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04 décembre 2022 à 22:10:24
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Auteur Sujet: Jeune dame Camille, doux rendez-vous  (Lu 337 fois)

Hors ligne Vilmon

  • Aède
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Jeune dame Camille, doux rendez-vous
« le: 12 juillet 2022 à 03:35:17 »
L’insurrection étouffée et son commanditaire trouvé, le royaume de Luzzio retrouve sa tranquillité habituelle.  Le jeune sir Volière est décoré et grandement remercié par le roi pour avoir résolu le mystère et identifié la source de l’insurrection.  Les insurgés planifiaient de renverser ses majestés de Luzzio et d’empêcher la naissance de l’héritier du trône.  Le lendemain du banquet, en l’honneur des services rendus par le jeune sir Volière, Camille accepte son invitation de l’accompagner pour une promenade à cheval dans les boisées près du château.  Pour cette occasion, la reine, sa complice des affaires du cœur, lui offre une robe plus simple, à la fois élégante et pratique. 

Camille adore la jolie robe jaune à rubans bleus que Catherine, l’une des femmes d’honneur, lui avait offerte, mais elle est peu pratique et trop délicate pour une telle occasion.  De plus, quelqu’un doit l’assister pour la lui passer et lacer les cordons au dos, une affaire de jalousie chez les femmes d’honneur de la reine qui, chaque fois, se chamaillent à savoir qui serait celle à l’habiller.  Elle ne veut pas porter sa robe grise de l’ordre du bâton, ordre et justice, pour cette promenade avec le jeune sir Volière.  Elle est très pratique, bien découpée et confortable, mais elle est très austère et sévère, alors qu’elle aimerait bien séduire le jeune sir.  Cette nouvelle robe d’un bleu clair d’un ciel d’été, avec ses cordons blancs sur les flancs, lui permet de l’enfiler et l’ajuster elle-même.  Tout comme la robe de bal jaune, celle-ci lui dégage tout le cou et le haut des épaules, une allure qu’elle a appris à apprécier.  Plutôt habituée à sa robe grise et sévère de son ordre de l’Église des Illuminés, avec son col montant jusqu’au cou et qu’elle a portée durant tout son noviciat, elle reste toutefois un peu timide à se dévoiler ainsi en public.  C’est pourquoi elle a choisi ce matin de porter une grande écharpe blanche déposée sur ses épaules, laissant le devant de son cou dégagé et dont les deux extrémités tombant jusqu’à sa taille volent dans la brise.

Catherine insiste pour l’accompagner jusqu’au point du rendez-vous dans la cour intérieure du château.  Cette dernière, toujours éperdue d’amour pour Camille pour lui avoir sauvé la vie, lui tient tendrement le bras pour la guider.  Sachant maintenant que Camille préfère les hommes, elle a calmé ses ardeurs en se réconciliant d’être sa plus proche amie du château, insistant souvent à l’accompagner lors de ses promenades au jardin. 

– Que c’est romantique cette promenade à cheval, lui confie Camille dans un chuchotement.  C’est comme dans mes romans de chevalier, ajoute-t-elle en tournant son ombrelle appuyée à son épaule.
– J’espère que ce jeune sir sera respectueux et n’abusera pas de ta générosité ni de ta personne, lui répond Catherine en fronçant les sourcils, lui serrant le bras qu’elle enlace pour la guider.
– Cesse donc de jouer les jalouses, lui réplique-t-elle en gloussant.  C’est toi qui as organisé ce rendez-vous doux et qui veux me jeter dans ses bras.
– Et voilà que je passe de complice à entremetteuse, s’offusque-t-elle en riant.  C’est toi qui as insisté pour que je l’invite en ton nom.  Oh, s’exclame-t-elle dans un soupir en s’arrêtant.
– Tu l’aperçois ? lui demande Camille avec soucis, voyant une silhouette colorée plus loin, au-devant d’elles.  Allons, décris-le-moi, tu sais bien que mes yeux ne voient pas ces détails, insiste-t-elle.
– Quelle élégance, lui réplique l’autre en reprenant la marche.  Il est tout à fait charmant.  Il est habillé d’un ensemble noir de l’Église des Illuminés, mais sertit de jolies bandes argentées aux coutures et aux encolures.   Il porte une courte cape drapée sur une épaule, fixé par une large broche d’argent, lui donnant un air courtois et distingué.  Le fourreau et le pommeau de son épée brillent de mille éclats au soleil, à en croire qu’il les a polis toute la nuit pour t’éblouir.
– Ses couleurs sont si belles, lui chuchote Camille à quelques pas du jeune homme.

