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04 décembre 2022 à 22:32:39
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Auteur Sujet: Clac !  (Lu 230 fois)

Hors ligne Arsinor

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Clac !
« le: 16 juillet 2022 à 13:13:48 »
Clac ! Mais qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi je suis dans l’eau ? Est-ce que je suis devenu fou ? Tant pis ! Debout ! Flac, flac, flac !
Quelle nuit ! Il fait si froid ! Il fait si noir ! Et quelle pluie ! Qu’est-ce que je fais dehors ? Il faut rentrer ! Par où passer ? Je ne reconnais rien ! Flac ! Ce sont les pas dans l’eau ! Clic ! Ce sont les dents qui claquent ! Ding ! C’est le clocher qui sonne ! C’est le vent qui l’agite ! Frr ! Comme la cloche doit être froide ! Aïe ! Un couteau dans la rue ! Ding ! Son étincelle m’a ébloui ! Il fait si noir ! Et j’ai si peur, que je l’ai ramassé ! Ding ! J’ai eu si peur, si peur ! Hop ! Que je l’ai jeté par terre ! Clic ! Allez ! Flac, flac, flac !
La Lune éclaire la rue ! Elle est si blanche et si glacée ! Les rues sont silencieuses et vides ! Tout est si vide ! Pas une auto ! Pas un passant ! Frr ! Que le vent ! Et les volets qui claquent au vent ! Clic ! Et un nuage qui va passer ! Ce qu’il fait froid ! Il faut marcher ! Je ne sais pas où je vais ! Qui viendra me chercher ? J’ai besoin de ce couteau ! On ne sait jamais ! Quelqu’un pourrait le ramasser ! Et s’en servir ! Je retourne sur mes pas ! Flac, flac, flac ! Des fenêtres allumées ! Personne ! Rien que la pluie sur la vitre ! Tic, tic ! Les petites rigoles qui descendent ! Elles touchent les petits lacs, qui s’alourdissent, se vident et hop, la pluie frappe la vitre et il faut tout recommencer ! La pluie me descend dans les yeux ! Frr ! Je peux crisper les paupières ! Je peux marcher les yeux fermés ! Qu’est-ce que ça change ? De toute façon on voit plus rien ! Les réverbères sont tous éteints ! Il est si tard ! Qui éclairera ma route ?
La Lune a disparu ! Tic ! Il n’y a plus rien ! Frr ! Rien que la pluie dans les flaques ! Clic ! Et le vent ! Clic ! Et le vide ! Et le froid ! Et le nuage qui cache la Lune ! Plus que le bruit du fleuve au loin ! Flac, flac, flac ! Comme l’eau du fleuve doit être froide ! Ah ! J’ai si peur de tomber dans l’eau ! Pourquoi ? À quoi mène une rue ? Flac, flac, flac !
Quelle nuit ! Clic ! Mes dents qui claquent ! J’ai peur ou froid ? Il pleut tout le temps, ici ? Clic, clic ! clic, clic ! Je veux rentrer chez moi ! Pourquoi ? Je ne vois rien ! Clic, clic ! L’eau s’est infiltrée partout ! Je vais ouvrir les yeux, tant pis ! J’ouvre les yeux ! Ai-je ouvert les yeux ? Je n’en suis pas sûr ? Il n’y a pas de différence ? La Lune est peut-être revenue ! Dieux du ciel ! Et si j’étais aveugle ? Je ne me souviens pas ! Je ne sais pas ce qui s’est passé ! Je ne pense pas à me rappeler quoi que ce soit ! Il n’y a plus de rue, plus de cloche, plus de vitre, plus d’ampoule éteinte ! Il n’y a plus rien ! Que le sol sur quoi je tiens ! Peut-être que je me trouve déjà dans ma chambre, cherchant l’interrupteur, tout simplement ! Qui me retrouvera ? Je ne sais pas où je suis ! Flac, flac, flac ! Il y a encore les flaques ! Tendre l’oreille puisque je ne vois rien ! J’écoute ! Je n’entends rien ! Hé oh ! Quelqu’un appelle au loin ! Non ! J’invente ! Personne ne m’a trouvé !
