Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

13 juillet 2024 à 10:08:58
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » premier chapitre

Auteur Sujet: premier chapitre  (Lu 792 fois)

Hors ligne Johann123

  • Plumelette
  • Messages: 10
premier chapitre
« le: 07 juin 2015 à 11:14:01 »
Bonjour, il y a trois semaines, j'avais posté le prologue d'un roman. Voici désormais le premier chapitre de ce même roman. J'avoue que l'histoire est étroitement lié à l'actualité de ce début d'années. Pour les courageux qui auront lu, n'hésitez pas à me donner toutes les critiques négatives ( ou positives, ça fait toujours plaisir  ;D ) pour ce texte. mais je préfère les négatives - cela permet de s'améliorer -
merci

L’enquête venait d’être classée. Les fanatiques de Dieu étaient officiellement accusés du génocide silencieux perpétré sur le territoire français.

La clarté s’évanouissait peu à peu dans le ciel de la capitale, laissant place à une nuit qui promettait d’être brumeuse. La pleine lune, déjà visible, avait dû avoir un effet d’excitation sur les citadins de la plus grande ville française. La place Beauvau et la rue des Saussaies, là où siège le ministère de l’Intérieur, étaient bondées d’humains en colère. Ce n’étaient plus des cerveaux qu’ils possédaient, mais une bande magnétique qui tournait en boucle. Ils criaient : « Eva, on n’en veut plus ; Eva, on n’en veut plus ! ».

Eva Derniss était la ministre de l’Intérieur. En tête de liste des adjectifs choisis par le peuple pour la qualifier : « incompétente ». Le deuxième : « incompétente ». Ils avaient même ajouté, en troisième position : « pistonnée par son mari » – le chef de l’État.

Son service n’avait pas su anticiper l’attaque – c’était elle qui l’avait qualifiée de « génocide silencieux » –, alors elle était classée dans le dossier des politiques incompétents par l’opinion publique.

La jeune commissaire Mélina Gigarri essayait de se frayer un chemin dans cette foule de citadins habitués des rassemblements depuis quelques jours – pour faire valoir, comme l’avait rappelé une Parisienne devant les caméras du journal télévisé, leur liberté d’opinion.

Mélina dut s’excuser une centaine de fois avant d’atteindre l’entrée du ministère par la rue des Saussaies. Lorsqu’elle s’apprêta à montrer son badge au garde, elle fut figée, comme le reste de la foule, par un tir de détresse lancé par un clown. Cela avait dessiné un arc rouge à cinquante mètres au-dessus d’eux. Peut-être parce qu’elle avait la migraine, le bruit du tir s’était amplifié dans ses tympans. Une explosion n’aurait pas été pire. La bande magnétique pour demander le retrait de la ministre de l’Intérieur s’était mise en pause et tous firent converger leurs regards vers cet homme masqué qui émettait un rire machiavélique.

Il portait un masque de clown pas comme les autres. Les lèvres, de couleur verte, rejoignaient les yeux. Les paupières étaient fermées et les oreilles, décollées. Le clown était sur la dernière marche d’un escabeau, à tel point qu’il pouvait être vu à des dizaines de mètres. On aurait dit le porte-parole du peuple.

Mélina détestait l’image du clown. À plusieurs reprises, ce personnage diabolique avait perturbé son sommeil. Alors, elle en avait recherché les significations. La première était : « Rêver de clowns peut avertir le rêveur que quelqu’un cherche à le blesser ou à profiter de lui. » Même si elle avait accordé peu d’importance à la recherche de ladite personne, elle n’excluait pas la possible présence d’un parasite dans son entourage. Et elle avait conscience que son métier augmentait les probabilités d’être détestée.

De clowns, le couple présidentiel avait dû en rêver plus que Mélina. On venait d’attaquer de la manière la plus suspicieuse au monde le territoire qu’ils représentaient : une drogue expérimentale, baptisée AZ-4, s’était répandue comme un fichier malveillant dans les boîtes de nuit, bals et bowlings. « Prenez-en une dose et enfilez-vous dix bouteilles de whisky à la suite. Aucune crainte, vos organes sont devenus du béton. » Machine séductrice, mais veuve noire qui dévore les cellules nerveuses. Au bout de quelques jours, les neurones deviennent des bombes à retardement. C’était ainsi qu’avait été organisé un génocide de huit mille victimes.

