Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 décembre 2022 à 15:24:00
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Auteur Sujet: Godjo  (Lu 4568 fois)

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Godjo
« le: 04 janvier 2016 à 00:04:45 »
Bonjour !
Aujourd'hui j'ai essayé de reprendre Godjo. C'est un vieux texte, comme vous pourrez le constater. J'ai essayé de le retravailler un peu,  selon les commentaires que j'avais eus et avec un oeil neuf, et j'en profite pour poster une partie que je n'avais jamais posté :)
C'est un texte qui en soit est sans ambition, je l'écris pour me faire plaisir principalement. Pour l'instant c'est plus sous forme de petites scènes.
PS : je sais que je ne suis pas très active sur le forum, mais ça pourrait changer, qui sait  :) je vais essayer en tout cas.





Godjo

   « Reste ici, s'il te plaît. »
   J'obtempère. Jana s'engage dans le boyau, furtive et rapide comme toujours. Autour de moi, la caverne est sombre, à peine piquetée de quelques champignons luminescents et de lucioles. L'air humide a des relents de moisi. Engoncé dans ma combinaison, je sens déjà mes doigts s'engourdir à cause du froid ; sans compter mes lunettes renforcées, trop serrées, qui me donnent mal au crâne. Elle a intérêt à trouver la sortie, ou je ne ferai qu'une bouchée de cette Likoo.    
   Je distingue enfin sa petite silhouette qui revient vers moi. Elle me fait signe de la suivre : la voie est libre. Je reprends ma marche, me courbant pour entrer dans le tunnel. Avec mes deux mètres cinquante et mes deux-cent kilos, je suis aussi discret que Jana est bruyante ; c'est à dire pas du tout. Ceux de ma race ne sont pas faits pour l'infiltration, le vol ou les souterrains. Le combat, les travaux physiques pénibles ; ça, on connaît. D'ailleurs, j'ai été entraîné pour être soldat, à la base. Mais j'ai fini par déserter. J'ai couru des kilomètres avant d'arriver dans une ville agitée, peuplée de dizaines de races différentes. Au début, j'ai gagné ma pitance avec des petits boulots, mais la concurrence était rude, dans le coin. Vu que j'avais pas un rond, je dormais dehors ; ça ne me changeait pas tellement de l'entraînement. Personne ne venait m'emmerder, vu ma carrure. Ça a duré quelques mois comme ça, et puis j'ai rencontré Jana.
   « Godjo ! Regarde ! »
Je lève les yeux et siffle d'admiration : le tunnel débouche sur une autre caverne, plus grande et baignée d'une douce lumière. À gauche, une cascade alimente une rivière souterraine qui traverse la caverne avant de disparaître sous la roche. Au centre je vois un arbre gigantesque aux branches tortueuses et aux fruits ronds d'un blanc bleuté lumineux. Son tronc est si large que trois  Faergs les bras tendus auraient du mal à en faire le tour.
Enfin, on y est.
« L'Hirenor... »
Elle retire son casque et contemple l'arbre de ses grands yeux verts. Ses oreilles de chat frémissent sans qu'elle ne s'en rende compte, comme chaque fois qu'elle est excitée.
   Je me souviens très bien de notre rencontre : c'était un soir à trois lunes, et j'étais assis sous ma tente rudimentaire, à manger ma ration. Les journées n'étaient pas folichonnes et je m'ennuyais pas mal entre deux boulots. Cette petite Likoo s'était plantée devant moi, souriant crânement du haut de son mètre vingt. Museau dressé, crinière aux vents et oreilles frémissantes, elle m'avait lancé :
« Salut ! Le travail d'équipe, ça te tente ? »
J'avais accepté presque tout de suite : elle me plaisait bien, cette gamine. Bravache et efficace, pas le genre à faire des chichis.
   Son ton pressé me sort de ma rêverie :
« Bon, on y va ? »
Je hoche la tête. Nous sommes sur un promontoire rocheux ; le sol de la caverne est trois mètres plus bas. Je m’assoies et me laisse simplement tomber. Mes jambes épaisses amortissent le choc sans broncher. Je me retourne pour proposer mon aide à Jana, mais celle-ci est déjà presque arrivée en bas. Elle saute à terre et s'élance au petit trot. Je la suis de mon pas lourd, humant l'air. Plus de relents moisis. Les particules irritantes qui viennent des champignons doivent être quantité négligeable, vu la taille de la grotte. À moins que ça ne vienne de l'Hirenor lui-même. Quoi qu'il en soit, j'en profite pour retirer mes lunettes et rejoins ma partenaire, qui est accroupie au bord de la rivière et se rafraîchit.
« Elle est glacée, ça fait du bien. »
Je bois quelques gorgées également.
« On est repartis ? »
Elle se juche sur mon dos et je m'engage dans le courant. L'eau m'arrive à peine au genou. Je franchis l'obstacle en quelques pas et Jana se laisse glisser à terre pour avancer à mes côtés. Nous y sommes presque.
   Elle accélère, court presque sur les derniers mètres, tend la main vers un fruit…
« Stop ! » je gronde.
… et s'arrête juste avant de le toucher. Je hoche la tête. Je comprends son empressement, mais on nous a bien mis en garde contre les pouvoirs de cet arbre. Il y a un certain rituel à suivre si on ne veut pas finir réduits en fumée ou liquéfiés.
   Respectant scrupuleusement le protocole, nous posons un genou à terre devant l'arbre. Curieusement, une fois devant lui, ça paraît naturel. Le lieu est empreint d'une atmosphère sereine et solennelle, et l'arbre lui-même semble doué de raison, comme dans les légendes. Jana prend une grande inspiration et entonne d'une voix un peu tremblante la formule consacrée :
« Hirenor, grand Gardien des êtres et des anciens secrets, je te salue. Hirenor, arbre de vie, je te prie de m'accorder un de tes fruits, un seul. Je jure sur mes ancêtres que je n'utiliserai pas ce don à des fins égoïstes ou destructrices. Je ne cherche pas à engendrer la douleur des êtres. Vois en mon cœur que je dis vrai. Hirenor, je te salue. »
   Tout d'abord, il ne se passe rien ; mais au bout de quelques instants, la terre frémit et un des fruits se met à luire plus fort que les autres. Jana bondit sur ses pieds, prend le temps de s'incliner (dérision ou remerciement sincère ?) puis grimpe agilement aux branches pour le cueillir. Et voilà, c'est aussi simple que ça, finalement. Elle va pouvoir sauver son village de l'épidémie en deux temps, trois mouvements. Tout sourire, elle se laisse tomber au sol, le fruit au creux du bras. Je lui tape sur l'épaule.
« Pas mal, gamine. Et maintenant, où est la sortie ?
- Ouah, deux phrases consécutives ! Ça t'a vraiment chamboulé, hein ? » me charrie-t-elle.
Je hausse les épaules et fais mine de m'éloigner.
« Oh c'est bon, te vexe pas, j'ai encore besoin de toi, gros balourd de Faerg. Je sais exactement où est la sortie. Il va falloir déplacer des rochers, et peut-être se battre. Suis-moi ! »
Ses oreilles frémissent terriblement. Je souris et lui emboîte le pas.

