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Auteur Sujet: Une question quenotte  (Lu 3331 fois)

Hors ligne Gros Lo

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Une question quenotte
« le: 23 mars 2008 à 19:25:04 »

Je m'excuse d'avance pour l'effet neurono-destructeur qu'est susceptible de provoquer ce titre xD


Je crois que c'est Queneau qui avait à coeur de valoriser l'argot et le vocabulaire familier en général, parce qu'il trouvait que se creusait un trop grand fossé entre la littérature et le langage de tous les jours...
(vous me corrigez, hein)


Si on lit les fabliaux du Moyen-Âge, le côté comique repose souvent dans leur style sans détour, dans leur aisance parfois crue, dans l'oralité qui se dégage des textes.
Si on lit Voltaire, ça respire le XVIIIe siècle. Tournures, vocabulaire... on imagine très bien que, dans les salons, on parlait de la façon dont Voltaire écrit ses contes philosophiques, avec le même ton léger et soutenu à la fois.

Est-ce qu'aujourd'hui, apprendre des mots rares pour les réemployer dans des textes, jouer avec les tournures de différentes époques, ? Est-ce que le principal élément qui fait d'un auteur un novateur, ce n'est pas sa capacité à écrire quelque chose de réussi dans une langue la plus fidèle possible à l'oralité de sa génération ? Est-ce que, depuis le XIXe siècle, on n'est pas en train de se vautrer complètement, d'engager la littérature dans une impasse d'où elle ne ressortira plus ? Est-ce que le défi à la fois actuel et éternel, ce n'est pas de faire du beau avec les outils syntaxiques et lexicaux de son temps ?

Je n'ai qu'une hantise : que l'on (les lecteurs du monde entier) considère (à long terme, dans quelques siècles) la littérature française de la manière dont l'on considère aujourd'hui la littérature latine... c'est-à-dire, des tas de volumes poussiéreux, des textes que l'on peine à traduire en anglais, et qui, au final, se ressemblent beaucoup, à cause de toutes leurs tournures poussiéreuses, éculées, vieillottes, répulsives.


Voilà, c'est une question qui me torture depuis un p'tit bout de temps, sans que je sache trop comment trancher...
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Re : Une question quenotte
« Réponse #1 le: 23 mars 2008 à 22:00:39 »
Hum. Jdirais que tu te poses trop de questions. On peut faire du "bon" aussi bien en écrivant d'une manière soutenue et presque rébarbative pour les néophytes qu'avec une écriture plus accessible et plus "de notre temps". Le tout est de bien le faire ... Et de faire ce que l'on aime et ce que l'on juge judicieux. Pis ça dépend aussi des lecteurs auxquels le texte est destiné.

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Est-ce que le principal élément qui fait d'un auteur un novateur, ce n'est pas sa capacité à écrire quelque chose de réussi dans une langue la plus fidèle possible à l'oralité de sa génération ?
Tu veux écrire un texte en sms ?
Désolé, mais c'était trop tentant  ;) Ceci étant : je pense qu'un texte doit rester compréhensible tout en restant un texte littéraire. Je prends par exemple Chagrin d'école de Daniel Pennac. Les phrases ne sont pas écrites de manière abusivement soutenues, on ne doit pas relire deux voir trois fois un paragraphe pour le comprendre - la première lecture est "parfaite". Pourtant, Pennac manie de manière merveilleuse (enfin, à mon humble avis  :D) les mots qui ne correspond pas toujours à un langage parlé. Mais il est vrai que Pennac est particulier, dans le sens où il n'hésite pas, quand il le faut, à se "vulgariser" ^^

Je crois en fait qu'un texte ne doit pas (jparle en généralités, hein, le "doit" n'est pas un vrai "doit absolument" ...) tenter d'imiter la langue orale (auxquels cas les textes seraient à peu près écrits de la manière dont on écrit sur les forums) mais ne doivent pas non plus tenter de pousser l'écriture littéraire jusqu'à en faire "trop" et devenir difficilement compréhensible.
Pourtant ... c'est dur de généraliser. Jpense qu'il y a besoin de tout. Proust ne correspond pas du tout à notre langue orale, pourtant ... ce n'est pas pour cela qu'on devrait le jeter. Les salauds gentilhommes sont biens moins soutenus que d'autres livres (Jonathan Strange & Mr Norrel, par exemple, pour prendre des livres récents ^^) mais ce n'est pas non plus pour cela que ce n'est pas un livre bien écrit.