Le clown cria : « Le national-socialisme nous a tués, le national-socialisme nous a tués ! ». Mais les gens n’accordèrent pas plus de temps à cette bête de foire et reprirent leur brouhaha collectif. La plupart ne savaient pas qu’il y avait une corrélation entre un parti politique qui avait disparu depuis 1945 et cette attaque terroriste silencieuse. C’étaient officiellement les musulmans radicaux qui avaient attaqué le pays, mais le AZ-4 était un produit médical mis au point par un médecin nazi dans le cadre d’une expérimentation, en 1943. Le clown était sans doute féru d’histoire. Mélina y avait vu un lien étrange, comme une odeur de mensonge d’État.

En fait, elle était « amicalement » détestée par son entourage professionnel. Gigarri était surnommée « la fêlée du complot ». Elle ne pouvait s’empêcher de tout remettre en cause, de chercher une autre vérité aux grands événements meurtriers de l’Histoire. Toutes les théories du

complot sur les attentats du 11 septembre 2001 l’avaient fascinée, sans qu’elle ne les adopte. Elle remettait également en cause l’attentat du métro de Londres du 7 juillet 2005. La mort de Mouammar Khadafi. En fait, elle remettait absolument tout en question. La vérité nous échappe, répétait-elle inlassablement.

Pas plus tard que la veille, son collègue lui avait rappelé sa définition de la conspiration en lui écrivant : « La conspiration est une spirale infernale, entrez dans la conspiration et vous ne pourrez plus en sortir. La conspiration, c’est vouloir chercher une autre vérité, c’est s’entêter à croire que l’on peut trouver une explication à l’instabilité du monde, voire bouleverser l’histoire. En fait, la conspiration sert surtout à faire chier le monde. » Mélina avait ri devant les efforts de ses collègues pour lui rappeler que la réalité suffisait peut-être. Mais sur le génocide silencieux, elle sentait le complot à plein nez. Elle avait donc écrit un rapport pointant du doigt les failles de l’enquête, qu’elle voulait montrer à son supérieur et ami, Georges Béliec, le directeur de la police nationale.

Le soir de l’assaut dans le hangar désaffecté où furent stockées les seringues de AZ-4, il s’était passé quelque chose de louche. Sous la torture, Kahiz, le chef de groupe, eût avoué que son organisation était une filière du Hezbollah, et qu’il commettait des actes au nom de ce groupe antisémite. Kahiz avait été tué par le GIPN, mais aucune photo ne fut offerte au monde. Pas même au sein du service de renseignement. La presse n’avait pas oublié de le surnommer : « le terroriste invisible ». Et pour Mélina, c’était : « le terroriste qui n’existe pas ». Elle avait conclu qu’il s’agissait d’une conspiration entre le service de renseignement et le gouvernement français, dans le but de cacher la véritable identité du pays à l’origine de l’attaque silencieuse.

Elle savait pertinemment qu’elle allait se faire taper sur les doigts pour sa manie à s’occuper d’affaires qui ne la concernent pas, mais elle était certaine d’être lue. Au pire, Béliec ne ferait que jeter le dossier à la poubelle, et elle aurait droit à la soupe à la grimace pendant quelques mois. Donc rien de néfaste pour sa carrière. Le clown s’apprêtait à enlever son masque pour montrer à la foule son visage, que Mélina avait hâte de découvrir. Mais au même instant, le garde la fit entrer. Elle ne connaîtrait alors jamais l’identité faciale de cet étrange personnage.

À dix-huit heures, Mélina était dans le bureau de Béliec. Il avait le visage un peu ovale. Son eau de toilette après-rasage sentait encore en cette fin de journée et il était tellement bien rasé qu’on avait l’impression qu’il venait de sortir de sa salle de bain. À voir la gueule noire qu’il lui lançait, elle comprit très vite que son rapport n’avait pas été apprécié.

* Mélina, tu sais que tu as une place à part dans mon estime, fit Béliec.

