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17 Mars 2026 à 10:17:33
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Traces dans la neige

Auteur Sujet: Traces dans la neige  (Lu 5997 fois)

Verasoie

  • Invité
Traces dans la neige
« le: 19 Septembre 2013 à 23:03:09 »
Wesh la populace !
- Le titre c'est parce que je voulais faire un titre en un mot, je me suis dit "oh non il faut changer", donc j'en ai mis trois. (Cela dit là je le trouve un peu pourri...)
- J'ai commencé ça début juin, du coup j'y ai pas touché de l'été, j'ai terminé là, à la rentrée, mais ça faisait un moment que j'y pensais (l'été dernier disons).
- C'est long, désolée xD Mais pour moi ça reste un "texte court", un truc uni, donc... Voilà.
- Je teste des trucs, en ce moment. Merci ceux qui voudront bien me dire ce qu'ils en pensent : )


Edit : bon j'ai changé la fin, et j'ai remis les italiques que j'avais oubliés. Voilà !

Re-Edit : j'ai changé le titre, il n'a rien à voir avec ce que vous proposiez, c'est sorti pendant une partie de dixit du meeting d'été - et j'y ai repensé en jouant à dixit chez Zach et je me suis dit "oh, ça le fait". Voilà x)




***





J'aurais pas dû revenir.
Dès que les parents sont partis, j'ai monté les radiateurs à en rendre l'atmosphère étouffante. J'étais gelée quand je suis arrivée : le vieux train, l'attente sur le quai de la gare parce qu'ils avaient oublié que j'arrivais, le trajet dans la voiture qui n'avait pas eu le temps de chauffer. J'aurais aussi bien pu rentrer à pieds, finalement. Mais il faisait déjà noir, et les routes ne sont pas éclairées. 
La maison est trop grande. Ça fait plus d'un an maintenant que je me contiens dans les neuf mètres-carrés rassurants de ma chambre universitaire ; la grande maison avec ses murs épais contre le monde extérieur, contre les gens, ses beaux meubles et ses bibliothèques impeccablement rangées, j'ai l'impression d'être dans une cellule capitonnée et froide, froide. Ils sont partis manger chez des amis. Ils ont dû croire que je faisais la gueule. Infichue de leur décrocher un mot après leur avoir fait la bise. Ils m'ont dit de ne pas poser mes affaires dans le couloir, et mon père s'est énervé tout seul quand je les ai ramassées en silence pour les amener à l'étage. De retour au salon, j'ai voulu monter le thermostat d'un radiateur ; il est passé juste derrière moi pour le remettre sur 2. 
« C'est quoi ton problème ?
- Arrête de lui parler comme ça. » Ma mère, par réflexe. Elle m'aurait dit la même chose à sa place. « Jeanne, si tu as froid, remets un pull. On a eu la facture de fuel, il faut faire un peu attention. »
J'ai hoché la tête, ça a eu l'air de les exaspérer. Ils sont partis plus tôt que prévu, parce qu'on annonçait de la neige et qu'ils ne voulaient pas avoir de problème sur la route, leurs amis habitant en hauteur. « On savait pas que tu rentrais aujourd'hui, sinon on... » « Sinon quoi ? Ça fait trois semaines qu'ils nous ont invités, elle peut bien rester un soir toute seule. » Finalement, quand ils sont montés dans la voiture, ils se disputaient presque. J'avais la gorge nouée, un peu de mal à respirer. Et je crevais de froid.
Je jette un coup d’œil à la cheminée, parce que malgré tout j'ai peur de l'engueulade s'ils reviennent et trouvent tous les thermostats au maximum. Il y a de vieux journaux posés près du foyer ; je déchire et froisse méthodiquement les feuilles pour en faire un petit tas. J'enflamme, empile des bûchettes. Ça m'occupe dix minutes, le temps d'aller chercher du bois dans la réserve au garage et de ramasser les morceaux d'écorce que j'ai maladroitement répandus sur le sol. Une fois que le feu est lancé, j'avance le fauteuil pour me coller juste en face. J'ai un roman dans mon sac, mais je sais que je n'arriverai pas à lire, pas avec l'immensité vide de la maison. Le silence m'angoisse, comme une enclume sur la poitrine.
J'aurais pas dû revenir.
Pendant un moment, je reste bloquée sur le fauteuil, à me répéter en boucle que c'était une erreur, que j'aurais dû arriver le jour de Noël et pas une semaine avant, manger avec eux et repartir, que ç'aurait été plus facile ; pendant un moment je passe dans ma tête toutes les pièces de la maison, les télévisions éteintes, les miroirs partout, les lits froids et bien faits, la tapisserie neuve et grise dans mon ancienne chambre, la porte menaçante du grenier, les livres dans la bibliothèque qui n'ont jamais été ouverts. Quand je réalise que je ne faisais qu'expirer, vider mes poumons, comme si le poids sur ma poitrine était réel, le début de feu est presque mort. Je tisonne les bûchettes pour le ranimer, balance un plus gros morceau de bois. Le lichen se met à crépiter.
C'est pas le moment de faire une crise d'angoisse ; je me lève pour remettre les thermostats des radiateurs comme ils étaient. Je sursaute en voyant les grands yeux du chat qui m'observent de derrière la vitre du salon. Quand je lui ouvre la fenêtre, une forte odeur de neige envahit la pièce ; le ciel est tellement chargé qu'il en est tout orange du seul réverbère à la ronde, comme un ciel de ville. Je m'active à la cuisine pour me faire du thé, puis glisse un cd dans la chaîne hi-fi, satisfaite à la fois d'un bon son comme je n'en avais plus entendu depuis longtemps, avec mes mauvaises baffles de pc, et du bruit que j'oppose au silence de la maison. Maman s'était étonnée une fois, quand je lui avais expliqué que Sacha n'aimait pas le silence parce que ça lui faisait peur. Elle trouvait ça bête, étant donné qu'il ne parlait pas beaucoup. Je ne comprenais pas non plus à l'époque, mais maintenant je sais que ce qu'il y a de plus effrayant que le silence, c'est de ne pas pouvoir le briser.
Par la fenêtre du salon je guette celles de chez Sacha, la seule maison du voisinage, à une centaine de mètres. Il s'étonne peut-être que je ne sois pas venue le voir. Je m'attends à tout moment à voir sa silhouette se découper sur la lumière de la fenêtre et me faire signe, comme quand on se souhaitait bonne nuit de loin. Mais il ne m'a peut-être pas vue revenir. Il ne regardait sûrement pas, ça fait longtemps qu'il ne regarde plus.
D'ailleurs j'aurais pas dû, j'aurais pas dû revenir. Les jambes par-dessus l'accoudoir du fauteuil, le chat ronronnant sur mes genoux comme un bienheureux distributeur de poils blancs sur mon pull noir, je renverse la tête pour écouter la musique, bercée par le crépitement du feu.
Dès que je ferme les yeux je vois des centaines d'images que je ne contrôle pas vraiment.
J'ai beaucoup de mal à m'empêcher de penser, depuis que je suis devenue mutique.

***

La première année de fac a été facile. Je m'en suis même étonnée ; j'en faisais toute une histoire de quitter les autres, abandonner Charli au lycée parce qu'il n'avait pas eu son bac, et Sacha... Sacha resterait toujours à R***, il était peu probable qu'il en déménage un jour, et sûrement pas tout seul.
Je repense à cette explosion de possibilités, à toute la liberté que j'ai eue d'un coup et que j'ai dépensée comme des centimes. Chaque fois que je revenais à R*** les gens me paraissaient distants ; je voyais sur les visages qu'à coup sûr ils me reconnaissaient, la petite Jeanne qui est partie faire ses études à Besançon, mais plus le temps passait et moins ils m'étaient familiers. J'étais tellement fière de ma petite chambre dans un grand bâtiment anonyme, des cours que je séchais pour aller prendre le soleil dans le parc, des assemblées générales où on votait la grève et le blocage de l'université pour des causes qui me paraissaient nobles, des voyages improvisés avec de nouveaux camarades de promo, de nouveaux amis ; j'ai réussi à me convaincre que la vie que j'avais menée jusque-là était fausse. Coincée au fin fond du Jura, l'illusion d'une vie avec les deux compagnons d'infortune que je n'avais pas choisis et auxquels je pensais de moins en moins. Là, j'avais des projets, je pouvais les mettre en œuvre. Des chantiers internationaux m'ont maintenue au large tout l'été.
Je ne sais pas pourquoi je me suis cassé la gueule à la rentrée comme ça. J'avais été tellement sûre que Charli me rejoindrait, et quand ma mère m'a dit qu'il restait là pour faire un BTS dans le lycée que j'avais déjà quitté, ça m'a mis une claque. Que ce soit elle qui m'en parle, aussi, et pas lui. Puis je l'ai revu, quelques week-ends de septembre, lui et Sacha. J'avais mis un an à comprendre que nos chemins s'étaient vraiment séparés, et je commençais à réaliser ce que ça faisait d'être abandonnée, alors qu'ils s'en étaient déjà remis, eux. J'avais tellement de culpabilité et de rancœur mêlées que ça me serrait la gorge. J'ai réalisé que je n'arrivais plus à dire leurs prénoms. Sacha me tournait le dos et je voulais l'appeler, mais une voix dans ma tête me criait tellement fort à quel point j'étais dégueulasse de l'avoir laissé, alors que j'étais sa meilleure amie ; et je n'arrivais pas à le dire. Sacha. Privilège ôté, retour à l'anonymat, plus le droit de le dire. Sacha. Plus le droit d'avoir le pouvoir de le faire se retourner. J'attendais qu'on me regarde dans les yeux pour pouvoir parler. Mais ils ne me regardaient plus vraiment.
C'est pour ça que j'ai décidé d'arrêter de revenir. Et puis de plus en plus, la petite gêne dans ma gorge est devenue entrave. Tout le monde ne s'en est pas rendu compte. Les maîtres de conférences se fichent du son de notre voix. Mes camarades de promo m'ont trouvée taciturne, se sont désintéressés sans se poser de questions. Les quelques amis qui continuaient à m'envoyer des sms de temps en temps ne se sont rendu compte de rien. Finalement, il était beaucoup plus facile de se réfugier dans le silence que d'en sortir.
Parce que maintenant, quand on me force à parler je fais des crises d'angoisse.
Quand on avait treize ans, Charli m'a dit que le plus difficile, pour lui, c'était d'aller dormir le soir ; que quand on est hyperactif, on ne supporte pas de se retrouver seul avec soi-même. Sa tête tournait à une vitesse folle, sans plus rien pour la ralentir et l'empêcher de s'effrayer. Il m'a dit ça pendant un sevrage entre deux traitements, quand le manque de ritaline le faisait disjoncter corps et biens, que sa lucidité était aussi vite envolée qu'une plume. Je ne l'ai jamais vu aussi pathétique. J'ai compris plus tard que les crises d'angoisse y étaient semblables ; c'est le moment où l'existence devient intolérable, où le simple fait d'être paraît tellement faux qu'on ne peut le supporter. Ça passe. Mais c'est difficile de se dire qu'une partie de moi considère mon existence comme une anomalie.
Mon téléphone vibre et me sort de ma somnolence. J'essuie un revers de griffe du chat qui ne tolère pas que je gigote pour atteindre le fond de ma poche, regarde l'écran. C'est un appel de Charli. Je soupire, garde le portable quelques secondes sans bien savoir quoi faire, hésite, le pouce sur un bouton. La messagerie prend automatiquement le relais. Je crève d'envie de lui parler, au moins d'entendre sa voix ; mais il ne laisse pas de message. Malade de nostalgie, je me débarrasse doucement du chat et m'approche de la fenêtre. Le nez contre la vitre, je vois les premiers flocons qui se mettent à tomber. J'ouvre le battant ; le silence de la nuit de campagne est vivant, troublé par le ruissellement d'un cours d'eau au-delà de la route, par l'écho du vent dans les feuilles. Un silence riche, plein, apaisant.
À cent mètres, une silhouette se découpe au premier étage de la maison. Je lève une main timide ; Sacha me rend mon salut. Il regarde la neige tomber un instant, puis sa mère vient fermer les volets, et c'est l'obscurité.

