Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les trains

Auteur Sujet: Les trains  (Lu 9005 fois)

Hors ligne Menthe

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Les trains
« le: 11 Avril 2013 à 23:28:43 »
Bonjour, tous,

Voilà un texte que j'ai écrit en janvier ou février. Je viens de le relire, et je me suis dit que j'aurais bien aimé avoir un avis. Je pense que c'est encore perfectible, mais c'est toujours perfectible de toute façon. Et j'ai jamais cherché la perfection.
Tout ça pour dire que ceux qui lisent, j'aimerais bien qu'ils m'expriment leur idée sur la question. Merci à tous, et bise à vos mamans.

Ps : il y a beaucoup d'incorrections de langage, je pense que vous verrez que c'est un peu l'idée de la stylistique. Si ça ne convainc pas je vous l'accorde (vous pouvez même critiquer la chose), c'était pour vous prévenir.

Et oui, c'est biographique (han, c'est comme se foutre à poils sur scène, c'est chelou - même s'il n'est pas question de pornographie (je dis ça pour rassurer les petits et grands)).



C’est rare que je stresse. Quand je prends les transports, je veux dire. Mais cette fois-ci, cette fois-là en particulier, il y a eu un peu de stress. Une tension, une angoisse, qui montaient, montaient, voilà, comme ça. Une boule au ventre, tu sais. Ma mère elle disait : tu as le trac. C’était pas sémantiquement exact, et pourtant c’était ça : le trac. Comme si je montais sur scène, allez savoir pourquoi.

Elle m’a déposée à la gare, et il faisait froid et nuit. Très froid, je précise, et très nuit, et c’était exact. Je sais que ça ne veut rien dire, de dire que c’est exact, mais qu’est-ce que vous voulez, des fois les mots font des caprices, et changent de précision. Cette nuit-là, elle était exacte, ce moment, cet instant, il était exact.

Des quais déserts. Une gare de province. Un train prévu pour dans trois minutes, l’attente. Le silence, un peu.

Et puis ce dépouillement, ce dénuement, ce vide, ce creux. Bon, il y avait bien avec moi une famille de gentils africains, papa maman et petite fille à qui j’avais tenu la porte, et un jeune homme, étudiant comme toi qu’elle me disait ma mère, plutôt beau garçon si vous voulez mon avis (de ce que j’en ai vu, dans le coup d’oeil furtif que j’ai dû lui jeter).

Eh bien tous ces gens ne comptaient pas. C’était quand même le dépouillement, le dénuement, le vide, et il faisait tellement froid (je sais, vous avez compris) que bientôt il allait neiger. De gros flocons… Mais ça c’est une autre histoire.

Le train est arrivé dans un souffle silencieux. C’est beau la modernité : j’ai eu droit au modèle dernier cri, celui qui a plein de jolies couleurs, de grandes baies vitrées et où les wagons communiquent, ça m’a rassurée. J’étais habillée comme une grande prétentieuse, avec ma fourrure de renard autour du cou, ma jolie valise lustrée de bébé docteur, ma petite robe coquette, mon air pompeux. Je sais, je sais l’effet que je fais, j’ai même une légère moue parfois qui me prend, c’est pour parfaire mon état de bobo dégénérée. Qu’est-ce tu veux…

Si je précise tous ces détails ayant trait à la mode, c’est pour de nombreuses raisons mais j’essaierai de me restreindre, à cause de la fluidité du récit. Si je raconte tout ça disais-je, c’est parce qu’avec le trac il y avait l’appréhension. Une peur sourde. Vous savez, je prenais le train un dimanche soir de janvier, et j’étais au fin fond d’une ligne qui passait par les endroits les moins glamour (je nomme entre autres Saint Denis, et n’y voyez pas de préjugés c’est scientifiquement journalistiquement politiquement démontré) de la banlieue nord, et même de la banlieue tout court. Donc faut bien comprendre qu’avec mon petit air snobinard de mademoiselle-bien-au-dessus-de-tout-cela, j’avais un peu froid aux miches, à cause des attaques de loubards potentiels (et je parle sans méconnaissance de cause, j’ai des antécédents de vol).