Mélina le regardait intensément. Elle attendait patiemment la suite de son commentaire et n’hésiterait pas à riposter. Il brandit le dossier écrit par la jeune commissaire comme pour dire : « Qu’est-ce que c’est que ça ? ».

* Dois-je comprendre que tu veux intégrer le service de renseignement français ? Et que ce texte n’est qu’un exercice purement fictif pour appuyer ta candidature ?

* Absolument pas, répondit-elle sèchement.

Le visage de Béliec se renfrogna devant l’entêtement de la jeune femme.

* Les écrits conspirationnistes m’irritent énormément, lança-t-il.

* J’étais persuadée que tu allais être le seul à prendre en considération ma thèse.

* Je l’ai lu, mais le parquet a classé l’affaire. C’est une attaque terroriste islamiste, insista-t-il.

* C’est tellement plus convaincant, un terroriste à la peau mate ! rétorqua-t-elle.

* Le Hezbollah a revendiqué l’attentat sur sa chaîne de télévision.

Mélina pouffa de rire avant de répondre sèchement :

* Il a très bien pu être payé pour ça.

Béliec soupira. Il lui tendit un café qu’il avait préparé préalablement, en espérant donner plus de convivialité à cet entretien. Mélina but la tasse de café en une seule gorgée.

* Tu ne devrais pas être en vacances ? questionna-t-il.

* N’esquive pas la conversation.

* Et par qui aurait-il été payé ?

* Par le gouvernement français, vociféra Mélina.

* La France a dépensé des millions pour mettre un terme à l’expansion de cette drogue sur notre

territoire, rappela Béliec, qui devenait très agacé.

* Il y a sûrement un petit million qui a servi à financer cet Abdel Adouz pour revendiquer l’attentat.

Béliec observa un court silence.

* Je n’y crois pas. Même si ton rapport est très bien écrit et qu’il satisferait pleinement les fêlés du complot, il n’y a pas une seule preuve que l’attaque vienne d’Allemagne.

Mélina avait passé ses soirées à créer de faux profils pour intégrer les cybercafés des fervents adeptes du Hezbollah. La drogue était totalement inconnue au Moyen-Orient. Et personne n’avait jamais entendu parler de Kahiz. Même si Mélina avait la conclusion facile sur une enquête, elle avait rarement tort sur les dénouements des investigations qu’elle avait pu mener. Comme si elle avait un sixième sens. Alors, elle avait confiance en son intuition.

Elle était persuadée que l’attaque venait des sphères du néo-nazisme à travers la pension Resali, une secte qui voue un culte sans précédent à Hitler depuis la chute du IIIe Reich. Une secte probablement financée par une autre secte. Dans son rapport, elle avait mentionné des transferts d’argent entre New York et Berlin par une certaine Lisa Gherardini. Pas la moindre trace de vie d’une femme portant ce nom. Une fausse identité. Mais elle avait découvert une coïncidence troublante en corrélation avec le AZ-4. En 1970, un laboratoire berlinois portant le nom de Lisa Gherardini fut condamné pour fabrication d’un produit interdit par la loi depuis le procès de Nuremberg. Il s’agissait précisément du AZ-4. En outre, le directeur du laboratoire était très lié aux Témoins de Jéhovah, dont le siège est à New York, au même titre qu’il était un fervent néo-nazi. Pour une amoureuse des conspirations comme Mélina, l’un n’empêchait pas l’autre. Surtout lorsqu’il s’agissait de se lier pour entreprendre des affaires. Alors, elle avait conclu que les Témoins de Jéhovah finançaient les néo-nazis.

Le gouvernement français ne voulant pas entacher l’image de l’Allemagne, il valait mieux désinformer en accusant les fanatiques de Dieu (les fanatiques de Dieu étant toujours les musulmans radicaux) de s’être servis d’une expérimentation nazie pour attaquer silencieusement la France. Telle était sa conclusion.

* Évidemment, ce sont des éléments de point de départ, dit Mélina.

* Pour quelle raison les néo-nazis d’Allemagne nous attaqueraient-ils ? questionna-t-il avec lassitude.

* Pour quelle raison ? Nous faisons partie de ceux qui ont rendu leur existence si morne.

