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22 juillet 2024 à 14:00:22
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Auteur Sujet: Six histoires. texte de scène.  (Lu 2435 fois)

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Six histoires. texte de scène.
« le: 21 août 2023 à 19:09:34 »
Bonjour,

un autre texte de scène donc... Aie !

Six histoires. Première partie.
Là aussi les didascalies peuvent faire partie intégrante du texte.

B

lien vers la deuxième partie : partie deux

[spoiler]

6 histoires


Quelque chose comme une vaste ruine abstraite. Des formes élancées et brisées, des circulations usées par le passage du vent chargé de sable, des fentes, des ombres, des élévations effondrées... quelque chose qui ne soit pas une ville en ruines, mais une sculpture créée par les éléments.
Tout ce qui pourra errer dans ces ruines aura forme humaine et voix humaine mais sans plus, sans plus d’identité ni de nom.
Il peut y avoir un seul narrateur ou plusieurs, mais rien qui soit figé à une enveloppe ou un personnage et encore moins à un acteur.

Première histoire :

Voix (cette voix sera aussi son propre interlocuteur) : Je pense que je peux raconter une histoire, insuffler un peu de vapeur dans ce moteur jusqu’ici silencieux et inerte. Dans cette chose. Et comme on peut se coincer les doigts dans une machine, je puis me blesser dans cette mécanique, y laisser un peu de mon sang, un peu de moi, sans succomber.
Je peux aussi ne rien subir de désagréable. Me laisser traverser par la fluidité du poème sans que ma bouche ne s’y blesse.
— Et tu crois dire des choses qui nous plaisent et nous gardent éveillées et nous émeuvent et nous rassurent !
— Qu’importe !
Je ne méprise pas ceux qui pourraient écouter, je me tiens loin d’eux. Je suis loin de vous. Je parle seulement pour la dureté de la nuit, pour qu’elle s’adoucisse, devienne plus tendre à ma bouche. Pour qu’elle relâche le mors.
Un temps, libre.
Je me souviens de ces hanches roulées par la mer jusqu’à moi... de la barque de ces hanches venue entre mes jambes, de la tendresse de la houle.
Tout est naufrage.
Les villes se fracassent contre les guerres.
Les routes se précipitent hors des ponts.
Les livres sombrent comme des paquebots dans les profondeurs des bibliothèques. Ils grincent et se disloquent.
Je pense qu’ici fut d’abord un lieu vide, un lieu sans victimes, ni histoire, un lieu innocent. Et puis les événements l’ont marqué comme on imprime des mots sur le papier. Comme on déroule une carte.
Avec insouciance.
Je ne connais pas la vérité du monde, mais je sais que toute action corrompt, ainsi on ne peut secourir le temps perdu, on ne peut recueillir les naufragés.
On ne pourra pas oublier.
Il fut un temps où cette plage était vide, juste un amoncellement de grains de sable, avec des minuscules esquilles de coquillages, avec quelques galets à demi enfouis et cernés par une dépression lisse, avec le corps abandonné des méduses... rien d’autre, le criaillement des mouettes, le voyage de la marée.
Et puis, il y eut l’empreinte,
cette trace de pas.
Aussi profonde que celle d’un météore.
L’impact bouleversa l’équilibre de la plage, de la forêt qui s’y arrêtait, de l’île qui les contenait.
L’inventeur resta ainsi un moment, en équilibre entre le néant et la présence, suspendant le pas au-dessus du peu d’eau qui refluait et affluait, puis il franchit cet instant, livra la plage à l’empreinte.
Avec lui vint le monde.
Les cargos, les machettes, les locomotives.
Deux lignes de fer qui traversèrent la forêt et sur lesquelles fusa la dame noire... et son corps de fonte, et son cri, et son ventre rempli de cris.
Alors, ici se perdit l’innocence.
La rouille et le verre se mêlèrent au sable et aux esquilles de coquillages
La poudre tonna !
Et l’arbre gémit en tombant lourdement dans le frou-frou du feuillage, comme une femme mourant dans ses robes.
— C’est ça, ta première histoire ? Il n’y a pas de personnages, il n’y a pas de héros ! C’est triste, c’est compliqué. C’est rempli de creux dans lesquels tu laisses tomber tes pensées. Nous te disons que si tu continues ainsi, nous partirons. Nous te laisserons tout seul avec ton poème.
— Faites !
Laissez moi seul ici et bientôt reviendra l’innocence ! L’innocence, mon dieu ! L’innocence par pitié !
Ici.
J’ai dit : «Je ne connais pas tout du monde, mais je sais que toute action corrompt, ainsi on ne peut secourir le temps perdu, on ne peut recueillir les naufragés.
On ne pourra pas oublier.»
J’avais raison. Je n’ai pas besoin de vous pour poursuivre la maladie, la mutation de l’instant. L’écriture transporte son mutagène à l’intérieur d’elle-même, dans le code qui la construit. Il est écrit qu’elle se corrompt. C’est ici que vous pouvez rire, si vous osez, si vous osez ! En ça, je vous fais confiance.
Nous ne pourrons pas retrouver cet homme mi-ciel mi-eau, l’histoire l’a dévoré. Nous ne pouvons pas retrouver cet homme qui enjamba la mer jusqu’à l’île. Semblable à nos expériences, l’histoire abîme les personnages et même, s’ils essaient de remonter de la fosse, ce ne sont plus eux, l’exploit les a changés, comme s’ils avaient franchi une zone de transfert, un passage de transmutation.
Ils deviennent des super-héros avec des pouvoirs fantastiques. Ils compriment le temps, ils effacent la distance. Ils supportent la douleur, mais ils perdent la fraternité avec nous qui sommes les hommes.
Il se tient debout. La fin du monde a eu lieu mais rien n’a changé ici, dans l’apparence des choses, tout est pareil. Les arbres sont là, en lisière. La plage déroule son baiser sur la mer. Il pleut et alors tout est gris, comme un lavis d’encre noire.
Ses cheveux sont longs, ses vêtements en lambeaux. Ils ressemblent à l’image du naufragé que beaucoup d’entre nous partagent, parce que nous avons lu Robinson Crusoé et parce que nous avons vu les films de pirates des années cinquante. Il est immobile. Il pleut sur lui, mais la mer qu’il porte dans  la tête est assez vaste pour recueillir l’orage. Dans ces yeux, il y a cette histoire vide, cette mer immense où nul navire ne viendra jamais.

La voix cesse.
Les habitants de l’espace entrent sur le lieu et le modifient. Ils roulent, bousculent, précipitent, éparpillent ou rassemblent.
Ils restent ensuite immobiles comme gênés, puis disparaissent, dispersés par le tonnerre qui frappe le plateau.
Tombent du ciel la foudre et la pluie, les bombes et les parachutes, des avions fracassés ou des fusées martiennes.
Puis enfin, le silence d’après la catastrophe.
Puis l’eau, l’eau qui va et vient.


Deuxième histoire.

La voix de l’eau : Nous ne lavons rien.
Puisqu’il faudrait laver ce temps qui n’est plus.
Même si nous emportons dans l’ourlet de nos jupes, l’écume noire et la rouille, nous ne lavons rien, puisque ce temps n’est plus.
Nos va et vient ne comptent plus.
Un milliard. Milliard de milliards... Ça n’a aucune importance il n’y a plus de conscience, il n’y a plus de présence.
Moi !
Non, je suis une rémanence.
La mer bavarde sans cesse même sans témoin alors peu importe... peu importe... peu importe.

