Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

04 décembre 2021 à 11:55:21
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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » L'Atelier » Traiter le handicap

Auteur Sujet: Traiter le handicap  (Lu 14233 fois)

Hors ligne Chouc

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #60 le: 07 avril 2020 à 17:04:07 »
Ouais... Non, toujours pas Erwan  ^^

Citer
j'aime les personnages handicapés (en ce qu'ils dégagent de cette vulnérabilité commune)

Pour moi, ça passe pas mieux que "je les aime parce qu'ils sont attachants et plus profonds".
Je n'ai plus la flamme, mais il me reste les braises.

Hors ligne Heldscalla

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #61 le: 07 avril 2020 à 18:59:20 »
.
« Modifié: 09 avril 2020 à 14:49:50 par Heldscalla »
"Une nouvelle terreur a émergé de la mort, une nouvelle superstition a conquis la forteresse inexpugnable de l'éternité.
Je suis une légende."

R. Matheson

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #62 le: 07 avril 2020 à 19:37:34 »
Bonjour,


J'espère sincèrement que la discussion sur le handicap va pouvoir se poursuivre dans la diversité des échanges et la prise en compte de paroles « concernées » qui estiment que le sujet du handicap mérite d'être discuté/approfondi.

Je n'ai pas pour rôle de prendre position sur les différentes réactions pendant la discussion (l'équipe de modération peut, si elle l'estime nécessaire, réagir sur des propos qui ne seraient pas conformes à la charte du forum), mais je peux au moins exprimer mon besoin de voir ce fil permettre de continuer à aborder la thématique du handicap dans la littérature avec une certaine considération.


Je serais vraiment attristé que les échanges se concluent par des violences, j'espère donc que l'on puisse trouver une manière adaptée de parler de sujets parfois très douloureux voire bouleversants ; ça me paraît véritablement essentiel dans ma propre démarche d'écriture.
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Hors ligne cyamme

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #63 le: 07 avril 2020 à 19:39:39 »
Modération
 

Ce fil a été bloqué en attendant que l’équipe puisse statuer sur les décisions à prendre. Merci de votre patience

Hors ligne Chapart

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #64 le: 09 avril 2020 à 13:11:46 »

Modération :

Merci à tous de revenir à des propos mieux maîtrisés.
Essayons de rester respectueux et courtois, particulièrement sur les sujets sensibles.

Rappel de la charte du forum, article 4 :

Citer
    Article 4 – Est strictement interdit et se verra sanctionné :
    - tout message comportant une insulte ;
    - tout message agressif envers d'autres membres du forum ;
    ...

Cette formulation est particulièrement agressive :

Citer
    en plongeant dans le pathos le plus extrême comme tu le fais, tu craches des préjugés sur les handicapés à plein boulon,

Et la réponse l'est aussi :

Citer
    tu ne sais pas de quoi tu parles, alors ferme-là !

Merci donc de revenir à une discussion sans agression, nous débloquons le fil.

L'équipe de modération

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #65 le: 09 avril 2020 à 13:35:19 »
Bonjour,


Merci sincèrement à l'équipe de modération pour son intervention qui, je l'espère, permettra de pouvoir réagir de façon plus sereine sur le sujet si quelqu'un y trouve son importance.

Me concernant, et peut-être pour offrir un nouvel angle à la discussion, je suis très attentif à des témoignages sur un handicap en particulier (qui donne à voir une certaine vision de la vie), mais aussi éventuellement à des regards de personnes qui connaissent ou vivent des situations de handicap dans leur entourage.

Ce que j'entends par ma présente intervention, c'est que j'ai pu prendre conscience à certains moments de ma vie que le handicap pouvait bouleverser un peu plus qu'une seule personne, et pouvait également obliger une famille à revoir son quotidien, à porter assistance ou à faire des travaux d'aménagement pour accompagner leur proche dans la difficulté. Le handicap est réel là où c'est tout un environnement familial qui s'y voit impliqué. Je pense que le point de vue de proches compte beaucoup dans la création non pas d'un unique personnage handicapé mais aussi de son entourage, de ses relations, de personnages concernés dans la proximité du quotidien. Cela permet de porter un regard différent sans effacer pour autant le sentiment de la personne handicapée.


De ce fait, le regard sur le handicap depuis une extériorité proche (un conjoint ou un proche parent) me semble tout à fait significatif, et j'espère également que des membres dont les proches seraient touchés par un handicap n'hésiteront pas à donner leur sentiment sur la question depuis cette position tout aussi sensible. Je suis extrêmement attentif aux différents points de vue qui m'obligent à me poser des questions incontournables.


