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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie] La Légende des siècles (Victor Hugo)

Auteur Sujet: [Poésie] La Légende des siècles (Victor Hugo)  (Lu 3138 fois)

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  • Clochard céleste
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[Poésie] La Légende des siècles (Victor Hugo)
« le: 29 juin 2008 à 00:36:50 »


Un des plus beaux recueils que j'aie lu. Il compte des vers parmi les plus beaux de la poésie/littérature française !

"L'oeil était dans la tombe et regardait Cain."

"Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire." (Booz endormi)


Il faut en lire pour se forger son idée. Vous aimez ? J'trouve ça à la fois solennel et... non, c'est juste beau. De la poésie à l'état pur, et la magie qu'elle opère.
« Modifié: 08 septembre 2015 à 20:12:32 par Rain »
"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul)

Hors ligne ernya

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Re : La Légende des siècles (Hugo)
« Réponse #1 le: 29 juin 2008 à 00:40:14 »
Oui, c'est un très beau recueil, mais d'un autre côté, quel recueil de Victor Hugo n'est pas beau ?

Booz endormi est absolument sublime!

Ce qui est magnifique chez Hugo, c'est que ses vers sont très beaux et pourtant on a presque pas l'impression qu'il s'exprime en vers, tellement cela semble naturel et tellement il intégre parfaitement le récit à la poésie.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

pehache

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Re : La Légende des siècles (Hugo)
« Réponse #2 le: 16 octobre 2013 à 08:07:22 »
Satan et sa domesticité


Plusieurs obstacles barrent la route qui nous nous mène à Satan. En premier lieu, cette interrogation : la question de Satan mérite-t-elle d’être posée  alors que celui-ci n’intervient jamais en tant que tel dans la Légende des Siècles ? Invoqué, évoqué, Satan n’apparaît qu’à travers ses créatures et ses avatars… Le peu d’importance de la question tricote (justement) le vêtement qui sied à notre carrure.

Toutefois, par trois fois, au moins, nommément la satanique présence  affleure : lorsque Eviradmus prend la parole en son nom ; lorsque Dieu s’adresse à Mourad ; enfin en VII, I par l’entremise du « Satan de pierre ». Poursuivons notre catalogue : (un sous-)Satan intervient sous le nom d’Iblis ;  surtout, le Mal nous est lisible à travers les créatures qu’il a déshumanisées. Ainsi la question du satanique renvoie-t-elle à trois cas que nous traiterons dans cet ordre : 1) Satan nommément appelé ; 2) Iblis, (sous) incarnation du Mal ; 3) les sicaires ou zombies de Satan.


1)   Satan nommé, Prince des Envers

Il n’est pas étonnant de retrouver dans ces passages tout ou partie de l’attirail satanique hugolien ; Satan porte avec lui son monde : il est le Prince des Envers, le « dieu des cieux éclipsés , », le« Roi des jours ténébreux , prince des vents contraires ,»(v966-67 p255). Dieu (sans majuscule) du sombre et « Roi » comme le sont aussi ses plus tristes sicaires : Caïn, Kanut, Zim-Zizimi, Mourad, Ratbert ou Philippe Deux, il est également, selon la troisième apposition à son nom, lié aux forces « contraires » de la nature. Ainsi triplement qualifié : divin, royal et maître « des vents contraires » parcourt-il la totalité du spectre (de la nature à Dieu en passant par l’homme ) tout en la dénaturant : le divin minuscule est dieu de cieux oxymoriques obscurcis ou qui ne sont plus ; le pouvoir royal ne trouve à s’exercer que sur, nouvel oxymore, des « jours ténébreux », quant aux vents, ils sont à leur tour entachés de contrariété.
Le « Satan de pierre », souriant dans le dos des seigneurs , nous permet de brosser un portrait plus précis : de ce
roi, forçat, épouvantail,
(…)effrayant ramasseur de haillons de l'abîme,
Ayant sa hotte au dos, pleine d'âmes, son crime
Sur son aile qui ploie, et son croc noir qui luit
Dans son poing formidable, et dans ses yeux, la nuit.
Ainsi pourvu d’aile(s ?) et de croc, entaché de bestialité, il ressortit à la fois de la nuit, de l’abîme, de l’horreur et du crime. Quelques autres attributs sont ici oubliés : l’ongle  ou le doigt - ou la griffe- et l’ombre . Il apparaît également comme un dévoreur d’âmes (d’où le croc luisant).
Ce dernier aspect, cette bestialité dévoreuse marque d’ailleurs la seule positivité de Satan  ; « L’ami de dessous terre »    demeure pour le reste dans l’inversion : l’obscurité en lieu et place de la lumière divine, la nuit pour le jour, le bas pour le haut, l’abîme pour le ciel, le noir pour le blanc… le Mal pour le bien.
Mais, nous l’avons déjà indiqué, la Première Série de la légende des Siècles n’est pas lieu où Satan se donnerait à voir ; il y est à l’œuvre, pourtant, il traite avec les hommes, pactise, tire les ficelles, attire vers l’ombre- et, dans cette ombre tapie, cette noirceur extrême,  tel le Satan de pierre, sourit  de son œuvre .


2)   Iblis, succédané satanique

Iblis n’est pas Satan, il est d’ailleurs comparé non à celui-ci mais à Caïn . Le passage qui le met en scène oppose deux fabriques, infernale et divine, et reprend une thématique classique du pari entre puissances du haut et du bas , le nom du vainqueur ne laissant guère place au suspens… En ce défi ci, après une offre de grâce et l’acceptation du pari, Dieu n’apparaît vraiment  qu’in fine, laissant  Iblis occuper  le devant de la scène ; toutefois on ne le distingue qu’à peine, (Il sortit à mi-corps de l'éternel décombre ,) et il tend à se confondre avec quelque Héphaïstos  pervers. Quant au physique, il est ingrat : « Et l'infirme effrayant, l'être ailé, mais boiteux , » et lié à l’animalité : « grondant et râlant comme un bœuf qu'on égorge »… « Il rugissait; le feu lui sortait des naseaux »…
Quant à la fonction de cette section… s’y opposent, nous l’avons déjà mentionné, une fabrication « ouvrière », pénible, difficile, et grotesque et l’œuvre simple et magnifiante de Dieu. Mais questionner ce combat disproportionné nous mènerait bien loin de notre travail de catalogueur.
3)   la domesticité du mal

L’absence de Satan, sous les feux de la scène de la Légende des siècles, en appelle pourtant à la présence souterraine du Prince des ténèbres. Le Mal, qui est noire usurpation ( « Les fléaux disparus, faux dieu, faux roi, faux prêtre,/ Laisseront le front blanc de la paix apparaître ; » P 443, v481-82) s’incarne et, derrière chaque incarnation, en filigrane se lit la présence sombre du démon.
L’homme mauvais est-il pour autant absous, il ne semble pas, mais absolvable il le demeure ainsi que le démontre Mourad le tyran, Mourad le chasseur de mouches . Il semble, en fait, que l’attirance satanique, la noirceur lisible, déshumanisent l’homme. Le salut, toujours possible, n’est autre qu’un retour de l’homme vers l’homme. Comme le souligne Claude Millet (la LdS, PUF, p101-2) les incarnations du mal sont déterminés par leur rapport au pouvoir, « il y a les tyrans – le Mal- , et ceux qui s’aliènent à la tyrannie, en pâtissent tragiquement ou la combattent courageusement. » Ces personnages négatifs constituent des « groupes paradigmatiques de personnages »…(Claude Millet, p 95 ). Ainsi s’établit une logique de l’aliénation de l’homme par Satan, dont la vampirisation semble le paradigme :

Ces jeunes gens penchés sur cette jeune fille,
J'ai vu cela! Dieu bon, sont-ils de la famille
Des vivants, respirant sous ton clair horizon?
Sont-ce des hommes? Non. Rien qu'à voir la façon
Dont votre lèvre touche aux vierges endormies,
Princes, on sent en vous des goules, des lamies,
D'affreux êtres sortis des cercueils soulevés.
Je vous rends à la nuit. Tout ce que vous avez
De la face de l'homme est un mensonge infâme;
Vous avez quelque bête effroyable au lieu d'âme;
Sigismond l'assassin, Ladislas le forban,
Vous êtes des damnés en rupture de ban;
Donc lâchez les vivants et lâchez les empires!
Hors du trône, tyrans! à la tombe, vampires!
Chiens du tombeau, voici le sépulcre. Rentrez.-

Et son doigt est tourné vers le gouffre.

Quelques remarques s’imposent : il n’est pas gratuit que ce soit Eviradmus, homme du passé, chevalier, en tant que tel tueur d’hydres et de dragons , mais aussi vieillard  défenseur de jeune femme qui s’exprime ici ; quant à l’isotopie de l’infernal, elle parle d’elle-même. C’est le mensonge,(car le mal aime à se donner pour le bien,) que la vertu d’Eviradmus dénonce, la tromperie, et le preux chevalier les renvoie au monde souterrain. Une forme de plaisir accompagne cette expression du mal (« la façon /Dont votre lèvre touche aux vierges endormies »),  une sexualité mauvaise  semble liée au satanique – et dont Mata, la lionne lubrique, la  « femme de fange » est l’illustration exemplaire .
La dénonciation à laquelle Eviradmus se livre n’est cependant pas tournée contre les sicaires sataniques, elle se fait au nom du peuple, ( et pour lui, Eviradmus en étant le héros) ,  au nom du siècle fatigué :
 Je vous dis seulement que ce vil portefaix,
Votre siècle, commence à trouver vos altesses
Lourdes d'iniquités et de scélératesses;
Il est las, c'est pourquoi je vous jette
En effet, faire la morale au mal, aux êtres enténébrés, est action vaine, le commerce avec le mal est à rejeter absolument.

Mais, soit. Je ne vais pas perdre à de la morale
Ce moment que remplit la brume sépulcrale.
Vous ne voyez plus clair dans vos propres chemins,
Et vos doigts ne sont plus assez des doigts humains
Pour qu'ils puissent tâter vos actions funèbres;
A quoi bon présenter le miroir aux ténèbres?
A quoi bon vous parler de ce que vous faisiez?
Boire de l'ombre, étant de nuit rassasiés,
C'est ce que vous avez l'habitude de faire,
Rois, au point de ne plus sentir dans votre verre
L'odeur des attentats et le goût des forfaits.

Totalement gagnée par le côté obscur , la domesticité satanique répond à notre attente : nullement liée par quelque loi chevaleresque, elle ne répugne pas à l’attaque traîtresse, au sadisme gratuit. Le Mal ne fait pas les choses à moitié et ses sbires, finalement, ne sont qu’un(homme) en somme : « tous les tyrans n’étant qu’un seul despote au fond »(IX, 760).
Troupes infernales, armées de la nuit, obstacles au progrès et fléau de l’humanité, vos noms multiples ne cachent pas l’ombre infernale qui vous mange et, vous mangeant, vous range dans l’indifférencié, humanité désavouée, de façade uniquement, portant – dans le dos !- « les ailes de la nuit », animalité dévoreuse , larvaire, « hydreuse »…

p299,v268…
Déjà Satan était visible en toi ; déjà,
Sans t’en douter, promis aux tourbillons funèbres
Des spectres sous la voûte infâme des ténèbres ,
Tu portais sur ton dos les ailes de la nuit ;
P 339,v770…
Ces hommes ? En voyant ces convives affreux,
On doute si l’aspect humain est véritable ;
V778
Il semble qu’on pourrait à peine distinguer
De ces hommes les loups, les chiennes de ces femmes ;
790
Si l’on voit des vivants ou des larves manger ;
997
Ils sont venus, j’ai dit : « Entrez » ; c’étaient des loups !
1018
O Dieu ! de quel démon est cet homme échappé ?
« Ratbert, l’homme de nuit » (p354,v1113)
Philippe Deux était le mal tenant le glaive.   P399, v109


En guise de conclusion avortée

Il revient à d’autres, plus savants, plus pointus, de nous révéler la raison de cette satanique absence-présence. Tout du moins pouvons-nous avancer que, Satan étant le Mal absolu, toute incarnation du Mal ne saurait que lui être inférieure, ainsi que l’existence adventice de la chose table relativement à l’essence de la Table. Le Mal est, existent les mauvais, expression du Mal, enfermés dans un rôle que la fausseté caractérise (« faux dieu, faux roi, faux prêtre »), âmes enténébrées, hommes dépossédés d’eux-mêmes, agents du négatif favorisant le balbutiement des siècles, obstacles au progrès  que la Première Série appelle de ses vœux…





Annexes : Les apparitions lexicales de Satan dans la Légende des Siècles

1) les trois présences affleurantes et sifflantes
-Hommes qui m'écoutez, il est un pacte sombre
Dont tout l'univers parle et que vous connaissez;
Le voici: -Moi, Satan, dieu des cieux éclipsés,
-Roi des jours ténébreux, prince des vents contraires,
-Je contracte alliance avec mes deux bons frères,


Serait-ce lui? dit Joss. Spectre aux yeux fulgurants,
Es-tu Satan?