Si je précise tous ces détails de peur et de trac et compagnie, c’est à cause des trains, et de cette gare de province dans le froid d’un dimanche de janvier soir. A cause de cette exactitude inexplicable qui habitait le jour et la nuit et l’instant de ce moment, on aurait pu me dire qu’une vie venait de s’écouler dans le souffle qui a précédé le train, que j’aurais bien voulu le croire. D’abord l’attente, gel froid trac, et puis souffle expiration du vent un train m’arrive.

Je monte. Ma mère me quitte vite, un dernier baiser, tu me manqueras et elle sanglote déjà sa voix. Adieu à bientôt, appelle-moi dès que tu es arrivée, je t’aime. La porte se ferme d’un bruit mat, je roule ma valoche jusqu’à ce joli siège coloré, je m’installe fermement bourgeoisement, avec superstition de traque et fierté sauvage. Je m’arbore comme un trophée, allô cocorico c’est moi que v’là, et je suis belle, merci du compliment. Je sors résolument mon bouquin, un fameux charmant élégant imposant majestueux magistral pavé Folio de plus de mille pages (mille pages ! tout de même !) et je fais mon intellectuelle, avec parfois une moue quand le passage s’y prête.

L’éclairage du train est bon. Il me plait : uniforme, sans m’aveugler, il me laisse lire dans mon aura pompon. Et même que, comme dehors il fait nuit, il me suffit de jeter un coup d’oeil dans la vitre pour faire comme un miroir. Tout va bien, je reste belle prétentieuse crétine, juste ce qu’il faut. Intellectuelle de mes deux. Bébé dentiste, tu sais, le chic au bout des ongles (que j’ai vernis, et bleus). Tremblez devant mes turbines hurlantes, et j’ai un souffle hautain, je domine. Pour un peu encore je me donnerais la nausée.

Je me sens bien dans le creux de mon trac, dans le creux de sa main je picore comme une petite poule, ça me rassure. Il y a des arrêts, des gens montent parfois, plus ou moins vite, et on attend plus ou moins longtemps, mais jamais longtemps. Il y a une bonne femme qui monte à un moment, la cinquantaine vite fait (j’ai jeté un coup d’oeil à la volée), elle s’est assise pas loin, et a commencé à jouer avec son portable. J’ai trouvé ça nul, et moi je me suis trouvée encore tellement mieux au fond de mon Folio mille pages (mille pages ! tout de même !). Sale prétentieuse, garce, pourriture.

Il y a des petits noirs qui montent (m’en voulez pas que je parle d’eux comme ça mais noir c’est une couleur on va pas en faire tout un plat, j’ai plein de défauts mais pas raciste voilà sachez-le et n’imaginez plus rien), et parfois il y en a qui parlent fort. Je monte le son de mon casque pour couvrir leurs rires, leurs discussions. Comment Elle a largué Lui pour L’autre, et l’adresse du coiffeur qui t’a fait cette foutue coupe que je kiffe trop grave etc etc, m’enfous, pas envie de savoir. Je m’enfonce encore, encore plus dans les pages au goût de Solal, Ariane, Deume, qui tintent tintinnabulent de jolis mots au coeur d’une Genève que je n’ai jamais connue, ailleurs.

Quand on a approché de la fin du voyage, et que la gare Paris Nord s’affichait enfin sur les panneau annonciateurs avec quais déserts qui n’attendaient que vous, je me suis levée, entre trac et empressement, et j’ai planqué mon portable au fond du sac, ma valoche bien soudée à ma main, et, sévère, j’ai attendu devant la porte que l’on s’arrête tout à fait.

