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13 juin 2021 à 09:29:46
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Auteur Sujet: Scipio vs Rachel  (Lu 202 fois)

Hors ligne sergent

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Scipio vs Rachel
« le: 10 mai 2021 à 11:39:58 »
 

Il était des mots bannis à Domina la Grande et sûrement en tête devaient venir repos et silence.   

Des bataillons d’esclaves étaient sortis des ergastules à la lueur des étoiles.   

Ils allaient portant des corbeilles, poussant des troupeaux, nettoyant les rues, rallumant les hypocaustes.   

Dans les grouillantes insulae, à la lueur des lampes à huile, la plèbe à peine mieux lotie quittait le lit peu après le chant du coq, mais bien avant que les rayons du soleil n'eussent réchauffé les ruelles.   Puis le ciel rosissait à l'horizon des collines de Labata.

Il éclairait frileusement les files de charrettes venues  des ports, des campagnes, ou des confins de l’empire.   

Aussi lentement que bruyamment elles s’en allaient vers le forum.

Enfin comme chaque jour, le soleil d'un coup se levait au-dessus du rempart de l'est entre la porte Tiburina aux couleurs sang et or et la Castra Praetoria.   

Déjà les cornus sonnaient la relève de la garde urbaine.   

Dans les quartiers riches, les posticum (entrées de service) des domus, depuis longtemps grandes ouvertes accueillaient leur lot d'habitués quêtant une faveur, de l'ouvrage, ou quelques has.

De riches citoyens matinaux, qu'aucune occupation n'appelait, se regroupaient nonchalamment sous les arcades colorées du Forum Caesaris, juste en face du nouveau bâtiment des curies.   L'immense place de marbre rose et blanc était tout à la fois un grand marché le matin, puis plus tard une mosaïque de velum abritant les terrasses des cafés, une nouvelle mode venue du Koushite.

Elles étaient le centre de la vie publique, le point de convergence de tous les ragots, de toutes les rumeurs de cette mégapole grouillante.

Nombreux étaient les étrangers qui ne connaissaient pas toujours les us et coutumes, ils encombraient l’esplanade on les repérait facilement par leurs hésitations et par les habits de leurs pays.   

Le forum toujours grouillant de vie jamais ne désemplissait ; Qu’un homme puissant voulut en faire la traversée, porté dans sa litière ou dans un kago ou même appuyé sur l'épaule d'un esclave favori, il lui fallait que des lecticaires lui frayassent un passage en menaçant, en poussant et souvent en frappant.   

Alors tout se passait comme si un navire fendait la multitude, tumulte et désordre devant, puis la foule se refermait derrière.

Beaucoup plus tard encore, Scipio titubant quittait un tripot à l'enseigne du cheval rouge, sur le placard de bois peint, on pouvait lire en lettres écarlates, en plus du nom : «Du vin, des jeux, des filles ». Un plaisantin avait barré « des filles » par la baise… qu’entendait-il par ce geste ?   

Le soleil pointant au bout de la ruelle l’aveugla, la cohue dans l'itinera l’abasourdit.

Devant lui deux gamins presque nus jouaient dans le caniveau central où un porc couinait, il les bouscula sans ménagement, ceux-ci le maudirent, lui faisant le signe des cornes.

Il voulut les talocher mais il chancela presque.   

Enfin s’appuyant au mur décrépi couvert de graffitis obscènes, il avança lentement titubant comme l’homme ivre qu’il était.

Difficilement, gêné de toute part, à cause d'une foule bigarrée et criarde il atteignit la fontaine de marbre qu'on appelait Aigua-Suspira.

Scipio s'y arrêta, chavirant, saoulé de vin et de bruit.   

Il repoussa sèchement les avances d'une des putains dépoitraillées qui agitait ses mamelles sous son nez.   

Il plongea la tête dans le bassin d'eau fraîche, s’ébroua.   

Tête basse, reniflant au-dessus de la vasque de marbre, il reprenait son souffle, lentement, par saccades, aussi haletant que s’il avait couru.   

L’eau mêlée de sueur gouttait.   

Il passa la langue sur ses lèvres. Elles avaient un goût de sel et de vin mêlés.   

Il replongea la tête dans le bassin, copie de pierre d’un énorme pecten (coquille st Jacques), s’ébroua encore plus vigoureusement.

Trois rues s'ouvraient devant lui.   

La première à gauche, conduisait chez Rachel la Valdhorienne .   

La deuxième, celle du milieu, menait chez son affranchi Denis dans les nouveaux quartiers de Tabernola.

La dernière, celle de droite descendait au grand port, aux tavernes, aux lupanars à matelots.

Il hésita longtemps entre elles.

Enfin, il se mit en marche lentement, il prit la direction de Lasminal.

Faisant de fréquents arrêts.

Se retournant sans cesse, comme s'il eût craint d’être suivi.   

Au moindre temps d'arrêt, il jetait un coup d’œil par-dessus son épaule.   

Cette nuit, au Shogi, il avait plumé et bien plumé deux gros marchands, ainsi qu’un bon nombre de ses connaissances.   

Son général d'argent et son cavalier d'or avaient fait des merveilles sur le tablier et même avec un handicap de deux ou quatre pièces il avait tout gagné.   

Sa bourse gonflée de zhas et d'has pendait à coté de son cingulum d'ancien officier de la troisième légion, elle lui rappelait qu'il fallait rester méfiant.   

Il posa une main mal assurée sur le pommeau de son pugio.

Il passa devant une gargote, l'attraction du jeu ne fît pas dévier sa route.   

Au carrefour du vicus Longus et du vicus Patricius, une rue aurait pu encore le ramener par une tangente à la maison de Denis, il ne la prit pas.

Il marchait ainsi à pas de plus en plus rapides, longeant les insulae dont les rez-de-chaussée n'étaient qu'une longue suite de boutiques ouvertes sur la rue.

Marchandises et victuailles encombraient les hauts trottoirs.   

Le brouhaha des chalands raisonnait dans sa tête autant qu'une charge de cavalerie.   

Il commença à grimper l'abrupte côte du Vicus Collis Lasminal.   

Il passa le carrefour de l'actu Vimilumina, tourna à celui de l'actu de la chapelle Valdhorienne, passa devant sa façade peinte d'innombrables étoiles, s’arrêta devant une riche et récente demeure à parement de briques et de galets.

Ces hautes murailles aveugles étaient couronnées d'une galerie de pilastres autour desquelles s’entrelaçaient des guirlandes de chèvrefeuilles et d’aubépines.   

C'était un de ces étranges mélanges, mariage, entre l'insulae et la Domus.   

Sûrement un des immeubles appartenant au parc immobilier du richissime sunédrion.

À peine le vieux portier de l’immeuble l'aperçut-il, qu'il s'élança maladroitement à la fenêtre de sa loge.   

Reconnaissant Scipio, d’une voix enrouée, il essaya de crier que la courtisane était sortie.   

Scipio n'en crut rien, il amadoua le digne vieil homme par le jet de quelques has.

Ramassant les pièces et haussant les épaules, le vieillard s'en retourna sans franchir le seuil de sa loge.   

Il n'avait d'autre Cerbère pour en interdire l’entrée, qu'une mosaïque de chien joliment exécutée sur le seuil, avec cette inscription qui n'aurait pas même fait peur à des enfants : « Prenez garde ! Il va mordre ! »

Scipio traversa une cour dallée de blanc.   

Le petit atrium était silencieux. Ses murs étaient peints de vagues bleues sur un fond rouge.   

Il escalada lestement l'escalier de chêne sombre qui conduisait au deuxième étage, aux appartements de sa maîtresse.   

Il agita nerveusement la chaîne d'une sonnette de bronze patiné avec l'inquiétude perfide de l'amant cynique qu'il était.   

Thanara jeune esclave en longue tunique rouge vint lui ouvrir.   

Elle le reconnut et fit la moue.   

Sans aucun respect pour le nom et la dignité du jeune sénateur, la camériste se disposait à lui claquer la porte au nez. 

Scipio força l’entrée et pénétra dans le petit salon d'attente que Rachel appelait pompeusement son oecus.   

Les murs étaient ornés à mi-hauteur d'une large plinthe imitant le marbre, avec au-dessus, des fresques sur fond jaune or, le tout séparé par des colonnettes.   