Déjà Satan était visible en toi; déjà,
Sans t'en douter, promis aux tourbillons funèbres
Des spectres sous la voûte infâme des ténèbres,
Tu portais sur ton dos les ailes de la nuit;
De ton pas sépulcral l'enfer guettait le bruit;
Autour de toi montait, par ton crime attire,
L'obscurité du gouffre ainsi qu'une marée;
Tu penchais sur l'abîme où l'homme est châtié;
Mais tu viens d'avoir, monstre, un éclair de pitié;
Une lueur suprême et désintéressée
A, comme à ton insu, traversé ta pensée,
Et je t'ai fait mourir dans ton bon mouvement;
Il suffit, pour sauver même l'homme inclément,
Même le plus sanglant des bourreaux et des maîtres,
Du moindre des bienfaits sur le dernier des êtres;
Un seul instant d'amour rouvre l'Éden fermé;
Un pourceau secouru pèse un monde opprimé;
Viens! le ciel s'offre, avec ses étoiles sans nombre,
En frémissant de joie, à l'évadé de l'ombre!
Viens! tu fus bon un jour, sois à jamais heureux.
Entre, transfiguré! tes crimes ténébreux,
O roi, derrière toi s'effacent dans les gloires;
Tourne la tête, et vois blanchir tes ailes noires.-
---

Derrière eux, sur la pierre auguste d'un portail,
Est sculpté Satan, roi, forçat, épouvantail,
L'effrayant ramasseur de haillons de l'abîme,
Ayant sa hotte au dos, pleine d'âmes, son crime
Sur son aile qui ploie, et son croc noir qui luit
Dans son poing formidable, et dans ses yeux, la nuit.

Quelques seigneurs, ainsi qu'ils en ont l'habitude,
Regardant derrière eux d'un regard inquiet,
Virent que le Satan de pierre souriait

2) Autre apparitions


Lui  qui chasse, dit-on, Satan, et le soumet,
Eût-il, s'il était Dieu, comme on nous le rapporte,
Laissé mourir quelqu'un qu'il aimait de la sorte?-

Trois souterrains creusés par les Turcs infidèles,
Et qui vont, le premier, dans le val de Bastan,
Le second, à Bordeaux, le dernier, chez Satan.-

O géants qu'on voyait debout dans les mêlées,
Devant qui Satan même aurait crié merci,

Don Santos Pacheco le Hardi, Froïla,
Qui, si l'on veut Satan, peut dire: -Me voilà!-

Et tout leur réussit. Chacun d'eux, rayonnant,
Mène à fin tous ses plans lâches ou téméraires,
Et règne; et, sous Satan paternel, ils sont frères;

Les chevaux monstrueux ont la corne au frontail.
Si Satan est berger, c'est là son noir bétail.

Et Joss chante fort bien. -- Oui, nous avons un maître
Qui nous donne cela par-dessus le marché.
-- Quel est son nom? - Pour nous Satan, pour vous Péché;

-Hommes qui m'écoutez, il est un pacte sombre
Dont tout l'univers parle et que vous connaissez;
Le voici: -Moi, Satan, dieu des cieux éclipsés,
-Roi des jours ténébreux, prince des vents contraires,
-Je contracte alliance avec mes deux bons frères,


Serait-ce lui? dit Joss. Spectre aux yeux fulgurants,
Es-tu Satan?

-- Je suis plus et moins. Je ne prends
Que vos têtes, ô rois des crimes et des trames,
Laissant sous l'ongle noir se débattre vos âmes.-

Déjà Satan était visible en toi; déjà,
Sans t'en douter, promis aux tourbillons funèbres
Des spectres sous la voûte infâme des ténèbres,
Tu portais sur ton dos les ailes de la nuit;
De ton pas sépulcral l'enfer guettait le bruit;


Derrière eux, sur la pierre auguste d'un portail,
Est sculpté Satan, roi, forçat, épouvantail,
L'effrayant ramasseur de haillons de l'abîme,
Ayant sa hotte au dos, pleine d'âmes, son crime
Sur son aile qui ploie, et son croc noir qui luit
Dans son poing formidable, et dans ses yeux, la nuit.

Quelques seigneurs, ainsi qu'ils en ont l'habitude,
Regardant derrière eux d'un regard inquiet,
Virent que le Satan de pierre souriait

C'est un chant dans lequel semble se tordre un cri ;
Un gouffre où les lueurs de l'enfer sont voisines
Du rayonnement calme et joyeux des cuisines ;
Le triomphe de l'ombre, obscène, effronté, cru ;
Le souper de Satan dans un rêve apparu.

C'était  Satan régnant au nom de Jésus-Christ ;

Tom Robin, matelot de Douvre,
Au Phare nous abandonna
Pour aller voir si l'on découvre
Satan, que l'archange enchaîna,
Quand un bâillement noir entr'ouvre
La gueule rouge de l'Etna.

Ils sont pour l'ennemi de mine si maussade
Que s'ils allaient un jour, sur la terre ou sur la mer,
Guerroyer quelque prince allié de l'enfer,
Rien qu'en apercevant leurs profils sous le feutre,
Satan se sentirait le goût de rester neutre.

Et l'on voyait, au fond de la rondeur obscure,
La toile d'araignée horrible de Satan.

Rire
P268 Zizimi, v18
Il rit du livre austère et du texte divin

p277, v202-204
Les rois vainqueurs sont morts plus que les rois vaincus ;
Car la mort rit, et fait, quand sur l’homme elle monte,
Plus de nuit sur la gloire, hélas ! que sur la honte.

P309, v105
Le soleil, qui n’a pas d’ombre et de lueurs fausses,
Rit devant les tyrans comme il rit sur les fosses.

P 333 « Et tout rit »- et nous, lecteurs, ne voulons pas (encore) savoir de quoi…

P349, v992
      -Oh ! ris donc là-bas, femme de fange  !

Le satyre fera follement rire tout l’Olympe- à tel point « qu’un géant enchaîné » (Prométhée ?) « Leva la tête et dit : « Quel crime font ils donc ? » »v213. « éclat de rire fou », « Jupiter, le premier, rit, »… le tonnerre(…)éclata –v238 ; p245 : Ainsi les dieux riaient du pauvre paysan… Plus loin : « tempête du rire »/ et p 385 « les dieux ne riaient plus »

Le rire et l’homme
P343, v869- 874
Mais l’être intelligent, le fils d’Adam, l’élu
Qui doit trouver le bien après l’avoir voulu,
L’homme, exterminant l’homme et riant, épouvante
Même au fond de la nuit, l’immensité vivante,
Et, que le ciel soit noir ou que le ciel soit bleu,
Caïn tuant Abel est la stupeur de Dieu.

P349, v992
      -Oh ! ris donc là-bas, femme de fange !
Riez tous ! Idiot, …

Les bourreaux du crapaud ! p 453…
Riant, rit, riaient ;

P503, v579
Et l’archange commence à sourire dans l’ombre.
P520
RIEZ




Iblis

 le Mal.
 le Rebelle:
 
-- Le monstre hésitant que la brume enveloppe
 le Rampant,
 On entendait aller et venir dans l'enfer
Le démon remuant des enclumes de fer.
Nul regard ne pouvait voir à travers la nue
Ce qu'il faisait au fond de la cave inconnue.

 Et toute la caverne horrible tressaillait;

Il rugissait; le feu lui sortait des naseaux,

Viens m'aider à souffler,- dit-il à l'ouragan.
L'âtre flambait; Iblis, suant à grosses gouttes,

Se courbait, se tordait, et, sous les sombres voûtes,
On ne distinguait rien qu'une sombre rougeur
Empourprant le profil du monstrueux forgeur.
Et l'ouragan l'aidait, étant démon lui-même.

Et le grand paria,
Levant sa tête énorme et triste, lui cria:

A l'ouvrier d'orgueil et de rébellion
 Et le démon
-Quelle hydre fait-il donc?- demandaient les étoiles.

ce géant;
 
L'Etna, fauve atelier du forgeron maudit,
 
Et l'infirme effrayant, l'être ailé, mais boiteux,

L'avortement étant l'habitude de l'ombre.

Il sortit à mi-corps de l'éternel décombre,
Et, croisant ses deux bras, arrogant, ricanant,
 Et ce fourbe, qui tend à Dieu même une embûche,

et le démon lui donna l'araignée.

 l'infâme,
 





pehache

  • Invité
Re : La Légende des siècles (Hugo)
« Réponse #3 le: 16 octobre 2013 à 08:08:56 »
Les personnages de la légende

Ils sont déterminés par leur rapport au pouvoir « il y a les tyrans – le Mal-, et ceux qui s’aliènent à la tyrannie, en pâtissent tragiquement ou la combattent courageusement. » Millet, p101-2
Le personnage n’est pas le lieu d’une tension dramatique : il réalise le programme de son rôle non les choix d’une conscience déchirée.
Claude Millet, p 95 :
« groupes paradigmatiques de personnages »… rôles « directement moralisés » :
-   les rois (dieux, tyrans, etc.)
-   les chevaliers (les géants, les lions, les montagnes)
-   les voleurs (les aventuriers)
-   les génies
Et trois groupes biologiques :
-   les enfants
-   les femmes
-   les vieillards
« ces sept groupes se partagent la quasi-totalité du réseau actanciel (du moins anthropomorphe) »
96 « Les rôles fonctionnent comme des thèmes récurrents aux prédicats stables (ainsi les rois sont toujours voleurs, buveurs, mangeurs, abjects, corrompus, violents, sadiques, impitoyables, injustes, traîtres, mégalomanes). » « l’Histoire est la projection de ces paradigmes de personnages-rôles sur le syntagme du progrès. »

Comment sortir du « cercle des tyrans » ? Millet p 98 « La PS répond à cette question, qui est celle d’une histoire humaniste, en faisant du progrès l’œuvre d’individus programmatiques » Jésus, Mahomet, OLIVIER ? Roland, Aymerillot- ou vieillards qui sont le passé : Eviradnus… le Satyre ? (renaissance du paganisme ?)


Dieu, Satan et les autres

Par ordre d'importance et dans l'ordre sur l'écran (voir Index de l'éd. de poche), La Légende annonce :
 
1) Dieu (of course) avec 105 + 8...apparitions
2) Satan (ouh ouh) avec 18 + 4
3) Charlemagne & Ratbert Avec 14 citations, ex-aequo
4) César et ...Océan (????)Avec 13 citations, ex-aequo
5) Eviradnus, Roland & Jésus (mais si on  compte ce dernier avec "Christ", on est à 17 citations) Avec 10 citations, ex-aequo
6) Jupiter : 9 citations
7) Nuno (roi de Galice) & Vénus (on les marie ?) Avec 8 citations, ex-aequo
8) Christ : 7 citations (voir Jésus en 5)



Satan et ses avatars
Iblis, faiseur de sauterelles, dans « Puissance égale bonté », p 69…
« Et l’infirme effrayant, l’être ailé mais boiteux » v63, p71
« L’avortement étant l’habitude de l’ombre » p 71 v65
Surtout, Satan se voit à travers ceux qu’il habite, ainsi Dieu Dit à Mourad, p299,v268…
Déjà Satan était visible en toi ; déjà,
Sans t’en douter, promis aux tourbillons funèbres
Des spectres sous la voûte infâme des ténèbres ,
Tu portais sur ton dos les ailes de la nuit ; (etc.)

P 339,v770…
Ces hommes ? En voyant ces convives affreux,
On doute si l’aspect humain est véritable ;
V778
Il semble qu’on pourrait à peine distinguer
De ces hommes les loups, les chiennes de ces femmes ;
790
Si l’on voit des vivants ou des larves manger ;
997
Ils sont venus, j’ai dit : « Entrez » ; c’étaient des loups !

1018
O Dieu ! de quel démon est cet homme échappé ?

« Ratbert, l’homme de nuit » ainsi est-il nommé à la fin de cette petite épopée (p354,v1113)
Philippe Deux était le mal tenant le glaive.   P399, v109



L’ongle
est souvent satanique : p 98, v79
p255, v 980 :
Laissant sous l’ongle noir se débattre vos âmes
P 197, v 403-406
Ses poignets sont crispés d’avance du plaisir         Pacheco
D’atteindre le fuyard et de le ressaisir
Et de sentir trembler sous l’ongle inexorable
Toute la pauvre chair de l’enfant misérable

P351
Avoir mis son doigt noir…
P381, v480
Le monstre à l’aile onglée, aux sept gueules de flamme ;
Philippe Deux : « son doigt » p401 « Semble, ébauchant un geste obscur que nul ne voit, / Donner un ordre à l’ombre et vaguement l’écrire. »
P404, v 212
Ne fait-il pas mouvoir avec son petit doigt
Tous ces dragons ailés et noirs, essaim sans nombre ?
N’est-il pas lui, le roi ? n’est-il pas l’homme sombre
A qui ce tourbillon de monstres obéit ?
P502, 533 :
Les guerres, s’arrachant avec leur griffe immonde/ les frontières

Satan, dieu des envers
P255, v663…
Hommes qui m’écoutez, il est un pacte sombre
Dont tout l’univers parle et que vous connaissez ;
Le voici : « Moi, Satan, dieu des cieux éclipsés,
Roi des jours ténébreux, prince des vents contraires,
Je contracte alliance avec mes deux bons frères,
L’empereur Sigismond et le roi Ladislas ;
Sans jamais m’absenter ni dire : Je suis las,
Je les protégerai dans toute conjoncture (…) »

L’Islam, p 107-108
Ceux qui ne sont ni bons ni mauvais resteront
Sur le mur qui sépare Eden d’avec l’abîme,
Etant trop noirs pour Dieu, mais trop blancs pour le crime ;

P 245, v 776…
      Oui, nous avons un maître
Qui nous donne cela par-dessus le marché.
-   Quel est son nom ?- Pour nous Satan, pour vous Pêché ;
( sexualisation du mal ?)

p247, v828 :
L’ami de dessous terre est sûr et tient parole

Les oubliettes, XV, p 252
V904-5
S’il sortait de ce puits une lueur de soufre
On dirait une bouche obscure de l’enfer.
V914-15
Cuve du meurtre, est plein de larves se traînant,
D’ombres tâtant le mur et de spectres reptiles.