***

On s'est connus à trois ans et personne ne se serait douté de rien à l'époque, mais c'est toujours comme ça. Sacha était mon voisin depuis le début, mais il ne sortait pas beaucoup de chez lui. Pendant la maternelle on était dans la même classe, Charli, lui et moi, et on était toujours ensemble. L'école a fermé l'année où on a terminé le cours préparatoire, et il y a eu une grande fête dans la cour, avec tous les anciens élèves du coin ; c'était une toute petite école avec deux classes seulement, le couple d'instituteurs qui dormaient dans une maison de fonction installée au bout de la cour, une école de patelin qui était à moins de cent mètres de ma maison.
Toute la nuit la musique avait tonné sous le préau. Sacha était excité comme jamais. Quand il était petit, un rien le ravissait, il était enthousiaste pour le moindre tour de toboggan, la barquette de frites que sa mère lui achetait, tout. Il avait d'énormes lunettes en plastique rouge, accrochées par un cordon et qui lui tombaient souvent autour du cou. Il sautait partout en faisant la liste de tout ce qui était trop bien. Charli, c'était le contraire ; il ne riait jamais, braquait sur tout le monde un regard noir sous ses cheveux clairs. Il ne parlait pas beaucoup alors que Sacha était intarissable. J'étais la seule fille de notre âge et je me retrouvais entre eux deux. On ne savait pas qu'il y avait un problème avec Sacha, tout le monde pensait qu'il avait juste plus de mal que nous à réaliser les exercices, que de toute façon il était né en décembre et qu'il rattraperait peut-être son retard.
Quand les deux instits qui avaient enseigné là pendant plus de trente ans ont fait leur discours d'au-revoir, quand la fermeture de l'école a été concrétisée par les souvenirs qu'ils racontaient et le préfabriqué vide qu'on voyait derrière eux, on nous a dit d'arrêter de jouer et de venir écouter. On était en train de débusquer des escargots d'un buisson et d'en garnir notre barquette de frites. Charli, d'un air absent, a picoré un morceau baveux avant de nous prendre chacun par la main et de nous entraîner vers les autres. La plupart des adultes avaient les yeux humides, et les mômes s'accrochaient aux jambes de leurs parents sans bien comprendre pourquoi. Cette école, c'était l'enfance de tout le monde.
Et là, inexplicablement, Sacha s'est mis à sangloter. Je ne l'avais jamais vu autrement qu'avec un immense sourire, on pouvait toujours compter ses dents de lait. Mais quelque chose dans l'ambiance, dans les adultes qui avaient l'air émus, ou le fait de savoir qu'il allait changer d'école, quelque chose a brisé d'un coup toutes les barrières de sécurité qui lui permettaient d'être aussi heureux tout le temps. Personne ne savait ce qu'il avait. Sa mère l'a pris dans les bras, l'a serré contre elle, secoué un peu, mais il était inconsolable. Ça n'a l'air de rien comme souvenir, mais Charli serrait fort ma main comme s'il avait peur que je m'y mette aussi, et il fusillait du regard tous les adultes.
Voilà, on savait pas au début que Sacha serait un peu bizarre, un peu différent ; qu'avec le temps il parlerait de moins en moins, et même s'il avait toujours l'air heureux, j'avais toujours peur de ce qui pouvait le foutre à terre en moins d'une seconde.
Et il y avait une époque où je croyais encore que Charli pourrait me protéger, qu'il suffirait qu'il se mette devant moi pour que je sois en sécurité.
Je ne sais pas si je me sens naïve, triste ou juste un peu nostalgique. Aucun des deux n'a beaucoup de souvenirs de notre enfance – j'ai l'impression d'avoir des souvenirs pour trois. Et ils ne me laissent pas en paix.
Maintenant j'ai envie d'envoyer un message à Charli, d'inventer une raison pour laquelle je n'ai pas décroché, de savoir ce qu'il voulait me dire. Et je me déteste chaque fois que je pense à ça, parce que je me déteste d'être partie. Et revenue.
Je vais dans le bureau de mon père et ouvre un peu tous les tiroirs, jusqu'à trouver le paquet de clopes que je cherche. Je ne fume pas ; Charli a commencé à douze ans, j'ai essayé de tirer sur ses cigarettes pour faire la maligne mais ça m'a donné la nausée. J'ouvre la fenêtre pour m'assoir sur le battant et j'allume la cigarette avec le briquet de la cheminée. Depuis une demi-heure qu'il neige, la pelouse est déjà presque blanche ; les brins d'herbe en dépassent ridiculement mais ils ne risquent pas de voir le soleil demain matin. Mes parents ne vont pas tarder à m'envoyer un message pour me dire qu'ils doivent rester chez leurs amis, que la route est trop dangereuse à prendre, qu'elle ne sera pas déneigée avant demain matin. C'est bête, c'est un soir où j'aurais besoin qu'on m'empêche de faire des conneries.
J'aspire une fois sur le filtre pour garder la braise ardente, mais je n'avale pas la fumée ; la cigarette coincée entre les lèvres, j'enlève ma montre de mon poignet. Elle cache bien les marques. C'est un jeu stupide qui m'amuse depuis que je n'arrive plus à parler. Parce que c'est la seule façon dont je m'autorise à penser à Charli. Je vois son visage, ses cheveux châtains, son nom sur mon téléphone quand il a sonné tout à l'heure, et en même temps, j'écrase la cigarette sur le dos de mon poignet. Pas longtemps, parce que ça fait trop mal ; ça m'oblige à arrêter. Au début, j'effleurais juste la peau avec la braise, mais je me suis entraînée à mieux tenir.
Le feu, c'est Charli ; c'est de sa faute si j'en suis obsédée. Mais il n'y a pas que pour ça que je mérite mes brûlures.
J'écrase la cigarette à peine consumée sur le mur en face de moi. Mon poignet me lance, c'est insupportable, à m'en donner envie de pleurer. C'est une douleur perfide, bien pire que se scarifier – pour moi du moins. J'ai envie de boire et de m'assommer. Le chat chouine à cause du froid qui rentre dans le salon ; je tire le battant derrière moi.
Je ne sais pas pourquoi je fantasmais sur un jour où Charli allumerait une cigarette devant moi et où je pourrais la lui arracher des mains, pour l'éteindre sur mon poignet. Pour lui faire mal, plus mal qu'à moi, qu'il s'en veuille de m'avoir donné des raisons de m'en vouloir.
Je suis une épave pathétique.

***

Il paraît que je suis gentille. Il y a la Jeanne de Sacha, celle qui est restée son amie après toutes ces années, ses redoublements, ses tests, les petits cons qui le traitaient d'arriéré et moi avec. Mais Sacha est adorable. Il sourit toujours et il est toujours là. Il ne change pas vraiment ; j'aurais pu me lasser de lui. Je ne sais pas quel sentiment de loyauté m'a gardé près de lui que je n'avais jamais vraiment choisi. Et il y a la Jeanne de Charli, celle qui est tellement sale dedans, celle des brûlures de cigarette, des coups de rasoir le soir sous la douche, celle qui s'en veut, et s'en veut inlassablement.
Tant qu'ils étaient là, j'arrivais à garder mes deux parties ensemble, peut-être, ou je n'avais pas bien compris la différence. Mais depuis cette année je suis coupée en deux ; et la gentille Jeanne a fait beaucoup trop d'efforts pour enfouir l'autre, elle a fini par réaliser qu'elle était tout aussi fausse et fragile. Elles n'arrivent plus à parler. La Jeanne de Charli, la Jeanne sale a honte des brûlures de cigarette. J'ai l'impression que je n'arriverai pas à les réconcilier et qu'aucune des deux ne m'appartient. Alors j'attends sur l'appui de fenêtre qu'une pneumonie m'attrape.
Mon téléphone vibre encore et je vois sur l'écran le nom de Sacha. C'est un message. Je lève les yeux vers sa fenêtre ; il a ouvert les volets et s'est assis sur le battant, lui aussi. Pendant un moment, j'ai peur qu'il m'ait vue, et j'hésite à lire ce qu'il m'a envoyé.
« Tu es rentrée pour Noël ? »
Ça me paraît tellement évident que je ne sais pas quoi lui répondre.
« Oui. Mes parents sont partis manger chez des amis. »
« Tu veux que je vienne ? »
« Non »
Je n'aime pas qu'il puisse me voir là, alors je repousse la fenêtre derrière moi et rentre au salon. Sur le fauteuil, devant le feu qui crépite.
« Pourquoi ? »
« Vous avez pas encore mangé, si ? »
« Je peux passer après. »
Il n'a jamais été capable de résoudre une équation, mais c'est une vraie tête de mule. Je sais que ça ne sert à rien de discuter avec lui, parce qu'il n'en fera qu'à sa tête, et une partie de moi a envie qu'il vienne, parce que c'est une des deux seules personnes que j'ai envie de voir. C'est l'une des ambivalences que j'ai du mal à porter ; il n'y a qu'eux deux qui soient capables de me faire du mal, mais j'ai besoin de les voir et l'impression qu'il n'y a qu'eux qui puissent me sortir d'où je suis tombée.
« Faut que je te dise un truc. »
« Quoi ? »
Je reste bloquée sur le message vide. Je n'arrive pas à répondre, à la place j'ai envie de me couper, de poser ma main sur la vitre de la cheminée, n'importe quoi.
« Tu me le diras tout à l'heure, sinon. »
« Non »
« Pourquoi ? »
« Parce que je n'arrive plus à parler. »
Comment j'ai pu croire que ça changeait quoi que ce soit de le lui dire, de toute façon ? Il n'a jamais été capable même de s'occuper de lui-même, et il ne le sera jamais. Le regard que les adultes posent sur lui me révolte ; ils ont l'air d'avoir pitié du pauvre garçon, ils veulent absolument comprendre pourquoi il a du mal à communiquer avec les gens, pourquoi il ne peut pas faire certaines choses comme remettre la chaîne de son vélo ou compter la monnaie qu'on lui rend, alors qu'il passe son temps à lire des livres et a une orthographe irréprochable. Ma mère me reprochait quand j'étais ado de ne m'être liée qu'avec un garçon dangereux comme Charli, une mauvaise graine qui allait mal tourner, qu'on retrouverait à taguer des entrepôts ou à brûler des granges. J'avais beau protester que Sacha aussi était mon ami ; elle ne le considérait même pas. Les mêmes adultes qui répétaient à toutes nos classes quand il n'était pas là que l'on devait faire un bon accueil à Sacha, l'aider s'il avait du mal, lui prendre les devoirs parfois parce qu'il ne venait que trois jours par semaine, puisque le quatrième jour était consacré à une aide psychomotrice ; les mêmes avaient l'air incapables de croire que Sacha nous avait, Charli et moi – et surtout Charli, qui avant ses douze ans avait cassé la figure de pas mal de gamins du collège.
Des fois j'en veux à ceux qui ont l'air de le plaindre, parce que Sacha est toujours heureux. De temps en temps des choses l'effraient, l'angoissent, et il s'en faut d'un rien pour que sa sécurité s'effondre et qu'il se mette à pleurer. Mais le reste du temps, il a un immense sourire et une bonté incroyables. Il ne se pose pas de questions, il est heureux de me voir à ma fenêtre et veut venir me voir, alors que je l'ai abandonné. Il pardonne vite ; plus vite que je ne me pardonne.