Des peintures montraient des scènes licencieuses, des danseuses vêtues de voiles transparents, avec à intervalles réguliers des instruments de musique en trompe l’œil.   

La porte d'entrée claqua derrière lui, il resta seul dans la pièce.   

Thanara petite souris apeurée s’était enfuie.   

Alhambra écarta les lourds rideaux cachant une arcade. Elle approcha de lui à petits pas feutrés et, d'un ton confidentiel lui souffla à l’oreille: 

    _ Pas de bruit. Ma maîtresse a de la fièvre. Elle dort. Revenez demain. 
    _ Que me dis-tu là ma toute belle ? Comme c’est dommage alors que j’ai gagné quelques has que je voulais dépenser avec elle. Cette chère Rachel est indisposée ? Ou elle m'en veut encore pour cette peccadille ? J'en suis au désespoir. Pour me faire pardonner, je, je... Je ne m'en irai pas sans l'avoir vue et lui avoir prodigué tout le réconfort dont je suis capable.       

Il se gratta un menton bleui d'une barbe naissante.
Le sénateur écarta Alhambra, pénétra plus avant dans l'appartement.   

Un grand salon, aux larges baies ouvertes sur une terrasse verdoyante, lui tendait les bras.   

Il s'assit sur un divan un peu trop bas pour ses longues jambes.

Thanara accourut tout effarée. 

    _ Digne Scipio. Alhambra s'est trompée... Rachel est moins malade… elle est à la Chapelle, elle ne rentrera qu'à la chute du jour. Elle prépare les fêtes, elle a promis de confectionner les ázumos pour les Prêtresses.
    _ Rachel n'est pas souffrante ! La bonne nouvelle que voilà ! S'écria le sénateur. J'en remercie Antium La bonne déesse. Tu ne m'en infliges pas moins de dépits, mais je saurai attendre, charmante Thanara… Je vais prendre mes aises, ainsi quand elle rentrera je lui ferai bonne et agréable surprise. J'espère qu'elle aura encore quelques-unes de ces galettes salées toutes plates.
    _Je vous jure que ma maîtresse est absente. 
    _ Ne jure pas petite sotte ! Tu sais bien qu'une esclave n'a pas ce droit. Je l'attendrai. Je n'ai rien d'autre à faire. répéta-il à très haute et intelligible voix. Il faut qu'elle me pardonne pour l'autre nuit... j'avoue j'y ai été un peu fort. Il faut que je m'assure que la charmante Dame Rachel ne m'en veuille plus.

Le sénateur s'étira, s'allongea sur les coussins du divan. Il en plaça plusieurs sous sa tête et ferma les yeux qu’il avait au demeurant fort grands et fort beaux, ses iris violets et ses longs cils faisaient des ravages dans les salons des matrones. 

À peine avait-il prit ses aises que Rachel parut dans la pièce.
Son amant se leva et fit sonner les pièces d'or et d'argent dont sa bourse était remplie. 

    _ Qui t’a permis d’entrer chez moi ? demanda Rachel animée d’une colère froide. 
    _ Le manque de toi et le besoin de tes charmes. 
    _ Thanara ! Alhambra ! J'avais pourtant ordonné qu'on ne laissât entrer personne. 
    _ J'ose croire, belle Rachel, que cet ordre ne me concernait pas. 
    _ Fripouille ! Canaille ! Sac à vin ! Fin de race ! Cela te concernait plus qu'à aucun autre. 
    _ Mais Amour, c'est que je me languis de toi, et… je suis en fonds, je le répète, j’ai des zhas qui n'attendent que d’être dépensés, c’est mes couilles que tu sais si bien pomper... elles m’ont conduites chez toi. 
    _ Salopard ! Lâche ! Dépensier ! Sans le sou ! Patricien dépravé ! Tricheur !  Pique assiette !  Voilà ce que tu es. Ton honneur vaut moins que la poussière sous mes sandales. 
    _ Comme tu me connais bien, comme tu me ressembles, va je te pardonne. Laissons là ces balivernes.


Et le sénateur en déliant la bourse de sa ceinture la fit sauter en l'air. 

    _ Je te méprise ! Je te chasse tout sénateur que tu es ! Je ne suis pas une vulgaire putain de Shubura. Tu as agi avec moi comme le dernier des lenos*. Tu t’es moqué de moi, tu m'as avili devant tous tes amis. 
    _ Allons Rachel ne fais pas ta mijaurée après tout t’en as l’habitude, c’est ta condition. L'or m'embarrasse ce matin et c’est à toi que je le dois. Par Junon Monéta ! Qu’on aille nous chercher des huîtres chez le Vénétis-Vinocasse. Un foie gras d'oie aux figues, une daurade farcie au fenouil, un ventre de truie, du vin, et du meilleur, et pour finir une pleine corbeille de Mustea. Thanara, Alhambra, vite ! vite ! Nous voulons déjeuner.


Les lèvres roses de Rachel se crispèrent de colère, ses yeux noirs étincelaient, elle serrait ses charmants petits poings aux ongles peints. 

    _ Foutras-tu enfin le camp de chez moi ! Ou faudra-t-il que je te fasse jeter dans l'escalier ?   
        _ Ma chère ! Je t’invite à changer de rengaine, les choses répétées deux fois plaisent, mais passé cette limite, le refrain m'ennuie. 
        _ Pauvre type ! Tu crois que je vais me coucher, que tu vas me baiser et qu'en plus je vais pardonner tes honteuses habitudes de tripots ! Les expédients ignobles auxquels tu es réduit ? Tes tromperies infâmes m'ont lassée ! Que le nom de la famille Stétounvaloris périsse à tout jamais ! Si je pardonne au misérable qui m'a fait passer hier, pour la dernière des prostituées. Tu n’es pas mon leno*, et d’ailleurs, je n’en ai pas. L’affront que j'ai reçu de Sentinacus pour payer ta dette je ne l’oublierai jamais. 
      _ Je sais, j'ai eu tort, j'en conviens. Calme-toi, chère Rachel. Un mauvais jet de dés avait raflé tout mon bon argent et je ne savais comment continuer la partie. J’étais sûr de me refaire. Et tu vois cette nuit j’ai eu raison. L'idée que tu suces tous les joueurs sous la table du duodecim-scripta* ne m'appartenait pas, elle m'a été comme qui dirait suggérée... 
      _ Par qui ? 
      _ Par un ami créancier auquel j'avais exposé ma déveine. 
      _ Et cet ami comment s'appelle-t-il ? 
      _ Sentinacus bien évidement. Il n'en fait jamais d'autres celui-là. J'aurais dû le renvoyer aux calendes, lui et son idée. Mais après on a pu changer de jeux et passer au shogi.   
      _ Sentinacus ! Ce misérable m'a jeté deux has* sous la table. Après que pour toi salopard, il m’eut baisé la bouche et pissé sur la tête. Il m'a ruiné un chignon de huit deniers* ! S’il n’avait pas été sénateur, je l’aurai bien mordu. Gronda Rachel. Et Sentale, sa digne putain, a saisi cette occasion pour m'outrager d’avantage ! 
      _ T’avais qu’à partir aussi. 
      _Et comment ? Cette grue m’a fait mettre à poil par ses gens ! Et a fait écrire sur mon front et sur mon dos avec du henné noir mélangé à de la graisse de canard «mérétrice». Elle sait pourtant que je suis Valdhorienne ! Jamais je ne pardonnerai ça ! Alors à t’entendre, j’aurai du sortir de nuit. Je serais rentrée nue, seule et à pieds ! Tu oublies que tu avais aussi perdu mon kago avec les lecticaires.
      _ N'y pensons plus et déjeunons. De toute façon cette litière était à moi.
Interrompit Scipio. 
    _ Tu me l’avais donnée ! Pour une fois que tu me faisais un cadeau. Un si beau kago en bois de santal et de si beaux lecticaires, de si beaux nègres. En ce qui concerne tes amis... Je leur témoignerai ma reconnaissance en temps et en lieu. Quant à toi, beau sénateur, voici la résolution que j'ai prise à ton égard pendant que toute la gent de tes amis me baisait et je n’en démordrai point. Je te la dirai sans colère et je l'exécuterai sans faiblesse Valdhore m'en est témoin. Toute relation entre nous, tout doit cesser, j’entends que ma porte te soit à jamais fermée. 
      _ Ah çà ! Que tu es rancunière. Et puis, tu jures sur des ruines, ce n'est pas bien, laisse cette citée et ses morts en paix. Répondit Scipio qui avait l’habitude des colères de sa maîtresse. Aurais-je un rival ? 
      _ Peut-être. Mais que t’importe ! 
      _ Justement, te baise-t-il aussi bien que moi ? Est-ce un de tes amants tribuns du trésor que tu voudrais élever à la dignité de questeur ? 
      _ Ça ne te regarde plus ? 
      _ Enfin, pourquoi me vires-tu ? 
      _ Parce que tu es joueur. 
      _ Bien et encore. 
      _ Alcoolique.
      _ Bien. 
      _ Parce que tu n’as aucune considération pour moi. 
      _ Bien. 
      _ Parce que tu les as laissés s’amuser de moi sans rien faire. 
      _ Et quoi d’autre ? Ma belle ! Tu oublies la meilleure de tes raisons. 
      _ Laquelle ? 
      _ Je suis ruiné. J’ai juste assez d’argent pour posséder un roojas et garder mon titre. 
      _ Ta clairvoyance m'étonne, Scipio. 
      _ Eh bien ! 
      _ Oui ! Je ne veux plus recevoir chez moi un vulgaire petit escroc en laticlave, qui attend à la porte de son affranchi Denis. Qui pendant les festins de ce même Denis reste sur les strapontins des pique-assiettes. Ce n'est pas bon pour mon image. Tu es un aigrefin qui sait à peine piper des dés, qui flaire les naïfs de province pour vider leurs bourses, qui donne à son amie des bijoux de verroterie sans valeur et à qui il demande de payer ses dettes. Non je ne suis ni ton esclave ni ta putain.
      _ Or, augurons. Que demain je regorgeasse de possessions et de zhas*. 
      _ Toi, tu déborderais de biens ! Toi ? Quelle plaisanterie ! Est-ce qu’on n’a jamais vu un tamis se remplir d'eau ? 
      _ Bordel ! Ta métaphore me plaît, belle Rachel. Je la développerai quelque peu. De même qu'un vase à col de cygne ne se remplit que goutte à goutte, un homme ordinaire n'a que ce moyen de s'enrichir peu à peu. Un homme comme moi, quand il est plongé dans l'or, l'absorbe comme une éponge ou du mercure. 
      _ Et tu ne rougis pas de chercher à te racheter par de pareils aveux ? 
      _ Avec toi, et ceux de ta race n’est-ce pas toujours une question de prix ? 

