Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

10 Février 2026 à 03:07:32
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Textes courts / [Contemporain / Noir] Tenir ou tomber
« Dernier message par Auteur le Aujourd'hui à 01:54:35 »
AT Paulsen "L’aventure se met au noir" (7500 sec - 02/03)

Pfiou celui-ci a été difficile à retravailler ! J'ai dû enlever la moitié, non sans mal.

Tenir ou tomber


L’air glacé lui brûle la gorge à chaque inspiration. Marc plante ses crampons dans la glace, tire sur la corde. Derrière lui, Sophie peine. Il l'entend chercher ses prises. Elle dérape. Un cri bref dans le vent.
— Concentre-toi.
Il ne se retourne pas. À droite, le vide plonge vers Chamonix. Mille mètres de pente raide, de névés sales et de rochers épars. À gauche, la paroi remonte, striée de verglas. Au-dessus d'eux, le sommet du Mont-Blanc.
Une pierre se détache. Marc se fige, muscle bandé, piolet enfoncé. Trois secondes, puis claquement sourd, rebonds saccadés, plus rien. Un silence lourd comme sa fatigue.
Sophie progresse trop lentement. Elle n'a pas l'habitude de cette altitude, du froid qui traverse les gants.
L'aube pointe côté italien. Leur versant reste gris, glacé.
Marc repart. Son gant est humide. La corde – fil de vie entre eux – râpe, vibre à chaque mouvement.
Sophie tousse.
— Ça va ?
Elle ne répond pas tout de suite.
— Oui.
Sa voix est trop aiguë. Marc devrait ralentir. L’attendre. 
Quelque chose en lui refuse. Une impatience violente.
Il la revoit sourire à son téléphone au refuge. Il a jeté un œil. Et il a ressassé toute la nuit.
Il essuie ses yeux mouillés. Il doit tenir.
Ils montent encore. La pente se redresse. Un ressaut de glace vive : passage en traction, les bras en feu.
Marc souffle. La corde se tend.
Sophie a glissé.
Quelques centimètres, mais il l’a senti dans son baudrier. Il fixe la ligne orange qui disparaît dans l'angle mort.
Il pourrait descendre.
Deux coups sur la corde.
Trois en retour. Il repart.
Le sommet se colore. Mais l'arête nord reste dans l'ombre. Le froid engourdit ses orteils.
Marc pense à tous ceux qui sont déjà passés ici… et à ceux qui sont tombés.
Sophie tousse plus fort.
Il accélère.

Ils s'arrêtent sur un replat étroit, entre deux veines de granite noir. Marc s'adosse au rocher, jambes tremblantes. La sueur refroidit sous sa veste.
En contrebas, la vallée émerge à peine de la brume. Les forêts sombres, les toits gris, les lacets de la route. Le vide l’attire…
Sophie arrive enfin. Elle s'affale contre la paroi, arrache son masque, halète. Elle enlève un gant, sort son téléphone.
— Pour voir l'heure.
Marc entrevoit :
Ma chérie 🩶 tu me manques 🩶
Tu lui as dit pour moi ?

Sophie retourne aussitôt l’appareil, le range, souffle dans ses doigts.
Le vent emplit l’espace entre eux.
Elle ne dit rien. Lui non plus.
Mais quelque chose se serre dans sa poitrine. Sa mâchoire se crispe. Ce n’est pas l’altitude qui lui donne l’impression d’étouffer.
Marc fixe la pente vertigineuse. Le vide le fascine.
— On y va ?
Il ne répond pas. Le message tourne dans sa tête. Ses tripes se tordent.
Il repart sans prévenir.
— Attends !
Marc avance. Chasse la poudreuse de ses lunettes d'un geste brusque. Sous ses pieds, la glace craque. Des sons de rupture.
Derrière lui, Sophie tente de suivre, souffle trop fort.
— Marc, ralentis.
Il n'écoute pas. Il grimpe.
En montagne, il n'y a que deux possibilités : tenir bon ou tomber.