Je porte dans mes eaux des tas d’histoires, là aussi sans nombre. Il ne sert à rien de compter l’immensité puisque rien ne peut la traverser.
Des cités, des navires, des filets, des sacs, des animaux...
Quoi d’autres ?
Quelque chose qu’il serait bon de sortir et d’amener jusqu’ici, jusqu’au sable. Oui !
C’est évident alors qu’il faut parler des hommes.
C’est évident qu’il faut qu’ils se couchent là, comme des êtres blancs et noirs, brumeux, échoués sur la plage. Qu’il faut que je les pose comme nés de mon vagin plus vaste et plus lisse que toute chose en ce monde, qu’ils naissent.
Tous.
Un à un.
Allongés sur le côté,
Ou sur le dos,
Ou sur le ventre et à demi enfouis dans le sable humide,
Comme des galets de chair, ces galets ronds qui semblent contenir des merveilles et des secrets mais qui ne sont que des galets.

Alors que l’eau parle, la mer fait naître ces hommes et femmes sur la plage, soudain si nombreux qu’ils envahissent l’espace, qu’ils en troublent l’harmonie.
De cette foule qui s’anime, quelques uns parleront, un peu au hasard semble t-il.


P1 : Mon père est mort, mes parents... ceux nés avant moi, ceux après... Ils sont partis. Cette foule ?
Des étrangers.
P2 : Le sable, le granuleux du sable, le salé de la mer, le froid du vent... Où étions-nous ? Où étions-nous jusqu’à maintenant ?
P1 : Qui es-tu, toi ? Il y avait une sorte de nuit sans conscience, puis il y a celui que je vois penché sur moi. C’est ton visage, comme le mien, j’imagine... je ne connais pas le mien. Dis-moi, qui je suis ?
P2 : Je ne sais pas.
Ton visage est creux.
Personne ne l’a rempli.
J’y pense comme ça, mais, je ne sais pas.
Nous avons marché peut-être, puis nous sommes entrés dans cette mer grise. Nous nous sommes enfouis dans cette eau nacrée en surface, si sombre en profondeur, si semblable au sexe d’une femme et puis nous sommes morts... ou tout comme. Ou pire encore nous nous sommes perdus, dissous...
Alors !
Ton visage ne ressemble à personne.
P1 : Tout cela est si vieux.
Comme encore debout, mais si fragile !
Comme ces souches pourries que le moindre choc délite.
Et nous... vides aussi, creux...
P3 : Qui me réveille ? Qui m’appelle ?
Avec la voix de ma mère. Ou celle de moi petite fille. Ou celle de celle qui m’aima. Ou celle de celle, du sel … Qui ?
Je vois.
Le sable, le peuple sur la plage, leur frilosité, leur regard ébahi, leurs membres déliés mais si vides, leur bouche qui sait parler mais leur tête qui ne connaît plus.
Contre qui se battre ?
P4 : Oh !
Le poids de mon corps a laissé dans le sable ce qui ressemble à moi. Un creux pourtant, on dit une empreinte, quelque chose. Un signe. Tous les autres pareils.
Délogés.
Délogés du lit du sommeil
Délogés des grains d’ombre et d’or.
Qui a eu la force de faire ça ? La force ou la cruauté !

Puis les voix se mêlent, un brouhaha... des chutes, des corps qui retournent à la mer, d’autres qui les retiennent, d’autres qui les entraînent... Sur la plage quelques survivants assis au milieu du fouillis des signes, dans ce sable qui retient encore le creux des présences.
Une voix :


La voix : On dirait bien.
      Le vent et la mer ont usé le visage du monde jusqu’à l’os puis le sable a cessé de tourner et s’est redéposé sur la dureté du sol, et l’herbe et la pluie, et la bouche des animaux.
     On dirait bien que la catastrophe vint et vida la terre de toute présence humaine. Peut-on dire qu’elle la nettoyât ?
Je ne crois pas.
Je ne crois pas que les choses soient si simples
Les étoiles font ça tous les jours, mourir...
Dans des cataclysmes d’une telle fureur que l’univers en garde la marque pendant des millions d’années.
Pourtant, elles n’y pensent pas et ne s’accusent de rien. Alors ?

Si nos parents nous ont couchés dans la mer, c’est qu’ils nous aimaient. Le temps était venu de fermer les maisons et de tuer les chiens, le temps était venu. Alors, ils ont caché dans la mer le secret de leur nom, enseveli le génome dans l’écume.
C’est cela.

Ils ont éparpillé la culpabilité sur les milliards d’humains qui parcoururent le monde, parce que vivre c’est être coupable. Il n’y a aucune action innocente. Alors quoi ?
Recommencer !
Recommencer quoi ?

Derrière elle, deux hommes s’affrontent, dans une lutte antique et primitive, une lutte de colosses, une lutte de titans, sans mot et très lente... à celui qui jettera l’autre hors du cercle de l’humanité, dans la honte ou la mort.
La voix s’était tue. Elle reprend :

Recommencer.
Nous connûmes les mondes outre-terre, le froid de l’abîme. Nous connûmes l’étrangeté d’une planète morte, la saveur du fer... Nous connûmes l’invention, l’écriture, les noms des oiseaux.... et puis nous oubliâmes. Alors, recommencer ?

Avec des draps et quelques branches, ils construisent des huttes. La lumière brille à l’intérieur alors que la nuit prend place. On voit des scènes intimes dans ces huttes, pendant que l’éternité du monde regarde et s’exclame.

Éternité 1 : Je me penche ici sur ceux qui furent et marchèrent sur cette terre. C’est bien surprenant de les revoir. Je les croyais bien loin... sous des couches et des couches d’histoires... sous des couches et des couches de sédiments... des dépôts d’os de cendres et de terre... Je les croyais oubliés et perdus, confondus avec le sol. Comme c’est étrange !
Éternité 2 : Hum ! D’une certaine façon, ces couches et ces couches et ces couches ne font pas tant d’histoires. Tellement de matière et si peu à dire, alors que ma foi... c’était autre chose ! Tant de bruit ! Tant de fureur pour des gens si petits.
Éternité 1 : (rire) Oh ! Comme c’était drôle ! Tous ces embrouillaminis, tous ces baroufs, ces boucans ! Toutes ces traversées de mer de part en part, et de là à là et d’ici à ici et où, et là-bas... tous ces chambardements, ces odyssées, ces quiproquos ridicules... Ah ! Avec une telle vitesse et tant à la fois !
Éternité 2 : Et ces broutilles !
Éternité 1 : Tellement d’imagination, tellement de frénésie, tellement de désespérance...
Éternité 2 : Comédie, tragédie...
Éternité 1 : Vulgarité, perversité...
Éternité 2 : Tant de capacité à divertir avec si peu de matière... Ce furent de bons moments !
Éternité 1 : Oh oui ! Pensez-vous qu’ils vont remettre ça ?
Éternité 2 : La mer n’est pas bavarde, ou plutôt trop... et bredouille, et barbote et radote. Oh oui, s’ils pouvaient nous remettre à table.
Éternité 1 : Un monumental gueuleton d’effronteries. Foutre le feu, traverser les déserts, flotter sur des coques de noix, exterminer des mastodontes avec des lances en bois et à pointes de pierre, fendre la terre jusqu’au magma en bricolant avec les éléments...
Éternité 2 : Ouille, ouille !
Éternité 1 : Faire péter des trucs dans la stratosphère !
Éternité 2 : Ouille !
Éternité 1 : Inventer et sacrifier des dieux !
Éternité 2 : Ouille !
Éternité 1 : Vider des fleuves et pleurer sur les rives !
Éternité 2 : Ouille, ouille, ouille !
Éternité 1 : Et j’en passe !
Éternité 2 : Ouille ! Et vous en passez... Ah ! Comme c’était bien !
Toutefois, ceux là m’ont l’air un peu mou.
Éternité 1 : Il y a bien eu une petite bagarre.
Éternité 2 : Oui... mais une rixe d’esthète, une anicroche !
Éternité 1 : Il ne faudrait pas qu’ils nous déçoivent.
Éternité 2 : Laissons passer quelques pans d’éternité et repassons, nous verrons bien ce qu'ils feront.

