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Auteur Sujet: L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)  (Lu 30895 fois)

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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #45 le: 14 septembre 2008 à 13:06:52 »
Je ne pense pas qu'ils fassent un épisode par tome... Plutôt qu'ils couvrent les 5, 6 premiers en une saison. Le format conviendrait mieux au public américain, je crois. Et puis ça parait dur de faire un tome = un épisode!  ><
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #46 le: 14 septembre 2008 à 16:55:55 »
Oh, je sais pas... si on enlève tous les détails inutiles, les 600 pages en deviennent facilement 250 ; si on retire le double dialogue du peuple d'Adobe (oui, parce que l'Homme d'Adobe parle, on a les impressions de Kahlan, puis Rich' demande ce qu'il a dit, on a de nouveau le dialogue, presque au mot près, répété par Kahlan, puis les impressions de Rich', et ce, durant de longues pages...) ; les multiples redites sur les sentiments des personnages (on aura compris, au bout d'une dizaine de pages, avec trois où quatre occurences par page, que la profondeur psychologique de Kahlan se limite à deux options : 1) je suis déterminée à tuer Rahl mais j'ai peur d'être faible et 2) j'aime Richard mais je ne lui ai pas dit qui j'étais ! les deux étant parfois combinées dans un que je suis malheureuse...), les 250 pages restantes se limitent sans doute à une centaine. Qui n'est alors faite que de dialogues interminables sur le thème "Zedd/Kahlan/Adie/autre explique loooonguement à Richard-qui-est-pourtant-censé-comprendre-vite le fonctionnement de la magie" ; et de repas de soupes aux épices. Très important, ça, la soupe aux épices, pour Goodkind. Parfois, y a même un ragoût avec, et on n'est pas loin de savoir combien de patates a chaque mangeur dans son assiette.
Alors, 55 minutes pour un tome, pourquoi pas ?
Non, j'exagère...   ^^
Un peu... >:D




Sinon, j'avance laborieusement dans ma lecture... Je n'aime vraiment pas ce livre. Pas parce qu'il est mauvais : il m'est arriver de supporter des livres mauvais. Et je n'ai rien contre une série B sympathique à la télé.

Mais les idées qui sont derrière L'Epée de vérité, ça, j'ai beaucoup de mal !
La morale... non, même pas... le sermon qu'on reçoit à chaque paragraphe où on suit Kahlan et Richou (qui sont malgré tout un soulagement, étant donné que quand c'est Ralhinet, on a droit soit à du gore, soit à des scènes particulièrement éprouvantes pour notre patience, tellement elles sont caricaturales), m'insupporte. C'est viscéral. Qu'on me clame qu'il faut tuer pour être le gentil, ça fait plus que m'exaspérer. La fin justifie les moyens ? Il faut sacrifier des gens pour en sauver plus ? Laisser mourrir des innocents, ou tuer délibérément des personnes, pour que ça ne mette pas sa vie en danger, car on est le seul à avoir une chance contre le méchant ? Mais qu'est-ce que c'est que cette mentalité ! Même les soldats qu'on voit dans les films sont moins bourrins. Bourrins n'est pas le mot : ça rend la critique gentillette. Tandis que ça, ça me révulse complètement.

Parce que - pire ! - (<-- eh oui, moi aussi je sais mettre des trucs inutiles entre tirets, comme Terry) le livre semble implicitement se présenter comme une sorte de truc sérieux et sage. On n'est pas, il faut l'avouer, dans la pure action sans réflexion : les personnages - confirmés par les événements - se posent des questions (toujours les mêmes...) sur leurs actes et en tirent des règles de conduite. Et l'auteur semble tenter de sortir du cliché du gentil sans peur et sans reproche, pour porter son livre vers quelque chose de plus mûr (même si moi j'aurais dit pourri... :-¬?).

