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10 Février 2026 à 04:33:16
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Les gens modestes

Auteur Sujet: Les gens modestes  (Lu 346 fois)

Hors ligne LOF

  • Grand Encrier Cosmique
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Les gens modestes
« le: 06 Janvier 2026 à 11:29:57 »
Les gens modestes

Les gens modestes escaladent le cosmos avec des pieds sales.
Ils s’arrachent les ongles à courir la fortune.
Au bout de leurs fourchettes il y a des ruines fumantes.
Des colonnes de fourmis, au fond des tirelires,
dévorent un reste de monnaie.

Les gens modestes au bord de la route
murmurent leur angoisse.
Leurs mouvements de paupières
sont désolés de ne pas s’émerveiller.
Ils se ferment sur la route boueuse.

On les oublie les gens modestes au fond d’une citerne,
sous les feuilles mortes, dans un trou de rat, au fond de la nuit.
On entend leurs gonflements de poitrine un peu rauques.

Les gens modestes se partagent des bouts de fromage
et crachent leurs vomissures.
Quand la neige tombe au village, ils s’entourent de guenilles
et s’agenouillent devant le prêtre.
Un lac froid danse dessus les montagnes.
Un jet de locomotive siffle au bout des routes.

Les gens modestes sont toujours au bord de la chute.
Autour de leurs chevilles s’agitent les mouches,
et dans la tiédeur de la bouche,
les gens modestes ont des rires nerveux.
La souffrance les triture.
La stupeur les estourbit.
Ce sont des estropiés de l’âme les gens modestes.

On les regarde comme une tribu d’apaches, la fierté en moins.
On les espionne dans leur voiture cabossée.
On les laisse crever au bout de la route en plein soleil.

Ils ne ressuscitent jamais les gens modestes,
ils succombent avec lenteur dans les taillis piquants.
Ils n’ont plus de sang à donner, leurs veines sont bleues,
leur visage blême ballotte avec des grincements affreux.
Ils s’accroupissent sur leur détresse,
comme sur un pot au feu refroidi.
Ils n’ont pas de chambre nuptiale pour s’aimer,
seulement l’alcôve de la mort qui les attend.

Alors les gens modestes guinchent au son du pépiement des chardonnerets.
Ils dansent avec des yeux maladifs,
dans leur robe déchirée embaumée de sanglots.
Ils chantent le massacre éternel de leurs frères.
Les humains de leurs richesses les méprisent.
Entre deux chansons, ils les blessent, impassibles,
avec leur couteau à bestiaux.

Les gens modestes tremblent en silence.
Ils ont la délicatesse de subir sans user de leur fusil.
Sur de petits carnets ils expliquent leur vengeance,
pour les déserts spirituels dans d’autres sphères infinies.
Aucun pugilat sordide n’obscurcira l’azur tranquille
au-dessus des villages et leur population avide d’ivresses,
parce que les gens modestes,
ils dorment au fond des marais,
sans effusion de larmes,
seul s’évapore le cri frêle
des chats qui les accompagnent.

« Modifié: 12 Janvier 2026 à 17:07:50 par LOF »
Lof

Hors ligne Robert-Henri D

  • Palimpseste Astral
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  • Pelleteur de Nuages
Re : Les gens modestes
« Réponse #1 le: 07 Janvier 2026 à 01:35:35 »
Quand l'art des jolies phrases se prend à décrire l'horreur avec modestie.

Merci LOF pour ce texte basé sur l'écrasement des modestes gens.

Il à engendré le sentiment qui convient à une lecture très sombre qui émeut. À la condition d'y voir le courant subtil d'un style profondément viscéral et agressif .
« Les heures glissent comme des plumes légères, caressant mes souvenirs, là où chaque souffle devient un murmure d’éternité. »

Hors ligne PatKadéka

  • Calliopéen
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  • Un ciel étoilé
Re : Les gens modestes
« Réponse #2 le: 08 Janvier 2026 à 12:30:26 »
Un hommage aux gens modestes, touchant, acerbe et nostalgique.

C'est un très beau poème qui narre les faits de la descente aux enfers de ces gens sensibles.

Une modestie profonde qui met en exergue la condition humaine qui souffre.

Bravo LOF pour ce texte émouvant, qui est d'une délicatesse forte et douloureuse.

Mes mots ne sont pas à la hauteur de ton poème si fort et intense,
et ne jamais oublié ses gens qui souffre et l'hiver leur compagnon est le froid...

Bien à toi.