Flac flac ! Flac flac ! Qui me suit ? Un remords ? Je me retourne. Pas de remords. Je n’ai rien fait. Rien fait de sûr dans cette vie. Je ne me souviens pas. Plus de travail, je crois. Pas d’amis. Une maison, autrefois. Seul, longtemps. Où ? Quand ? Personne ne me connaît. J’aurais pu tenter d’engager la conversation une infinité de fois. Avec les gens, comme on dit. Je ne sais pas le faire. On ne m’a pas appris. Je ne connais personne. C’est ma faute. Tout a toujours été ma faute. Je l’ai toujours su. Quand je m’en suis aperçu, j’ai oublié le reste. J’ai oublié la vérité. La vérité est une fillette abandonnée. Chacun passe son chemin, surveillé par tout le monde. Il faut filer droit, suivre le rythme. Elle croit qu’il suffit de pleurer. Elle ne sait rien du monde, elle ne connaît que la vérité. Je l’appelle. Pourquoi répondrait-elle ? Elle ne me connaît pas. Je crie. Il n’y a personne. Je pourrais mourir, personne ne s’en apercevrait. Pourquoi viendrait-on me chercher ? On ne peut pas me retrouver. Je ne laisse pas de traces. Que des pas dans les flaques. Comme si j’étais mort. Pourquoi pas ? Depuis le début. Je ne sais pas si je me suis relevé, tout à l’heure. J’arrête de marcher. Je reste droit, sous la pluie, dans le noir. Pourquoi ? Tic, tic ! J’entends un bruit. Frr ! Ce n’est personne.
Hé oh ! On m’appelle ! On ne m’appelle pas ! On parle ! Flac flac ! Quelqu’un vient ! Flac flac ! S’avance vers moi ! Aidez-moi ! Où sommes-nous ? Il prononce des mots dans une langue inconnue ! Qu’est-ce que je peux faire ? Je recule ! Flac, Flac, Flac ! Il n’est plus là ! Il est parti ! Flac flac ! Non ! Il est là ! Il parle ! Je n’y comprends rien ! Je n’entends plus rien ! Sa voix se mêle au vent ! La Lune a éclairé la rue ! C’est une impasse ! Cette fois j’ai peur ! Je n’ai pas froid ! Ce n’est peut-être pas si grave ! Qu’est-ce qu’il veut, à me faire reculer indéfiniment ? Flac flac ! Flac, flac, flac ! J’écarte sa main ! Plusieurs fois ! Flac flac ! Flac, flac, flac ! Je suis plaqué au mur ! Tout est éclairé ! La Lune, les rues, les murs, les flaques ! Je vois tout ! Je ne le vois pas ! Pars ! Je ne sais pas ce qu’il me veut, mais moi je deviens fou ! Il me touche ! Il veut m’étrangler ! Je ne peux plus bouger ! Stop ! Stop ! Au nom de tout ! Ne faites pas ça ! Qu’est-ce qu’il a dit ? Je n’entends rien ! Je n’en peux plus ! Il brandit un couteau ! C’est le Diable ! Il m’a fait venir là, en attente ! Il me prend pour m’emporter ! Avec plusieurs mains ! Je ne peux pas ! Je ne peux pas le supporter ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Tiens !
Tiens ! Démon ! C’est moi qui frappe ! Je l’ai raté ! Je frappe encore ! Il s’enfuit ! Je suis plus fort que lui ! Boum ! À nous deux ! Tac ! Flac flac ! Flac, flac, flac ! Boum ! Flac flac ! Flac, flac, flac ! Tac ! Je cours, il fuit, je le poursuis, toute la nuit, moi, je pourrais courir toute la nuit ! Boum ! Plus je cours, plus je suis en forme ! Tac ! Je respire ! Je m’amuse !...
Il s’est arrêté ! Boum ! Il se retourne ! Tac ! Qui est épuisé ? Pas moi ! Boum ! Ha ! Ha ! Il me fait face, tout blême ! Tac ! J’en tue deux comme lui sans m’en apercevoir ! Boum ! D’ailleurs ils sont plusieurs ! Tac ! Il y a une foule cachée tout autour ! Boum ! Et nous sommes les gladiateurs ! Tac ! Je connais cette foule ! Boum ! Tac ! Je la vois derrière le hublot ! Boum ! Il a sorti son couteau ! Tac ! Le pauvre ! Boum ! T’as mal choisi ton homme ! Tac ! C’est toi qui vas mourir ! Fallait pas faire ton malin ! Je m’approche ! Nez à nez ! Il palpite de peur ! Boumtac ! Boumtac ! Boumtac !