Et, en plus de cette morale inqualifiable, en essayant d'éviter le manichéisme, il y tombe plus qu'un livre où méchant et gentil sont clairements identifiés et où le gentil est gentil ! Pour deux raisons :
- primo : le méchant, Rahlounet, est une sorte de représentation du mal absolu : il est diaboliquement beau (côté vampiresque), il a des mimiques de sadique, il aime à sourire au souvenir d'un meurtre qu'il a commis, il est misogyne, menteur sans scrupule, etc etc. Et il veut gouverner le monde. Oui, parce que qui a vu un méchant réaliste qui ne veut pas gouverner le monde ? Donc bon, pour éviter le manichéisme, on fait mieux.
- secundo : les gentils poursuivent le bien (se débarrasser du méchant), et luttent contre le mal. Ce faisant, ils doivent se tenir prêts à commettre le mal (tuer des gens, etc.), pour arriver à un bon but. Mais le bien, justement, ça se fait à chaque instant, en lançant un expelliarmus plutôt qu'un stupéfix. Le réduire à un but à atteindre, c'est justement on ne peut plus manichéen !

Certes, on peut arguer que Goodkind ne veut pas éviter le ménichéisme, mais montrer des héros confrontés au mal absolu, obligés de faire des concessions... Mais alors, on en revient à ma difficulté à digérer cette morale.

Et puis... bon, si jamais la majorité d'entre vous (du moins parmi ceux qui auront lu une critique si longue...  :noange: ) est susceptible d'être d'accord, là, je sens que je vais avoir plus d'opposants... Disons que j'ai du mal avec pas mal de trcus américains, parce qu'il y a souvent cette position qui me gène, et qui est on ne peut plus claire avec Goodkind : on n'avait pas le choix, alors on a agi comme ça, quitte à faire du mal. C'est la même chose dans pas mal de fictions américaines, et, si on écoute les discours officiels, ce sont les mêmes arguments qu'avancent les chefs d'Etat américains quand ils se lancent dans une guerre. Du coup, ces fictions prennent à mes yeux de vagues allures de propagande. Ou alors, de reflet d'une mentalité qui, en plus de m'écoeurer, m'effraie.
C'est flagrant, à mon sens, dans l'épisode du peuple d'Adobe : un étranger arrive, améliore (dans un but intéressé, même si c'est censé être profitable au peuple d'Abode) leurs modes de vie à sa façon (ici : les toitures), et en espère un avantage stratégique. Le peuple refuse de le lui donner, parce qu'il n'a pas à s'imiscer en supérieur dans leurs coutumes, et à essayer de les manupiler. Ce en quoi - c'est clair dans le livre -, ils ont tort, et en deviennent des faibles et des imbéciles. Et donc, Richard a très légitimement le droit de les tuer. Là aussi, ça me semble un reflet des positions américaines dans bien des domaines.
Mais bon, je ferme cette parenthèse qui risque d'ouvrir un débat...

Pour en revenir au style... non, ce message est déjà bien trop long, j'arrête là !

J'adore décidément Goodkind :mrgreen:
« Modifié: 14 septembre 2008 à 17:11:22 par Milora »
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #47 le: 14 septembre 2008 à 17:04:48 »
Je crois que tu as dit le mot essentiel: américain  :mrgreen:  Suffit de dire que c'est de la Fantasy américaine, et ça veut tout dire, non?
(quoique ça voudrait dire que Scott Card est du même acabit, ce qui est totalement faux)
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #48 le: 14 septembre 2008 à 17:17:40 »
Ouf, je suis d'accord ! :D Il y a quelques exceptions : Hobb, ou Ursula Le Guin. Mais quand je lis un truc américain, en général, j'aime pas, parce qu'on sent vraiment que c'est américain, avec ce genre de valeurs, à la différence d'oeuvre d'autres nationalités qui sont moins... comment dire ? Moins marquée par une idéologie nationale - ce qui ne veut pas dire forcément neutres. Hum, mais je m'éloigne de Té-té, là.  :-[
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #49 le: 14 septembre 2008 à 19:00:37 »

