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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » la bouée

Auteur Sujet: la bouée  (Lu 687 fois)

Hors ligne Lucie Beauvisage

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la bouée
« le: 10 Avril 2023 à 19:03:57 »
Texte corrigé, recorrigé, rererererecorrigé. Merci à chacun pour vos conseils. Trop tard, je l'ai envoyé (faut bien se décider un jour !). Cette histoire enfantine m'a donné envie de peut-être continuer les aventures de Lili. On verra...

La bouée

Le jour pointe à peine le bout de son nez quand Lili se glisse, encore un peu ensommeillée, dans le tout petit espace restant sur le siège arrière de la Simca 1000.  La hauteur sur la galerie est impressionnante, le coffre-avant menace une indigestion, le moindre petit coin regorge de divers ingrédients et matériels pour le camping et on ne manquera de rien pendant les trois semaines de vacances car les prix flambent au mois d’août.
Le trajet, bien que relativement court de Nantes à Piriac, semble une éternité à Lili tant elle est pressée d’arriver. Tous les ans au camping des Boutons d’or, la famille se retrouve pour trois semaines de vacances, les oncles et tantes, les cousins et les cousines, des amis de Nantes et même une famille anglaise qui s’obstine gentiment à offrir des aliments en boite qui finiront discrètement à la poubelle (les haricots blancs sucrés et les biscuits contenant plus de cannelle que de farine ne trouvent décidément aucun adhérent).
Lili imagine déjà les parties de pêche à pied sur les rochers quand la mer montrera son ventre à marée basse, la vase fine et douce qui glissera entre les orteils quand elle ira chercher des vers dans le port qu’on attachera sur les hameçons pour attraper des maquereaux ou des vieilles  à marée haute, les circuits creusés dans le sable pour jouer avec ses cousins aux billes et aux petits vélos qui s’appelleront Anquetil, Darrigade ou Koblet,  la balançoire du camping, les défis à qui nagera le plus vite ou sautera le plus loin et cette merveilleuse liberté accordée juste une fois dans l’année par des parents qui, eux-mêmes, aspirent à oublier pour quelques temps les tracas du quotidien et lèvent ainsi le carcan éducatif des enfants.
Sitôt arrivés, ses parents installent la toile de tente, gonflent les matelas, déplient la table et les chaises en toile, le meuble en métal qui accueille les brûleurs à gaz, le fil pour étendre le linge entre un piquet et un arbre de la haie ainsi que le reste du matériel. Afin d’avoir d’un peu de tranquillité, Pour tout installer tranquillement, ils envoient Lili faire le tour du camping pour repérer où se trouvent les autres.
L’euphorie des retrouvailles engendre un concert d’exclamations, de cris de joie et à raison de quatre bises par personne (ha oui, ici c’est quatre !), le panier à bisous se remplit vite. 