   Une fois sortis de la grotte, nous nous mettons en route vers le sud, en direction du village natal de Jana. C'est la première fois qu'elle m'y conduit, et je suis curieux d'en apprendre plus sur son passé. Le voyage doit durer plusieurs jours. Comme d’habitude, nous profitons de l'occasion pour nous entraîner mutuellement ; Jana m'enseigne la discrétion et quelques ruses de chasse, tandis que je teste sa résistance et sa force. Elle a déjà bien progressé depuis notre première rencontre. Nous traversons une plaine trois jours durant puis le chemin s'enfonce dans une forêt de conifères.  Au bout de six autres jours, nous parvenons aux abords d'un marécage.
« On y sera dans une heure ou deux, on va faire une petite pause. » annonce Jana en laissant tomber son sac.
Tiens tiens, un marais... bizarre ; je n'aurais jamais imaginé cette gamine surexcitée venir d'un endroit aussi lugubre. Je m'assoies à mon tour, pas mécontent de me reposer un peu les jambes.
« Bon, autant que je te fasse le topo maintenant, avant qu'on entre. Le marais est...
- Mh ?
- Le marais est à moitié magique. Mon peuple, enfin mon village... attends, je vais commencer du début. Avant, mon village étaient caravaniers, comme pas mal de communautés Likoo. Ils étaient marchands. Un jour, ils ont décidé de traverser ce marais, malgré les mises en garde de tout le monde, parce que c'était la route la plus courte. Bon, et aussi un peu pour se la jouer.
- M'étonne pas, ça.
- Oui bref ! En tout cas, ils ne sont jamais ressortis. Ils se sont installés dans le marais, et depuis ils vivent là.
- M'étonne, ça.
- En fait, le marais... il inhibe la volonté. Ceux qui vivent ici sont maussades, tristes, et n'ont aucune envie de partir, même s'ils en ont besoin. Tout le monde n'est pas affecté pareil, et c'est pour ça que j'ai pu partir, mais ça agit quand même. Dans ce marais, t'es triste, mais t'as pas la volonté ni même l'envie de changer quoi que ce soit. C'est quasi impossible de le traverser en entier. Donc voilà. Quand on y sera, tu me suivras et tu feras ce que je te dis, même si t'as pas envie. Ok ?
- Mouais.
- Dis pas « mouais » ! C'est du sérieux ! J'aurai pas assez de force pour te traîner dehors si tu es trop englué. L'autre solution, c'est que tu m'attendes ici.
- Je viens.
- Alors promets-moi. Jure-le sur la tête de ta mère, ou n'importe qui qu'ait autant de valeur que ta propre vie. »
Je réfléchis un moment au sérieux de ses paroles et au serment, puis sens un sourire narquois naître sur mes lèvres. Je jure solennellement :
« Je le jure sur la tête de la saleté de Likoo qui m'a amené ici. »
J'ai le plaisir de voir Jana rougir, et grommeler que ça irait. Elle se lève, ramasse son sac et s'enfonce dans le marais sans un mot de plus. Je la suis en riant doucement.
   Dans le marais règne une pénombre perpétuelle, encore plus que dans la forêt que nous venons de traverser. Les troncs sont couverts d'un lichen spongieux et grisâtre, et des lianes molles pendent des branches. Des moustiques nous attaquent de toutes parts, malgré les toiles d'araignées dans lesquelles ils ne manquent pas de s'empêtrer. Je les chasse d'abord avec véhémence, mais je finis par me résigner. Je me sens de plus en plus fatigué. J'observe Jana ; elle marche d'un pas décidé, malgré l'eau saumâtre qui lui arrive à mi-cuisse. De temps en temps, elle se retourne pour m'attendre quand je m'empêtre dans la végétation. Elle ne dit rien, mais je décèle à plusieurs reprises une lueur d'agacement dans son regard. Faut avouer que je suis lourd et pataud dans cet environnement humide.
   Le marais est d'une tristesse morne. Pas de chant d'oiseau, tout est poisseux, gris ou vert fade. Rien qui vaille le coup d’œil. Mes jambes sont lourdes. J'ai juste envie de m'asseoir pour me reposer.
   Ça doit faire au moins deux heures qu'on marche. Difficile de savoir. En tout cas, mes pieds sont complètement trempés. J'ai l'impression que l'eau croupie du marais s'infiltre dedans et m'empoisonne les jambes. Je suis soudain pris d'une nostalgie pour mon pays natal, mon enfance. Pourtant, je n'étais pas vraiment heureux.

En fait, je crois que je n’ai jamais été heureux. Et je ne le serai sans doute jamais. Un gros balourd imbécile comme moi...
Jana se retourne et me fait un signe. Elle paraît de plus en plus inattentive et agacée par ma lenteur.  Plusieurs fois, elle me prévient de zones à éviter et me rappelle de bien suivre ses pas, comme si j’étais un enfant idiot.

Je n'ai même pas envie de lui prouver le contraire. Je la ralentis, c'est un fait. Je ne sers à rien, ici. Je me laisse tomber sur une souche en soupirant :
« Bon, au pire laisse-moi ici, tu iras plus vite. Ça sert à rien que je te suive. Tu reviendras me chercher plus tard. De toute façon, je ne suis pas utile.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Allez, lève-toi, on continue !
- Je suis fatigué.
- Foutaises, un Faerg n'est jamais fatigué. Rappelle-toi de ta promesse, Godjo. »
Je m'en rappelle, mais je ne comprends pas l'état d'esprit dans lequel je l'ai faite. Je me relève à contrecœur, sans trop comprendre pourquoi elle insiste tant.
« Allez, on est presque arrivés ! Courage. » me lance Jana avec un sourire qui me paraît condescendant.

Nous nous remettons en marche pendant une bonne demi-heure. Le paysage est le même partout et j'ai l'impression de tourner en rond. Mes pieds sont gourds et froids.  Ça ne sert à rien d’avancer. Je suis sûr que Jana regrette de m’avoir amené.

« Ca y est ! Voilà le village.
- Où ?
- Ben là, juste devant. »
Enfin, je distingue une maison dans la direction qu'elle désigne. Enfin, maison, c'est beaucoup dire. Plutôt un enchevêtrement de lianes et de feuilles, posé sur une armature de branchages. La cabane, minuscule et misérable, a été construite sur une des rares portions de sol sec. Elle semble prête à s'effondrer au moindre coup de vent. Ça et là, j'en trouve d'autres du même genre.
« Les amis ! C’est Jana ! Je suis revenue ! Je ramène un remède ! Hé ho !
- Qui va là ? Jana ? C'est toi ? » fait une petite voix morne devant nous.
Un vieux Likoo au regard triste sort de la végétation. S'il n'avait pas bougé, je ne l'aurais pas vu, car il est du même gris brunâtre que le marais alentour. Il paraît tout tassé sur lui-même, comme si la vie l'avait épuisé. Il nous considère un moment.
« Alors tu es revenue. Finalement, même toi tu n'as pas pu résister au ma...
- Bien sûr que j'ai résisté, le coupe-t-elle. Je suis revenue pour vous guérir.
- Nous guérir ? Il y a une épidémie ? demande-t-il d'un ton soudain inquiet.
- Oui, et depuis bien longtemps déjà. »
   Je soupire. Personne ne fait attention à moi ; je pourrais tout aussi bien ne pas exister. Peut-être est-ce la meilleure solution, d'ailleurs. À quoi bon ? Qu'ai-je accompli qui vaille le coup, dans ma vie ?
« Au fait, voici Godjo, un ami et compagnon d'armes. On fait des missions ensemble depuis un moment.
- Enchanté, moi c'est Krava.
- De même. »
   Bon, Jana ne m'a pas complètement oublié. Elle a même précisé que j'étais un ami. Par politesse sans doute. Je les suis à contrecœur dans le village. Les gens nous saluent mollement, esquissant un sourire las, et ça s'arrête là. Nous finissons par nous asseoir sur une parcelle de sol sec avec quelques autochtones. Quelqu'un nous sert une soupe fade et tiède.
« Où sont les malades ? » je demande à ma partenaire.
Elle se retourne et me sourit.
« Tout autour de nous. Je veux les guérir du marais. D'ailleurs, toi aussi tu as l'air bien atteint. Je t'en filerai un peu. »
Je ne suis pas sûr qu'on puisse guérir ce genre de chose. Je lui demande comment elle compte s'y prendre.
« À vrai dire, j’ose pas trop y penser. J'espérais un peu avoir une illumination en le cueillant, mais rien. Comment ça s'utilise, à ton avis, un fruit pareil ? » répondit-elle en le sortant de son sac.
Presque aussi gros que sa tête, il brille avec autant d'énergie que lorsqu'il était encore sur l'arbre.
« Mh, fis-je.
- Ah ben merci, tout de suite ça m'aide. En fait j'ai eu plusieurs idées... par exemple, tu penses que le manger ce serait bien ?
- Je me verrais pas manger ce truc.
- Pas faux. Bah, on n'a qu'à essayer, euh... de le frotter sur le front de tout le monde, et si ça marche pas on le coupera en morceaux pour le manger.
- Mh. »
Jana monte sur mes épaules et déclame :
« Écoutez ! Je suis revenue après toutes ces années pour vous sauver du marais. Godjo et moi, on a été chercher un fruit de l'Hirenor, qui guérit tous les maux. Je vais vous l'appliquer sur le front à tous en prononçant une formule.
- Une formule ? Quelle formule ? » je lui glisse quand elle redescend.
Pour toute réponse, elle hausse les épaules et se met au travail. Les villageois sont restés sur place,  attendant leur tour. Jana pose solennellement le fruit contre le front de chacun en déclarant :
« Sois guéri de la malédiction du marais, et de tous tes maux. »
Chaque fois qu'elle prononce les paroles, le fruit perd un peu en luminosité. J'observe les gens juste après pour voir si la lumière est apparue dans leur regard, mais je n'en suis pas certain. Je vois cependant des choses miraculeuses. Une vieille dame à qui il manquait un doigt l'a vu repousser. Les cicatrices disparaissent, ainsi que les maladies.
   Une fois tout le monde passé, le fruit ne pâlote plus que vaguement.