      _ Tu n’en finis pas de me décevoir mon pauvre ! Et c’est moi qui suis une pute ? Brisons là ! Tire-toi avec ce qui reste de ta fortune et n'oublie pas que ma maison t’est définitivement interdite. Scipio souriant se plaça devant elle les bras croisés sur la poitrine. 
      _ Arrête ! Tu as fini de déblatérer. Je suis plus important pour toi que si tu m’avais comme souteneur femme sans cœur ! Qui t’a ouvert la porte des salons des riches domus ? Qui t’a présenté des sénateurs et des édiles ? Sans moi tu serais toujours à tapiner sous les arches du port, où dans le sous sol du bordel de Shubura où je t'ai trouvé. Sans moi, tu serais encore à reverser tous tes gains à Arbus Salus Vipérinus ton ancien souteneur et maître ! Où crois-tu qu’il soit ? Il y a bien longtemps que son cadavre a été bouffé par les crabes ! D’où crois-tu que me vienne la cicatrice que j’ai au bras ? Écoute-moi bien ! Le mur où furent affichées les tables de proscription d’Honorius est vide depuis longtemps ; sache bien qu'il peut se remplir. Je connais bien des choses à ton sujet ma garce et tu pourrais non pas t'en retourner au port mais finir sur une croix. Mais là n'est pas le sujet... Il existe encore dans ce qui fut un Empire dont le Kazar était Salgon de braves citoyens très riches dont la tyrannie de notre nouvel Empereur n'a pas fait courber l’échine ; des citoyens dont le bras peut s'armer contre notre présent Kazar. De nobles patriciens oubliés dans l'ombre où le gouvernement les a négligés et à qui s'ennuient de leurs pertes de pouvoir. Qui réfléchissent à une sourde revanche. Domina peut se réveiller une nuit aux lueurs de l'incendie, aux cris de vengeance. Ce soir-là n'est pas loin et, par Tisiphone ! La première qui viendra me supplier durant cette orgie sanglante, Rachel, ce sera toi. Les bons citoyens n'aiment ni les Valdhoriens ni les métèques. 
      _ Je n'en doute pas, et tous ces valeureux citoyens dont tu chantes les louanges te ressemblent ? Demanda Rachel avec un amer sourire. 
      _ Ris femelle stupide ! Sac à foutre ! Je ne dirai plus rien, mais accepte ma protection. 
      _ Scipio ! Ne me provoque pas avec cette remarque insultante !


La courtisane malgré sa colère eut peine à s'empêcher de rire.   

Elle se jeta sur le divan.   

Elle faisait face au jeune sénateur, le toisa de ses charmantes prunelles.

Son intuition lui permettant de jauger un homme en moins de temps qu'il ne lui en fallait pour qu'il ne retire sa tunique, la prévint qu'elle était sur un terrain glissant. Elle qui connaissait bien son amant aussi elle se radoucit. Elle fit signe à Thanara de leur servir à boire et d'apporter les petits Mustea ces friandises si chères à Scipio. 

Et Scipio qui n'était qu'un homme crut qu'il avait amadoué la belle.   

Car enfin elle lui tendait maintenant une timbale remplie de résiné et elle le prenait par la main l'invitant à s’asseoir près d'elle sur le divan.   

Et pendant qu'il buvait ce qu'il pensait être le verre de la réconciliation, elle lui mordilla l'oreille.   

Et sur le ton de la confidence, elle lui demanda encore, avec dans ses paroles tout le miel qu'aurait pu mettre une antique Dalila. 

      _ Et qui sont ces braves ? Sans doute quelques compagnons de débauche ? Allez laisse-moi deviner... Sans doute Sentinacus... Je vois à ta mine que je suis dans le vrai. Elle lui lécha le lobe, lui passa la main dans les cheveux. Allez, racontes et tu pourras quitter mon lit avec les couilles bien plus plates que ta bourse. 
      _ Non, non, j'ai juré. 
      _ Disons que nous allons jouer… à un petit jeu qui plaira au vicieux que tu es. À chaque fois que je trouve un nom tu choisis en gage, une position. À chaque fois que tu m'aides tu gagnes une nuit gratis, ça te va ? 
      _ À ma salope ! Tu sais y faire. Tu peux toujours essayer de deviner les principaux d'entre eux. Mais essaye, après tout j'ai tout à gagner à ce petit jeu. Même si tu devines quelques noms qui croira une putae... Attention mes exigences seront sévères t'es pas prête d'ouvrir les cuisses pour un autre que moi sans ma permission. En tout cas tes musteas sont délicieux. On sent l'anis et le cumin sans qu'ils masquent le goût du laurier. 
      _ Tu pourras remercier Alhambra. Mais sur tes Dieux ne me ment pas sinon je fais le serment que tu ne banderas plus pour personne avant longtemps.   
      _ Ah  la bonne cuisinière, rien que pour cela je lui pardonne ses mensonges.
   La bouche pleine il se léchait les doigts.
      _ Les principaux d'entre eux seraient par exemple Publicus, et Sentinacus... 
      _ Par ma foi t'es une devineresse, tu n'as plus qu'à te dépoitrailler, je veux tâter de la mamelle.

De bonne grâce, elle défit une fibule d'argent qui sur son épaule retenait la stola.

Aussitôt il plaça son museau entre deux beaux seins qui en avaient fait chavirer plus d'un.   