Il y aurait à parler de la bouche infernale : abîme, vampire…( à faire)
1070
Sont-ce des hommes ? Non. Rien qu’à voir la façon
Dont votre lèvre touche aux vierges endormies,
Princes, on sent en vous des goules, des lamies
D’affreux êtres sortis des cercueils soulevés.
Je vous rends à la nuit. Tout ce que vous avez
De la face de l’homme est un mensonge infâme ;

Vous êtes des damnés en rupture de ban ;
…      à la tombe, vampires !
Chiens du tombeau, voici le sépulcre. Rentrez.      1081

Abîmes, p350, 1031
Quelle mamelle d’ombre et d’horreur et de nuit, p351, v1042

P373,v 290
Les vieux enfers éteints des dieux évanouis.
P473
Le précipice est là, sourd, obscur, morne, horrible ;
L’épreuve à l’autre bord nous attend ; nous allons,
Nous ne regardons pas derrière nos talons ;
Pâles, nous atteignons l’escarpement sublime ;
Et nous poussons du pied la planche dans l’abîme.

Abîme encore dans les premiers vers de XIV, 1 Pleine mer :

L’abîme ; on ne sait quoi de terrible qui gronde ;
Le vent ; l’obscurité vaste comme le monde ;
Partout les flots ; partout où l’œil peut s’enfoncer,
La rafale qu’on voit aller, venir, passer ;
L’onde, linceul ; le ciel, ouverture de tombe ;
Les ténèbres sans l’arche et l’eau sans la colombe ;
Les nuages ayant l’aspect d’une forêt.
Un esprit qui viendrait planer là, ne pourrait
Dire, entre l’eau sans fond et l’espace sans borne,
Lequel est le plus sombre, et si cette horreur morne,
Faite de cécité, de stupeur et de bruit,
Vient de l’immense mer ou de l’immense nuit.      12
L’œil distingue, au milieu du gouffre où l’air sanglote,
Quelque chose  d’informe et de hideux qui flotte.

Dieu ombreux
P250-51
Enfer (…)
Mets à mes ordres l’ombre et les vers du tombeau !   878

V900
               ; un abîme
S’ouvre ; il en sort de l’ombre ayant l’odeur du crime
P275
Et nul ne pourrait dire à quelle profondeur
Ni dans quel sombre puits, ce pharaon sévère
Flotte(…)
P277, v217…
Les satrapes s’en vont dans l’ombre, ils s’en vont tous ;
L’ombre n’a pas besoin de clefs ni de verrous,
L’ombre est forte. La mort est la grande geôlière ;
Et, v221 : les rois sont ses noirs prisonniers ;

P283
Dans un trou formidable où l’on ne voit plus rien.
Où qui le sait ? Les puits sont noirs, la terre est creuse.
L’homme est devenu spectre. A travers l’ombre affreuse,

Et Mourad, p299 est dit, par Dieu : « évadé de l’ombre »
Et, v final des trônes d’Orient : «  et vois blanchir tes ailes noires ».

P325,v 456-
      L’ancien peuple a gardé sa mémoire,
Mais le nouveau la perd dans l’ombre,       Et Cl. Millet note : l’oubli est l’obscurité des consciences.

P331, v573
Un corbeau qui passait fit de l’ombre dessus.
« Les oiseaux noirs guidaient Judas cherchant Jésus ;
Sire, vois ce corbeau » dit une sentinelle

Et v606-7 ;

P342, vers introducteur (837) de XI, toutes les faims satisfaites :
C’est que les noirs oiseaux de l’ombre ont eu raison
L’homme : p383 « l’ombre aux animaux le mêle », descente vers l’animalité- il faut alors rebondir, grâce à l’homme chèvre, au satyre…
P392,v721
Un roi c’est de la guerre, un dieu c’est de la nuit.
Et p 443 !, v481-488

Mais retournement lors du jugement dernier quand
Oh ! la Nuit réveillant la Mort, sa sœur jumelle ! p517
519
Des porches de l’abîme, antres hideux, cavernes
Que nous nommons enfers, puits, gehennams, avernes,
Bouches d’obscurité qui ne prononcent rien,
Du vide où ne flottait nul souffle aérien ;
Dieu souriant
P268 Zizimi, v18
Il rit du livre austère et du texte divin
p277, v202-204
Les rois vainqueurs sont morts plus que les rois vaincus ;
Car la mort rit, et fait, quand sur l’homme elle monte,
Plus de nuit sur la gloire, hélas ! que sur la honte.

Pendant ce temps, la statue de Satan…p 315v 246-49 (fin de l’épisode)
Quelques seigneurs, ainsi qu’ils en ont l’habitude,
Regardant derrière eux d’un regard inquiet,
Virent que le Satan de pierre souriait.

Le triomphe de Satan
P 338-342 : X, suite de la Joie
      C’est la joie effrayante du mal   745
753…
Le triomphe de l’ombre, obscène, effronté, cru ;
Le souper de Satan dans un rêve apparu.
Et 761-2
Le drapeau de l’empire, arboré  sur ce bruit,
Gonfle son aile immense au souffle de la nuit

763…
Tout un cortège étrange est là ; femmes et prêtres ;
Prélats parmi les ducs, moines parmi les reîtres ;
Les crosses et les croix d’évêques, au milieu
Des piques et des dards , mêlent aux meurtres Dieu,
770…
Ces hommes ? En voyant ces convives affreux,
On doute si l’aspect humain est véritable ;
P340, v771
Un sein charmant se dresse au-dessus de la table,
On redoute au-dessous quelque corps tortueux
C’est un de ces banquets du monde monstrueux

Le luth lascif s’accouple aux féroces cymbales ;
Le cynique baiser cherche à se prodiguer ;
Il semble qu’on pourrait à peine distinguer
De ces hommes les loups, les chiennes de ces femmes ;
A travers l’ombre, on voit toutes les soifs infâmes,
Le désir l’instinct vil, l’ivresse aux cris hagards,
Flamboyer dans l’étoile horrible des regards.   V 782

V 787…
Est-ce une vaste noce ? est-ce un deuil morne et triste ?
On ne sait pas à quel dénoûment on assiste,
Si c’est quelque affreux monde à la terre étranger ;
Si l’on voit des vivants ou des larves manger ;
Et si ce qui dans l’ombre indistincte surnage
Est la fin d’un festin ou la fin d’un carnage.

V795
Ce tumulte rugit, chante, boit, mange, râle.
Ayant dans le gala les langueurs de l’alcôve,
Près du maître sourit Matha, la blonde fauve  ;    804
Et sous la table, heureux, du genou la pressant,   
Le roi cherche son pied dans les mares de sang.



Le forgeron – Héphaïstos
Héphaïstos, seul immortel hideux- et boiteux. Apprécié dans l’Olympe comme « ouvrier » des Immortels : armurier et forgeron. Affable, amoureux de la paix, populaire dans les cieux et sur terre.
 
Négatif, p 113 : « sur la rouge lueur des forgerons d’Erèbe » penser aussi à Tubalcaïn (I,2) et Iblis/ Vulcain (I,3)
Positif
P206, v578-9
Ayant ce vil ramas de bandits pour enclume
Durandal pour marteau, Roland pour forgeron ?
P 211
Il dit au forgeron ( il= Eviradmus)
P380, Vulcain semble prendre le relai du satyre, comme lui il est dit « boiteux » :
Et Vulcain, s’approchant d’Hercule, dit : « Antée. »
Hercule repoussa du coude ce boiteux.




le Monstre
Le monstre est lié à l’hydre- et au dragon- comme le révèle le parallèle entre les vers v 27 & 31  p. 120, où Kanut (est celui qui tue l’hydre et le dragon ), celui qui met le pied sur la couvée ( s’apparentant là aux chevaliers errants) et le vers 52 de la p175 : De quel monstre il avait écrasé la couvée.

p 98 v 81
les hommes rugissaient quand ils croyaient parler
P 99, v96 (vers final)
Pensif, tu secouas ta crinière sur Rome,
Et, l’homme étant le monstre, ô lion, tu fus l’homme.

P175, v49-52 ( il fallait demander aux quatre vents)
S’il avait triomphé du maure, ou du chenil
Des peuples monstrueux qui hurlent près du Nil ;
Quelle ville son bras avait prise ou sauvée
De quel monstre il avait écrasé la couvée.

P183, v90
Cette collection de monstres se concerte
Le référent étant : les 10 frères royaux, oncles du Petit roi de Galice (et « Caïns »)

Roland parle, p199, v438…
Il m’a semblé parfois que je quittais la terre
Et l’homme, et que le dos monstrueux des griffons
M’emportait au milieu des nuages profonds ;

P 200, Rostabat le Géant : v461
L’infant, monstre de cœur, est monstre de stature
Le rocher de Roland lui vient à la ceinture ;
Les sens 4 et 6 du Littré sont ici appelés :
6° Fig. Par analogie et par transition du physique au moral, personne cruelle, dénaturée, ou remarquable par quelque vice poussé à l'excès. T'ai-je peint ces tristes Tisiphones [les femmes qui haïssent leurs enfants], Ces monstres pleins d'un fiel que n'ont point les lionnes ? BOILEAU Sat. X. Caligula, Néron, Monstres dont à regret je cite ici le nom, RAC. Bérén. II, 2. Monstre qu'a trop longtemps épargné le tonnerre, ID. Phèdre, IV, 2. On passe pour un monstre quand on manque de reconnaissance, FÉN. Tél. XVIII. Ah ! je suis un monstre à vos yeux, GENLIS, Théât. d'éduc. les Faux amis, II, 11. Quels monstres le hasard rassemble sous nos yeux ! Tibère et Néron se regardent, STAËL, Corinne, XIII, 4.
Littré : 4° Par exagération, les animaux d'une grandeur extraordinaire.
Il s’écroule, la « bête brute » et
La bruyère écrasée est remplie  v 481-2
De cette monstrueuse et vaste panoplie
( ventre horrible… hideuses mamelles

on voit, p 244 :
Tout un fourmillement de monstres, s’ébaucher
Dans la brume qui sort des fentes du plancher

257, v1014
Sigismond est un monstre et Ladislas un gueux !

P340, v771
Un sein charmant se dresse au-dessus de la table,
On redoute au-dessous quelque corps tortueux
C’est un de ces banquets du monde monstrueux

Le luth lascif s’accouple aux féroces cymbales ;
Le cynique baiser cherche à se prodiguer ;
Il semble qu’on pourrait à peine distinguer
De ces hommes les loups, les chiennes de ces femmes ;
A travers l’ombre, on voit toutes les soifs infâmes,
Le désir l’instinct vil, l’ivresse aux cris hagards,
Flamboyer dans l’étoile horrible des regards.   V 782

Le Satyre a chanté la terre « monstrueuse »…
P381, v480
Le monstre à l’aile onglée, aux sept gueules de flamme ;
P404, v 212
Ne fait-il pas mouvoir avec son petit doigt
Tous ces dragons ailés et noirs, essaim sans nombre ?
N’est-il pas lui, le roi ? n’est-il pas l’homme sombre
A qui ce tourbillon de monstres obéit ?
Penser aussi à l’aigle à deux têtes du régiment du baron Madruce…
P438
Portant sur leur front morne et dans leur œil fatal
La domesticité monstrueuse du mal ?

Le Léviathan de pleine mer : « un monstre », p480 ; les « rouleaux de cordage/ Monstrueux », p483
P506, v 652
On voit la fin du monstre et la fin du héros,

Ouverture de XV, 1, p513
Je vis dans la nuée un clairon monstrueux.
Le monstrueux prend alors (retournement) une valeur positive, monstruosité divine ! voir p 518

l’hydre
Qui parle d’hydre appelle le monstre et se place dans la logique d’un pacte avec les forces noires, nocturnes, profondes, celles des cieux inversés- de Satan.
L’hydre, sans doute, est parente de la sauterelle en elle « la boue et l’or »(p96, v18).
p 56 21-22
Les mers où l’hydre aimait l’alcyon , et les plaines
Où les ours et les daims confondaient leurs haleines,

Soit : l’hydre est à l’alcyon ce que l’ours est au daim en un apaisement édénique des contraires.

P 71 V54
« Quelle hydre fait-il donc ? » demandaient les étoiles.
Le il est Iblis, le diable coranique. Quant à l’hydre [ qui, selon Littré, est aussi constellations] elle se pose en antithèse des étoiles, en un jeu opposant le lumineux divin et la noirceur infernale.
Hydre est repris par « colosse » au vers 56

P98, v 69-72 (Lion d’ANDROCLES)
Au lieu d’Eve et d’Adam, si beaux, si purs tous deux,
Une hydre se traînait dans l’univers hideux ;
L’homme était une tête et la femme était l’autre.
Rome était la truie énorme qui se vautre.

La monstruosité de l’hydre s’oppose ici au couple édénique, la belle dualité à la confusion du monstre et Rome « hydreuse  » se vautre dans cette fange de la confusion sexuelle.

P 120, v27
L’hydre morte, il mettait le pied sur sa portée.
Ce il là est Kanut avant que l’œil/ goutte de sang ne pourchasse le parricide. L’hydre met bas. C’est une information pour les tératologistes.