***

Jana

   Nous sommes de retour sur les routes. Je suis pas sûre que le fruit ait vraiment marché, mais il y a eu l'air d'y avoir un mieux. J’ai entendu des gens parler de partir, et j’ai essayé de les motiver.J'ai eu du mal à dire au revoir à tout le monde, et encore plus à traîner Godjo derrière moi. Il fallait vraiment partir, il était vraiment déprimé le pauvre. Enfin, il se requinque un peu, à force. Faut dire que je l'asticote pas mal. On s'entraîne régulièrement. Ce que je préfère, c'est la course. Niveau vitesse, on se vaut à peu près sur une distance courte, vu qu'il est lent à démarrer et à s'arrêter. Ma technique, c'est de me faufiler entre ses jambes : il ralentit pour ne pas m'écraser. Infaillible !
On va enfin voir le pays natal de Godjo ! Il voulait pas m’y amener, mais j’ai insisté. Il dit qu’il y a rien à voir là-bas. N’importe quoi !
Au fil des semaines, nous approchons de Faerg’Na. Il fait de plus en plus chaud et je vois le paysage changer au fur et à mesure : les plantes sont plus rudes et se raréfient. L'idée a beau venir de moi, j'appréhende notre arrivée là-bas. De ce que j'en sais, c'est un pays aride et les Faergs ne sont pas vraiment des tendres. Mais j’ai vraiment envie d’en apprendre plus sur Godjo.
Grâce aux entraînements, il est un peu plus agile qu'avant et moi un peu plus forte, mais c'est vraiment pas nos domaines de prédilection. Enfin, j'ai quand même gagné quelques muscles.
« On voit de moins en moins de voyageurs sur les routes, c’est bizarre non ?
- Normal. Qui voudrait aller en Faerg'Na ?
- Ben, nous !
- Nous, on est un cas à part. Si t'avais pas insisté pendant des jours pour qu'on y aille, je t'y aurais jamais amenée. C'est dangereux, et puis ça se fait pas. Il faudra te tenir tranquille.
- Pourquoi ça se fait pas ?
- Les Faergs ne se lient pas avec les autres peuples, sauf pour affaire. Ils risquent pas de vouloir montrer leur pays à un ami. D'ailleurs, l'ami ne serait pas le bienvenu.
- Mais alors pourquoi tu m'emmènes ?
- Parce que tu me l'as demandé. Encore et encore. Et puis bon, ça sera pas ma première transgression aux règles de bienséance. »
Il a un petit sourire énigmatique. Dis donc, il est bavard ce matin ! C'est bon, t'as gagné Godjo, je mords à l'hameçon !
« T'as fait quoi d'autre ?
- J'ai déserté l'armée. »
Je fronce les sourcils. Je ne savais même pas que les Faergs avaient une armée. Jusqu'ici je n'ai croisé que des mercenaires. Mais s'il a déserté, c'est sûrement dangereux de retourner dans son pays ! Après un moment de silence que je croyais gêné, il éclate de rire. Un rire de Faerg, bref et bourru.
« En fait, pas mal de mes semblables désertent et deviennent mercenaires. Ça ne se fait pas, mais tout le monde le fait quand même. T'inquiète pas pour ça. »
J'engrange les informations avec appétit. Godjo est rarement aussi loquace, et il ne m'avait jamais parlé de son passé.
La chaleur est infernale. J'attends avec impatience que le soleil arrête de me marteler le crâne et se barre derrière l'horizon. J'ose pas trop me plaindre, vu que lui a à peine l'air de remarquer qu'il fait chaud.
Enfin, la nuit tombe et on monte le camp. Pour ne pas trop taper dans nos provisions, le Faerg m'apprend comment survivre en milieu hostile en mangeant des tubercules bizarres pleins d'eau. Parfois j'attrape quelques lézards mais ça n'a pas beaucoup plus de goût. Pour dormir, je me colle contre Godjo et je m'emmitoufle dans des couvertures. Fait froid.
Le lendemain, on repart un peu avant le lever du soleil. La chaleur monte vite.
« On arrive bientôt ?
- D'ici deux ou trois jours. Tiens, regarde là-bas. Tu vois le point lumineux à l'horizon ? Il marque la frontière.
- C'est quoi qui brille comme ça ?
- Tu verras bien, gamine. »

   On arrive deux jours plus tard devant un énorme monticule (enfin, énorme pour moi : haut comme deux Faergs) fait d'une matière étrange. En fait, on dirait du sable couvert de verre.
« Ouah... c'est quoi ce truc ?
- Sable vitrifié. Spécialité Faerg. Ces tours sont construites tout le long de la frontière. Bon, à partir de maintenant tu fais ce que je te dis, ok ? Ça peut devenir dangereux.
- Oui papa... »
Je lui emboîte le pas et nous franchissons la frontière. Au bout de quelques mètres, j'entends un galop venir vers nous, de la gauche. Je tourne la tête et manque de crier en voyant la bête qui fonce sur moi : c'est un énorme chien de la taille d'un poney, sans poil et à la peau rouge. Sa gueule énorme pourrait me décapiter d'un coup. Il pile à deux mètres de nous et je remarque alors la personne sur son dos : à peine plus grande que moi mais la peau de la teinte orange typique des Faergs, elle a une ossature fine et des traits anguleux. Le regard qu'elle pose sur nous est dur et froid, et sur ses lèvres fines naît un sourire carnassier. Je me pétrifie : le chien est moins effrayant qu'elle. Elle s'adresse alors à Godjo et dit quelque chose dans une langue rude que je ne comprends pas. Mon compagnon a la politesse de répondre en langue commune :
« Oui, elle est avec moi. C'est Jana, une Likoo avec qui je fais des missions en ce moment. »
La femme met pied à terre, s'approche de moi et me jauge avec une expression méprisante.
« Très bien. Cette chose misérable ne représente aucun danger. Tu peux la garder.
- Non mais dis donc, tu sais ce qu... »
Je m'interromps en sentant la main de Godjo se poser sur mon épaule et me serrer doucement.
« Finissons-en, Naga, qu'on puisse passer.
- Très bien, allons-y. Toi, tu restes ici avec Kraal, fait l'autre à mon intention.
- Ne t'inquiète pas, je reviens dans quelques minutes. Kraal ne te fera rien tant que tu ne bougeras pas.
- Mais...
- Attends simplement ici. Je reviens vite. »
Ils s'éloignent en direction de la tour brillante, me laissant seule avec le molosse qui ne me quitte pas des yeux. Il halète, la langue pendante.
   Bon. Je lui fais confiance, quand même. S’il me dit qu’il ne m’arrivera rien, je le crois. Le monstre n’a même plus l’air de vouloir m’attaquer : il s’est assis et se contente de me fixer.
Debout sans bouger sous le cagnard, face à un molosse plus grand que moi, fouettée par le vent chargé de sable, le temps paraît plutôt long. Par deux fois, j'ai des vertiges à cause de la chaleur.
Enfin, ils finissent par revenir. Naga remonte immédiatement sur sa monture, salue Godjo de la main et s’éloigne. Je me remets à respirer un peu plus normalement. Le silence s’installe entre nous comme une gêne. J’entends Godjo se racler la gorge :
« Ça va ?
- Mouais…, je bougonne
- Je payais notre droit d’entrée. On peut y aller.
- Droit d’entrée ? Et avec quoi ?
- Avec ma semence.
- Ta sem… quoi ?! »
Je me sens rougir jusqu’à la pointe des oreilles, mais Godjo ne semble ni plaisanter, ni être spécialement gêné :
« C’est comme ça que les déserteurs peuvent revenir ici. Et il faut bien se reproduire à un moment ou un autre, de toute façon.
- Mais du coup tu… tu as des enfants ?
- Sans doute, oui ? Enfin, je ne suis que leur géniteur, je ne les ai jamais vus.
- Et ça ne te fait rien ?
- Ben, non, c’est comme ça que ça marche, c’est tout. »
Je rumine ces paroles un moment. J’ai beau me dire que ça n’est qu’une différence de culture, j’ai un peu de mal. Je reprends la parole quelques minutes plus tard :
« Et donc, c’était une Faerg ?
- C’est ça.
- Elles sont toutes… comme ça ?
- Comment ? Petites ? Ou bien dangereuses et sans pitié ?
- Elle était vraiment terrifiante. J’avais jamais vu un Faerg qui faisait peur à ce point.
- Je pensais que tu avais surtout peur du chien.
- Aussi, oui. Mais moins.
-  En fait, les femmes Faerg sont les gardiennes du territoire. Elles ont été élevées pour ça. Elles patrouillent près des frontières, chacune accompagnée d’un chien comme Kraal. Si elles voient un intrus, en règle générale elles le tuent. Cependant s’il n’a pas encore franchi la frontière, elles se contentent de le chasser.
- Pourquoi une telle protection ? »
Mon compagnon hausse les épaules sans répondre. Pas découragée, je change de sujet :
« Et les enfants ?
- Les femmes accouchent dans la Nardaak la plus proche. Elles restent quelques jours pour allaiter et se reposer, puis elles repartent. Les enfants Faerg sont élevés par les vieillards. Au bout de quelques années les sexes sont séparés et entraînés chacun à leur future tâche. »
Cette part de Godjo, que je ne connais pas, me met mal à l’aise. C’est comme si tout à coup, il était un inconnu dont je devais me méfier. Il doit percevoir mon malaise car il déclare :
«  Si tu veux, on peut rentrer. Il n’y a pas grand-chose à voir ici, de toute façon. »
J’hésite pendant un long moment.
« Non, on passe au moins une nuit ici. Et puis tu pourrais me montrer là où tu as grandi.
- Ça non, je ne peux pas. Interdit aux intrus. Mais on peut passer la nuit ici, oui. Comme ça tu verras une construction Faerg de l’intérieur.
- Du coup on repart demain ?
- Oui, ce ne serait pas plus mal. De toute façon il n'y a rien de plus à voir, puisque tu ne serais admise à peu près nulle part. »
Je ne peux pas m'empêcher d'être soulagée. Je regrette presque d'avoir tant insisté pour voir son pays. En fin d'après-midi, Godjo me désigne un point au loin :
« Tiens, regarde. »
Je ne vois rien de particulier. Curieuse, je monte sur ses épaules et aperçois alors un petit reflet, comme celui qu'on a vu ce matin.
   Nous le rejoignons au bout d’une petite heure et je vois alors que c'est l'entrée d'une sorte de terrier géant. L'intérieur est tapissé de cette étrange matière semblable à du verre. Je ne peux m'empêcher de pouffer :
« Vous dormez dans des terriers ? »
Godjo hausse les épaules :
« Pourquoi pas ?
- Oh, pour rien... c'est juste que par chez moi c'est plutôt les lapins qui font ça... mais bon je ne juge pas ! »
   Le moins qu'on puisse dire c'est que c'est spartiate. L'intérieur a vraiment tout d'un terrier : il y a juste une sorte de cuvette de sable pour que des Faerg puissent s’y allonger. Je me colle contre Godjo et m'endors rapidement, bercée par son énorme respiration. Quand je me réveille le lendemain, il fait encore nuit. Transie par le froid, je ne tarde pas à secouer mon compagnon pour le réveiller.
« Mh ?
- Réveille-toi, gros lourdaud. »
Il grommelle et s’assoit.
« Du coup, on fait quoi maintenant ? C'est bien joli de se promener mais on n'a presque plus une thune et j'ai pas trop envie de continuer à manger des racines en dormant dehors en permanence.
- C'était ton idée, si je me souviens bien.
- Oui bon, ça va. Pour quand on sera sortis, t'as une piste ?
- Bah, y a toujours Miteyh.
- Pas faux. Mais tu crois qu'il se souvient de nous ?
- Y a intérêt.
- Et qu'il aura vraiment du boulot pour nous ?
- Y a intérêt.
- Tu te répètes. Mais ouais, ça me va. Je suis jamais allée en Norlende. On passe par l'Assyrie, du coup ?
- Ouais, en longeant le fleuve.
- On en a au moins pour trois mois de voyage, là. Serait peut-être temps d'investir dans des montures, non ?
- Je n'ai pas besoin de monture, personnellement. J'ai assez de ressources pour courir plusieurs jours de suite. Toi tu fais ce que tu veux, mais je me demande bien où tu vas trouver ton argent. »
   Là, il marque un point. Et je n'irai pas jusqu'à en voler une, ça ferait trop plaisir à ceux qui traitent les Likoos de voleurs et de vagabonds.
« Sinon, on pourrait voyager sur le fleuve. Genre en escortant une barge.
- Pas bête. Mais pas sûr que ce soit beaucoup plus rapide.
- Bah au moins on serait logés et nourris.
- Ouais. Faut voir. »
   Je finis ma racine (juteuse, piquante et âpre) et je sors du terrier Faerg. Le soleil pointe à l'horizon et les dunes de sable ont des ombres fantasmagoriques. Il fait très froid. Godjo me rejoint, le sac sur le dos, et nous partons sans demander notre reste. La frontière n'est pas trop loin, et j'ai déjà hâte d'avoir quitté cet endroit.