***

Depuis que je ne les vois plus je me repasse en boucle nos adolescences comme si j'allais y trouver une réponse, à quel moment je me suis coupée en deux et pourquoi je n'arrive plus à me réconcilier.
On a treize ans et c'est l'été, qui s'étire, morne, interminable, comme la journée qui brûle tout sans espoir d'un souffle de vent. Je me réveille à midi tous les jours, les parents sont au travail, la maison est vide. Et je n'ai rien à faire. Sacha est parti en vacances alors tous les jours, au début de l'après-midi, Charli vient me chercher et on va se promener dans la forêt. Je prends un bouquin, un paquet de gâteaux et une bouteille de soda ; lui emmène des clous, un marteau et une scie rouillée, le tout provenant de l'atelier de son père. Ses deux grands frères, les jumeaux, ne le laissent pas emporter de meilleur outil, parce qu'en ce moment ils créent des étagères pour leur futur appartement.
On va dans le coin qui appartient à son grand-père, où ils avaient construit une rampe en bois et un parcours de BMX à travers les arbres. Ça fait plus de cinq ans qu'ils n'y ont pas mis les pieds, et le bois a fini par pourrir ; la rampe, sur laquelle on montait quand on était petits, s'est effondrée. Charli récupère des morceaux de bois et construit une cabane dans un arbre. De temps en temps je l'aide, ou je reste couchée dans la mousse, à lire.
« On dira à personne qu'on a la cabane ici, d'accord ? Comme ça ce sera notre cachette. »
En essayant de scier une planche trop épaisse pour son outil rouillé, sans lever les yeux vers moi, il demande : « pour faire quoi ? »
Je lui réponds que je ne sais pas, mais que ce serait bien. Il a l'air d'accepter l'idée. La planche l'énerve et il la jette par terre, puis la gratifie d'un coup de pied.
« Putain ! »
Je lève les yeux de mon livre et mon ventre se serre de dégoût immédiat. La planche est restée accrochée au bout de sa basket.
« Mais viens m'aider ! Il y avait un clou ! »
Il sautille sur place en jurant, puis se laisse tomber par terre, le pied tendu le plus loin possible, comme si la blessure allait lui sauter à la figure. Serrant les dents, j'arrache le morceau de bois. Le clou, méchamment rouillé et acéré, est taché de sang. Charli m'insulte copieusement.
« Enlève ta chaussure », j'ordonne sans y faire attention. Puis, comme il reste bloqué sans oser y toucher, je soupire et défais ses lacets.
« Tu vois, y'a rien. T'as juste les orteils bien éraflés, mais il ne s'était pas planté. Il restait accroché à cause de la basket.
- C'est parce que c'est pas toi qui l'a eu dans le pied », siffle-t-il entre ses dents. J'essuie le sang avec sa chaussette, puis comprime la plaie.
« Tu laveras bien, c'est tout.
- Ouais. De toute façon, elle est bientôt finie, la cabane. Enfin, on peut monter à l'arbre, quoi. On s'en fout qu'il y ait un toit. La plate-forme et deux murs, ça suffit. »
Je ne peux pas m'empêcher de rire. Charli, c'est le type qui plante la moitié d'un clou, puis geint qu'il en a assez. Du moins, c'était ; depuis qu'il prend de la ritaline, il se concentre plus longtemps. Il n'aurait jamais pu faire tout ça sur la cabane, avant. Il ajoute :
« Sacha va être vachement impressionné. J'espère qu'il n'aura pas le vertige pour monter là-dedans.
- On lui en parle aussi, alors ? » Le regard qu'il me jette me fait souhaiter avoir plutôt avalé ma langue que posé la question.
« Évidemment qu'on lui en parle. C'est pour nous trois, cette cabane. Tu voulais l'exclure ?
- Non, c'est pas ça, mais...
- Si, c'est ça. T'es vraiment dégueulasse avec lui, des fois.
- Putain mais tu peux parler, c'est pas moi qui lui ai tapé dessus ! »
Il écarte brusquement son pied que je tenais encore sous la chaussette, et se relève très vite. Quand je veux le retenir, lui faire comprendre que ce n'était pas ce que j'avais voulu dire, il me pousse par terre. Une branche me rentre dans le dos, et le temps que je reprenne mon souffle, il a disparu. Enfui avec une seule basket, la deuxième dans ma main, avec sa chaussette pleine de sang.
« Et merde. »
Le problème avec Charli, c'est que quand il fait une crise, il est impossible à arrêter. Même si je cours derrière lui de toutes mes forces, et qu'il est presque pieds nus, il me dépasse de loin. Je le suis jusqu'à l'orée de la forêt, et dans le champ d'avoine qui la borde. À peu près au milieu du sentier de terre, il arrache sa deuxième chaussure et coupe à travers la culture. Si le paysan nous voit, il va nous écorcher. Je le suis en l'appelant, espérant l'attraper avant qu'il ne puisse se cacher dans le maïs.
« CHARLI, PUTAIN, CHARLI ! »
Quand je passe l'orée du grand champ de maïs, je ne vois plus où il est parti. Je m'arrête pour reprendre mon souffle, et lacer ensemble ses deux chaussures avant de les balancer sur mon épaule. Il a dû s'arrêter de courir aussi. « Charli ? » Je l'appelle plus doucement, je marche au travers des épis pour rejoindre une allée où ils sont plus espacés. Puis je m'arrête pour écouter.
Il y a des grillons qui chantent dans le champ, des oiseaux qui passent en rase-mottes au-dessus de ma tête, le bruit du vent dans les épis. Et dessous, à peine discernable, j'entends le bruit du briquet, et la respiration saccadée.
Je traverse en sa direction ; il est recroquevillé sur le sol, les genoux dans les coudes, une cigarette au bec. Avec son briquet, il s'amuse à lâcher du gaz dans sa main avant de l'enflammer, comme s'il relâchait une boule de feu. Et il tire sur la cigarette, et il recommence.
« Tu devrais pas fumer ici, ça crame bien, le maïs. »
Le regard qu'il me lance ; un peu vitreux, pas encore tout à fait lucide. Et moqueur.
« Et toi tu devrais pas m'énerver, je suis instable.
- Désolée. »
Ce sont les professeurs et nos parents qui disent ça. « Instable. » Je prends un épi de maïs dont j'arrache méthodiquement les fanes, et les tend à Charli. Il essaie de les enflammer du bout de sa cigarette, sans trop de succès.
« Tu vois que ça crame pas si bien. »
Je hausse les épaules. Il ajoute :
« Qu'est-ce que tu as contre Sacha en ce moment ?
- Rien. » Comme il me donne un coup de coude assez rude, je réfléchis à une réponse. J'ai retenu une grimace de douleur ; il n'a pas fait exprès et ce n'est pas la peine d'en rajouter. « C'est... J'en ai marre que les gens le traitent de débile. Et que sa mère me regarde bizarrement quand je l'attends devant sa maison, avant d'aller prendre le bus le matin. Que la mienne me demande pourquoi je n'invite pas d'amies du collège pendant les vacances.
- Parce qu'elles nous aiment pas, c'est ça ?
- Je les aime pas non plus. » J'ai dit ça d'un air de défi, mais des fois je me demande si un jour je ne devrai pas choisir, pour de vrai, entre eux deux et le reste du monde, et ce que je choisirai.
« Sérieux, Jeanne, on s'en fout de ce qu'ils pensent, les gens.
- Pourquoi vous vous êtes disputés, la dernière fois ?
- Mais j'en sais rien, merde. » Il a le pouce rouge à force de jouer avec le briquet. Il écrase son mégot par terre. « Je me suis senti... Comme une crise qui allait venir. Et lui, il rigolait à cause d'un truc, je sais plus quoi, il était content parce qu'il avait attrapé une petite libellule au fond de son jardin, ou une connerie comme ça. Ça m'a rendu dingue qu'il puisse être en train de se marrer alors que j'avais tellement mal, et je l'ai poussé. Du coup, il m'a regardé comme s'il me voyait pour la première fois, et j'ai eu tellement honte que je lui en ai collé une. C'est pour ça qu'il s'est mis à pleurer et que sa mère nous a bannis de la maison pendant une semaine. »
Je m'approche un peu pour poser la tête contre son épaule. Il ne s'écarte pas, mais il ne passe pas son bras autour de moi. Il reste recroquevillé et immobile, comme s'il avait peur que le moindre mouvement fasse tomber quelque chose à l'intérieur de lui.
« Il ne t'en veut pas, hein. Il me l'a dit, avant de partir en vacances.
- Mais je suis méchant, hein ? Et dangereux. C'est pour ça que je prends ces conneries de médicaments. C'est pour ça que je vous fais mal ! »
Il a changé de posture tellement vite que je m'en suis trouvée déséquilibrée, et il m'a rattrapée pour me serrer dans ses bras, mais pas une étreinte pour te consoler, une à te défoncer les épaules, à t'empêcher de respirer jusqu'à la nausée.
« C'est bon, Charli. Arrête, c'est pas grave. » Je réussis à lui chuchoter. Quand il me lâche, c'est comme si le vide reprenait ses droits tout autour de moi. Tu me fais pas mal, Charli. Tu me feras jamais assez mal tant que tu ne m'auras pas brisé une côte.
« Je change de traitement le quinze août », fait-il. « Du coup, à partir de dimanche, il faut que j'arrête de prendre les médicaments, pour qu'ils ne se mélangent pas. J'ai vraiment peur. »
Parfois je me sens vraiment inutile, sans aucune valeur et sans substance, alors qu'il irradie tellement fort de toute la douleur qu'il veut qu'on lui enlève, et que je suis assise à côté sans rien, sans rien pouvoir faire.
« Au moins Sacha est en vacances. Mais nous aussi, vaut mieux qu'on se voie pas.
- Ta gueule, va. »

***

Sacha, le débile mental, Charli, l'hyperactif. Sacha, il semait ses sourires partout, Charli des coups de poing, mais des fois une énergie débordante, et un humour à te faire rire à n'importe quel moment, même si t'avais foiré un contrôle et pris une claque par tes parents et que t'avais juste envie de partir pour toujours. Moi, je me battais contre rien. J'avais rien, rien pour me rendre suffisamment différente des autres, j'étais juste assez transparente, juste assez neutre pour rester coincée entre les deux, faire tampon, et avoir conscience que j'avais aucun problème. C'est vraiment horrible de n'avoir aucun problème. Les gens plaignaient Sacha et craignaient Charli, et moi ils n'en avaient rien à foutre, rien. Maintenant que je n'arrive plus à parler, ça énerve tout le monde. Peut-être qu'ils ont l'impression que je l'ai choisi. Ou peut-être que j'expie le fait d'avoir toujours été mieux qu'eux deux.

***

C'est quand Charli a arrêté les médicaments que j'ai compris à quel point il était déglingué. Finalement, lui ou Sacha, c'était pareil. J'avais l'impression que son esprit était complètement dépassé par son corps, qui essayait par tous les moyens de lui faire perdre les pédales. Je lui parlais, on allait dans la forêt voir la cabane, et tout d'un coup ses yeux se mettaient à rouler dans leurs orbites. Ça durait une ou deux secondes, et il n'avait pas l'air de s'en être rendu compte. Il me demandait pourquoi je le regardais bizarrement, il s'en inquiétait, puis ça l'énervait, et quand je tentais de le rassurer, de lui dire de se calmer, il m'éclatait de rire à la figure.
Des fois, il se ramassait sur lui-même en gémissant, comme si on venait de lui donner un coup de poing dans l'estomac. S'il était un peu stressé ; quand je lui demandais comment il avait dormi, ou quand on croisait un adulte. Ça, il s'en rendait compte. Il en avait honte et ça aggravait les choses, alors je faisais semblant de ne rien voir. Comme ses absences avec les yeux qui roulaient. Je faisais semblant de ne rien voir. C'était comme quand Sacha se mettait à pleurer et qu'on ne pouvait plus rien faire. J'avais l'impression de parler à Charli avec un téléphone dont la réception aurait été très mauvaise.
On allait à la cabane et il ne se souvenait plus qu'on y était venus la veille. Il demandait où était la scie ; mais je ne l'avais pas. Quand on était petits, je me moquais de lui avec cette histoire de clou qu'il ne pouvait pas planter parce que ça l'ennuyait ; et je m'effrayai en voyant que c'était devenu vrai. Il prenait le marteau, en avait assez. Il comptait quelques clous et partait dans une autre direction. Je le suivais mais j'avais l'impression de devenir dingue, complètement dingue, aussi folle que lui.
Et puis des fois, il redevenait lucide. « Je suis chiant, non ?
- Pas plus que d'habitude. »
Ça le faisait un peu rire. Il faisait des blagues, je souriais, soulagée. J'avais l'impression que c'était fini, et puis ça revenait.
« Le plus difficile c'est le soir », me dit-il à la cabane. « J'arrive pas à dormir. Je me retrouve tout seul avec moi et j'y arrive pas, je m'en sors vraiment pas...
- Tu fais quoi, alors ? Tu essaies de t'occuper, de lire ? »
Je me sentais bête puisque je savais que, même avec les médicaments, il avait du mal à se concentrer pour lire. Mais il souriait un peu amèrement, avant de répéter, « ouais, j'essaie de m'occuper. De lire... »
J'ai vu dans sa chambre qu'il y avait un livre sur la table de nuit, mais il m'a paru bizarre de loin. Quand je l'ai ouvert, j'ai réalisé qu'une page sur deux était noircie, brûlée. Il m'a vu avec le livre dans les mains, et a eu plusieurs de ces contractions accompagnées d'un gémissement, comme si je lui donnais des coups de pied dans le ventre. Je ne savais pas comment le rassurer.
« Tu veux que je reste dormir ?
- T'es pas obligée... »
J'avais demandé à mes parents et aux siens et c'était d'accord. Ses frères avaient fui la maison parce qu'ils ne supportaient plus de l'avoir dans les pattes. Il n'arrêtait pas de les provoquer et ils se faisaient allumer à chaque fois qu'ils lui en mettaient une pour qu'il les lâche. On a ramené le matelas d'un d'eux pour le mettre par terre dans la chambre de Charli, c'est moi qui dormais dessus. Dès que la lumière était éteinte, il ne s'arrêtait plus de parler en chuchotant, comme si c'était le bruit qui allait éloigner ce dont il avait peur dans le noir.
« Des fois pour me calmer et pour m'endormir, et pour prendre la place de tout ce qui se passe dans ma tête, j'imagine des choses qui brûlent ; j'ai bien observé les pages des livres qui brûlaient, d'ailleurs c'est le seul moyen pour que les mots restent gravés dans ma tête, je les vois devenir lumineux puis noirs et avant qu'ils tombent en cendres ils me rentrent dans la tête. J'imagine tout, n'importe quoi, la maison qui brûle, la mienne et toutes les pièces chacune leur tour, la tapisserie qui cloque et se détache des murs, la fumée qui envahit tout, les fenêtres qui explosent. Des fois je fais une histoire, comme des bougies qu'on aurait mises sur le sapin de Noël et qui auraient enflammé les branches, et l'odeur de la résine sèche et le pétillement du bois de sapin qui brûle... »
Ensuite je m'endormais avec ces images dans la tête, et je devenais obsédée par la gazinière ; je me relevais la nuit pour vérifier qu'on n'avait pas oublié d'éteindre le gaz, que rien n'allait exploser dans la nuit et nous brûler comme dans les phantasmes de Charli.
« Je suis fou à lier, hein ?
- Non. »
En vérité si je répondais ça, je n'avais rien pour le prouver. Peut-être que c'était seulement ce que je souhaitais. Ça le faisait rire, ensuite coup de poing dans son estomac, ensuite il se remettait à parler. Je n'en voyais pas le bout.
Et puis sa mère est revenue de la pharmacie avec le nouveau traitement. Les deux premiers jours, il n'a fait que dormir. Il était complètement assommé, comme s'il expiait des dix jours à tourner à plein régime. Quand sa mère le réveillait de force à midi et le forçait à manger un peu, et que je venais le chercher pour aller à la cabane, il s'endormait sur la plate-forme. Je lisais à côté de lui, vérifiant vaguement qu'il ne se retournerait pas dans son sommeil pour glisser au bas de l'arbre. Je pensais que ça l'empêcherait de dormir le soir, cette sieste, mais le lendemain était pareil. Et puis il est redevenu normal, du moins comme avant.
Je ne pouvais pas m'empêcher de penser que le Charli que je connaissais, celui qui était plutôt calme, mais un peu instable, celui-là n'était pas le vrai, que je ne voyais le vrai que lors de ses crises, quand il se mettait à m'insulter ou à crier. Mais ce n'est pas que le vrai était si méchant, je m'imaginais mieux caché sous la couche d'insultes, encore dessous, celui qui avait eu besoin de moi une dizaine de jours d'été brûlant, qui pensait au feu comme s'il avait un soleil à l'intérieur, celui qui admettait ses faiblesses. Charli sous médicaments c'était comme la Jeanne qui faisait la gentille alors qu'elle n'était pas réelle. Mais à l'époque, elle, je ne la connaissais pas.