En espérant que cette proposition d'ouverture vous semble adaptée à la discussion, et permette de faire le lien avec la fiction et la littérature. Bien sûr, je lis assidûment les témoignages de personnes en situation de handicap et, si je ne peux les comprendre dans leur ensemble, celles-ci m'obligent avant tout à me poser la question de mes propres représentations quotidiennes.
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

Hors ligne Heldscalla

  • Calligraphe
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #66 le: 09 avril 2020 à 14:47:29 »
Charte du forum :

Citer
Article 4 – Est strictement interdit et se verra sanctionné :
- tout message explicitement diffamatoire, raciste, antisémite ou négationniste et haineux ;

Article 225-1 du Code Pénal :

Citer
Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de leur situation économique, apparente ou connue de son auteur, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur perte d'autonomie, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée.

Et j'ajoute également ces deux études, l'une de l'insee et l'autre du gouvernement :
- https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280906
- https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/271792-handicap-et-discriminations

(je ne peux pas intégrer le graphique du second lien mais je vous laisse parcourir la page pour le trouver, son but est de mettre en avant le fait qu'à l'heure actuelle, la principale cause de discrimination en France n'est pas la nationalité (10.2%) ou l'origine (14.9%) comme on pourrait le supposer mais le handicap (22.8%) et la maladie (10.5%) )

Pour la suite, je n'interviendrai plus dans la discussion.

J'avoue être désolée, désolée d'avoir espéré que sur un forum comme celui-ci, le niveau serait plus élevé que sur Facebook et compagnie où chacun n'hésite pas à déverser librement sa haine et son mépris de l'autre.

Je vous laisse donc ''imaginer'' le handicap comme une belle aventure, ou comme un truc mignon et touchant, et je ne vais pas davantage vous embêter avec des détails  qui ne sont pas jolis jolis.
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R. Matheson

Hors ligne Loup-Taciturne

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #67 le: 07 août 2020 à 15:40:59 »
Franchement je comprends plutôt les deux points de vue qui semblent s'opposer trop vivement ici :

- Il ne faudrait pas spolier la parole de l'autre en imaginant son vécu alors qu'on n'en a pas la moindre idée. Sur des problématiques d'accès à la parole et de visibilité pour des populations discriminées, l'argument se tient. Pourquoi choisir de parler "à la place de" et ne pas "donner la parole à". C'est d'abord ne pas faire avancer l'accès à la parole et la visibilité mais c'est aussi risquer de commettre des erreurs par rapport aux réalités du vécu des personnes dont on se fait l'incarnation ou le porte voix. Il n'est pas vrai de dire qu'une personne en situation de handicap ou qu'une personne de couleur de peau noire peut être fictionnée sans qu'une des caractéristiques de son identité, à plus forte raison quand c'est un facteur de discrimination, ne soit directement ou indirectement en jeu dans le récit et sa réception par le lecteur. A mon avis c'est un peu abstrait comme positionnement pour ne pas dire autre chose.

- D'un autre côté, je comprends parfaitement qu'un faiseur d'histoire ait envie de rendre compte d'une problématique qui le touche. D'ailleurs on dit "toucher" pour quelqu'un qui est atteint directement par une problématique pour la vivre, et pour quelqu'un qui est atteint par empathie, par compréhension. Il est juste à mon avis de rejeter l'idée qu'on ne peu pas avoir accès à l'expérience d'autrui, du moins à une partie de l'expérience d'autrui, par la compréhension, cela conduirait à l’essentialisme dénoncé plus haut. Et qui peut incriminer une personne qui essaye de partager un peu de ce qu'elle a compris des problématiques rencontrées par des personnes dans une situation particulière et différente ?

Cette contradiction me pousse à croire que le problème n'est pas tant qui parle de qui mais plutôt comment et pourquoi on parle de ceci ou cela. Ça paraitra une évidence pour beaucoup p-e. Mais il est courant d'aborder un débat sous l'angle de la prescription/interdiction avec des "il faut/on doit", "il ne faut pas/on ne doit pas", "c'est bien/c'est mal". Je pense qu'on ne peut pas moraliser a priori ce type de question. Ce n'est qu'une fois le texte (ou autre) commis qu'on peut discuter de l'art et la manière de porter le sujet. Ce n'est qu'en aval qu'on peut connaitre le chemin du ruisseau...