Le jeune sir Volière les accueille avec ravissement, les saluant d’une grande révérence.  Catherine et Camille lui répondent par une légère génuflexion.

– Quelle matinée splendide, leur déclare Volière nerveusement.  Et vous êtes toutes deux des astres resplendissants, rivalisant avec le soleil, ajoute-t-il.
– Trop aimable, jeune sir, glousse Catherine, une main à sa bouche.
– Et vous, vous brillez de mille flammes colorées, lui confie Camille en rougissant.
– Je vous remercie, réplique-t-il en inclinant la tête.  Les chevaux sont prêts, ils n’attendent plus que nous, lui déclare-t-il en l’invitant de la main.

Camille, ombrelle sur son épaule, lui prend la main et se laisse conduire vers les chevaux dont elle distingue les formes colorées un peu plus loin.  Catherine les regarde s’éloigner, les mains sur le cœur.  Elle remarque le fourreau de jeune sir qui lui frôle les jambes et elle espère que celui-ci ne le fera trébucher à nouveau.  Le jeune homme est élégant certes, mais il est d’une telle maladresse avec cette lame.  Avec un soupir du cœur, elle observe les deux jeunes personnes monter à cheval et quitter la cour du château par la porte du pont-levis.

***

La promenade se déroule plutôt en silence à longer les eaux calmes des douves, à passer sous les branches des saules pleureurs, à suivre la trace longeant les champs et le sentier parcourant les petits bois.  Un silence confortable que tous deux semblent apprécier, parfois interrompu par quelques commentaires à propos des beautés qui les entourent.

– Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, jeune sir, lui déclare Camille, après quelque temps.  Je préfère m’en tenir au petit trot, je ne suis pas une très bonne cavalière.
– Ne vous en faites pas, jeune dame, le rassure-t-il.  Je suis moi-même un cavalier peu habile, ajoute-t-il, d’une voix incertaine, tentant de reprendre position sur sa selle.
– Nous devons paraître bien rigolos, lui confie-t-elle en riant.  Moi qui n’y vois rien, sauf les couleurs du vivant, et vous, sourd, précise-t-elle en se tournant vers lui pour qu’il puisse lire ses lèvres.
– Je suis navré de vous embarrasser ainsi, je n’ai pourtant senti aucune fourberie en ces chevaux.
– Ce ne sont pas les chevaux le problème, c’est nous, affirme-t-elle en tirant la bride pour mettre son cheval à l’arrêt.  Nous sommes de piètres cavaliers.  Je serais plutôt d’accord de terminer la promenade à pied, si vous le voulez.
– La pommade en bien si je la vole ? lui répète-t-il, fronçant les sourcils.
– De retourner au château en marchant, explique-t-elle par geste, en langage des signes.
– Oui, oui, certainement, si vous préférez, lui confirme-t-il, descendant de cheval avant son arrêt complet.  Quel idiot je fais, s’écrit-il en s’accrochant de justesse à la selle.
– Voilà, voilà, je l’ai, dit Camille, la main sur le harnais du cheval de Volière pour l’immobiliser.
– Laissez-moi vous aider à mon tour, lui offre-t-il en s’approchant, en lui tendant la main.

Camille la lui prend, passe la jambe et descend de cheval.  Volière recule d'un pas vers l'arrière, s’emmêle dans le fourreau de son épée, perd pied et tire Camille vers lui dans sa chute.  Le jeune homme s'adosse à son cheval.  Camille se heurte à lui et se retrouve dans ses bras alors qu’il tente de la retenir.