L’éternité se retire, il reste la mer qui dépose sur le sable ses ruissellements, ses ondes, ses ombres et ses soupirs.

La voix de l’eau : Voici que je soupire ! Poussant ce souffle comme une corde si longue qu’elle fit le tour du monde et revint.
C’est si long un soupir ! Si absolu ! Comme une mort captive, un lâcher prise.
J’ai tant d’eau, tant de sel et tant de victimes, que mes soupirs sont des éternités.
Entre les soupirs, il y a la poésie. Les flots qui n’ont pas à être entendu, la pluie des mots, la pluie des aveux.
J’ai le temps de dire et de redire, de fabriquer des légendes avec les légendes. Des choses me manquent... des choses qui furent et dont seul reste le signe, la trace de ces corps tombés dans la poésie, cette eau qui retient tout.
Je suis si vaste, démesurée comme l’ourlet d’une rime.
À rebours, j’explore le fond,
Les remords de l’eau de mer.

Il y a un noir sinistre où on entend la mer, longuement.
Il est seul.


Troisième histoire.

— Ah ! Enfin une histoire ! Tu vois quand tu veux tu t’exprimes.
—  Taisez-vous ! Laissez-moi seul avec elle.
— Quoi ! Tu ne veux pas qu’on parle ! Tu ne veux pas qu’on dise qu’on aime ! Tu préfères rester seul... dans l’inspiration ! Dans le secret du poème… dans la barbe du poète ! Laisse-nous rire.
— Riez !
Voilà ! Partis les corbeaux du récit... envolés ! Reste la mélancolie.
Je disais donc « laissez-moi seule avec elle »
Je risque de mouiller mes chaussures, alors je les enlève. Je risque de mouiller mes pantalons alors je les remonte. Je risque de me mouiller les pieds, mais... c’est bien.
Je marche, l’air de rien.
Dans ce lieu dévasté, qui peut bien ressembler à une plage puisqu’il ne ressemble à rien. Ici, où tout fut dit et peu de chose, la fin du monde et son commencement, le lamento de la mer...
Je marche.
C’est ce que nous savons faire de mieux et avec le plus d’élégance...
Il n'y a qu’à comparer !
Sur la bipédie nous sommes les meilleurs, bref !
L’air de rien.
Je m’approche... Je dis  « pose ta tête sur mon épaule ! » c’est trop tôt, ça la ferait rire.
Je ne dis rien. J’observe. Elle parle la première :

« Il fait une lumière étrange, une lumière si pure, une lumière de fin du monde.
Oui.
Il n’y a personne.
Non.
Que nous !
Oui !
Si l’on voyait la plage de très haut on ne verrait que nos traces de pas qui étaient éloignées et puis qui se rapprochent... et puis qui se conjuguent... un peu.
Se conjuguent... au temps du frisson.
... Vous êtes étrange !
Toujours, quand je marche sur la plage avec vous.
Nous nous connaissons ?
Je n’espère pas ! Enfin, je pense que je ne vous connaîtrai jamais, que vous serez toujours un mystère pour moi, une énigme. Toutes ces niaiseries romantiques qu’il vaut mieux penser sinon la vie ne vaut pas le coup.... quant à se connaître soi-même, quelle horreur ! Quelle horreur parfaite ! On se retrouve enfermés en nous-même, dans nos chairs vieillissantes, dans nos bouches douloureuses, dans nos yeux fatigués... On se supporte des décennies, mais on ne sait pas grand-chose de nos capacités à souffrir, à aimer, à haïr... On ne sait pas jusqu’où on peut aller.
Quand on est deux on ne se connaît jamais, on n’arrête pas de se perdre, de perdre le fil de l’autre, de lâcher le bout du fil... Quand on est seul on se dégoûte... On panique.
Vous paniquez ?
Oui.
Cette plage de fin du monde ! On ne peut pas s’y coucher, on ne peut que s’y ensevelir, s’y cacher, y mourir. J’ai vu des images ou des hommes tombaient sur la plage, par milliers, dans des jaillissements de sable... Je l’ai vu.
J’aimerais prendre votre main. Non pas pour la garder, elle est à vous... mais, pour la tenir, comme on tient une plume pour écrire, comme on tient à quelqu’un. Vous voulez bien ?
Oui ! Oh... Qui tenez-vous ainsi ?
Vous !
Moi...

Elle s’arrête et se défait comme un être de sable. Je garde cette main de sable dans la mienne, cette poignée de sable, ce rien de grains qui ne sont plus de chair, mais de regrets.
Vous m’avez laissé avec elle ! Vous m’avez laissé seul et abandonné.
Hé !
Maintenant revenez ! »

— Bof ! Pas terrible ta démonstration. Tu lances tes histoires comme si on n’était pas là pour les écouter, comme s'il n’y avait personne ! Ça ne donne pas envie ! On ne s’assoit pas là, c’est mouillé. D’abord on reste debout, on est toujours sur le départ avec toi. Prêt à disparaître, prêt à fuir ! On est déçu... tu vois ! Tes seuls amis sur Terre ! On est déçu !

— Je suis fatigué.
Vous voyez, je suis fatigué. Ce sable et cette plage me pèsent sur la conscience, sur la mémoire, sur les pieds...
Je suis lâche et souffrant et pas beau à voir.
Je suis vieux.
— Bon… bon, bon… Si tu crois qu’avec ça, tu vas nous détendre. Si tu crois qu’avec ça, on va se rabibocher !
Allez, remets nous quelque chose, détends-toi et attrape un personnage, une histoire, n’importe quoi pour te changer les esprits... Allez hop ! T’en es capable, tu es le meilleur !
— Je suis fatigué !

Dans le silence naît un son qui grandit et grossit, un grondement puissant et inconnu qui envahit l’espace, puis le silence revient.

Quatrième histoire

Un homme en scaphandre traverse le plateau, lentement comme s’il marchait sur une planète étrangère. Une foule compacte le suit de loin avec des frayeurs d’insectes.
L’astronaute disparaît, puis la foule, puis l’astronaute réapparaît et s’arrête. Il s’assoit, enlève son casque et parle dans un langage incompréhensible.
Une fois son discours terminé, il reste embarrassé et immobile pendant que son casque traduit ses paroles à retardement.

— Bon... (Toux)... voilà ! Il n’y a personne et je suis idiot. Merde ! J’ai fait le plein, je me suis couché dans le sarcophage. J’ai subi les derniers outrages de la cryogénie. J’ai confié mon corps glacé à un astronef piloté par un artefact abruti de solitude, et je débarque et rien...
Merde, chez moi mes amis sont morts - si l’on en croit la théorie sur la compression du temps que, personnellement je ne comprends pas, bien que je sois astronaute, alors le commun des mortels des autres qui sont morts. Si l’on en croit la théorie, ils risquent pas d’y arriver... même s’ils n’y croient pas, ils sont morts ! - Bref, là bas sur la terre de moi, puisque toutes les planètes ont le même nom, puisqu’elles ont le même sens pour ceux qui vivent dessus... sur la terre de moi, ça ressemble peut-être à ici... un truc désolé, vide, anéanti... On devine bien qu’il y avait quelque chose, mais on n’a pas le courage d’imaginer à quoi ça ressemblait, parce que ça nous rappelle trop des trucs... La balançoire sous le hêtre, la courbe de la route devant la maison, ce pont, ce sommet, cette forme dans le paysage. On se dit : « Est-ce qu’ils dormaient dans des lits ? Est-ce qu’ils buvaient de la bière ? Est-ce qu’ils disaient « la catastrophe n’a de sens que s’il y a des témoins ! ?» ... Putain, les mecs qui vivaient ici, ils étaient comme nous, alors chez moi  c’est pareil. Alors chez moi, tout doit être par terre.
Voilà ! Je suis un con !