P 128
Description  de la targe d’Olivier , Bacchus :
Son casque est enfoui sous les ailes d’une hydre ;
Amis de la tératologie : les hydres sont ailées, c’est confirmé.

Lutter le rocher hydre et le torrent reptile , p182
La nature reptile du torrent peut sembler redondante ; mais l’hydre et le rocher… comment se marient-ils  ? S’unissent-ils en s’opposant ? Sur quelles bases le mariage est-il contracté ? L’hydre est écailleuse comme le reptile (substantif ) ; et le torrent use le rocher, certes…


P203, v516
Lutte énorme ! combat de l’Hydre et de Michel !
Rythme… (cet énorme est dur à dire…). L’hydre est l’Hydre. Devenue Hydre, elle est aussi dragon, (v.547 : comme les gonflements d’un dragon épineux) permettant la confusion Hercule/ Michel .

225, v 318-324
(ils renvoie à l’empereur d’Allemagne et au roi de Pologne)

Ils sont les deux bandits du grand chemin royal
O les noirs conquérants ! Et quelle œuvre éphémère !
L’ambition, branlant ses têtes de chimère,
Sous leur crâne brumeux, fétide et sans clarté,
Nourrit la pourriture et la stérilité ;
Ce qu’ils font est néant et cendre ; une hydre allaite,
Dans leur âme nocturne et profonde, un squelette.

Ces brigands royaux ont partie liée avec Satan (p255), « Dieu des cieux éclipsés ». De fait, ils sont associés au « noir » nocturne et profond, à la « chimère », relèvent du « brumeux, fétide et sans clarté »,; leurs actions sont « néant et cendre ». Cette production vaine, cette « œuvre éphémère » c’est « une hydre [qui] allaite  »… « un squelette ». Allaitement détourné, et, dans la béance de la nuit, le lait de l’hydresse « nourrit la pourriture et la stérilité ».

P233, 496-98
L’armure du cheval sous l’armure de l’homme
Vit d’une vie horrible , et guerrier et coursier
Ne font qu’une seule hydre aux écailles d’acier.

L’hydre (écailleuse, donc) est ici la monstrueuse fusion non du chevalier et de son destrier en un centaure, mais, loin du vivant, de ce qui « vit  d’une vie horrible», de ce qui ressortit du satanique.

P257, v 1014-1017
Sigismond est un monstre et Ladislas un gueux !
O dégradation du sceptre et de l’épée !
Noire main de justice aux cloaques trempée !
Devant l’hydre, le seuil du temple ouvre ses gonds.
Et le trône est un siège aux croupes des dragons !

L’hydre, semble-t-il, renvoie, par delà Sigismond et Ladislas, au mal. Et, comme dans l’occurrence romaine, ce mal est aussi perversion sexuelle : v1070 : « Sont-ce des hommes ? Non. Rien qu’à voir la façon/ Dont votre lèvre touche aux vierges endormies » et ce « seuil du temple » ouvrant ses gonds  peut évoquer le viol des dragons  .
L’arbre superbe , p374, v321…
Fouille le globe avec une hydre sous ses pieds ;
La racine effrayante aux longs cous repliés
Aux mille becs béants dans la profondeur noire
Descend, plonge, atteint l’ombre et tâche de la boire
« hydre d’airain », v 608, p 386
p443, v489-
En attendant la Suisse a dit au monde : Espère.
Elle a de la vieille hydre effrayé le repaire ;

Le monstrueux Léviathan de Pleine mer, qui « crachait sa bave infâme » est « mû par une hydre de flamme », p484, v170
«l’ hydre de flamme est ver de terre », p490
p 496, la bise
Peut tordre des hydres obscures  v412
Le dragon
Cité page 217, horrible énumération du vers 139.
P 507, v657
On voit l’agneau sortir du dragon fabuleux,

La larve

P77, v 82-84
De la ville et du peuple il ne restait qu’un rêve,
Et, pour loger le tigre  et nicher les vautours,
Quelques larves de murs sous des spectres de tours.

P 156 v 18-19
La larve qui n’est plus ou qui n’est pas encore
Ressemble à ce vieillard, spectre aux funèbres yeux
Ce vieillard : mendiant espagnol – un type- et un « simple ».

Et, p 158, v 70 « fantôme chenille »

P174, v30
Quelques uns[ les chevaliers errants] ressemblaient à des larves d’enfer
Appelés fantômes deux vers plus loin, ils ont, v34 :
Ceux qui punissent, ceux qui jugent, ceux qui vont.

P192, v 275-76
Vivre casqué, suer l’été, geler l’hiver,
Etre le ver affreux d’une larve de fer   c’est Pacheco qui parle et s’oppose à l’avorton, au fœtus.

p231, v 463-…
Sont-ce des larves ? Non ; et sont-ce des statues ?
Non. C’est de la chimère et de l’horreur, vêtues
D’airain, et, des bas-fonds de ce monde puni,
Faisant une menace obscure à l’infini ;

P 252 V914-15
Cuve du meurtre, est plein de larves se traînant,
D’ombres tâtant le mur et de spectres reptiles.

P378 « larve auguste et solitaire »
P387 « larve d’un dieu »
507 : larve à la prunelle ternie ( le jour)
516
O lever en sursaut des larves pêle-mêle !
Le porc
P97, v51
Le porc Vitellius roulait aux gémonies
V 72
Rome était la truie énorme qui se vautre.
S’oppose à ces porcs-là le pourceau de Mourad…
P438 oh ! quelle auge de porcs, quelle cuve de fange
Le corbeau
P331, v573
Un corbeau qui passait fit de l’ombre dessus.
« Les oiseaux noirs guidaient Judas cherchant Jésus ;
Sire, vois ce corbeau » dit une sentinelle


Les Olympiens
Dans Le satyre : les figures de la tyrannie. Les Olympiens sont les tyrans du BLEU (et non du rouge comme les autres tyrans). Le Satyre annexera le Bleu

Les rois maudits
« Tous les tyrans n’étant qu’un seul despote au fond »
P392,v721
Un roi c’est de la guerre, un dieu c’est de la nuit.

P404, v 220-21 (la rose de l’Infante)
Tous les tyrans n’étant qu’un seul despote au fond,
Ce que dit ce sultan jadis, ce roi le pense.

P 443, v481-82
Les fléaux disparus, faux dieu, faux roi, faux prêtre,
Laisseront le front blanc de la paix apparaître ;

Caïn, Kanut…les 10 infants,

Caïn : la conscience II, I trouve écho en IV, I Kanut, le parricide
Avec le meurtre d’Abel par Caïn, l’histoire s‘ouvre par un fratricide et se fonde sur la conscience que le criminel prend de son acte. Le « cycle héroïque chrétien » autour de la figure de Kanut se fonde doublement sur le crime et sur l’OUBLI du crime : Kanut ou la non-conscience ! Caïn fermait sa porte à Dieu, la porte de l’infini se ferme devant Kanut.
Caïn : p 344, 873
Et, que le ciel soit noir ou que le ciel soit bleu,
Caïn tuant Abel est la stupeur de Dieu.


Kanut unit deux figures : il est le roi vainqueur, [celui qui tue l’hydre et le dragon (p. 120, v 27 & 31)] et le parricide.
A l’œil  de Dieu  répond la goutte de sang . Une et une et puis :
P124, v123 : « une autre, une autre, une autre, une autre, ô cieux funèbres ! » La répétition remplace la permanence- les deux, pareillement, sont implacables. « Le linceul était rouge »[v142]/ « l’œil était dans la tombe » et Kanut fuit « devant l’aurore » v143.
« ce roi sombre est resté dans la nuit »- ce jeu sur l’opposition lumière- noirceur occupe les derniers vers.

l’allemand & le polonais
En antonomase, p 181, v43, pour désigner les 10 frères royaux, oncles du Petit roi de Galice.
Ces Caïns pour lien ont la perte d’autrui

P223, les deux voisins
Toute la différence entre ce sombre roi
Et ce sombre empereur, sans foi, sans Dieu, sans loi,
C’est que l’un est la griffe et que l’autre est la serre ;
Tous deux vont à la messe et disent leur rosaire ;

P 257, en écho à Caïn, les deux voisins , v 990…
Oui, je vous regardais. Vous ne vous doutiez point
Que vous aviez sur vous l’œil fixe de la peine ;

P 257 : « Sous »(la dignité royale) anaphoriques introduisant une accumulation (v1009-1013) : un monstre et un gueux ! 1014

Les orientaux
Zim-ZiZimi
« Zim-ZiZimi » (4 vers d’apposition) et :
« Songe ».            p267, v1-5
v22
Mais Zim est à la fois ivrogne et malfaisant.
24-25
Il règne (…)
Il règne par le sang, la guerre et l’échafaud ;

Des spécificités orientales : l’ennui et la fesse
Zim-Zizimi et Mourad : poèmes du rassasiement  !
L’ennui et la fesse (morne, hélas, la chair est triste), voilà sans doute une nouveauté dans l’approche du despote par rapport  aux (néo)classiques, à R. Garnier, aux latins… Cruels, ces Orientaux, mais cette cruauté ne les amuse plus / les flancs sont ténébreux , et trop mortels les culs. De plus : et l’ennui et la fesse, implacables nous mènent / à la mort édentée qui nous sourit sereine.
La mort, en une invite érotique, clôt le passage consacré à Zim :
La Nuit lui prit la main dans l’ombre, et lui dit : Viens !
L’autre spécificité, hugolienne celle-là, ressortit du traitement de ces (pseudo)mahométans et, ce, selon deux espèces : le rapport à la lumière et à la nuit ; l’anéantissement par l’oubli ( qui n’est pas sans faire songer à L’Inde, hindouiste ou bouddhiste, à l’extinction dans la multitude ). Multiplications  des cas et répétitions  vont en ce sens, répétitions ce cas analogues par plusieurs sphinx, accumulations de noms illustres (et/ ou inventés ) oubliés… répétitions stricto sensu (p279) pour le dixième Sphinx, dont le propos, très bref, se veut récapitulatif : au bout la mort. La multiplication des ON dans ce passage relève de la même volonté.
Le roi Sennachérib fait ceci qu’il est mort.
Que fait Gad ? Il est mort. Que fait Sardanapale ?
Il est mort.

Par ailleurs un « à quoi bon  » parcourt ces trônes d’Orient…

Et la mort semble pire tourment pour le roi : v297-98
Tout homme, quel qu’il soit, meurt tremblant ; mais le roi
Du haut de plus d’orgueil tombe dans plus d’effroi ;
Cet esprit plus noir trouve un juge plus farouche ;

La fesse  :
p 270, v56
Où luit la nudité des fières amazones
73
      il vient d’épuiser les plaisirs
(…, v76)
Des femmes ont dansé devant lui toutes nues ;

Le cas de la reine Nitocris, p273, se prête à une double et scabreuse lecture…
 « elle songe » (tient, elle aussi !)
A tous ces rois(…)
Durs, sanglants, et sortis de son flanc ténébreux ;
Au milieu de l’azur son sépulcre est farouche ;
Les oiseaux tombent mort quand leur aile le touche ;

Dans la même logique , la mort :
p277, v203-204
Car la mort rit, et fait, quand sur l’homme elle monte,
Plus de nuit sur la gloire, hélas ! que sur la honte.

Cléopâtre, v230-260

L’ennui
Partout présent, il est nommément appelé au vers 68 : « Cependant, il s’ennuie. », au vers 5 « il songe » (dans le sens de s’abandonner à ses rêveries ?). p292, Mourad :
Il vivait dans l’encens, dans l’orgueil, dans les joies,
Avec l’immense ennui du méchant adoré.

Le cas Mourad : le porc salvateur
Les sonorités de son nom : Mourad/ d’Amour… Mouras/ Mourir… « un seul instant d’amour rouvre l’Eden fermé ».
Sur les parallélismes : Kanut/ Mourad : deux parricides…

P292, «  il vit »… « un porc fétide »
121-122 le début du parallèle
l’un torturé, mourant, maudit, infect, immonde ;
l’autre, empereur, puissant, vainqueur, maître du monde
Les vers 200-216 sont un appel ( universel, ou quasi) à la condamnation du despote auquel répond, brièvement le vers 224
Et le porc murmura « Grâce, il m’a secouru. »
Le pourceau misérable et Dieu se regardèrent. ( 2° // entre Dieu et le porc, le premier établi via les mouches v133-179… mouche ? animal satanique par excellence ).
p 296
On vit, dans le brouillard où rien n’a plus de forme,
Vaguement apparaître une balance énorme ;

Et la chute, vers isolé :
Du côté du pourceau la balance pencha.

P299 ; v283
Un seul instant d’amour rouvre l’Eden fermé (satanvisible) ;
Un pourceau secouru pèse un monde opprimé ;
… « évadé de l’ombre »

On rapprochera de Mourad: l'âne et l'enfant du "crapaud":
Bonté de l'idiot! diamant du charbon! p 183 du fichier.

On opposera à Mourad Ratbert, cf. p351, v1044 :
Un tel homme suffit pour qu’un siècle pourrisse.

Ratbert et ses sbires
 ( in VII, L’Italie- Ratbert)
« Ratbert, l’homme de nuit » ainsi est-il nommé à la fin de cette petite épopée (p354,v1113)
66 vers énumèrent ses barons, ses sicaires… ( prétérition au v57 : « Je passe ») et s’achèvent –ironiquement :
Je nomme seulement les monstres remarquables
( à la ligne et :)
Derrière eux, sur la pierre auguste d’un portail
Est sculpté Satan, roi, forçat, épouvantail,
L’effrayant ramasseur des haillons de l’abîme,
Ayant sa hotte au dos, pleine d’âmes, son crime
Sur son aile qui ploie, et son croc noir qui luit
Dans son poing formidable, et, dans ses yeux, la nuit.