Ah il fallait me voir, dans les couloirs, avec mon pas martial et mon sac à main serré sous l’aisselle, ma valise roulant à mes côtés comme un fidèle toutou à sa mémère ! Faut dire que j’en menais pas large, tant il y avait de petits et gros loubards au regard torve (j’aime bien torve) Gare Paris Nord. A vingt-deux heures un dimanche soir, ça craint sec, ces endroits-là, surtout avec ces arborescences de fourrures et autres coquetteries pendues autour du cou et des oreilles et des ongles et j’en passe. J’ai passé mon Navigo sur la borne en faisant rouler ma valoche d’un geste élégant sous le tourniquet, je suis passée sans même m’arrêter… Quelle classe, j’ai pensé, surtout quand des petits touristes peinaient à trimbaler leurs lourds sacs à travers les barrières (mais c’est vrai que c’est mal pensé).

Et puis me voilà arrivée à La Chapelle, quais de la Deux, direction Nation. Attente : quatre minutes. C’est long et froid, quatre minutes, et je me mets près d’une colonne pour attendre, un air pincé sur le visage. Des gens passent de tous les côtés, s’assoient, restent debout, c’est comme chacun y veut, avec des expressions différentes à chaque fois. C’est dommage que je n’aie rien fixé de précis, je me rappelle seulement de ceux du quai d’en face mais qui ne m’ont pas marquée plus que ça.

Ah si à un moment je me suis retournée, et à travers les vitres (merci les stations aériennes), j’ai vu un monsieur qui ouvrait ses fenêtres, dans le bâtiment qui me faisait face, et tout son appartement, derrière en arrière plan, était éclairé d’une jolie lumière jaune. Je ne me rappelle pas de ce qu’il faisait mais je sais qu’il ne fumait pas. Peut-être qu’il passait un coup de fil, et, je ne sais pas, j’ai trouvé ça inexplicablement beau. Pas le coup de fil, mais ce cadre, là, cet homme cette fenêtre cet appartement vaste et jaune, cet appel important ou pas d’ailleurs, ce fragment vital. Un souffle.

Le métro est arrivé. On s’est engouffré, et moi je suis restée debout, un grand Africain avec un foulard sur la tête s’est assis sur le strapontin juste à côté de moi.

Et il puait.

Il y avait d’autres gens dans le métro, des jaunes des blancs des noirs des gris et même des multicolores, c’était indéfinissable. C’est vrai que souvent je parle de la Neuf quand je raconte mes histoires, à cause de son air Multinationale de l’Humanité – et je me permets encore à cette heure critique de notre bêtise de mettre des majuscules, en raison du respect posthume à toute Grande Création, mais je pense que la Deux mérite aussi sa petite heure de gloire, y a pas de raison. La Deux c’est Radio Orientafrique, l’immigration aux temps des bobos de Pigalle Anvers et petites boîtes de nuit du nord de Paris pour colons paillards. Je sais que c’est un peu long comme définition, mais j’y repenserai une autre fois pour élaguer, tailler, définir avec exactitude et précision une autre fois.

Et les odeurs. Chacun y allait de la sienne. Il y avait un homme avec un parfum musqué mais doux presque féminin, il me rappelait celui que j’aimais bien porter quand j’allais au lycée, mon premier amour et toutes ces fadaises, alors j’ai gentiment bien aimé. D’autres, sueur stress saleté bouffe et tout mélangé, entre encens rituel et parfum l’ambiance avec dérives olfactives douteuses, c’était le pot pourri. Ce cocktail n’était pas l’apanage de la Deux cela dit, mais même sans l’exclusivité, elle se défend très bien.

Et bien c’est là que je voulais en venir.

De cette place, de ma place dans ce foutu train de la vie. Au sein des étrangers, des cultures, des odeurs et des coutumes, des traditions, des saisons, des problèmes géographiques et d’orientation, des contraintes d’horaires et d’horreurs, avec ou sans tunnels, quand on tire la bonde et que tout le monde s’écoule s’écroule, dedans dehors avec ou sans pavé Folio de mille page (mille pages ! etc), avec rires de petits noirs et conversations entrechoquées de petits copains infidèles et autres incivilités, de vols et grappillages, et puis gaspillages aussi, tant de vies foutues jetées sous les rails tous les jours le même bétail dans les mêmes wagons et l’humanité bêle et cancane et braie et tout ce que tu veux comme un zoo de basse cour… je m’essouffle.