Heu, oui enfin ça ferait beaucoup d'exceptions quand même xD Hobb, Martin, Scott Lynch, Flewelling, Kearney...
Donc, disons plutôt "américain de base" ou "texan", qu'en dites-vous ? :mrgreen:


Sinon, très drôle comme post. Et magnifique phrase de conclusion^^



Citation de: Milora
La fin justifie les moyens ? Il faut sacrifier des gens pour en sauver plus ? Laisser mourir des innocents, ou tuer délibérément des personnes, pour que ça ne mette pas sa vie en danger, car on est le seul à avoir une chance contre le méchant ? Mais qu'est-ce que c'est que cette mentalité !

Oh, c'est très bien que tu aies développé ça, et que tu l'aies dit comme ça. Parce que ça fait sauter un truc aux yeux...
C'est que Fitz a les réflexions qui manquent à Richard (et Hobb celles qui manquent à Goodkind, puisque je ne pense pas qu'il fût dans l'intention de Terry de faire passer son héros pour un texan - du moins, un texan avec le sens européen que ça implique).
Pourquoi est-ce que Fitz tape sur les nerfs de certains ? parce qu'il se remet sans cesse en question, qu'il problématise chacune des actions/décisions... et ses choix finaux jettent souvent le lecteur en un désarroi résigné.
Pour reprendre ce que tu dis, Richard est dans le mode "sacrifier des gens pour en sauver plus" (ce qu'on pourrait appliquer à la politique d'aujourd'hui, sacrifier plus pour sauver plus - étant entendu que les sacrifiés et les sauvés ne sont pas au même échelon de l'échelle sociale -- fin de la digression)... or donc.


Richard : sacrifier des gens pour en sauver davantage.
Fitz : se sacrifier pour sauver les gens.


Les deux auteurs ne prennent pas le problème au même niveau.

La donnée qui les oppose, c'est que Richard est l'Elu. Fitz, lui, échappe au stéréotype, sachant qu'il n'est qu'une poupée de chiffons dans un théâtre de marionnettes en bois, qu'il a des talents particuliers mais que ces talents se retournent contre lui, que, enfin, tout dans L'Assassin royal est traité plus subtilement que dans L'Epée de Vérité.

Ce que je veux montrer par là, c'est que Goodkind a choisi le cadre d'une fantasy passée, repassée, et qui trépasse avec lui (celle de l'Elu et du manichéisme primaire), tandis que Hobb outrepasse cette vision-là du genre.

Mais pourquoi une vision serait-elle bonne plutôt qu'une autre ? Parce que le récit de Goodkind est le dernier rejeton apathique d'une certaine lecture de l'épopée. Cette lecture, c'est une aberration : tenter de faire de l'épique en en bannissant certains des critères principaux, une sorte de vulgarisation épique, à savoir : "Je fais mon marché dans le genre, j'achète tout le fond et je rejette toute la forme originels".

C'est-à-dire que Goodkind (mais d'autres avant lui, dont un qui avait le même prénom, par exemple - non, non, non ! ce n'est pas à Pratchett que j'm'en prends xD) ne recycle qu'une partie des grands fondements hyperboliques du registre épique, celle qui est liée au fond : le héros aux pouvoirs surhumains, le manichéisme, la glorification dudit héros. En revanche, il laisse de côté ce qui fait qu'une épopée est une épopée pleine et entière : le style et la poésie, et pourquoi ne le fait-il pas ? tout simplement parce que, de nos jours (et accordons-lui le mérite de cette réflexion, même si... l'a-t-il eue ? xD) nous ne sommes plus dans un monde qui permette le culte héroïque et les valeurs guerrières. Richard n'est pas un héros national, le Peuple d'Adobe n'est pas là pour représenter quelque civilisation malmenée sur notre bonne vieille Terre.

