Bon alors je vous explique. Y a quelques temps, j'étais en khâgne, et en histoire, le programme était "Les Etats-Unis de 1917 à 1988 : économie, culture et société". C'est dans ce cadre que j'avais eu comme travail de composer un dossier sur le thème
"Extraterrestres et science-fiction aux Etats-Unis, de 1917 à 1988".
Et je crois que c'était le dossier le plus amusant que j'aie jamais eu à faire, lol. Bref, j'avais envie de le recycler, et je me suis dit que peut-être cela pourrait-il vous intéresser/servir. Je mets-ici une sorte de "best off" de ce qui est réutilisable, et qui concerne surtout les observations d'extraterrestres dans les années 50. Le reste est plus un panorama (que je n'aurai pas le toupet d'appeler "analyse") des différentes oeuvres qui traitent du thème, depuis les pulps de l'Entre-deux-guerres jusqu'à Star Wars. Je voulais le mettre en fichier joint (y aurait eu des images !), mais le forum me dit que c'est trop volumineux (pourtant il est pas très long), donc, voilà, il ne passera pas à la postérité, mais si vous voulez d'autres précisions, je peux vous les copier-coller ! * * * *
Avancées de la science et extra-terrestres Les recherches sur les extra-terrestres prennent naissance dans la décennie 1940 : avec la connaissance de l’espace de l’époque, les extra-terrestre ne sont pas une fiction si improbable. Dès la fin des années 1940, le gouvernement américain décide d'enquêter sur le phénomène des OVNI (Objets Volants Non Identifiés), et crée différentes
commissions d'enquête sur le sujet, comme le projet Sign, le projet Grudge, ou encore le projet Blue Book, placé sous l'autorité de l'US Air Force, de 1951 à 1969. En 1966, le gouvernement commandite un rapport d'experts sur le sujet, rendu public en 1969 sous le nom de rapport Condon.
Dans les années 1950, commence une période où le public se sent concerné par l’espace. Les
avancées dans l’exploration spatiale commencent principalement en 1959, avec les sondes Lune 1 (soviétique) et Pioneer (américaine) : les deux premières sondes atteignant la Lune. On marche sur la Lune en 1969, avec Apollo 11, et le premier homme à poser le pied sur notre satellite est américain. Là encore, la course avec l’URSS dans ce domaine rejaillit dans les récits de science-fiction où les hommes voyagent dans l’espace, mais influent également sur le mythe de l’extra-terrestre. En effet, la soucoupe volante, expression créée par le journaliste Bill Bequette en 1947, se généralise et acquière sa forme caractéristique, associée à l’extra-terrestre de la même façon que l’expression « les petits hommes verts » auparavant.
Avec les progrès de l’exploration du système solaire, et la meilleure connaissance de
Mars, à la fin des années 60, la possibilité de la vie sur cette planète, est beaucoup moins évoquée, alors que nombre de récits en faisaient provenir les extra-terrestres, en raison de sa proximité (voire, selon certains, par analogie entre la planète rouge et le « péril rouge »…).
Certes, cela n’empêche pas la fiction de continuer à prendre appui sur la planète rouge, mais le lien avec les découvertes scientifiques a modifié en partie le mythe de l’extra-terrestre : James Blish, en introduction à sa nouvelle
Welcome to Mars de 1965, publiée après le passage en orbite martienne de Mariner IV le 14 juillet 1965, écrit :
«
Ce que nous pensons savoir au sujet de cette petite planète distante, si semblable à la Terre et en même temps si différente, n'est pas très encourageant. Il n'y a pas de grands canaux silencieux; il n'y a pas de mers; il ne peut pas y avoir de créatures humaines, laissons de côté les créatures qui possèdent des épées et volent dans des aéronefs ; les lunes jumelles romantiques ne sont plus que des étincelles dans le ciel, et même elles ne sont pas visibles dans les hautes latitudes. Les nuits chaudes martiennes de printemps sont un mythe – même un homme gèlerait à mort au coucher du soleil en plein été... Cependant en même temps, Mars est une planète romantique... avec des mystères beaucoup plus intéressants que les conventions avec lesquelles la fiction l'a décrite. C'est, nous pouvons être modérément sûrs, un désert d'altitude contrairement à tout terrain vague que nous pouvons voir sur Terre, plein de paradoxes, inexplicablement marqué, et recélant ses propres solutions à des problèmes qui n'ont pas d'équivalents sur Terre. »
Les OVNI La première anecdote représentative de cet ancrage du mythe de l’extra-terrestre dans la société américaine est sans doute celle du lundi 30 octobre 1938 : sur CBS, l'émission de radio Mercury Theatre on the air (Le Théâtre Mercury sur les ondes) présente une adaptation de
La Guerre des mondes de H.G. Wells, dans laquelle
un faux présentateur annonce l'arrivée belliqueuse des Martiens sur Terre. Le récit est lu par Welles sur les ondes avec une telle conviction qu’il provoque un mouvement de panique chez certains auditeurs, qui croient réellement à une invasion extra-terrestre – même si le phénomène a sans doute été exagéré dans la presse.