Le couloir coupe l’arête comme une entaille.
Cinquante mètres de glace noire, inclinée à soixante degrés. En dessous, une chute de deux mille mètres vers le glacier des Bossons. Au-dessus, la paroi en surplomb, striée de verglas, et le ciel qui se couvre.
Marc repère un vieux bout de corde décolorée pendant d'un anneau oxydé.
Il inspire. Le froid brûle toujours. Son cœur cogne trop vite. Il s’engage.
Premier crampon. Deuxième. Il colle son corps à la paroi, joue contre la pierre glacée, bras en croix. Des éclats tombent en silence.
Comme un mariage.
Pour l’instant, Marc tient. Jambes écartées, bras qui tremblent sous l'effort. Chaque mouvement est négocié : il confie son poids à des pointes enfoncées dans une surface qui pourrait céder à tout instant.
Comme son couple.
Sophie arrive au couloir.
Elle s'arrête. Regarde en bas. Marc la voit se crisper. Leurs regards se croisent à travers le vide. Il y lit la peur, la fatigue, l'épuisement accumulé.
— Avance.
C’est contraire à toutes les règles de sécurité.
Elle hésite. Le bout décoloré claque au vent comme un avertissement. Les nuages gris ont avalé le sommet. Une rafale de neige fine tourbillonne.
Elle pose un crampon. Puis l’autre.
Glisse de trois centimètres.
Se fige.
La corde entre eux oscille.
— Marc...
— Avance.
Il faut tenir ou tomber ensemble.
Elle respire. Reprend. Un appui. Un second.
Elle avance.
Son pied gauche dérape.
Sophie pousse un cri, plante son piolet. Marc se sent tiré en arrière.
Elle se stabilise. Immobile, respiration désordonnée.
Les secondes passent.
Elle lève la tête. Il voit son visage livide.
Il pense aux messages. Aux cœurs.
Aux cinq années passées ensemble. Aux week-ends en montagne. À tout ce qu'il croyait posséder et qu’il va perdre.
Un pas en arrière, et tout s’arrête.
Le vent monte. Pousse un mur de nuage humide. Le paysage disparaît. Dans ce monde gris il n’y a plus que le couloir, la glace, la corde, Marc et Sophie.
Ils continuent.
Marc atteint un replat de l'autre côté, reprend son souffle. Les battements de son cœur se clament.
À elle. Il ajuste sa position pour l’assurer. Se cale contre un bloc, les pieds dans une fissure.
Le vent hurle. La neige tourbillonne.
Sophie lui parle : le son se perd.
Marc attend.

Un frottement sur la glace, des crampons qui raclent.
Un cri aigu.
Marc laisse flotter la corde : elle file.
La traction le jette à genoux. Le choc remonte dans ses vertèbres.
Il plante son piolet à deux mains, bloque le brin enroulé autour de sa cuisse. Celui-ci creuse le tissu, brûle les chairs.
Puis se tend brutalement. Marc crie.
Il reste immobile, haletant.
En dessous, le brouillard. Le gris, la neige qui tombe, la corde tendue qui plonge.
— Sophie.
...
— Sophie !
Aucune réponse. Juste le poids qui l’appelle à tomber aussi.
Marc compte les secondes. Tire un peu.
Rien.
Il sait.
Il frémit : la réalité percute le corps avant le cerveau.
Il appelle les secours. Récite : accident, chute. Répond aux questions. Raccroche. Attend.
En silence.
Le froid l'engourdit.
La neige le recouvre.
L’hélicoptère arrive.

Chamonix, plus tard.
Accoudé au pont, Marc regarde l’Arve couler. Le grondement du torrent produit un bruit blanc comme ses pensées.
Le téléphone vibre dans le sac de Sophie.
Marc hésite. Veut-il vraiment savoir ?
Il fouille. Le trouve.
Il ne sait plus s’il tremble de peur ou de colère.
Il déverrouille, clique, scrolle.
Ma chérie 🩷 tu me manques 🩷
Tu lui as dit pour mai ?
J’ai trop hâte de te revoir à Montréal ! 🩷
8 ans qu'on s'est pas vues en vrai ?! 😱
Un ton affectueux, nostalgique, innocent.
Le cœur de Marc se glace. 
Le téléphone qu’il tient tombe.
2
Hello clemouchka,

J'admets en effet que si l'on s’intéresse de près à l’idée qu’il se produirait des phénomènes quantiques essentiels au vivant, c'est peut-être en raison du fait qu'elle est aujourd’hui prise très au sérieux. D'ailleurs, je ne suis pas loin de penser que sans cela, les cristaux de magnétite présents dans les doigts et aussi, mais en moindre quantité dans le corps d'un magnétiseur/barreur ne sauraient suffisamment s'exciter sans aide extérieure pour obtenir de vrais résultats. Ainsi, le vivant initié pourrait les utiliser de façon plus ou moins spectaculaire. Le spectre vibratoire ne serait donc pas un mythe fantôme. Certes les forces magnétiques telluriques sont à prendre en considération (l'orientation propre aux oiseaux migrateurs est en cela une preuve tangible parmi d'autres qui sont multiples). Il reste cependant à déterminer si le phénomène de la conscience profite lui aussi de telles corrélations quantiques ?