Je me demande ma place. J’interroge le reflet dans la vitre. Et j’en ai marre, je pince le nez, ça pue. Je ne trouve plus ma compassion. J’ai égaré ma compréhension, je tire le rideau, ça suffit. Ne m’en voulez pas. Saleté d’humanité. Humanité sale.

Ne m’en voulez pas, quand le matin dans le froid quand je vais bosser je ne donne qu’un sourire et pas un rond à l’autre petit roumain. Ne m’en voulez pas, quand je presse le pas parce qu’un clodo au regard vitreux traîne sa bouteille de bibine avec un air rogue. Ne m’en voulez pas quand je ne jette même plus un regard sur ces épaves mouvantes, ces éclopés de la vie, qui demandent un sou juste comme ça allez vas-y sois sympa, ou une petite clope ou que sais-je. Non. Non. Et non. Je ne ressens aucune haine, je n’ai aucun ressentiment. Mais j’en ai marre qu’on me culpabilise de sentir bon et de porter une fourrure que ma mère m’a offerte, et qu’elle a eu pas cher parce qu’elle a eu du bol aux soldes. J’en ai marre qu’on me traite de sale bourgeoise parce que quand je dis j’ai pas de sous, j’ai vraiment pas de sous, et puis de toute façon ça tombe pas plus mal, je voulais pas en donner, et d’abord j’ai droit de ne pas le vouloir, surtout si tu m’insultes. Je ne prendrai pas la défense des petits malheureux qui viennent s’arborrer comme en vitrine le long des couloirs sales du métro et même ailleurs. Ne me comprenez pas mal (quel foutu réquisitoire je fais), je ne ferai rien contre. Et s’il était en mon pouvoir de les aider soutenir aimer, je l’aurais fait, mille fois fait, et d’ailleurs j’ai fait de mon mieux, déjà. Je ne suis pas indifférente, je suis fatiguée. Parce qu’un jour vient où la lutte devient tellement dure, que si tu ne prends pas les mesures qui s’imposent pour sauver déjà le peu que tu as, tu ne seras même plus capable de tendre une main pleine d’amitié, parce qu’il ne te restera plus que des os. J’invoque le droit à l’existence, le droit d’être sans jugement. Parce que pour moi quand j’ai mal il n’y a jamais personne pour venir à mon aide. Que je dois toujours me relever toute seule, avec ou sans fourrure achetée pas cher aux soldes. Alors oui je prends un air pincé et prétentieux et pompeux, parce que c’est une façon de m’arborer et de m’affirmer et de n’avoir pas honte. Je provoque un peu, c’est vrai. Mais je fais ma place dans ce foutu métro, au milieu des cultures horaires odeurs, au milieu de la marée humaine je ne quémande pas un espace d’air frais, je lutte pour l’obtenir. Et je compatis à tous ceux qui sont opprimés, et j’ai le coeur qui saigne pour ceux qui sont sous le talon des systèmes. Et je tends mes bras, mais ne m’en voulez pas : je n’ai pas l’étreinte assez grande, ni assez forte pour y accueillir toute l’humanité. Mais à vos côtés, je bêle je cancane je hennis, je braie, je meugle je vomis. Je vous aime, confrères, frères bien cons, et consœurs bien aimées.

Vôtre, au sein du train des trains, et de tous les métros parisiens du monde.
« Modifié: 12 Avril 2013 à 19:09:22 par Menthe »
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne LeBossu