De bonne grâce et sans qu'il demande. D’une main experte elle empoigna sa bite toute raide et commença un voluptueux massage. Scipio venait de perdre deux nuits d'amour, aussi, avant qu'elle ne propose d'autres noms, il prit les devants et alors que ses mains de joueur impénitent caressaient les seins offerts, il lui murmura: 

      _ Il y a aussi,  Amuratus, Lurtone, Méthégus, Lecca, Comana et le préteur Pentalus, Aeentinus et même Ursus favorisent nos desseins. 
      _ Comment se nomme votre chef ?
   Ses ongles s'attardèrent sur le scrotum et remontèrent le long du raphé. 
      _ Carretus-Ictus. Répondit-il en se raclant la gorge. 
      _ Quel chef ! Elle arrêta ses caresses. Le roi des proxénètes, je le croyais à Aquilata celui-là. Et même le chef des pirates du Delta Comana le sanguinaire et vous êtes sûr qu’avec de pareils chefs vous allez vous faire aimer ? Ajouta la courtisane, qui poursuivit. Ces graves héros conspirent sans doute pour réparer les accrocs qu'un Scipio a faits à sa bourse et à sa réputation ? Ils ne te connaissent donc pas aussi bien que moi. 
       _Je ne relèverai pas cette remarque. Saches que je suis quand même sénateur et que je n’ai jamais eu peur de verser le sang. Nous avons tous bu à la même coupe. 
      _ Du vin sans doute ? Au cours d’une des orgies où tu jouais les piques assiettes ? On sait ce que valent les serments d’ivrognes ! 
      _ Du sang ! Nous avons bu du sang !


À la réponse du sénateur, Rachel parut encore plus pardonner la conduite de Scipio.

Tout-a-coup son ressentiment fut remplacé par de l’intérêt, qui illumina ses beaux yeux noirs soulignés de kohol. La communion du sang était chez les Dominiens la plus sainte, la plus redoutable des cérémonies religieuses et bien que Valdhorienne, elle n’ignorait rien des coutumes de Domina.

Elle savait qu’on ne la pratiquait, qu'avant de se consacrer à quelque dangereuse entreprise au succès de laquelle chacun des participants devait alors sacrifier ses biens, sa famille, sa liberté, sa vie même. Rachel comprit rapidement qu'elle avait bien fait de s’attacher à ce prodigue sénateur, que son investissement allait enfin payer.

Elle était certaine d’avoir surpris un grand secret. Plus encore elle se rapprocha langoureusement de Scipio et, lui mettant un doigt sur les lèvres, 

      _ Silence ! Malheureux. Alhambra et Thanara peuvent nous entendre.

Elle prit une petite clochette qui traînait sur un guéridon et l’agita vivement. Les deux jeunes esclaves entrèrent dans la pièce. 

      _ Vous deux allez faire les courses chez le Koushite j’y ai du crédit et il a de la nourriture de première qualité. Prenez aussi quelques belles truites pour le ventre de truie oubliez, à la place prenez du bœuf et beaucoup de légumes… Et des fruits aussi, allez hop, disparaissez.    

Puis elle l'entraîna dans la chambre et quand elle eut soigneusement tiré une lourde tenture brodée qui servait de porte... 

      _ C'est donc une vraie conspiration que tu ourdis avec tes compagnons de beuverie ?

Elle s’allongeât sur le lit au moelleux matelas de laine recouvert de draps de soie jaune.

Elle tapota à côté d’elle, faisant signe au sénateur de la rejoindre.

Les cajoleries, les minauderies de Rachel, l'avide curiosité dont elle faisait preuve.

La façon détournée avec laquelle elle interrogeait son amant, rappelèrent ce dernier à la raison.   

Il comprit qu'il avait fait des confidences imprudentes. Qu’il devait revenir à tout prix sur ses aveux, qu'un mouvement de dépit et de fanfaronnade lui avait été arrachés. 

      _ Qui te parle d’une conjuration ? J’étais énervé voilà tout.

Il s'efforça de paraître calme, détendu, même plutôt jovial, mais ses joues étaient devenues pâles et sa voix tremblait légèrement, suffisamment pour elle, qui le connaissait si bien sache qu’il lui dissimulait bien d’autres choses. 

      _ Tu cherches en vain à me tromper. Mais ce qui est dit est dit. C’est comme dans les vieilles annales... comme quand les fils de qui déjà ? J'ai oublié, mais passons, je disais c'est comme quand leurs complices... lorsqu'ils se furent associés pour rétablir les Salgons… Tu as échangé avec Virgantéius, Ursus, Pentalus, Carretus et tous les autres des serments terribles le sais-tu ? Ne crains tu pas de finir comme la première conjuration ? Vous avez trempé tour à tour vos lèvres dans la coupe sanglante, pendant que je le suppose Carretus invoquait les divinités terribles des enfers. Un projet de soulèvement se battit, j'en suis certaine maintenant. Par Valdhore ! Ceux qui l'exécuteront, ceux-là qui arriveront à briser le pouvoir d'Honorius, auront bien mérité les meilleures places et les richesses du gouvernement.   

Mais l'approbation que semblait donner Rachel aux desseins des conjurés ne rassura point son amant. Il voulait absolument rétracter ses paroles et répliqua : 

      _ Je t’assure, ma noutre, que tu te fais des idées. La coupe de sang m'a paru une expression symbolique, lyrique, et je m'en suis servi dans l'unique but de t’effrayer de faire mon intéressant de t'amadouer.

Le sénateur s'assit contre Rachel, elle lui massa les épaules, le caressant du regard et elle reprit d’une voix enjôleuse. 

      _ Oh ! Répètes-moi. Poursuivit-elle sur son ton doucereux. Que tu vas sortir de l'état d'abaissement et d’embarras où tu sembles te complaire. Réveilles toi ! Redeviens le grand fauve que tu as cessé d’être. Promets-moi que tu deviendras bientôt riche, puissant comme doit l'être le dernier membre de la famille des Phalas. Je souhaite vivement, par attachement pour toi, que le complot que tu m'as révélé ne soit pas un conte. Je te connais tu ne fais rien pour rien, combien te paient ils ? 
      _ Par le Centrerien ! Ne prononce plus ces mots de complot, de conjuration. Je t’en supplie je plaisantais vraiment et les bêtises que j’ai dites commencent à me faire peur, tu as raison, les murs ont des oreilles autour de nous et la nuit est pleine de poignards par les dieux qu’ai-je dit ! Qu’ai-je dit ! 
      _ Il est impossible qu'on nous entende mes filles sont encore chez le marchand, mes murs sont épais tout comme ma porte et tu penses bien qu’avec mon métier je fais attention. Tu ne doutes pas de ma discrétion, j'espère ? 
      _ Que cet entretien meure au tréfonds de ta mémoire, car une parole imprudente... 
      _ Ce serait le trépas pour nous deux, je le sais. Sois sans inquiétude, cher Scipio; je ne suis pas assez étourdie pour abuser de tes confidences. Mais si vous recevez des femmes dans vos rangs, j'y réclamerai une place.
Le front blanc de Rachel avec ses charmantes accroches cœurs cachait peut-être l'âme énergique d'une conspiratrice. Ils entendirent la porte de l’appartement qu’on ouvrait Scipio se redressa d’un bond. 
      _ Ils sont déjà là ! Je sentais bien que j’avais été suivi, à ces maudits arcanis, ces noirs suppos d’Honorius. Elle le saisit par la manche et le força à s’asseoir. 
    Calme-toi n’entends-tu pas ces rires ? Ce sont mes servantes qui rentrent. Attends-moi là, je vais leur demander qu’elles nous préparent rapidement à manger.

Rachel sortit et ne fut pas longue. Quand elle revint dans la chambre, Scipio était assis sur le bord du lit la tête dans les mains. Rachel dégrafa l'autre fibule qui retenait encore sa robe d’un beau jaune frangée de galons de vermillon. Elle glissa à ses pieds... bruissement à la sonorité liquide.

