Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

16 octobre 2019 à 12:04:44

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Auteur Sujet: T01-Les Diaphanes  (Lu 622 fois)

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T01-Les Diaphanes
« le: 17 août 2018 à 22:39:29 »
Les Diaphanes



Impossible de me concentrer. Je coupe l’autoradio, mais il n’existe aucun bouton pour faire taire le concert improvisé de klaxons qui retentit autour de moi.

Il est 7h30. Comme chaque matin, nous sommes des milliers à rouler au pas sur ce tronçon d’autoroute. Comme chaque matin, ce ralentissement transforme les conducteurs en bêtes sauvages qui klaxonnent, vocifèrent et forcent le passage d’une voie à l’autre pour arriver quelques secondes plus tôt au travail.

Une lueur pointe soudain dans mon rétroviseur. Un motard sans casque remonte la bande d’arrêt d’urgence, hilare, doigt d’honneur dressé vers les voitures qu’il dépasse. Je lui souris quand il atteint la mienne.

Mon cœur rate un battement lorsque son regard croise le mien. Ses yeux sont trop grands, trop ronds, trop profondément enfoncés dans son visage écarlate. Le sourire qu’il me décoche est large, beaucoup trop large : la chair invisible de ses joues laisse voir deux interminables rangées de dents qui le balafrent jusqu’aux oreilles. J’ai le temps de distinguer les veines rougeâtres qui pulsent sur ses tempes avant qu’il ne disparaisse derrière la file sans fin de voitures. C’est l’un d’eux.

Le hurlement d’un klaxon me ramène à la réalité. Devant moi, les autres voitures ont avancé d’une dizaine de mètres et, alors que je tente de les rattraper, elles accélèrent encore et encore jusqu’à ce que nous atteignions enfin une vitesse normale. Je m’attends à passer à côté d’une scène d’accident ou de travaux, mais l’embouteillage a disparu aussi soudainement qu’il était apparu, sans cause apparente.

Tant d’énervement pour rien !

Derrière moi, une voiture déboîte et me dépasse en faisant rugir son moteur. Elle doit rouler au moins 20 km/h au-dessus de la limite. Quel genre de personne se met dans un état pareil à cause d’un simple bouchon ? À ma grande surprise, je reconnais la conductrice : c’est cette rouquine du service IT qui a installé nos nouveaux haut-parleurs de téléconférence la semaine dernière. Sa peau m’était alors apparue pâle et constellée de taches de rousseur — pâle, mais opaque.

Pas aujourd’hui. Je ne l’ai aperçue qu’un instant, mais cela m’a suffi pour distinguer les muscles faciaux filandreux collés à son crâne comme un horrible masque.

Je jure que ces monstres sont de plus en plus nombreux. Je secoue la tête en l’observant faire des appels de phares à la voiture qui la précède : si j’étais son manager…

Je chasse cette pensée et fixe mon régulateur de vitesse précisément à la limite autorisée. Inspirer. Compter jusqu’à cinq. Expirer.

Je parviens enfin à passer en revue mes objectifs de la journée. La matinée et la pause déjeuner s’annoncent remplies de réunions avec nos collègues chinois, et ce ne sont pas les tâches urgentes qui manquent pour l’après-midi.

Recontacter les RH pour le contrat de notre stagiaire. Suivre notre formation en ligne obligatoire sur la sécurité au travail — je la connais par cœur, mais des choses plus pressantes m’ont empêché de la suivre plus tôt, comme chaque année. Relire l’auto-évaluation de Martin, ses objectifs pour le semestre à venir et les commentaires de ses coéquipiers. C’est un bon élément, mais il manque d’assertivité et s’investit peu dans la construction de relations avec ses collègues…

Je réserve le reste de l’après-midi pour le projet Palomino. Rien ne va plus depuis que Patrick n’est plus là : son remplaçant n’a ni son expérience ni sa force de caractère, l’équipe s’entre-déchire faute de vision claire. Comme chaque fois que je pense à lui, une part de moi s’interroge quant aux raisons de son absence de ces derniers mois. J’ai entendu les rumeurs, bien sûr, mais je n’y crois pas un instant. Peut-être son manager pourrait-il m’en dire plus…

Je réprime aussitôt cette idée. Ce genre de chose ne se demande pas.

Mes autres responsabilités attendront demain : ma femme a boudé tout le week-end, sans doute parce que j’ai bouleversé nos plans pour boucler un dossier samedi matin. Je souris en imaginant sa surprise quand elle rentrera du boulot et que le repas sera prêt. Voilà qui compensera amplement l’incident de samedi ! Trop peu de gens réalisent qu’une relation humaine se gère, au même titre qu’un projet : il faut reconnaître les moments où il faut y investir du temps.

D’ailleurs, j’oubliais le plus important : souhaiter un bon anniversaire à Véronique ! La carte est dans ma mallette, prête à être signée par les autres membres du département (un petit geste qui diminue de moitié le risque qu’un employé change de poste).

Je rallume l’autoradio, souriant. Tout est sous contrôle.

  *
*           *

Martin pianote studieusement sur son clavier lorsque je passe la tête dans son bureau.

– Tiens, bonjour, patron ! lance-t-il. Vous avez passé un bon week-end ?

Comme chaque matin, j’ignore le fait qu’il m’a appelé « patron » et sa question au sujet de ma vie personnelle – il sait que ça m’agace et c’est devenu un jeu entre nous :

– Hello, Martin. En forme ? Tout avance comme prévu ?

Veston tenu au-dessus de mon épaule avec une nonchalance calculée, expression curieuse sans être inquisitrice : il faut qu’il sache que son travail m’intéresse et que je suis là pour lui prêter main-forte si nécessaire, mais que je lui fais confiance pour mener ses projets sans mon aide. Le micromanagement est un péché capital qui coûte à la compagnie près de 20 millions par an.

– Tout est sous contrôle, répond-il en reprenant ma phrase favorite. Mon auto-évaluation sera prête dans cinq minutes.

