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04 décembre 2022 à 23:19:10
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Auteur Sujet: Histoire de vivre (Nouvelle courte)  (Lu 314 fois)

Hors ligne SPF

  • Buvard
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Histoire de vivre (Nouvelle courte)
« le: 04 juillet 2022 à 18:34:21 »
Bonjour, je vous partage ce texte car je suis dans l'inconnu totale sur sa qualité et les points à améliorer. Merci d'avance, bonne lecture. ;)

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Elle a commencé bien étonnamment, cette affaire. A vrai dire, je ne l’ai pas vu venir. J’étais en train de gazouiller avec les copains, bien au chaud en bande, quand on s’est fait éjecter. Le paisible se transforma vite en un bordel d’émeute dont je ne sus pas déterminer la source. On se mit tous à courir par mimétisme, dans un flot puissant, dans une dynamique imposante, chatouillés d’une envie pressante de vivre, orgasmique et fédératrice. On ne savait pas où on allait. J’ai même eu l’impression que c’était la destination qui venait à nous tant l’évidence de sa venue m’apparaissait sans raison. Je les ai vite perdus dans le peloton, les copains. Et je m’en suis vite remis en m’abandonnant à cette course massive. J’étais loin de vouloir quelque chose pourtant je courus dans une direction qui m’enivrait, magnétique, attractive, elle me semblait en tout point salvatrice.
On jouait de toutes nos épaules, aussi fragile qu’on fut, pour se frayer le meilleur des passages. C’était beau de voir cette vie bouillonnante et chaleureuse, qui se perdait elle-même dans sa démesure. Les participants fortuits, embrigadés, s’étalaient de partout, voraces de chaque espace, si bien qu’on ne vit plus que ça, des coureurs agités. Et ça suait, de partout, ça dégoulinait dégueulassement. On en perdit bon nombre en route, des millions, de ces sportifs improvisés, sans pattes ni gueules. La course était alors très simple, le chemin était tout droit, on courrait devant puis on en disait rien.

Tout ça nous mena à une porte plus étroite qui, une fois passée, éclata toute la meute dans une cavité plus vaste, moins claire mais surtout dangereuse. Une sorte de lac tempétueux s’étalait alors sous nous. On se mit à devoir se défaire des crochets de vagues agitées, surprenantes. Là encore, beaucoup n’y passèrent pas et s’échouèrent sans vie, loin du but. On survola comme on put les assauts de ces liquides inconnus, qui se mêlaient en tumulte à notre masse envahissante. Peut-être se défendaient-ils seulement ? Tout ce que je compris, c’est qu’il fallut les fuir, que ces poignes enhardies cherchaient à nous traîner dans leur fond. Je remarquai de larges entailles aux parois qui me semblaient assez profondes pour s’y glisser. En me frayant un passage jusqu’à elles, je dus éviter de soudains flots qui tentèrent de me harponner. Vues de plus près, ces entailles se révélèrent être plus profondes, des tunnels dans lesquels suintait une évidence primaire, celle qui m’avait alors poussé à courir jusqu’ici, avec tous les autres, sans autre raison que l'instinct. Il fallait les traverser, ces tunnels. Je le compris sans y penser. Alors je me risquai dans le plus proche. Un coureur me devança dans mon choix. Je l’observa peu à peu progresser tandis que l'étroit du passage sembla se refermer sur lui. Il ne faisait pas que sembler, le tunnel était réellement en train de l’enterrer, de le narguer puis de le tuer. Ces tunnels étaient piégeux, fallait pas s’y tromper. J’en essayai un autre, plus clément, en phase d’ouverture, qui me présenta plusieurs cadavres de participants. J'eus un lourd pincement de frayeur dans ce lieu-ci, meurtrier de masse entre ses flots aggripeurs et ses murs écraseurs.
Je parvins à me défaire de ces tunnels cruels. Je plongeais maintenant dans un autre, plus grand et plus sage. J’y retrouva un semblant de peloton déjà bien réduit. Je commençais déjà à oublier les copains. La compétition pousse vite à l’individualisme. On défendait plus que nos intérêts dans cette course, on cherchait quelque chose qui nous dépasse, on existait que pour courir en ce moment curieux, jusqu’à se tuer, et ça ne nous rendait pas fins. Je fus un peu honteux de m’en rendre compte, je me senti comme moqué par moi-même, puis par tout ce qui m’entoure. Les images de ces petits cadavres muets, en pleine grimace inquiète, me figeait, par cet anonymat glaçant et ses ignorances périphériques, dans le constat de ma désuétude. J’étais le voisin de mes propres victimes et je me sentis con face à l’absence de motifs. C’était alors dur de me remettre la tête à la course dès lors que j’en saisis le manque de sens. Ce fut la totale ineptie dont s’habillait le massacre auquel je courais qui me poussa à l’abandon, celui d’autrui, celui de moi-même, celui de tout sinon de ce qui me tombait à la gueule, la survie, dans son immédiateté ignoble, qui tue aussi vite qu’elle oublie.
Alors, je courus dans ce nouveau tunnel dont les parois sadiques piochaient parmi le flot fuyant de participants. Ca tuait tout le temps et partout, mais personne ne fut prompt à s’y opposer. On était plutôt occupé à ne pas être, chacun de son côté, les sujets de ces meurtres hasardeux. Ce tunnel présenta un vrai caractère de labyrinthe. L’évidence de la destination fut moins claire maintenant que l’émeute ressembla davantage à des taches éparses d’errances sans aise. On déambula entre ces parois faucheuses en quête d’une certitude à sillonner. Les passages les plus étroits furent vite abandonnés au profit des plus larges, ils avaient les reflets de l’évidence qui nous poussa à venir jusqu’à eux. On se sentit confortable à s’y glisser. Puis, je réalisai que tous les petits menaient aux gros. Le labyrinthe visait à nous tuer plutôt qu’à nous perdre. C’était cruel mais bien pratique dès lors qu'on n'y meurt pas.