Nue elle l’enjamba puis balançant des hanches elle s’approcha féline... embaumant l’ambre et le musc.   Devant son amant, elle se pencha... lui prit les deux mains, les posa sur ses fesses douces couleur de miel... continua en lui murmurant à l’oreille : 

      _ Dis-moi, Scipio, est ce que l'on accepte des femmes parmi les conjurés. 
      _ Toutes tes questions me fatiguent. J'en sais rien. 
      _ On dit que la mère d'Honorius, que sa sœur qu'elles organisèrent jadis une conspiration parmi les patriciennes, elles décimèrent une partie du sénat par le poison. 
      _ Par Mnémosyne ! Pour une courtisane et Valdhorienne encore ; les annales de Domina ne te sont point inconnues
. Répliqua Scipio que la persistance des questions de Rachel commençait à irriter. 
      _ Les matrones d'aujourd'hui ne sont pas moins entreprenantes. Dit-elle en appliquant son pubis contre le nez de son amant. 
      _ Vraiment ? répondit-il étonné. Tu oublies que tu n’es qu’une putain, une putain de luxe peut-être, mais néanmoins une putain, pas même Dominienne. Et nous n’avons ni besoin de ceux de ta race, ni de la plèbe. Pourquoi t'impliquer alors que Carretus nous gagne chaque jour parmi sa clientèle de nobles écervelées, des alliées jeunes et jolies, dont les amants sont pauvres, mais hardis et dont les vieux maris jaloux ne demandent qu’à être éliminés. C’est qu’il a de l’entre jambes le bougre. 
      _ Carretus ce maquereau ! Et tu oses toi me faire la morale alors que tu t’affiches avec cet homme qui pue le vice et qui est toujours fardé comme une brème sur le retour.     
      _ Mais tu me rends horriblement bavard, bien-aimée Rachel. Mieux vaut baiser avant que notre conversation n’aille trop loin.


«Je tiens ma vengeance et la richesse à présent», pensa la courtisane.

En effet, le tête-à-tête prit une tournure sensuelle qui mettait fort à l'aise la superbe impertinence de Rachel. La courtisane savait que son amant tomberait dans tous les pièges qu'elle lui tendrait en badinant. 

      _ Je n'ai pas de mari jaloux. Mais j'ai un amant pauvre. Associez-moi à la conspiration.
      _ Tu déraisonnes ! A quoi serais-tu bonne dans un complot ?
      _Exposez-moi vos plans, tu connais un peu les capacités des Valdhoriens j'en suis la digne héritière, crois-moi, je choisirai un rôle, et tu verras que je saurai être utile. Tu oublies qu'heureusement je n'ai pas que toi comme client. 
      _ Ils veulent soulever les provinces du Sud de l'Empire et susciter la guerre civile autour de Domina. Peux-tu allumer la guerre civile quelque part, toi ? 
      _ Non. Mais je connais quelques généraux et une bonne cinquantaine de centurions qui me mangent dans la main. Et puis ? 
      _ Oublie l'armée, elle doit tout à Honorius. Ils veulent faire appel à leur immense richesse et lever plusieurs légions de mercenaires, tous les pirates sortiront du grand marrai pour nous prêter main forte. Ils pensent occuper en même temps les hauteurs de la ville et le port pour s'y fortifier. Te sens-tu des dispositions pour combattre et occuper une colline quelconque, toi ? 
      _ Non mais j'ai parmi mes clients les vigiles de la milice ! Et après ? 
      _ Ils couperont les aqueducs et les ponts et incendierons Domina en vingt endroits différents et nous saisirons, à la faveur du tumulte, des principaux sénateurs. Couperais-tu bien un aqueduc, toi, Rachel ?  Tiendrais-tu une torche pour bouter le feu aux magasins de l'emporium ? 
      _ Je n'ai jamais essayé de le faire mais je peux apprendre et pour ce qui est d'accaparer l'attention de sénateurs je dois dire que je ne crains personne. Et ensuite ? 
      _ Ils aboliront les dettes et nous proclamerons la loi agraire de Salgon 1er. Et puis tous ceux dont nous ne sommes pas sûr, nous les bannirons dans les nouvelles colonies dans le Picenum ou au fond de la Lucanie ? 
      _ Pourquoi pas ? Mais à toute fin utile je te signale que l’Empereur n’a pas attendu votre conjuration pour modifier la loi agraire et tous les paysans et la plèbe se plaisent à dire qu’elle est meilleure que celle de Salgon 1er. 
      _ Qu’importe de toute façon il faut toujours promettre au peuple. Et puis il y aura cent jours de jeux avec des milliers de gladiateurs, nous promettrons de rebâtir la citée. Je voudrais te voir redistribuant les parcelles et reconstruire des quartiers ! 
      _ Ce seraient des terres bien distribuées et des villes bien bâties ! J’en sais bien plus que toi en matière d'urbanisme, l’enseignement des prêtresses de Valdhore surpasse de loin celui d’un cancre enfant de sénateur. Comment m'y prendrais-je, au fait ? Quoiqu’il en soit. Il me semble, que vos desseins de guerre civile, de sabotages, d'incendies, de massacres, d’enlèvement ne se distinguent point par la nouveauté de l'invention. Il faudra autre chose pour soulever la plèbe. 
      _ je sais, je sais ! Tu vois donc bien, ma chère, que tu ne pourrais jouer aucun rôle dans une conjuration qui n'a aucune chance de réussir. Je suis un ancien officier. Je puis te prédire que nous allons être balayés comme fétus de paille. Mais qu'importe... La trame est bien ficelée, certes Pentalus, Carretus-Ictus, Aeentinus et Ursus sont gens assez aveugles et jusqu’aux boutisses, mais je les crois incapables de mener une conjuration à bonne fin, mais ils ont de l’argent beaucoup d'argent. Et cette vie m’ennuie. 

Le sénateur caressait la fine toison de Rachel, il y pausait parfois ses lèvres tandis qu'elle songeait aux moyens de tirer profit de ses révélations. Elle pensa à haute voix. 

      _ Aeentinus et Ursus ne vous prêteront aucun appui réel. Le premier est sénatus-consulte, le second est préteur, représentant de la noblesse. Ils ne s'exposeront pas à subir un arrêt de proscription. Quant à Ictus, je sais que rien n'épouvante son ambition, il se croit protéger des dieux. On dit même qu’il sacrifie à des puissances infernales. Mais comment soutiendra t-il seul une lutte inégale contre toutes les forces de l’empire et contre la puissance d’Honorius ? Il y a forcément autre chose, mais quoi ? Le sais-tu mon bon Scipio ? 
      _ Chère amie, ces choses-là ne sont pas de ta compétence. Ordonne plutôt qu'on nous serve à manger.


Il jeta six pièces d’argent sur un guéridon.

Rachel fit la moue, s'en empara, se leva pour les ranger dans une petite cassette d’ébène incrusté d’ivoire. Elle en profita pour sortir donner des ordres à ses femmes.   Elle revint reprendre sa place à côté de son amant.   

Elle entreprit de le déshabiller complètement, il se laissa faire et les mains de la jeune femme recommencèrent à lui caresser le sexe.   

Puis elle le prit en bouche le lécha et interrompit cette fellation qui commençait si bien. 

      _ Scipio, veux-tu me permettre une réflexion que tes confidences m'ont suggérées ? Le sénateur sur le dos s'appuya nonchalamment au traversin. 
      _ Faits tes remarques femelle. 
      _ Cette conjuration n'est pas viable, cela n’a aucun sens commun. Vous oubliez les arcanis, les cohortes urbaines, les espions, la police secrète du Consistorium des 12. 
      _ Ma foi, tant pis, ce n'est pas moi qui en suis l'auteur. Je n’en connais que les grandes lignes. Tout ce que je sais c'est que je suis grassement payé et que j'ai fait un serment. Tais-toi et suce-moi plutôt.

Elle reprit son ouvrage pendant que Scipio grimaçait de plaisir. Puis alors qu’il allait atteindre le paroxysme de l’extase elle s’interrompit à nouveau. 