C'est cette dérive de la fantasy dont Goodkind est l'héritier (gageons que ses descendants soient de moins en moins nombreux, non parce que ça ne plairait plus, mais parce qu'ils auront lu des œuvres d'une dimension fantasyste bien plus intéressante) ; il a dû adorer le travail de Tolkien, et a en repris certains éléments en se disant "je ne reprends pas tout, pour faire quelque chose de mon cru". Sauf que (et, encore une fois, il n'est pas le seul, juste le plus récent et l'un des moins talentueux pour faire passer la pilule) Goodkind ne s'est pas rendu compte qu'en laissant de côté une partie du système littéraire de Tolkien, c'est toute une partie du genre épique qu'il négligeait.

Et ce fut le drame.


Pour boucler la mise en rapport avec Fitz, le travail de Robin Hobb est admirable, en tant qu'elle propose une nouvelle lecture de la fantasy. Voilà ce qu'elle s'est peut-être dit : "Puisque l'épopée n'est plus recevable, car une partie comporte une prise de position idéologique qui ne correspond plus au monde actuel (elle ne serait encore recevable qu'en inventant un monde de la complexité de celui de Tolkien), délaissons-là complètement, au lieu de s'acharner à en recycler les lambeaux "pouvant-être-encore-lisibles", et tentons de donner à la fantasy une nouvelle voie, qui ait la possibilité d'être pérenne."
Et le monde du Royaume des Anciens présente une forte négation du manichéisme (les Outrîliens/les Six-Duchés ; c'est aussi en ça que la 2ème trilogie de l'AR est capitale)... et les personnages hobbiens sont torturés par des dilemmes à n'en plus finir. On aime ou on n'aime pas, mais Hobb a eu le courage littéraire de laisser tomber l'héritage vicié d'une mauvaise lecture de Tolkien.

Et donc xD, le côté vraiment gênant de l'œuvre (ou plutôt du magma ?^^) de Goodkind, c'est-à-dire le résumé que t'en fais cf-citation plus haut (ouh là, carrément plus haut xD), c'est peut-être parce qu'il s'est un peu rendu compte du fait que l'épique comprenait une dose d'idéologie guerrière dont il manquait, ce qui était normal, mais "oh trop tard j'ai prévu une série Délayator de 11 tomes", et du coup l'ultime connerie "tentons de raccrocher le bouquin aux valeurs belliqueuses traditionnelles"

La goutte qui fait déborder la vase :mrgreen: (et ne cherchez pas de faute de frappe. Tout est écrit SCIEMMENT >:D)
« Modifié: 14 septembre 2008 à 19:06:47 par Loredan »
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #50 le: 14 septembre 2008 à 19:14:34 »
Ce que tu dis est vrai, même si je pense qu'on peut faire de la fantasy à la tolkien, à condition de ne pas être très ambitieux (Narnia, par exemple... bon, OK, c'est pas récent). Quoi que... Je sais pas. ça me gène un peu de dire : on ne peut plus faire tel genre. Parce qu'à chaque fois qu'on a pensé ça, il y a eu un auteur pour renouveler le genre... Bref, je ne prétends pas porter de jugement là-dessus.

Mais je crois qu'en gros, on peut résumer ton message par :
si on quantifiait le talent de Hobb et de Goodkind, Goodkind serait symétriquement opposé à Hobb par rapport à la ligne représentant le talent 0. Et, à mon humble avis, c'est Hobb qui est du côté des valeurs positives !  :-¬?