– Êtes-vous blessée ? lui demande-t-il.
– Non, tout va bien, répond-elle.  Vous pouvez me laisser, ajoute-t-elle après quelques secondes, enlacée dans ses bras.
– Oh !  Désolé, je suis vraiment navré, je ne voulais pas en profiter, fond-il en excuse, la laissant et l’aidant à se remettre sur pied.
– Ce n’est rien, voyons, c’est un accident, affirme-t-elle en replaçant sa robe, toute rougissante.  Il est temps de se remettre en route.

Ils prennent chacun la bride de leur cheval et passent au-devant.  Ils marchent ainsi pendant plusieurs minutes, côte à côte, en réflexion.

– Je me dis qu’il est désolant que la pierre qui est tombée sur la tête du messager l’ait tué, lui confie Volière.
– Mes pensées suivent un peu le même chemin, gesticule Camille d’une main.  Celui à la source de la rébellion, l'ancien secrétaire du chambellan, ne sait rien, à part son nom d'emprunt.  Les insurgés qui se sont rendus ne connaissent aucun détail.  L'énigme reste entière à savoir à qui était précisément destiné ce message de trahison.
– Je n’ai senti aucun parfum de fourberie depuis, mais je ne suis pas rassuré.
– Votre don semble confirmer que tout est terminé.
– Je ne crois pas pour autant que ses majestés soient à l’abri d’une autre tentative, s’inquiète Volière.
– Je partage vos soucis.

Après quelques pas en silence, Camille s’approche de sa monture, se saisit de son ombrelle rangée près de la selle, l’ouvre et la porte à son épaule.  Volière s’emmêle les doigts à sa ceinture en tentant de replacer correctement le fourreau afin d’éviter que celui-ci ne s’interpose entre ses jambes.

– Peut-être que cette épée vous dit qu’il ne vous sied pas d’en porter une, affirme Camille en le regardant, tournant lentement son ombrelle.
– Pardon, jeune dame ?  Je crois avoir mal compris ce que vous disiez à propos de mon épée, lui dit-il en s’approchant d’elle en observant ses lèvres pour y lire son discours.
– Votre épée, reprend Camille en langage gestuel.  Si elle vous cause tant d’embarras, c’est peut-être parce qu’il n’est pas voulu que vous en portiez une.
– Vous croyez ? lui réplique-t-il, songeur.

Arrivés à une clairière, ils laissent la bride de leurs chevaux et font quelques pas ensemble pendant que les montures fouillent les sous-bois à la recherche de tendres pousses.

– Vous êtes serviteur de l’Église des Illuminés, comme moi, poursuit-elle en geste.  Peut-être que notre dieu a d’autres projets pour vous que la maîtrise de cette lame.
– Intéressante réflexion, réplique-t-il en fronçant les sourcils, se passant la main au menton.  Il est vrai que je la porte plus par décorum que pour me défendre.
– Et dans ce dernier cas, de façon bien maladroite et dangereuse, ajoute Camille, avec un rire timide.
– Vous avez raison sur ce point, soupire-t-il.  Cette épée fait de moi un bouffon, poursuit-il avec un rire embarrassé.
– Allons, je ne dis pas ça pour vous insulter, reprends Camille en lui touchant tendrement le bras.  Je vous trouve si adroit avec votre don de sentir les escroqueries et ça me déchire le cœur de vous voir ainsi vous débattre afin de manipuler cette lame.  Je crois que vous seriez une si belle personne respectée et confiante si elle n’était pas à votre ceinture.
– Je ne serais pas diminué à vos yeux si je laissais cette épée ? lui demande-t-il en rougissant.
– Oh, non, s’exclame-t-elle de vive voix.  Vous êtes si élégant et charmant, se surprend-elle d’avouer, rougissant à son tour.
– Vous êtes si jolie lorsque vos joues s’empourprent, lui déclare-t-il d’un souffle.
– Merci, réplique-t-elle timidement, la tête détournée en biais vers le sol.
– Et votre robe bleue vous sied si bien, poursuit-il, encouragé.  On dirait un morceau de ciel tombé sur terre pour nous éblouir et nous réjouir afin de nous rappeler qu’il existe un paradis là-haut.  Vous irradiez d’un tel enthousiasme que votre humeur enchante les cœurs les plus sombres.