Ensuite, un telle mère, tel fils – [critique aussi du droit du sang « Pour qui voudrait peser les droits que donne au maître/ La pureté du sang  dont le ciel l’a fait naître »…: mauvais karma ?] Ratbert est fils d’Agnès, v76-77
Or c’est la même gloire et c’est le même honneur
D’être enfanté d’Agnès que né de Messaline.

X, suite de la joie ( le banquet, l’orgie, le mal…)
Sa tête sera coupée, comme celle d’un dragon. Jeu de miroirs : la tête de Fabrice qui vient d’être tranchée ; les têtes de dragon que Michel et ses doubles tranchent allègrement… Tête d’hydre « avec l’autre coupée » ? L’opposition se poursuivra,  « des deux têtes on vit l’une »…v1110… L’une fuit sous terre, « Et l’autre s’envoler avec des ailes d’aigle ». Enfin, un bon abbé(v1120…) verra ce soir-là : (vers final, 1124 : « Un archange essuyer son épée aux nuées »).
P353, v1098
La tête de Ratbert sur le pavé roula,
Hideuse, comme si le même coup d’épée,
Frappant deux fois, l’avait avec l’autre coupée.

Philippe Deux
Et son tragique ennui n’a plus d’autre lueur, p399, v104
Iblis dans le Koran et Caïn dans la Bible
Sont à peine aussi noirs qu’en son Escurial
Ce royal spectre, fils du spectre impérial.
Philippe Deux était le mal tenant le glaive.

Il avait pour soutien la force de la nuit ;
L’ombre était le cheval de sa statue équestre.
Toujours vêtu de noir,
(…)
C’était Satan régnant au nom de Jésus-Christ

Apparenté au serpent : et au hibou
V 140-1
Les choses qui sortaient de son nocturne esprit
Semblaient un glissement sinistre de vipères.
Et v154
… sentant sur eux ces deux yeux fixes luire.
            Philippe est le hibou.
Voir l’ongle !

Les bêtes

Araignée
P 73
Et Dieu prit l’araignée et la mit au milieu

Car Dieu, de l’araignée, avait fait le soleil.

P201
Un noir grappin qui semble une araignée horrible
P494 : la toile d’araignée humaine
520
la toile d’araignée, horrible de Satan.
Les lions
P 73-79 : les 4 lions de IV, les Lions
P 78 111-113
Mais le puissant lion qui fait de larges pas,
Parfois lève sa griffe et ne la baisse pas,
Etant le grand rêveur solitaire de l’ombre.

P 99, v96 (vers final)
Pensif, tu secouas ta crinière sur Rome,
Et, l’homme étant le monstre, ô lion, tu fus l’homme.

P217
Les lions de pierre des remparts
Mordent la brume, l’air et l’onde,…

P285 (chanson, octosyllabes)
« suivi d’un lion familier »v 4
«Le lion qui me suit, c’est Dieu » vers final, 16
p286, triste régression léonine : v3
Dans son sérail veillaient les lions accroupis

Et : chevalierlion
Fabrice : la tête de lion qu’il avait dans le dos, p324,v413
Enterrés… p332 « L’homme avec son lion, la femme avec son chien »

P 340, V795, le rugissement renvoie à une réalité malsaine et satanique, à la confusion monstrueuse.
Ce tumulte rugit, chante, boit, mange, râle.
Quant à Matha, la blonde fauve, elle semble une lionne lubrique…
Lion positif- et portugais : p402

P 434
Qu’un peuple s’affranchir, c’est à dire se crée,
Par la révolte sainte et l’émeute sacrée
Qu’ il faut rompre ses fers, vaincre, et que le lion
Superbe, pour crinière a la rébellion ;

P473
Nous sommes les petits de ces grands lions-là.
L’aigle
P268, v31
L’aigle en l’apercevant  crie et fuit dans les roches ;
Des actions du tyran, l’aigle nous dit : c’est moche !
P 338
Tous les tristes oiseaux mangeurs de chair humaine,
Fils de ces vieux vautours, nés de l’aigle romaine,

Et se disent entre eux : Un empereur est là.
      Seuls les charognards peuvent reconnaître en Ratbert un empereur.

« L’aigle à deux tête, l’aigle à la griffe rapace,
l’aigle d’Autriche dit : » p 424 et suivantes, aigle à deux têtes, donc aigle monstrueux.
P 429 « l’aigle orageux de l’espace »…430…
« l’aigle à deux becs », p444
les peuples sont introduits : (p509, v716)
Dans la communion des aigles.
Fauve
amuse-toi, ami lecteur à en chercher les occurrences, dans cette page et dans le texte intégral! voilà une piste chaude- et fétide (même si: "Les titans, les lutteurs aux gigantesques tailles,
Les fauves promeneurs rôdant dans les batailles! " le mot désigne parfois les "bons" –ici les pères des enfants de la révolution... (Maintenant IV)
Les faibles

Le petit roi de Galice, la larve et la féminité
P183, v104
Ce faible enfant, leur roi   //  p195 v 356 « un marmot roi ! »
P191
L’avorton, v264 ( avorton, larves, etc.)
266…
Cela vous a la peau plus blanche qu’une femme !
Mes frères, n’est-ce pas ? c’est mou, c’est grelottant ;
On ignore s’il voit, on ne sait s’il entend ;
Un roi, ça ! rien qu’à voir ce petit, on s’ennuie.

Pacheco se décrit en opposition comme ayant « le cuir robuste et ferme » v272 ; Etre un homme, un vrai : (275…)
Vivre casqué, suer l’été, geler l’hiver,
Etre le ver affreux d’une larve de fer      
etc. jusqu’au vers 284 ; trivial : « Manger des oignons crus  »
Le fœtus (285) s’oppose ensuite aux « poils de mon bras «  qui « font peur aux bêtes fauves » ( !) 289 ;
290
Ce nain vivra tondu parmi les vieillards chauves ;

P 197, v 403-406
Ses poignets sont crispés d’avance du plaisir         Pacheco
D’atteindre le fuyard et de le ressaisir
Et de sentir trembler sous l’ongle inexorable
Toute la pauvre chair de l’enfant misérable
      Intéressant, n’est-il pas ?   un plaisir (malsain ? compulsionnel) anime et agite – ce sont les poignets qu’il crispe, ce plaisir- Pacheco. La victime de ce plaisir sadien c’est la « pauvre chair de l’enfant misérable » : quelle résistance attendre de cette entité démunie : pauvre, misérable, relevant de l’enfance, c’est la chair qui est visée, cette chair plus blanche que celle d’une femme, ( et la chair de Mahaud, grelotte-t-elle ? est-ce excitant, ce grelot-là ?) et qui grelotte…
Oui, où va-t-on sur ces pas ? Heureusement, Roland…
La même ( quoique moins frappée d’interdits, la femme en est l’objet) trouble sexualité suinte des propos de l’Allemand et du Polonais.
1070
Sont-ce des hommes ? Non. Rien qu’à voir la façon
Dont votre lèvre touche aux vierges endormies,
Princes, on sent en vous des goules, des lamies
D’affreux êtres sortis des cercueils soulevés.
Je vous rends à la nuit. Tout ce que vous avez
De la face de l’homme est un mensonge infâme ;

 Isora, petite reine de Final
Dans l’ombre bienveillante de Fabrice, la petite, orpheline, a pourtant noué des liens avec la nuit : P328
La ruine et l’enfance ont de secrets accords
Car le temps sombre y met ce qui reste des morts.
Là, en VIII, (p334-)c’est sa toilette… v 648 : Son œil bleu rêve avec des lueurs ingénues…. Et, 650 :
Et le sein de l’enfant, demi-nu, laisse voir
Ce bouton rose, germe auguste des mamelles ;
Et ses beaux petits bras ont des mouvements d’ailes


Les positifs
 P506, v 652
On voit la fin du monstre et la fin du héros,
Ils sont (ils étaient) donc indissolublement liés.

HEROS
Songer que LE héros de la LDS c’est l’Homme, l’humanité… personnage principal (entouré des arbres et des bêtes) ; le genre humain passe de personnages principaux en personnages principaux ( de héros ou héraut en héros ou héraut), elle obéit à l’ordre donné par le Satyre à l’humanité : « transfigure-toi ! ». ( L’Homme serait-il le résultat d’un effort, il s’arracherait à la condition tyrannique –ou tyrannisée- pour se transfigurer ? C’est bien hégélien, tout ça !).
Cf. PH. Hamon : texte et idéologie, chapitre : Héros, héraut, hiérarchies a) personnage principal ; b) personnage ; c) héraut cad porteur des valeurs de son époque- ou de celles de l’époque son auteur, ou de celle de son auteur contre son époque.
Trois traits : courage, grandeur , force agissante.
Le héros hugolien est volontiers doué d’une force surhumaine (Roland, Olivier/ mais les méchants aussi ! Rostabat, l’un des Infants est un méchant- et un géant bien plus grand qu’Olivier !) sa grandeur physique est parallèle à sa grandeur morale, rien de bas en lui… Eviradnus… Courage ? propre au héros épique, don de nature… Force agissante : décision éthique ! Aymerillot prend Narbonne malgré : jeunesse, fatigue, défense de la ville ; Eviradnus sauve Mahaut malgré sa vieillesse, etc.
Historicisation critique de l’héroïsme et crise du héros propre au XIX°. (Flaubert : « Pas de monstres, et pas de héros ! »)
HEROS INTEMPESTIFS
Le héros épique est par excellence héraut, porte-drapeau (Achille), il vit, selon l’analyse de Hegel dans un rapport d’immédiateté avec sa communauté. Or, précisément, le héros hugolien de la LDS est un héros critique, en décalage avec les valeurs de son temps : chevaliers « dépassés » ou à  contre-temps de leur époque !
Sauf… Plein Ciel, le XX° siècle, où l’homme devient une force qui dit OUI, qui va sur la route du progrès…
Soupçons hugoliens sur le héros et son statut
H s’interroge sur les limites de l’efficacité de l’héroïsme dans l’histoire –et sur l’attribution du statut de héros.
Penser aussi au rapport aux pères : N.III est démodé, il était historiquement impossible qu’il fût beau ; de même, V.H., fils d’un HEROS de l’épopée napoléonienne est héros métaphysique : le domaine des exploits s’est déplacé !
-   le tyran à la place du héros : despotisme oriental ; l’épopée y est instrument de la domination.
-   Héroïsme des chevaliers du Moyen-Age : leur grandeur est aussi terreur et s’ils protègent le peuple, ils ne le sortent pas de sa peur. (et demeurent étrangers au peuple). L’adjectif altier (= qui a de la hauteur) qualifie tyrans et chevaliers[ et le peuple : dans l’épreuve[ hommes du début du XIX°] : Peuple, homme, esprit humain, avance à pas altiers!  Se souvenir aussi que les héros se fatiguent : ex. devant narbonne « Si bien, qu’étant parti vautour, on revient poule »… Et dans l’Italie- Ratbert : (la défiance d’Onfroy  ; la confiance du Marquis Fabrice) les héros ne sont plus des forces agissantes qu’au passé !
La Renaissance n’a plus le chevalier comme personnage principal( mais le Satyre)… L’héroïsme renvoie au désastre… (face positive de la même pièce).
THESE : oui, le héros est grand, mais cette grandeur est proportionnelle à la bassesse de son extraction : ex. « les pauvres gens ». Ou mieux, cf. Plein Ciel : c’est l’homme en tant peuple (les peuples ces marcheurs lourds) qui devient le héros commun…
Un nouvel héroïsme : de la commisération (Mourad/ Jeannie dans les pauvres gens/ le père de « après la bataille » ; l’âne du poème le crapaud ; et Jésus- « il pleura »…)

Le chevalier
Section V : les chevaliers errants : si les chevaliers sont le personnage du poème, toutefois, le véritable acteur, passif apparemment, actif en tant que voyant et sentant, c’est ON ! « on votait », « on a peur », « on ne savait » , « on sentait » etc.
« La terre a vu jadis errer des paladins » (noter l’indéfini…)
Combien sont-ils ? une forêt ! un nombre inépuisable… ils ont d’ailleurs partie liée avec la forêt d’où ils émergent « leur tête entrevue au fond du bois nocturne »…
Ils ne craignent pas non plus le « nombre » Roland aux dis Infants : « Fils, cent maravédis valent-ils une piastre ? » et « Combien de poux faut-il pour manger un lion ? »

Millet, p84 « Face aux flagorneurs qui fondent les usurpations traîtres et assassines sur un discours du progrès et de la modernité, les héros de la Légende, géants et surtout chevaliers, font « cas des vieux temps », sont des hommes du passé, des vieux, exilés dans le présent « hors de ce siècle vil » (VII, 3, 2, 715). Ce sont des mémoires du passé, des hommes du souvenir, qui font de l’Histoire comme processus une dégénérescence et de l’Histoire comme discours la condamnation morale du présent au nom du souvenir des anciens temps. »

P 442, v447
Ces monts sont des héros et des religieux
Soit : des avatars des chevaliers errants…
Chevalier errant, d’abord : Roland, Olivier, Eviradmus… P 213 !