      _ Quoi encore ?  Pesta-t-il irrité.    
      _ Tu dis qu’ils te paient grassement, mais pour faire quoi ? En quoi toi Scipio es-tu indispensable ? 
      _ Si tu veux tout savoir. Je possède deux clefs. Les clefs de deux portes indispensables à leur projet. 
      _ Vends les leur. 
      _ Ce n’est pas aussi simple.       
      _ Il me semble que tu poursuis par des voies dangereuses, la fortune que tu as entre les mains. 
      _ Par Mercure ! Si j'ai la fortune entre mes mains, je ne m'en aperçois guère ! À moins que tu parles de tes miches que je pétris avec plaisir. 
      _ Ton complot échouera lamentablement, comme tous les projets mirifiques dont tu me rebats les oreilles. 
      _ Chère amie, tu ressasses sans cesse la même rengaine. Décidément autant tu maîtrises l’art de varier les plaisirs. Autant tu ne possèdes point l'art de varier la conversation. Il vaut mieux que tu fasses ce à quoi t’ont destiné les dieux. Continue la belle ouvrage que tu viens de laisser en plan. 
      _ En parlant de continuer, si tu continues dans tes égarements avec tes compères. Je prédis qu’ils te perdront. 
      _ Ah, bah ! Tu as décidé de me faire débander. C’est vrai que j’étais un peu ivre et échaudé, mais ils avaient l’air tellement sûr d’eux... Et ne dit-on pas la fortune sourie aux audacieux, de toute façon je m’ennuie ici-bas... Et j'en ai marre d'être pauvre... En réalité j'ai un vieux compte à régler avec Honorius. Te rends tu comptes qu'il y a dix ans nous sommes passés tout près de la république. J'ai épargné cet homme en souvenir d'une ancienne amitié et pour quoi ? Pour rien. 
      _ Balivernes tu sais comme moi que les conjurations, si elles réussissent, ont le plus souvent de très funestes conséquences, parce qu'elles se font toujours contre le tyran et non contre la tyrannie. Tu es dans la merde mon pauvre. Je ne miserai pas un has sur ton entreprise. Pour te sortir de ce guêpier, sais-tu ce qu'il faut faire ? 
      _ Quoi encore ? Et si on baisait pour changer ! 
      _ Attends ! Je suis sérieuse. Le secret que nous possédons s'il n'est pas déjà éventé est précieux. 
      _ Eh bien ? 
      _ Il a un prix, il faut le vendre. 
      _ Vendre la conspiration !
Répliqua le sénateur effaré. Et à qui ? 
      _ Au Consistorium des 12. 
      _ Ah ! Quelle vilenie tu me conseilles là, malheureuse ! S'écria Scipio. Tu es bien une Valdhorienne, peste soient ceux de ta race. 
      _ Ma race n’a rien à voir ici, il s’agit de survie, de retourner un mal pour un bien. Si c’est une infamie elle sera diablement lucrative. À ce jeu on peut gagner plusieurs millions de zhas, au moins trois millions ! Entends-tu. 
      _ Et ces millions compenseraient-ils la honte qu'ils m’auront coûtée ? Je suis sénateur et chevalier de surcroît ancien légat de légion, ancien ordonnance de Plotu. 
      _ Ne me disais-tu pas tout à l'heure qu'un homme comme toi est une éponge, lorsqu'il peut se plonger dans l'or, et qu'il l'absorbe par tous les ostioles de sa peau ? Te voilà baignant dans l'or ! Gorges-t ‘en donc maintenant. 
      _ Oui, en vouant ma mémoire à l'exécration de mes frères je ne suis pas encore tombé si bas. 

      _ Niais que tu es ! Tu crèves la dalle. Tu portes la même tunique depuis au moins quinze jours. Tu as laissé ta toge en gage. Tu n'as plus un seul esclave et tu songes à ce que d'autres crétins penseront de toi dans deux mille ans ! Tu es pauvre Scipio ! Tu es pauvre et méprisé. Et ce n’est pas les quelques pièces que tu as gagné au jeu qui changeront quoi que ce soit. Ouvres les yeux ! Quand tes amis n’auront plus besoin de toi ils te renverront comme un laquais. Je les connais tes compagnons, une brochette de tristes sires, que t’ont-ils promis ? Car qu’attendent-ils de toi ? Qu’elle mission suicide t’ont-ils dévolue ? Et toi pauvre niais tu es prêt à gober leurs boniments, pas étonnent que tu sois toujours dans le camp des perdants. Si tu m’écoutes. Tu seras riche et honoré si tu le veux. Le sénat te proclamera le sauveur de la patrie. Il inscrira ton nom en lettres d'or sur les tables de marbre du Sénat. Tu pourras même briguer à une charge, à un poste dans un des ministères d’Honorius. De pareilles occasions ne se présentent qu'une fois. 
      _ Non ! Non ! Je ne trahirai pas ceux qui m’ont adopté pour frères. Nous appartenons à la même noble caste ; nous partageons le même héritage, celui de nos ancêtres. Que ce soient le pouvoir et la fortune, que ce soient la défaite l'exil, ou la mort. Ne vois-tu pas qu'il me reste un fond d'honneur, qu'il me reste encore un idéal. Encore une fois la mort ne me fait pas peur. 
      _ Idiot je te connais trop bien ! Ce n'est pas la honte qui t'arrête. Ce n'est pas non plus la sainteté du serment.
      _ Qu'est-ce donc ? Si tu es si maligne. 
      _ La peur ! Je ne pense pas ! Depuis dix ans tu ronges ton frein ! Tu sembles vouloir expier une faute ! Qu'est ce qui enchaîne ta langue ? 
      _ Certainement pas la peur ! La peur est si tu veux un sentiment louable quand elle nous empêche de commettre une mauvaise action. Mes compagnons et moi nous nous sommes promis milles morts si l’un de nous trahissait. Mais encore une fois ce n'est pas cela, je te le dis j'ai un vieux compte à solder.
      _ Balivernes ! Je ne te crois pas. Et je vois bien que je n'en saurai pas plus mais écoute-moi bien maintenant. Tu es devenu depuis plus de six mois l'espion en titre du Consistorium des 12. 
      _ Moi ? 
      _ Oui, toi ! Qui ne connaît dans Domina tes capacités de pique-assiettes, ta sotte assurance, ta belle Valdhorienne ? Ta qualité d’aigrefin patentée et ton habileté à me jeter dans les bras de tous les magistrats qui pourraient t’être utiles ? Sans compter ton habileté à la spatha ou au jeu de Shogi. Eh bien ! Tu ne m'as pas confié une seule des pensées de ton cercle d’amis que je n'ai rapportée à Metamoto.


Cette révélation inattendue frappa Scipio comme d'un coup de poing. Il roula sur le lit et en tomba par terre.   En effet, la courtisane appartenait à cette armée d’espions passés par les académies des arcanis. Qui plus est, elle avait était recrutée et formée par Teixó.   

Les espions d'Honorius c'étaient mille yeux, mille oreilles surveillant au profit des Oligarques de l’Empire, ainsi donc, elle était une des chevilles ouvrières qui espionnaient tous les salons de Domina, tous les tripots. 

      _ Oh ! Tu veux plaisanter Rachel. Murmura le sénateur tremblant. Le crime infâme dont tu t'accuses, il est impossible que tu l'ais commis ! 
      _ Vraiment ! Et comment aurais-je vécu sans cela, malheureux ? De tes largesses peut-être ? Demanda effrontément la courtisane. Valdhore, Teixó ! sont mes seuls maîtres et après eux est Honorius. Tu serais un triste mécène, si tu ne rachetais pas ta pauvreté par ta naïveté et tes connaissances. J'ai tiré parti de toi comme j'ai pu. Et bien des fois je t’ai fait protéger sans que tu ne t’en doutes. Remercie tes dieux que j’ai de l’affection pour toi, sans quoi depuis longtemps tu serais à croupir dans une geôle de Mamertine pour dettes ou pour quelques autres de tes larcins. Ou bien une des victimes de tes escroqueries t’aurait occis dans quelques ruelles ou quelques bouges où tu sembles te complaire.   
      _ Dis-tu vrai ?
s'écria Scipio qui cherchait fébrilement quelque chose dans le tas de chiffons qu’était sa tunique, enfin il en tira un poignard. 
      _ Je dis vrai, et je t'invite à laisser aux vieux comédiens ces gestes de tragédie ou plutôt de farce digne d’un Horacius. Tu es d’un ridicule qui augmente sans utilité ta puérilité naturelle. Si je te mettais à la porte, je suis certaine que tu viendrais demain réclamer mon indulgence à genoux. Je te sais assez stupide pour le faire. Encore un mot. Tu as livré tes amis conjurés ; veux-tu les vendre maintenant ?

Le poignard assuré dans sa main Scipio se précipita sur Rachel qui fut surprise par la réaction de son amant. 

      _ Tu vas te taire charogne ! Traîtresse !