***

Quand Sacha sonne à la porte, j'ai changé de CD, et je recopie les paroles que j'entends sur un carnet, avec un petit marqueur noir. C'est pour m'empêcher de penser, mais ça ne marche pas vraiment. J'ai aussi pris le marqueur pour pouvoir parler à Sacha. Si je me voyais de l'extérieur je me dirais que c'est du cinéma, que je suis stupide et que rien ne m'empêche de parler ; que je suis bornée, que je veux faire mon intéressante. Heureusement qu'il n'a jamais vraiment eu de recul sur les gens.
J'ouvre le battant et mon imbécile de chat se précipite dans le blizzard. J'essaie de le retenir, le rate, Sacha rigole. Ses cheveux noirs sont constellés d'énormes flocons, ses épaules aussi. Il est tout heureux. « Ça tombe que depuis deux heures et on voit même plus l'herbe ! » Il me fait la bise en serrant fort mon épaule de sa main libre, je m'écarte pour qu'il puisse entrer. C'est amusant comme ses traits ont à peine changé, il a encore l'air d'un petit garçon, avec ses cheveux ébouriffés, sauf qu'il a abandonné les lunettes rouges. Il n'a toujours pas de barbe ; je me serais moquée de lui si j'avais pu parler. Il rentre comme chez lui et je vois qu'il porte un gros panier en osier recouvert d'un chiffon. Je le suis au salon ; il s'installe sur le canapé et pose le panier sur la table basse.
« Ça m'embête pas si tu parles pas, hein. »
Je l'ignore et ouvre le panier. Je n'arrive pas à retenir un petit « bah ? » de surprise. Sacha prend le calepin que j'ai laissé sur la table et écrit :
Elle a mis bas hier soir.
Je regarde la chatte noire et blanche au fond du panier, flanquée de quatre minuscules boules de poils. J'avance ma main, ose à peine effleurer sa tête. Elle ouvre un œil vigilant, mais elle est étendue de tout son long et a l'air complètement épuisée. Les chiffons qui lui font un nid sont souillés. Je prends le calepin des mains de Sacha.
Elle les a faits dans le panier ?
Ça faisait un moment qu'elle se cachait dedans, alors j'ai mis des chiffons.
T'aurais peut-être pas dû les

« C'est bon », fait-il avant que j'aie terminé d'écrire. « Il n'y a même pas cent mètres. Et puis tu peux la toucher, elle te connaît. C'est moi qui les ai aidés à naître. »
Il a l'air tout fier, comme un enfant. La chatte sent mes doigts puis les lèche, et elle commence sa toilette, entraînant les pathétiques « miiii » de sa portée.
« Je savais que tu aimerais les voir, en plus », continue Sacha. Distraitement, il pousse ma main pour caresser le chat. Il l'a eue il y a deux ans, quand j'étais en terminale, et il y est férocement attaché. Ça ne m'étonne pas vraiment, il adore les animaux depuis qu'il est tout petit. Au bout d'un moment, il reprend le panier, et je me dévisse le cou pour lire par-dessus son épaule.
Maman dit que quatre, c'est trop. Elle ne veut pas qu'on les garde.
Même pour les donner ? J'en prendrais un, moi. L'idée d'arracher à Sacha ces chatons est la chose la plus cruelle que j'aie entendue.
Même. Elle veut bien qu'on en garde un ou deux, mais elle dit que la mère ne pourra pas aussi bien les nourrir s'il y en a plus, et que s'il y en a un qui meurt dans deux semaines, ça sera pire.
J'ai du mal à trouver les mots pour le rassurer, parce que globalement, j'ai toujours été du même avis : rien ne sert d'élever une trop grosse portée de chatons, puisque de toute façon, on n'arrive jamais à les donner. Ils n'ont pas opéré la chatte de Sacha parce qu'ils espéraient qu'elle ferait des chatons une fois, pour qu'il ait l'occasion une fois de les voir, mais peut-être que finalement, c'était une mauvaise idée. Ils vont grandir, devenir attachants, et puis il y en aura un qui passera sous une voiture et ce sera le drame.
Chez mes grands-parents, les chats servent surtout à chasser les souris de la grange ; ils les nourrissent à peine et ils gardent presque une allure de chaton toute leur vie. Ils laissent les femelles faire des portées mais ne gardent qu'un bébé à chaque fois. Il y a toujours trois ou quatre bêtes qui rentrent dans la véranda à la tombée de la nuit et avec lesquels je jouais quand j'étais petite, quoiqu'ils n'aiment pas trop la présence des humains, puisqu'ils n'ont pas l'habitude d'être caressés. Quand l'unique bébé grandissait, mon grand-père avait l'habitude de le laisser dans un clapier avec un lapin et du foin ; ça lui tenait chaud si la mère sortait, puisqu'il n'y avait pas d'autres chatons. J'y pense parce que mon père répugnait toujours à y aller quand une femelle avait mis bas ; il disait que c'était barbare de les tuer comme le faisait mon grand-père ; un coup sec contre le mur. En tout cas, j'en aurais été incapable.
J'aimerais dire à Sacha que si ses parents les endorment avec de l'éther et qu'ils les noient, ils ne sentiront rien, et ce ne sera pas dégoûtant, ce sera une mort douce, une mort de chaton. Mais même moi je sais à quel point c'est hypocrite. C'est juste la lâcheté de ne pas pouvoir en finir d'un coup sec contre le mur. Et de toute façon, je ne dois pas penser à Sacha comme si c'était un enfant.
Il lâche le calepin et me regarde dans les yeux.
« Je sais qu'elle ne me laissera pas les garder tous les quatre et je sais que ce serait cruel, puisqu'il n'y aurait pas assez de lait pour tous. Alors je veux les tuer moi-même. »
Décidément plus un enfant. Il a l'air déterminé qui l'empêche, j'imagine, de s'effondrer. Ça me briserait le cœur qu'il perde l'innocence que je lui prête, qu'il change enfin, qu'il grandisse, puisqu'il a été ma seule constante, depuis toujours.
Je ne sais pas s'il a vu dans mes yeux que je l'en croyais incapable, mais il détourne le regard et change de sujet.
« Charli va pas très bien en ce moment. »
?
« Il a une nouvelle copine, mais ça se passe pas bien. »
Charli a une copine ?
« C'est depuis que t'es partie hein, il a plus jamais été tout seul. Mais il les garde pas longtemps. »
Je digère l'information sans rien écrire sur le carnet. Depuis que je suis partie. Ça m'a serré le ventre mais je ne sais pas si je suis contente, ou pas. Je me déteste plus qu'avant, peut-être.
« En général il s'en trouve facilement parce qu'il est... extraverti, tu sais, et il les fait marrer. Et elles le trouvent beau. Mais elles partent assez vite, parce qu'il en a marre et qu'elles le sentent. Là, je crois que c'est elle qui en a assez et qui voulait le laisser. Il lui a demandé de rester. »
Ça me révolte de penser que Charli ait pu demander quoi que ce soit à quiconque. Que quelqu'un ait pu lui faire du mal. Ça me révolte parce que c'est quelqu'un d'autre que moi.
Il a essayé de m'appeler tout à l'heure
« T'as pas décroché ? »

« Ah, oui. » Un temps. « Ça fait longtemps ? »
Novembre, je crois...
« C'est marrant. C'est comme si nos rôles étaient inversés. »
Tu me traites de débile ?
Je sais qu'il ne le prendra pas mal. Et en effet, ça le fait rire. « Peut-être un peu, oui. Mais c'est pas grave. Ça me va. »
Quand on était au lycée, j'avais une prof de philo un peu dérangée qui voulait nous mettre en situation, pour nous faire réaliser ce qu'étaient les handicaps. Elle avait obtenu qu'un tiers de la classe mette un pansement sur sa bouche pendant toute une journée, pendant qu'un autre groupe avant les yeux bandés, et un troisième se déplaçait en fauteuil roulant ou, à défaut, les mains liées derrière le dos. Ç'avait été un beau bordel, toute la journée. J'avais eu droit au bandeau, et Charli avait trouvé ça amusant de me coller son pansement. Ni voir ni parler. Quand on avait fait une mise en commun de nos expériences, il avait été évident que plus aucun des professeurs que nous avions eu n'autoriserait une nouvelle tentative ; mais alors que les autres expliquaient comment ils avaient trouvé ça difficile, leur prise de conscience du handicap, moi, ça m'avait plu. J'avais aimé ne rien voir et m'accrocher toute la journée au bras de Charli, j'avais aimé qu'on arrête de me poser des questions. L'entendre pousser les autres sans leur répondre quand ils demandaient pourquoi j'avais le bandeau et le pansement à la fois. C'est pour ça que je n'aime pas ceux qui plaignent Sacha. Au fond, je l'ai toujours un peu envié. Ce n'est pas de pas pouvoir parler qui m'insupporte ; c'est le fait que les gens autour attendent de moi que je me mette à parler, justement. Sacha, lui, s'en fiche complètement.
Il prend la télécommande, ramène le panier à sa droite sur le canapé et pose ses pieds sur la table basse, à la place. Mon portable vibre au même moment, et j'ai peur que ce soit Charli ; mais ce n'est qu'un sms de mes parents.
« On revient demain matin, il y a trop de neige. Ça ira ? »
Je réponds « ok » avant de m'étendre sur le canapé, la petite couverture sur les jambes, la tête sur les genoux de Sacha. Il zappe sur plusieurs chaînes avant de se fixer sur un mauvais film de série B. Je ne m'étais pas sentie autant en sécurité depuis des mois ; je me laisse bercer par les répliques clichées et somnole doucement.

***

Je peux imaginer facilement pourquoi les filles tournent toutes autour de Charli et pourquoi elles ne restent pas. Il a cet air de gentil bad boy, avec ses cheveux châtains fins comme ceux d'un bébé, et ses grands yeux noirs. Il est toujours agité, n'ouvre la bouche que pour raconter des conneries qui font rire tout le monde. Il deviendrait facilement populaire, s'il le voulait.
Elles ne restent pas parce qu'évidemment il est instable et peut piquer des crises pour n'importe quoi. Il m'a déjà frappée, mais ce n'est pas comme s'il le faisait exprès, du moins c'est ce que je me suis toujours dit pour ne pas à avoir à envisager le fait de m'éloigner de lui.
J'avais eu l'impression qu'il s'était calmé après qu'il avait changé de traitement, que le nouveau était plus efficace parce que ses crises étaient beaucoup moins fréquentes. Ce dont j'ai mis un moment à me rendre compte, c'est que son attrait pour le feu se transformait en véritable obsession. C'était comme si le trop-plein d'énergie mauvaise n'était pas vraiment annihilé par les médicaments mais dévié ; et comme il ne pouvait pas l'expulser par les crises et les coups, il trouvait une autre solution en apparence plus calme. Brûler des choses.
Il brûlait les lettres que je lui écrivais pendant les heures de perm, sur une feuille du cahier de maths que j'avais arrachée. Il les lisait, et chez lui, le soir, il les brûlait. Je ne m'en étais pas tout de suite rendu compte, mais des choses disparaissaient dans ma chambre après qu'il venait me voir. Ça aussi, ça partait en fumée. « Je suis désolé. C'est pour m'aider à me souvenir de ce que tu écrivais. C'est pour garder quelque chose de toi. C'est pas pour t'embêter. » De toute façon je préférais ça aux minauderies des filles de ma classe. Il dessinait beaucoup, et il coloriait ses dessins avec de gros pastels gras, mais toujours noir, rouge, jaune. Quand il m'écrivait, il décrivait souvent un endroit qui brûlerait, comment la forêt partirait en fumée, chassant toute vie devant le mur de flammes incandescent.
Alors je comprends qu'aucune fille n'ait voulu rester avec lui, s'il s'appliquait à brûler tout ce qui se rapprochait d'elle.
Au dernier feu de Saint-Jean après la terminale, il a pété les plombs. On n'avait pas encore les résultats du bac. La bouteille de tequila était à moitié vide. Charli était fou du feu, il dansait autour de la chavande, bourré mais heureux comme je ne l'avais jamais vu. Il n'avait pris que la moitié des médicaments qu'il aurait dû, parce qu'il avait peur de leur association avec l'alcool, et il m'avait l'air un peu plus perché que d'habitude, mais même Sacha avait tété de la tequila et gloussait comme un furby à côté de moi.
« Putain Jeanne, on s'en va l'année prochaine. »
« Arrête », faisait Sacha, « Je sais pas ce que je vais faire moi. »
Je repensais à la cabane et à la tête de Charli quand j'avais suggéré qu'on le fasse sans Sacha. Je comprenais pas qu'il ait l'air heureux de partir avec moi ; puis j'ai réalisé que ce n'était pas ça. Ça lui foutait les boules de partir sans Sacha.
« Alors on se casse tous. Ce soir, on se casse ! »
Il sentait le cactus mais il parlait sérieusement. Son bras autour de mes épaules me maintenait contre lui et me déséquilibrait en même temps.
« On peut pas partir tous, Charli, de toute façon tu sais qu'on reviendra souvent même l'année prochaine.
- Et pourquoi on reviendrait, hein, Jeanne ?
- Y'a nos parents ici. Y'aura Sacha, y'a nos affaires, j'sais pas moi. »
Il a éclaté de rire en répétant « nos affaires. Nos AFFAIRES » comme si c'était la blague du siècle. Et puis, bras autour de mes épaules avec la bouteille de tequila au bout, et l'autre main dans celle de Sacha, il a commencé à nous tirer derrière lui.
« Tu nous amènes où ?
- Tu vas voir ce que j'en fais de nos affaires. »
Personne n'était chez lui ; ses deux frères avaient monté la chavande avec leurs amis et ils étaient en train de mériter leur poids en bière pression ; ses parents dansaient des tubes disco sur la piste en bois. Il nous a mené dans sa chambre en grand fracas, et alors qu'on s'écroulait tous les deux sur le lit, il a commencé à jeter le contenu de ses étagères par terre. Ça faisait un boucan du diable.
« T'es con », je lui répétais, mais en même temps, je me tordais de rire. Sacha s'était allongé et respirait un peu trop profondément, volontairement, je commençais à me demander s'il n'allait pas se sentir mal et si sa mère nous tuerait en apprenant qu'on l'avait fait picoler. J'ai balancé quelques trucs à Charli pour qu'il les mette dans le tas de choses au milieu de la pièce. Il fumait dans sa chambre et dansait autour du tas, en jetant des trucs dedans, comme un Indien autour de son totem. Je trouvais vraiment ça drôle, libérateur, comme cérémonie.
Jusqu'à ce qu'il renverse le reste de la bouteille de tequila sur le tas et y balance sa cigarette allumée.
Les langues de feu ont jailli immédiatement, presque trop vite pour que je comprenne ; j'étais sérieusement entamée. Mais je me suis mise à hurler, alors que Charli s'amusait, qu'il continuait à danser et s'était mis à ululer. J'ai poussé Sacha par terre pour prendre la couverture du lit et je l'ai jetée sur les flammes. Je n'osais pas m'approcher pour les piétiner, j'avais peur de brûler avec, mais quand j'en ai vu commencer à traverser la couverture, le tissu fondre par endroits, j'ai comme perdu le contrôle et je suis montée sur le tas d'objets jusqu'à ce que je ne piétine plus que des choses sous une couverture. Sans chaleur.
Je pris conscience du silence et de Charli qui débitait derrière moi en chuchotant.
« Les flammes qui te lèchent la jambe remonteront jusqu'à ta hanche et brûlant tes reins elles montent sans pitié le ventre fond dans les flammes enflamment les poils le duvet autour du nombril et jusqu'aux seins qui brûlent les cheveux comme une torche incandescente »
Il ne me parlait pas, je ne savais pas à qui il parlait. Il chuchotait avec une ferveur et un débit semblables à celui de ma grand-mère quand elle faisait ses prières, discrètement, le soir. J'avais envie de lui jeter la bouteille de tequila à la figure, je l'ai juste secoué. Il a arrêté.
« Je suis désolé. » Il l'était vraiment, cette fois. Et soûl et catastrophé. « Je sais pas ce qui m'a pris.
- C'est pas grave. » J'avais les mains qui tremblaient et un mollet douloureux, peut-être un peu brûlé. Mais ce n'était pas le plus urgent. Je n'osais lâcher l'épaule de Charli de peur qu'il glisse dans cet état bizarre d'où je venais de le sortir. J'entendais en boucle dans la tête le bruit qu'avait fait l'alcool en s'enflammant, la chaleur soudaine et les flammes qui avaient presque monté jusqu'au plafond, à moitié bleues. Ça sentait terriblement mauvais dans la chambre.
« Tu en voudras à Sacha s'il vomit sur la moquette ?
- Je vais bien », protesta l'intéressé. Pourtant il ne voulut pas bouger du sol de toute la nuit. J'allongeai Charli dans son lit, bordai les draps et, après une hésitation, ajoutai la couverture. Peu de choses avaient brûlé dessous ; des livres et des cahiers de cours principalement étaient noircis ; mais l'alcool n'avait pas tout imprégné et le feu était resté superficiel. Certains bibelots avaient eu l'air d'avoir un peu fondu, mais je m'en fichais. Je me suis couchée sur les draps, entre les deux garçons. La chambre s'est mise à tourner doucement, et j'avais soif. Ça puait le brûlé ; j'avais visité un entrepôt où avait eu lieu un incendie, quelques années plus tôt, que mes parents hésitaient à acquérir pour stocker des choses, mais l'odeur nous avait empêchés de rester plus de quelques secondes à l'intérieur. Ensuite j'avais su que quelqu'un était mort lors de l'accident. Ils n'ont jamais réussi à vendre l'entrepôt ; des arbres commencent à y pousser, le toit s'est effondré et le lierre a repris ses droits. Mes pensées glissent pendant que je m'endors. Je n'arrive pas à m'empêcher d'imaginer la chambre de Charli en train de brûler. Le feu s'éveille, s'étire comme un gros chat qui dormait, roule sous le lit comme un croquemitaine, et les flammèches s'en échappent doucement, toujours à l'extrémité de mon champ de vision, pour grignoter autour de moi, les coins de tapisserie et le bas des draps. Le visage de Charli et celui de Sacha fondent , je regarde mes mains qui sont dans le même état. Le temps que je relève les yeux, toute la chambre est incandescente, il y a une chaleur à suffoquer mais je respire, d'ailleurs le feu entre dans mes poumons, je le respire comme un liquide brûlant et les autres ont disparu, mais au moment où je veux les récupérer, le sol se met à trembler, comme si la maison entière qui brûlait allait s'écrouler...