Onfroy peut ( ?) leur être apparenté, quoique sédentaire. Il est le Juste (et le puissant) qui parle au Roi (injuste). Il s’apparente aux lions, v352 « Dans elles [nos filles] les agneaux et dans nous les lions. » CL. Millet note : les grands chevaliers du Moyen Age sont les avatars des lions de l’Antiquité. [ Lions de Daniel : Mais le puissant lion, qui fait de larges pas,/ Parfois lève sa griffe et ne la baisse pas, ]
Onfroy meurt, évidemment, empoisonné par Afranus… « Onfroy, ce héros d’un autre âge » v321
Fabrice
A la défiance d’Onfroy(VII, II) répond la confiance du Marquis Fabrice(VII,III). Les deux sont des héros (vieillissant ou vieillard) passéistes. C’est la fin d’un monde.
fin d’un monde
« il est hors de ce siècle vil » v449
Méfiant ou confiant, en ce « siècle vil » qu’importe… le mal triomphe.
Fabrice « fut bon » (p323,v393), « Gênes le fit abbé du peuple » (# Afranus)
La tête de lion qu’il avait dans le dos      v 413
   Et v 417
Les princes pâlissaient de l’entendre gronder

Opposé à l’Eglise, v423-27, dont :
Et souvent de Saint Pierre il a tordu la clé
Dans la vieille serrure horrible de l’Eglise.

Surtout, héros « républicain » ! v 430…
Son bras se roidissait chaque fois qu’un félon
Déformait quelque état populaire  en royaume ;

Lion encore, Fabrice, lion paternel et blessé, p349, v998
Tant c’était la douleur d’un lion et d’un père,
Le deuil, l’horreur, et tant ce sanglot rugissait !

Dégradation du héros, p 427 (le régiment du baron Madruce)
Quand on veut des héros, il faut les bien payer.
Le satyre
Penser à un // avec le crapaud (ts deux objets du rire).

Ou sylvain v 13, 306, 390
V30
Pour ce songeur velu, fait de fange et d’azur,

De la forêt profonde il était l’amant fauve ;

P362,v69
Son caprice, à la fois divin et bestial,
Montait jusqu’au rocher sacré de l’idéal,
Car partout où l’oiseau vole, la chèvre y grimpe ;

Il est donc celui qui relie le trivial à l’idéal- peut-être même celui qui, sur cette terre, habite en poète….
P365, v127
Il boitait, tout gêné de sa fange première ;
Il fera follement rire tout l’Olympe- à tel point « qu’un géant enchaîné » (Prométhée ?) « Le va la tête et dit : « Quel crime font ils donc ? » »   v213
Jupiter s’adresse au « faune », au « gueux »
v256 : «Gueux, tu vas nous chanter  ton chant de bête fauve ».
« Mercure lui prêta sa flûte en souriant »,(262) condescendance de la part du dieu de la communication.
Enfin, il chante.
V267
L’aigle, qui, seul, n’avait pas ri, dressa la tête.
et vers 275-763 : « Le haut des arbres, cèdre, ormeau, pins qui murmurent, / Et les sinistres fronts des grands chênes s’émurent. »
v 277 : « Le faune énigmatique »… porteur d’un mystère, être du mi-chemin, et artiste. « aux Grâces odieux », le satyre est romantique, note Claude Millet.
Que chante-t-il ? « la terre monstrueuse »
V356, artiste peintre :
Il peignit l’arbre vu du côté des racines,
Le combat souterrain des plantes assassines,

Il délaisse la flûte, la jette…. Et poursuit : « Salut Chaos !gloire à la Terre » v396
Le chaos, « C’est lui qui »…v 403 : appuya doucement
La gueule de la nuit aux lèvres de l’aurore.
Le faune chante donc la médiation, du chaos cette fois.

L’Ame « sort du chaos », v425
Car, v429
L’Etre est d’abord moitié brute et moitié forêt ;
Et le satyre « cria », v438-
Ô dieux, l’arbre est sacré, l’animal est sacré,
l’homme est sacré ; respect à la terre profonde !

Enfin, dans les derniers vers s’opère le retournement du jugement des dieux
« il est beau » murmura Vénus épouvantée.   459

Et Vulcain semble prendre le relai du satyre, comme lui il est dit « boiteux » :
Et Vulcain, s’approchant d’Hercule, dit : « Antée. »
Hercule repoussa du coude ce boiteux.

III, le sombre
V463
Il chanta l’Homme, il dit cette aventure sombre.
V 475-
Il dit tous les forfaits et toutes les misères,
Depuis les rois peu bons jusqu’aux dieux peu sincères.

Cet épisode s’achève par l’appel à la rébellion, homme, débarrasse-toi de des « pieds du faune » p 388
IV L’étoilé
Passage visionnaire, « je vois », p 389, v600 ; « je suis l’œil fixe des cavernes ».

Héroïsme de la résistance aux valeurs dominantes
Dans le même sac : les Chevaliers, Jésus, Daniel et les lions, le lion d’Androclès, Mahomet, le mendiant du pont de Crassus, l’aigle helvète, le volcan Momotombo, l’âne, Jeannie et son mari, le « nous » de l’épreuve.

Mon père et les pauvres gens
Démocratisation de l’épopée qui devient souvenir intime ; héroïsme des humbles et courage dans l’usage de l’amour, non de la force.


pehache

  • Invité
Re : La Légende des siècles (Hugo)
« Réponse #4 le: 16 octobre 2013 à 08:09:47 »
Notes de lecture : la LDS

3 âges, trois genres littéraires, etc. cf. Cromwell : P-HugoPréface de Cromwell.doc


1)   dédicace à la France : il n’y a pas d’autre cas dans l’édition originale de caractères aussi gros !
2)   la préface : jamais le recueil n’est désigné comme poème ou épopée . H écrit : ce livre, les deux premiers volumes qu’on va lire, ces poèmes, etc. « Ces poëmes se passent l'un à l'autre le flambeau de la tradition humaine. Quasi cursores. »
3)   D’Eve à Jésus
le sacre de la femme : Marie/ Eve… « plus auguste » que l’homme par la maternité… mais ce qui, dans le flanc d’Eve  remuait : c’est Caïn !(rien ne nomme son premier-né : Caïn !!!) C’est avec cette naissance que se réalise l’entrée en un temps historique. Hugo commence par la création, qui est à l’actif de la créature.
Caïn, archétype des Caïn… sacre de la femme, annonce messianique (Booz endormi) fin de la LDS : « la trompette du jugement » (fil biblique ?) Mais des décrochages : L’lslam et le Satyre… L’épisode chrétien : un non aboutissement ? C’est la victoire des prêtres que marque la tragédie de Jésus et l’échec de sa loi d’amour… Mais pourtant, Jésus « blanc comme la lumière » propose une autre gloire qui s’oppose à la gloire héroïque et sanglante (cf. Plein Ciel et ce « glorieux navire »).
4) la décadence de Rome : condensée en un seul poème. « Rome était la truie énorme qui se vautre » penser à l’Enéide : un divin révèle à Enée l’emplacement de sa ville future marquée par la présence d’une énorme truie.
5) Section V : les chevaliers errants : si les chevaliers sont le personnage du poème, toutefois, le véritable acteur, passif apparemment, actif en tant que voyant et sentant, c’est ON ! Les premiers vers déclarent l’objet reflet plutôt que l’objet paladin ! Combien sont-ils ? une forêt ! un nombre inépuisable… ils ont d’ailleurs partie liée avec la forêt d’où ils émergent « leur tête entrevue au fond du bois nocturne »…
6) les pauvres gens : histoire familière et familiale (mon père, ce héros au sourire si doux). L’Anonymat : seule Jeannie et les deux orphelins sont (pré) nommés !
7) le noir : Puissance égale bonté. Chez Hugo, pas d’égalité Bien Mal. Le Bien doit triompher, d’où l’asymétrie du rapport Dieu/ Iblis.
Hors du temps : portée par le poème qui le précède : Plein Ciel. Plein Ciel et Pleine Mer imposaient déjà le point de vue de l’éternité.


P520
Et je ne sentais plus ni le temps ni le nombre.

Boiteux… (oublié)
P 520
On entendait le pas boiteux de la justice ;
(Horace : le criminel qui court, rarement la Peine au pied boiteux l’a manqué).

Sur le monstrueux, l’indistinct, etc. cf. JP Richard (études sur le romantisme) Hugo se plaignait de croire en « des choses qui n’ont pas de contour » peur du flou, de l’amas, du monstrueux… l’indistinct : le boueux…
Arbres, que d’arbres !
En voici quelques uns :
P111-115 : le cèdre… Le Cèdre c’est aussi la rencontre manquée entre Christianisme et islam ! Omer et Jean…
P112 : « un vieux cèdre » «l’arbre » 113 : cèdre à qui parlait Omer, « Va, cèdre, va couvrir de ton ombre cet homme » ; cèdre ; l’arbre  n’agita pas une branche ; l’arbre ; cèdre ; enraciné, l’arbre ; cèdre ; 114 : arbre ; arbre : dont Jéhovah « veut que l’œuvre soit lente et que l’arbre se fonde/ sur un pied fort »… bois du tronc, racine, arbre, rameaux, sève ;115… et conclusion de Jean : «Nouveaux venus, laissez la nature tranquille. » v102 .
P 190
Les arbres du ravin demandent un pendu ( dit Pacheco)
P191 : chêne, érable,
197 : une yeuse (chêne vert)
P 211
Je ne sais si la roche ou l’arbre l’entendit
P218
Aptar où croît le pin, Toxis que verdit l’orme,
p222
le cèdre qui résiste et le roseau qui ploie (ts deux employés par Dieu)

p281 « et la griffe de l’arbre » v302
p289 : les planches de cèdre…

p326 Fabrice… « il faut aimer pour jeter sa racine »…
« ainsi tous les oiseaux chantent dans le grand chêne », p335

Le Satyre, héros de VIII, seizième siècle. Renaissance. Paganisme. Est appelé sylvain(v13 et 306…). De la forêt profonde il était l’amant fauve ;
vers 275-763 : « Le haut des arbres, cèdre, ormeau, pins qui murmurent, / Et les sinistres fronts des grands chênes s’émurent. »
p 373, arbres :
« Les arbres pleins de vent ne sont pas oublieux » : la mort, l’est…
« Ils gardent la figure antique de la terre », gardiens de valeurs antiques…(« chevaliers ?)
300
Le chêne est entre tous profond, fidèle, austère ;
Il protège et défend le coin du bois ami(…)
Puis, un peu de cul naturel : v310…
L’arbre est un médiateur entre les profondeurs noires et le céleste !
sapin, forêt, arbre superbe et là :
Fouille le globe avec une hydre sous ses pieds ;
La racine effrayante aux longs cous repliés
Aux mille becs béants dans la profondeur noire
Descend, plonge, atteint l’ombre et tâche de la boire

Et, bue, au gré de l’air….
L’offre au ciel en encens ou la crache en poison
Selon que la racine, embaumée ou malsaine,
Sort, parfum, de l’amour, ou, venin, de la haine.

Puis, v356
Les arbres sont autant de mâchoires qui rongent
Les éléments, épars dans l’air souple et vivant ;
Ils dévorent la pluie, ils dévorent le vent ;
Tout leur est bon, la nuit, la mort, la pourriture

345
l’arbre transforme tout dans son puissant progrès   (gardien du passé, il va donc aussi vers l’avenir) Lentisque, yeuse…
Et le satyre « cria », v438-(p379)
Ô dieux, l’arbre est sacré, l’animal est sacré,
l’homme est sacré ; respect à la terre profonde !
Le satyre chante la force vitaliste de l’arbre, les racines, la croissance… « l’arbre transforme tout dans son puissant progrès » !
p505
et le bois du gibet
jette, effrayé, des branches vertes.   614

Métaphore germinative p386
Je regarde le gland qu’on appelle Aujourd’hui,
J’y vois le chêne ;
Ascension
Penser à la préface, « un seul et immense mouvement d’ascension vers la lumière » et au thème de la pesanteur, ( Plein Ciel : « La pesanteur, liée au pied du genre humain,    Se brisa, cette chaîne était toutes les chaînes! »)

Bas et haut
P 439, v 364…
Cieux profonds, purs azurs sacrés et fulgurants,
Laissez-moi m’en aller dans vos gouffres sublimes !
Que je perde de vue, au fond des clairs abîmes,
La terre, et l’homme, acteur féroce ou vil témoin !

P479 : nombre et ombre
bonheur du mal
p 318
      à vous, les heureux de la terre
Qui dormez dans la plume et buvez dans l’or fin
Avec tous les liards de tous les meurt-de-faim !
carnage
P 203-204

P289
L’eau n’a pas plus d’essaims d’insectes dans ses joncs
Qu’il n’avait de rois morts et de spectres épiques
Ou p 296 : v185-186
On apercevait l’Inde et le Nil, des mêlées
D’exterminations et de villes brûlées (etc.)
V 202…
Ce brumeux tourbillon de spectres, et ces ombres/ secouant les linceuls, et tous ces morts, saignant/ au loin, d’un continent à l’autre continent, / pendant aux pals, cloués aux croix, nus sur les claies/ criaient, montrant leurs fers, leur sang, leurs maux, leurs plaies »

compromission des prêtres et des Eglises
Toute religion est tard venue par rapport à la nature (penser au sacre de la femme et au rôle de l’Arbre… Omer et Jean, notamment

Tandis que les Infants, monstres de cruauté, devisent
P179 v13
Un prêtre est avec eux qui lit son bréviaire.
p187,169
Le prêtre mange, avec les prières d’usage.
Et, p 186 :
Le froc est un linceul que la nuit environne. (le capuchon, etc.)