Une fraction de seconde, il pensa la tuer, mais il avait beau être tombé si bas, jamais il ne pourrait occire une femme et à plus forte raison Rachel. S’il c’était mis dans cette stupide conjuration, c’était en partie pour elle, pour redorer son nom et enfin l’avoir pour lui seul. Alors il planta rageusement le couteau dans le matelas, il était impuissant devant cette femme. Quoiqu’il en soit… au moment où il lâchait son couteau…   

Elle avait saisi le petit chandelier à trois branches qui trônait sur un guéridon. Il était en bronze doré artistiquement ouvragé et avant qu'une quelconque surprise puisse se lire sur le visage de Scipio, elle parvint à l'assommer. Il tomba ou plutôt il glissa à ses pieds. Elle le contempla un court instant.

« La position que tu n’aurais pas dû quitter, je voulais ton bonheur tant pis pour toi. La conjuration est une fleur funéraire. Elle n'aime que la terre des cachots. » Elle se pencha sur lui, il était toujours en vie. Il en serait quitte pour un solide mal de tête.

Elle appela ses servantes qui l’aidèrent à le ficeler. Les trois femmes jetèrent l’homme sur le lit. Elle écrivit sur une lame de roseau quelques mots qu’elle plaça dans un étui de cuir. Elle demanda à Thanara de l’apporter au préfet du Consistorium. Tout nu et groggy Scipio émergea. 

      _ Je te pensais plus retord et plus cynique que tu sembles être. Tant pis pour toi, c’est dommage, quel gâchis. Tu savais me faire si bien jouir. Je crois que je vais te regretter. Elle n’attendit pas la fin de la bordée d’injure pour le bâillonner et pendant qu’Alhambra lui faisait un pansement elle continua. Avant ce soir on viendra te prendre et cette fois tu n’y couperas pas. Tout sénateur que tu es, tu dormiras en prison, si tu arrives à dormir. Tu vois j’étais prête à partager la récompense avec toi, mais encore une fois tant pis t’es décidément trop con.

Le soir n'était pas tombé qu'une charrette passa prendre un sac dans lequel Scipio était ficelé. Elle le conduisit derrière les murs de la terrible prison Mamertine où une geôle l'attendait. 

Hors ligne Léilwën

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Re : Scipio vs Rachel
« Réponse #1 le: 08 juin 2021 à 00:10:16 »
Hello !

J'ai l'habitude de faire mes commentaires de manière assez "linéaire" (au fil du texte) et assez pointichieuse :mrgreen: . J'espère que ça te conviendra. ;)

La mise en page me perturbe un peu : pourquoi retournes-tu à la ligne et passes-tu une ligne après chaque phrase, sans faire de paragraphe ?

Citer
Ils allaient portant des corbeilles
=> manque une virgule avant "portant"
Citer
insulae
=> le mot étant étranger, il faudrait des italiques ici
Citer
les ruelles.   Puis
=> il y a 2 espaces en trop après le point
Citer
venues  des ports
=> espace surnuméraire
Citer
le soleil d'un coup se levait
=> hum, j'ai du mal avec l'image... pour moi la course du soleil est toujours assez progressive...
Citer
aux couleurs sang et or
=> RC Lens forever (pardon :D )
Citer
Castra Praetoria
=> comme précédemment : mots étrangers, italiques (je vais résumer ça en "italiques pour les prochaines occurrences, ne le prends pas mal)
Citer
les posticum (entrées de service)
=> 1°) italiques. 2°) Pourquoi donnes-tu tout d'un coup une définition alors que tu ne l'as pas fait pour les autres mots techniques ? Cet avis n'engage que moi, mais je pense que tu peux laisser le soin au lecteur de se documenter ! ;)
Citer
domus
=> italiques
Citer
depuis longtemps grandes ouvertes
=> manque une virgule à la fin de ce bout de phrase (c'est une incise, qui doit être entre virgules)
Citer
quelques has
=> alors là, pour le coup, ça fait 15 minutes que je cherche sur le net et que je ne trouve pas la définition :???:
Citer
Forum Caesaris
=> italiques
Citer
curies.   L'immense
=> il y a 2 espaces en trop après le point
Citer
une mosaïque de velum
=> velums
Citer
mégapole grouillante
=> tu as déjà dit "grouillantes insulae" plus haut (au cas où la répétition te gênerait)
Citer
par les habits de leurs pays
=> ça me semble un peu lourd... "et à leur habillement" ?
Citer
Le forum toujours grouillant de vie
=> ça fait quand même beaucoup de "grouillant"...
Citer
désemplissait ; Qu’un homme
=> pas de majuscule après un point-virgule
Citer
dans un kago
=> je suis surprise de voir le mot "kago" dans un contexte méditerranéen antique
Citer
Alors tout se passait comme si un navire fendait la multitude, tumulte et désordre devant, puis la foule se refermait derrière.
=> j'aime bien l'image ! :)
Citer
cheval rouge, sur le placard
=> j'aurais mis un point à la place de la virgule
Citer
Un plaisantin avait barré « des filles » par la baise
=> y a un problème dans la formulation je crois... "Un plaisantin avait barré « des filles » et l'avait remplacé par « la baise »" ou autre chose ?
Citer
l'itinera
=> pas trouvé la définition
Citer
Difficilement, gêné de toute part, à cause d'une foule bigarrée et criarde il atteignit la fontaine
=> la virgule après "part" doit être déplacée après "criarde"
Citer
pecten (coquille st Jacques)
=> là par contre, je n'avais pas besoin de la définition, on la trouve facilement !
Citer
La première à gauche, conduisait chez Rachel la Valdhorienne .
=> 1°) pas de virgule, sinon tu coupes le sujet de son verbe, ce qui est incorrect en français (ou alors il faut mettre une 2e virgule avant "à gauche" pour créer une incise). 2°) Il y a un espace en trop avant le point
Citer
La dernière, celle de droite descendait au grand port,
=> manque une virgule après "droite"
Citer
Sa bourse gonflée de zhas et d'has
=> oh ! du coup je viens de comprendre ce que voulait dire "has" au début du texte...

Bon, il est tard, je m'arrête ici pour ce soir :)

Au global : tu as l'air super calé en antiquité romaine et c'est chouette de (re)découvrir tout ce vocabulaire ! Quelques tournures de phrases sont maladroites, mais rien de bien méchant. Le décor est bien posé, j'attends la suite.

À bientôt !
De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur
La musique est un cri qui vient de l'intérieur


Tu débarques et tu es un peu perdu.e ? Je peux peut-être t'aider par ici

Hors ligne sergent

  • Troubadour
  • Messages: 332
  • Major d'homme à fables
Re : Scipio vs Rachel
« Réponse #2 le: 08 juin 2021 à 18:22:35 »
Merci pour la lecture et les corrections.
Ce petit bout fait partie d'un texte long qui a pour titre "Retour à Domina" c'est de la S.F même si cela ressemble à une histoire antique.
Je ne pensais pas être lu aussi j’utilise "le monde de l'écriture" et "scribay" comme deux super clefs USB. Je sais ce n'est pas sérieux mais c'est ce que j'ai trouvé de mieux dans le genre.   
En plus on a de temps en temps la chance d'être corrigé et même bien.
"Retour à Domina" cela représente plus de 900 minutes de lecture et c'est loin d'être fini.
Je dois dire aussi que je suis moins présent sur "Le monde de l'écriture" surtout depuis le départ d'@Ashka@ qui était ici ma principale lectrice et correctrice. mais de temps en temps je reviens pour mettre à jour mes "sauvegardes" et poster un texte comme celui que tu viens de lire ce n'est qui ébauche avant qu'il prenne sa place dans les plus de 80 chapitres. 
je vais prendre en compte les correction mais je comparerai ce chapitre avec celui déjà corrigé sur "scribay"
Encore une fois un grand merci, car à chaque fois je suis vraiment surpris d'être lu.
Au fait toutes corrections me conviennent, ainsi que toutes les critiques.

Hors ligne Opercule

  • Calliopéen
  • Messages: 441
  • Nécroposteur aux mains froides
Re : Scipio vs Rachel
« Réponse #3 le: 10 juin 2021 à 19:55:04 »
salut sergent, merci pour ton texte qui montre une grande maîtrise d’un univers tentaculaire basé sur les acteurs, jeux de pouvoir et intrigues du début de l’Empire Romain. Mais je ne qualifierais pas ça de SF, plutôt de fantasy (ou merveilleux, en bon français ?).