« Modifié: 12 Novembre 2013 à 17:38:32 par Verasoie »

Verasoie

  • Invité
Re : De petites fissures
« Réponse #1 le: 19 Septembre 2013 à 23:04:17 »

***

Je me redresse en sursaut, envoyant au passage un coup de boule à Sacha qui a eu le mauvais réflexe de se pencher vers moi. Je suis toute tremblante de froid parce que je me suis endormie devant la télé et que les braises dans la cheminée sont presque mortes. La pensée me ramène à l'effondrement, et je suis encore dans les vapes parce que je ne comprends pas pourquoi la maison continue de trembler.
« Tu vibres », indique Sacha.
Je sors le téléphone de ma poche et quand je vois le nom de Charli, je décroche sans réfléchir. Je l'approche de mon oreille et j'écoute. Je ne peux rien faire d'autre, alors j'écoute.
« Jeanne ? »
L'entendre dire mon prénom c'est comme une digue qui lâche, un jour d'été où j'aurais été en plein cagnard. J'ai du mal à respirer mais j'ai envie de sauter de joie.
« Jeanne ? C'est toi ? Réponds, putain. Il faut que je te parle. »
Je ne sais pas quoi faire et je croise le regard de Sacha, interrogateur, la main vaguement tendue. Je m'apprête à lui donner le téléphone quand je l'entends. Le spasme, le gémissement comme s'il avait pris un coup de pied dans l'estomac.
« CHARLI »
Ça m'a échappé et j'ai la voix rauque, putain, rauque de pas avoir parlé depuis, je sais pas, des semaines ? Et les larmes aux yeux et envie de le récupérer, maintenant, de l'avoir devant moi.
Un nouveau gémissement, puis il semble prendre le temps de se contenir assez pour parler.
« J'ai fait une connerie. J'ai fait cramer une grange. »

***

Sacha pardonne vite, et il pardonne tout. J'en sais quelque chose.
Quand j'ai crié au téléphone il a à peine bougé, j'ai vu que ça le heurtait quand même parce qu'il a glissé sa main dans le panier du chat et qu'il s'est mis à le fixer. Ça me bloque et ça me serre la gorge. Je ne peux plus rien répondre. C'est comme si la porte s'était refermée, et Charli raccroche.
Je lui envoie un message pour lui demander où il est,
un autre pour lui dire de venir à la maison.
« J'ai entendu », me signale Sacha au bout d'un moment. Il a l'air inquiet mais pas surpris ; je ne le suis pas non plus, juste en colère contre mes souvenirs, ceux de ma mère qui me prévenait contre Charli, c'est un sale gosse qui va mal finir, tu sais ceux-là ils commencent comme ça et un jour il fera brûler une grange, pourquoi je l'ai écoutée pourquoi je suis incapable d'être surprise
Je crois que je peux parler mais que je n'en aurai plus jamais envie.

***

Sacha pardonne vite et je ne mérite pas d'être pardonnée. Ce n'est pas que pour Charli que je me brûle les poignets ; avant qu'il commence à aller vraiment mal, quand j'avais onze ans, au tout début du collège, j'en ai voulu à Sacha parce qu'il restait collé à mes basques. J'avais envie de rencontrer des gens, de me faire des amies ; j'avais conscience que Charli pouvait séduire tout le monde avait son humour et ses yeux noirs et je me disais qu'à nous deux, on serait terriblement populaires. Mais avec Sacha, c'était impossible ; les autres le méprisaient, ou au mieux, ils avaient peur de lui, il les mettait mal à l'aise.
J'avais envie de tester, de voir à quel point il m'était dévoué, jusqu'où je pouvais aller sans qu'il parte. Me rappeler que c'était lui qui avait besoin de moi, et pas le contraire. Alors je testais. J'avais des bougies et de l'encens dans ma chambre : j'allumais les bougies, un bâton d'encens, et je le mettais au défi.
« T'es pas cap de te renverser la cire sur le pied. »
Il le faisait. Il le faisait, et moi je commençais déjà à me trouver horrible, mais je n'arrivais pas à m'arrêter.
« C'est moi qui te le fais ; tu dois tenir au moins cinq secondes avant de dire stop. »
Et j'écrasais le bout du bâton d'encens sur le dos de son poignet, là où j'avais enlevé la montre. Chacune de ses grimaces me donnait un coup de poignard. J'avais commencé à me dire que j'étais allée trop loin et que je ne pouvais plus m'arrêter. J'avais peur qu'il le dise à Charli, et en même temps envie qu'il le fasse, que je sois débarrassée des deux finalement, si je ne pouvais pas être débarrassée que de lui.
Mais j'ai arrêté, un jour où je me suis renversé de la cire sur la main sans faire exprès, et où j'ai senti à quel point ça faisait mal. J'ai eu une cloque pendant plusieurs jours, et Sacha m'a demandé comment je me l'étais fait. Il s'inquiétait pour moi, il a voulu me donner de la crème. Alors j'ai arrêté de lui faire du mal et j'ai juré que je ne le ferais plus jamais, que je le protégerais.
Chaque fois que Charli me reprochait de l'exclure, j'avais l'impression qu'il savait ; et je me souvenais que j'étais horrible, que je devais me détester et que je ne méritais que des brûlures. Finalement c'est peut-être là qu'elle a commencé, la scission ; entre la vraie Jeanne et celle qu'ils croyaient connaître.

***

Je déteste le Jura, les petits villages coincés entre les montagnes, perdus là et que tout le monde a oubliés, condamnés à pourrir sans aucun souffle d'air frais. Parfois quand je revenais, je trouvais magnifiques les pentes douces avec des fleurs sauvages, les falaises de craie qui émergeaient des forêts. J'ai des souvenirs qui me montent à la tête, les sites de via-ferrata et ceux où on faisait de l'escalade sauvage, la rivière où on se baignait au printemps, l'odeur de la forêt. Ça me fait mal de voir toute cette beauté quand je sais que ce val c'est là où Charli est devenu fou et Sacha prisonnier. Quand je repense à la classe, quand j'étais petite, je sais que tous ceux qui sont restés ont mal fini ; Yannick est mort dans l'accident de voiture qui a envoyé Emilie dans le coma pour des mois, Lucas s'est mis à l'héro et on m'a dit qu'il n'avait plus de dents, Charlotte est enceinte mais personne ne connaît le père. Tous les quatre ne sont même pas allés jusqu'au lycée ; à croire que c'était bien le village qui était maudit. Les autres sont partis à Besançon comme moi dès leur bac en poche et je n'ai plus de nouvelles ; ils reviennent de temps en temps, évitent les vieux et la route où on est tous allés poser des fleurs pour Yannick. Putain mais si Charli avait pu partir de ce bled. Chaque fois que je croise quelqu'un qui s'appelle Lucas je ne peux pas m'empêcher de revoir ce visage – je l'ai pas vu depuis la quatrième, il avait douze ans, des taches de rousseur et les cheveux trop longs – et d'y enlever les dents, cloaque dégueulasse tout noir puant, un trou dans un visage bien trop maigre.
Je le déteste mais je n'arrête pas d'y penser ; j'y ai laissé toute une partie de moi quand je suis partie à Besançon.

***

On va beaucoup plus vite quand on ne cherche pas quelque chose à dire ; avant que Sacha réagisse je suis dans l'escalier de la cave, là où on range les affaires d'hiver, et je cherche des bottes.
« Tu comptes aller où ? », il me demande. « Tu sais où il est ? »
Je sais où moi j'irais encore si je devais m'éloigner coûte que coûte, et j'espère seulement que c'est à la cabane que Charli a pensé, et pas autre chose. J'espère juste qu'il me faisait encore suffisamment confiance pour savoir que c'est là que j'irais le chercher.
Finalement, on avait montré la cabane à Sacha mais il n'aimait pas vraiment la forêt, alors on y allait quand il n'était pas là.

***

« Jeanne, attends ! »
Je ne lui ai pas demandé de me suivre. Il ne devrait pas me suivre, il devrait m'en vouloir, me détester, ce serait normal ; me détester comme je déteste ce patelin et comme je me déteste. Les énormes flocons tombent sans s'arrêter, la route est toute blanche, on marche sur les traces d'une unique voiture qui a bravé le froid. Sur les bords, on ne fait plus la différence entre l'herbe et le macadam.
Quand j'ai ouvert la porte d'entrée pour m'engouffrer dans le blizzard, j'ai vu des empreintes dans la neige, qui faisaient plusieurs aller-retours entre le porche et la route, qui piétinaient devant l'entrée, et ça ne pouvait être personne, personne d'autre que lui.
Je me souviens qu'une fois, j'étais rentrée de la gare, après le lycée, et j'étais allée directement chez ma grand-mère parce que mes parents étaient en voyage toute la semaine. Elle n'avait pas de voiture ; il faisait noir et il avait commencé à neiger. J'étais trempée, mais quand j'étais arrivée près de chez elle, la lumière derrière la fenêtre de la cuisine avait brillé dans l'obscurité, je la regardais en sachant que derrière, il y avait un chocolat chaud déjà prêt, le repas sur le feu, ma grand-mère à côté du poêle en train de regarder les informations ou Questions pour un Champion en m'attendant.
Et je me dis que Charli, devant la lumière, s'est quand même senti tellement mal qu'il est reparti dans la neige.
Sacha galère ; il n'a que ses Converses et elles ont déjà pris l'eau. Il n'a pas de veste, non plus ; mais c'est comme moi. Il s'est tu, et le silence est cotonneux, loin de sa riche texture quand j'avais fermé les volets plus tôt dans la soirée. Il n'y a plus de vent, plus de ruisseau ; rien que la neige qui tombe en silence. On a perdu les traces de Charli, soit parce qu'il a marché sur celles de la voiture comme nous, soit parce qu'elle est passée après lui. De toute façon, je suis tellement sûre qu'il est à la cabane que je n'ai pas besoin de perdre du temps à les suivre. Si Sacha pouvait avancer plus vite. Je n'ose pas le laisser comme ça dans la neige.
« Y'a quelque chose qui cloche.
- C'est dans ta tête que ça cloche.
- Tu me reparles ? »
Je suis bien obligée d'admettre que oui, que le froid me donne des coups de fouet et m'aide à respirer. C'est le fait de ne pas regarder Sacha, aussi, peut-être. Et la réplique, automatique, méchante et automatique.
« Tu vas vers la forêt, là, hein ?
- T'es pas obligé de me suivre. »
Il tire sur mon bras et je me débats, continuant sans lui accorder un regard. « Jeanne, arrête ! »
Cette fois j'ai entendu qu'il commençait à sangloter, je m'arrête. J'attends de voir ce qui va se passer. Je suis debout en tee-shirt au milieu de cette route pleine de neige, je traîne avec moi mon ami à moitié débile, que Charli a juré de protéger que j'ai juré de protéger, et alors que ses digues se brisent, qu'il s'apprête à craquer, je ne sais rien faire d'autre que le regarder. Il m'a refait parler, et moi je le regarde au moment où il va pleurer.
« Pourquoi on ne la voit pas brûler ? Pourquoi on n'entend rien ? » Il a des larmes sur les joues qui coulent rapidement et laissent des traînées blanches comme du givre. Je n'arrête pas de m'essuyer le visage pour enlever les flocons. Le monde entier a les reflets oranges du lampadaire qui est déjà à deux cent mètres.
« Y'a pas trente-six granges dans le coin. C'est forcément celle de M. Girard. On devrait la voir si elle brûlait...
- Tu veux dire que c'était un mytho ?
- Non, mais s'il est passé y'a pas longtemps... »
Oh, putain.
Cette fois je lui prends le bras et je le tire derrière moi. L'air glacé me brûle la gorge et les flocons s'écrasent sur mon visage en m'aveuglant. J'en ai dans le cou qui dégoulinent, dans les cheveux, qui coulent de mon nez à ma lèvre. Au lieu de tourner vers la forêt je suis le chemin des vieux moulins, vers la grange. On abandonne les traces de la voiture et on patauge dans la neige toute fraîche. Au bout d'un moment, je remarque quelque chose sur le côté de la route.
« Putain, elles sont là. On les aurait ratées si on avait suivi la forêt. »