Camille ne sait que répondre à tous ces compliments.  Elle tente rapidement un regard vers le jeune homme en arborant un grand sourire.  Sa silhouette est couverte de couleurs merveilleuses.  Celles-ci s’embrasent d’une lueur supplémentaire lorsqu’elle rit de joie de voir toutes ces belles teintes.  Ils s’arrêtent et le silence s’étire pendant qu’ils se regardent l’un et l’autre.  Ne pouvant plus soutenir tout cet élan d’émotion, Camille se détourne et s’éloigne lentement, son cœur en chamade, craignant de perdre le contrôle.  Elle s’approche d’un grand chêne et en fait le tour, regardant la voûte des branches en laissant glisser une main sur le tronc.

– Qu’est-ce vos yeux voient dans cet arbre ? lui demande Volière, un peu déçu.
– Depuis mon ascension, j’ai perdu la vue, comme vous savez, lui explique-t-elle en admirant les feuilles.  Mon don me permet de voir toutes les couleurs de la vie.  Les choses inanimées ne sont qu’ombres et obscurité.  Mais pour la vie, comme cet arbre, je perçois différentes nuances de couleurs, de flammes, de lueurs ou d’étincelles.  Ces teintes sont différentes d’un être vivant à un autre et varient selon les situations.  Je n’en connais pas encore tout le sens, j’apprivoise ce don de jour en jour.  Pour moi, cet arbre est couvert de veines argentées scintillantes qui se multiplient et rejoignent chaque feuille qui se moire en lueur vert et turquoise.  Des étincelles les parcourent, je crois que c’est lorsque les rayons du soleil les touchent.
– Ce doit être merveilleux de voir ainsi, lui réplique-t-il avec admiration.
– Mais le plus beau, reprend-elle.  Ce sont les couleurs enflammées chez les personnes, précise-t-elle en le regardant avec attention.  Comme vous actuellement, vous êtes resplendissant, déclare-t-elle tout sourire, les mains sur son cœur.

Le jeune sir lui retourne un chaleureux sourire en s’approchant d’elle.  Il lui prend les mains et dépose tendrement un baiser sur chacune d’elle.  Il relève soudainement la tête en flairant l’air.  Camille fronce les sourcils en remarquant ses couleurs se transformer.  Il se détourne d’un pas, laissant ses mains, et lève le nez pour humer autour d’eux en tournant sa tête.

– Qu’y a-t-il ? s’interroge Camille, inquiète de ce changement brusque.
– Un subtil parfum de guet-apens, lui répond Volière, songeur.  Je crois qu'il vaut mieux que nous regagnons le château, lui déclare-t-il avec sérieux en pointant vers les chevaux.  Sans trop tarder, ajoute-t-il en reniflant à nouveau et en invitant Camille de la main.

Ils retrouvent leurs chevaux à quelques pas et les montent.  Volière regarde tout autour d’eux avec incertitude pendant que Camille range son ombrelle.  Ils lancent les chevaux au petit trot.  Camille, incertaine de son équilibre, s’agrippe au pommeau de la selle.  Volière prend les devants, cherchant à retrouver le sentier.  Ils font quelques pas et le jeune sir immobilise sa monture.  Camille s’apprête à lui demander ce qui ne va pas lorsqu’elle aperçoit trois silhouettes de cavaliers au détour des bosquets au-devant.  Leurs couleurs laides ne lui inspirent aucunement confiance.

– Voilà les deux éclopés de l’Église des Illuminés, déclare férocement l’un d’eux.
– Allons, pas de quartier, affirme un autre en lançant son cheval vers eux, dégainant son épée.
– Restez derrière moi, jeune dame, s’écrit Volière en levant ses mains.