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Les trains
« Réponse #1 le: 11 Avril 2013 à 23:59:30 »
Bon, bah, je commence alors :
Citer
Un train prévu pour dans trois minutes
Je crois que je comprends le truc : pour que l'expression soit exacte, exact ?
Citer
une famille de gentils africains, papa maman et petite fille
Je sais pas pourquoi, j'ai pensé à Papa Ours, Maman Ours et Bébé Ours… fin de l'aparté.
Citer
j’essaierai de me restreindre, à cause de la fluidité du récit
Je suis pas fan de ces parenthèses-pris de recul, etc.
Citer
mon bouquin, un fameux charmant élégant imposant majestueux magistral pavé Folio de plus de mille pages (mille pages ! tout de même !)
P***** j'le vois venir…  |-|
Citer
a commencé à joué avec son portable.
jouer.
Citer
Je m’enfonce encore, encore plus dans les pages au goût de Solal, Ariane, Deume, qui tintent tintinnabulent de jolis mots au coeur d’une Genève que je n’ai jamais connue, ailleurs.
P***** j'en étais sûr, j'arrête là.  ><
***
En fait j'ai continué et fini, mais mon commentaire ne va pas être terrible. Pour faire simple, j'ai aimé, beaucoup même, je crois. Les répétitions sur le dernier paragraphe peut-être un peu moins, je sais pas, il faudra que je revois. Dès le début, j'ai bien aimé le personnage que tu as posé, j'aime bien ta voix, je t'ai peut-être déjà vue dans le reflet d'une vitre, mais on prend pas les mêmes réseaux, alors ça devait être quelqu'un d'autre. Enfin, bref. J'aime bien, j'ai bien aimé, je reviendrai parce que je voudrais dire quelque chose d'un peu mieux.
++
Et alors ?

Hors ligne Sixte

  • Troubadour
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Re : Les trains
« Réponse #2 le: 12 Avril 2013 à 00:37:44 »
Yo,
 Pour la forme, je n'ai relevé que ça :
Citer
il y a eu un peu de stress.
J'aime pas la formulation "avoir du stress", c'est pas grand chose, mais bon, c'est au début.
Citer
, elle s’est assise pas loin, et a commencé à joué avec son portable
jouer

Je crois que c'est à partir de là que j'ai senti venir belle du seigneur
Citer
Je monte. Ma mère me quitte vite, un dernier baiser, tu me manqueras et elle sanglote déjà sa voix. Adieu à bientôt, appelle-moi dès que tu es arrivée, je t’aime. La porte se ferme d’un bruit mat, je roule ma valoche jusqu’à ce joli siège coloré, je m’installe fermement bourgeoisement, avec superstition de traque et fierté sauvage. Je m’arbore comme un trophée, allô cocorico c’est moi que v’là, et je suis belle, merci du compliment. Je sors résolument mon bouquin, un fameux charmant élégant imposant majestueux magistral pavé Folio de plus de mille pages (mille pages ! tout de même !) et je fais mon intellectuelle, avec parfois une moue quand le passage s’y prête.

Pas tant le bouquin en lui-même (je ne soupçonnais pas que ce serait celui-là), mais le style.
J'ai l'impression de trouver les thèmes de Solal dans la tête d'Ariane. Sa façon à elle de raisonner, ses accumulations d'adjectifs lyriques, son obstination dans la construction d'un écran de perfection devant elle. Et puis, ses thèmes à lui (pas exactement pareil, mais ça y ressemble fortement) : ce mélange de haine, de pitié et de tendresse pour le genre humain, qui le conduit à s'éloigner toujours plus.
Bref, je voue un culte suis une grande fan de Belle du Seigneur, donc ton texte ne pouvait que me parler. (Par contre, lebossu, on dirait pas  :vaurien:)
Après, il y a ce recul vis-à-vis du texte. Personnellement, j'aime bien. J'aime bien les parenthèses, surtout le "mille pages !", elles transmettent avant que tu l'explicites cet espèce de dégout de soi-même, ou de mépris, je pense que ce serait vraiment dommage de les enlever. 
Citer
Mais ça c’est une autre histoire.
Sauf ça, peut-être. Ça me rappelle trop les disques "papa te raconte" que j'avais quand j'étais gamine, ça m'a un peu mise dans une mauvaise direction au début du texte.

Ah, oui, sinon, c'est évidemment bien écrit, le côté à la fois oral et euh... mental (comme quand on est dans leur tête dans belle du seigneur) ne me gênent pas du tout, les incorrections de langage non plus. J'ai plutôt l'impression qu'elles servent le propos, s'il n'y avait pas ça, on pourrait douter de la "sincérité" du texte. Ce que je veux dire, c'est que là, on a vraiment l'impression d'être dans la tête de la narratrice, pas qu'elle nous parle, alors que quand on parle on ment toujours un peu.

