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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Rencontre entre David F Wallace et Philip k dick

Auteur Sujet: Rencontre entre David F Wallace et Philip k dick  (Lu 1043 fois)

Hors ligne david_hum

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Rencontre entre David F Wallace et Philip k dick
« le: 10 Juin 2025 à 08:23:19 »
Rencontre entre David Foster Wallace et Philip K. Dick

(Une pièce floue. Un néon grésille au plafond. Fauteuils râpés. Une pluie molle contre les vitres. Une époque indistincte.)

DFW — (chemise à manches courtes, lunettes épaisses, doigts noués autour d’un mug vide)
Tu sais, j’ai souvent l’impression de me réveiller dans un rêve que je n’ai pas encore fait.

PKD — (veste en velours côtelé, carnet Moleskine gonflé de notes, tic nerveux à l’œil)
Ce lieu, David… c’est un niveau de réalité juste en dessous du faux-semblant.
Le monde n’est jamais ce qu’on croit. Il y a des interférences. Des bugs. Des montées d’acide cosmique.

DFW —
Ou peut-être qu’on n’a juste jamais appris à voir clair.
On filtre tout à travers nos conforts. L’habitude. L’évitement.
On flotte dans une eau tiède — et on ne sent même plus qu’on se noie.

PKD — (hoche frénétiquement la tête)
Tu parles comme un précog. Tu sens l’implosion venir de l’intérieur.

DFW —
Pas un précog.
Plutôt un type dans une file d’attente, qui croit que rester debout, c’est déjà résister.
Pas fuir dans l’ironie. Ni dans la distraction. Ni dans le suicide.
Ni même dans la fiction.

PKD —
Mais c’est la fiction qui sauve ! C’est là qu’on réécrit les lois.
J’ai créé des dieux qui ressemblent à des climatiseurs.
J’ai mis de l’amour dans une boîte de conserve.
Et parfois, j’y ai retrouvé Dieu.
Ou ma sœur morte.
Ou moi, en train de mourir en boucle.

DFW —
Mais si on écrit pour survivre… est-ce qu’on vit encore ?
J’ai écrit pour comprendre.
Mais plus je comprenais, moins je pouvais vivre avec.

PKD — (plus bas)
T’as peur que la conscience soit un piège.

DFW —
Un piège qui murmure sans cesse :
« Tu pourrais faire mieux. Tu pourrais te taire. »

PKD — (sourit tristement)
Tu sais, j’ai griffonné ça une nuit, jamais publié :
« Peut-être que la réalité, c’est ce qui reste quand l’amour s’est barré. »

DFW —
Moi, je dirais l’inverse :
L’amour, c’est ce qui reste quand la réalité s’effondre.

(Silence. Le néon claque. On ne sait plus si c’est Tucson ou Philadelphie. 1981 ou un rêve.)

PKD —
Tu crois qu’on est morts ?

DFW —
Ou juste… dans le calepin de quelqu’un d’autre.

PKD — (frissonne)
Alors écrivons-lui quelque chose.

(Lumière blanche crue, venue de nulle part. Entre DAVID LYNCH.)

LYNCH — (calme, presque tendre)
Il y a un homme dans une pièce.
Il lit un livre.
Et ce qu’il lit… le lit à son tour.

PKD — (déglutit)
T’es qui ? Un autre écrivain ?

LYNCH — (regarde par la fenêtre)
Je suis peut-être un rêve.
Ou peut-être que vous l’êtes.
J’ai vu des oiseaux rouges et des visages qui parlent à l’envers.
Et j’ai trouvé de la tendresse dans une tasse de café.
J’ai vu l’intérieur d’un homme qui pleure sans bruit.

DFW — (presque en colère)
Mais à quoi bon voir, si on ne peut rien faire ?
Si chaque mot est un doute déguisé ?
Alors quoi ? On reste là ?
On boit du café jusqu’à la fin du sens ?

LYNCH — (sourit, presque paternel)
Oui.
Mais on le boit très lentement.

PKD — (se lève brusquement)
Il est comme nous.
Il a vu la trame. Celle qu’on gratte, et qui laisse passer la lumière froide du dehors.

LYNCH —
Non.
Je ne l’ai pas vue.
Je l’ai entendue.
Comme un bourdonnement. Une note sous tout le reste.
Quelque chose qui dit :
« Ne cherche pas à comprendre. Ressens. »

DFW —
Moi, la compréhension, c’était ma planche de salut.

LYNCH — (à mi-voix)
Alors c’est peut-être pour ça que tu t’es noyé.

(Un silence. Quelque part, une alarme incendie se déclenche — mais sonne comme une boîte à musique rouillée.)

LYNCH —
Vous avez raconté ce qu’il fallait.
Les autres prendront le relais.
Ou pas.
Ce n’est pas grave.
Fermez les yeux. Respirez.
Vous n’avez plus à faire tenir le monde avec des mots.
Il peut tenir tout seul.
Comme un rêve qui refuse de s’éteindre.

PKD — (ferme les yeux)
Est-ce qu’on va se réveiller ?

LYNCH —
Non.
Mais vous allez cesser de tomber.

(Le néon crépite une dernière fois. Noir total. Quand la lumière revient, les fauteuils sont vides. Seule la pluie continue, tranquille, contre la vitre.)
« Modifié: 19 Juin 2025 à 20:52:58 par david_hum »
"Là où nous tenons, en cet instant précis, dans les ruines dans le noir, ce que nous bâtissons pourrait être n'importe quoi." Chuck Palahnuik - Choke

Hors ligne Delnatja

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Re : Rencontre entre David F Wallas et Philip k dick
« Réponse #1 le: 10 Juin 2025 à 09:09:51 »
Bonjour david_hum, merci pour ton texte.
Je trouve le texte riche et intéressant.
Je l'ai joué dans ma tête avec des silences calculés.
Je pense qu'il pourrait être mis en scène.
Belle journée.
Michèle

 


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