-   Mon dieu, que tu as grandi en si peu de temps, déjà 8 ans !  s’étonne tante Gigi, en la plaquant contre sa plantureuse poitrine. La générosité de tante Gigi ne s’arrête pas à son cœur, elle déborde de partout. Lili adore sa tata gâteau comme elle l’appelle.
Marine, une de ses cousines s’approche et l’embrasse joyeusement puis tourne sur elle-même comme un mannequin de mode pour faire découvrir la bouée que sa mère vient de lui acheter.  Lili en reste bouche bée : la moitié inférieure de la bouée se décline en plusieurs teintes de rose et la partie supérieure transparente laisse apercevoir de petits poissons et des étoiles de mer qui se déplacent en suspension dans un étrange liquide visqueux mais translucide comme de l’eau.
Lili n’en a jamais vue une aussi belle mais elle sait déjà qu’il est inutile d’en espérer l’achat par ses parents, non pour des raisons financières (quoi que…) mais parce que son père considère ce genre d’objet flottant identifié ou non comme hautement dangereux pour l’instant et il a préféré lui apprendre à nager si jeune qu’elle ne s’en souvient même pas. Il dit que ces choses flottantes  prennent le courant trop facilement et entrainent les enfants vers le large en un rien de temps.
Marine se pavane, s’imagine déjà célèbre, défilant sur un podium avec Lili dans le public pour l’applaudir et l’encourager vers la gloire.
-   Je te la prêterai un de ces jours mais pas tout de suite, dit-elle à sa cousine d’un air un peu condescendant.
Tante Gigi la félicite pour sa gentillesse ce qui renforce encore un peu sa vanité et Lili trouve quand même qu’elle en fait un peu trop mais pour rien au monde, elle n’avouerait sa jalousie.
Les jours suivants, le soleil reste au beau fixe et la mer inhabituellement bleue scintille sous les rayons ardents. Les peaux rougissent un peu, les nez prennent une teinte caramel, les tâches de rousseur accentuent la couleur des yeux, la bonne humeur est au beau fixe et les journées passent à grande vitesse.
Comme pour la plupart des enfants, la plage et la mer représentent le summum du bonheur.  Cette dernière se trouve très proche du camping et, à condition que les plus grands les accompagnent pour les surveiller, il suffit de prendre une toute petite avenue sinueuse bordée de grands lauriers sauce qui embaument l’air. Lili ainsi que les enfants de sa famille ont le droit d’aller à la plage pendant que les adultes se prélassent après le déjeuner. Les parents les rejoindront plus tard pour le goûter.
L’arrivée sur la plage ressemble à un lâcher de jeunes chiens fous, les sandales virevoltent, les vêtements atterrissent en tas sur le sable avec les serviettes et six gamins surexcités se jettent à la baille. Quand le coefficient de marée est suffisant, l’eau atteint la rampe d’accès des secours en mer et le rebord de la pente se transforme alors en tremplin de saut. Lili ne sait pas encore bien plonger tête la première et puis ça lui fait un peu peur pour l’instant. Une ribambelle d’enfants se lance des défis à qui sautera le plus loin ou le plus haut. Gare à celui qui oublie de se pincer le nez avant de sauter pour que l’eau salée ne s’y engouffre pas. Chacun a ses supporters qui s’égosillent et couvrent les cris des mouettes. Les adultes ronchonnent  après cette marmaille bruyante mais finissent par battre en retraite vers le haut de la plage pour sauvegarder leur tranquillité.
Un cri de joie unanime accueille les parents qui arrivent enfin à la plage avec le goûter pour nourrir la meute affamée. Les mamans râlent en voyant la colline de shorts, sandales, et autres objets en vrac et mettent en place chaque serviette avec les affaires bien pliées et rangées dessus. Les enfants ressemblent à une nuée d’abeilles qui s’agglutinent autour de tante Gigi qui apporte des biscuits BN avec de la limonade ! C’est alors un moment de grand calme, les mâchoires sont trop occupées pour émettre le moindre son et les parents en profitent pour se baigner.
Un seul n’approche jamais de l’eau et regarde les autres d’un air effaré. Dany a peur de l’eau, a peur de tout, a peur de vivre. Il parait qu’il a manqué d’air à la naissance et Lili ne comprends pas bien le rapport entre ses poumons et son cerveau.  Il ne parle pas mais il suffit que Lili le regarde pour comprendre ce qu’il veut, c’est un lien invisible qui les relient depuis leur plus jeune âge.
L’année dernière, un grand d’au moins 10 ans le bousculait et le pinçait quand ils allaient à la balançoire et cette andouille s’est plaint à sa mère parce que Lili  lui a donné un grand coup de pied dans le tibia pour défendre Dany. Finalement, c’est elle qui a été punie et privée de plage le lendemain (parce que ce n’est pas une façon de s’expliquer, a dit sa mère !). Elle a erré dans le camping comme une âme en peine tout l’après-midi, les larmes de l’injustice débordant de ses jolis yeux bleus. Le soir, son père l’a prise par les épaules avec un petit sourire de connivence et lui a discrètement glissé une sucette dans la main. En tout cas, Dany et Lili ont pu faire de la balançoire tranquillement jusqu’à la fin des vacances et le grand idiot les évitait en boitant avec son œuf de pigeon tout bleu sur le tibia.