Sans vraiment apporter du nouveau au débat je remercie Alan pour ce fil important, ne serait-ce que pour la visibilité qu'il offre à ce type de problématique, ce qui me donne l'occasion de la remettre au goût du jour.
« Modifié: 07 août 2020 à 15:43:41 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Aube

  • Invité
Re : Traiter le handicap
« Réponse #68 le: 09 août 2020 à 14:54:40 »
Tout à fait d'accord avec la synthèse de Loup. Ya aussi la question des altérités qui n'ont pas accès au langage. Elle se pose de plus en plus concernant les animaux non-humains et les végétaux par exemple, mais certains handicaps ou certaines pathologies coupent également les facultés d'expression normées. Pour ces personnes, ne pas avoir de porte-parole, c'est ne pas avoir de parole du tout. Ces questions sont loin d'être simples, et je ne vois pas en quoi des attitudes prescriptives et une déontologie moraliste pourraient apporter quoique ce soit de positif dans la représentativité des handicaps & situations de handicaps, entre autre, dans l'art et les récits. (auto-contradiction -> de l'humilité à celles & ceux qui pourraient en bénéficier sans doute)

Bien sûr, plus la question implique des souffrances réelles, plus la responsabilité éthique de l'auteur est à mon sens engagée dans l'acte d'écriture puis a fortiori de publication. Je pense néanmoins que c'est le cas pour tous les récits, et qu'écrire depuis sa bulle de subjectivité préconçue sans chercher à la remettre en cause c'est à peu près du narcissisme en ego-huis-clos, tandis que prétendre qu'on peut tout à fait toucher une expérience dans sa singularité en y étant 100% fidèle c'est se tromper toujours.

Oui les témoignages "dans la peau de" auront toujours une part d'usurpation, et oui l'auteur/créateur a toujours une responsabilité quant aux fictions et autres véhicules expérientiels qu'iel propose à un lectorat donné. Pour autant, rendre tabou toute approche de l'altérité sous prétexte de cette usurpation, je pense que c'est hautement mortifère et pour l'art, et pour les personnes concernées.

ça rejoint un peu mon sentiment sur l'acte de création ou d'écriture aujourd'hui : j'ai l'impression que beaucoup prennent l'écriture comme une façon de voyager depuis chez soi, alors qu'une écriture plus exigeante, plus éthique et plus redoutable attendrait d'euxzéelles une confrontation maximale au réel et son caractère ineffable et incapturable pour nourrir cette intériorité sanctuarisée qu'on appelle un peu pompeusement l'imagination.

Littérature d'invasion plutôt que d'évasion !
« Modifié: 09 août 2020 à 15:38:08 par Aube »

Hors ligne Loup-Taciturne

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #69 le: 10 août 2020 à 03:06:06 »
Citer
Pour ces personnes, ne pas avoir de porte-parole, c'est ne pas avoir de parole du tout.
Ah oui, ça c'est vrai que c'est pas faux.
Par contre, avant d'en arriver là, il y a parfois p-e d'autres moyens d'expression à proposer avant de s'improviser porte-parole autoproclamé.

Citer
j'ai l'impression que beaucoup prennent l'écriture comme une façon de voyager depuis chez soi, alors qu'une écriture plus exigeante, plus éthique et plus redoutable attendrait d'euxzéelles une confrontation maximale au réel et son caractère ineffable et incapturable pour nourrir cette intériorité sanctuarisée qu'on appelle un peu pompeusement l'imagination
Oui, ça pose la question de l'intention. l'intention du geste (pourquoi, pour quoi ?), et à l'intention de qui, de quoi ?
Quelqu'un qui écrit pour le loisir, pour changer le monde, pour documenter quelque chose, pour expulser quelque chose, pour témoigner, etc, il y a des tas d'intentions à écrire.

Citer
Littérature d'invasion plutôt que d'évasion !
Ça c'est une formule à méditer !
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

En ligne Ariane

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #70 le: 10 août 2020 à 07:42:07 »
Citation de: Loup
Par contre, avant d'en arriver là, il y a parfois p-e d'autres moyens d'expression à proposer avant de s'improviser porte-parole autoproclamé.
Mais là, on sort du sujet de la fiction...
Quand j'écris de la fiction sur un thème, cela ne se substitue absolument pas à d'autres façons d'aborder ce thème, de témoigner sur ce thème, de le représenter ailleurs dans l'art, la communication sociale ou la vie politique. Quand on parle de représentation de minorités dans la fiction, cela n'a pas vocation à se substituer à d'autres formes de représentation, bien au contraire, le souhait est plutôt que cela se potentialise.