Il me semble aussi que sur un plan contigu, dès lors qu'il établit un contact émotionnel, tout être peut quasiment se passer de langage. À la condition de pouvoir à la fois exploiter et féconder des libertés aptes à convertir ses convictions intimes et singulières en quelque chose de naturel et transcendant. Faute de quoi, il ne pourrait entrer dans la dimension propre à une "matrice"  productrice d'essences spiritualisées. Pas plus qu'il ne saurait aller et revenir depuis des profondeurs cosmiques dépassant son entendement. Mais si je prétends que le héros humain, Grand-Ouvrier-de-Lumière, représentatif de ma personne y parvient couramment dans le roman que j'écris, ça n'est pas sans raison. En revanche, il n'en sera peut-être plus jamais rien pour moi qui ai pris peur de cela. Si ce n'est que possiblement après la mort de mon "corps-grossier" ?

Toujours est-il que je suis devenu nettement moins vibrionnant qu'autrefois !
3
Bonjour, Joachim,

Je suis vraiment très content que ce texte ait suscité ton intérêt. Je ne sais trop pourquoi, mais c'est un récit qui me tient à cœur.
4
Textes courts / Re : Sous l'averse
« Dernier message par Cendres le Hier à 20:37:31 »
Merci pour le partage de ton texte, qui est une ode sur la pluie.

Je pense que beaucoup de personnes aiment être bercé par le son de l'eau qui claque sur les parois, ça a un côté reposant.
Je pense que tu dois aimer la pluie, et c'est plaisant si on est bien couvert, sinon, ça devient une vraie calamité.
5
Bonjour Robert.
J'apprécie particulièrement tes propos empreints de sagesse et de spiritualité authentiques.
Je me permets de te communiquer mes réflexions qui me sont personnelles, et cela dans un but de nourrir nos pensées et perceptions qui nous sont proches et décryptent nos mentalités aux approches confidentielles. Je rebondis donc sur tes réflexions et t'invite à ton tour de me faire part de tes impressions et jugements concernant mes convictions, dans un but de respect échangé et alimentant nos perspectives entrecroisées, sous le jours de l'amitié commune.
« L'idée pyramidale d'un dieu unique » dans ses forces cosmiques est pour moi essentielle et même vitale. Je ne conçois pas personnellement de vivre une existence déconnectée des principes divins, qui sont révélateur d'une grandeur et beauté d'âme consommée. Oui, pour moi, l'être Suprême n'est pas une sorte d'esprit décomposé et déconnecté, déshumanisé, dans ses substances idéales et mystiques. Je conçois ainsi la matière du monde comme un visage vivant qui génère, véhicule, une puissance et sainteté unique, qui dépasse et transcende, la réalité du monde sensible, comme une métaréalité aux confins d'une logique et scientificité proches de parallélismes et danses nerveuses, aux fusions corporelles de l'âme humaine qui s'incarne en des chairs de l'esprit, de la langue, comme des signaux et des essences singularisant, les matières quantiques du vivant. Je ne conçois pas une existence vidée d'associations mythologiques incarnées, désincarnées, à travers des recueillements et des prières qui contemplent le désir d'union, de syncrétisme, avec un équilibre cosmique qui danse dans des offrandes de la pensée gnostique, humaine, convoquant une destinée, un cheminement de l'esprit aux inventions incantatoires, qui touchent les éveils d'une construction de l'esprit nourrit par des songes et des beautés sources de béatitudes, engendrant, la matérialité des âmes s'élevant dans des couches de l'introspection humaine, qui génère et produit, des visions d'éthers, de firmaments qui croulent sous et dans les brûlures idéales de l'esprit humain, qui associe en ses intériorités psychologiques, une vérité ou la condition humaine n'est pas absurde mais pleine, gorgée de vertiges, de perfections, qui grandissent l'homme dans ses caractères et spécificités traduisant, couvant, une réalité dont le sens spectrale opère des charmes, des couleurs aux reflets d'esthétiques aux éveils ou les syncrétismes de la vie, sont les diapasons de l'âme, aux orfèvres et orchestrations spiritualisées, aux constructions d'une réalité qui souffle et conditionne des enfantements de sens qui ploient, libèrent, louent, en mon sens et mes intuitions, des esprits ou les religions sont inscrites et écrites dans le but d'approfondir et composer, des vérités aux peintures réfléchissant, complexifiant, des soleils aux mosaïques de clairvoyances ou la religion et croyance en une force ultime, n'est pas simplement dans le but et affectation de se libérer d'un poids et d'une souffrance propre à la solitude et destinée de l'homme, voué à expérimenter des souffrances et des drames intimes,  ( d'utiliser à but associatif et technique, le divin) mais l'homme, lorsque il entre en contact, et mélange ses pensées et ses émotions dans une langue étrangère, typiquement religieuse, lorsque il féconde et exploite des libertés convertissant ses convictions intimes et singulières en quelque chose de naturel et transcendant, eh bien, il entre dans une dimension et une matrice réinventée, dans des essences spiritualisées aux ADN et profondeurs cosmiques, dépassant, les langues cartésiennes et païennes, car il respire des larmes d'émerveillements et des arc-en-ciels, aux bénédictions accomplies.
Vouloir expliquer le monde et l'univers sous le prisme de la matérialité athéiste, ou la science peut et doit tout expliquer, est un non-sens pour moi et même une absurdité, car professer que le hasard est l'origine du monde, comme des équations mathématiques, le hasard est donc personnifié et biologisé dans une conscience désincarnée, qui n'a pas d'identité et de structurale essence sublimée. La grandeur du monde, de l'univers, du monde humain n'est pas le fruit et le résidus associatif d'une logique épistémologique omnipotente, mais se révèle dans le mystère de l'amour et dans ses traces et cheminement exploitant la beauté et nourriture d'un monde qui se reflète dans ses larmes cosmiques et ses danses aux croyances jalouses... .
Merci Robert, et encore une fois, n'hésite pas à « me renvoyer la balle, » car c'est un avant tout un échange d'idées et je sollicite avec grand intérêt tes méditations.
Clemouchka !
6
Textes courts / Re : Maman est morte
« Dernier message par Cendres le Hier à 20:31:34 »
Merci pour le partage de ton texte, il est vraiment joli et parle du temps qui passe et qui change tout. Ton personnage, qui au début je pensais être une femme, se rappelle de sa vie passé. Au-delà du décès de sa mère, il parle d'une époque disparue et perdue.