Le jeune homme prononce d’étranges paroles avec une gestuelle particulière. Camille aperçoit une flamme de couleur se projeter hors de chaque main.  Des sortilèges, réalise-t-elle.  L’une des flammes touche un des agresseurs et l’autre manque sa cible, des flammes magiques embrasent un bosquet.  En cri de douleur, le cavalier en flamme se jette au sol, tentant de l’étouffer.  Le bosquet en feu fait cabrer le cheval d’un des agresseurs, mais celui avec l’épée en main fonce sur eux en criant.


Volière lâche la bride de son cheval pour le conduire avec ses genoux pendant qu'il tente de sortir son épée du fourreau.  Elle est coincée et, alors qu'il la tire de toutes ses forces, ses genoux commandent un écart au cheval.  Il en perd l'équilibre et évite l'attaque de l'agresseur.  Volière parvient à dégager son épée, provoquant un coup de fouet qui arque sa lame vers la monture de Camille.  Le flanc de la lame touche sa croupe et envoie le cheval dans une embardée, éloignant Camille des assaillants.  Surpris par cette tactique, les deux agresseurs se regardent.  L'un retarde son attaque pour signaler à l'autre de poursuivre la jeune dame.  Le troisième assaillant semble inconscient au sol, son corps parcourut de petites flammes.  Volière, en équilibre précaire sur sa monture, une main au pommeau de la selle, l'autre à son épée, un pied libre de l'étrier, tente de la calmer alors que son opposant s'approche à nouveau, levant sa lame bien haute.  Voulant riposter à l'attaque, il lève aussi son épée qui s'accroche aux branches des arbres.  La chute de feuilles et de branchages surprend sa monture qui se cabre, attaquant l'autre cheval avec ses pattes.  Un des sabots frappe l'assaillant, le jetant au sol.  Volière est lui aussi éjecté de sa selle, mais avec sa main au pommeau, il arrive à redresser son envol et tombe maladroitement sur ses pieds aux côtés de son cheval.  Ressaisissant ses esprits, il calme sa monture en lui tapant fermement l'encolure alors qu'il aperçoit son adversaire se redresser, une main à sa tempe ensanglantée.  Ce dernier le regarde avec incompréhension, déstabilisé par ces attaques non conventionnelles.  Il fronce les sourcils et prend quelque temps à l'étudier pendant que Volière s'avance d'un pas incertain.

***

Camille tente de ralentir son cheval en tirant de toutes ses forces sur la bride.  Rien à faire, la pauvre bête est emballée.  Camille perd l’équilibre lorsque sa monture fait un saut pour éviter un tronc au sol.  Elle s’accroche de justesse à l’encolure.  Parmi les couleurs de la forêt qui passent rapidement autour d'elle, deux silhouettes se distinguent au-devant.  Celles-ci s'approchent rapidement, deux cavaliers dont elle reconnaît les couleurs de l’un, son chevalier Rocambourg.  Ce dernier s’approche d’elle pour entraver sa monture et la forcer à s’immobiliser.  L’autre s’arrête à ses côtés et l’aide à se remettre en selle.  Elle reconnaît les couleurs du sous-secrétaire sir Grillarson. 

– Jeune dame Camille, que se passe-t-il ? lui demande Rocambourg, inquiet.
– Nous sommes attaqués et cet homme qui me suit en veut à ma vie, s'écrit Camille avec alarme.

Sans attendre, Rocambourg précipite sa monture vers l'homme qui poursuit Camille.  D'un geste économe et souple, il brandit sa lame, pare et porte un coup fatal.  Après quelques pas au trot, l'agresseur tombe au sol.  Rocambourg retourne son cheval et revient vers eux.  Pendant son approche, Camille presse le bras du sous-secrétaire.

– Volière est attaqué par un autre assaillant, confie-t-elle.  Oh ! sir, portez-lui secours, je vous en supplie, s'exclame-t-elle en pointant l'endroit.
– Pour vous, jeune dame, je serai héroïque en ce jour, s'écrit-il, le nez bien haut et arrogant, lançant sa monture, suivant la direction indiquée.

***

Volière s’approche de l’assaillant pendant que ce dernier se relève.  C’est un grand gaillard corpulent qui impose sa stature en présentant sa lame au-devant.  Tous deux remarquent des mouvements provenant de celui étendu au sol, portant des brûlures.  Le grand recule et, tout en gardant sa lame pointée vers Volière, aide l’autre à se relever.