Le bout de ce tunnel eut tout sauf le goût de son apparente évidence. Il nous présenta, tout fier, deux choix possibles. Gauche ou droite, la cruauté sous une forme encore plus simple, celle du hasard. Un hasard binaire, concret mais tellement abstrait. Ca nous tortura un petit moment cette douce tyrannie que celle du choix purement aveugle. Alors, on dut choisir, sans savoir ni comment ni pourquoi. Je pris à droite, sincèrement sans raisons. Je m’y lançai assez vite, car à vrai dire, dans ce choix, il n’y en avait aucun, juste un petit espoir inquiet, mal certain.
Alors, on s'engouffre dans la torpeur, dans l'embarras de l’éventuel. On se rassure très mal dans ces moments, l'imagination vient bien vite pour saper chaque espoir en y dressant son contraire. A mesure que je glissai le long de ce terrier angoissant, j'éventrai le raisonnable. Chaque longueur qui se rajoutait à ce tunnel m’apparut comme la preuve de mon erreur. Toute l’atonie de ces moments d’errances inquiètes me lavait de mon espérance initiale, déjà pas bien solide. Je me confortait dans l’idée que je m’étais trompé dans ce dilemme amer, que le tunnel n’avait de fin que la mienne. Mais je continua, avec l’unique force de l’abandon, celle à laquelle j'avais livré ma lucidité, qui m’avait motivé à me traîner dans cette filature sans sujet. Les yeux rivés dans l’admission de mon échec et de son futur sens de perte, je ne me rendis pas compte de la bêtise défaitiste à laquelle je me condamnais. Je me tuais sans certitudes. La torpeur m’avait persuadé insidieusement d’une erreur en chair de doutes. Cette torpeur, je l’explorai longtemps, sous toutes ses coutures lâches et muettes, sans grand espoir, convaincu seulement qu’il ne me restait plus que ça à faire. Et j’y trouvai un bout à cette torpeur. Le tunnel, celui de droite, avait une fin. En quelques légers instants, je m’arrachai à cette triste apnée désespérée que je parcourais difficilement. J’avais fait le bon choix. Je me retrouvai dans une grande cave aux allures de sanctuaire. En son milieu, l’évidence. Celle qui rayonnait depuis le départ de cette course.