Jtrouve que ta question n'a pas de réponse. Parce que si toi, tu aimes écrire de manière "poussiéreuse, vieillotte"  (pour reprendre tes termes un peu trop péjoratifs  :P), fais le. Il y en a besoin. Ce n'est pas pour cela qu'il n'y a pas non plus besoin d'auteurs écrivant  "comme on parle". D'ailleurs, on peut parfaitement alterner les deux ^^ bien qu'il soit difficile de lier les deux dans un même texte, et même dans plusieurs textes - on s'habitue à un style d'écriture.

Sinon, si je dois donner "mon" avis : les textes "trop soutenus", ça me barbe. Marx qu'on étudie cette année, par exemple : j'aime pas du tout, du tout. Mais je n'aime aps non plus les textes "mal écrits", ie écrits ... platement, sans aucune recherche (apparente, du moins) des mots. J'ai lu quelques textes comme ça dernièrement, souvent des romans sf/fantasy récents, et ça m'a encore plus ennuyée que Marx. Les mots sont plats, sans aucun relief ... ce n'est pas une solution.
Inversement, quelques livres comme La Horde du Contrevent innovent énormément au niveau de l'écriture. Je dirais que c'est encore du tâtonnement, de l'essai imparfait et améliorable, mais ... j'aime ^^

Voila. Jsais pas du tout si ça t'as éclairé, désolée XD
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
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Re : Re : Une question quenotte
« Réponse #2 le: 28 mars 2008 à 17:50:14 »
Je vais être minimement constructive, mais dans la littérature d'aujourd'hui il y a aussi des choses au style assez direct et accessible à tous, là tout de suite j'ai une énôôrme pensée pour Anna Gavalda et tout particulièrement Ensemble, c'est tout...

c'est vrai qu'Anna Gavalda utilise un vocabulaire très simple et actuel, mais justement ce qui est extraordinaire chez elle ( mais ça se retrouve chez d'autres auteurs), c'est cette simplicité créatrice...
Elle écrit simplement et pourtant on accroche et son texte paraît bien construit, riche...
on peut faire du beau avec le langage actuel
mais c'est une question de sujet: si on écrit un roman qui se passe à l'époque actuelle, c'est mieux d'utiliser le langage employé tous les jours, pour les autres romans, parfois un style un peu plus soutenu est préférable
bref il faut de tout et c'est comme cela que la langue française ne deviendra pas un " tas de volumes poussiéreux"
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Hors ligne Kailiana

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Re : Re : Une question quenotte
« Réponse #3 le: 28 mars 2008 à 19:42:36 »
Parce que les choses innovantes comme la Horde du Contrevent, mais aussi d'autres trucs bien tordus, voire même des mouvements comme le Surréalisme, ça, je crois que ça tombe complètement dans l'effet "littérature latine" qui paraîtra complètement rebutante dans quelques décennies...
Ah, non, là je suis pas d'accord. Parce que pour moi, l'effet "littérature latine", c'est surtout s'enterrer dans le passé. Alors que le surréalisme, ou Alan Damasio ... c'est plus un mouvement vers l'avant, pour moi. Et je pense que ce n'est pas important si, dans quelques décennies, on trouve ces textes "abusivement littéraires", qu'ils en font trop, sont illisibles ... ils auront apporté quelque chose à la littérature et même à la société de manière plus générale (euh, société ... disons, à l'humanité, même si ça fait un peu grandiloquent  :D) et ce sera loin d'être perdu. Je suis d'accord avec une des idées de Loredan : il faut toujours chercher à innover, à aller de l'avant. Enfin, pas forcément toujours, mais ... la stagnation ne sert strictement à rien. Et pour ne pas stagner, il faut innover. Donc je suis pour les livres qui cherchent à faire "plus", même s'ils sont ratés ^^
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