***

Godjo

   Ça me fait bizarre d'être de nouveau ici après toutes ces années. Ça ne m'avait pas vraiment manqué, mais pourtant je ressens un petit pincement au cœur en regardant le soleil se lever entre les dunes, et faire miroiter les constructions un peu partout. Je n'aime pas tellement mon peuple et son obsession martiale, mais pour moi Faerg'Na est le plus beau pays du monde.
Il nous faudra bien encore deux jours avant d'atteindre un climat plus doux. La marche sous le cagnard n'est pas un problème pour moi, mais je fais des pauses aux heures les plus chaudes pour ménager Jana. Nous remplissons nos gourdes aux quelques puits que je repère, et nous nous couchons le soir dans un abri. Le matin, on lève le camp aux aurores pour profiter des heures fraîches.

***

Jana

   Quand, enfin, au bout de quatre jours, nous retrouvons une terre un peu plus normale (avec de l'herbe, des vrais buissons, ce genre de chose) et que j'aperçois même quelques arbres, j'ai presque envie de sauter de joie. Les journées se font plus fraîches et les nuits plus douces au fur et à mesure que nous nous approchons du fleuve Assyr. On commence à croiser des voyageurs, qui nous regardent d'un drôle d'air (notre duo fait souvent cet effet là).
   Un matin, on se fait dépasser par une caravane Likoo, tapageuse et agitée. J'adore ce côté de mon peuple, que j'ai peu connu.
Ma caravane est entrée dans le marais alors que j'étais encore toute petite ; je savais à peine marcher. Quand j'ai quitté le village, mon premier réflexe a été de rejoindre une caravane Likoo, et j'y ai passé plusieurs lunes. Grâce à eux, j'ai découvert le monde, le commerce et le voyage, mais surtout le rire, les chants et les danses. La vie, quoi. Quand ils ont décidé de monter une entourloupe et que j'ai senti que ça tournait au vinaigre, j'ai essayé de les avertir. Sûr de lui, le chef m'a ri au nez. J'ai fini par m'éclipser un matin avec mes affaires, et je ne les ai plus revus. Je crois qu'ils se sont fait attraper. Ils me manquent un peu, parfois.
   Quoi qu'il en soit, je salue avec joie la caravane. Ils me hèlent et m'invitent à les rejoindre pour un bout de chemin. Je jette un œil à Godjo, qui me sourit :
« Vas-y, je te rattraperai au port de Thenys, si tu veux.
- Tu pourrais venir, non ?
- Non, ne t'inquiète pas. Je suis mieux tranquille. »
   Un peu déroutée, je le salue de la main et cours rejoindre les Likoos.
Les présentations sont rapidement faites. C'est un groupe d'une quinzaine de personnes dont quatre enfants, répartis sur trois roulottes et deux poneys montés. Je m'installe sur le banc de la roulotte de tête, déjà occupé par une vieille dame somnolente et un jeune homme qui tient les rênes. Plutôt bien fait de sa personne, le dénommé Nutsu m'accueille d'un hochement de tête et d'un franc sourire :
« Salut ! Jana c'est ça ? Alors, soulagée d'être enfin débarrassée de ce balourd ?
- Pardon ?
- Bah, je sais pas ce que tu fabriquais avec un Faerg, mais ça devait pas être marrant, ça c'est sûr ! Heureusement qu'on était là ! Alors, tu fais partie d'un caravane ? »
   Celui là, il va vite m'énerver.
« Godjo est mon ami. Tu ferais mieux d'arrêter tes conneries ou on va pas s'entendre. »
   Il semble accuser le coup et reprend plus doucement :
« Ça va, te fâche pas. C'est pas contre lui, mais bon c'est quand même connu que les Faergs pensent qu'à se battre et sont pas futés. Je dis pas ça méchamment, hein. Ils ont aussi leurs bons côtés ; on est bien contents de les avoir quand il y a des bandits. »
   Et il me gratifie de nouveau d'un sourire, que je trouve bien moins charmant que le premier.
« Godjo n'est pas un gros balourd qui ne pense qu'à se battre. Excuse-toi ou je m'en vais tout de suite. »
   La petite vieille ne devait pas dormir bien profondément puisqu'elle se met à ricaner :
« Voilà une jeune fille bien vindicative. Pourquoi défends-tu ce Faerg ? Est-ce qu'il te menace ? Ou bien il te paye pour être sa servante dévouée ? J'ai entendu dire que certains d'entre eux avaient un penchant pour les jeunes Likoos...
- Quoi ? Mais n'importe quoi ! Nier T'sa ! Je me casse, bon vent ! »
   Je saute à terre plutôt que de mettre mon poing dans la face fripée de l'aïeule. Pas question de rester une minute de plus avec ces débiles. Le reste de la caravane me hèle en me dépassant. Pour toute réponse, je crache par terre sur leur passage et je laisse Godjo me rattraper. Il s'approche avec un sourire contrit et s'arrête devant moi. Je fulmine mais reste sans bouger, le regard baissé.
« Allez, grimpe, si tu veux. » fait-il en s'accroupissant.
   Soulagée, je me juche sur ses épaules et il reprend sa marche. Bercée par ses pas, je me calme un peu et tout à coup, les larmes me montent aux yeux.
« J'ai honte, Godjo.
- Honte ?
- Honte des miens. Je ne pensais pas qu'ils seraient comme ça.
- Moi, si. Et tu aurais dû t'en douter. »
   Il a raison, bien sûr. J'espérais bêtement que mon peuple serait meilleur, différent. Je rumine un moment en imaginant les répliques cinglantes qui les auraient remis à leur place.
« Jana ?
- Quoi ?
- Merci. »
   Je reste interdite. Son pas continue comme si de rien n'était. Je pourrais jurer qu'il sourit.