Il fait enfin un effort pour imiter ses interlocuteurs ! On dirait que mes leçons commencent à porter leurs fruits. Si seulement il travaillait son langage corporel…

De fait, ses mains sont restées sur son clavier pendant toute notre conversation et son attention s’est déjà reportée sur son écran. Quelqu’un d’autre que moi serait peut-être vexé, mais j’ai toujours apprécié la façon dont Martin fait passer le boulot avant les bavardages. Je suis sur le point de le laisser à son travail quand il s’écrie :

– Ça alors, vous avez lu la nouvelle ? Patrick est de retour !

  *
*           *

J’ai presque envie de sauter de joie sur le chemin de la salle de réunion, mais je garde une attitude respectable. Avec Patrick à nouveau à la tête de Palomino, même nos soucis avec le département d’assurance qualité paraissent surmontables !

Les lumières sont tamisées et le vidéoprojecteur ronronne déjà quand j’entre dans la salle. C’est l’un des détails qui font de Patrick un chef de projet efficace : là où certains n’arrivent qu’à l’heure de la réunion et perdent de longues minutes à brancher leur ordinateur pendant que leur équipe se tourne les pouces, Patrick est toujours à son poste cinq minutes en avance pour que tout commence précisément au moment annoncé.

Je ne suis donc pas surpris de voir qu’il préside déjà la table, pianotant sur le clavier de son ordinateur portable. Il est si occupé à se battre avec notre nouveau programme de téléconférence qu’il ne semble pas remarquer ma présence alors que je m’assieds à côté de lui.

Je lui souffle comment entrer son code d’identification et le bip familier annonçant que nous avons rejoint l’appel émane du haut-parleur. Patrick pousse un rugissement triomphant et se tourne enfin vers moi pour me remercier, mais ma réponse meurt dans ma gorge.

Seuls ses yeux n’ont pas changé. Un frisson dévale mon échine.

L’espace d’un instant, je crois que son nez a été remplacé par une prothèse livide, avant de comprendre qu’il s’agit de cartilage nu. Son visage, arraché à un manuel d’anatomie obscène, est à la fois méconnaissable et horriblement familier. Malgré la pénombre, je distingue sans peine les stries rosâtres de ses muscles faciaux et les marbrures des vaisseaux sanguins qui frémissent au rythme de ses battements cardiaques.

Et que dire de ses mains ! Leur surface n’est qu’un dédale révoltant de veines et de muscles enserrés par des tendons laiteux, accrochés à ses doigts comme une seconde main squelettique. Leur contraction m’évoque celles des pattes d’une énorme araignée prête à bondir.

Je m’efforce de ne rien laisser paraître de mon dégoût et de soutenir ses yeux clairs, ces yeux dont je devine le contour globuleux à travers ses paupières diaphanes. À y regarder de plus près, sa peau n’a pas vraiment disparu, mais elle est désormais si fine qu’elle en est presque parfaitement transparente.

Les rumeurs sur son absence étaient donc vraies ! Même en décourageant les commérages, il était impossible de ne pas les entendre, mais je refusais d’y croire…
Je dois pourtant me faire une raison. Patrick, cet homme droit et professionnel que je respectais plus que tout, n’existe plus.

Il est devenu l’un d’eux.

Je me force à respirer normalement et à sourire. Pourvu que je n’aie pas laissé ma surprise se lire sur mon visage ! Mon silence doit l’intriguer, car les muscles du côté gauche de son front frémissent et se distordent soudain alors que son sourcil se soulève…

Deux autres membres de l’équipe entrent heureusement dans la salle, coupant court à ce moment gênant. J’affecte de chercher des documents dans ma mallette le temps de retrouver ma contenance, puis m’efforce de m’asseoir dans ma position habituelle : épaules et dos droits pour projeter une image confiante, mains posées sur la table en une attitude aussi ouverte qu’attentive. Le reste du groupe arrive au compte-gouttes, mais personne d’autre ne semble se formaliser de la métamorphose monstrueuse de Patrick.

La réunion débute enfin. À ma grande surprise, Patrick commence par nous parler de lui, détaillant sans retenue les raisons de son absence et les changements profonds que sa « maladie » a provoqués chez lui. Il y a quelque chose… d’odieux dans la façon dont il expose sa vraie nature sans la moindre honte. De tels sujets ne devraient pas être abordés en public, surtout dans un contexte professionnel.

Je garde toutefois ces pensées pour moi et m’efforce de me remémorer notre formation sur l’importance de la diversité au travail.

Patrick ne s’arrête pas là. Il encourage les membres de l’équipe dans une situation comparable à la sienne à venir lui parler pour qu’ils puissent, contrairement à lui, opérer les changements nécessaires avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils aient à prendre un congé maladie prolongé. Il insiste lourdement, expliquant que demander de l’aide n’est jamais facile, mais que le bien de la compagnie passe avant tout par le bien-être de chacun de ses employés.

Les fibres de sa joue gauche se distendent horriblement alors qu’il me décoche un monstrueux sourire et un clin d’œil. Je frémis malgré moi : il semble m’observer même à travers le voile de sa paupière fermée.

Je hoche poliment la tête. « Le bien de la compagnie » ? La dernière chose dont cette entreprise ait besoin est d’une épidémie de ces… mutants diaphanes !

  *
*           *

La soirée ne se déroule pas non plus comme espéré.

Ma femme a été ravie de me trouver à la maison quand elle est rentrée, mais son sourire s’est évaporé lorsqu’elle a senti les odeurs de cuisine.

Le poulet était apparemment prévu pour demain, c’est la salade tomate-lardons qui était au menu de ce soir. Mes tentatives de convaincre ma femme qu’il suffira de manger la salade demain ne font qu’aggraver mon cas : non seulement la salade ne sera plus assez fraîche, mais en plus, j’ai utilisé toutes les tomates pour assaisonner le poulet !

Je lui fais remarquer que nous avons une application smartphone pour partager la liste des courses, le contenu du frigo et le menu de la semaine, mais elle m’ignore. Quand je lui rappelle que la communication est essentielle au bon fonctionnement d’un couple, elle laisse échapper un renâclement sarcastique. Je cache mon agacement et nous nous mettons à table dans un silence glacé.