– Sacré sorcier de merde, vocifère le brûlé.  Tu vas me payer ça, lui crie-t-il en s’écartant de son compagnon en tirant son épée.  Où est la sorcière ? demande-t-il à son compagnon.
– Ce pleutre l’a éloigné de nous en affolant la monture, lui répond le grand.  J’ai envoyé le petit à sa poursuite.
– Et toi tu vas mourir, sorcier, s’écrit le brûlé en se précipitant vers Volière.

Volière tente un pas de côté, son fourreau se faufile entre les jambes et le fait chuter.  Dans sa roulade, sa lame, par chance, pare et fait glisser l'attaque de son opposant, mais elle quitte ses mains.  Il se retrouve à genoux, un peu étourdi, le brûlé à quelques pas de lui.

– Sacré saltimbanque, bats-toi comme un homme, lui cri le grand en colère en s'approchant.
– Il est à moi, déclare le brûlé levant la main vers l’autre.  Je vais l’exécuter comme on abat une poule, menace-t-il.

Il arrête son avancée lorsqu’ils entendent le galop d’un cheval.  Le grand se retourne à temps pour faire face au cavalier sortant des bosquets derrière eux.  Il engage le combat avec lui.  Volière, désarmé et désemparé, les regarde brièvement alors qu’il voit le brûlé s’approcher vers lui avec un visage enragé, la lame pointée au-devant.  Des yeux, il cherche son épée et la retrouve à quelques pas de lui.  Risquant le tout pour le tout, il énonce un sortilège en s'élançant d'un saut vers son épée.  Le brûlé évite de justesse les flammes du sort, mais perd l’équilibre dans son saut.  Volière juge mal la distance le séparant de son épée et tombe sur son pommeau.  L’épée fait levier sur une pierre et s'élève vers le haut.  Pointé vers l’agresseur, celui-ci s’y empale dans son élan.  Dans un râle, le lourd corps s'écrase sur Volière et l'immobilise au sol.  Pendant qu'il essaie de se déprendre, il sent le corps inerte bouger et se dégager.  Le sous-secrétaire retire le corps du brûlé.  Volière entrevoit en arrière-plan le corps inerte et ensanglanté du grand assaillant.

– Jeune sir Volière, j'ai été témoin du plus étrange combat qu'il m'a été donné de voir de toute ma vie, affirme d'une voix hautaine le sous-secrétaire en lui tendant la main.
– Oui, je, en effet, bredouille l'autre la lui prenant pour se relever.
– Et cette tactique d'envoyer le cheval de la jeune dame au loin pour la protéger et réduire le nombre d’opposants est tout à fait brillante.
– Eh bien, ce n'est pas tout à fait, enfin, le résultat est heureux.
– Et qu’est-il arrivé à celui-là ? demande le sous-secrétaire en pointant le corps brûlé.
– Un sortilège, le seul qui m’a réussi, je crois.
– Vous êtes un homme dangereux, jeune sir.  Voyons qui sont ces gredins qui ont osé s'en prendre à vous, déclare le sous-secrétaire en se penchant sur le corps empalé.  Je crois y reconnaître le chef d'un groupe de mercenaires, poursuit-il en le fouillant.
– À son cou, dit Volière en flairant.  J'y sens un indice.
– Vous avez bien raison, jeune sir, s'exclame le sous-secrétaire en tirant brusquement une chaînette avec un médaillon.  En voici la preuve, les mercenaires du Tarourandir.  Des guerriers assassins.  Encore une fois, vous et la jeune dame Camille avez déjoué des plans de meurtre, je crois bien.

Au même moment, Rocambourg et Camille arrivent à leur hauteur, immobilisant leur monture.