Béliec ferma le dossier de Mélina et le remisa dans son placard. Mélina n’en était même pas vexée et continuait à regarder Béliec droit dans les yeux. Lui savait que cette jeune commissaire était une sorte de malware coriace. Il reprit la conversation.

* L’Allemagne ne se porte pas si mal que ça. C’est une fausse image implantée dans ton esprit.

* L’Allemagne est associée à une image immonde que l’imaginaire collectif peine à oublier, car c’est inscrit dans l’histoire. En France, comme dans tous les pays du monde, on enseigne dès le plus jeune âge les atrocités du parti national-socialiste.

* En Allemagne aussi, Mademoiselle Gigarri.

* Et les raisons officielles des islamistes de nous attaquer, quelles sont-elles ?

* Il y en a beaucoup. La place de la femme dans la société française. La loi sur le port de la burqa. Le fait que nous ne sommes pas antisémites, énuméra Béliec.

* Baratin ! Ils ont autre chose à faire que de nous attaquer pour ça. L’attaque vient d’Allemagne, insista-t-elle.

* Oserais-tu remettre en cause, devant moi, la parole du GIPN ?

* Oui et non, répondit-elle sans vergogne.

La tension montait dans le corps du directeur de la police nationale. Il détestait la remise en cause d’une institution qui garantissait la sécurité des individus des grandes villes de France.

* J’ai lu les journaux. Un seul des membres du GIPN est entré dans le hangar.

* Matteo Gedes, dit-il.

* Oui. Après avoir communiqué avec le terroriste, « silencieux » (elle fit le geste des guillemets avec sa main) plus de trois heures, il a enfin été permis à ce Matteo Gedes d’entrer dans l’enceinte de ce hangar désaffecté.

* Tu t’es laissé avoir par la théorie du complot orchestré par le Front national, lança Béliec.

* À l’instant où il a tiré, enchaîna Mélina, tous les autres membres du GIPN furent sommés de déguerpir. Et ensuite, le corps s’est volatilisé. Il y a un truc que je n’ai pas compris. Il y a un truc que personne n’a compris, mais le temps vient à bout de tout. Même des âmes conspirationnistes. Dans quelques mois, on ne se posera même plus la question. C’est ainsi que fonctionnent les services de l’État.

Elle laissa un court silence.

* N’est-ce pas ?

* Donc tu veux dire que notre brave Matteo est un menteur. Il fait partie du complot.

* Oui, fit sèchement Mélina.

Béliec soupira tellement fort qu’il faillit en tomber de sommeil sur son bureau. Mais elle ne se laissa pas distraire et suggéra :

* Tu pourrais au moins enquêter sur cet argent qui se balade entre les États-Unis et les comptes bancaires de Résali !

* On ne peut pas enquêter sur ta demande, Mademoiselle. Je te suggère de prendre des vacances. Je te promets que j’enquêterai en solo. Si quelque chose me tracasse, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire bouger le service de renseignement.

* Tu n’as rien compris. La DCRI est un acteur dans ce complot, s’exclama la commissaire.

* Je crois, dur comme fer, en l’intégrité du service de renseignement français, fit Béliec.

Mélina ne voyait plus aucun intérêt à poursuivre son argumentation. Elle se leva et se dirigea vers la porte, totalement abasourdie.

* Je te souhaite de bonnes vacances, Mélina.

Mélina se retourna.

* Excuse-moi. Au revoir, Georges.

Elle savait pertinemment qu’il ne lèverait jamais le petit doigt. Il aurait fallu un élément majeur pour que sa hiérarchie accorde un quelconque crédit à ses suppositions.

En ces temps incertains, Mélina ne prenait pas de vacances dans le seul but de se ressourcer. Celles qu’elle avait programmées n’avaient rien de festif. Dans quelques semaines, elle était persuadée qu’elle reviendrait de New York avec la preuve entre les mains que le AZ-4 a été réactualisé par les sphères du néo-nazisme, financées par l’une des plus grandes organisations sectaires au monde que sont les Témoins de Jéhovah.

Hors ligne Johann123

  • Plumelette
  • Messages: 10
Re : premier chapitre
« Réponse #1 le: 08 juin 2015 à 12:33:10 »
N'hésitez pas à écrire vos critiques !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.025 secondes avec 23 requêtes.