J’essaye de prouver que je l’écoute en lui demandant comment sa journée s’est passée et si son différend avec sa collègue de bureau s’est arrangé, mais elle ne répond que par monosyllabe.

Pour l’encourager, je lui parle de ma journée et de l’ignoble transformation de Patrick. Je lui explique même à quel point sa réunion a été inefficace à cause du temps consacré à discuter de la dynamique de groupe et du ressenti de chacun, mais ma femme semble ce soir résolue à me contredire sur tous les sujets.

– Je ne vois pas le souci, m’interrompt-elle sèchement. « Une bonne ambiance de travail est essentielle au bon fonctionnement d’une équipe ».

Je fais un effort pour rester souriant.

– Bien sûr, chérie, mais c’est un peu facile de parler de l’ambiance alors que son absence a causé des problèmes qu'il faudrait régler de toute urgence. Sa priorité devrait être de les résoudre, pas de nous faire perdre notre temps à discuter de sentiments.

– C’est à cause de ce genre de mentalité qu’il a craqué ! explose-t-elle en abattant ses couverts sur la table.

Inspirer profondément. Compter jusqu’à cinq. Expirer.

– Ma chérie, je comprends pourquoi tu penses ça, mais tu te trompes. Il est… tombé « malade » à cause de soucis avec sa femme et ses gosses, le travail n’a rien à voir là-dedans. Il a déjà mené des projets bien plus stressants que celui-ci – mais je doute qu’il en soit encore capable, maintenant que c’est devenu un…

La fin de ma phrase meurt dans ma gorge, mais ma femme n’a aucune pitié.

– Un quoi ? Vas-y, dis ce que tu penses vraiment.

Je soutiens son regard. Sa peau est si pâle que je devine le contour de fines veines sur son cou… mais elle n’est plus transparente, plus depuis longtemps. Le changement a été si progressif que je serais incapable de dire à quel moment la transition a eu lieu. J’avais jusqu’ici pris cela comme une bonne chose, le signe que notre relation avait fait d’elle une personne meilleure, plus forte, plus réfléchie et donc plus humaine que ces monstres écorchés…

– Je ne sais pas quel est le terme politiquement correct, mais tu vois très bien ce que je veux dire, dis-je en essayant de couper un morceau de viande récalcitrant. Je n’ai rien contre eux, mais ils sont… différents, trop fragiles pour le monde de l’entreprise !

– Et il faut avoir le cuir dur pour se tailler un chemin dans ce monde de brutes, c’est ça ? Prétendre que l’on est quelqu’un que l’on n’est pas pour gagner le respect des autres, de peur qu’ils nous jugent ? Ne parler que de choses sérieuses, être toujours émotionnellement détaché sans jamais laisser de place au naturel ?

Je soupire.

– On est toujours en train de parler de Patrick ? Ou de notre relation ?
 
– Les deux ! Tous les jours, tu ne parles que de ton boulot, ton boulot, ton boulot ! Tu n’es jamais là pour moi — tu n’es jamais là pour nous !

– Comment peux-tu dire ça ? J’ai fait la cuisine !

Je reste figé, les bras embrassant le plan de travail en désordre, attendant une réaction… mais elle secoue lentement la tête, des larmes dans les yeux :

– Tu me manques, tu comprends, ça ?

Je ne sais pas quoi répondre. Je la fixe, cherchant les mots capables de mettre fin à son hystérie.

– Chérie, ça n’a aucun sens, dis-je de ce ton apaisant qui calme si bien les crises de nerfs des enfants difficiles. D’accord, je pars tôt le matin et je rentre souvent tard le soir, mais tu me vois tous les jours. Écoute ce que tu dis, c’est complètement irrationnel.

– J’entends très bien ce que je dis, c’est toi qui ne m’écoutes pas !

– Si tu prenais le temps de respirer, de mettre un peu d’ordre dans tes pensées et de me les expliquer calmement…

– Bon sang, ce que tu peux être énervant quand tu emploies ce ton paternaliste !
Je réprime la vague de colère qui monte en moi et tente une autre approche.

– Chérie, je sais que ce n’est peut-être pas évident, mais je fais de gros efforts pour notre relation. J’y ai investi plus de temps ces dernières semaines que…

– Oh, tu as investi du temps dans notre couple ? Tu attends ton retour sur investissement, c’est ça ? Les relations humaines ne sont pas des opérations boursières ou des projets qu’il faut gérer ! C’est à cause de cette façon de penser que tu n’as plus d’amis !

Je ne peux pas retenir un rire incrédule. Elle a complètement perdu les pédales.

– J’ai des amis ! Martin, Véronique, Hassan…

– Martin est ton subordonné, Véronique est une collègue dont le succès te rend jaloux et tu n’as plus vu Hassan depuis la naissance de son fils, il y a deux ans !
Quelque chose cède. L’espace d’un instant, je vois rouge. Je ne sais pas exactement ce que je lui dis…

… mais je sais que je le regrette aussitôt. Toute couleur quitte son visage et sa peau devient plus opaque qu’elle ne l’a jamais été. La porte claque derrière elle dans un fracas de tonnerre et je me retrouve seul, plus seul que je ne l’ai été depuis très longtemps.

  *
*           *

Je fais la vaisselle pour me vider l’esprit et passe la soirée à l’attendre devant une émission de téléréalité stupide dont je n’entends pas un mot. Elle va revenir, bien sûr. Elle revient toujours.

Elle n’est toujours pas là quand vient l’heure de se coucher.

J’ai beau respirer lentement, je ne parviens pas à calmer le tourbillon de mes pensées. Les choses qu’elle m’a dites me reviennent encore et encore en tête. Je songe d’abord à ce que j’aurais dû lui répondre, aux contre-arguments qui l’auraient fait taire, mais le doute s’immisce en moi : elle me connaît mieux que quiconque… se peut-il qu’elle ait raison à mon sujet ?

Non. Je ne suis pas juste le rôle que ce job me force à jouer. Je ne suis pas comme ces innombrables cols blancs dont la vie entière est axée autour du travail et qui ne se montrent sympathiques que par intérêt.