Le mot "usurpation" me gêne. Quand on écrit une autre personne que soit en fiction, est-ce toujours une "appropriation" "non légitime" ? Je veux dire, dans l'immense majorité des cas, le lecteur sait s'il s'agit ou non de fiction, il n'y a pas tromperie, pas de fausse prétention.

Je me sens très en accord avec ce que tu écris, Aube, cela dit une formule m'interpelle :
Citation de: Aube
prétendre qu'on peut toucher une expérience dans sa singularité en y étant 100% fidèle c'est se tromper toujours
Je ne suis pas sûre à 100% de comprendre ce que tu veux dire par là. Peut-être parce que j'ai du mal à me représenter l'unicité de l'expérience du handicap ?

J'ai des difficultés à imaginer le handicap comme "une expérience" globale et entière, je le perçois sous la forme de multiples petites et grandes réalités du quotidien. J'imagine bien que c'est cette somme qui donne pour résultat l'expérience vécue, mais personnellement j'ai le réflexe de le considérer à l'échelle de ces petites tesselles de mosaïque. La majorité de ces petites expériences me semblent accessibles au dialogue / à la projection / à l'empathie. (Certaines sont plus complexes j'en conviens, par exemple pour des symptômes psychotiques).
J'ai eu plusieurs fois l'impression, dans la présente discussion, que le handicap était perçu comme un truc étranger à l'identité solide et inaltérable (un diagnostic = un vécu unique inapprochable par les personnes non concernées). Mais pour moi, "un" handicap en tant que diagnostic ne se retranscrit pas par une expérience commune et similaire pour toutes les personnes concernées, mais plutôt par la somme de multiples réalités communes, entrecroisées d'un vécu qui est pour le coup personnel et singulier (avec pour résultat "un" handicap à l'échelle de comment il se traduit chez cette personne précise). A titre d'exemple, j'ai une patiente présentant un trouble du spectre de l'autisme qui s'est sentie en profond décalage avec un livre d'Alexandra Reynaud, dans lequel elle a eu l'impression de lire quelque chose d'enjolivé, présentant l'autisme sous l'angle de toutes les compétences qui peuvent y être associées, d'une manière qui ne retranscrivait absolument pas la réalité que ma patiente vivait. Pourtant leurs deux vécus sont tout aussi réels l'un que l'autre. Tout ça pour dire que je ne perçois pas le handicap comme "une" réalité inapprochable mais plutôt cette somme complexe de mille expériences quotidiennes chroniques, sur lesquelles patients, soignants et proches communiquent, sur lesquelles on peut se renseigner, c'est pourquoi ça ne me choque pas de penser que l'on peut y être très fidèle. Le reste, ce qui fait l'identité du personnage et donc achève de déterminer l'expérience vécue, reste singulier et surtout fictif dans le cas du personnage imaginaire.
Ce que je veux dire, je crois, c'est qu'à mon sens, c'est mieux de traquer les incohérences, mais sans sacraliser "un vécu" considéré inapprochable (à mon sens cette sacralisation et ce fossé renforcent le sentiment d'une altérité radicalement éloignée des autres... alors que la perception sous la forme d'une multitude d'expériences quotidiennes que l'on peut tendre à se représenter le mieux possible renforce les liens et la proximité avec l'autre).
Peut-être que j'enfonce des portes ouvertes  :-[ mais de mon point de vue il y a de petites nuances, qui sont importantes à mes yeux, et qui finalement aident à se rapprocher de "l'autre".

Citation de: Aube
Oui les témoignages "dans la peau de" auront toujours une part d'usurpation, et oui l'auteur/créateur a toujours une responsabilité quant aux fictions et autres véhicules expérientiels qu'iel propose à un lectorat donné.
Ici je me sens en accord :) (en remplaçant "témoignages" par "fictions" car le but n'est a priori pas de duper le lecteur).
Citation de: Aube
Pour autant, rendre tabou toute approche de l'altérité sous prétexte de cette usurpation, je pense que c'est hautement mortifère et pour l'art, et pour les personnes concernées.
:coeur:

Citation de: Aube
j'ai l'impression que beaucoup prennent l'écriture comme une façon de voyager depuis chez soi, alors qu'une écriture plus exigeante, plus éthique et plus redoutable attendrait d'euxzéelles une confrontation maximale au réel et son caractère ineffable et incapturable pour nourrir cette intériorité sanctuarisée qu'on appelle un peu pompeusement l'imagination.
J'aime beaucoup cette idée... (surtout la confrontation maximale au réel). Peut-être que je minimise trop l'ineffabilité et l'incapturabilité, ou au contraire, que je la généralise trop, pensant que de toute façon il restera quelque chose d'ordre individuel et indicible (et, bien sûr, une part qui appartiendra au lecteur).