Les terriens qui ne sont plus que des insectes, peu à peu sont sortis de leurs trous et osent quelques facéties... jeter un caillou, une poignée de sable. Le casque cesse de faire la traduction parce que nous n’avons pas besoin d’ellipse pour comprendre le propos.

ET : Ouille ! Il pleut... merde ! Ouille... des cailloux ! Oh ! Mais... ça, qui bouge là-bas et qui est couleur d’or ou de soleil.... oh !
Terrien : Coucou !
ET : Mon dieu ! Fasse que je ne rate pas la prise de contact physique puisque... Il faut que j’enlève mon gant, j’ai bien enlevé mon casque... Ils me ressemblent, alors ils doivent avoir les mêmes rites de salutation ? Leurs mains servent bien à la même chose que nous, saisir, toucher, caresser, frapper alors saisir.
Salut ! Bonjour !Hello ! Ciao ! Hallo ! Good morning ! Buenos dias ! Ni Hao ! As salam alaycom !Ugh !
Terrien : Coucou !
ET : Moi... homme... Je suis descendu dans oiseau de fer du ciel. J’ai traversé la grande mer noire et je suis tombé jusqu’ici pour parler avec vous...
Terrien : Coucou !
ET : Bien sûr. Bon, vous avez un chef, un ministre, une autorité de tutelle ? Enfin, quelqu’un  d’important pour signer les documents d’annexion ?
Terrien : Coucou !

Les autres terriens sortent de leurs trous, s’avancent, dorés et beaux comme des insectes, lentement, à pas mesurés et précis.

ET : Des sauvages ! C’est votre tribu... Je vois aussi des femmes parmi vos guerriers.
Terrien : Coucou !
ET : Je vais vous accompagner jusqu’à votre village pour rencontrer le grand sachem
sous son totem avec ses reines et ses femmes (prononcé fémes) pour lui présenter mes hommages stellaires et la note.
Terrien : Coucou !
E T :C’est ça ! Après vous me donnerez votre meilleure chambre, ce qui ressemble le plus à une bière, une ou deux de ces donzelles qui se pavanent à poil, un bon hamburger, ou quelque chose comme un bout de viande entre deux tranches de pain et vous me foutrez la paix...

Les insectes sont très proches maintenant de l’astronaute. Ils le mettront en pièces et pendant l’assassinat, le casque traduira mécaniquement.

- Aille ! Non... c’est très désagréable ! Des sauvages ! Mais à quoi tu t’attendais donc ? Ouille ! Quinze ans d’études pour en être réduit à des esquilles, des bribes, des éclaboussures... Ouille ! Dix ans d’entraînement stupide ! Cent-cinquante ans de sommeil cryogénique, sans rêve... Aille ! Non ! Non ! Pas ça.... Bon, adieu !
 
Un silence déprimé sur le plateau, assez long, suffisamment pour installer la gêne.
— Alors là, tu nous la coupes. Ouais ! L’E.T minable et sa cryomachin ! Ça, ça vaut pas une rognure d’ongles... rien ! C’est vide, c’est répugnant. C’est mauvais !
— Que des fantômes !
— Quoi ?
— Que des fantômes, partout ! J’ai beau faire, je remplis tout l’espace avec des fantômes, de la sueur grise et vaine, rien d’autre. Acre et fade.
Le lieu reste vide bien qu’il ne soit plus innocent.
Mon dieu, mon dieu, mon dieu ! Moi qui étais arrogant, je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus quoi inventer, quoi dire. Je m’échoue, j’échoue, la chaloupe chût et la mâchoire chavire et chôme. Le méchant écharpeur échappe la mèche qui ne chalume pas.
 
Soudain un autre bruit monstrueux, lourd, vaste et bref. Un boum avec écho.[
/spoiler]
« Modifié: 09 septembre 2023 à 06:44:38 par Basic »
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

blog d'écriture : https://terredegorve.blogspot.com/

Hors ligne Robert-Henri D

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 063
  • ... Et Pelleteur de Nuages
Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #1 le: 03 septembre 2023 à 15:40:04 »
Hello Basic,

À la lecture de la première histoire, il m'est soudain venu à l’esprit que peut-être, la Poïétique pourrait possiblement me servir d'argumentation lorsque parfois je m'attache à faire de la petite " Philosophie Simplifiée pour Les Nuls "

Or, quand sous ta plume la Voix tant narrative, mais non actorielle, quoique dialogique et peut-être même of mais pas ouf, s'exprime ainsi :

Citer
" Nous te disons que si tu continues ainsi, nous partirons. Nous te laisserons tout seul avec ton poème.
— Faites ! "

J'aimerais pouvoir lui rétorquer ceci :

— Ha ben non alors! certes pas ! Car qu'il s'agisse ou non d'exprimer ce qui résultera tôt ou tard de la cancérisation planétaire absolue... voire de caractériser l'idée de ce que fut la Pangée au temps de l’Éden, sinon que l'état de Gaïa qui serait consécutif à quelque chaos résultant d'un vaste championnat mondial de ping-pong nucléaire !

Cette série de 6 histoires mérite non seulement d'être lue, mais de surcroît encouragée .


... Et au point où j'en suis de mes élucubrations :

Citer
" Alors, ils ont caché dans la mer le secret de leur nom, enseveli le génome dans l’écume.
C’est cela."

Par le biais de la seconde histoire, j'imagine la résurrection de l'âme, toute prête à aborder l'idée d'un recommencement, avec ou sans la chair définitivement retournée à la Terre... sinon qu'à l'état primaire de génome humain.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.




« Modifié: 03 septembre 2023 à 15:41:52 par Robert-Henri D »
Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé.

(Terry Pratchett)

Hors ligne Cendres

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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #2 le: 03 septembre 2023 à 20:33:55 »
Merci pour ton texte.

Normalement je n'aurais pas laisser un commentaire, mais je sais que tu y tiens.
Ce que je vais dire ne reflète que mes gouts, et tu connais mes talents d'écriture, je suis long d'être un modèle.

J'ai lut ton premier texte, et je n'ai pas compris ce qu'il racontait. Certaines phrase je ne les comprends pas.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Ton premier texte, je pense que tu parles de la destruction de zone naturelle suite a la construction sur des zones naturelle. Le progrès et l'évolution détruisant la nature

Désolée de ne pas être constructive et positive. Ton texte est bien écrit ceci dit.

En lisant tes deux premiers texte, ton personnage a l'air de se parler a lui même et de réfléchir sur la vie et ses conséquences.
Il la subit et regrette ce qui se passe sans pouvoir agir.

En ligne Basic

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  • Messages: 3 094
Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #3 le: 04 septembre 2023 à 06:33:03 »
Merci Robert-Henri

peu de pèlerins sur ces rivages.

Je pense comme toi, que nous pouvons parler de tout, de toutes les expériences humaines matérielles ou spirituelles. La poésie est une manifestation de la métempsychose..

Merci aussi pour la coquille.