Si je travaille si dur, c’est pour elle. Si je joue le jeune cadre dynamique toujours calme et poli, c’est pour nous. Il nous faut plus d’argent, et ce n’est pas son salaire à elle qui nous permettrait de subvenir à nos besoins… l’emprunt de la maison, le toit à réparer, la voiture à remplacer bientôt…

Un hurlement m’arrache à mes pensées.

Mon cœur menace de faire exploser ma poitrine, mes vêtements sont trempés de sueur. Il fait nuit noire. Les cris inhumains qui m’ont réveillé viennent de la télévision, où les tribulations d’inconnus décérébrés ont cédé la place à un film d’horreur. J’ai dû m’assoupir.

Quelle heure est-il donc ? Est-elle rentrée sans que je l’entende ? J’éteins la télé et monte à l’étage, le cœur battant la chamade…

… mais la chambre est vide, désespérément vide.

Je me sens infiniment fatigué. Je me laisser tomber sur le lit, trop las pour prendre le temps de le défaire ou de me changer, trop faible pour faire quoi que ce soit d’autre que me laisser retomber dans le néant…

Je sais au fond de moi qu’elle ne reviendra pas. Elle a raison sur mon compte. Ma vie entière est lentement devenue un dédale de faux-semblants.

Même le sommeil m’a abandonné. Je reste immobile dans l’obscurité durant d’interminables heures, jusqu’à ce qu’un besoin pressant m’oblige à trouver la force de ramper hors du lit.

Je me traîne jusqu’à la salle de bain obscure et me fige soudain. Quelqu’un se tient juste devant moi, parfaitement immobile, le contour de sa silhouette à peine visible dans la pénombre.

La lassitude l’emporte presque sur la peur, mais mon instinct de survie est trop fort. Ma main hésite, puis allume la lumière d’un geste brusque que je regrette aussitôt.

Un monstre me fait face – un monstre dont la peau écorchée révèle des nerfs à vif, un monstre qui a renoncé à cacher sa vraie nature, un monstre trop familier dont les yeux rougis me regardent tristement depuis le miroir.

« Modifié: 04 septembre 2018 à 09:24:32 par Mout »
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #1 le: 18 août 2018 à 08:49:00 »
Salut !
J'ai trouvé l'idée sympa sur le fond, le principe de la transparence est bien trouvé.
Après j'ai eu un peu plus de mal avec l'écriture en elle-même, pas vraiment convaincu par le style terre à terre, quelques maladresses quand il s'agit d'exprimer l'émotion des personnages, surtout quand elles sont vives (colère, peur, etc). Pas compris l'intérêt des ?? et ?! non plus.
Ça reste néanmoins une lecture intriguante, merci pour ce texte.
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Hors ligne CapuA

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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #2 le: 19 août 2018 à 18:17:40 »
Hello !

Alors quelques petites choses :

Citer
les veines mauvâtres

Le "mauvâtre" me dérange.

Citer
Les véhiculent qui me précédaient

J'ai, en premier lieu, la vision des voitures de derrière et non de devant. Le sens va de l'arrière au devant lorsque l'on conduit, donc je pense qu'il faut plutôt utiliser le champ lexical du devant.

Citer
Et ce n'est pas fini

Peut-être pas très pertinent, à mon sens.

Citer
Sa peau m’était alors apparue pâle et constellée de taches de rousseur — pâle, mais opaque

J'ai bien aimé cette phrase. Elle instaure un sentiment de malaise.

Citer
Pas aujourd'hui

A mon sens, on peut soit l'enlever, soit le raccorder au paragraphe précédant. Il me semble étrange de commencer un paragraphe avec cela.

Citer
C'est l'une d'elles

Tu utilises par la suite, le "devenu l'un d'eux". C'est créatures sont telles caractérisées féminines ou masculines ? Je pense que pour un texte court, tu peux te contenter que d'une seule dénomination les concernant : par exemple, les créatures (l'une d'elles) ou les monstres (l'un deux).

Citer
Le pire est ses mains

Tournure étrange.

Citer
Pourvu que je n’aie pas laissé ma surprise se lire sur mon visage?!

Un point en fin de phrase suffit.

Citer
disje en essayant de couper un morceau

Dis-je

Citer
de sa nièce

Quelle nièce ? Que fait-elle dans l'histoire ? Je ne trouve pas ça utile pour l'histoire.

Citer
je me laisser tomber

Je me laisse.

Egalement, pas besoin des doubles ponctuations (notamment "??" et "?!"). Une seule ponctuation à la fois suffit lorsque l'on écrit.

Aussi, je ne comprend pas ce que font les "?" dans les passages entre parenthèses.

Je suis un peu perdue au début, car il semble que le personnage soit étonné de ce qu'il voit sur la route, comme s'il n'avait jamais vu ça (avec le motard, surtout) puis au fil du texte, cela semble régulier dans son entourage, et qu'il est familiarisé (sans forcément l'accepter) avec ça.

Globalement, j'ai plutôt apprécié ton histoire. Je n'ai pas relevé de fautes d'orthographe (ce qui est toujours très plaisant). Et j'ai bien envie de savoir ce que sont ces créatures et d'où elles sortent.

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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #3 le: 21 août 2018 à 13:01:51 »
Bonjour,

Merci pour votre feedback ! J'y répondrai plus en détails dès que possible, mais je voulais d'ores et déjà signaler que les horribles points d'interrogation qui s'étaient glissés partout n'étaient pas dans le texte d'origine. Je pense que les espaces insécables avant les points d'interrogation, les points d'exclamation et à l'intérieur des guillemets ont accidentellement été transformés en point d'interrogation lorsque le message a été posté sur le forum (j'imagine que l'équipe du Mammouth utilise un script pour ajouter automatiquement les balises appropriées au format du forum... et je ne serais pas surpris si ce script remplaçait les caractères qu'il ne connaît pas par des points d'interrogation).

J'ai normalement remplacé les points d'interrogation surnuméraires par les espaces qu'ils auraient dû être, l'histoire devrait désormais faire un peu moins mal aux yeux. N'hésitez pas à me faire signe si vous en voyez encore.
« Modifié: 21 août 2018 à 13:04:53 par Mout »
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #4 le: 21 août 2018 à 16:04:52 »


Je te présente les excuses de l'équipe Mout, il est vrai que nous avons eu des soucis de transcriptions sur certains textes, et que certaines erreurs ont pu passer à la trappe. Merci d'avoir rectifié.