C’est fou ! Il en est blanc ! Je le terrorise ! Moi qui voulais une bonne bagarre ! Ça ne va pas durer longtemps ! Avec mon accès de puissance, c’est dommage de ne pas en profiter ! Oh mes aïeux ! Je viens d’avoir un truc ! J’en ai eu un feu d’artifice dans la tête ! J’en ai le cœur qui fait le fou ! C’est immoral, mais je sens que c’est le moment de s’offrir ça ! Si j’en ramenais une vingtaine comme lui, ici ? Je pourrais en tuer plusieurs avec un seul coup de poing ! Je vais l’immobiliser pour le réveiller plus tard ! Il faut faire attention à ne pas le tuer tout de suite et j’irai en chercher d’autres après ! Je vais le regarder jusqu’à ce qu’il ait une demi-attaque, juste de perte de connaissance ! Je le sens à point ! Je vais le fixer du regard pour le fasciner ! Quand il sera au bord du coma, je ferai un petit geste de la main comme pour me recoiffer et il aura une crise cardiaque ! J’en bave ! J’en ai le tournis ! J’en pleure de plaisir ! Ce sera une grande scène d’hallucination collective !
Qui frappe ? Qui a crié ? Je ne sais pas qui a crié mais je sais qui a porté le coup. D’une main je tiens son bras. Le bras qui tient l’arme en métal. Il me regarde. Je le regarde. Je le lâche. L’un est par terre, l’autre est debout. J’espère que c’est moi.
Boum… éternelle pluie… Boum… Voir, ne rien voir, nuit, Lune, qu’importe… Je ne regarde pas. Boum… Tu peux dire ce que tu me voulais dans l’impasse tout à l’heure, maintenant, je lui dis, doucement. Mais il ne répond pas. Boum… Peut-être que je n’ai pas parlé. Je l’ai seulement pensé. J’émets un son, rien ne sort. Boum… J’entends la pluie dans l’eau, le fleuve sous le vent, le son secret de la cloche sous la pluie peut-être, le tic-tac de l’horloge non loin de là, mes dents qui ne claquent plus de froid, des volets qui claquent encore au vent, très loin. J’entends tout. Je vois à travers tout. Tout est devenu transparent. Je vois derrière les murs, la rue, les maisons, les voitures. Clac !
Tac ou clac ? Qui est mort ? Lui ? Personne ? Tous les deux ? Je le regarde. C’est lui qui est mort. Je ne le connais pas. Tout est fini. Fini. Fini. Fini. Je l’ai posé par terre. Je suis resté debout. Je l’ai regardé. Sous la pluie, longtemps. J’ai tant rêvé. J’ai tant voulu. J’aurais tellement voulu savoir ce qu’il voulait. Ce qu’il m’eût raconté. Je voudrais tant qu’il soit debout, qu’il me parle de lui. Je n’ai fait que le frapper. Je n’ai pas fait d’effort. Je ne peux pas nier. Je l’ai chassé, acculé, achevé.
Je l’ai laissé tout seul. Je suis parti sans bruit. J’ai marché, dans les rues. Je me suis arrêté, non loin de quelque chose. Je pense encore à lui. Il ne me quitte plus. C’est moi qui l’ai frappé. Je n’ai pas frappé fort. Je n’ai pas mal au bras. C’est lui qui a tout pris. C’est moi qui ai fermé ses yeux. Non. Ce n’est pas possible. Il est encore vivant. Je n’ai fait que le frapper. Ce n’est pas fini. Je dois lui venir en aide. Demain, il sera trop tard. Je reviens sur mes pas. Je n’étais pas loin. Je suis revenu. Il n’est pas là. Ce n’est pas là. C’est là-bas. J’y vais. J’y suis. Ça s’est passé ici. Il y a le couteau. Je le reconnais. Je le reprends. On pourrait s’en servir.
J’entends des pas. Je l’aperçois. Je l’appelle. Je ne connais pas son nom. C’est lui, probablement. Mon appel me revient aux oreilles. Je m’approche, il s’éloigne. C’est lui. C’est toi. Je ne t’ai pas tué. Je t’ai sonné. Je me suis défendu. C’est toi qui as essayé de m’attaquer avec le couteau. J’ai seulement arrêté ton bras et je t’ai assommé, par réflexe. Ensuite, je suis parti. Tu t’es relevé, et tu as remarché. Viens, puisque tu marches.