Bonjour Cendres,

je tiens au commentaire parce ce que nous sommes un peu sur le forum pour ça. Ne pas faire de commentaire ou juste une phrase un peu bidon pour entretenir la simple relation me semble insuffisant et surtout sans rapport avec la vocation du mde.
Je sais que ce type d'écriture peut être difficile à aborder, il faut avoir une certaine curiosité pour la visiter et une sorte de  respect amical pour la commenter, peut-être même un certain courage. Merci Cendre d'avoir pris la peine de me communiquer ce que tu ressentais.
POur moi les phrases que tu as notées dans ton spoiler sont essentiellement poétiques, c'est à dire que leur sens se cache dans la métaphore, dans ce qu'elles évoquent,  elles ne sont pas factuelles, ainsi par "Je me souviens de ces hanches roulées par la mer jusqu’à moi, de la barque de ces hanches venue entre mes jambes", c'est une évocation de l'amour d'une femme peut-être, comparé à une évasion, une possibilité d'évasion par la mer mais en même temps c'est purement l'évocation de l'acte charnel. Le texte ne le dit pas comme ça, de façon factuel, il utilise une autre façon de faire. Dans un autre texte, ( un roman réaliste) j'aurais fait différemment, plus directement, mais c'était pas le propos de celui ci. Ce texte est une sorte de flânerie, qui demande du boulot, mais une flânerie quand même. La grande partie du boulot consiste à se laisser porter par les mots, à y assister en sons et lumières. Bon, parfois ça marche pas, c'est que celui qui écrit et celui qui lit n'ont pas pu flâner ensemble...

B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #4 le: 04 septembre 2023 à 09:39:59 »
Citer
hanches roulées par la mer jusqu’à moi, de la barque de ces hanches venue entre mes jambes

L'image est certes callipyge, voire vénusienne, et c'est justement ce type de vastitude dont il est loisible d'user volontiers pour interpréter l'une des multiples allégories de la fécondation première, qui peut-être m'a le plus interpellé.

Il est vrai qu'à l'instar de la belle aphrodite inspirant Botticelli, quelque dit génome (cité dans le texte) permit (selon la science) d'inventer bien avant lui la vie issue de la mer ; sans omettre bien évidement d'autres subtilités embarquées qui d'autre part, m'ont fait songer aussi à la conque, cet autre symbole bien connu de la fertilité.
Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé.

(Terry Pratchett)

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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #5 le: 04 septembre 2023 à 18:29:55 »
La conque,

pas très loin de chez moi, nous avons l'abbatiale de Conques, ( avec les vitraux de Soulages et le tympan du jugement dernier), là encore certainement une matrice, coquillage, conque, choeur... la multiplicité des symboles qui nous ramène à ce grand mystère, qu'enfants nous espérions apercevoir, toucher du doigt ( pas trop non plus, ça nous faisait un peu peur)... ce que cachait la robe des filles.
B
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Re : Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #6 le: 05 septembre 2023 à 12:32:25 »
(...)
Bonjour Cendres,

je tiens au commentaire parce ce que nous sommes un peu sur le forum pour ça. Ne pas faire de commentaire ou juste une phrase un peu bidon pour entretenir la simple relation me semble insuffisant et surtout sans rapport avec la vocation du mde.
Je sais que ce type d'écriture peut être difficile à aborder, il faut avoir une certaine curiosité pour la visiter et une sorte de  respect amical pour la commenter, peut-être même un certain courage. Merci Cendre d'avoir pris la peine de me communiquer ce que tu ressentais.
POur moi les phrases que tu as notées dans ton spoiler sont essentiellement poétiques, c'est à dire que leur sens se cache dans la métaphore, dans ce qu'elles évoquent,  elles ne sont pas factuelles, ainsi par "Je me souviens de ces hanches roulées par la mer jusqu’à moi, de la barque de ces hanches venue entre mes jambes", c'est une évocation de l'amour d'une femme peut-être, comparé à une évasion, une possibilité d'évasion par la mer mais en même temps c'est purement l'évocation de l'acte charnel. Le texte ne le dit pas comme ça, de façon factuel, il utilise une autre façon de faire. Dans un autre texte, ( un roman réaliste) j'aurais fait différemment, plus directement, mais c'était pas le propos de celui ci. Ce texte est une sorte de flânerie, qui demande du boulot, mais une flânerie quand même. La grande partie du boulot consiste à se laisser porter par les mots, à y assister en sons et lumières. Bon, parfois ça marche pas, c'est que celui qui écrit et celui qui lit n'ont pas pu flâner ensemble...

B
Les phrases relevés voulaient juste indiquer que ta richesse littéraire était trop grande pour que je la comprend. Je suis nulle en double sens et en image.
Je n'avais pas compris que c'était "l'acte charnel".
Pour les textes que j'ai lut de toi, il y'a souvent le thème de la mer, ou du moins ce que j'en comprends.

Je pense, et je suis sur même, que utiliser des images seront comprises selon la culture, l'expérience... de la personne.  Comme tu dis, si celui qui écrit et celui qui lit ont flâner sur des routes différentes, le sens peut être compris différemment.

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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #7 le: 05 septembre 2023 à 16:50:14 »
Bonjour

donc la suite et la fin.

Six histoires.



B

[spoiler]
Cinquième histoire
Le plateau est envahi par la Ténèbres, une grosse chose énorme qui écrase tout.

La Ténèbres : Et paf ! Quand je pose mon gros cul sur les choses je te garantis que ça bouge plus. On éteint tout, et ça se tient à carreau. Non mais !
Je gagne à chaque coup.
Même les étoiles ne passent pas leur trou d’aiguille à travers ma corpulence lascive. Tout ce qui parle se tait et fait dans son froc.
Y’a plus d’argument.
Y’a plus de ressort... narratif.
Et on s’emmerde.
Grave !
Enfin.
Dans le fond du fondement de ce vieux gros cul, la toile est rugueuse, épaisse et noire.
Et pourtant, il en reste encore une substance minimale, une infime raison de continuer à gloser. Si tu y tiens vraiment tu peux t’égosiller de ta minuscule voix, tu peux tout expulser de ce souffle ténu et particulièrement singulier, en une grosse et ultime fois. Alors tu risques d’être entendu. Peut-être...
Il y a quelqu’un ? dis-tu.
Comme rien ne répond, juste ta voix suspendue un instant au dessus de la piste noire, sur son bout de ficelle minuscule et échevelé... tu insistes encore :
Il y a quelqu’un ?
Là est la question fondamentale et fondatrice. La question qui accroche tout lambeau d’existence sur une seule ligne d’os... Mais tu attends la réponse. Qu’elle vienne avant que tu meurs, avant que la Ténèbres t’engloutisse et fasse sienne tes particules si précieuses, mais si communes. Ces petits bouts d’étoiles qui fondent pourtant ta singularité.
De la réponse dépendra la valeur associée à ton existence. Bien-sûr elle n’intéresse que ta misérable personne et rien d’autre, puisque tout l’infini s’en fout.
Alors, bordel, gueule un bon coup qu’on t’entende ! Si je suis seule à répondre, alors tu seras triste et l’éternité s’ouvrira sur cette tristesse, l’éternité ou ta dernière seconde, ce qui revient au même, si on suit les lois de la physique. On emmerde la physique, ce n’est qu’une invention sans valeur. Un triste exercice de raisonneur pour tromper la médiocrité de la pensée humaine.
Et oui, on est impoli !
Si merveille, quelqu’un d’autre répond, alors tu pourras dire que tu as connu le bonheur. Tu ne le diras qu’à toi-même, mais crois-moi, peu d’entre vous l’entendent.
Crois-moi !
À part ça !
On est pas mal ici, qui a fait la déco ?

La Ténèbres est traversée par l’aube, puis des animaux s’approchant doucement d’un point d’eau, fauves et proies rassemblés dans le pacte tacite de la soif. Le soleil se lèvera plus tard s'il y pense encore.