Bref, sinon, pour le côté américain... Il ne me semble pas que Goodkind soit texan (il est pas du nord ?), ni Appelgate, par exemple... Après, je n'ai pas dit que tous les auteurs américains avaient ce type d'idées qui me déplaisent. Mais que ce type d'idées qui me déplaisent se retrouvent très très très majoritairement chez les auteurs américains. Et je ne parlais pas que des livres, mais aussi des films et séries (vous connaissez Star Trek : Enterprise ? Idéologiquement, la saison 3 me fait le même effet que Goodkind - si ce n'est qu'en plus, elle trahit l'esprit de Star Trek qui est tout le contraire. Mais c'est encore plus transparent, parce que c'est quasiment une transposition du 11 septembre, mais bon, là n'est pas la question, je sais...  :-[ )
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #51 le: 14 septembre 2008 à 19:18:41 »

Bah, en fait c'est surtout que Goodkind est fait partie des "mauvais transposeurs", tandis que Hobb fait partie des écrivains. Je crois que c'est juste ça :o

xD

Hm, je sais pas d'où est Goodkind, mais quand je disais Texan, c'était symbolique : c'est l'Amérique profonde, quoi.

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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #52 le: 14 septembre 2008 à 22:46:32 »
La soupe aux épices, c’est plus ou moins le lembas de Goodkind ! lol ! Plus sérieusement, même si mes souvenirs sont plus que lointains, je me rappelle que le côté « on vous tue, mais rassurez-vous c’est pour le bien de tous » de Richard m’avait assez exaspéré. Et comme tu l’as si bien souligné, si Richard réfléchit (et je dis bien si), ses réflexions n’avancent pas, et du coup sa psychologie n’évolue pas. Le Richard de la fin est plus ou moins le Richard du début. Soit disant plus fort parce qu’il a dû affronter tous pleins d’épreuves horribles. Mais bon, que peut-on attendre d’autre d’un roman dont l’héroïne est Mère Inquisitrice ? Et pour ce qui est de Rahl… Bon, déjà « Darken Rahl on fait difficilement plus cliché » m’a dit Imago quand je lui ai parlé de nos débats. Mais passons, je pense que certains méchants peuvent se permettre d’être clichés. Je veux dire, dans les mangas, j’aime mes méchants clichés : sadiques, sans pitié et de préférence dotés d’un sourire qui fait froid dans le dos. Mais ça n’empêche pas la variété : Orochimaru est cliché dans un genre très différent de Fei Wang Reed. Et puis ils ont toujours quelque blessure secrète qui « explique mais ne justifie pas » le fait qu’ils se sont tournés vers le côté obscur de la force… Et pour en revenir aux références classiques, Paincru a tout du méchant de Fantasy : méchant-pas-beau, et bête avec ça, très violent aussi, ah, et esclave de ses désirs de grandeur. Comme quoi on peut faire du cliché tout en étant original, ce qui n’est pas le cas de Rahlinou.
Ah et juste : à la place de «un expelliarmus plutôt qu'un stupéfix »  tu ne voulais pas plutôt dire « un expelliarmus plutôt qu’un avada kedavra » ? L’Hermione en moi a bondi, désolée… :-[

Scott Card… j’avoue n’avoir lu que son guide d’écriture, mais depuis que j’ai lu dans plusieurs articiles qu’il jugeait la pensée même d’un mariage gay comme révoltante et monstrueuse, je l’ai classé dans le camp des conservateurs puritains, moralisateurs et diabolisateurs, aka l’Amérique que je n’aime pas.