Après, je n'arrive pas à savoir si j'ai aimé ou non. Peut-être parce que je commente à chaud, je ne sais pas. En fait, le problème (qui n'est pas en soi un problème) c'est que je me sens trop proche du texte. Il me ressemble trop, ou je lui ressemble trop, j'ai presque l'impression que je pourrais être la narratrice (donc toi : j'espère que tu n'es pas vexée  :mrgreen:) et j'ai presque l'impression de me lire (je dis pas que j'écris comme toi, c'est juste que... j'y vois quelque chose de tellement familier) ce qui fait que je suis incapable d'avoir un avis, si ce n'est que, clairement, ça me parle. Je crois même que ça m'a redonné envie d'écrire un truc que j'avais un peu laissé tomber.
Bref, je laisse la place aux autres pour un avis plus objectif, mais merci de ce partage.  ^^

 
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Hors ligne Baptiste

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Re : Les trains
« Réponse #3 le: 12 Avril 2013 à 14:23:56 »
Salut
Globalement, je suis assez d'accord avec le bossu.le coup des parentheses m'a un peu gene aussi.
J'aime bien le cote je commente ce que je suis mais y a des fois c'est un peu trop
L'idee de la" nuit exact" m a aussi beaucoup plu.
Donc pour moi, un chouette petit texte
Ah et j'ai beaucoup aime la derniere phrase
(Desole de ne pas etre plus detaille mais c'est la premiere fois que je laisse un commentaire a partir de mon portable et je suis pas encore tres a l'aise.)
Au plaisir

Hors ligne Menthe

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Re : Les trains
« Réponse #4 le: 12 Avril 2013 à 19:16:46 »
Merci de votre passage et de votre avis à tous, c'est chouette ! J'avoue que ça me stressait (ouais, encore) de lire les retours, et globalement je suis assez soulagée. Fiou.

Pour la référence à Belle du Seigneur, bon sang et parbleu, c'est vrai que pendant que je le lisais ce pavé, j'ai senti mon écriture s'en approcher dangereusement dans le rythme et l'afflux, qu'est-ce que ça peut être magnétique quand même...

@Sixte : Moi je trouve ça cool que ça t'aie laissé comme ça, un peu sur la pensive, ouais. Si ça te renvoie à toi-même ça m'arrange bien, pas tellement parce que ça veut dire qu'on se ressemble (on se ressemblerait ?) mais surtout que ce petit bout est assez personnel pour sonner juste. Faut dire que je me suis sentie assez cruche à raconter certains détails mais finalement c'est que je dois l'être, et c'est pas plus mal, ça me relie à mes condisciples. La fraternité, qu'ils appellent ça.

Au sujet du "je stresse" du début, je trouve ça moche aussi, mais j'ai laissé brut comme ça, parce que dans ma tête c'est pas toujours très élaboré. Si ça cogne trop quand même, j'arrondirai peut-être les angles... Après tout, c'est aussi un texte donc document écrit donc nécessitant lisibilité sans migraine à la clé.


@Milora : merci du rappel, voilà kéfait !
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Mnemosyne

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Re : Les trains
« Réponse #5 le: 12 Avril 2013 à 19:42:19 »
J'aime bien ton texte, ça suit de très près les idées et soubresauts  d'une conscience angoissée, animée par le trac.  On sent bien le gros travail sur le style derrière.
Juste une seule suggestion: Ecourter certains passages surtout à la fin, même si c'est pour donner l'illusion de la spontanéité des pensées du personnage, ça fatigue un peu le lecteur.
Une femme avertie en vaut deux.

"Toute l'écriture est de la cochonnerie (...) Toute la gente littéraire est cochonne", Artaud.

Hors ligne Milora

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  • Championne de fautes de frappe
Re : Les trains
« Réponse #6 le: 12 Avril 2013 à 20:10:18 »
Citer
Elle m’a déposée à la gare, et il faisait froid et nuit. Très froid, je précise, et très nuit, et c’était exact. Je sais que ça ne veut rien dire, de dire que c’est exact, mais qu’est-ce que vous voulez, des fois les mots font des caprices, et changent de précision. Cette nuit-là, elle était exacte, ce moment, cet instant, il était exact.
:coeur:

Citer
mais j’essaierai de me restreindre, à cause de la fluidité du récit.
j'aime pas ce genre de précisions, ça coupe dans la lecture...