Elle était une belle planète. Elle semblait douce et confortable. Sa peau de méduse suintait d’une aura magnétique. On n’était pas nombreux à l’avoir atteint, cette planète. Je l’examinai, hébété, avec un goût d’aboutissement. J'effleura son galbe, je parcourus sa silhouette sphérique, pris d’une hâte singulière, une sorte d’urgence spontanée qui me poussait à caresser le mystère. J’eus la même attirance que celle qui me poussa à courir jusqu’ici. Je me sentis de plus en plus pressé, menacé par l’instant suivant. Alors la caresse se transforma en traque. Je grattai ses bords, tentai de lui trouver des angles, y laissai de ma patience. L’admiration extatique de sa découverte fut vite remplacée par l’ivresse avare de réponses. L’instant n’était plus à lui, il était au suivant, comme durant toute cette course. Le répit tuait. La solution était le refoulement perpétuel et instinctif des possibilités sans teneur. Il n’y avait plus qu’un concret fugitif à conquérir. Il se cachait sur cette planète, là où l’évidence prenait une existence. On courait pour quelque chose qu'on n'avait pas le temps de connaître, il fallait juste le trouver avant d’y crever, sans résolution, sale de notre vide, abstrait. Alors, je cherchai.
D’autres coureurs faisaient de même dans les parages. On suait d’expectative en se défiant tacitement. Cette traque solitaire était le triste et nécessaire aboutissement de nos meurtres involontaires. Odieux de nos actes, il fallait trouver ce qu’on cherchait pour pouvoir les oublier ou au moins espérer les justifier. Puis, je tombai. Aspiré d’un coup dans l’extase. Pour être soudain, ça l’était. Finalement, c’était plus l’évidence qui m’avait trouvé que l’inverse. Je me moulai dans quelque chose que je n’eus pas le loisir de pouvoir décrire au-delà du simple constat de plaisir que je prenais à m’y baigner. L’instant paraissait enfin devenir maître. Je me coulais dans l’évidence. Je l’avais trouvé. Mon errance frénétique s’y tut, lavée de ses premières pulsions, de leurs doutes aveugles et de ses remords dévorants. Je m’apaisai à ne me considérer plus que moi, oubliant peu à peu l’autre, les coureurs, les copains et leurs pairs anonymes. J’étais devenu l’évidence.

Le cœur de ce nid soudain fut bien confortable. Je m’y endormis, lentement, avec douceur, sans dolence. Calme, la suprématie était celle de l'éphémère instant et de sa totale quiétude. Je ne me contentais plus que d’être, anesthésié de toute envie de courir. Ce sommeil inhérent me promit à de grands changements ; certes, je me sentis être, mais surtout, je me sentis devenir, frappé par la métamorphose et les langueurs d’un temps qui se tord sous son propre poids. Je m’arrachais à ce que je fus pour aller en devenir, et cela en continu, dans un procès accéléré, édifiant en profondeur, si bien que ce qui me semblait être une ère ne fut plus qu’un léger moment. Dans ce sommeil, je m’habituais à exister plus longtemps que l’immédiateté. J’abandonnais la survie au profit du lent voyage que celui de vivre, me faisant touriste de moi-même, qui hâte à se découvrir tout en ne se sachant que par intuitions précaires. Je quittais la certitude de l’inexistence pour commencer à côtoyer un tunnel de conscience, pas encore prégnant, simple esquisse adorable, que je sentis chérie par autre chose. Cette autre chose que je ne sut que par son immédiate et ubique supériorité, celle qui caresse ma carne et la nourrit, qui accompagne, plein de tendresse, ma douce métamorphose vers le temps, celle qui, en somme, me faisait. Je ne la remarqua qu’après de longs moments de sommeil où je perdis tout aussi vite la course du temps que la conception de l’espace. Il se rétrécissait lentement, m’enveloppait de plus en plus, jusqu’à ne devenir plus qu’une peau visqueuse, étroite et rassurante.
Ce sommeil dura très longtemps, si bien que je finis par m’en impatienter. Derrière cette peau, je sentais des parois plus fermes, mouvantes et vivantes. Je frappai dessus comme pour les avertir de ma présence. Puis, ces parois furent de plus en plus proches, elles aussi devinrent étroites. Toute cette évidence m’apparut alors comme une unique attente, suffocante et bien décevante. Je fus pris par la panique de m’imaginer devenir à perpétuité, larguant l’immédiateté pour mieux me perdre dans les affres abominables d’un temps obèse et affamé. J’eus la douloureuse impression que je ne devenais que pour devenir, sans dessein sauf l’attente, pleine d’apathie et d’errances, impatiente sans rendez-vous, jouissant de désirs illusoires, abandonnée à elle-même. Je contestai cet absurde piège que l’évidence à laquelle je m’étais livré en frappant toujours plus fort les parois que j’atteignis. Ce fut long et bien rance cette attente, mais elle eut le mérite d’avoir un bout. Je le sentis venir un peu avant, à vrai dire tout semblait le sentir venir, la peau visqueuse, les parois, ma métamorphose et le temps qui prit un léger goût d'aboutissement.