Il marche dans la même direction. Il ne s’arrête pas. Je comprends bien pourquoi il ne veut pas me voir. Je ne sais pas comment lui dire. Je n’ai rien à dire. Je veux lui poser une question. C’est moi qui viens vers lui. Je voudrais juste savoir ce qu’il voulait. C’est lui qui m’a cherché. Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai été expéditif. Je m’excuse d’avoir été expéditif. Je suis si seul. Je n’ai pas l’habitude. Je m’excuse, si c’était possible. Il ne répond pas. Il a peur. Je ne te veux pas de mal. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne veux que ton bien. C’est vrai ! Je m’avance, il recule. Je ne veux pas lui faire peur. Mais tu dois me comprendre. Je ne dois pas aller trop loin. Il ne veut pas me regarder. Il se détourne, crispe les yeux. Il trébuche, je le retiens. Je vais trop loin, sûrement. Tant pis. Je dois savoir ce qu’il voulait. J’ai commencé. J’avance, encore. Il ne recule plus. Il y a un mur. Il est dos à ce mur. Je peux le toucher. Je suis si heureux qu’il soit là. Je mets ma main sur sa gorge. Il écarte ma main. Mais je veux que son cœur batte. Mais il bat bien trop fort. Il faut qu’il se calme. Il veut m’en empêcher. Je le tiens. J’ai besoin d’entendre son cœur. J’ai si peur qu’il soit mort. Je suis si heureux qu’il soit vivant. Je le lui dis, je le lui crie. Regarde mon couteau. Je vais le jeter. Il ne se débat plus. Il a compris. Je vais le serrer dans mes bras. Soudain, très fort. Et nous serons des frères.
Il frappe ! Il ne m’a pas raté. Je m’excuse, je suis allé trop loin. C’est ma faute. Je vais partir. Il frappe encore. Je l’ai mérité, mais je m’en vais. Il m’a fait mal. Je ne veux pas me défendre. Il me suit. Je m’arrête. Il est encore là. Il frappe, horriblement. Je me sauve. Il est devenu fou. Je n’aurais pas dû le forcer. Peut-être est-ce quelqu’un d’autre. Je me suis trompé, peut-être. Je cours, éperdument. Il me poursuit. Je cours plus vite. Je n’en peux plus. Je cours encore, toute la nuit.
J’ai trop couru. Je suis à bout. Je me suis arrêté. On ne s’en sortira jamais, sinon. Je fais face. J’essaie de parler. Je n’ai plus de souffle. Je crains le pire. Je sors le couteau. Il vient vers moi. Tout près, les yeux dans les yeux. Je le regarde. Mais plus je le regarde, plus c’est lui qui me regarde, sûr de la guerre, sûr du vainqueur. Il me prend par le col. C’est fou, ça. C’est moi qui suis armé. Je lui dis que je ne veux pas lui faire de mal. Je lui montre mon couteau. J’espère ainsi rassurer tout le monde. Je vais mourir de peur. Je n’arrive pas à le quitter des yeux. Je vais finir par tomber, si ça continue. Qu’est-ce qu’il attend ? Je n’en peux plus. J’ai du mal à respirer. Ça va être l’asphyxie. J’arrive à prendre un grand coup d’air. Je suffoque. C’est tout ce que je suis arrivé à faire à part le regarder. Tant pis pour tout, je respire beaucoup soudain, et lui plante le couteau en hurlant.
Ma main a été arrêtée. Il la tient immobile. Il n’a pas bronché. Il me regarde, surprenant. J’essaie de déplacer ses doigts. Sa main me jette à terre. C’est moi qui suis par terre, dans une flaque. Je ne peux plus bouger. Il m’a renversé. Je le regarde. Je ne connais que lui. Il s’en va. Je ne sens plus mon cœur. Ce n’est pas lui. Je ne sais plus. Peut-être que c’est moi. Peut-être qu’il va revenir pour m’achever, avec mon propre couteau. Ce n’est pas nécessaire. Il suffit d’attendre. Le coup a été fatal. Je le sens. Mon esprit part vers l’extérieur comme de la fumée. Je ne ressens déjà plus rien. Le monde tourne autour de moi. Je vois à travers les murs. Je vois tout. Tout est fini pour moi. Cette fois, tout est fini. J’entends un bruit horrible.

L’histoire recommence au début.

 


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