Citation de: Aube
Littérature d'invasion plutôt que d'évasion !
Je trouve cette formule très "Voltique" ^^ !
~ Ariane ~

Hors ligne Loup-Taciturne

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #71 le: 10 août 2020 à 13:58:23 »
Citer
Quand j'écris de la fiction sur un thème, cela ne se substitue absolument pas à d'autres façons d'aborder ce thème, de témoigner sur ce thème, de le représenter ailleurs dans l'art, la communication sociale ou la vie politique. Quand on parle de représentation de minorités dans la fiction, cela n'a pas vocation à se substituer à d'autres formes de représentation, bien au contraire, le souhait est plutôt que cela se potentialise.
Bah justement c'est une question. Ce n'est pas parce que l'intention n'est pas de se substituer, que l'effet de substitution pourra forcément être évité. Il faut prendre en compte le fait que personne ne choisi de prendre connaissance d'une œuvre parmi toutes les œuvres existant dans le monde. Paradoxalement on ne peut prendre connaissance d’œuvres que si on les connait déjà, que si on en a au moins entendu parler ou si on fait une recherche à partir des informations de ceux qui en ont déjà entendu parler.
Donc il y a une sorte de "marché de l'attention" à se partager, à conquérir pour les gens qui communiquent. C'est toute la question de la visibilité des minorités (mais aussi des voix "anonymes") dans l'espace public, non pas visibles à travers un bienfaiteur, un tuteur ou je ne sais quoi, mais visibles en tant que telle.
Si je fais le choix de m'intéresser à une population peu visible, il s'agit aussi d'un choix de posture éthique que de décider de raconter moi-même ce que l'autre vit, de m’approprier son vécu avec plus ou moins de fidélité et de légitimité, sachant que la lumière risque de briller sur moi et p-e sur l'autre par ricochet, ou d'aller à la source, vers l'autre pour l'aider ou l'encourager si besoin à porter sa propre parole à la mettre en récit ou à la recueillir. Au delà de ce qu'on écrit sur l'autre, ça pose la question de ce qu'on fait de l'autre de ce qu'on fait avec l'autre. On écrit sur l'autre ou on écrit avec l'autre ? On travaille sur l'autre ou avec l'autre ?

Oui tout le monde a le droit d'écrire sur tout et d'écrire n'importe quoi. Mais la question est pour moi celle des effets.
Citer
Citer
Citation de: Aube
    prétendre qu'on peut toucher une expérience dans sa singularité en y étant 100% fidèle c'est se tromper toujours
Je ne suis pas sûre à 100% de comprendre ce que tu veux dire par là.
Pour ma part j'ai interprété ça de façon très générale. Je me suis dit que même lorsqu'on écrit sur soi-même, ce que dit Aube se vérifie, alors quand on écrit sur les autres...

Ce n'est pas une condamnation à écrire, mais plutôt une mise en garde je crois.

En tout cas je rejoins ta conviction de la singularité irréductible de chacun, qu'il se trouve en situation de handicap ou non. Il n'y a pas d'altérité radicalement différente d'une personne à une autre que nous-même rencontrons, c'est toujours une question de degré et de situation, mais de l'intérieur chaque rencontre met en jeu de toute façon une relation d'altérité. Nous sommes seuls (même divisés) à l'intérieur de nous-même et face à l'existence, la notre et celle des autres. Il y a même de l'altérité à l'intérieur de nous-même. Cela n'empêche pas d'essayer de comprendre et de raconter ce qu'on croit avoir compris. Et s'y des personnes s'y retrouvent pour X raisons, c'est tant mieux. Je crois que c'est avant tout l'intérêt de la fiction, peut-importe le sujet, de faire en sorte que les gens s'y retrouvent, qu'ils se reconnaissent directement et en apprennent sur eux-mêmes ou qu'ils accèdent à l'expérience d'un autre vécu, d'un vécu autre.
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