Pat
« Modifié: 08 Janvier 2026 à 12:34:56 par PatKadéka »
"Tout comme la poésie, la sculpture ou la peinture,
la vie a ses chefs-d’œuvre précieux.
Faites de votre vie un beau poème

Oscar Wilde

Hors ligne Pierre Lamy

  • Troubadour
  • Messages: 386
    • V'là aut'chose
Re : Les gens modestes
« Réponse #3 le: 09 Janvier 2026 à 14:57:04 »
Émouvant, imagé en outre vachement bien écrit.
Bravissimo,

Hors ligne Maxence

  • Calligraphe
  • Messages: 135
Re : Les gens modestes
« Réponse #4 le: 09 Janvier 2026 à 18:41:30 »
Votre texte frappe comme une longue plainte terrestre, une litanie de corps et d’âmes laissés sur le bas-côté du monde. Il ne décrit pas la pauvreté : il la fait respirer, boiter, suffoquer. Les images sont rudes, parfois cruelles, mais jamais décoratives ; elles portent une colère sourde, contenue, presque pudique dans son excès même. On y sent une humanité broyée qui continue pourtant de marcher, de danser, de chanter — non par naïveté, mais par instinct de survie.
Et pourtant, je bute sur le mot modestes.
Il est trop doux, trop conciliant, presque complice.
La modestie sent l’acceptation, la petitesse consentie, le retrait volontaire.
Ces êtres-là ne sont pas modestes.
Ils sont les dépossédés, les humiliés, les tenaces, les debout malgré tout,
ou mieux encore : les irréductibles.
Car il y a dans ce poème une fierté muette, une noblesse rugueuse.
Ils ne prennent pas le fusil.
Ils portent leur rage autrement.
Ils refusent le spectacle de la violence tout en en étant les victimes constantes.
Ce ne sont pas des êtres modestes :
ce sont des vivants non résignés,
des dignes sans tribune,
des riches d’endurance,
des fiers invisibles.
Et c’est précisément cette dignité silencieuse qui rend le poème si âpre, si nécessaire, si juste.



Hors ligne Murex

  • Prophète
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Re : Les gens modestes
« Réponse #5 le: 11 Janvier 2026 à 08:51:32 »

 Bonjour LOF, ce poème est une grande réussite, riche d'images fortes, inattendues et qui font mouches.
 Cependant, tout comme Maxence, je bute sur :  " les gens modestes". Les ignorés, les misérables, les exclus etc. m'aurait semblé préférable. Modeste ne dit pas assez.
  Deux petites remarques : "On les espionne" sans "s"
  "parce que les gens modestes dorment au fond des marais " Le "il" me semble maladroit.

  Bien à toi, au plaisir de te lire à nouveau.
 

Hors ligne Robert-Henri D

  • Palimpseste Astral
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  • Pelleteur de Nuages
Re : Les gens modestes
« Réponse #6 le: 11 Janvier 2026 à 11:15:11 »
Re...

Citer
Ils s’accroupissent sur leur détresse,
comme sur un pot au feu refroidi.

Cette figure est une comparaison "viscérale" dégradante. Elle retire toute noblesse à la souffrance pour la rendre vulgaire et pesante, ce qui renforce l'aspect "malsain" que justement, l'auteur(e) souhaite obtenir en s'inspirant, entres autres, d'un certain Jules Vallès ?
« Les heures glissent comme des plumes légères, caressant mes souvenirs, là où chaque souffle devient un murmure d’éternité. »

Hors ligne LOF

  • Grand Encrier Cosmique
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  • Frappé par le vent
Re : Les gens modestes
« Réponse #7 le: 12 Janvier 2026 à 17:04:48 »
 Merci vivement pour tous vos commentaires.
 J'ai choisi "gens modestes" , parce que justement l'expression minore, elle est en deçà de la vérité,
 elle s'adresse largement à beaucoup de gens, et cet écart entre cette appellation et le descriptif dont je l' affuble
 pose ainsi question.  La misère est innommable, toujours en dessous de la réalité.
 Dans les pauvres gens il y a des gens modestes.   
« Modifié: 12 Janvier 2026 à 17:08:57 par LOF »
Lof

Hors ligne Robert-Henri D

  • Palimpseste Astral
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  • Pelleteur de Nuages
Re : Re : Les gens modestes
« Réponse #8 le: 13 Janvier 2026 à 00:08:19 »
La misère est innommable, toujours en dessous de la réalité.

Hélas ! cette phrase peut paraitre anodine, or il n'en est rien ! Elle signe au contraire une image empreinte d'une grande profondeur mélancolique. Elle nous invite à une réflexion sur les limites du langage sensé la décrire et décrit la perception que nous avons lorsque nous nous trouvons face à la souffrance humaine. Elle suggère que la misère n'est pas seulement un manque de ressources, mais une situation qui échappe à toute tentative de définition.
« Les heures glissent comme des plumes légères, caressant mes souvenirs, là où chaque souffle devient un murmure d’éternité. »

 


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