Aujourd’hui, Marine a promis de prêter sa bouée à Lili mais elle fait durer le plaisir. Toute droite au-dessus des vagues, elle ressemble à un flotteur accroché à un fil de pêche.
-   Un poisson va peut-être prendre un de tes pieds pour un appât ! lui lance Lili
Moins de deux secondes de réflexion suffisent à Marine pour imaginer une roussette ou un maquereau lui grignotant le pied, elle panique et se précipite sur la plage d’où elle tend sa bouée à Lili qui, un peu surprise mais, ravie, saisi l’occasion au vol.
Drôle de sensation de n’avoir aucun effort à fournir pour se maintenir sur place et Lili ne sait plus si elle flotte dans l’eau ou dans l’air. Elle se sent d’une incroyable légèreté et la bouée lui permet ainsi de regarder les goélands sans se soucier des vagues. Elle devient danseuse classique dans son tutu en plastique, dauphin en équilibre sur sa nageoire caudale, trapéziste aquatique.
Justement, une vague un peu plus grosse que les autres arrive droit devant et elle l’attend de bouée ferme, bien décidée à maitriser les flots, s’imaginant grand marin navigant au milieu de l’océan.
La vague la soulève comme un fétu de paille ou plutôt comme une infime branchette dans l’immensité et elle se retrouve en position du poirier, la tête en bas sous l’eau, les pieds et les jambes en haut battant l’air, bloquée au niveau des hanches par la bouée qui a légèrement glissé de sa taille sous le choc de la vague. N’ayant plus aucun appui pour basculer dans l’autre sens, elle cherche à se libérer de cette fichue bouée mais, bien que très mince, ses hanches sont plus arrondies que celles de Marine et ne glissent pas hors de l’entrave si convoitée, le plastique semblant coller à sa peau.
Ses poumons commencent à réclamer de l’air, la panique et l’épuisement la gagnent à se débattre ainsi et sa toute petite vie défile soudain dans son esprit affolé. Elle croit sentir ses larmes se perdent dans cette mer qu’elle aime pourtant plus que tout. Elle compatit de tout son être à la souffrance du dauphin pris au piège dans un filet, elle sait qu’elle va bientôt abandonner ce combat inutile. Comme elle aime ses parents !
Soudain une vague plus importante que les autres heurte ses jambes et, bien que le mérite ne lui en revienne pas vraiment, Lili réalise un fantastique salto qui la projette plus loin mais la remet enfin à l’endroit. L’air s’engouffre à nouveau dans ses poumons, elle reprend son souffle en haletant  et en profite pour se dégager de la bouée et regagner la plage.
Sa cousine ne comprendra jamais ce jour-là pourquoi Lili lui a presque jeté la bouée à la figure d’un air renfrogné et s’est affalée sans un mot sur sa serviette. Cette si grande peur de la noyade et le ridicule de la situation avait profondément atteint son amour propre pour raconter l’histoire.  Les plus jeunes se seraient écroulés de rire et les plus grands, qui n’avaient rien vu trop occupés qu’ils étaient à flirter l’auraient vivement sermonnée. Au moins, elle savait que personne ne raconterait quoi que ce soit à ses parents sous peine de perdre le précieux instant de liberté du début d’après-midi. 
Bien des années après, lorsque son père lui proposera enfin d’acheter un petit canot pneumatique pour s’amuser avec ses cousines (maintenant que tu es grande !), Lili refusera catégoriquement et avec effroi au grand étonnement de son père.