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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #5 le: 22 août 2018 à 00:01:05 »
Pas de souci, merci pour le travail que vous faites !

Vérifications faites, le problème ne semble pas venir des espaces insécables (sinon il y aurait aussi eu des points d'interrogation avant les deux-points) mais des « espaces fines insécables » avec lesquels Antidote a remplacé les espaces insécables que j'avais mis à l'intérieur des guillemets et avant les points d'interrogation/d'exclamation.


Citation de: WEG
J'ai trouvé l'idée sympa sur le fond, le principe de la transparence est bien trouvé.
Après j'ai eu un peu plus de mal avec l'écriture en elle-même, pas vraiment convaincu par le style terre à terre, quelques maladresses quand il s'agit d'exprimer l'émotion des personnages, surtout quand elles sont vives (colère, peur, etc). Pas compris l'intérêt des ?? et ?! non plus.
Ça reste néanmoins une lecture intriguante, merci pour ce texte.

Merci pour le retour constructif, WEG !  Le style "terre à terre" est intentionnel dans une certaine mesure (le personnage de point de vue est quelqu'un d'assez... "terre à terre"), mais les maladresses ne le sont pas.

Est-ce qu'il y a des passages en particulier qui t'ont dérangé plus que les autres et que je pourrais essayer d'améliorer ? Est-ce plutôt la narration ou le dialogue qui pose problème ?



Un grand merci aussi à CapuA pour son feedback très détaillé, je corrige, prends des notes et commente point par point :

Citation de: CapuA
Citation de: Mout
les veines mauvâtres
Le "mauvâtre" me dérange.

Tu n'es pas la seule : mon correcteur d'orthographe n'aime pas beaucoup ce mot non plus ! Je me suis permis de l'utiliser parce qu'on utilise parfois le mot dans la région et qu'on le trouve dans quelques dictionnaires en ligne et dans quelques bouquins, mais s'il te choque, il n'a rien à faire dans le texte. Je l'ai remplacé par "rougeâtre".




Citation de: CapuA
Citation de: Mout
Les véhiculent qui me précédaient
]J'ai, en premier lieu, la vision des voitures de derrière et non de devant. Le sens va de l'arrière au devant lorsque l'on conduit, donc je pense qu'il faut plutôt utiliser le champ lexical du devant.

Intéressant, je n’avais pas pensé à ça. Je devrais faire plus attention aux champs lexicaux que j’utilise ! Pour ma défense, je crois que j'avais au départ utilisé le mot "avant", mais j'ai changé la tournure de phrase pour éviter la répétition avec "avancer"…

J’ai maintenant remplacé par : « Devant moi, les autres voitures ont avancé… »
Qu’en dis-tu ?


Citation de: CapuA
Citation de: Mout
Et ce n’est pas fini.
Peut-être pas très pertinent, à mon sens.

Pas essentiel, effectivement, et la structure est trop similaire au « pas aujourd’hui » du paragraphe suivant. Je l’ai retiré.


Citation de: CapuA
Citation de: Mout
Sa peau m’était alors apparue pâle et constellée de taches de rousseur — pâle, mais opaque.
J'ai bien aimé cette phrase. Elle instaure un sentiment de malaise.

Merci ! J'ai tendance à abuser de ces coupures marquée par des tirets. J'aime bien le rythme qu'elles donnent à la lecture quand on les utilise bien – pas comme dans cette phrase-ci, par exemple.


Citation de: CapuA
Citation de: Mout
Pas aujourd'hui
A mon sens, on peut soit l'enlever, soit le raccorder au paragraphe précédant. Il me semble étrange de commencer un paragraphe avec cela.

C’est certainement discutable, mais je préfère laisser cette phrase là où elle est. Cela rend peut-être ce paragraphe-ci un peu bizarre, mais j’ai peur qu’en la mettant à la fin du paragraphe précédent, on diminue l’impact de la phrase que tu aimes bien.
Je trouve aussi que le rythme du texte et sa lisibilité pâtiraient si je retirais complètement la phrase : j’aime bien la façon dont « Pas aujourd’hui » contredit en deux mots le paragraphe précédent.
Je pourrais peut-être remplacer par « Plus maintenant » ? Qu’en dis-tu ?


Citation de: CapuA
Citation de: Mout
disje en essayant de couper un morceau
Dis-je

Bien vu, c’est corrigé. Pour ma défense, le trait d’union était là dans le document original : le script a encore frappé !


Citation de: CapuA
Citation de: Mout
de sa nièce
Quelle nièce ? Que fait-elle dans l'histoire ? Je ne trouve pas ça utile pour l'histoire.

Je reconnais que c’est un peu tard dans l’histoire pour mentionner un nouveau personnage. Je voulais à la fois faire passer l’idée que le personnage principal traite sa compagne comme un enfant qui fait une crise de nerfs, et l’idée qu’il n’est tout de même pas obsédé par son travail au point de négliger complètement ses obligations auprès de sa famille.

Le second point n’étant pas essentiel, j’ai modifié la phrase :

– Chérie, ça n’a aucun sens, dis-je de ce ton apaisant qui calme si bien les crises de nerfs des enfants difficiles.



Citation de: CapuA
Citation de: Mout
je me laisser tomber
Je me laisse. 

Hum… vous me croyez si je dis que c’est aussi la faute du script ?
Non ? :P


Citation de: CapuA
C'est créatures sont telles caractérisées féminines ou masculines ? Je pense que pour un texte court, tu peux te contenter que d'une seule dénomination les concernant : par exemple, les créatures (l'une d'elles) ou les monstres (l'un deux).

Citation de: CapuA
Je suis un peu perdue au début, car il semble que le personnage soit étonné de ce qu'il voit sur la route, comme s'il n'avait jamais vu ça (avec le motard, surtout) puis au fil du texte, cela semble régulier dans son entourage, et qu'il est familiarisé (sans forcément l'accepter) avec ça.