« Ce que je veux montrer par là, c'est que Goodkind a choisi le cadre d'une fantasy passée, repassée, et qui trépasse avec lui (celle de l'Elu et du manichéisme primaire), tandis que Hobb outrepasse cette vision-là du genre. » J’ai adoré. Franchement. Par contre, je ne trouve pas approprié de dire que Mrs Hobb laisse totalement de côté l’épopée, et que l’épopée en Fantasy, c’est dépassé. Rappelons-nous le titre original de la première trilogie : Assassin’s Quest. La quête appartient au domaine de l’épopée. Mais le talent de Mrs Hobb, ou encore de M. Green, c’est de retourner les clichés du genre, comme Tolkien l’avait fait. Car les « héros » de Tolkien ont cela de particulier qu’ils remettent en question leur condition de héros. Frodon est un « héros malgré lui » tandis que Aragorn est un « héros en déni ». Fitz tient un peu des deux. Dans la première trilogie, il agit sans trop comprendre ni pourquoi ni comment. Dans la seconde, informé à présent par le Fou qu’il est, certes un pion, mais un pion essentiel, il tente de nier son importance, de s’accrocher à son identité durement acquise d’anonyme. Et dans Green, c’est plus ou moins la même chose : dès le début, Rupert sait qu’il gêne, et que tant qu’à débarrasser le plancher, autant le faire avec panache. Mais rapidement, il se rend compte que le héros n’est pas celui que l’on présente dans les chansons (il en vient à haïr les ménestrels  :P). Il se rend compte que c’est sale, injuste, et voudrait simplement qu’on lui laisse mener sa petite vie tranquille. Comme Fitz !  ^^

Pour ce qui est du problème américain… Je ne suis pas tout à fait d’accord. Vous parlez « d’Amérique Profonde », en vous disant qu’un cow-boy des plaines, ça a forcément la mentalité d’un du temps . Pour avoir pas mal voyagé aux Etats-Unis, et pas seulement dans les grandes villes, je peux vous dire que « l’Amérique Profonde », celle du centre, est par bien aspects bien moins effrayante que celle de l’Intelligencia. Les habitants du Mid-West sont pour la plupart… isolés. Isolés mais curieux. Vous leur expliquez quelque chose, ils vous écoutent, discutent avec vous, et sans pour autant être forcément d’accord avec vous, ils respectent votre point de vue. Et quand vous leur reparlez quelques jours après, ils vous disent que votre discussion les a fait réfléchir. Mais sur les côtes, soit-disant plus civilisées, les gens sont parfois bien moins ouverts dans leurs opinions. Plus radicaux, quelque soit leur courant. Ils vous écoutent (les américains sont des gens polis) mais vous sentez que l’info ne passe pas. Ne serait-ce que parce que « Non, mais ici on est aux Etats-Unis, c’est différent. » Bref, les apparences sont trompeuses !

Dites, vous avez pensés à faire carrière dans la critiques, les amis ? Et puis à lire vos analyses, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il est scandaleux que la Fantasy ne soit pas reconnue lorsqu’on peut en faire l’étude avec autant de précision. Je ne dis pas de mettre Goodkind au programme, hein ? ça serait limite traumatisant…  ><

(Oula, j’arrive pas aux plus de mille mots de Mil’ mais pas loin !)
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Re : Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #53 le: 14 septembre 2008 à 23:37:00 »
Citer
Ah et juste : à la place de «un expelliarmus plutôt qu'un stupéfix »  tu ne voulais pas plutôt dire « un expelliarmus plutôt qu’un avada kedavra » ? L’Hermione en moi a bondi, désolée… :-[
Je réponds à la place de Lo': nope, un stupefix, en effet  (cf T7, chapitre 3 lol)

Citer
Dites, vous avez pensés à faire carrière dans la critiques, les amis ? Et puis à lire vos analyses, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il est scandaleux que la Fantasy ne soit pas reconnue lorsqu’on peut en faire l’étude avec autant de précision. Je ne dis pas de mettre Goodkind au programme, hein ? ça serait limite traumatisant…  ><
C'est vrai, mais je pense que dans quelques années, ça finira tout de même par arriver. Le sous-genre est en train de prendre tant d'influence qu'il ne passera pas inaperçu dans l'histoire de la littérature -enfin, j'espère  :-°

Personnellement, je n'ai pas lu l'Epée de Vérité du tout, mais ce qui est paradoxal, c'est que vos critiques (aux deux sens du terme) me donnent envie de m'y mettre, ne serait-ce qu'histoire de me forger mon propre avis... Désolée, hein  :mrgreen:
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