C’est alors que je fus appelé, de force, la tête la première. Les parois s’activèrent fermement puis se mirent à me pousser avec une insistance croissante, par plusieurs efforts en spasmes. Ma tête suivit un tunnel étroit. En son bout, j’y aperçus un matériau singulier, arraché à une primauté toute neuve, totale et fulgurante. C’était une sorte de nappe, entre le doré et l’invisible, qui s’explosait à chaque surface. Elle était aveuglante et intrusive pour mes yeux fraîchement convenus, très peu avertis. J’y fonçai tout droit, poussé par les parois. Je m’y baignai avec allégresse jusqu’à m’y investir, m’y convenir et en devenir. Tout le corps suivit ma frêle caboche et je pointai la sortie du tunnel. Je fus accueilli par un récif lisse et large, il m'extirpa tendrement, avec minutie, tandis que mes yeux se baignèrent dans leur propres sécrétions abondantes, traumatisés par l'expérience inconnue, encore crispés d’une attente très vite arrachée. Je pleurai sans cesser face à cette intrusion totale d’une absoluité nouvelle. Je commençais à percevoir des hybrides particuliers qui couraient à mes tympans, des soies singulières jusque dans les narines, des frissons exclusifs à ma peau. Aux creux de mains inconnues, autour d’une agitation prévenue, vite installé dans des bras accueillants, l’attente me sembla se finir. Elle avait atteint un point de singularité, juste le temps de comprendre puis d’oublier. Oublier cette attente pour se couler dans une nouvelle, un peu plus libre, un peu plus longue, un peu plus traître. La naissance est le début d’une nouvelle attente, qui s’apprend avec nous-mêmes.

Quelle douce injustice que celle de vivre. On y choisit pas grand chose à ce grand concert de pulsions, on s’y convient sans confort mais on y croit notre consentement, venu de nulle part, puis on y souffre comme par nécessité, puis on y crève comme une évidence. Ironique injustice que celle qu’on finit par aimer, non pas par conviction, ni par un symptôme naturel, simplement par un besoin, celui de l’oublier, de ne pas la questionner, ou du moins jamais au singulier, avec une humilité qui maquille nos peurs, encore crispées de l’attente et de son abandon moribond. On comble et on comble, encore et toujours, on y met de tout dans ce trou sans fond jusqu’au moment où il se referme, puis disparaît, jusqu’au bout de l’oubli. Vivre, c’est combler pour oublier qu’on y meurt. Quelle putride injustice que celle de vivre, auto-référencée comme évidence macabre qu’on répète joyeusement, qu’on habille comme but ultime, qu’on lave de tout remords. Après tout, on hésite bien peu à en devenir nous-mêmes les coupables de cette injustice, des larmes de joie aux poches des yeux, un sourire si honnête qu’on y sent un sadisme latent, un plaisir kamikaze, tout cela par maladresse égoïste. On se réjouit de construire en omettant bien capricieusement la déconstruction, tant que ça nous rend heureux. Quel motif glauque pour tuer que celui du bonheur.
Je serai bien resté avec les copains moi, je n’en ai gardé que des esquisses fugitives, tachées de portraits mourants. Espérons que je m’en fasse de nouveaux ici. Espérons que j’oublie tout cela, histoire de vivre.


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Re : Histoire de vivre (Nouvelle courte)
« Réponse #1 le: 06 août 2022 à 07:25:02 »
Bonjour,


Tu as dû quitté le forum, je n'ai vu aucune de tes interventions dans les discussions ou en temps que commentateur des autres textes. C'est un peu la clef pour être lu.
Si par hasard tu reviens dans ses parages, comment tu as compris ce forum et ses usages?  peux tu nous expliquer en quoi tu as été déçu pour poster ton texte et en rester là ?
Un avis général sur ton texte toutefois :
j'ai pensé à Woody Alen.
Certainement des erreurs de temps à corriger ( en dehors de la conjugaison elle même mais l’utilisation des temps peut-être). Parfois un peu compliqué à suivre, il nous manque une sorte de motivation à accompagner ce personnage dans ces tunnels ( d’ailleurs le mot doit être utilisé un grand nombre de fois, trop), il manque peut-être un rien de tension dans l’écriture, bien sûr la chute, bon une parabole, une parodie... je pense qu'ici la forme est très importante, tout doit nous amener à cette fin, nous en distraire tout en tissant des lignes vers celle-ci

B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Dits de l'aube. Textes dits. Hellian - Basic et d'autres.

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