Effectivement, je vois le problème. Je voulais utiliser la scène avec le motard comme accroche, et donc la laisser sans « explication ». Comme le passage avec l’automobiliste arrive juste après et se termine avec « c’est l’une d’elles », j’ai pensé qu’il serait clair que le personnage de point de vue est dégoûté par les Diaphanes, mais qu’il en a déjà vu avant.

Pour corriger ça et régler le problème du genre, j’ai fait les changements suivants :

1) J’ai transformé le « C’est l’une d’elles » en « C’est l’un d’eux » et je l’ai déplacé vers la fin du premier paragraphe avec le motard :

«  Mon cœur rate un battement lorsque son regard croise le mien. Ses yeux sont trop grands, trop ronds, trop profondément enfoncés dans son visage écarlate. Le sourire qu’il me décoche est large, beaucoup trop large : la chair invisible de ses joues laisse voir deux interminables rangées de dents qui le balafrent jusqu’aux oreilles. J’ai le temps de distinguer les veines rougeâtres qui pulsent sur ses tempes avant qu’il ne disparaisse derrière la file sans fin de voitures. C’est l’un d’eux.

Le hurlement d’un klaxon me ramène à la réalité (…) »


2) Après le paragraphe sur l’automobiliste, j’ai remplacé « ils sont des plus en plus nombreux » par « ces monstres sont… ».



Citation de: CapuA
Et j'ai bien envie de savoir ce que sont ces créatures et d'où elles sortent.

Justement, je serais curieux de lire la façon dont vous interprétez l’histoire (si tant est qu’il y ait selon vous une interprétation à lui donner !).

Je n’ai pas conçu cette nouvelle comme une histoire de science-fiction ou d’horreur mais comme une histoire « à thème ». Comme je n’aime pas les histoires qui matraquent les lecteurs avec un « message », j’ai essayé de faire en sorte qu’elle soit distrayante indépendamment de cela et j’ai intentionnellement laissé une certaine ambiguïté…

… mais je n’ai pas envie pour autant que les lecteurs finissent leur lecture avec l’impression qu’il s’agit juste d’une histoire de « body horror » vaguement intrigante dont la chute est « … le personnage principal devient un monstre aussi ! »


Ma bêta-lectrice trouvait la fin de mon premier jet un peu trop ambiguë et n’était pas sûre d’avoir compris le thème, du coup, j’ai un peu plus forcé le trait dans cette version-ci. Est-ce toujours trop subtil ? Ou est-ce au contraire « évident » au point de ne laisser aucune place à l’interprétation ?

Juste après avoir fini d’écrire cette nouvelle, j’ai écrit une petite explication sur le processus que j’ai utilisé pour la concevoir et sur l’interprétation que je lui donne personnellement (je considère qu’il y a autant d'interprétations valides d'une œuvre qu'il y a de lecteurs, je ne vois donc pas nécessairement la mienne comme « la bonne »).

Si ça vous intéresse et que ça ne va pas à l’encontre des règles, je la posterai dans quelques jours, histoire de laisser à tout le monde l’occasion de la lire et de donner son opinion sans être influencé par ma vision des choses.
« Modifié: 22 août 2018 à 09:06:35 par Mout »
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #6 le: 24 août 2018 à 15:23:43 »
Hello Mout !

Etant donné que ton texte a déjà été minutieusement analysé et corrigé, je m'en tiendrai à des commentaires généraux, en ce qui me concerne.

Tout d'abord, comme souvent, j'apprécie le style simple et direct qui colle très bien à ton personnage, que j'aime aussi beaucoup (enfin, tu le décris bien, on va dire). C'est vrai que tu n'utilises pas beaucoup de formules alambiquées ni particulièrement poétiques, mais sur le plan psychologique tu parviens à vraiment bien camper ce "control freak", qui décortique et analyse la moindre de ses actions, la moindre de ses paroles, tout entier tourné vers l'efficacité. Une vraie machine, mais sans être malveillant non plus. Je trouve l'équilibre très bien trouvé. Je suis d'ailleurs fan des reproches que lui fait sa femme, qui visent exactement cela ("Oh, tu as investi du temps dans notre couple ? Tu attends ton retour sur investissement, c’est ça ? Les relations humaines ne sont pas des opérations boursières ou des projets qu’il faut gérer !"). J'ai trouvé que cela donnait beaucoup de cohérence à ton récit.

Je suis par contre moyennement convaincue par la taille de la police, mais bon, c'est peut-être juste moi. Et si je dois dire quelque chose de constructif, je regrette peut-être juste le côté assez "plat" de l'intrigue, sauf évidemment à la fin.

Pour ce qui est de l'interprétation, j'imagine que ça a quelque chose à voir avec le surmenage, "avoir les nerfs à vifs", quelque chose du genre ? Enfin, c'est mon interprétation. Je suis d'ailleurs surprise de voir le nombre de textes écrits dans ce sens pour le Mout…

Merci pour cette lecture !
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #7 le: 27 août 2018 à 17:42:40 »
Pour mauvatre, tu peux utiliser le terme que tu veux, et si ça ne dérange que moi, tu peux garder celui que tu souhaites.
 
Pour la partie avec les voitures qui avancent, c’est mieux. C’est en tout cas plus logique, à mon sens.

« plus maintenant » : Comme tu le sens, car c’est le fait de commencer par ce genre de phrase qui me gêne, mais ça n’implique que moi. En soit, je pense que tu peux laisser ce genre de phrases.

Concernant la nièce, oui je pense que ta phrase est mieux car il aurait fallu développer un peu la nièce si tu souhaitais garder cette référence.

Pour le problème des « eux »/« elles » concernant les créatures, c’est mieux.

Je suis plutôt d’accord pour connaitre ton interprétation du texte.

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Re : Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #8 le: 31 août 2018 à 00:49:45 »
Super ! Encore merci, CapuA, je trouve que tes suggestions ont significativement amélioré le texte.


Hello Mout !

Etant donné que ton texte a déjà été minutieusement analysé et corrigé, je m'en tiendrai à des commentaires généraux, en ce qui me concerne.