Animal 1 : Le temps a tourné, le ciel est sombre. On dirait que la saison des pluies se rapproche contre toute attente, alors qu’il n’y a plus de saison, comme on dit. Ne trouvez-vous pas ?
A2 : Exact, exact... Je le sens dans l’os de ma patte avant droite ! Ce noir ne présage rien de bon, sauf remplir cette mare d’eau stagnante et rare avec une eau plus claire qui pourra satisfaire notre soif sans les miasmes!
A3 : Votre patte, oui ! Si peu de chair sur tant d’os...
A2 : Stop ! Article un du code du point d’eau : « les carnassiers n’évoqueront aucunement les points de loi qui régissent tout autre lieu. »
A1 : Certes, stop ! Cette jeunesse ! Il faut encore lui rappeler les règles.
Nous sommes allés, hier, mon troupeau et moi, paître vers le nord, dans les ruines. Nous n’avons pas été capables d’identifier la moindre parcelle du décor, rien !
A3 : Les proies n’ont pas de mémoire.
A2 : Monsieur !
A3 : Si elles en avaient une, elles ne seraient plus victimes. Si elles avaient une mémoire, croyez-vous qu’elles continueraient à se pavaner dans la savane comme des ânes devant leurs prédateurs sans âme ? Croyez-vous qu’elles érigeraient le même règne d’époque en époque, de bible en bible ? Croyez-vous qu’elles accepteraient la domination des fauves ?
A2 : Vous sous-entendez, monsieur, que les holocaustes sont dûs à l’inculture chronique des masses !
A3 : Je dis que vous n’avez pas tiré leçon de votre histoire.
A1 : Bêtises ! Bêtises ! Il y a des choses qui ne peuvent changer ! Que nous ne nous souvenions pas de quelque chose qui a disparu est logique, puisque ça a disparu ! Sinon, ça serait là ! Et vous alors ? Vous si plein d’arrogance, vous si fier de votre mémoire qu’en faites vous ?
A3 : Nous, on s’en fout ! On s’en fout drôlement, nous sommes des brutes.
A2 : Voila ! Je dis que derrière cette anecdote, il y a la question fondamentale de l’éducation populaire... Qu’entendons-nous par là ? S’agit-il de renier ce qui fonde une classe sociale en apprenant à modifier ce qui la constitue jusqu’à la faire disparaître, ou bien s’agit-il de la rendre plus forte, de l’adapter à son environnement ? De renforcer sa cohérence en gardant son identité !
A3 : Une proie pensante a-t-elle meilleur goût ?
A1 : Votre cynisme est répugnant !
A3 : Excusez ! Je reviens toutefois sur cette histoire de ruines, j’y suis allé moi aussi, chasser...
A2 : Hum...
A3 : Et ?
A1 : Et ?
A3 : Il est clair que je n’ai pas la moindre idée, de quoi il peut s’agir.
A2 : Tiens, n’est-ce pas votre ami qui vient !
A1 : Oui... Se peut-il que sa présence vous incommode ?
A3 : Il pue tant et fait venir les mouches, d’autant plus qu’il chie de si haut que ça éclabousse. Je vous laisse et peut-être vous reverrai-je plus tard, dans un autre lieu ?
A2 : J’espère vous pesez sur l’estomac si ce n’est sur la conscience !
A1 : Ils ne respectent plus rien ces jeunes débauchés !
A4 : Vous aviez un débat animé semble t-il ?
A1 : Nous nous entretenions avec un de ces nouveaux philosophes aux dents longues et pointues...
A2 : Et qui pourtant n’en savent ni mieux, ni plus.
A4 : Et vous parliez ?
A1 : Des ruines !
A4 : Nous en sommes tous là, une vie à construire.... et des ruines au bout...
A2 : Il ne s’agissait pas des ruines de nos existences. Il s’agit de celles que nous traversons en paissant.
A4 : En passant nous paissons, mais pensons nous ? Mais, je n’ai jamais vu de ruines !
A1 : Bien sûr que si ! Là-bas !
A4 : Seraient-ce des ruines ?
A2 : Oui.
A4 : Et des ruines de quoi ?
A1 : Justement personne ne le sait.
A2 : De là, nos questionnements, nos agacements avec ce butor !
A4 : Il serait bon d’avoir au moins des hypothèses, même si nous ne pouvons vérifier. Pour que nous utilisions le mot « ruine », encore faut-il qu’il y eut jadis quelque chose. Je ne sais pas... la première qui me vient à l’esprit, euh ! Une civilisation disparue.
A2 : Évidemment ! Quoi d’autre ?
A4 : Écoutez, je m’emploie à vous aider, croyez moi, ces ruines m’indiffèrent !
A2 : Mes excuses...
A4 : Bien que parfois, je trouve que l’herbe y a un autre goût !
A1 : Un goût, dites-vous ! Effectivement je n’y avais pas songé, mais j’y trouve moi aussi, un goût.
A2 : Tout ce qui se mange a des racines, et ces racines trouvent leur subsistance dans la terre. Elles y puisent certainement dans les remugles enfouis au cours des siècles. Les murs qui s’élevèrent sont tombés, la chair qui bâtit ces murs est tombée aussi et leur matière s’est transmuée jusqu’à l’herbe et puis jusqu’à nous, qui la mangeons et jusqu’à eux, qui nous mangent.
A4 : Ce qui voudrait dire ?
A2 : Que nous recelons en nous quelque chose de cette catastrophe... des atomes, des bribes, des pensées...
A4 : C’est affligeant ! Serions-nous des bombes animales ?
A1 : Mon dieu !
A4 : Mes amis... la trêve est terminée, il nous faut retourner paître et mourir. Il nous faut redevenir des animaux.
A2 : Déjà !
A1 : Mon dieu, mon dieu ! À demain… peut être. Si nous nous en souvenons, nous pourrons poursuivre cette conversation.

Les animaux quittent la pensée et redeviennent sauvages. Le soleil s’élève et éclaire l’île.

La voix :
— Je raconte des histoires d’animaux, des fables. Il faut bien s’abriter dans la jungle quand plus rien ne pousse ailleurs. Il faut porter des peaux d’animaux et des masques de fauves, il faut s’enfuir dans la sauvagerie.
Me semble-t-il !
Ici, à la toute fin du monde, il nous faut devenir... quelqu’un plutôt que quelque chose. Donc pousser ce qui n’est que bête à avoir des pensées.
Pourquoi d’ailleurs ?
— C’était pas mal cette histoire de  bêtes... bien sûr on connaissait déjà, mais tout a déjà été dit. Alors, tu pourrais reprendre en entier des trucs déjà faits par pur hasard, en mélangeant les mots au pif, comme on jette des objets sur un tissu... tout est question de probabilité ! Il est possible que les objets jetés dessinent la figure de Van Gogh, comme il est possible que ton truc ait déjà été dit, même certain... Au bout du compte, on refait toujours pareil. L’univers aussi... les mêmes matériaux, les mêmes réalisations. Les forces de l’entropie s’amusent à tout démonter, à tout éparpiller dans le grand néant... et puis tout recommence parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Le hasard fait que tout se remonte à peu près comme avant.
— Silence ! Y a-t-il autre chose à accomplir ? Raconter des histoires pour être quelqu’un. Raconter des histoires pour être en compagnie. Mille et une nuits. Mille et une fins. Mille et un recommencements. Mille et une fois. Mille et une éternités.
— Tu n’es pas une femme.
— Quoi ?
— Tu n’es pas une femme pour tes mille et un contes.
— Je ne sais pas. Il n’y a personne. Alors, pourquoi pas ! Où est mon sexe ? Où se cache-t-il dans ce corps si démesurément grand ? Dans les plis et les replis de cet océan, dans cette masse qui se féconde elle-même, érection et cavité. Je n’en sais rien, comme de toute chose.
Mais laissez-moi continuer, laissez-moi parler. Laissez-moi murmurer dans le silence, puisque le monde est vide et que la poésie seule dresse les ombres à marcher. Laissez-moi dire des choses sans importance.