***

C'est horrible de se dire qu'au milieu de ce silence de coton, il est peut-être en train de foutre le feu à la grange, et sa vie en l'air au passage.
Mais quand on arrive, je me dis que c'est bon, qu'on était là à temps. La porte de la grange est entrouverte, le cadenas a sauté ; il ne tenait rien de toute façon. Il est déjà onze heures et les Girard doivent dormir comme des masses. La maison est trop loin de toute façon pour que quiconque ait entendu quoi que ce soit. Je serre les doigts glacés de Sacha dans les miens, et on passe la porte. Dans la grange on ne voit rien ; il n'y a que le bruit de nos pas sur le foin pendant qu'on avance un tout petit peu, puis je m'arrête. Sacha est serré tout contre moi, et j'entends nos respirations saccadées. Il fait terriblement noir, et je sais qu'il est là quelque part, parce qu'aucune empreinte ne sortait.
« Charli ? »
Le silence dure tellement longtemps que je finis par me convaincre qu'il ne peut pas être là, que je l'entendrais respirer, je sentirais au moins sa présence. Puis j'entends un craquement, et le soufre d'une allumette s'enflamme. Le visage de Charli apparaît dans le halo, marqué, crispé. Je le vois plisser les yeux pour nous apercevoir, mais la flamme doit l'éblouir.
« Sacha est là aussi. On est venus te chercher. »
Sacha serre ma main plus fort et moi aussi je sens que quelque chose cloche. Charli est trop calme. Il a l'air ailleurs. La flamme atteint ses doigts et il la lâche en sursautant. Je regarde dans sa direction avec appréhension, mais il ne se passe rien quand l'allumette consumée tombe dans le foin éparpillé par terre.
Il se passe encore un temps de trop avant qu'il ne gratte une deuxième allumette.
« C'est ses médicaments », murmure Sacha. « Il en a trop pris. » Puis il me lâche et s'avance vers lui. Charli sort une autre allumette qu'il allume à celle qu'il tient. Quelque chose brille sur son visage, et quand je vois que ce sont des larmes, j'ai l'impression de me prendre un coup de poing dans le ventre.
« Rentre avec nous », lui dit Sacha doucement. « S'il te plaît.
- Elle m'a menti, cette sale pute ». Au début j'ai l'impression qu'il parle de moi. « Elle me disait qu'elle resterait avec moi et qu'elle m'aiderait, mais elle s'est barrée.
- On est là, nous. » Les allumettes s'enflamment une par une, de plus en plus vite j'ai l'impression, comme s'il perdait le fil. Sacha le console avec les mêmes mots que ce qu'il m'aurait dit. J'ai envie de la tuer, cette fille. De la tuer pour l'état dans lequel elle a mis mon meilleur ami. Je la trouverai et je la tuerai.
Ça, je le dis à voix haute. Charli sursaute comme s'il venait de s'apercevoir de ma présence, et pendant une seconde ses yeux roulent dans ses orbites. La contraction, tout à l'heure, quand il m'a appelée ; il n'a pas pu prendre ses médicaments. Sinon, ses yeux ne rouleraient pas comme ça. Il enflamme une nouvelle allumette et je comprends tout en même temps, je vois la bouteille de vodka vide à côté de lui, son corps qui se convulse juste avant qu'il se mette à hurler,
« PUTAIN MAIS TA GUEULE
ELLE A RIEN FAIT QUE TU N'AS PAS FAIT TOI »
Sacha n'a que le temps de me pousser derrière lui, trop tard.
Charli balance ses allumettes devant lui et les flammes nous encerclent immédiatement. Il ne bouge pas. Le foin ne prend pas feu tout de suite, seulement la vodka, toute la bouteille répandue en cercle autour de nous qui s'enflamme en bleuté et orange. S'il avait mis de l'essence...
Je n'arrive pas à bouger, je n'arrive pas à réagir, parce que ce qu'il dit c'est vrai, et que si cette fille mérite de cramer, moi aussi, je ma place dans le putain de cercle de flammes et je mérite de brûler dans cette grange.
Je crois que n'importe qui d'autre que nous trois aurait fait quelque chose. Crier, paniquer, appeler au secours, essayer d'éteindre le feu. Au lieu de ça, je fixais le cercle en attendant qu'il m'aspire, Charli disjonctait complètement avec le manque de ritaline et Sacha s'est accroché à moi en pleurant. Et puis le foin imbibé s'est mis à brûler, quelques fétus autour de nous, et ça a vraiment commencé à fumer et à sentir le carbone. Mais les flammes de l'alcool étaient redescendues, un petit paquet de foin a pris feu aux pieds de Sacha et je l'ai écrasé avec mes bottes. Ensuite j'ai éparpillé ce qu'il restait d'ardent tout autour de nous. Les bottes de foin étaient loin, heureusement. Plus j'éteignais et moins je voyais autour de moi. J'avais les yeux brûlants. J'ai tâté mes poches et senti le briquet que j'avais pris à côté de la cheminée ; quand j'ai eu fini d'éteindre les petites braises qu'il y avait par terre, je l'ai allumé.
« Je suis désolée. On s'en va. »
Il a gémi deux fois et j'ai pris sa main. J'ai espéré que Sacha nous suivrait dehors ; je n'osais pas lâcher le briquet et me retrouver dans le noir encore une fois. À l'extérieur, le froid nous a assaillis ; je n'avais pas réalisé que l'atmosphère de la grange était enfumée. Il doit y avoir un grand cercle noir au milieu, une bouteille d'alcool vide, et je me dis que M. Girard va s'inquiéter, penser que des gens font des rites satanistes dans sa grange. À tous les coups, ça va retomber sur la bande de Lucas ; c'est eux qui ont braqué la boulangerie, une année, pour se payer leur dose, et ils ont déjà mis le feu à des entrepôts. Si la grange avait complètement brûlé, ça se serait passé différemment. Une fois dehors je range le briquet dans ma poche. À la lumière des lampadaires, je vois que Charli est en tee-shirt, il a les bras couverts de griffures qu'il a dû se faire tout seul. Je me demande depuis combien de temps il n'a pas dormi. Il est clairement en manque, mais complètement épuisé ; c'est incroyable qu'il soit aussi calme alors qu'il n'a pas pris ses médicaments.
La maison n'est qu'à cinq cent mètres mais sur le chemin du retour je dois me faire violence pour les faire continuer. De toutes les morts que j'ai envisagées, il n'y en a qu'une qui ne me faisait pas peur ; m'endormir dans la neige. Mon père me disait de ne jamais, jamais m'arrêter dans la neige pour dormir, parce qu'on croit s'assoupir mais qu'en fait le cœur s'arrête. C'est la seule qui ne me paraît pas trop douloureuse.
Quand on parvient enfin à la porte, je n'en ai plus rien à faire de ce qu'ils diront en rentrant demain ; je pousse les deux garçons à l'intérieur, foin et suie et chaussures dégoulinantes de neige, et les force à s'asseoir sur le canapé.

***

Quand j'ai déménagé pour arriver en cité universitaire, je ne voulais rien laisser à la maison ; les parents avaient commencé quelques années plus tôt à rénover des pièces, une par été, et je sentais bien que tant qu'à ce que je ne sois plus dans la petite chambre du haut, ils préféraient enlever la tapisserie dégueulassée par des années de gomme fixe et faire quelque chose de propre. Donc j'ai passé trois jours à encartonner des choses, et j'ai réalisé que beaucoup de cartons se remplissaient de choses futiles que je n'arrivais pas à jeter – toutes les piles vides de mon baladeur parce que je savais qu'il ne fallait pas les mettre à la poubelle, mais je n'avais aucune idée de quoi en faire ; des nœuds d'écouteurs et de divers câbles ; des porte-clés trop laids et trop nombreux pour les accrocher à mon trousseau, mais dont je ne voulais pas me débarrasser. J'ai tout mis au grenier mais depuis je m'en veux un peu de ne pas avoir vraiment jeté tout ça ; j'ai l'impression d'être prisonnière ici tant que le seront mes poupées en porcelaine cassées, et qu'une partie de moi sera coincée avec elles si je les balance aux ordures, alors c'est peut-être l'obsession de Charli qui m'obsède moi aussi, mais je me dis que le seul moyen de m'en débarrasser c'est le feu, un grand brasier pour qu'il ne reste rien de mes affaires et rien pour m'attacher, rien de mon enfance.
S'il ne reste rien de moi au Jura peut-être que ça pourra conjurer le sort ; adieu la mélancolie des collines et l'odeur quand il se met à pleuvoir sur le macadam chaud, ce sale village ce serait plus facile de le détester si je n'avais pas autant envie de m'y enterrer.

***

Pendant que je vais chercher du bois pour relancer le pathétique feu de la cheminée, Sacha montre les chatons à Charli. Le temps que je revienne, il a le panier sur ses genoux, et il est calmé. C'est fou comme Charli, qui déteste tellement de gens, avec lequel j'ai fait les pires crasses de mon adolescence aux filles qui ne m'aimaient pas, c'est fou comme il se laisse amadouer par Sacha, comme il n'a jamais remis en cause la légitimité de leur amitié, alors que personne d'autre ne prend même la peine de lui parler.
Il n'y a plus de braises du tout alors je recommence, papier journal, petit bois, j'attends pour mettre une bûche. Charli ne dit rien, il ne regarde pas dans ma direction. En fait, il n'y a que le silence, à peine meublé par quelques crépitements et un miaulement suraigu de temps en temps ; je recommence à me sentir oppressée.
« Tes parents vont pas te chercher ? » finit par demander Sacha. Charli hausse les épaules, marmonne qu'il n'a pas dormi chez lui la veille non plus. Il a une contraction qui le fait gémir, au moment où l'un des chatons miaule aussi ; je lui ai lancé un regard inquiet, mais ça l'a surpris d'entendre le chaton en même temps. Et pour la première fois il me sourit. Qu'est-ce que je ferais pas pour le voir sourire.
Je pars chercher des sacs de couchage ; j'ai décidé qu'on dormirait au salon, je prendrai le tapis et eux les deux canapés ; dormir devant le feu comme un chat en hiver, c'est la première pensée réconfortante que j'ai depuis un long moment. Quand je reviens, Charli est allongé, avec la tête sur les genoux de Sacha qui caresse ses cheveux rasés, un peu comme il le fait du chat. J'ouvre un sac de couchage pour le mettre sur lui, et sans y réfléchir, je le borde, passe ma main sur sa tête, dans les cheveux très courts, doux comme ceux d'un bébé. Au début j'ai un serrement de cœur parce que je vois ses yeux rouler, puis je réalise qu'il combat seulement le sommeil, essaie vainement de garder les yeux ouverts, mais la chaleur et l'épuisement l'en empêchent – et l'inexplicable sécurité qu'il sent quand il est avec Sacha.
« Prends l'autre canapé si tu veux », il me dit, « je surveille le feu »
En fait j'ai la fatigue qui me tombe dessus comme une chape de plomb ; à ma montre il est à peine minuit mais j'ai l'impression d'avoir passé la nuit debout. Je m'étends dans mon sac de couchage, le regard tourné vers le feu et les flammèches qui dévorent doucement la bûche.
Je me dis que pendant des années j'ai accumulé des rêves et des projets, que j'ai réussi à les accomplir, partir loin et travailler dans des chantiers, rencontrer des gens incroyables ; ça me fait mal de penser qu'avec tout ça, toutes mes rêveries et tout ce que j'ai fait, je ne me sentirai jamais plus heureuse qu'avec Sacha et Charli, réunis devant un feu, au milieu de nulle part au Jura quand il neige dehors. Ça me fait mal parce que je prends conscience que c'est ce que je n'ai jamais cessé de vouloir, que je n'arriverai jamais à désirer quelque chose plus fort, et parce que c'est tellement simple et inaccessible à la fois.

***

Quand je me réveille je ne sais pas ce qui m'a tiré du sommeil ; j'ai la tête lourde et les yeux encore collés, il fait toujours sombre mais le lampadaire est éteint ; dehors une aube glacée avec des nuages tous bleus commence à éclairer le ciel. Un claquement me fait sursauter et je comprends que c'est ce qui m'a réveillé ; au même moment Sacha ouvre les yeux. Il se redresse d'un coup, et je ne sais pas comment il a su, peut-être une intuition ou qu'il comprend certaines choses plus vite que moi, finalement, mais il regarde directement le panier et soulève le chiffon. Je comprends au troisième claquement.
« Charli, non... »
La chatte miaule pendant que Sacha glisse la main dans le panier. Il ne dit rien. Il ramène ses jambes sous lui, prend le panier sur les genoux et se met à pleurer, doucement.