– Messieurs, s'écrie-t-elle en voyant leurs couleurs soucieuses.  Êtes-vous blessés ?
– Jeune dame, s'exprime avec éloquence le sous-secrétaire.  Nous sommes plus qu'en bonne santé, lui répond-il en levant le nez.  Le jeune sir Volière a fait preuve de courage et d'incroyables astuces pour vaincre des mercenaires redoutables.
– Oui, eh bien, en fait, il n'en est rien, explique Volière en tentant maladroitement de dégager son épée.
– Pas de fausses modesties entre nous, jeune sir Volière, reprend le sous-secrétaire avec entrain.  Nous avons tous accompli des gestes héroïques aujourd'hui pour protéger cette jeune dame.  Et je suis des plus honorés d'avoir pu prendre part à une autre de vos aventures, demoiselle Camille, ajoute-t-il avec révérence.

Rocambourg descend de cheval et s’approche de Volière aux prises avec sa lame qui est fiché solidement au corps.  Le chevalier l’écarte avec respect, retire l’épée sans effort et la lui remet en lui empoignant solidement l’épaule.
– Jeune sir Volière, je vous remercie de tout cœur d'avoir protégé la jeune dame, lui déclare Rocambourg.
– Il est en effet des plus heureux que vous soyez arrivé à temps, confie Camille avec soulagement.  Sans vous, la conclusion de ce combat n'aurait pas été aussi heureuse.
– Nous n’avons fait que notre devoir, tout comme ce jeune sir, acquiesce le sous-secrétaire.
– Qu'est-ce qui vous a mené sur notre route ? lui demande Volière en plissant le nez.  Je sens que votre raison est tout autre.
– On ne peut rien vous cacher, jeune sir.  Je vous le concède, je suis à votre recherche depuis quelque temps.  Le roi m'envoie vous chercher et sir Rocambourg s’est joint à moi.
– Le roi ? s'étonne Camille.
– En effet, il veut vous rencontrer afin de débuter les négociations d'allégeance au plus tôt.  Je conseille de ne plus attendre davantage et de procéder au plus vite vers le château.
– Et pour ces corps ? demande Rocambourg en enfourchant sa monture.
– J'enverrai la garde les chercher, lui répond le sous-secrétaire en montant son cheval.  Allons-y, veuillez me suivre, les invite-t-il avec arrogance.

Rocambourg rapporte le cheval du jeune sir Volière alors que celui-ci chuchote quelques mots pour rassurer Camille qu’il se porte bien.  Sitôt les quatre à cheval, ils prennent le chemin vers le château, se limitant au petit trot.  Le sous-secrétaire prenant les devants, Rocambourg fermant la marche en regardant Camille et Volière avancer côte à côte en s’échangeant des regards et quelques paroles.  La jeune dame ralentit sa monture pour joindre son chevalier lorsqu’ils traversent le pont-levis du château.  Ils s’écartent légèrement des autres, les laissant aller au-devant.

– Quelle aventure, s’exclame Camille avec un grand sourire.
– Encore une autre, lui confirme Rocambourg.  Je suis soulagé que ce jeune sir ait pu vous défendre. 
– N’est-ce pas qu’il est merveilleux ? lui soupire-t-elle à couvert.
– Il est peut-être maladroit à l’épée, mais il est habile à sa manière, lui confie-t-il.

Tous deux traversent la herse et les portes, retrouvant le château de Luzzio.



Vilmon

Pour d'autres récits de la série Jeune Dame Camille
Série Jeune Dame Camille

« Modifié: 29 juillet 2022 à 20:52:37 par Vilmon »

Hors ligne Delnatja

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Re : Jeune dame Camille, doux rendez-vous
« Réponse #1 le: 19 juillet 2022 à 13:18:57 »
Bonjour Vilmon, toujours contente de lire les nouvelles histoires de dame Camille.
elle espère que celui-ci ne le fera trébucher à nouveau
c’est peut-être parce qu’il n’est pas voulu que vous en portiez une.
C'est tout ce que j'ai noté.
Belle journée. 
Michèle

Hors ligne Vilmon

  • Aède
  • Messages: 233
Re : Jeune dame Camille, doux rendez-vous
« Réponse #2 le: 29 juillet 2022 à 20:53:54 »
Bonjour Delnatja,

Merci d'être passée me lire !  ;D
J'ai apporté les correctifs, merci !

Au plaisir !
Vilmon

 


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