La plage se soulève comme roulée de l’intérieur par un animal monstrueux, un serpent géant ondulant sous la terre, une vague puis deux.

— Vous n’êtes pas d’accord bien sûr… pas d’accord le moins du monde.
Le moins du monde !
Il n’y a que ça qui vous tient... dans ce qui reste... dans ce peu... dans ce rien, vous essayez de tenir, en ratissant ce minuscule bout de plage, pour retrouver tous ces minables petits trésors cachés dans le sable et les retourner entre vos doigts, vous vous les prêtez. Ces miroitements passent entre vous et perdent peu à peu leur éclat.
Je n’ai plus envie de raconter d’histoire, je ne veux plus vous distraire. Vous m’écœurez !
Je suis le dernier qui parle.
La valeur du texte n’a plus d’importance.
Les mots même peuvent se passer de sens.
Je peux dire et redire la même histoire, en inventer mille, parler en martien, me taire... Il y a trop longtemps que je suis seul, ma langue s’est desséchée.
Tout le principe est bon à jeter ;
Conventions,
structure,
trame narrative...
ce n’est plus nécessaire, ce n’est plus utile.
Les personnages n’existent plus.
Alors quoi dire ?
L’abstraction, la pensée pure, la sensation.
Mais quoi, sans ça, on s’ennuie ! Je suis d’accord avec vous. Je suis d’accord, vous m’entendez ?
Sans ça, on n’est pas debout.
Alors, il reste ce bout minuscule, cet espace fragile, ce peu. Ce qu’il me reste à moi, cette parcelle où j’arrime mon imagination. Les dernières images avant que ce peu sombre aussi...
Le prendre, le piller.
Qui le peut ?

Sixième histoire : la tempête.
Le vent s’est levé, debout comme un colosse il déchaîne les vagues, soulève le sable, agit comme sait faire le vent. Il défait ce qui a pu être construit ou construit à sa manière. Il est juste et efficace, il n’a ni pitié, ni compassion... il pourrait pourtant.
Dans la tempête, un navire chavire bien sûr et pourtant.
Sa coque geint, les mats craquent et se fendent, des haubans et les voilures claquent.
Lorsque le vent reprend son souffle, on entend des voix humaines, des bribes de voix humaines comme des chiffons de toile arrachés et volants. Et pourtant on sait bien, et pourtant...
Puis le navire s’échoue, sa coque s’ouvre et dégueule son chargement, eau, écume, bêtes et hommes, livres, livres par milliers se déversent dans la mer... le navire vomit des livres, ses livres portent corps et écume, épaves, et cordages jusqu’à la plage, où ils déferlent comme une marée blanche et mouvante, un assemblage chaotique
Puis le vent se calme, je marche dans cette catastrophe refaite à neuf.


Voix :
Qui es-tu, toi qui te noyas dans tous ces livres ?
Tu crois qu’ils vont être contents ?
Tu crois qu’ils vont te remercier ?
Toutes ces histoires, ces pensées. Tu penses que ça peut leur plaire ?
Je te trouverai, où que tu sois enfoui dans cette horreur, je vais te trouver et tu verras qu’ils s’en foutent.
D’où vient ton bateau ?
D’où vient ton équipage ?
Je cherche la veste du capitaine, on doit pouvoir la voir.

Je cherche puis, je finis par voir la veste bleue à galons dorés. Je tire tout ça par le col, la veste et ce qui est dedans, jusqu’à franchir la laisse et retrouver le sable, jusqu’à pouvoir m’asseoir à l’ombre en attendant qu’il se réveille. J’enlève les crabes qui visitent ses poches, j’enlève la cellulose et le sable qui obstruent ses narines et j’attends. Il finit par se réveiller. Je dirai « moi » pour moi qui parle et « lui » pour lui.

Moi : Qu’est ce que vous foutez là ?
Lui (d’abord il tousse, éternue...fait tout ce que doit faire un naufragé qui sort de l’inconscience, puis il fouille dans ses poches et attrape une flasque d’alcool qu’il porte à ses lèvres, il boit, puis me la donne, puis parle) : Il me semble que je me suis échoué ? Il y en a d’autres ?
Moi : Non ! (je me sens bête et gêné alors j’essaie d’être compatissant) Je suis désolé. Je n’ai trouvé que vous.
J’ai aussi trouvé ça (je lui rends sa casquette à galon)
Lui : Merci. Alors, ils sont tous morts. Il n’y avait pas de terre nulle part, pas de côte. Il n’y avait que l’eau. Nous avons navigué, et toute la mer a roulé sous la quille, c'est-à-dire la totalité du monde.
Pour nous échouer là, sur la dernière île, le seul endroit possible, perdre la cargaison et périr.
Moi : C’est bête !
Lui : En effet.
Moi : Vous n’avez pas répondu.
Lui : Si. Nous avons échoué. J’ai échoué, les autres sont morts.

Je me lève, j’attrape un livre, je lis un titre puis un autre, puis encore un autre et encore... je les jette tous à terre, violemment, puis je m’assois à ses côtés et je lui dis.

Moi : Qu’est ce que vous foutiez avec tous ces livres ?
Lui : Nous essayions de les sauver. Nous avions embarqué la plus grande bibliothèque du monde... et les tableaux, la musique, les films et les images et toutes les créatures que l’homme a imaginées, dans le plus grand navire qui fut jamais conçu, et nous avons coulé et tous ont péri... Shakespeare et Stan Getz, la gorgone et Rimbaud, les géants de Gulliver et Mozart... Tous ont péri une deuxième fois.
Moi : c’est ridicule. Vous auriez pu essayer de sauver autre chose, non ! La lagune de Venise et les ponts sur le Gange... les éclairs au chocolat, les usines à gaz et les hélicoptères... Quelque chose de plus utile que toute cette quincaillerie, quelque chose de plus nécessaire. Regardez-ça ! C'est déjà mou, pourri, inutilisable !

Je me lève de nouveau, je suis en colère et je me rends compte maintenant de quelque chose qui m’advint pendant le naufrage. Je me souviens que je suis une femme. Alors je me tais et m’assois, remonte ma jupe sur mes chevilles et sers mes jambes entre mes bras.

Moi : C’est stupide !
Lui : Je sais, mais qui avait-il d’autre à faire, à part des stupidités ?
Moi : Je ne sais pas.

Il y a un long silence, ponctué par le bruit de l’alcool dans la flasque lorsque nous buvons, puis plus de bruit quand il n’y a plus rien à boire. Alors, il se lève et arpente ce bout de plage, prenant ça et là des objets qu’il laisse tomber plus loin, prenant ça et là des souvenirs qu'il rejettera à la mer. Alors, il revient et s’assoit. Il regarde la mer et l’infini du monde, cet infini noie ses yeux dans l’eau.

Moi : Vous pleurerez peut être, puis vous ne pleurerez plus !