En ligne Ariane

  • Palimpseste Astral
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #72 le: 10 août 2020 à 14:49:37 »
Citation de: Loup
Citation de: Ariane
Quand j'écris de la fiction sur un thème, cela ne se substitue absolument pas à d'autres façons d'aborder ce thème, de témoigner sur ce thème, de le représenter ailleurs dans l'art, la communication sociale ou la vie politique. Quand on parle de représentation de minorités dans la fiction, cela n'a pas vocation à se substituer à d'autres formes de représentation, bien au contraire, le souhait est plutôt que cela se potentialise.
Bah justement c'est une question. Ce n'est pas parce que l'intention n'est pas de se substituer, que l'effet de substitution pourra forcément être évité. Il faut prendre en compte le fait que personne ne choisi de prendre connaissance d'une œuvre parmi toutes les œuvres existant dans le monde. Paradoxalement on ne peut prendre connaissance d’œuvres que si on les connait déjà, que si on en a au moins entendu parler ou si on fait une recherche à partir des informations de ceux qui en ont déjà entendu parler.
Donc il y a une sorte de "marché de l'attention" à se partager, à conquérir pour les gens qui communiquent. C'est toute la question de la visibilité des minorités (mais aussi des voix "anonymes") dans l'espace public, non pas visibles à travers un bienfaiteur, un tuteur ou je ne sais quoi, mais visibles en tant que telle.
Je ne pense pas que ce soit aussi simple que ça. L'attention humaine, la sensibilisation à tel ou tel sujet, ne me semblent pas correctement représentées dans un modèle où nous ne serions que des "temps de cerveau disponible" (avec une disponibilité simple et linéaire comme de petites cases à remplir) où il faudrait s'effacer pour laisser parler l'autre dès lors qu'on n'est pas parfaitement le mieux placé pour aborder un sujet. On parle de l'échelle d'une vie entière et de modalités d'expression variées (films, art, témoignages, documentaires, fictions...). En pratique, j'observe plutôt des personnes qui, une fois sensibilisées à un sujet, s'y intéressent davantage et prennent le temps de partir du plus visible pour aller vers le moins visible, approfondir leurs connaissances, leur compréhension. Ce mécanisme me semble dépasser la compétitivité de différents auteurs sur un sujet peu abordé, noyé dans le flot de toutes les fictions ou informations que l'on reçoit à longueur de journée.

Loup je te rejoignais sur une chose finalement, c'était surtout ceci :
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le problème n'est pas tant qui parle de qui mais plutôt comment et pourquoi on parle de ceci ou cela.
ou encore :
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Je pense qu'on ne peut pas moraliser a priori ce type de question. Ce n'est qu'une fois le texte (ou autre) commis qu'on peut discuter de l'art et la manière de porter le sujet. Ce n'est qu'en aval qu'on peut connaitre le chemin du ruisseau...
Excepté qu'à mes yeux, ce n'est pas tellement la question de "en amont" ou "en aval", c'est plutôt que ça me semble trop abstrait, au-delà d'un certain stade, de discuter de toutes ces questions de manière trop générale, et j'ai l'impression que c'est au cas par cas que l'on peut se faire une idée des intentions d'un auteur, de sa manière d'aborder les choses, de l'état actuel de la littérature et des arts autour du thème dont il est question, de la sensibilisation actuelle ou au contraire la stigmatisation ou les fausses croyances autour de ce handicap précis, etc.

Citer
non pas visibles à travers un bienfaiteur, un tuteur ou je ne sais quoi, mais visibles en tant que telle.
Si je fais le choix de m'intéresser à une population peu visible, il s'agit aussi d'un choix de posture éthique que de décider de raconter moi-même ce que l'autre vit, de m’approprier son vécu avec plus ou moins de fidélité et de légitimité, sachant que la lumière risque de briller sur moi et p-e sur l'autre par ricochet, ou d'aller à la source, vers l'autre pour l'aider ou l'encourager si besoin à porter sa propre parole à la mettre en récit ou à la recueillir. Au delà de ce qu'on écrit sur l'autre, ça pose la question de ce qu'on fait de l'autre de ce qu'on fait avec l'autre. On écrit sur l'autre ou on écrit avec l'autre ? On travaille sur l'autre ou avec l'autre ?
J'ai l'impression que tu as comme présupposé une position haute de la part de l'auteur, qui s'auto-proclame porte-parole ou expert ou que sais-je encore. Personnellement je n'ai pas ce présupposé-là, surtout dans la fiction, y compris lorsque des messages sont en jeu. Tout texte de toute façon détient sa part de messages explicites ou implicites. Tout texte de fiction choisit de montrer une part d'émotions ou de sensibilisation à certains types de question ; ou une part de témoignage très indirect sur les réalités qui ont touché l'auteur. Je ne pense pas que ce type de communication soit nécessairement synonyme d'une posture dominante ou muselante pour les autres, bien au contraire.
J'ai l'impression qu'avec ce passage, on en revient aux questions du début de ce post et le fait que la fiction sur un thème, à mon sens, peut aiguiller vers ce thème et le mettre en lumière, plutôt qu'entrer en compétition avec ceux qui s'expriment sur ce sujet d'une autre manière (documentaire / témoignage / conférence).
Le job de pousser les personnes concernées à s'exprimer (je suis pas fan de cette formulation), ou, mieux, d'améliorer la visibilité de leur expression, il me semble indépendant de la fiction, c'est un autre axe, bien qu'il puisse être synergique. C'est aussi un axe qui souffre dans certaines situations de biais et de lacunes, comme cela a été exprimé par Aube plus haut.
~ Ariane ~