***

Au bout d'un moment Charli est revenu au salon ; il avait le regard aussi noir, aussi déterminé que quand on était jeune. Il en a toujours voulu au monde entier ; cette fois-ci, j'avais peur qu'il m'en veuille. Il a fini par prendre mon carnet sur la table, à vaguement le montrer, comme une explication.
« J'suis désolé, Sacha. Je voulais pas que tu le fasses, toi. »
Et c'était terminé. Je pense qu'il a tout de suite compris pourquoi il y avait des paroles de chanson écrites au marqueur. Il a relancé le feu après avoir arraché et froissé toutes ces pages.
Mes parents sont rentrés ce matin pendant qu'on prenait le petit-déjeuner. Ils n'ont pas remarqué qu'une bêche était remontée de la cave et que des vêtements trempés séchaient partout dans le garage, ou ils n'ont rien dit ; ils devaient être soulagés que je ne fasse plus la gueule. On a tous partagé un plat de pâtes à midi et ils sont partis faire les courses de Noël. Charli est allé à pieds à la gare, en début d'après-midi. Il voulait aller voir Léa. Il a dit qu'il la récupérerait. Je lui ai passé un pull pour qu'il ne gèle pas en chemin.
J'ai sorti tous mes cartons du grenier et je les ai réouverts avec un cutter. Dehors, j'ai enlevé la neige sur le cercle où mon père brûle la pelouse tondue en été et les feuilles mortes en automne, et j'ai lancé un feu. Ça a pris une bonne heure avant que les flammes soient suffisamment hautes, parce que le sol était vraiment humide, et j'ai commencé à y mettre le contenu des cartons au fur et à mesure. Sacha m'a aidée un peu, et puis il est rentré chez lui. Je suis en tee-shirt maintenant parce que le brasier est devenu immense. Je regarde mon enfance partir en fumée. Les passants me lancent des regards curieux, des gamins traînant leurs luges, tous emmitouflés dans leurs manteaux de ski, me font un signe de la main. Plus le feu est grand et mieux je me sens. C'est quelque chose que je devais finir depuis longtemps. Je n'arrête pas de penser au moment où je me suis endormie, tout à l'heure, et la sensation que j'ai eue, qui perdure un peu, que je n'ai pas envie de laisser repartir, celle d'être, pour un moment au moins, complète, réparée.

On a enterré les petits chats près de la cabane, dans une boîte à chaussures. Dehors, on n'a croisé personne. La neige avait tout recouvert, les nuages s'étaient dissipés et le soleil levant faisait tout briller un peu trop fort. Je me retournais souvent pour voir sur la route nos traces de pas côte à côte. Sur les sentiers du sous-bois, on a vu des empreintes d'oiseaux et d'une biche. Charli a creusé profondément pour que les animaux ne viennent pas les déterrer, et c'est Sacha qui a remis la terre avant de la tasser.
Au printemps, c'est un coin où poussent des centaines de perce-neiges.
« Modifié: 20 Septembre 2013 à 17:32:15 par Verasoie »

Hors ligne Kerena

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Re : De petites fissures
« Réponse #2 le: 20 Septembre 2013 à 00:12:24 »
Citer
Wesh la populace !

Wesh !

Citer
Quand je réalise que je ne faisais qu'expirer, vider mes poumons, comme si le poids sur ma poitrine était réel, le début de feu est presque mort.

Je comprends pas l'imparfait ici  :-\ Pourquoi pas au présent ?

Citer
mais maintenant je sais que ce qu'il y a de plus effrayant que le silence, c'est de ne pas pouvoir le briser.

JE KIFFE  :coeur: :coeur: :coeur:

Citer
Sacha resterait toujours à R***

Pas fan des noms-qu'on-donne-pas.

Citer
Et puis de plus en plus, la petite gêne dans ma gorge est devenue entrave. Tout le monde ne s'en est pas rendu compte. Les maîtres de conférences se fichent du son de notre voix

Et elle a jamais d'exposé à faire ? D'examen oral ?  :mrgreen:

Citer
J'ai compris plus tard que les crises d'angoisse y étaient semblables ; c'est le moment où l'existence devient intolérable, où le simple fait d'être paraît tellement faux qu'on ne peut le supporter. Ça passe. Mais c'est difficile de se dire qu'une partie de moi considère mon existence comme une anomalie.

Non non, je me sens pas du tout concernée... Ça fait du bien de voir des mots là-dessus, merci Vera :s

Citer
Charli pouvait séduire tout le monde avait son humour

avec

Citer
à croire que c'était bien le village qui était maudit

pourquoi il le serait toujours pas ? Présent ?

Citer
Il a gémi deux fois et j'ai pris sa main. J'ai espéré que Sacha nous suivrait dehors

Mh, vu la disposition des personnages et l'engueulade, je pensais que Jeanne prenait justement Sacha par la main. Il faudrait repréciser le "il" ici.

Citer
hier soir il en aurait vraiment besoin

eu besoin ?



Bon ben voilà. Jsuis encore toute secouée, t'es fière de toi j'espère ? Ça devrait pas être permis de me plonger comme ça dans tes textes, à chaque fois que j'en sors je suis sonnée.
Pour la peine jsais pas quoi dire.
Tes personnages sont très attachants et y'a encore et toujours ce climat de psychose et de folie qui traine, mais juste en bordure, on sent qu'ils ont pas encore plongé totalement dedans.

J'ai kiffé.

Mais ça tu le sais.
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Verasoie

  • Invité
Re : De petites fissures
« Réponse #3 le: 20 Septembre 2013 à 00:17:45 »
Citer
Je comprends pas l'imparfait ici   Pourquoi pas au présent ?

Mh elle s'en rend compte juste après (genre mini-absence). Si c'est moche je changerai

Citer
Pas fan des noms-qu'on-donne-pas.

En fait, moi non plus. XD

Citer
Mh, vu la disposition des personnages et l'engueulade, je pensais que Jeanne prenait justement Sacha par la main. Il faudrait repréciser le "il" ici.

Ouais faut que je revoie, ils ont changé de position un peu avec les relectures haha.

Merci ! : D
J'attendais ton message pour pouvoir aller dormir, même, haha.
Ça me fait toujours plaisir : ) je corrigerai les trucs !

Anlor

  • Invité
Re : De petites fissures
« Réponse #4 le: 20 Septembre 2013 à 01:03:12 »
Bon, ben, euh, finalement j'ai commencé à lire, et puis j'ai pas pu m'arrêter.  ><

Après, il est tard, j'ai pas le courage de faire un commentaire détaillé/utile donc désolée de ce petit caca que je vais te laisser, j'pourrais peut-être essayer d'éditer plus tard.
En fait, dans l'ensemble j'ai vraiment pas grand chose à redire. J'aime beaucoup tes trois personnages et la relation que tu campes entre eux pendant tout le texte. T'as un style de ouf, y a des gens bien torturés comme tu sais les faire, j'ai kiffé.
Mais (parce que oui, y a un mais), j'suis vachement déçue par la fin. T'avais dit que c'était de la guimauve, je voulais pas trop te croire, mais en fait si (euh, c'est un peu sec comme phrase, désolée, j'crois que je suis fatiguée). Disons qu'à partir du moment où ils vont chercher Charli dans la grange et que Jeanne éteint le feu en mode wonder-woman, j'ai l'impression que tu ne vas pas jusqu'au bout de ce que t'avais commencé à construire entre tes persos, que tout s'arrange trop facilement. La Jeanne qui se remet à parler, les trois qui redeviennent potes, et vas-y qu'on se roule dans la neige et qu'on mange des chips ensemble, la copine qui revient et on a même un chaton. J'veux bien que t'aies pas eu envie de faire mourir tes persos cette fois, mais là c'est un peu trop, non ?

Bref. Mais sinon j'ai surkiffé hein (sauf la fin  :mrgreen: )
C'est chouette de te lire   :oxo:

Hors ligne Baptiste

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Re : De petites fissures
« Réponse #5 le: 20 Septembre 2013 à 01:48:34 »
Salut
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Elle trouvait ça bête, étant donné qu'il ne parlait pas beaucoup. Je ne comprenais pas non plus à l'époque, mais maintenant je sais que ce qu'il y a de plus effrayant que le silence, c'est de ne pas pouvoir le briser.
Je vais rejoindre Kerena... :coeur:
Citer
et que j'ai dépensée comme des centimes.
expression un peu étrange, je trouve, mais ça a du sens

Citer
On a ramené le matelas d'un d'eux
d'un d'eux? D'un des deux plutôt ? Je sais pas, ça sonne mal je trouve
Citer
Quand Sacha sonne à la porte, j'ai changé de CD, et je recopie les paroles
bug dans la concordance je pense
Citer
acha prend le calepin que j'ai laissé sur la table et écrit :
l'idée que lui aussi écrive, je trouve ça hyper touchant
Citer
« C'est marrant. C'est comme si nos rôles étaient inversés. »
Tu me traites de débile ?
l'effet paroles calepin marche hyper bien, je trouve
Citer
ses deux frères avaient monté la chavande avec leurs amis et ils étaient en train de mériter leur poids en bière pression ;
monté la chavande ??? c'est une tradition d'un village ? genre faire la paume ???
Citer
toutes les piles vides de mon baladeur parce que je savais qu'il ne fallait pas les mettre à la poubelle, mais je n'avais aucune idée de quoi en faire
:D :D :D
Je viens de vivre ça cet été
Citer
On a déjà meublé toutes nos vacances, entre la piste de ski de fond qu'il faut qu'on refasse parce qu'on n'y a pas mis les pieds depuis six ans, le vieux jeu de société que Sacha veut sortir de son placard et une séance de cinéma prévue.
un peu bizarre cette phrase, je trouve

Je suis d'accord avec Anlor
J'ai pas pu m'arreter, ton style est trop cool ( même si vraiment je crois que y a des phrases ou ça bug mais ça ne gêne peut être que moi)
Mais la fin, la grange, même un peu avant pour moi
Je sais pas, ça m'a "déçu, si je puis dire, de ce que j'attendais du texte par rapport au début
Bon, il est tard, j'éditerais ce message si je me rends compte qu'il n'est vraiment pas clair

Merci pour ce texte très touchant  :coeur:

Hors ligne Sixte

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Re : De petites fissures
« Réponse #6 le: 20 Septembre 2013 à 12:38:42 »
Yo,

Je crois que c'est le premier texte que je lis de toi, mais je m'attendais un peu à un truc du genre, vu qu'on m'avait dit que t'avais des persos torturés.  :mrgreen:

Déjà, sur la forme, je trouve que c'est difficile de distinguer les passages où Jeanne écrit sur son carnet, ça serait mieux en italique ou entre guillemets ou quoi (mais peut-être que l'italique n'est pas passé au copier-coller).
Le fait que tu ne retournes pas à la ligne entre dialogue et narration, genre là :

 
Citer
Tu en voudras à Sacha s'il vomit sur la moquette ?
- Je vais bien », protesta l'intéressé. Pourtant il ne voulut pas bouger du sol de toute la nuit. J'allongeai Charli dans son lit, bordai les draps et, après une hésitation, ajoutai la couverture.

je trouve que ça rend le tout moins lisible, mais après c'est pas non plus un drame.  :mrgreen:

Après, surtout au début, j'ai trouvé que l'alternance entre les passages au présent et au passé était un peu confuse, peut-être trop rapide, je sais pas.

Un autre détail :
Citer
ils préféraient enlever la tapisserie dégueulassée par des années de gomme fixe
c'est quoi des années de gomme fixe ?  :o Une gomme qui bouge pas ? Mais comment une gomme qui ne bouge pas peut-elle abimer une tapisserie ?

Hmm... il me semblait qu'il y avait un passage sur lequel je voulais dire un truc, mais j'ai oublié. :mrgreen: J'éditerai si ça me revient.

Pour le reste, j'ai vraiment aimé la façon dont tu décris les personnages, on les sent vraiment bien, surtout Sacha, je crois. Et puis, on glisse de plus en plus vers leur folie. Au début, on a juste l'impression que c'est une fille normale qui a laissé des amis normaux pour partir à la ville, et c'est vraiment bien fait.
J'aime bien aussi les descriptions de la campagne enneigée, j'ai bien ressenti l'atmosphère.
Il y a un point que t'as pas trop développé, aussi, c'est pourquoi et comment Charli en vient à prendre des médocs; Enfin, pourquoi, si, mais c'est juste que le moment où il commence à les prendre, ça doit quand même être assez violent, c'est comme admettre d'un seul coup sa folie. Et d'ailleurs il n'a pas trop l'air de réfléchir aux médicaments (pff, je suis vraiment pas claire, là... mais j'ai de la fièvre, ça doit expliquer...). Non, ce que je veux dire c'est que, souvent, les gens qui prennent des médocs détestent ça et veulent tout le temps arrêter, parce que ça les rend stones, et justement les crises arrivent quand ils arrêtent. Ou parfois, il refusent catégoriquement d'en prendre, mais en tout cas, c'est pas simple. Alors que là, pour Charlie, ça semble très naturel et pas problématique (juste à la fin où il veut arrêter parce qu'il est avec la fille).

Ah, sinon, un autre détail : j'ai du mal à croire qu'une chatte qui vienne de mettre bas accepte de se faire transporter. Déjà que même quand tu les connais bien, elles refusent parfois qu'on touche leurs chatons...

Sinon, pour la fin, je suis pas trop d'accord avec Anlor. En fait, je l'ai pas trop ressentie comme une fin bisounours, parce que j'ai pas du tout l'impression que c'est réglé. Plus que c'est une période d'accalmie avant de replonger, avant qu'il y ait une nouvelle crise. Toute l'histoire est assez tendue, on a l'impression qu'on peut basculer à n'importe quel moment, donc la fin me semblait plus être un répit qu'une fin, et ça me gêne pas que ça termine comme ça. J'ai même l'impression que c'est plus triste qu'une fin triste ( :huhu:), parce qu'ils croient que tout va bien se passer, mais en fait, bam. Ou alors j'ai rien compris, c'est possible aussi.  :huhu:

(Ah, et sinon, à chaque fois qu'il y a eu un feu, j'ai cru que Charli allait les pousser dedans et qu'ils allaient tous brûler. :mrgreen:)

Voilà voilà, merci pour ton texte, il était cool.  ^^
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Verasoie

  • Invité
Re : De petites fissures
« Réponse #7 le: 20 Septembre 2013 à 17:16:04 »
Anlor :

Citer
Bon, ben, euh, finalement j'ai commencé à lire, et puis j'ai pas pu m'arrêter. 

Oh oui j'aime quand on me dit ça *mousse*

Citer
Mais (parce que oui, y a un mais), j'suis vachement déçue par la fin. T'avais dit que c'était de la guimauve, je voulais pas trop te croire, mais en fait si (euh, c'est un peu sec comme phrase, désolée, j'crois que je suis fatiguée).

T'inquiète c'est pas mal pris ^ ^
Franchement, j'avoue que je me suis dégonflée (elle devait vraiment brûler cette grange xD). Comme Baptiste a relevé aussi je vais (suis en train) de tempérer ça (pour atténuer et sous-entendre plus même si je garde la même fin quand même).