P223, les deux voisins
Toute la différence entre ce sombre roi
Et ce sombre empereur, sans foi, sans Dieu, sans loi,
C’est que l’un est la griffe et que l’autre est la serre ;
Tous deux vont à la messe et disent leur rosaire ;

Et, p 245 « De plus, tu sais le latin comme un prêtre »

248, v840
 Et quand Pépin tenait un synode à Leptine

Idem en Orient !
P 291, v75
Mourad était croyant, Mourad était pieux ;
V83
Et les prêtres disaient : « Allah ! Mourad est grand. »

L’Italie de Ratbert est, par excellence ce lieu de la compromission machiavélienne des prêtres.
P309
La prière- le peuple aime aque les rois prient-
Est faite par Tibère, évêque de Verceil
Puis, p 310, v141…
L’archevêque d’Urbin salue… v 145 :
En vous voyant, le flanc  de l’Eglise tressaille.

Parle Malaspina, ce jeune salopard : v175 « A voix basse, et finit à voix haute en priant »
Surtout : « Afranus se lève le dernier » v179-…
Cet évêque est pieux, charitable, aumônier ;
185 : Comme il est humble, il a les reins ceints d’une corde
Il invoque l’esprit divin puis il aborde
Les questions (…)
Et donne en tout raison à Ratbert, hypocrisie d’Eglise et Machiavélisme politique jusqu’au vers 239. Machiavélisme ignoble qui soulève à nouveau l’interrogation quant à Machiavel : qui instruit-il ? les peuples ou les rois ?
V234 « Pourvu que de l’Eglise on maintienne les rentes »
Pendant ce temps, la statue de Satan…v 246-49 (fin de l’épisode)
Quelques seigneurs, ainsi qu’ils en ont l’habitude,
Regardant derrière eux d’un regard inquiet,
Virent que le Satan de pierre souriait.

Et encore p330 : un nonce…

P344 « Dieu protège l’empereur »
P 350, 1007 prêtres et femmes

P389
Et tous les à-peu-près, quels qu’ils soient, ont des prêtres.
P392,v721
Un roi c’est de la guerre, un dieu c’est de la nuit.
Voir le bref X, l’inquisition et les propos du Momotombo
P492, XIV,II Plein Ciel
Plein d’une vérité
Dont le prêtre a fait un mensonge
Dieu
P 295, v174…
Dieu méditait.
         Celui qui crée et qui sourit,
Celui qu’en bégayant nous appelons Esprit,
Bonté, Force, Equité, Perfection, Sagesse,
Regarde devant lui, toujours, sans fin, sans cesse
Fuir les siècles ainsi que des mouches d’été.
Car il est éternel avec tranquillité.

Dieu est-il là ? p 350, v1010
C’est à se demander s’il est encore un Dieu,
Et si, demain, après de si lâches désastres,
Quelqu’un osera faire encore lever les astres !
Echos
Bleu et aile
P 84, v71-2
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.
Gautier, la caravane
Quelque chose de vert que l’on se montre au doigt

P204
Donne des coups d’estoc qui semblent des coups d’aile ;

Dieu…
A qui baise la terre obscure, ouvre un ciel bleu ; p 108, v116

Là, en VIII, (p334-)c’est sa toilette… v 648 : Son œil bleu rêve avec des lueurs ingénues…. Et, 650 :
Et le seins de l’enfant, demi-nu, laisse voir
Ce bouton rose, germe auguste des mamelles ;
Et ses beaux petits bras ont des mouvements d’ailes

P 344, v873
Et, que le ciel soit noir ou que le ciel soit bleu,
Caïn tuant Abel est la stupeur de Dieu.

484, v174
l’Espoir avait plié son aile ;

le poitrail bleu du Sagittaire p 497
p 507, Et Marie aux yeux bleus
Femme et religion
Le « Sacre de la femme » retourne la Genèse contre le dogme de l’Immaculée Conception.
Homme( et salut, et…)
P343, v869- 874
Mais l’être intelligent, le fils d’Adam, l’élu
Qui doit trouver le bien après l’avoir voulu,
L’homme, exterminant l’homme et riant, épouvante
Même au fond de la nuit, l’immensité vivante,
Et, que le ciel soit noir ou que le ciel soit bleu,
Caïn tuant Abel est la stupeur de Dieu.

Voir p 383, v523-…
Et sans l’homme pourtant les horizons sont morts ;
Qu’est la création sans cette initiale ?
Seul sur la terre il a la lueur faciale ;

P 439, v 364…
Que je perde de vue, au fond des clairs abîmes,
La terre, et l’homme, acteur féroce ou vil témoin !
Jadis, p 440
Ces pics sont la ruine énorme des vieux âges
Où les hommes vivaient bons, aimants, simples, sages ;

485, v186 Pleine mer
l’homme au delà d’un pont ne connaissait plus l’homme ;
499, v491…
Stupeur ! se pourrait-il que l’homme s’élançât ?
O nuit ! se pourrait-il que l’homme, ancien forçat,
Que l’esprit humain, vieux reptile,
Devînt ange, et, brisant le carcan qui le mord,
Fût soudain de plain-pied avec les cieux ? La mort
Va donc devenir inutile !

Et, p 5OO, après un appel pressant à ne pas monter trop haut :
Restons
L’homme, restons Adam ; mais non l’homme à tâtons,
Mais non l’Adam tombé !

P501, v524…
La pesanteur, liée au pied du genre humain,
Se brisa ; cette chaîne était toutes les chaînes !
Tout s’envola dans l’homme, et les fureurs, les haines,
Les chimères, la force évanouie enfin,
L’ignorance et l’erreur, la misère et la faim,
Le droit divin des rois, les faux dieux juifs ou guèbres ,
Le mensonge, le dol, les brumes, les ténèbres,
… (fin du « bagne »).
P 521
L’être : v183-4
Plongeait profondément, sous les ténébreux voiles,
Du pied dans les enfers, du front dans les étoiles !


Hugo républicain
p 318
      à vous, les heureux de la terre
Qui dormez dans la plume et buvez dans l’or fin
Avec tous les liards de tous les meurt-de-faim !

P325
Fabrice, héros « républicain  » ! v 430…
Son bras se roidissait chaque fois qu’un félon
Déformait quelque état populaire  en royaume ;
V 486-7
Son épée, aujourd’hui rouillée, et qui jadis
Avait la pesanteur de la chose publique ;
Voir progrès
P 509
« les peuples souverains » v703
« supprimé les patries »710

Humour hugolien
P 275, v165- …
Chrem  fut roi ; sa statue était d’or ; on ignore
La date de la fonte et le nom du fondeur ;

P279
Son nom seul enivrait ; Strophus n’osait l’écrire.
Note de Claude Millet : beau nom pour un poète.

(et mauvais goût)v 46-… p 289
Il fit scier son oncle Achmet entre deux planches
De cèdre, afin de faire honneur à ce vieillard ;
Mourad fut sage et fort ; son père mourut tard,
Mourad l’aida ;
Je
P 211
Je ne sais si la roche ou l’arbre l’entendit
Et NOUS
« dans l’heure où nous sommes » p399
456
un des enfants- celui qui conte cette histoire-

Nous, donc, fils de ce siècle aux vastes entreprises,
… nous désirons…
Ouverture de XV, 1, p513
Je vis dans la nuée un clairon monstrueux.
P520
Et je ne sentais plus ni le temps ni le nombre.

L’islam, la nuit et la lumière
La nuit ne joue pas le même rôle dans cette partie de la LdS. Une inversion des valeurs l’emporte sur l’attraction mauvaise de la nuit. Les tyrans, les despotes orientaux ne sont pas dans l’orbite de la nuit.
Encore convient-il de démontrer, texte à l’appui, cette affirmation.
Voir p 272 (à faire)

Maintenant
I: mon père, ce héros au sourire si doux: la bonté!
II: l'âne et l'enfant: la bonté!
III: les pauvres gens: la bonté!
IV: paroles dans l'épreuve: ceux qui sont nés quand naissait ce siècle" ont grandi "aux genoux des géants" " quatre-vingt-neuf dorant leur blonde enfance"...  La loi- le devoir- des hommes est énoncé ici:

Telle est la loi ; la loi du devoir, du Calvaire,
Qui sourit aux vaillants avec son front sévère.
Peuple, homme, esprit humain, avance à pas altiers!
Parmi tous les écueils et dans tous les sentiers,
Dans la société, dans l'art, dans la morale,
Partout où resplendit la lueur aurorale,
Sans jamais t'arrêter, sans hésiter jamais,
Des fanges aux clartés, des gouffres aux sommets,
Va! La création, cette usine, ce temple,
Cette marche en avant de tout, donne l'exemple!
L'heure est un marcheur calme et providentiel ;
Les fleuves vont aux mers, les oiseaux vont au ciel ;
L'arbre ne rentre pas dans la terre profonde
Parce que le vent souffle et que l'orage gronde ;
Homme, va! reculer, c'est devant le ciel bleu
La grande trahison que tu peux faire à Dieu.
Nous donc, fils de ce siècle aux vastes entreprises,
Nous qu'emplit le frisson des formidables brises,
Et dont l'ouragan sombre agite les cheveux,
Poussés vers l'idéal par nos maux, par nos vœux,
Nous désirons qu'on ait présent à la mémoire
Que nos pères étaient des conquérants de gloire,
Des chercheurs d'horizons, des gagneurs d'avenir ;
Des amants du péril que savait retenir
Aux âcres voluptés de ses baisers farouches
La grande mort, posant son rire sur leurs bouches ;
Qu'ils étaient les soldats qui n'ont pas déserté,
Les hôtes rugissants de l'antre liberté,
Les titans, les lutteurs aux gigantesques tailles,
Les fauves promeneurs rôdant dans les batailles!
Nous sommes les petits de ces grands lions-là.
Leur trace sur leurs pas toujours nous appela ;
Nous courons ; la souffrance est par nous saluée ;
Nous voyons devant nous là-bas, dans la nuée,
L'âpre avenir à pic, lointain, redouté, doux ;
Nous nous sentons perdus pour nous, gagné pour tous ;
Nous arrivons au bord du passage terrible ;
Le précipice est là, sourd, obscur, morne, horrible ;
L'épreuve à l'autre bord nous attend ; nous allons,
Nous ne regardons pas derrière nos talons ;
Pâles, nous atteignons l'escarpement sublime ;
Et nous poussons du pied la planche dans l'abîme.



Mal
P 443, v481-82
Les fléaux disparus, faux dieu, faux roi, faux prêtre,
Laisseront le front blanc de la paix apparaître ;

Décadence de Rome P 96, v14-
Le mal à travers l’homme avait pris son essor ;
Toutes les passions sortaient de leurs orbites.
Les fils aux vieux parents faisaient des morts subites

La boue et l’or régnaient. V 18

P 197, v 403-406
Ses poignets sont crispés d’avance du plaisir
D’atteindre le fuyard et de le ressaisir
Et de sentir trembler sous l’ongle inexorable
Toute la pauvre chair de l’enfant misérable


Ou p 296 : v185-186
On apercevait l’Inde et le Nil, des mêlées
D’exterminations et de villes brûlées (etc.)

Et V 202…
Ce brumeux tourbillon de spectres, et ces ombres
Secouant les linceuls, et tous ces morts, saignant
Au loin, d’un continent à l’autre continent,
Pendant aux pals, cloués aux croix, nus sur les claies
Criaient, montrant leurs fers, leur sang, leurs maux, leurs plaies :

Le prix, le poids du mal
P 259, v1056… Eviradnus parle
A quoi bon présenter le miroir aux ténèbres ?
A quoi bon vous parler de ce que vous faisiez ?
Boire de l’ombre, étant de nuit rassasiés,
C’est ce que vous avez l’habitude de faire (…)

Je vous dis seulement que ce vil portefaix,
Votre siècle, commence à trouver vos altesses
Lourdes d’iniquités et de scélératesses ;
Il est las ; c’est pourquoi je vous jette au monceau
D’ordures que des ans emporte le ruisseau !

1070
Sont-ce des hommes ? Non. Rien qu’à voir la façon
Dont votre lèvre touche aux vierges endormies,
Princes, on sent en vous des goules, des lamies
D’affreux êtres sortis des cercueils soulevés.
Je vous rends à la nuit. Tout ce que vous avez
De la face de l’homme est un mensonge infâme ;

P438
Portant sur leur front morne et dans leur œil fatal
La domesticité monstrueuse du mal ?
Penser à Mourad et à l'âne et l'enfant du "crapaud"
Mauvais goût
Cléopâtre…p 279, défunte, celle qui fit rêver tout homme
Mais bouchez-vous le nez si vous passez la porte.

Montures
Histoire de l’homme à travers ses montures ?
- âne et mulet du sage ; âne du philosophe ; cheval du chevalier ; cheval panthère du tyran (sultan Mourad), étrange monture annoncée par le satyre –et char ailé de Plein Ciel !
mystérieux désastre
P292, v112-3
Car la mort, l’agonie et la corruption,
Sont ici-bas le seul mystérieux désastre

137
puis son œil se perdit dans l’immense mystère
nature insouciante et libre
P 227, v 355-59

P309, v105
Le soleil, qui n’a pas d’ombre et de lueurs fausses,
Rit devant les tyrans comme il rit sur les fosses.
Et LIBRE
P405, vers final
Tout sur terre appartient aux princes, hors le vent !

