jeune, Mozart m'énervait parce que c'était bourré de trucs de style. Ça m'agaçait profondément, je recherchais vraiment des choses plus sincères, profondes, à jouer et dans Mozart, il n'y avait que des bouts de fulgurances. Sauf dans certaines pièces comme le 2ème mouvement du 23 concerto pour piano. En même temps, j'avais du mal à jouer ce compositeur, parce que ces figures de style ne pouvaient pas être jouées légèrement, il y avait une puissance du son que l'oeuvre exigeait, je ne sais pas comment t'expliquer ça. Comme une demande d'exigence de la part du compositeur malgré tout. Et puis avec le temps, j'ai peu à peu compris qu'il fallait bien, le pauvre, qu'il gagne sa vie et que pour ça son oeuvre parle au plus grand nombre. Et j'ai compris encore autre chose. Ces fulgurances, ces moments sincères et bouleversants le sont encore plus à cause de ces formes de style. Ça fait un drôle de vertige de sombrer d'un seul coup dans ces passages. Alors voilà, c'est pauvrement exprimé parce que je ne suis que musicienne (j'essaie en tout cas) et que je n'ai pas suffisamment de bagages dans les mots pour t'exprimer très justement et au plus près ce que je ressens là-dessus.  Mais les années m'ont appris que ce n'était finalement si grave le style parce que dans ces moments là de vérité eh bien ça passait auprès du public. Et quand je joue avec mes collègues, on le ressent tous ce frisson de l’abîme où se dit tellement de choses... Ceci dit, moi j'aime bien que ces moments là durent longtemps alors c'est pour ça que ce que tu recherches me touche."

"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Nocte

  • Invité
Re : Autour du style
« Réponse #1 le: 09 novembre 2017 à 22:04:34 »
Je vais citer un passage de la préface du Pays de neige de Kawabata, c'est écrit par le traducteur.

"Car la poésie naît toujours de cet accord profond entre l'esprit d'une oeuvre (la direction de l'entreprise, si l'on veut) et le génie propre de la langue, le coeur même de la civilisation, l'âme de la race qui l'ont fait naître. Et rien ne saurait être plus japonaisement orienté, au point même que la chose resterait presque impensable dans l'une quelconque de nos langues occidentales, que l'art diaphane, le charme impalpable, l'ironie splendide de la transparence, l'architecture invisible de ce "roman" où tout se passe ailleurs, sensiblement, que dans ce qui est dit. Comme tous les poètes, M. Kawabata sait que l'essentiel est ce dont on ne parle jamais ; mais parce qu'il est Japonais, il a pu choisir comme méthode le respect absolu de cet axiome. Il ne parle jamais de ce qu'il veut dire et parvient infailliblement, par une juxtaposition de sensations, de notes piquées ou de trilles nerveux, à nous le faire sentir avec une magnificence et une ampleur dont il faut presque affirmer qu'elles ridiculisent la méthode inverse, quand elle prétend verser dans l'évidence de l'écriture et rendre par l'emphase de la description les mouvements intérieurs du drame.
Au point où nous en sommes, les uns les autres, dans nos civilisations exténuées et forcenées à la fois, jetées avec férocité dans les plus immédiates apparences, on ne peut plus guère articuler une vérité authentique sans avoir l'air de professer un paradoxe. Et c'est ainsi que le pur réalisme japonais, ce grain concret que ne quitte jamais l'esprit japonais, aboutit concrètement au plus efficace démenti du prétendu "réalisme" littéraire qui infeste nos littératures : ce réalisme n'étant, à tout prendre, qu'une abstraction de plus, un simulacre conventionnel, une optique de l'effet à produire sur le papier. Aux antipodes de la réalité charnelle ou spirituelle. Sur le papier seulement.
C'est le respect de la réalité, de la réalité réelle qui ne peut-être que cela et n'a pas d'autre monde pour l'être ; c'est le respect de la vérité dans sa vérité même, que cet effort constant de les laisser où elles sont, sans chercher par une tricherie à les faire paraître et apparaître par des mensonges concertés, sous des masques et des travestis. Le poète se contente de disposer son lecteur à les recevoir elles-mêmes, et ne requiert de lui que son honnêteté. C'est en cela qu'il anoblit l'humanité, au lieu de l'avilir. Et il n'y a que lui.
"

 


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