— Et puis, je me lève, je m’en vais. Je n’ai pas fini mon histoire, mais je sais ce qui arrivera. Je le quitte déjà sans avoir consommé la seule nourriture qui peut nous manquer, nous qui vivons dans la fin des temps.
Les livres pourrissent dans l’eau.
L’encre se dilue, évidemment comme les paroles prononcées. La couleur, le noir ou le gris s’étirent en volutes et en tourbillons puis disparaissent, laissant un ciel bleu sans nuances.
Il n’y aura pas de dernière histoire. Il n’y en aura pas. Il n’y aura pas de dernière chose, de dernier sourire, de dernier baiser, de dernier mot. Il n’y aura rien de tout ça.
Il n’y a pas d’ordre, de succession.
Il n’y a pas d’héritage.
— Oh non ! Quoi ? On aurait bien aimé un peu de romantisme. T’en va pas ! Tu vas encore bouder dans ton coin.
C’était bien cette arche avec ces truc inutiles, ces œuvres d’art, ces machins...
Une bonne idée !
Si, si... on te jure... craché !
Il était beau avec ses galons.
Tu as du talent. Le seul talent qui vaille, celui d’inventer quelque chose qui n’a jamais été dit. Même si parfois ça ressemble à un truc déjà vu, à quelqu’un... même si ce ne sont que des mots, des histoires, des petits riens entassés les uns sur les autres et en équilibre, comme ça peut, même si parfois, c’est bâclé.
Tu sais très bien que rien ne peut finir parce que rien n’a commencé. Tu sais très bien tout ça.
Bon, arrête de pleurnicher, tes yeux sont tout rouges. Tu peux bien t’amuser avec nous.
Encore un petit moment
Sinon on va tout éteindre et tout sera noir.
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« Modifié: 16 septembre 2023 à 09:44:49 par Basic »
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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #8 le: 06 septembre 2023 à 09:49:19 »
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« Modifié: 06 septembre 2023 à 13:46:32 par jonathan »
Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur... [Pierre Augustin Caron de Beaumarchais]
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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #9 le: 06 septembre 2023 à 10:37:04 »
Salut Jonathan,
On pourrait ouvrir un autre fil sur le commentaire, ici c était une conversation avec cendres, tu t y es invité pas de souci bien que j aurai préféré que tu parles du texte.
B
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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #10 le: 06 septembre 2023 à 11:09:07 »
Exit
« Modifié: 06 septembre 2023 à 13:46:52 par jonathan »
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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #11 le: 06 septembre 2023 à 11:58:48 »
Tu montes direct dans les tours... Je t ai précisé ce qu j aurai souhaité, ça me paraît simple
B
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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #12 le: 06 septembre 2023 à 18:48:00 »
Hello Basic,

En détails :

Premier texte :

Citer
Tout ce qui pourra errer dans ces ruines aura forme humaine et voix humaine mais sans plus, sans plus d’identité ni de nom.
Il peut y avoir un seul narrateur ou plusieurs, mais rien qui soit figé à une enveloppe ou un personnage et encore moins à un acteur.
J'aurais laissé cette partie à l'appréciation du lecteur. Juste le décor planté et tu as tout, je pense!

Citer
(cette voix sera aussi son propre interlocuteur)
Là aussi, je doute sur la didascalie. Je suis sûre que je vais lire un texte un peu barré, un peu énigmatique (de ce que j'ai lu de toi et du décor que tu as planté), alors...  :D

Citer
Et comme on peut se coincer les doigts dans une machine, je puis me blesser dans cette mécanique, y laisser un peu de mon sang, un peu de moi, sans succomber.
:coeur: la métaphore! :)

Citer
Je me souviens de ces hanches roulées par la mer jusqu’à moi, de la barque de ces hanches venue entre mes jambes,
Peut-être une partie en trop, ou condenser les deux pour éviter la répétition? ("je me souviens de la barque de ses hanches roulées jusqu'entre mes jambes"?)

Citer
Les villes se fracassent contre les guerres.
Les routes se précipitent hors des ponts.
joli!

Citer
L’impact bouleversa l’équilibre de la plage, de la forêt qui s’y arrêtait, de l’île qui les contenait.
J'aime toute cette partie; l'image de l'empreinte de l'humain.

Citer
Et l’arbre gémit en tombant lourdement dans le frou-frou du feuillage
Une pensée pour Arthur et le frou-frou des étoiles.

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comme une femme mourant dans ses robes.
ah... là j'ai pas compris!

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cet homme mi ciel mi eau
pas de tiret avec mi (je ne suis pas sûre!)

Pour ce premier texte, je pensais que tu lançais le sujet sur l'impact de l'humain, mais ça part ailleurs (et ça glorifie l'homme un peu quand même, ou alors écrire "humain" voire "Homme"...?)

Deuxième texte :

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C’est évident alors qu’il faut parler des hommes.
Bon là aussi, on parle des hommes, des humains? (passque là tu exclut la moitié de la population!  :-¬?)

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la mer fait naître ces hommes et femmes
Ah! Donc il y a aussi des femmes! ;)

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P2 : Le sable, le granuleux du sable, le salé de la mer, le froid du vent... Où étions-nous ? Où étions-nous jusqu’à maintenant ?
"Le sable" en trop?

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il reste la mer qui danse
Ultra connu comme métaphore, je suis sûre que tu as mieux! :)

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Il y a un noir sinistre où on entend la mer, longuement.
Il est seul.
Il est seul, ça tombe loin de la dernière fois qu'on parle de "il" pour moi.

Je reviendrai pour la suite.

Merci pour ton texte! :)
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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #13 le: 07 septembre 2023 à 19:08:35 »
Merci Aponiwa d'être passé travailler sur ce texte,
pas facile .

alors les didascalies : j'ai posé un autre texte de scène où il y a aussi le souci des didascalies. Dans mon intention, elles endossent la technicité des didascalies dans un vrai texte de théâtre, mais je ne crois pas que ce texte soit un vrai texte de théâtre ( comme l'autre d'ailleurs), c'est plus une aventure d'écriture qui devrait effectivement être dite mais sans les artifices de la mise en scène ou peut-être pas. Donc pour l'instant je n'en sais rien. Sur l'autre texte Beglous me faisait des remarques dans le même sens que les tiennes, je pense que cet autre texte se prêtait encore plus à leur disparition, là pour l'instant je n'en sais rien... je sais qu'il doit y avoir des trucs comme ça, des italiques, des insertions du narrateur mais parfois ça déraille, le narrateur est autant sur scène que ses didascalies appartiennent au texte lui même. Bref... pas simple. Donc, faut encore que ça chemine un peu avant que je prenne une décision.
Pour homme, j'utilisais le mot en tant que désignateur de l'espèce, humain me plait moins... ensuite je l'utilise pour marquer le genre.

Je suis d'ailleurs un peu embêté comme dans l'autre texte d'ailleurs... j'utilise "la voix" pour nommer ce personnage qui passe d'histoire en histoire et pourtant je dis "il"... ce fameux il du récit. Donc je ne sais pas, personnage ou voix, il ou elle... si je mets elle ça fout une des surprises du scénario en l'air.

Les répétitions : hanche et sable... je pense qu'ici, elles ont un rôle... le rôle du zoom du cinéma : Je me souviens de ces hanches roulées par la mer jusqu’à moi, de la barque de ces hanches venue entre mes jambes,... comme la caméra qui change de cadre... une pause, j'ai repris la phrase en mettant des points de suspension : "Je me souviens de ces hanches roulées par la mer jusqu’à moi... de la barque de ces hanches venue entre mes jambes" Le narrateur réitère la métaphore, parce qu'il veut zoomer sur son sens, insister... pareil pour sable et son granuleux...

Je te remercie encore une fois.

B

Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Re : Six histoires. texte de scène.
« Réponse #14 le: 08 septembre 2023 à 15:45:43 »
 :) Bonjour Basic,

Bravo pour les didascalies car sans elles, notamment au niveau de la quatriemme histoire, on pourrait s'interroger sur cette intervention d'un fantôme à tics de type ET qui semble plus vrai que s'il existait au naturel ! 

J'ai aussi apprécié cette répartie quelque peu bougnate : " Je m’échoue, j’échoue, la chaloupe chût et la mâchoire chavire et chôme. Le méchant écharpeur échappe la mèche qui ne chalume pas. " (ainsi parla Sarah Fourchtra)




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