Idem, p441
penser aussi à la bonté (Maintenant II, les dix derniers vers).
On
P 158, v 63-64
La famine et la fièvre ont ployé ses vertèbres ;
On voudrait balayer son ombre du pavé

Hugo, Philosophie commencement d’un livre, II, Proses philosophiques de 1860-1865 : « Quand je dis On, je désigne Tous, la foule. On, c’est Omnes. J’enregistre […] les sentiments généraux, parce que, seuls, ils constituent un état mental de l’humanité ; ce qui fait leur valeur philosophique. »

P 174, v25
Car on a peur de ceux qui marchent en songeant

Le ON des trônes d’Orient
P 275, v165- …
Chrem fut roi ; sa statue était d’or ; on ignore
La date de la fonte et le nom du fondeur ;
Et nul ne pourrait dire à quelle profondeur
Ni dans quel sombre puits, ce pharaon sévère
Flotte(…)

P280-81, v291…
On a des légions qu’à la guerre on exerce ;
On est Antiochus, Chosroès, Artaxerce,
(etc.)
Achille, Omar, César, on meurt, sachez cela.

P283
Dans un trou formidable où l’on ne voit plus rien.
Où qui le sait ? Les puits sont noirs, la terre est creuse.
L’homme est devenu spectre. A travers l’ombre affreuse,

Le divin passage (VI, IV, p 294…) est saturé de ON.
( à noter) et de nous !

p 296
On vit, dans le brouillard où rien n’a plus de forme,
Vaguement apparaître une balance énorme ;

P 335, v667 « parce qu’on t’aime » dit Fabrice à Isora

P403
P452 !
On passe
On court, on va.
P435_36 ( et vous)
P463
P 477, pleine mer (on et onde)
P 490
P506, v 652
On voit la fin du monstre et la fin du héros,
(on voit : trois fois)
Oubli
P 516
Que l’oubli sombre, avec sa perte de mémoire
Profond ?
L’âne, par deux fois !   I, 7 et III, 2
P455, v105-
L’âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,
Dans une profondeur où l’homme ne va pas.
Progrès
Métaphore germinative p386
Je regarde le gland qu’on appelle Aujourd’hui,
J’y vois le chêne ;
585
Ramperas-tu toujours parce que tu rampas ?
« larve de dieu »… « usurpe le feu »
et, fin du III, v635-36
Torse ailé, front divin, monte au jour, monte au trône,
Et dans la sombre nuit jette les pieds du faune !   (piedsfange)

P 434
Qu’un peuple s’affranchir, c’est à dire se crée,
Par la révolte sainte et l’émeute sacrée
Qu’ il faut rompre ses fers, vaincre, et que le lion
Superbe, pour crinière a la rébellion ;

P 443
Suisse ! à l’heure où l’Europe enfin marchera seule,
P 443, v481-82
Les fléaux disparus, faux dieu, faux roi, faux prêtre,
Laisseront le front blanc de la paix apparaître ;

Quand la guerre mourra              v484
En attendant la Suisse a dit au monde : Espère.
Elle a de la vieille hydre effrayé le repaire ;
Ce qu’elle a fait jadis, pour les siècles est fait ;

P 471
P473
Le précipice est là, sourd, obscur, morne, horrible ;
L’épreuve à l’autre bord nous attend ; nous allons,
Nous ne regardons pas derrière nos talons ;
Pâles, nous atteignons l’escarpement sublime ;
Et nous poussons du pied la planche dans l’abîme.

484, v174
l’Espoir avait plié son aile ;
v 199 :
Et, quant à l’avenir, défense d’aller là.

Antithèse avec XIV, II, plein Ciel
P489, v255… A cet objet volant s’oppose aussi la locomotive
C’est la grande révolte obéissante à Dieu !
La sainte fausse clef du fatal gouffre bleu !
C’est Isis qui déchire éperdument son voile !

C’est la matière, heureuse, altière, ayant en elle
De l’ouragan humain et planant à travers
L’immense étonnement des cieux enfin ouverts !

Millet, p84 « Face aux flagorneurs qui fondent les usurpations traîtres et assassines sur un discours du progrès et de la modernité, les héros de la Légende, géants et surtout chevaliers, font « cas des vieux temps », sont des hommes du passé, des vieux, exilés dans le présent « hors de ce siècle vil » (VII, 3, 2, 715). Ce sont des mémoires du passé, des hommes du souvenir, qui font de l’Histoire comme processus une dégénérescence et de l’Histoire comme discours la condamnation morale du présent au nom du souvenir des anciens temps. »
Progrès par la conversion : Mourad et « je » enfant. Apprentissage pour Nuno. Epanouissement sublime pour le Satyre.
Rire
Le mal c’est d’abord le rire, rire des enfants face au « crapaud », des Dieux face au Satyre…
P268 Zizimi, v18
Il rit du livre austère et du texte divin

p277, v202-204
Les rois vainqueurs sont morts plus que les rois vaincus ;
Car la mort rit, et fait, quand sur l’homme elle monte,
Plus de nuit sur la gloire, hélas ! que sur la honte.

P309, v105
Le soleil, qui n’a pas d’ombre et de lueurs fausses,
Rit devant les tyrans comme il rit sur les fosses.

P 333 « Et tout rit »- et nous, lecteurs, ne voulons pas (encore) savoir de quoi…

P349, v992
      -Oh ! ris donc là-bas, femme de fange  !

Le satyre fera follement rire tout l’Olympe- à tel point « qu’un géant enchaîné » (Prométhée ?) « Le va la tête et dit : « Quel crime font ils donc ? » »v213. « éclat de rire fou », « Jupiter, le premier, rit, »… le tonnerre(…)éclata –v238 ; bref : (245 :
Ainsi les dieux riaient du pauvre paysan.
Plus loin : « tempête du rire »/ et p 385 « les dieux ne riaient plus »

Le rire et l’homme
P343, v869- 874
Mais l’être intelligent, le fils d’Adam, l’élu
Qui doit trouver le bien après l’avoir voulu,
L’homme, exterminant l’homme et riant, épouvante
Même au fond de la nuit, l’immensité vivante,
Et, que le ciel soit noir ou que le ciel soit bleu,
Caïn tuant Abel est la stupeur de Dieu.

P349, v992
      -Oh ! ris donc là-bas, femme de fange !
Riez tous ! Idiot, …

Les bourreaux du crapaud ! p 453…
Riant, rit, riaient ;

P503, v579
Et l’archange commence à sourire dans l’ombre.
P520
RIEZ
Ruines ?
P 216-17
P 326… Fabrice en son château…
P328
La ruine et l’enfance ont de secrets accords
Car le temps sombre y met ce qui reste des morts.

P460
Les décombres de la mer : un champ de ruines…
Sexe
Isora ou le sexe pur…
(p334-) c’est sa toilette… v 648 : Son œil bleu rêve avec des lueurs ingénues…. Et, 650 :
Et le sein de l’enfant, demi-nu, laisse voir
Ce bouton rose, germe auguste des mamelles ;
Et ses beaux petits bras ont des mouvements d’ailes

P340, v771
Un sein charmant se dresse au-dessus de la table,
On redoute au-dessous quelque corps tortueux
C’est un de ces banquets du monde monstrueux

Le luth lascif s’accouple aux féroces cymbales ;
Le cynique baiser cherche à se prodiguer ;
Il semble qu’on pourrait à peine distinguer
De ces hommes les loups, les chiennes de ces femmes ;
A travers l’ombre, on voit toutes les soifs infâmes,
Le désir l’instinct vil, l’ivresse aux cris hagards,
Flamboyer dans l’étoile horrible des regards.   V 782

La confusion noce/ deuil se poursuit
Matha, ou la lionne lubrique
Une strophe est consacrée à Matha, déjà entrevue p 308 : « blonde », « Sa naine, par moments, lui découvre les seins »… elle est « couchée » « au milieu des coussins » et « Elle enivre le roi d’attitudes lascives ». La revoilà donc, v799-806
Presque nue au milieu des montagnes de rose, (association identique à 334,v650)
Comme les déités dans les apothéoses,
…(luths encore cf.776)
Ayant dans le gala les langueurs de l’alcôve,
Près du maître sourit Matha, la blonde fauve  ;    804
Et sous la table, heureux, du genou la pressant,   
Le roi cherche son pied dans les mares de sang.

Fabrice l’apostrophe : (et lie ce sexe impur au rire)
P349, v992
      -Oh ! ris donc là-bas, femme de fange !

Quelle mamelle d’ombre et d’horreur et de nuit, p351, v1042

La fesse  :
p 270, v56
Où luit la nudité des fières amazones
73
      il vient d’épuiser les plaisirs
(…, v76)
Des femmes ont dansé devant lui toutes nues ;

Le cas de la reine Nitocris, p273, se prête à une double et scabreuse lecture…
 « elle songe » (tiens, elle aussi !)
A tous ces rois(…)
Durs, sanglants, et sortis de son flanc ténébreux ;
Au milieu de l’azur son sépulcre est farouche ;
Les oiseaux tombent mort quand leur aile le touche ;

Dans la même logique , la mort :
p277, v203-204
Car la mort rit, et fait, quand sur l’homme elle monte,
Plus de nuit sur la gloire, hélas ! que sur la honte.

Cléopâtre, v230-260

Un peu de cul naturel :
v310…
Les fleuves recevant les sources dans leur lit,
La grenade montrant sa chair sous sa tunique,
Le rut religieux du grand cèdre cynique,
Et, dans l’âcre épaisseur des branchages flottants,
La palpitation sauvage du printemps.
            Et cela continue…

p 507,
On  voit l’agneau sortir du dragon fabuleux,
La vierge de l’opprobre, et Marie aux yeux bleus
      De la Vénus prostituée ;    v59

Sexe romain
C. Millet, la LdS p 112 : « l’amour(…) est fornication sadique côté tyrans » « l’amour sexuel est une figure du Mal »
II, décadence de Rome,
V8
Et l’odeur du tombeau sortait de cette orgie
v19
Les bourreaux s’accouplaient à des martyres mortes.
28
Messaline en riant se mettait toute nue,
Et sur le lit public, lascive, se couchait.
V67
Le crime sombre étant l’amant du vice infâme.
Tragique, historique, épique- et toc ?
-   penser à l’influence de Vico
-   les Misérables, IV, 7, 1, 779 : « La vraie histoire étant mêlée à tout, le véritable historien se mêle de tout. » Et donc, il faut parler de tout, de tous : rois, voleurs, amour, crapauds, petits, astres, Dieu…
Millet : « la Légende s’adresse à l’Homme, « cette grande figure une et multiple »(PS préface) (…) car  « Tout l’homme est le même homme et fait la même chose »(DS, XVII, 4, 661).

« Les tableaux riants sont rares dans ce livre; cela tient à ce qu'ils ne sont pas fréquents dans l'histoire. »(Préface)
« Du reste, ces poëmes, divers par le sujet, mais inspirés par la même pensée, n'ont entre eux d'autre nœud qu'un fil, ce fil qui s'atténue quelquefois au point de devenir invisible, mais qui ne casse jamais, le grand fil mystérieux du labyrinthe humain, le Progrès. » Le progrès serait donc sens et intelligibilité de la légende.


« Hérodote fait l’histoire, Homère fait la légende »… loi des 3 H ? – Hugo relie les deux ? , cf. préface : « C'est de l'histoire écoutée aux portes de la légende. »H parle du Moyen Age, CL. Millet(p 42, PUF) : « ce Moyen Age qui tient une place si disproportionnée(…) en grande partie parce qu’il est un moment de porosité entre le monde historique et le monde légendaire. »
« C'est l'aspect légendaire qui prévaut dans ces deux volumes et qui en colore les poëmes. Ces poëmes se passent l'un à l'autre le flambeau de la tradition humaine. Quasi cursores. C'est ce flambeau, dont la flamme est le vrai, qui fait l'unité de ce livre. Tous ces poëmes, Ceux du moins qui résument le passé, sont de a réalité historique condensée ou de la réalité historique devinée. La fiction parfois, la falsification jamais; aucun grossissement de lignes; fidélité absolue à la couleur des temps et à l'esprit des civilisations diverses. Pour citer des exemples, la décadence romaine (tome Ier, page 49) n'a pas un détail qui ne soit rigoureusement exact; la barbarie mahométane ressort de Cantemir, à travers l'enthousiasme de l'historiographe turc, telle qu'elle est exposée dans les premières pages de Zim-Zizimi et de Sultan Mourad. »
« Du reste, les personnes auxquelles l'étude du passé est familière, reconnaîtront, l'auteur n'en doute pas, l'accent réel et sincère de tout ce livre. »
« l’intention de ce livre est bonne »
Cette « Vision d’où est sorti ce livre »(1857) a « la vraisemblance du rêve ».
Désespérante répétition de l’Histoire ! Millet, p82 : « Si le présent n’est que du passé qui revient, alors toute la Légende des siècles peut être, désespérément, une « légende du siècle », du XIX° siècle »…

P169
      Alors, tragique et se dressant
Le mendiant, tendant ses deux mains décharnées

P174, v30
Quelques uns[ les chevaliers errants] ressemblaient à des larves d’enfer
Appelés fantômes deux vers plus loin, ils ont, P175, v34-v 35:
Ceux qui punissent, ceux qui jugent, ceux qui vont.
Tragiques, ils avaient l’attitude du rêve.

P289
L’eau n’a pas plus d’essaims d’insectes dans ses joncs
Qu’il n’avait de rois morts et de spectres épiques
Volant autour de lui dans les forêts de piques

Et son tragique ennui n’a plus d’autre lueur, p399, v104

P 431 : « le lac tragique de Lucerne » ?

 


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