   Le soir venu, une surprise nous attend : la caravane Likoo a établi son campement assez tôt et nous les rejoignons à la tombée de la nuit, à l'orée de la forêt. Je me dis même qu'ils l'ont fait exprès quand je vois Nutsu qui nous attend au milieu du chemin.
En fait, il nous barre presque le passage. Je serais bien passée en l'ignorant royalement mais Godjo s'arrête poliment, donc je reste à ses côtés.
« Écoutez, Jana, Godjo. Je suis désolé pour ce que j'ai dit tout à l'heure. C'est vrai que je pense ça des Faergs, mais après j'ai réfléchi et je me suis rappelé de ce que je ressens quand on traite les Likoos de va-nu-pieds et de voleurs. Je me sens stupide et j'aimerais me faire pardonner. J'ai demandé à la caravane qu'on vous accueille pour la nuit. Il y a suffisamment à manger et à boire. Si vous êtes d'accord... ».

***

Godjo

   Ça, c'est un sacré revirement. Les oreilles de Jana, couchées de mécontentement jusqu'ici, se redressent et frémissent presque imperceptiblement. J'ai un petit rire et m'adresse au jeune Likoo :
« Bien sûr, je suis honoré de cette invitation et serai ravi de me joindre à vous ce soir. Jana semble d'accord également. »
   Je me délecte de l'expression étonnée qu'il affiche en m'entendant prononcer une phrase correcte, polie et intelligible. Il se reprend rapidement et nous guide jusqu'aux deux feux de camp. Près du plus petit, un vieillard touille le contenu d'une énorme marmite. Il nous regarde passer d'un œil torve. Pour moi, c'est une première. J'ai déjà escorté une ou deux fois des caravanes, mais ils ne m'ont jamais accueilli parmi eux. Je pose nos affaires dans un coin et je regarde autour de moi. C'est très actif. Certains discutent ou se disputent en montant les tentes, d'autres chantent ou jouent de la musique. Les enfants se courent après, se faufilant entre les adultes. Jana est déjà partie, discutant un peu et riant avec tout le monde. Elle semble heureuse, épanouie. Je reste debout dans mon coin, comme un ours pataud au milieu des souris. Heureusement, je vois Nutsu me faire signe de m'asseoir près du feu principal, où déjà on commence à s'assembler.

***

Jana

   Les rires, les gens qui s’activent en discutant, les enfants qui courent... j'adore cette ambiance ! Il fait nuit noire, à présent, et il commence à faire froid. Tout le monde se rassemble autour du grand feu. Godjo est déjà assis, un plat creux à la main pour lui servir de bol. La vieille est en train de servir l'alcool de serri. Les musiciens démarrent un air joyeux et entraînant, poussant quelques personnes à se lever et former un cercle de danse. Nutsu s'avance vers moi et me tend la main :
« Tu viens danser ?
- Bien sûr ! »   
   Je ne sais pas vraiment danser, mais pas question que ça m'empêche de m'amuser ! Je fais un signe à Godjo qui me répond en hochant la tête.

***

Godjo

   Je sens quelque chose qui tapote ma jambe. C'est une petite Likoo qui me regarde avec de grands yeux :
« Pourquoi t'es tout grand et orange et gros ?
- C'est comme ça que sont les Faergs.
- T'es un Faerg ? Une fois, j'ai vu un Faerg, ben il était moins gentil que toi. Il parlait jamais et il faisait tout le temps du boudin.
- Ah oui, c'est possible.
- Ben moi, je...
- Linu ! Linu ! Tu viens on va jouer à qui saute le plus loin !
- J'arrive ! »
   Et la voilà partie. À part les enfants et Nutsu, les autres ont quand même l'air de se méfier un peu de moi. Enfin, aucune insulte n'a encore fusé. Seuls les vieux semblent vraiment m'avoir dans le nez. Je renifle le breuvage qu'on m'a servi. Apparemment, c'est de l'alcool, et les Likoos y vont de bon cœur. Dubitatif, je trempe mes lèvres et tente une petite gorgée. Pas mauvais, ma foi. Jana danse toujours, de manière désordonnée et pleine d'entrain. Nutsu lui tourne autour comme une mouche sur du miel mais elle ne semble pas y accorder particulièrement d'attention.
 Un homme d'âge mûr s'adresse à moi :
« Ça fait longtemps que vous vous connaissez ?
- Oh, oui, quelques années maintenant. On va de ci, de là et on fait des petits boulots
- Vous êtes mercenaires, en somme. Vous pouvez le dire, je n'ai pas d'à priori. Moi aussi j'ai eu ce genre de vie à une époque, jusqu'à ce que je prenne un coup de lance dans l'épaule et que je décide de plutôt faire une famille. En tout cas, c'est un drôle de duo que vous formez.
- Oui. Bah, c'est Jana qui est venue vers moi, en fait. Directe comme à son accoutumée.
- Elle me rappelle un peu ma fille... » fait-il, songeur.
 Soudain distant, il s'éloigne en m'adressant un signe de la main. Le petit vieux distribue le repas, un mélange de céréales et d'un peu de légumes. En me servant, il me jette un regard franchement hostile et secoue la tête. Je suis presque étonné qu'il n'ait pas craché dans mon bol.
« Excusez le, il a vécu pas mal de mauvaises expériences avec des Faergs dans sa jeunesse. » me glisse une jeune femme.
 Je hoche la tête et goûte prudemment la nourriture. Ça ne m'a pas l'air empoisonné et je commence à manger avec appétit. Le reste de la soirée se déroule sans anicroche, à part pour Nutsu qui se fait gentiment rembarrer en devenant un peu entreprenant avec Jana.
 Le lendemain, nous nous quittons en bons termes. Je ne me suis pas trop ennuyé, finalement, mais je suis bien content de retrouver ma tranquillité – et ma partenaire.

***

Jana

 Je suis un peu triste de leur dire au revoir, mais il faut avouer que je me suis habituée à vivre sur les routes, seule avec Godjo. Et puis, Nutsu commençait à devenir franchement envahissant.