Dès l’été 1947, peu après les premiers projets gouvernementaux sur la vie hors de la Terre, les récits d’observations de « soucoupes volantes » commencent à se répandre. Le cas le plus célèbre demeure sans doute l’incident de
Roswell : le 3 juillet 1947, Mac Brazel, propriétaire d'un ranch près de Roswell, découvre des débris sur ses terres. Il prévient la base militaire la plus proche. Un jeune militaire fait un premier communiqué de presse où il annonce qu'ils ont découvert une soucoupe volante. Le lendemain, les militaires publient un rectificatif, annonçant que la soucoupe volante était seulement un ballon-sonde, mais la légende était née. La petite ville de Roswell attire à partir de ce moment-là des passionnés d’OVNI, et les multiples démentis de l’armée donnent lieu à une polémique : le gouvernement cacherait leurs découvertes sur les extra-terrestres.
Mais c'est peut-être surtout en 1954,
la rencontre de Kelly-Hopkinsville, qui marque vraiment le début des observations d’OVNI, et particulièrement outre-Atlantique. Les Sutton, une famille habitant une ferme isolée, racontent avoir été assaillis pendant toute une nuit par une horde de petits êtres étranges : des gnomes phosphorescents d’un mètre de haut, dotés de grandes oreilles pointues, d’yeux immenses et qui marchent les bras levés au-dessus de la tête… Les Sutton affirment avoir tiré pendant plusieurs heures sur les assaillants avec leurs fusils, avant de se réfugier dans leurs voitures pour gagner le poste de police le plus proche. La presse donne un large écho à l’aventure des Sutton, et contribue à diffuser l’expression « petits hommes verts », en même temps que la croyance, pour certains, en l’existence des extra-terrestre, et en leur arrivée prochaine sur Terre. Les cas d’observation d’OVNI se multiplient, créant même, petit à petit, une « science » : l’ufologie (de UFO, équivalent anglais pour OVNI), apparue après l’incident de Kelly-Hopkinsville pour l’étude de ces phénomènes inexpliqués. Certaines Eglises américaines se fondent même sur la certitude que des pilotes extra-terrestre de vaisseaux spatiaux communiquent des ordres aux humains !
Témoins de cet engouement pour le thème, certains
canulars comme le cas d’un gérant de magasin américain qui, dans les années 1950, s'apercevant que le nombre de clients ne va pas tarder à diminuer du fait de la construction d'une rocade, a l'idée d'acheter un petit singe, de le raser et le peindre en vert. Il a appelle ensuite les journaux locaux, affirmant avoir capturé un extraterrestre, afin de s'attirer une publicité pour son magasin.
Dans un article paru en mai 1954, le capitaine Edward J. Ruppelt, chef du Project Blue Book de l’Air Force en 1951-1952, évoque une rumeur selon laquelle l’armée détiendrait les corps de pilotes de soucoupes : « des pièces remplies de petits hommes, conservés dans l’alcool ». Il raille le catalogue d'absurdités présenté par des croyants extrêmes comme étant la stricte vérité : «
Généralement les petits hommes sont verts, bien que certains aient été cuits jusqu'à un brun croquant lorsque notre atmosphère a transformé leur soucoupe en un toaster incandescent. »