« Modifié: 04 Juillet 2023 à 17:39:15 par Lucie Beauvisage »

Hors ligne flag

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  • Le navet ne se pèse pas au kilo mais à la tonne
Re : la bouée
« Réponse #1 le: 10 Avril 2023 à 21:42:29 »
Bonsoir,  ;)

Un regard au bord de l'eau  ::)

Citer
je ne me fais pas prier pour rejoindre mes compagnes de jeux
...de jeu...

Citer
pour que l’eau salé ne s’y engouffre pas.
…...que l'eau salée...
Citer
Chacun a ses supporter qui s’égosillent
...supporters...

Citer
Un seul n’approche jamais de l’eau et nous regardent d’un air effaré
(la phrase semble bizarrement formulée) ...et nous regarde...

Citer
...afin de retrouver ma liberté de mouvements mais rien à faire...
...de mouvement, mais rien...

Citer
Je senti une nouvelle vague...
Je sentis...
Citer
de n’avoir pas écouter papa.
...écouté...

Citer
de n’avoir pas écouter papa.
(répétition) ...écouté...



Citer
Mes oncles et tantes, mes cousins et cousines, des amis de Nantes et même une famille anglaise qui s’obstine gentiment à nous offrir des aliments anglais en boite qui finiront à la poubelle (beurk les haricots blancs sucrés et les biscuits contenant plus de cannelle que de farine), toute cette joyeuse smala se retrouve au mois d’août au camping des boutons d’or à Piriac.
Ouf ! j'ai cru que toute la tribu se trouvait dans la Simca 1000.  :o


Citer
font souvent la sieste ou se prélassent.
Ça a la consonance d'un pléonasme
Citer
Finalement, personne ne s’est aperçu de mon aventure
...ma mésaventure

Citer
Bien des années après, lorsque mon père me proposait d’acheter
...me proposa...

Citer
Je dois présenter cette nouvelle prochainement à un concours sur le thème : bain de mer. Plus habituée à écrire des poèmes, j'ai un peu de peine à être objective. Pourriez-vous me donner votre avis et votre ressenti. Je vous en remercie par avance.

Ça résume bien le thème. Même si la nouvelle aurait pu virer la nage coulée :/.  Je trouve qu'il y a une abondance des verbes pauvres, ça casse l'ambiance nostalgique et poétique de cette tranche de vie.
Une carte postale délavée sur les jeunes années envolées ou les cris de joie des enfants se conjuguent  aux chants des flots bleus. :bouquine:
Dieu et la nature vont bien ensemble, ça va de paire, c'est Dieu le père.

Hors ligne Lucie Beauvisage

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Re : la bouée
« Réponse #2 le: 11 Avril 2023 à 11:58:40 »
merci beaucoup, j'effectue les corrections et je vais essayer "d'enrichir" le verbe

Hors ligne Michael Sherwood

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Re : la bouée
« Réponse #3 le: 11 Avril 2023 à 14:00:33 »
Bonjour Lucie,

Nouvelle très agréable à lire.
Juste 2 phrases qui me plaisent moins :

Citer
La Simca 1000 est pleine à craquer et son ventre se rapproche de plus en plus de la chaussée.
je mettrais "plancher" plutôt que ventre. (peut-être aussi bitume au lieu de chaussée ?)

Citer
Mes oncles et tantes, mes cousins et cousines, des amis de Nantes et même une famille anglaise qui s’obstine gentiment à nous offrir des aliments anglais en boite qui finiront à la poubelle (beurk les haricots blancs sucrés et les biscuits contenant plus de cannelle que de farine), toute cette joyeuse smala se retrouve au mois d’août au camping des boutons d’or à Piriac.
Comme flag, j'avais l'impression que tout ce monde était entassé dans la malheureuse Simca 1000  :s !
Pourquoi ne pas commencer la phrase par : "Tous les ans au mois d'Août au camping de Piriac on retrouve, etc.."
ce qui éviterait cette confusion.

Bonne journée  8) !
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

 


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