C’est long, très long, et je dois avouer assez répétitif. D’abord il la trouve, ensuite elle se cache, puis elle est fâchée, après elle lui soutire de l’information, et enfin elle essaie d’entrer dans le jeu, c’est je trouve que ces changements sont juste épuisants. Chacun est bâti sur de longs va-et-vient, et les positions changent très peu, et tout à coup elles changent, mais c’est au prix de mon attention qui flotte.
Hm, oui, donc couper dans les dialogues, parce que j’ai vraiment l’impression d’avoir beaucoup lu pour pas beaucoup d’avancées, en fait.

Ce qui n’aide pas, évidemment, c’est un texte est aussi très dense avec des références nombreuses et interconnectées, on ne sait pas vraiment ce qu’on en veut à Horatius, l’Empereur, qui a peut-être un historique avec Scipion ? c’est assez flou. Et puis les différentes organisations, cabales et conspirations, les ruines de Valdhor, les peuples, etc. Je sais que c’est une partie d’un tout, mais dans la lecture isolée de ce texte, ça pèse.

Les personnages et la relation entre les deux sont très réussis, du reste. J’aime beaucoup d’un côté ce sénateur qui est une disgrâce qui s’ennuie et qui trouve que cette entreprise va soit rétablir sa position soit le tuer (et c’est tout bénef), et de l’autre côté une courtisane qui lui a toujours soutiré de l’information pour le compte de je-ne-sais-qui, mais qui semble être lié à l’Empereur. Visiblement ce sont deux parties d’un énorme puzzle urbain.

J’espère que mon point de vue te donnera quelque chose !

PS : j’aurais aussi préféré une structure plus ramassée, en paragraphes, plutôt que des phrases qui volent.
« Modifié: 10 juin 2021 à 19:57:15 par Opercule »

Hors ligne sergent

  • Troubadour
  • Messages: 332
  • Major d'homme à fables
Re : Scipio vs Rachel
« Réponse #4 le: Hier à 09:27:22 »
Je comprends toutes ces critiques qui sont somme toute logiques.
Le problème c'est que je ne sais pas faire court.
Cette histoire représente 33 minutes de lecture.
Sur @scribay@  il y a 48 chapitres avec une moyenne de 17 minutes de lecture.
Ici sur @Le Monde de L’Écriture@ il y a deux versions de Domina, vu que c'est ici que j'ai véritablement commencé cette histoire.
 
Le problème est que j'utilise les défis littéraires pour avancer dans mon histoire, cela me permet de tester une idée un personnage etc..

Ici "Scipio vs Rachel" cochait presque toutes les cases :


Le défi que je vous lance est le suivant :

Ecrivez-moi la rencontre entre deux adultes à travers un dialogue intelligent et mature.

Les contraintes :

- Ce doit être deux adultes ayant un caractère fort, qui suppose qu'ils soient dominants dans tous les domaines (débat professionnel ou politique, cadre familial ou social etc).

- Ce peut être homme/femme, homme/homme, femme/femme mais il faut que ce soit des adultes.

- Ce doit être dans un cadre professionnel.

- Ce doit montrer une PREMIÈRE RENCONTRE ENTRE LES DEUX PARTIES : comment vont-ils s'apprivoiser ? leur première impression ?

- Possibilité de narration seulement si c'est nécessaire.

Bonus à inclure dans les contraintes pour les plus audacieux :

-  Ce doit montrer une CONFRONTATION entre deux points de vue différents.

- Il faut trouver un enjeu ou une raison de leur rencontre : ils ont été réunis parce qu'ils peuvent apporter une aide précieuse : ils sont tous les deux spécialisés dans des domaines qui pourraient aider à résoudre le problème.

Des aides à la réflexion :

    Comment réagissent deux adultes qui se rencontrent pour la première fois ?
    Quelle est la première pensée qui leur vient à l'esprit en voyant cet autre ?
    Y a-t-il cet instinct de comparativité qui peut exister chez les adolescents ?
    Quelle serait la première chose qu'ils diraient à l'autre pour amorcer la conversation ?
    Quel air veulent-ils se donner ? Que veulent-ils prouver à l'autre ? Pourquoi le feraient-ils ?
    Que pensent-ils d'eux-mêmes à ce moment précis ?
    Comment se quittent-ils ? De quelle façon le font-ils ?
    Qui part en premier ? Qui salue en premier ? Qui dit le mot de fin ?
    Dans une situation A (une foule anonyme autour d'eux comme témoins), dans une situation B (une foule anonyme autour d'eux et des proches suffisamment intimes), dans une situation C (des proches uniquement autour d'eux) et dans une situation D (juste tous les deux), quel comportement, quel discours, quel tic, quelle tonalité de la voix, quelle pensée, quel geste, quel maintien du corps exposent-ils à leur interlocuteur ?
    Font-ils immédiatement confiance à l'autre ou y a-t-il une distance dès le début ? Comme dans une approche diplomatique ou professionnel.
    Peuvent-ils devenir proches (ami ou partenaire) rapidement ou ont-ils besoin de temps ?
    Quel type de langage est utilisé ? de tons et/ou d'expressions ?



Ce texte était donc la réponse à ce défi et à un autre ou il fallait parler et décrire une ville imaginaire Ici "Domina".

Pour la dispute je n'ai pas rempli une des clauses, car dans mon histoire Rachel et Scipio se connaissent déjà et que Rachel est une espionne de l'Empire. C'est une pièce qui doit faire tomber le Sénat pour changer la Constitution un peu comme pour César sans les ides Mars.

Pour la présentation je plaide coupable. Je ne sais pas faire.
 C'est vrai cela pourrait passer pour ce que tu dis : " Mais je ne qualifierais pas ça de SF, plutôt de fantasy (ou merveilleux, en bon français ?)."
sur ce chapitre tu as raison, mais dans mon histoire il n'y a pas de dragons, pas d'orcs. Mais il y a des clones, des androïdes, des cyborgs et des vaisseaux spéciaux. 
Mon univers ressemble plus à celui de "Gor" qu'à la "Terre du Milieu".   

Hors ligne Opercule

  • Calliopéen
  • Messages: 441
  • Nécroposteur aux mains froides
Re : Scipio vs Rachel
« Réponse #5 le: Hier à 11:03:17 »
Merci sergent, on a une meilleure idée de ce que tu amènes et de pourquoi tu l’as porté comme ça.
En ce sens, le défi est effectivement bien relevé, si tu laisses tomber la contrainte de "première rencontre".
Est-ce que tu penses que chaque étape de la confrontation est nécessaire et irréductible ? Tu ne penses pas être capable de couper, tout en gardant le cheminement originel ?

Hors ligne sergent

  • Troubadour
  • Messages: 332
  • Major d'homme à fables
Re : Scipio vs Rachel
« Réponse #6 le: Hier à 11:41:04 »
Evidement je pense qu'il y a moyen d'améliorer ce texte sur lequel j'en ai pas mal bavé.
Pour exemple le chapitre 1 de "Retour à Domina" est la trentième version. 
Je suis un besogneux, un moteur diesel de l'écriture qui écrit essentiellement pour lui même, mais évidement je suis toujours heureux d'être lu et critiqué, mais je sais aussi que me lire est une sorte de punition.
Si je voulais à tout prix être lu, je ferai des chapitres plus courts avec moins de 5 minutes de lecture, avec moins de violence et de pornographie, mais ce n'est pas ce que je recherche, je veux faire du "Gor" encore plus gore, même si c'est daté et surtout si cela fait mauvais genre. 
Mais ici dans cette histoire cela me permettait de mieux présenter Rachel et Scipio qui sont des personnages secondaires pour lesquels j'ai de l'affection et qui prennent de l'importance au fil du récit.
De plus je considère les dialogues comme quelque chose que je dois améliorer, mais ils me servent à contrebalancer des descriptions un peu trop littéraires avec trop de "pathos". 
Je voulais aussi mieux décrire cette ville librement inspirée de la Rome antique et d'Alexandrie.

 


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