Tout d'abord, comme souvent, j'apprécie le style simple et direct qui colle très bien à ton personnage, que j'aime aussi beaucoup (enfin, tu le décris bien, on va dire). C'est vrai que tu n'utilises pas beaucoup de formules alambiquées ni particulièrement poétiques, mais sur le plan psychologique tu parviens à vraiment bien camper ce "control freak", qui décortique et analyse la moindre de ses actions, la moindre de ses paroles, tout entier tourné vers l'efficacité. Une vraie machine, mais sans être malveillant non plus. Je trouve l'équilibre très bien trouvé. Je suis d'ailleurs fan des reproches que lui fait sa femme, qui visent exactement cela ("Oh, tu as investi du temps dans notre couple ? Tu attends ton retour sur investissement, c’est ça ? Les relations humaines ne sont pas des opérations boursières ou des projets qu’il faut gérer !"). J'ai trouvé que cela donnait beaucoup de cohérence à ton récit.

Cela me fait très plaisir de lire ça, merci beaucoup ! Je suis content que la psychologie du personnage soit convaincante et que ses sérieux défauts soient identifiés pour le lecteur sans pour autant nécessairement faire de lui un "méchant". Ce n'est pas vraiment un personnage qui fait dans la nuance, mais je voulais en dresser un portrait nuancé.


Je suis par contre moyennement convaincue par la taille de la police, mais bon, c'est peut-être juste moi.

Ce n'était pas intentionnel, mais j'ai trouvé la source du problème : il y avait des balises "font=arial" au début de chaque paragraphe (sans doute rajoutées par le script parce que c'est la police que j'ai utilisée dans mon fichier Word). C'est maintenant corrigé.


Et si je dois dire quelque chose de constructif, je regrette peut-être juste le côté assez "plat" de l'intrigue, sauf évidemment à la fin.
Intéressant, j'avais au contraire peur que la fin soit le point faible du récit ! De fait, je dois reconnaître qu'il ne se "passe pas grand chose" durant l'essentiel de l'histoire, je comptais sur la psychologie tordue du personnage principal et sur les descriptions des étranges "Diaphanes" pour fasciner le lecteur et maintenir son attention jusqu'au bout.

Je crains malheureusement que ce côté un peu "plat" soit inhérent à la nouvelle, j'aurais du mal à y remédier sans complètement changer le genre d'histoire dont il s'agit.



Citer
Pour ce qui est de l'interprétation, j'imagine que ça a quelque chose à voir avec le surmenage, "avoir les nerfs à vifs", quelque chose du genre ? Enfin, c'est mon interprétation. Je suis d'ailleurs surprise de voir le nombre de textes écrits dans ce sens pour le Mout…

J'aime beaucoup le lien avec "avoir les nerfs à vif", je ne l'ai pas fait explicitement dans le texte mais c'est effectivement très proche de ce que j'avais en tête.

Je vous copie-colle ci-dessous le texte que j'avais préparé pour les membres du forum juste après avoir fini d'écrire la nouvelle :


Spoiler
[close]
« Modifié: 31 août 2018 à 00:51:46 par Mout »
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #9 le: 31 août 2018 à 13:05:58 »
Bien le bonjour, Mout !  ^^

Les autres ils ont bien commencé le travail, alors je ne serai pas longue (l'excuse pour faire un commentaire court, j'te jure... :mrgreen:

Ton texte se lit bien, le style est simple mais efficace. J'ai particulièrement accroché au thème de cette façon d'être - professionnellement et personnellement - qui est bien illustré de différentes façons avec les différents personnages. Cette transparence qui reflète un état de faiblesse, de vulnérabilité, serait bien pratique dans la vie de tous les jours, pour savoir quand se protéger ou encore accueillir les sentiments des autres en toute sincérité. Ça pourrait même devenir un nouvel outil de management pour les patrons^^ La fin est attendue mais ça fait plaisir de voir le perso principal perdre le contrôle et basculer dans cet état qu'il abhorre, ou plutôt, qui lui fait peur. Espérons que cela lui apprendra à se reconnecter avec ses sentiments et à ne plus trouver ceux-ci dégoûtants  ^^

Bref, pour ma part, j'ai trouvé que c'était un texte sympa.

PS : Le mauvâtre ne me dérange pas (c'est ma 8ème couleur préférée  :mrgreen:)
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #10 le: 31 août 2018 à 13:19:31 »
Re Mout ! :)

Citer
Intéressant, j'avais au contraire peur que la fin soit le point faible du récit ! De fait, je dois reconnaître qu'il ne se "passe pas grand chose" durant l'essentiel de l'histoire, je comptais sur la psychologie tordue du personnage principal et sur les descriptions des étranges "Diaphanes" pour fasciner le lecteur et maintenir son attention jusqu'au bout.

Je crains malheureusement que ce côté un peu "plat" soit inhérent à la nouvelle, j'aurais du mal à y remédier sans complètement changer le genre d'histoire dont il s'agit.
Oh, tu sais comme je l'ai dit dans mon commentaire, c'était juste pour chipoter un peu, histoire d'apporter un autre éclairage, une piste de réflexion supplémentaire pour une prochaine fois (?)… J'ai essayé de trouver ce que je pourrais bien trouver d'intéressant à dire, ce qu'on pourrait éventuellement apporter à ce texte pour le rendre encore mieux, mais il est déjà très bien comme ça, pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon :)

A plus !
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #11 le: 31 août 2018 à 23:24:32 »
Cela fait plaisir à entendre, merci beaucoup ! Je suis content de voir que le texte « fonctionne » et provoque les réactions que j'espérais.  :)
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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #12 le: 01 septembre 2018 à 18:08:42 »
Bonjour,

c'est bien écrit, je suis content de trouver le monde du travail dans ce texte et pas de la magie, la maladie est amenée comme il faut.
La couleur "mauve" est bien trouvée^^.

Par contre, la chute m'a déçu. Je me disais "j'espère que l'auteur(e) ne va pas nous faire le coup de "c'est un monstre à la fin"...
Dommage...