Merci en tout cas : )


Baptiste :

Citer
monté la chavande ??? c'est une tradition d'un village ? genre faire la paume ???

En fait la chavande c'est le bûcher, dans mes coins quand on fait des feux de Saint-Jean c'est la "classe" (l'asso d'élèves en terminale en gros) du patelin qui la construit (ptêtre que "monter" est ambigu tiens, j'avais pas fait gaffe) pendant les mois qui le précèdent ^ ^

Pour le reste je note et je corrigerai, merci d'avoir relevé et contente que tu aies été touché : )


Sixte :

Citer
Déjà, sur la forme, je trouve que c'est difficile de distinguer les passages où Jeanne écrit sur son carnet, ça serait mieux en italique ou entre guillemets ou quoi (mais peut-être que l'italique n'est pas passé au copier-coller).

J'ai effectivement complètement oublié de remettre ces passages en italique...

Citer
c'est quoi des années de gomme fixe ?   Une gomme qui bouge pas ? Mais comment une gomme qui ne bouge pas peut-elle abimer une tapisserie ?

La gomme fixe c'est la patafix ! (sans la marque quoi). Moi la tapisserie de ma chambre d'ado, au bout de quinze ans, elle était vraiment dégueu. XD

Citer
on les sent vraiment bien, surtout Sacha, je crois

Ah c'est marrant c'est de lui que j'étais le moins sûre...

Citer
Il y a un point que t'as pas trop développé, aussi, c'est pourquoi et comment Charli en vient à prendre des médocs; Enfin, pourquoi, si, mais c'est juste que le moment où il commence à les prendre, ça doit quand même être assez violent, c'est comme admettre d'un seul coup sa folie.

Ben en fait il a commencé à les prendre très tôt (mais j'ai pas précisé ouais. Mais si un petit est hyperactif il peut avoir ce genre de truc très très tôt) du coup il les remet pas vraiment en cause. Et du coup lui ça le soulage beaucoup (ça a l'air vraiment hardcore l'hyperactivité, j'ai eu un jeune en colo qui était en sevrage, ben... c'tait dur =(). Du coup il a tellement "honte" de lui-même quand il fait des crises qu'il a plus peur d'arrêter le traitement que de le prendre. C'est plus clair comme ça ? Je réalise pas bien si je m'exprime comme il faut... Et puis il y a dépendance et longue accoutumance, enfin c'est surtout pour ça que j'ai pas questionné le truc. Voilàvoilà

Citer
Ah, sinon, un autre détail : j'ai du mal à croire qu'une chatte qui vienne de mettre bas accepte de se faire transporter. Déjà que même quand tu les connais bien, elles refusent parfois qu'on touche leurs chatons...

Bon j'avoue que là j'ai adapté la possibilité pour les besoins du scénario haha xD (j'ai trouvé ça moins horrible de l'emmener dans la neige à J+1 que de tuer les chatons à J+10 xP)

Citer
En fait, je l'ai pas trop ressentie comme une fin bisounours, parce que j'ai pas du tout l'impression que c'est réglé. Plus que c'est une période d'accalmie avant de replonger, avant qu'il y ait une nouvelle crise.

Effectivement moi aussi je voyais ça comme ça, j'vais essayer de reformuler dans ce sens.

Merci à toi ! : D
« Modifié: 20 Septembre 2013 à 17:19:08 par Verasoie »

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
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Re : De petites fissures
« Réponse #8 le: 20 Septembre 2013 à 23:33:23 »
Hey !

Bon ben moi aussi j'ai été plongée dedans tout ça tout ça... je vais pas te ressortir tous les compliments qui sortent à chacun de tes textes  :P

Euh sinon... moi j'ai bien aimé le fait que ça se finisse "bien" pour une fois, et ça fait un peu accalmie en effet. (Et ça fait bizarre d'avoir le même prénom que le perso principal  ><)
Hum je sais pas trop quoi dire en fait...

(j'ai un autre détail rapport aux chats : quatre chatons c'est pas une grosse portée...)
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne Thérébentine

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : De petites fissures
« Réponse #9 le: 21 Septembre 2013 à 00:35:20 »
Salut Vera!
Quand j'ai lu que ça allait être long, je me suis dit : lisons quelques lignes pour voir, et j'ai tout "dévoré" jusqu'à la fin.
Je crois que c'est la première fois que je lis un de tes textes, je le trouve très bien écrit, très juste. Bon, y a des fois ou ça cafouillait un peu dans ma tête ( mais il est tard), Sacha/Charly, j'étais obligée de relire pour comprendre de qui il s'agissait. Pourquoi tu les as pas appelés Jérôme et Sébastien? ( enfin 2 noms qui se ressemblent pas, comme Jean-Pierre et Alfred :), je me dis que tu as voulu les opposer le débile / l'hyperactif).
J'aime bien ton style a la fois fluide et relativement simple.
C'est interressant parcequ il y a un vrai lien entre "délinquance" et hyper activité, tu as l'air de t'y connaître.
J'ai trouvé ça beau ( et très symbolique) le moment ou elle brûle tous ses cartons. Et dit Adieu à son enfance.
Charly sort de l'enfance en tuant les chatons.
Et Sacha?

EDIT : J'oubliais, j'ai vraiment aimé cette image de lampadaire orange qui revient une seconde fois dans le texte.
Et pour le titre, déformation professionnelle, le mot fissure me fait penser à " fissure anale" ( si si je t'assure), moi, je l'aurais appelé " trois p´tits chats".
Je ne sais pas si c'est voulu ou pas mais j'aurais fait le parallèle entre les 3 petits chatons et les 3 personnages. Le fait de le mettre en titre ça fait une liaison, je trouve, entre les deux.


« Modifié: 21 Septembre 2013 à 00:45:27 par Thérébentine »
"Faites des bêtises, mais faites les avec enthousiasme" Colette

Hors ligne Sixte

  • Troubadour
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Re : De petites fissures
« Réponse #10 le: 21 Septembre 2013 à 16:29:42 »
Citer
La gomme fixe c'est la patafix ! (sans la marque quoi). Moi la tapisserie de ma chambre d'ado, au bout de quinze ans, elle était vraiment dégueu. XD
:o
Oula, j'avais pas compris ça du tout.  :D (des trous de punaises, ça, ce serait clair  :P)

Hm, oui, je vois pourquoi t'as fait ça pour les chats... Mais après, je suis aussi d'accord avec Ambriel, quatre, c'est pas une grosse portée ! (Et j'ai jamais entendu dire qu'une chatte pouvais avoir du mal à en nourrir autant, mais bon.)

Citer
moi, je l'aurais appelé " trois p´tits chats"
owi ! o/
c'est super stylé !

(Je suis pas trop convaincue pas les "des", dans le titre, d'ailleurs.)
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Verasoie

  • Invité
Re : De petites fissures
« Réponse #11 le: 23 Septembre 2013 à 14:54:23 »
Merci Bibi : )

Pour la petite portée, c'est vrai que c'est pas terrible... J'vais juste laisser qu'elle veut pas les garder, et abandonner la mauvaise excuse de "la chatte pourra pas tous les nourrir" (on me l'a servie quand j'étais petite, d'abord ! lol)


Thérébentine :

Citer
Pourquoi tu les as pas appelés Jérôme et Sébastien? ( enfin 2 noms qui se ressemblent pas, comme Jean-Pierre et Alfred , je me dis que tu as voulu les opposer le débile / l'hyperactif).

J'avais pas du tout réalisé que les noms étaient proches mdr ! Je les ai appelés comme ça à cause de p'tits de six ans que j'ai eus en colo (qui d'ailleurs n'ont rien à voir avec les personnages, j'ai juste gardé le trio et les prénoms)

Citer
Et pour le titre, déformation professionnelle, le mot fissure me fait penser à " fissure anale" ( si si je t'assure), moi, je l'aurais appelé " trois p´tits chats".

Mdr j'ai vu "fissure anale" dans les suggestions google quand j'ai tapé ce titre (pour voir si visuellement c'était pas trop moche) xD. Bref. Ouais je pense que je vais le changer, mais trois p'tits chats j'aime pas, ça me fait trop penser à la chanson (que j'aime pas, du coup x)).

J'avais pas pensé au parallèle chatons-persos ! (Haha j'imagine le type complètement psychopathe. "Alors avant de leur donner un coup de pelle sur la gueule j'les ai appelés par nos trois prénoms, wéwé 8D")
("Hé Sacha tu préfères mourir écrasé par une pelle ou par une doc marten's ?")
("J'vais me faire des gants avec Jeanne")
(Je sors, maintenant)

Merci beaucoup pour ton avis en tout cas ! : )

Sixte :

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Oula, j'avais pas compris ça du tout.   (des trous de punaises, ça, ce serait clair  )

Mdr ok je note : D

Hors ligne Loïc

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Re : Traces dans la neige
« Réponse #12 le: 21 Mars 2014 à 23:29:51 »
Citer
Mais il faisait déjà noir, et les routes ne sont pas éclairées. 

Bouh la vilaine virgule

Citer
la grande maison avec ses murs épais contre le monde extérieur, contre les gens, ses beaux meubles et ses bibliothèques impeccablement rangées, j'ai l'impression d'être dans une cellule capitonnée et froide, froide

Cette phrase sonne vraiment bizarre. Pour moi il faudrait la réorganiser. J'aime bien, quand même.

Citer
leurs amis habitant en hauteur.

Bouh le participe présent.

Citer
Je jette un coup d’œil à la cheminée, parce que malgré tout j'ai peur de l'engueulade s'ils reviennent et trouvent tous les thermostats au maximum.

Plus encore qu'avant, j'ai du mal avec la virgule avant parce que.

Citer
Ça m'occupe dix minutes, le temps d'aller chercher du bois dans la réserve au garage et de ramasser les morceaux d'écorce que j'ai maladroitement répandus sur le sol.

Je ne comprends pas : si elle déchire le journal, elle ne fait pas le reste...


Citer
pas avec l'immensité vide de la maison.

Formulation un peu trop facile je trouve.

Citer
Il paraît que je suis gentille. Il y a la Jeanne de Sacha, celle qui est restée son amie après toutes ces années, ses redoublements, ses tests, les petits cons qui le traitaient d'arriéré et moi avec. Mais Sacha est adorable. Il sourit toujours et il est toujours là. Il ne change pas vraiment ; j'aurais pu me lasser de lui. Je ne sais pas quel sentiment de loyauté m'a gardé près de lui que je n'avais jamais vraiment choisi. Et il y a la Jeanne de Charli, celle qui est tellement sale dedans, celle des brûlures de cigarette, des coups de rasoir le soir sous la douche, celle qui s'en veut, et s'en veut inlassablement.
Rah, toujours cette écriture qui a le don de foutre le blues.

Citer
Depuis que je ne les vois plus je me repasse en boucle nos adolescences comme si j'allais y trouver une réponse, à quel moment je me suis coupée en deux et pourquoi je n'arrive plus à me réconcilier.
Je ne trouve pas que ça fasse très français.

Citer
On a treize ans et c'est l'été, qui s'étire

Pourquoi la virgule ?

Citer
Parfois je me sens vraiment inutile, sans aucune valeur et sans substance, alors qu'il irradie tellement fort de toute la douleur qu'il veut qu'on lui enlève, et que je suis assise à côté sans rien, sans rien pouvoir faire.
:coeur:

Bwah.
Bon. C'est bon, comme souvent. Des thèmes qui reviennent chez toi, il me semble, cette ambiance lourde et maîtrisée, les persos perdus et attachants...
Peut-être un peu déçu par la fin.
Merci.
« Modifié: 22 Mars 2014 à 12:58:46 par Loïc »
"We think you're dumb and we hate you too"
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"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

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Re : Traces dans la neige
« Réponse #13 le: 22 Mars 2014 à 12:09:16 »
T'as écrit un texte et je l'ai même pas lu  :o :o :o


Citer
J'aurais pas dû revenir.
Dès que les parents sont partis, j'ai monté les radiateurs à en rendre l'atmosphère étouffante.

la deuxième phrase me semble vachement lourde par rapport à la première plus ramassée qui va direct à l'essentiel, c'est le "à en rendre l'atmosphère étouffante" que je trouve bizarre, pas très naturel

Citer
J'ai hoché la tête, ça a eu l'air de les exaspérer. Ils sont partis plus tôt que prévu, parce qu'on annonçait de la neige et qu'ils ne voulaient pas avoir de problème sur la route, leurs amis habitant en hauteur.

idem pour le "en hauteur" que je trouve un peu maladroit, "sur les hauteur" ?

Citer
Aucun des deux n'a beaucoup de souvenirs de notre enfance – j'ai l'impression d'avoir des souvenirs pour trois
:(

 
Citer
et ce ne sera pas dégoûtant, ce sera une mort douce, une mort de chaton.
xD


(ça me rappelle skins le coup de "on se casse tous")

Citer
« Les flammes qui te lèchent la jambe remonteront jusqu'à ta hanche et brûlant tes reins elles montent sans pitié le ventre fond dans les flammes enflamment les poils le duvet autour du nombril et jusqu'aux seins qui brûlent les cheveux comme une torche incandescente »

:o :o :o

(t'as pas été traumatisée par le Fantôme d'à côté, toi ?)

Je lis la suite plus tard  ^^
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Verasoie

  • Invité
Re : Traces dans la neige
« Réponse #14 le: 01 Avril 2014 à 23:21:52 »
Merci pour les remarques Loïc ! Je viendrai les reprendre quand je le corrigerai : )

Citer
(ça me rappelle skins le coup de "on se casse tous")

Me souviens plus ! Quel épisode ? (C'est assez récurrent dans ma tête aussi j'dois avouer XD)

Citer
(t'as pas été traumatisée par le Fantôme d'à côté, toi ?)

J'ai été tellement traumatisée par le Fantôme d'à côté que je demandais à mes parents tous les soirs s'ils n'avaient pas oublié d'éteindre le gaz u_u

(Et je peux pas écouter l'album de Bruel que ma mère avait dans la voiture à l'époque sans avoir la sensation d'être en grand danger :mrgreen:)

 


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