Citer
et j’étais au fin fond d’une ligne qui passait par les endroits les moins glamour (je nomme entre autres Saint Denis, et n’y voyez pas de préjugés c’est scientifiquement journalistiquement politiquement démontré) de la banlieue nord, et même de la banlieue tout court. Donc faut bien comprendre qu’avec mon petit air snobinard de mademoiselle-bien-au-dessus-de-tout-cela, j’avais un peu froid aux miches, à cause des attaques de loubards potentiels (et je parle sans méconnaissance de cause, j’ai des antécédents de vol).
Je trouve ça un peu lourd, toute cette insistance et ces parenthèses  :-[

Citer
et puis souffle expiration du vent un train m’arrive.
Il me semble que c'est pas le seul texte où tu le fais, mais j'aime pas quand la ponctuation disparaît  :-[

Citer
qui tintent tintinnabulent de jolis mots au coeur d’une Genève que je n’ai jamais connue
Oh c'est joli, les mots qui tintinnabulent !

Alors, c'est bien écrit : normal, c'est du Menthe. J'aime particulièrement le début, la description de la gare, de la soirée exacte. On dirait que c'est écrit avec les tripes.
Je suis moins fan de l'absence de ponctuation par moments, et des parenthèses ; mais c'est peut-être personnel.

Par contre, désolée mais j'ai pas accroché au texte  :-[ J'aime pas l'espèce de dégoût qui s'en dégage, j'aime pas les regards cyniques/blasés sur la vie. Et j'aime pas l'idée générale qui semble se dégager du dernier paragraphe.
Mais bon, c'est mon goût personnel, ça ne vient pas de la qualité du texte qui est, dans son genre, bien réussi je trouve :)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Eveil

  • Invité
Re : Les trains
« Réponse #7 le: 12 Avril 2013 à 21:01:00 »
Je l'ai lu hier, je le relis aujourd'hui et le relirais sûrement.

Moi ça m'a percuté. Vraiment. Je saurai pas trop dire pourquoi, la façon de raconter, ces phrases à rallonge sans virgules, ces répétitions, fiou...
J'ai été touché par les pensées, par le dégoût de soi-même (parfois), par la fatalité et le côté blasé. Alors que ça devrait me révolter, ça m'ébranle. Bon, j'expliciterai pas plus, j'ai déjà mis 10 min pour écrire 2 lignes, et puis j'ai peur de divaguer.

Ya 2-3 petits passages qui cassent un peu, mais fichtre j'arrive pas à les retrouver.

Voilà, j'ai beaucoup aimé en tout cas, c'est très poignant.  :-[ (et t'as du courage de balancer tout ça, là, comme ça)

Hors ligne Menthe

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : Les trains
« Réponse #8 le: 12 Avril 2013 à 21:30:36 »
Merci Milora pour ton passage, et sincèrement, que tu n'aies pas aimé le texte pour ce qu'il représente, franchement, ça ne me dérange pas du tout et c'est même tout à fait normal, presque souhaitable. Si j'ai tellement hésité avant de le poster, c'est qu'à la base je ne l'ai écrit que pour moi, c'est pour ça que c'est si franc et pitoyable et tout, j'ai pas cherché à faire la belle et à impressionner, et du coup ça tire un peu sur la triple buse fataliste à moitié triste à moitié grandiloquente. Bref, c'est moi sans maquillage, et c'est vrai je suis d'accord c'est pas très joli et puis ça peut énerver. Moi ça m'énerve souvent.
En tout cas je suis contente que tu apprécies quand même mon écrit pour ce qu'il est stylistiquement, parce qu'au fond c'est là que se planque ma plus grande préoccupation.
Pour la ponctuation par contre c'est vrai que je sais pas quoi te dire, c'est pas que j'aime ou j'aime pas, c'est que c'est dans le tout, un peu nécessaire, pour faire couler glisser crouler (en fait c'est comme s'il y avait des tirets entre les mots pour faire glissement de toboggan et précipitation en vue de lapsus).
ENFIN. Merci de ta lecture. Cétrocool pour de vrai :)