Hors ligne Loup-Taciturne

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #73 le: 10 août 2020 à 16:58:39 »
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j'ai l'impression que c'est au cas par cas que l'on peut se faire une idée des intentions d'un auteur, de sa manière d'aborder les choses, de l'état actuel de la littérature et des arts autour du thème dont il est question, de la sensibilisation actuelle ou au contraire la stigmatisation ou les fausses croyances
Oui en fait je suis d'accord avec ta posture et ta volonté de nuancer les choses et de ne pas enfermer l'action a priori dans une catégorie ou une autre qu'il faudrait interdire ou encenser.

La question de la visibilité était plus un point de détails parmi les nombreux points vers lesquels, il me semble, nous convergeons. D'ailleurs, c'est souvent les détails et les nuances qui sont les plus longues à développer, ce qui qui peut faussement conduire à l'impression d'un désaccord monumental alors que non, au contraire les points principaux d'accords ayant été laissés de côté car déjà harmonisés.

Donc je redis que je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il ne peut pas être mauvais d'écrire sur un sujet qui nous touche, d'essayer de le comprendre et de le faire comprendre à son échelle, par quelque moyen que ce soit.

Je pose juste, comme ça, la question de la visibilité et de l'accès à l'expression et à la médiatisation.
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J'ai l'impression que tu as comme présupposé une position haute de la part de l'auteur
C'est juste que l'auteur ne subit pas, de fait, une situation de minoritaire. Son regard reste celui d'une personne non minoritaire sur une situation de minorité, même avec toute la compréhension possible. Je ne dis pas du tout que ça condamne sa démarche mais je trouve que ça mérite d'être interrogé.

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Je ne pense pas que ce type de communication soit nécessairement synonyme d'une posture dominante ou muselante pour les autres, bien au contraire.
J'ai l'impression qu'avec ce passage, on en revient aux questions du début de ce post et le fait que la fiction sur un thème, à mon sens, peut aiguiller vers ce thème et le mettre en lumière, plutôt qu'entrer en compétition avec ceux qui s'expriment sur ce sujet d'une autre manière (documentaire / témoignage / conférence).
Le job de pousser les personnes concernées à s'exprimer (je suis pas fan de cette formulation), ou, mieux, d'améliorer la visibilité de leur expression, il me semble indépendant de la fiction, c'est un autre axe, bien qu'il puisse être synergique.
Je ne dis pas les "pousser" à s'exprimer, je dis encourager leur expression plutôt que la "court-circuiter" (oui je provoque  :D) en faisant soit même œuvre.
Je suis d'accord avec tout ce que tu dis dans cet extrait. je reconnais les avantages potentiels de fictionner sur un sujet, peut-importe l'auteur. Ça c'est du point de vue de l’œuvre en tant que telle.
Et en même temps, les producteurs d’œuvre sont des personnes de la société. Si tu t'intéresses, par exemples aux troubles schizophréniques. Comment veux-tu en parler ? ca relève des choix de la personne entre ses compétences à mettre en forme son discours à travers un médium ou une démarche, et son rapport à son sujet, c'est-à-dire la manière qu'elle va avoir de le connaitre, d'entrer en relation avec lui et de le mettre en forme et en récit/scène. Tout ces choix doivent servir le sujet en rapport avec la manière dont la personne envisage sa relation avec le sujet. Ce que je veux dire c'est que le parti pris "artistique" ne témoigne pas uniquement du thème, du sujet qu'on veut faire connaitre, mais aussi de la relation qu'on entretient avec ce sujet.
Si tu écris sur la schizophrénie, tu peux lire dessus pour t'informer, tu peux aller rencontrer des personnes, mais tu peux même te dire que tu vas coécrire avec ces personnes parce que tu estimes que leur expression peut-être d'un intérêt tout particulier dans ta démarche et qu'en plus tu inclus ton sujet au discours qui portera à son propos. Tu le rends acteur de la production de discours à son sujet.