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« Réponse #54 le: 14 septembre 2008 à 23:42:48 »

(non ça venait de Mil' pas de moi, lol, mais c'était très bien trouvé !)
[pour la reconnaissance de la fantasy, j'imagine qu'il y a un sujet dédié, mais ça va pas être évident quand même, si on permet d'éditer de telles bouses, et surtout si elles marchent aussi bien... les 7 tomes de Goodkind sont dans le top 10 des meilleures ventes de Bragelonne depuis sa fondation]


Citation de: Kei
Frodon est un « héros malgré lui » tandis que Aragorn est un « héros en déni ». Fitz tient un peu des deux.

Je suis d'accord, en tout cas si on fait bien la différence entre la geste épique de Tolkien qui maintient une distance entre narrateur et personnages tout au long du récit, et la fresque de Hobb où le lecteur est là pour témoigner des évolutions et des écueils auxquels le héros se trouve confronté. Fitz tient de Frodon et d'Aragorn, dans la mesure où il suit un même raisonnement. Dans les deux cas, c'est presque toujours le lecteur qui doit se dire "lui est héros malgré lui/héros en déni". Frodon et Aragorn, parce qu'on n'a pas accès directement à eux ; Fitz, parce que c'est lui qui raconte l'histoire, et c'est au lecteur de comprendre ce que Fitz ne veut pas voir. Mais Fitz n'est pas du tout... raconté de la même façon que Frodon ou Aragorn, et ça, ça change considérablement l'impact qu'ils ont sur le lecteur. Mais c'est vrai que Fitz a des gènes de Frodon et Aragorn... ou Estel ?



Citer
Et puis à lire vos analyses, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il est scandaleux que la Fantasy ne soit pas reconnue lorsqu’on peut en faire l’étude avec autant de précision.

Je pensais justement que ce serait très intéressant et tout à fait possible de faire un bouquin sur l'archétype du héros hobbien... Fitz, Kennit-Hiémain, Jamère.  Mais je m'éloigne du sujet... sauf que non, en intro, on pourrait prendre l'exemple de Richard, pour montrer toute la différence entre un personnage et quelqu'un qui n'a pas existé mais dont on raconte la vie (une mise au point Goodkind/Hobb^^).
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #55 le: 15 septembre 2008 à 10:27:59 »
Je ne fais que passer, faites pas attention à moi, mais j'avais envie de préciser:

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Yep, mais son oeuvre reste assez agréable à lire, la série d'alvin le Faiseur est pas mauvaise du tout (malgré son côté très puritain, mais c'est un peu comme Narnia, quoi, on reconnaît les traces et on adhère ou pas, mais ça n'empêche pas d'apprécier l'univers et l'oeuvre pour eux-mêmes)
 :)
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #56 le: 15 septembre 2008 à 12:06:14 »
Citation de: Kei
Pour ce qui est du problème américain… Je ne suis pas tout à fait d’accord. Vous parlez « d’Amérique Profonde », en vous disant qu’un cow-boy des plaines, ça a forcément la mentalité d’un du temps .
Non en fait, j'ai pas dit "Amérique profonde", parce que je ne le pensais pas au sens géographique, mais plutôt la mentalité américaine la plus profonde, à la différence des Américains qui ont l'esprit ouvert et savent penser par eux-mêmes (et je ne nie pas qu'il y en a !).

Citer
Frodon et Aragorn, parce qu'on n'a pas accès directement à eux ; Fitz, parce que c'est lui qui raconte l'histoire, et c'est au lecteur de comprendre ce que Fitz ne veut pas voir.
Je suis entièrement d'accord, et ça change beaucoup, dans beaucoup de livres. (cf. les dénis de Bartiméus ou de Nathaniel !). Pour en revenir à Goodkind, justement, il essaie de nous mettre à la place de ses personnages (comme Fitz, mais à la troisième personne, ce qui est très courant... ex : Harry Potter. Arg, ça me rappelle mon sujetd 'oral sur La focalisation interne >:( ), mais il n'arrive pas à ne pas mettre une distance, un commentaire, en quelque sorte, qui fait que même si on avait eu un quelconque intérêt pour les états d'âme répétitifs des personnages, on n'aurait pas vraiment réussi à entrer dedans.