Eveil, t'es vraiment gentil, ça m'a fait plaisir ton appréciation, ça me touche vraiment que ça t'ait atteint pour de vrai, parce que franchement, c'est déjà galère d'écrire comme ça alors tant mieux si j'arrive quelque part. T'es un peu une récompense. Merci.

***

(et c'est vrai que je ferais bien d'élaguer un peu la fin qui tire un peu trop sur la corde - moi aussi ça m'a un peu énervée, à relire)
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
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Re : Les trains
« Réponse #9 le: 04 Décembre 2014 à 19:43:33 »
Remontage !

 
Citer
C’était quand même le dépouillement, le dénuement, le vide, et il faisait tellement froid (je sais, vous avez compris) que bientôt il allait neiger.
la parenthèse est-elle très utile ?

Citer
Ma mère me quitte vite, un dernier baiser, tu me manqueras et elle sanglote déjà sa voix.
manque une virgule, non ?

Je ne suis pas fan de toutes les intrusions de narrateur (en même temps, ça va aussi avec le personnage). Sinon, j'aime bien le style, cette mini tranche de vie, je me reconnais un peu dans le personnage, j'ai bien aimé les manques de ponctuation ou les effets de style en règle générale.
Je pense que ce texte pourrait être repris pour être peut-être un poil plus "littérarisé", au sens où tu pourrais aller franco dans le style et te détacher un peu de ton inspiration biographique  ^^
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : Les trains
« Réponse #10 le: 05 Décembre 2014 à 07:21:59 »
Tu devrais peut-être développer ton récit à deux voix : l'auteur qui raconte les faits réels, quand il vit l'histoire, et le narrateur pour tout ce qui tourne autour de l'histoire et qui vit DANS l'histoire.

As-tu lu "comment faire un roman" de Unamuno ?
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Re : Les trains
« Réponse #11 le: 10 Décembre 2014 à 21:59:35 »
Salut Menthe,

J'aime bien cette franchise dérangeante parfois, j'aime bien certaines réussites stylistiques.
Citer
Au sein des étrangers, des cultures, des odeurs et des coutumes, des traditions, des saisons, des problèmes géographiques et d’orientation, des contraintes d’horaires et d’horreurs, avec ou sans tunnels, quand on tire la bonde et que tout le monde s’écoule s’écroule, dedans dehors avec ou sans pavé Folio de mille page (mille pages ! etc), avec rires de petits noirs et conversations entrechoquées de petits copains infidèles et autres incivilités, de vols et grappillages, et puis gaspillages aussi, tant de vies foutues jetées sous les rails tous les jours le même bétail dans les mêmes wagons et l’humanité bêle et cancane et braie et tout ce que tu veux comme un zoo de basse cour… je m’essouffle.
ça par exemple, c'est très fort
J'aime le rythme, les libertés prises pour accoler les mots, la longueur qui s'écoule jusqu'à l'essoufflement.
(manque un "s" à mille pages au milieu)
Et puis le "zoo de basse cour", j'adore !

Les jeux de ponctuation sont intéressants, ils apparaissent et disparaissent laissant chaque fois un sentiment de lecture enrichi.

J'aime beaucoup la dernière phrase et la fin, même si elle gagnerait à être élaguée. Le style y est peut-être moins travaillé aussi. En fait, les trois dernières phrases sont vraiment top.

Concernant l'utilisation des parenthèses, je rejoins Ned. La distanciation pourrait-être plus aboutie avec une prise de parole plus nette de l'auteur, sans utilisation des parenthèses. Peut-être jouer sur la différence de style entre auteur et narrateur. Bon évidemment, ce serait un autre texte. Le tien est déjà très riche comme ça, et plein de courage.

Merci pour la lecture, chouette texte.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


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