*****************


Ruhr'Natsaen

 Le jour commence à décliner et nous n'avons pas encore atteint l'auberge. Nous ne sommes plus très loin, je crois. Cela fait plusieurs semaines que nous sommes dans ce pays, et les paysages sont inhabituels. Je regarde partout autour de moi, la faune et la flore, l'agencement du terrain, l'attitude et l'activité des gens des différentes peuplades que nous croisons. Après tout, mon monde est tout aussi passionnant que Ruhion.
« D'après mes estimations, nous atteindrons l'auberge pile à la tombée de la nuit. Cela te convient-il, Natsaen ?
- Très bien. Je te fais confiance, Rouge. »
 C'est pure politesse de le préciser, bien sûr. Rouge ne vit que pour moi et pour me protéger. Elle est ma guide, mon bouclier, ma mère, mon amante parfois. Sans elle, je ne suis rien. Et bien qu'elle ne fasse pas partie des Lyssaedren, comme la plupart des Gardiens, elle accomplit sa tâche avec autant de dévotion et d'efficacité que les nôtres. Autant dire que je lui fais confiance aveuglément et en toute circonstance. J'aime ce sentiment ; je me demande comment font les autres, ceux qui ne sont pas Ruhr, pour vivre sans Gardien à qui accorder cette confiance absolue. On doit se sentir terriblement seul et perdu. C'est cela, plus que ma condition privilégiée de Ruhr, qui me fait poser un regard compatissant sur ceux que je croise.
 J'aime me rappeler du jour de notre rencontre.
C'était, bien évidemment, lors de la Cérémonie d'investissement de la nouvelle génération de Ruhr, dont je faisais partie. Nous avions appris à maîtriser nos capacités, nous avions appris à respecter l'étiquette, formuler de belles phrases dans plusieurs langues. Nous avions appris tout ce qu'on pouvait savoir sur les peuplades de Ruhion, mais également sur celles de Nihour, notre propre monde. Nous avions passé les tests, nous étions prêts à exercer la fonction de Ruhr, aller parlementer, commercer et échanger avec les Ruhians.
 J'avais neuf ans.
La cérémonie commençait par le Choix. Nous étions rassemblés, nous les futurs Ruhr, en demi-cercle le long du mur, en face des futurs Gardiens, bien plus nombreux que nous. On nous avait expliqué qu'on ne pouvait pas prendre le risque qu'un Ruhr ne trouve pas de Gardien, tandis qu'un Gardien non choisi pouvait juste revenir la fois suivante. Donc, nous étions cinq futurs Ruhr face à une trentaine de Gardiens. C'était assez impressionnant, vu mon jeune âge et ma carrure, de voir tous ces guerriers debout, stoïques, qui nous fixaient depuis l'autre côté de l'arène. Mais au milieu de l'océan bleu Lyssaedren, détonnait une tache rouge vif : c'était une femme, aussi grande que ses collègues mais plus sèche, à la musculature subtilement différente, et au visage plus rude. Certainement une Turnec.
 Nous nous avançâmes vers eux sur invitation du Conseil. Chacun se dirigea vers un Gardien, plus ou moins au hasard, pour l'observer ou échanger quelques mots avec lui. Moi, je me dirigeai tout droit vers la femme rouge.
« Bonjour.
- Bonjour. »
Elle avait les yeux jaunes et les pupilles fendues. Je n'avais encore jamais vu de Turnec autrement qu’en illustration. Je lui arrivais à peine à la poitrine. Musclée et élancée, elle portait la tenue bleu nuit traditionnelle du Gardien. Deux longs poignards recourbés étaient fixés de part et d'autres de ses hanches. Ainsi, c'était ses armes. Je l'imaginais déjà voltigeant et bondissant sur ses adversaires, leur plantant ces crocs de métal dans le corps. Rapide et meurtrière, voilà comment elle m'apparaissait. Mais je n'avais pas peur.
« Comment t'appelles-tu ?
- Mon nom n'a pas d'importance.
- Comment t’appelles-tu ?
- Mon nom est Rouge.
- C'est un nom étonnant, pour une Turnec. Pourquoi es-tu devenue Gardienne ?
- Il y a trop de raisons pour toutes les énoncer ici. Je pourrai t'en parler plus, si tu me choisis. Sinon, c'est que ça n'avait pas d'importance.
- Tu es intéressante, Rouge. »
 Je plantai mes yeux dans les siens et elle ne détourna pas le regard. Quelque chose passa entre nous, du moins j'en eus le sentiment. Et là, je vis ce que j'espérais. Ce que j'avais toujours cherché sans le savoir. De la force, bien sûr ; de la volonté, sans doute. De l'amour, je ne sais pas. Mais de la fiabilité. Cette confiance qu'elle plaçait d'emblée en moi et que je savais pouvoir lui accorder. Cette certitude qu'elle serait toujours là pour moi, sans vaciller, sans faillir. J'avais beau être encore un enfant, je ressentais tout cela et j'avais l'impression que l'on se comprenait mutuellement. Je restai devant elle jusqu'à ce que chacun de mes camarades aient eux aussi choisi leur Gardien, cette partie de la cérémonie se termina. Les Gardiens non choisis s'en allèrent, et le Lien débuta. Un par un, chaque binôme alla se placer devant la Grande Prêtresse. Chacun confirma souhaiter se lier à l'autre pour sa vie entière, le Gardien tout spécialement, dédiant son corps et son âme à son Ruhr. Ensuite vint le Nommage : chaque Ruhr donna un nouveau nom à son Gardien. Ce dernier prêtait le Serment d'honorer ce nom toute sa vie. Cela le liait plus sûrement qu'une corde, empêchant toute trahison. Enfin, chacun recevait sa partie d'amulette et le binôme s'en allait, laissant la place aux suivants. Quand nous sortîmes, Rouge me demanda :
« Pourquoi m'avoir laissé mon ancien nom ?
- Je ne sais pas. Je trouvais ça injuste que tu doives changer de nom, et puis il te va bien. »
Une question me brûlait les lèvres, mais j'hésitais à la formuler. Elle posa alors la main sur mon épaule :
« Oui, je suis heureuse que tu m'aies choisie, Ruhr'Natsaen. »

 Je dois avoir un air vague, car j'entends Rouge m'interpeller :
« Qu'y a-t-il ?
- Je repensais au jour où nous nous sommes rencontrés. »
Sans même la regarder, je devine qu'elle secoue la tête. Ma Gardienne n'est pas du genre à rêvasser au passé.

Nous atteignons l’auberge exactement à la tombée de la nuit, comme Rouge l’avait prévu. En entrant, je souris d’un air tranquille, salue le tenancier et demande une chambre pour deux. Pas le temps d’observer ou de discuter pour le moment, nous montons immédiatement.
Une fois bien installés, nous préparons le Rituel. Rouge a sorti les craies et met les herbes à brûler pendant que je dessine le pentacle autour de moi. Elle fait de même pour le sien, plus petit et jouxtant le mien. Je m'assoies au centre de mon cercle en même temps qu'elle, et nous amulettes se mettent à briller.
« A bientôt, Rouge. On se retrouve à Thenys. »
Elle hoche la tête et je ferme les yeux. J'ai beau faire ça depuis quelques années maintenant, je ressens toujours ce petit pincement d'excitation à chaque fois. Je sens le monde commencer à tourner autour de moi. Les sons et les odeurs se mélangent. L'espace d'un instant, j'entends distinctement deux clients se disputer en bas dans la salle commune, et je perçois le soupir ténu d'un homme et d'une femme dans une chambre voisine. La fumée des herbes m'emplit les narines, et pourtant je sens aussi les effluves de leur étreinte, le ragoût qui mijote dans la marmite en bas et les latrines près de l'écurie. Ma tête se met à tourner, je sens les sons et j'entends les odeurs.
Puis plus rien.

Je rouvre les yeux. Je suis dehors. L'aube pointe à peine dans cette atmosphère étrangement grise. Je ne m'y ferai jamais totalement.

Ruhion.
« Modifié: 07 octobre 2022 à 22:14:19 par Ambriel »
Mais les copains suivaient le sapin le coeur serré
En rigolant, pour faire semblant de ne pas pleurer
Et dans nos cœurs pauvre joueur d'accordéon
Il fait ma foi beaucoup moins froid qu'au Panthéon

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Nocte

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Re : Godjo
« Réponse #1 le: 04 janvier 2016 à 01:08:20 »
Salut.

Jana s'engagea dans le boyau,
Si tu l'appelait Janna, cela signifierait Paradis en arabe  :D

Museau dressé, crinière aux vents et oreilles frémissantes, elle m'avait lancé :
« Le travail d'équipe, ça te tente ? »
Je ne sais pas pourquoi, ce passage fait très MMO.


J'ai bien aimé !
Cela se laisse apprécier facilement. J'aurai préféré un peu plus de contexte, quelques obstacles avant qu'ils n'atteignent leur objectif, mais le peu de temps que j'ai passé avec le duo fut plaisant, je voudrais bien les côtoyer davantage.
Merci pour la lecture !  :)


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Re : Godjo
« Réponse #2 le: 04 janvier 2016 à 19:44:12 »
Yop,

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j'étais aussi discret que Jana était bruyante ; c'est à dire pas du tout.
J'aime bien  ^^

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ça, on s'y connaissait.
s'y ? Connaissait tout court passait mieux je pense  :\?

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une ville complètement hétéroclite.
y'avait un langage un peu simplifié qui s'installait, et ca fait un peu bizarre le hétéroclite pour le coup, mais euh que mettre d'autre...

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folichones
folichonnes

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celle-cis
ci


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dont une complète !
complète? Hmm comprends pas bien. Dont une question peut être plutôt?

C'était sympa !! Sans en dire trop t'arrives super bien à faire ressentir l'ambiance du monde où ca se passe et du duo, qui fonctionne vraiment bien, et le fait que la quête semble commencer à partir du moment où ils trouvent l'objet mystique ca donne un côté frai et calme aussi, mixé de tout est encore possible (j'ai la sensation que la même scène avec le point de vue de la petite fille n'aurait pas eu la même... je sais pas, calme insousciance?), enfin ouaip voilà on a envie d'en savoir plus (désolé je voulais éviter de dire ca mais bon...  :mrgreen:)


++ !
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

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Re : Re : Godjo
« Réponse #3 le: 04 janvier 2016 à 21:16:23 »
Nocte :

Salut.
Jana s'engagea dans le boyau,
Si tu l'appelait Janna, cela signifierait Paradis en arabe  :D

Museau dressé, crinière aux vents et oreilles frémissantes, elle m'avait lancé :
« Le travail d'équipe, ça te tente ? »
Je ne sais pas pourquoi, ce passage fait très MMO.