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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #57 le: 19 septembre 2008 à 19:19:22 »
J'ai trouvé deux phrases de Goodkind lui-même qui pourraient le résumer :

Pour la qualité et la cohérence du style :
"Que fiches-tu ?" (chapitre 30)


Pour le fond :
"Une nouvelle fois, il [Richard] se trouva idiot" (ibidem)


Sinon, j'avance encore dans ma lecture, et je ne reviens toujours pas du manque d'originalité : quand Kahlan succombe à son envie de se jeter sur Richard, que sort-elle de son sac ? Une pomme, qu'elle entreprend de lui faire croquer !
Et comment s'appelle le gollumesque compagnon de la voyante ? Samuel muarf. On fait vraiment mieux comme nom d'immonde créature, qui qu'elle ait été autrefois ! A moins que Terry ait voulu amener une subtile référence à Tolkien, en plagiant un sous-Gollum, et par un rapprochement Smeagol/Samuel...? Hum, à méditer...
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #58 le: 20 septembre 2008 à 01:15:23 »
Qu'on me clame qu'il faut tuer pour être le gentil, ça fait plus que m'exaspérer. La fin justifie les moyens ? Il faut sacrifier des gens pour en sauver plus ? Laisser mourrir des innocents, ou tuer délibérément des personnes, pour que ça ne mette pas sa vie en danger, car on est le seul à avoir une chance contre le méchant ? Mais qu'est-ce que c'est que cette mentalité !

J'en suis au moment où Fitz doit, rattrapé par les Pies après avoir réemprunté le Pilier d'Art, doit choisir entre remettre Devoir aux Vifiers ou le tuer. Et le raisonnement qu'il tient est des plus intéressants :
"Si je lui livrais le prince, la lignée des Loinvoyant aurait encore un héritier, du moins en apparence; Ortie pourrait vivre sa vie, libre des rets du destin ; et peut-être même résulterait-il du bien de cette solution, pour le Lignage et les Six-Duchés. Il me suffisait pour cela d'avandonner Devoir à une existence de tourment. Le fou et mon loup retrouverait la liberté, Ortie resterait en vie et les souffrances du Lignage cesseraient peut-être enfin. Et qui sait si je ne parviendrais pas à sauver ma propre vie? Pour tout cela, je n'avais qu'à me débarasser d'un garçon que connaissais à peine. Une seule existence en échange de plusieurs autres.
Je pris ma décision."
Je vous passe la négociation avec Laudevin, pour en venir à la conclusion du dialogue Fitz / Oeil-de-nuit qui suit leurs retrouvailles:
"Et Ortie alors?
Il me fallut faire un effort pour formuler ma réponse.
Je ne puis prendre la vie de l'un pour sauver l'autre. Je n'en ai pas le droit."


Voilà, c'était juste pour illustrer l'argument de Milora d'un exemple précis. Mon prof de litté serait fier de moi (ou pas...)
« Modifié: 20 septembre 2008 à 23:04:14 par Kei »
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Re : L'Epée de Vérité (Terry Goodkind)
« Réponse #59 le: 21 septembre 2008 à 20:16:24 »
Mais si, il serait fier !  :D

Par contre, hier, il m'est arrivé quelque chose de très grave. Je commence à m'inquiéter de ma santé mentale, voire physique  :-\ : pendant quelques instants, j'ai eu envie de savoir la suite du passage que j'étais en train de lire...
Pour me rassurer, je précise qu'il était dans les 1h et demie du matin, et que mes neurones n'étaient plus tous en place, fort probablement...
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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