Je ne dis pas qu'il faut forcément faire ça, mais je dis que la réflexion ces degrés d'implication dans la relation qu'une personne entretient avec un sujet qu'elle veut raconter, et l'implication du sujet lui-même mérite de ne pas être jetée. Notamment quand les personnes ont peu accès aux processus de production de discours à leur sujet.

Oui toutes les expression artistiques sont légitimes et utiles pour le peu qu'elle ne soient pas malveillantes ou ignorantes ou irrespectueuses, mais le choix même de la démarche, de sa pertinence, de l'inclusion des personnes concernées au procès de création, fait aussi partie de la question "comment traiter le handicap" je pense. C'est en tout cas ce point de détail que je voulais exprimer
« Modifié: 10 août 2020 à 17:04:55 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Hors ligne Erwan

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  • Messages: 1 009
Re : Re : Traiter le handicap
« Réponse #74 le: 10 août 2020 à 20:24:34 »
[...]
Si tu écris sur la schizophrénie, tu peux lire dessus pour t'informer, tu peux aller rencontrer des personnes, mais tu peux même te dire que tu vas coécrire avec ces personnes parce que tu estimes que leur expression peut-être d'un intérêt tout particulier dans ta démarche et qu'en plus tu inclus ton sujet au discours qui portera à son propos. Tu le rends acteur de la production de discours à son sujet.
[...]

La visibilité pour tous est impossible, car il y a saturation d'informations déjà dans notre monde. En clair, plus personne ne peut tout connaître, et on ne peut pas rêver que tout ce qui mérite d'être connu le soit du plus grand nombre. Il y a un goulet d'étranglement naturel plus on augmente le niveau de visibilité souhaité.

Je rejoins Ariane sur la question "généraliste" du handicap. Cerner la schizophrénie est possible cliniquement, mais cerner "les schizophrènes" ne l'est pas. Du moins pas plus que "les surfeurs", ou "les parapentistes". Tu peux essayer de solliciter ces patients, oui, encore que tu risques d'avoir des surprises quant à leur motivation intrinsèque  :mrgreen:, mais ça ne changera rien. Tu auras "des témoignages", rien de plus, rien de moins. Le plus drôle, c'est que les personnes handicapées peuvent être percluses de préjugés sur leur propre handicap, ce qui s'explique assez aisément car ces patients peuvent "s'intoxiquer" par les mêmes sources que les autres.

Pour un texte de fiction sur le handicap, à mon avis le mieux que l'on puisse atteindre, c'est qu'il soit "vraisemblable". C'est déjà beaucoup. Espérer mieux me semble une insulte à l'altérité, dans le sens où un personnage ne représentera jamais toute une communauté de personnes. Et pour être vraisemblable, il n'est pas nécessaire d'être un auteur expert, heureusement. Il suffit que cela "puisse exister". Après, tu renvoies toujours une vision limitée/réduite du handicap, car tes personnages sont eux mêmes singuliers, et ne couvrent donc pas tout le champ des possibles du handicap concerné.

Un schizophrène tueur en série, par exemple, ne représente pas l'ensemble des schizophrènes, on pourrait dire que c'est un cliché bien que cela "pourrait exister". Mais si tu prends un schizophrène plus "dans la norme", ce qui ne veut rien dire, tu restes toujours en fait dans un cas particulier. Un schizophrène qui s'auto-mutile n'est pas plus "réaliste" qu'un autre tueur en série. Il est juste moins fréquent dans la littérature mainstream. De fait, on pourrait dire effectivement qu'il est vertueux de parler de ceux dont on parle moins, c'est un positionnement d'auteur qui d'ailleurs se retrouve dans bien d'autres domaines, qui consiste à oser sortir des conventions littéraires. Mais un auteur peut faire un livre magnifique sur un tueur en série schizophrène, et avec un personnage vraisemblable qui plus est. Ce qui est très délicat, c'est l'aspect commercial, car les tueurs en série attirent, fascinent, un schizophrène ordinaire moins. De fait, on peut se demander si les auteurs écrivent moins sur les schizophrènes ordinaires, ou s'ils écrivent beaucoup là-dessus, mais que seuls les livres de tueurs en série se diffusent largement. L'auteur ne fait pas tout, il n'est lu que par un public qui le choisit (et des éditeurs).

Bref... Je ne sais pas si ça apporte grand-chose ce que je dis là, mais voilà  ;).

 


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