J'ai bien aimé !
Cela se laisse apprécier facilement. J'aurai préféré un peu plus de contexte, quelques obstacles avant qu'ils n'atteignent leur objectif, mais le peu de temps que j'ai passé avec le duo fut plaisant, je voudrais bien les côtoyer davantage.
Merci pour la lecture !  :)

Ok pour Janna ^^
et pour le MMO, euh, je sais pas >< Au niveau des races globalement peut-être, mais sinon je vois pas trop.

Merci beaucoup en tout cas ! Pour les obstacles je me suis fait la même réflexion mais justement je trouvais ça marrant d'arriver pile à la fin. Pour la suite peut-être :)



BenG :
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    une ville complètement hétéroclite.

y'avait un langage un peu simplifié qui s'installait, et ca fait un peu bizarre le hétéroclite pour le coup, mais euh que mettre d'autre...
Un langage un peu simplifié ? Tu veux dire de mon vocabulaire normal ?  :'(

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    dont une complète !

complète? Hmm comprends pas bien. Dont une question peut être plutôt?
Nan c'est juste que "Pas mal, gamine", grammaticallement c'est pas une phrase donc je me suis inconsciemment dit qu'on m'embêterait avec ça si je précisais pas  :mrgreen:


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C'était sympa !! Sans en dire trop t'arrives super bien à faire ressentir l'ambiance du monde où ca se passe et du duo, qui fonctionne vraiment bien, et le fait que la quête semble commencer à partir du moment où ils trouvent l'objet mystique ca donne un côté frai et calme aussi, mixé de tout est encore possible (j'ai la sensation que la même scène avec le point de vue de la petite fille n'aurait pas eu la même... je sais pas, calme insousciance?), enfin ouaip voilà on a envie d'en savoir plus (désolé je voulais éviter de dire ca mais bon...  :mrgreen:)
Caycool  :) merci ! Je vais peut-être écrire une suite, moi aussi j'aime bien ce duo.
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Re : Godjo
« Réponse #4 le: 04 janvier 2016 à 21:45:31 »
Je parle de 'ca m'allait', 'm'étais' etc, pas simplifié mais la facon de s'exprimer de godjo est -j'avais dit simplifié pour pas dire familier parce que c'est pas ce vocabulaire non plus- raccourci? Plus oral? Bref non le vocabulaire n'est pas simpliste  :D
Me sens toujours pas clair  : en gros quand je voyais l'image du gros bonhomme arriver en ville, je l'imaginais pas se dire 'tiens c'est vachement hétéroclite par ici', mais j'suis ptet raciste avec les Faerg  :huhu:

Hm, en tant que phrase oral, ca m'aurait jamais choqué en tout cas  ^^
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Re : Godjo
« Réponse #5 le: 05 janvier 2016 à 00:08:30 »
Je parle de 'ca m'allait', 'm'étais' etc, pas simplifié mais la facon de s'exprimer de godjo est -j'avais dit simplifié pour pas dire familier parce que c'est pas ce vocabulaire non plus- raccourci? Plus oral? Bref non le vocabulaire n'est pas simpliste  :D
Me sens toujours pas clair  : en gros quand je voyais l'image du gros bonhomme arriver en ville, je l'imaginais pas se dire 'tiens c'est vachement hétéroclite par ici', mais j'suis ptet raciste avec les Faerg  :huhu:

Hm, en tant que phrase oral, ca m'aurait jamais choqué en tout cas  ^^

Ouais, raciste ! Les Faerg parlent pas beaucoup mais ils savent se servir de leur tête hein  :huhu:. Enfin, Godjo sait en tout cas.
Mais ouais je vois ce que tu veux dire du coup ^^

Pour la suite je sais pas trop, parce que me lancer dans un roman ce serait du suicide (j'ai jamais fini de vrai roman et j'en ai encore deux sur le feu là (sans compter un vieux du lycée). Par contre je pourrais faire une novella ou bien une suite de textes de ce genre de quelques pages, qui raconteraient des épisodes de leurs vies...
Non ?
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Re : Godjo
« Réponse #6 le: 05 janvier 2016 à 00:41:22 »
J'ai beaucoup aimé ce duo de personnages. Le langage utilisé, je l'ai trouvé adapté au caractère enfantin du personnage de Jana et a celui de Godjo (qu'on suppose peu être un peu moins subtil), adapté à la familiarité qu'il y a entre eux. En quelques phrases on plonge très vite dans cet univers. Je me suis fais plaisir dans ce texte et j'aurais bien apprécier passer plus de temps avec eux.

Ce qui ma posé problème :
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« Elle est glacée, ça fait du bien. Bon, allez. »
Elle se jucha sur mon dos et je m'engageai dans le courant. L'eau m'arrivait à peine au genou.
Pour moi le "raccourci" est assez mal venu. Il manque... je sais pas une étape narrative, une phrase "lien" bref un morceaux qui jointe un peu mieux le "oh l'eau et froide " et "hop sur les épaules". C'est une question de rythme, j'ai du mal à l'expliquer mais j'ai l'impression d'un "petit saut" en avant.  :)
(Oui je sais parfois je suis une personne compliquée  :D )

Je dois dire que "commencer" est toujours facile, créer, ajouter, monter un petit monde ça va vite. Le plus dur bien sûr, et là je te rejoins, c'est de durer sur le long terme, d'envisager les choses en grand  :) . La rédaction sous formes d'épisodes courts je m'y essaye en ce moment. Je dois dire que c'est assez déroutant mais cela à le mérite d'avoir certains avantage comme définir un début, une fin et s'en tenir à une scène précise ou deux. On se concentre mieux, on vit "l'étape" plus symboliquement que pour un roman a chapitres. Bref si tu est tenté, moi je te suis  :)
Ningen soto, bakemono naka...."Irrécupérablement vôtre"
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Re : Godjo
« Réponse #7 le: 05 janvier 2016 à 11:20:48 »
JigoKu Kokoro :

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Ce qui ma posé problème :
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    « Elle est glacée, ça fait du bien. Bon, allez. »
    Elle se jucha sur mon dos et je m'engageai dans le courant. L'eau m'arrivait à peine au genou.

Pour moi le "raccourci" est assez mal venu. Il manque... je sais pas une étape narrative, une phrase "lien" bref un morceaux qui jointe un peu mieux le "oh l'eau et froide " et "hop sur les épaules". C'est une question de rythme, j'ai du mal à l'expliquer mais j'ai l'impression d'un "petit saut" en avant.  :)
C'est pas faux, et pourtant le "bon allez" était déjà rajouté dans ce but ^^ Mais je me disais qu'en décrivant chaque parole et chaque mouvement ça allait vite devenir saoulant. Mais je suis d'acc, je vais voir.


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J'ai beaucoup aimé ce duo de personnages. Le langage utilisé, je l'ai trouvé adapté au caractère enfantin du personnage de Jana et a celui de Godjo (qu'on suppose peu être un peu moins subtil), adapté à la familiarité qu'il y a entre eux. En quelques phrases on plonge très vite dans cet univers. Je me suis fais plaisir dans ce texte et j'aurais bien apprécier passer plus de temps avec eux.

Cool  :)
Après je vois pas Jana comme hyper enfantine ni Godjo comme pas subtil, mais enfin c'est ma vision ^^. En tout cas Jana pour moi c'est une ado ou une jeune ado, pas une gamine non plus ^^

Je vais peut être essayer des épisodes courts du coup  :) Ca me tente bien et quand j'y pense, ça serait peut être la manière la plus simple pour moi pour écrire un semblant de roman x)


Merci de ton passage !
Mais les copains suivaient le sapin le coeur serré
En rigolant, pour faire semblant de ne pas pleurer
Et dans nos cœurs pauvre joueur d'accordéon
Il fait ma foi beaucoup moins froid qu'au Panthéon

- Georges Brassens -

Hors ligne Navezof

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Re : Godjo
« Réponse #8 le: 05 janvier 2016 à 13:39:07 »
Très sympathique, l'histoire est un peu convenu mais j'accroche beaucoup aux personnages.  Le rythme est bien tenu, les souvenirs et l'actions présente s’enchaînent de façons fluide. Par contre, je trouve que le présent aurait mieux collé au récit, plutôt que le passé.

Citer
Je vais peut être essayer des épisodes courts du coup  :) Ca me tente bien et quand j'y pense, ça serait peut être la manière la plus simple pour moi pour écrire un semblant de roman x)
Il y a également le format de light novel qui pourrait bien passer je pense :)
« Modifié: 05 janvier 2016 à 13:49:47 par Navezof »
Raw Raw the powah, I guess?

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Re : Godjo
« Réponse #9 le: 05 janvier 2016 à 15:32:54 »
Salut !