à bientôt

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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #13 le: 02 septembre 2018 à 22:13:17 »
Salut ! :)

au fil du texte...
Citer
Comme chaque matin, ce ralentissement transforme les conducteurs en bêtes sauvages qui klaxonnent, vocifèrent et forcent le passage d’une bande à l’autre pour arriver quelques secondes plus tôt au travail.
micro détail, je dis "voie" et non "bande" ce qui fait que j'ai mis un temps à capter, mais peut-être que c'est selon les régions ?

Citer
Mais le pire est ses mains.
micro détail aussi, mais ça sonne moyen ce verbe être je trouve, alors que t'as une belle intensité... peut-être reformuler?

Citer
dos et épaules droites pour projeter une image confiante,
droits ? (vu que le dos aussi)

Citer
il semble m’observer même à travers le voile de sa paupière fermé.
fermée

Citer
alors que son absence a causé des problèmes urgents.
hmmm des "problèmes urgents" me fait bizarre, je sais pas si ça vaudrait pas le coup de reformuler, mais c'est peut-être que moi.

Citer
C’est à cause de ce genre de mentalité qu’il a craqué ! explose-t-elle en abattant ses couverts sur la table.
pourquoi de l’italique ? :\?

hop, tout lu !

Sur le global, j'ai apprécié le rythme, l'écriture qui coule pour nous faire parcourir ce monde qui est presque le nôtre à travers le regard du narrateur. J'hésite un peu à faire la comparaison qui me paraît maladroite (parce que je trouve ça bête de ma part de mettre en parallèle un texte et une série tv) mais j'avais un peu l'impression d'être dans un épisode de Black Mirror si tu connais. La critique bien appuyée des délires d'ultra management et de fonctionnement d'entreprise, je pense, avec le petit truc surnaturel en "conséquence négative" du système moche.  (sans toutefois la spécificité technologique de la série, mais pour la construction du truc quoi)
Toutefois quelque chose me chiffonne. J'attendais de voir le pourquoi de cette maladie qui rend les gens diaphanes, ce qui la déclenche, et du coup tu le dis plus ou moins mais pas de façon vraiment limpide. ça semble être un peu le laisser aller au mal être profond ? mais du coup, tant qu'ils sont dans l'illusion du faux bien être et dans les faux semblants, ils n'en sont pas atteints finalement. Je crois que c'est ça qui me gêne en fait, que la dénaturation soient pour ceux qui au final refusent le système en ne s'y sentant mal :\? Je crois que j'aurais mieux capté que ceux qui renoncent complétement à leur essence et ne parlent plus qu'en phrase dictées toutes faites en perdent leur peau. Mais bon c'est ton choix scénaristique, et je sais pas si je suis très claire dans mes tentatives d'explications de ressentis.
Par ailleurs, la fin m'a laissé un peu en reste. Le narrateur est dans son rôle, on a un aperçu du monde, puis il s'engueule avec sa femme (qui si j'ai bien compris est une ancienne diaphane qui a retrouvé de l'opacité avec lui ?) et pof ce qu'il trouvait horrible lui arrive. Je pense que la contrainte des mots ne te permettait pas de pousser à un scénario plus long, mais du coup j'ai l'impression que tu as juste posé les bases et que c'est juste le début de l'histoire, que maintenant, on va rentré dans le vif du sujet et qu'il va se passer des trucs, que tu vas pouvoir développer le fond. Donc, un peu frustrée !

Tout ceci dit, c'était une agréable lecture qui m'a captivée tout du long.

Merci pour ce texte,

Milla
« Modifié: 03 septembre 2018 à 09:32:11 par Milla »

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Re : T01-Les Diaphanes
« Réponse #14 le: 03 septembre 2018 à 22:25:45 »
Bonsoir Mout !

Mes remarques au fil du texte :

Citer
Mon cœur rate un battement lorsque son regard croise le mien. Ses yeux sont trop grands, trop ronds, trop profondément enfoncés dans son visage écarlate. Le sourire qu’il me décoche est large, beaucoup trop large : la chair invisible de ses joues laisse voir deux interminables rangées de dents qui le balafrent jusqu’aux oreilles. J’ai le temps de distinguer les veines rougeâtres qui pulsent sur ses tempes avant qu’il ne disparaisse derrière la file sans fin de voitures. C’est l’un d’eux.
Pas mal comme entrée en scène ! C'est assez inattendu au milieu de cette routine de klaxons.

Citer
mais il manque d’assertivité
So manager |-| (ce n'est pas une critique, je trouve au contraire que ce choix de vocabulaire campe assez vite le personnage)

Citer
Mais le pire est ses mains.
C'est grammaticalement correct, mais je trouve que ce n'est pas très joli. "Le pire, ce sont ses mains" sonnerait mieux, je trouve...

Citer
mais je doute qu’il en soit encore capable, maintenant que c’est devenu c’est un…
un "c'est" de trop

Je n'ai pas relevé grand-chose, on dirait que les commentateurs avant moi et toi avez fait du bon travail ^^

Ton texte se rapproche par ses thèmes d'autres que j'ai lus dans cette poule (personnes qui deviennent transparentes, parallèles avec des problèmes personnels ou professionnels, l'état émotionnel qui se reflète physiquement...) mais j'aime le traitement que tu en as fait. Je trouve ta fin pas si "faible" que tu sembles le penser : au contraire, je ne m'attendais pas forcément à ce que le personnage principal, qui a plutôt l'air susceptible de détruire les autres, soit en fait celui qui est détruit à la fin (bon, c'était peut-être évident pour d'autres ^^).

Je viens de parcourir rapidement l'explication que tu donnes en spoiler : ce n'était pas exactement l'interprétation que j'avais de ton texte - j'avais plutôt l'impression, comme Milla, que les personnages devenus transparents étaient ceux qui finissaient par céder au mal-être que leur occasionnait le travail, en fait, un peu comme une allégorie du burn-out - mais les deux versions se tiennent, donc pourquoi pas laisser les interprétations ouvertes !

Comme d'autres lecteurs, j'ai trouvé que le texte avait parfois un côté un peu plat, mais c'est assez inhérent à ton personnage... en tout cas, les descriptions de diaphanes sont toujours bien réussies, et bien renouvelées au fil du texte, avec toujours un petit frisson pour accompagner ça.

Merci pour la lecture !

 


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