Il est plein de mélancolie et nous rappel que nous sommes tous de passage sur terre.
7
Textes courts / Re : [AT - Concours LICRA 2026]
« Dernier message par Luna Psylle le Hier à 18:16:48 »
Salut,

Citer
Les deux hommes s’approchent de leurs collègues et Marc pose sa main libre sur le ventre de Mika et dit : « Tu accouche quand ? »
répétition et. Tu peux remplacer le premier par une virgule.

Citer
Il a en souvenirs les refus de plusieurs filles, qui l’avaient renvoyées à son surpoids.
souvenir
renvoyé


Citer
Elle a des yeux bleus magnifiques, et elle me regarde dans les yeux, songe-t-il surpris.
répétition yeux

Citer
La jeune femme stupéfaite par la réponse du jeune homme part à grande enjambées,
répétition jeune

Citer
Lara est déjà là, ce qui ajoute à sa gêne,
Le reste autour est au passé simple, mais ici, c'est au présent.
Je me dis qu'une fois le texte terminé, que tu ne voudras plus le modifier, il faudra une dernière relecture pour réharmoniser les temps.

Une bonne soirée,
8
J’ai bien aimé ton texte HELLIAN, bien écrit et original, il m’a fait penser à la cosmogonie indienne de les cours de L2 d’Histoire, avec Brahma, Vishnou, Shiva, …
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Poésie / La Toska*
« Dernier message par Kerdrel le Hier à 15:23:14 »
La Toska*   

_____________ஜ۩۞۩ஜ____________

Ce n'est pas un air d'opéra,
Le diminutif de Toscane
Ni celui d'une partisane
Chantant la Balalaïka.

Pas de Puccini la Tosca
La mélopée d'une persane   
Ou d'un infante la pavane
Non ce n'est pas du tout le cas.

C'est un mot russe intraduisible
Qu'on trouve chez l'âme sensible
Mal-être aussi, l'envie de rien.

Vague tristesse, une apathie
Doublée d'une mélancolie
Comme le spleen baudelairien.

Le vendredi 6 février 2026 © 

* Souvent comparé à la saudade  portugaise
10
Textes courts / Re : Nathalie et les pingouins
« Dernier message par EmyMarty le Hier à 11:25:58 »
Murex,

Merci pour ta réponse, je vais y réfléchir.
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