C'est le premier texte de toi que je commente  :)

Citer
Elle aurait intérêt à trouver la sortie, ou je ne ferai qu'une bouchée de cette Likoo.
Je trouve la conjugaison étrange, mais ça ne veut rien dire hein, c'est peut-être une forme dont je n'ai pas trop l'habitude.
J'aurais perso mis "Elle avait intérêt à trouver la sortie, ou je ne ferais qu'une bouchée de cette Likoo". Et encore, j'hésite sur la conjugaison du verbe faire ^^

Citer
Mais ça m'allait pas du tout
J'ai toujours eu du mal avec l'absence de négation.
Edit : après avoir lu la suite, je trouve que ça passe bien finalement :)

Citer
Ca avait duré
Cédille qui manque ; mais je sais pas non plus comment on fait  :mrgreen:

Citer
Au centre poussait le plus grand arbre que j'ai jamais vu
j'aie ?

Citer
Au centre poussait le plus grand arbre que j'ai jamais vu, au tronc énorme, aux branches tortueuses et aux fruits ronds, d'un blanc bleuté lumineux
Le blanc bleuté lumineux s'applique aux fruits ou à l'arbre ? Si c'est aux fruits, la virgule avant est à mon avis inutile.

Citer
Jana courut presque sur les derniers mètres, tendit la main vers un fruit…
   « Stop ! » grondai-je.
… et s'arrêta juste avant de le toucher.
J'aime bien cet effet des trois points de suspension (ils portent bien leur nom du coup).

Hop, fini !

Je ne sais pas trop ce que je pourrais dire de plus : comme mes camarades, j'aime bien le récit qui fait progresser l'action tout en posant le contexte général de ton univers, c'est cool :)
Ensuite, j'aime bien Godjo ; un militaire dans un univers fantasy, je trouve que ça peut donner des trucs intéressants (je sais pas trop comment m'expliquer, je trouve que ça fait un peu mélange de genres, mais je pense que je suis allé trop loin dans mon délire :mrgreen: ).

A + !

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Re : Godjo
« Réponse #10 le: 05 janvier 2016 à 18:30:35 »
Salut !

Citer
avait des relents de moisi.

Pas fan de cette formulation

Citer
ville complètement hétéroclite.

T'as de niveaux de langage là et ça va pas bien ensemble

Citer
mais la concurrence était rude, dans le coin.

Virgule en trop.
Je comprends pas trop comment il devient mercenaire alors que l'armée ça lui plait pas.

Citer
une rivière souterraine, qui traversait

Sûre de ta virgule ?

Chouette texte ! Alors oui c'est court mais je trouve qu'il peut se suffire en lui-même. Je me suis attaché aux persos juste ce qu'il faut, les explications étaient bien dosées pour effleurer le monde sans nous assommer.

J'aime bien le titre aussi.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Re : Godjo
« Réponse #11 le: 05 janvier 2016 à 18:36:15 »
Hey,
Nave :
Très sympathique, l'histoire est un peu convenu mais j'accroche beaucoup aux personnages.  Le rythme est bien tenu, les souvenirs et l'actions présente s’enchaînent de façons fluide. Par contre, je trouve que le présent aurait mieux collé au récit, plutôt que le passé.

Citer
Je vais peut être essayer des épisodes courts du coup  :) Ca me tente bien et quand j'y pense, ça serait peut être la manière la plus simple pour moi pour écrire un semblant de roman x)
Il y a également le format de light novel qui pourrait bien passer je pense :)
Pour le passé/présent j'ai hésité aussi après coup, mais ça m'allait comme ça. Je verrais si je change d'avis. Pour l'histoire, j'ai effectivement pas cherché l'originalité, c'était pas mon but.
Merci à toi ! :)


Hey exta,

Citer
C'est le premier texte de toi que je commente  :)
Faut un début à tout : )

Citer
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    Elle aurait intérêt à trouver la sortie, ou je ne ferai qu'une bouchée de cette Likoo.

Je trouve la conjugaison étrange, mais ça ne veut rien dire hein, c'est peut-être une forme dont je n'ai pas trop l'habitude.
J'aurais perso mis "Elle avait intérêt à trouver la sortie, ou je ne ferais qu'une bouchée de cette Likoo". Et encore, j'hésite sur la conjugaison du verbe faire ^^
J'ai bugué sur cette phrase aussi. j'ai mis "elle aurait" car "elle avait", dans un texte au passé, va correspondre au présent du narrateur alors que moi je veux dire "elle va devoir trouver la sortie quand on en aura fini". Et pour le "je ne ferais" je suis d'accord par contre

Citer
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    Ca avait duré

Cédille qui manque ; mais je sais pas non plus comment on fait  :mrgreen:
  :-¬?

Citer
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    Au centre poussait le plus grand arbre que j'ai jamais vu

j'aie ?
hum non je pense pas ? Si  ? ou peut-être j'avais. Je sais plus écrire au passé  :'(


Citer
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    Au centre poussait le plus grand arbre que j'ai jamais vu, au tronc énorme, aux branches tortueuses et aux fruits ronds, d'un blanc bleuté lumineux

Le blanc bleuté lumineux s'applique aux fruits ou à l'arbre ? Si c'est aux fruits, la virgule avant est à mon avis inutile.
ça se tient

Citer
Ensuite, j'aime bien Godjo ; un militaire dans un univers fantasy, je trouve que ça peut donner des trucs intéressants (je sais pas trop comment m'expliquer, je trouve que ça fait un peu mélange de genres, mais je pense que je suis allé trop loin dans mon délire :mrgreen: ).
ouais, je crois que je vois ce que tu veux dire. Mais il est pas tant que ça militaire vu qu'il a déserté me semble. Faut que je bosse son background ^^
Merci !



Loic :

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    avait des relents de moisi.

Pas fan de cette formulation
Allons bon. 'vais voir c'que j'peux faire

Citer
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    ville complètement hétéroclite.

T'as de niveaux de langage là et ça va pas bien ensemble
wé wé

Citer
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    mais la concurrence était rude, dans le coin.


Virgule en trop.
Je comprends pas trop comment il devient mercenaire alors que l'armée ça lui plait pas.
Je vois pas en quoi elle est en trop ma virgule, mais bon je peux l'enlever si elle gêne. Et être mercenaire et travailler dans l'armée ça n'a rien à voir. Et par mercenaire j'entends le terme large ; je devrais peut être dire "petits boulots" mais bon XD

Citer
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    une rivière souterraine, qui traversait

Sûre de ta virgule ?
Ca me paraissait bien perso


Merci !
« Modifié: 05 janvier 2016 à 18:38:31 par Ambriel »
Mais les copains suivaient le sapin le coeur serré
En rigolant, pour faire semblant de ne pas pleurer
Et dans nos cœurs pauvre joueur d'accordéon
Il fait ma foi beaucoup moins froid qu'au Panthéon

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Re : Godjo
« Réponse #12 le: 03 février 2016 à 15:58:58 »
Hello, debut prometteur. Vocabulaires recherche's, personnages intriguants, tu plantes partiellement le decor, bref pas mal du tout.
"ou je ne sais quoi. " je tique un peu sur ce bout de phrase qui colle pas avec le style du reste. :-¬?
Je suis assez d'accord sur le fait que quelques virgules sont de trop.

Hors ligne Ambriel

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Re : Godjo
« Réponse #13 le: 03 février 2016 à 16:01:54 »
Merci de ton passage !

Ok je vais essayer de revoir ce que tu as relevé  :)
Mais les copains suivaient le sapin le coeur serré
En rigolant, pour faire semblant de ne pas pleurer
Et dans nos cœurs pauvre joueur d'accordéon
Il fait ma foi beaucoup moins froid qu'au Panthéon

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Re : Godjo
« Réponse #14 le: 21 février 2016 à 18:55:28 »
Citer
la caverne était sombre, à peine piquetée de quelques champignons luminescents et de lucioles. L'air était humide et avait des relents de moisi. J'avais froid, j'étais engoncé dans ma combinaison, et mes lunettes renforcées, trop serrées, me donnaient mal au crâne. Elle aurait intérêt à trouver la sortie, ou je ne ferais qu'une bouchée de cette Likoo.   
Beaucoup de être et avoir dans ce paragraphe, du coup ça appauvrit un peu le style (alors que c'est pas le cas ensuite)

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le plus grand arbre que j'ai jamais vu
j'aie (subjonctif)

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« Pas mal, gamine. Et maintenant, où est la sortie ?
- Ouah, deux phrases consécutives ! Ca t'a vraiment chamboulé, hein ? » me charria-t-elle.
Haha !


C'est mignon ! On s'y sent, les personnages se dessinent bien, tu écris de façon super fluide.
Mais par contre, je suis restée sur ma faim : j'ai eu l'impression que c'était le début de quelque chose. Un début fort prometteur, mais du coup tout seul comme ça, il perd un peu de son intérêt, c'est dommage.
Mais si c'est un jogging, je le trouve réussi dans son genre :) (jogging au sens de petit texte écrit comme ça)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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