Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

28 janvier 2023 à 01:45:37
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Vilain petit canard

Auteur Sujet: Vilain petit canard  (Lu 2192 fois)

Hors ligne elle

  • Plumelette
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Vilain petit canard
« le: 21 septembre 2017 à 16:01:07 »
   Pour ses huit ans, en 1938, Suzanne reçut de la part de son oncle, six petits canetons au plumes jaunes et duveteuses. La jeune fille avait toujours préféré les oiseaux aux animaux qu'adoraient les enfants de son âge : chiots, chatons ou lapins.
Le regard suppliant qu'elle lança alors à sa mère dans l'espoir de pouvoir les garder fut si convaincant que ses parents acceptèrent que leur fille élevât ces animaux dans l'arrière cour. Ils lui expliquèrent qu'elle devrait prendre soin des volatiles et qu'elle devrait participer au nettoyage et à la nutrition. La petite accepta immédiatement l'offre et attendit toute la semaine qu'arrive le dimanche, moment où elle serait réquisitionnée par son père pour l'aider à fabriquer un grand enclos qui serait déposé dans la cour derrière la boutique parisienne au bas de l'appartement où ils habitaient. Ensemble, ils mirent du cœur à l'ouvrage et assemblèrent des cagettes et du grillage pour empêcher les oiseaux de se sauver. Il lui expliqua qu'il fallait prévoir un grand espace afin de leur laisser de la place pour courir.
À partir de ce jour et au grand étonnement de ses parents, Suzanne s'occupa seule et fort bien de ses petits protégés. Tous les matins avant de partir pour l'école, elle ramollissait des miettes pour les nourrir et trempait certains morceaux dans du jaune d’œuf pour mieux les faire grandir. Tous les soirs après ses devoirs, elle nettoyait l'enclos et jouait avec les petits. Chacun avait hérité d'un nom et ils n'avaient plus peur que des adultes. Lorsque Suzanne ouvrait l'enclos, ils accouraient en piaillant sur leurs petites pattes pour avoir du pain ou des caresses. Ses parents furent donc ravis de laisser la supervision du petit élevage à leur fille, dont ils étaient fiers de constater le sens des responsabilités malgré son jeune âge.
   Rapidement, les canetons se mirent à grossir et ils perdirent leur duvet pour se garnir de belles plumes colorées. Suzanne, qui était très fière de ses canards, découvrit qu'un couple d'entre eux était ce qu'on nomme « Colvert » : la femelle était marron clair et tachetée et le mâle, très beau, arborait un cou irisé de bleu et de vert. Du second couple, le mâle était noir et sobre tandis que la femelle arborait un plumage noir et bleu électrique. Enfin, le troisième couple était composé de canards « Mandarin » : la femelle possédait un plumage beige presque rosé tandis que le mâle avait un joli bec rouge et du vert sur le haut de la tête.
Avec l'aide de son père une fois de plus, elle fabriqua trois nouveaux enclos différents pour installer ces couples. Donald, Gilberta (un « a » lui avait été ajouté après que Suzanne eut découvert qu'il ne s'agissait pas d'un mâle), Annie et Hermès faisaient la grande fierté de la petite, tandis qu'elle fut un peu déçue de découvrir le manque de panache de Basil, le canard tout noir et Sissi, la femelle colvert. Lorsque ses amis venaient lui rendre visite, tous étaient fascinés par les oiseaux colvert ou encore  mandarins dont les couleurs resplendissaient dans la cour, mais aucun enfant ne s'intéressait aux autres.
Lorsqu'elle en fit la remarque à son père, celui-ci lui répondit : « Peu importe, Suzanne, ce sont tes canards, ils t'ont tous été offerts et tu dois t'en occuper et les aimer de la même façon, comme le font les parents à l'égard de leurs enfants. »
   Mais malgré cet avertissement, petit à petit, Suzanne se désintéressa de ces oiseaux trop fades à son goût et leur préféra les couples plus majestueux, son petit préféré devenant vite Donald le Colvert. Elle décida donc d’inter-changer les couples pour avoir dans un enclos Donald et son cou irisé et Gilberta avec son plumage orné d'une tâche bleu de France. Et si elle continua au fil des mois à s'occuper exemplairement de ses petits protégés (dans l'espoir qu'il auraient ensemble de beaux petits canards tout verts et bleus), leur donnant miettes de pain et grains de maïs, leur préparant un nid de paille et les faisant venir dans la maison lors des journées froides d'hiver à Paris, le sort de ses deux derniers oiseaux n'était pas aussi reluisant. Suzanne devint aussi cruelle avec ces canards malchanceux qu'elle était exemplaire avec les autres.
   À l'école, comme à la maison, l'enfant était polie et respectueuse, elle travaillait bien, obtenait de bons résultats scolaires et aidait ses parents à la boutique. Très occupés, ayant de plus en plus de mal à s'approvisionner, ces derniers laissaient leur fille gérer ses oiseaux comme bon lui semblait, la voyant souvent avec un canard sur les genoux devant le poêle, lui tendant des petits bouts de pain ou peignant à l'aquarelle — elle avait toujours été douée — le joli plumage. Mais ils ne voyaient ainsi que les oiseaux que Suzanne aimait bien, le sort des autres volatiles étant bien moins heureux : elle leur jetait de temps en temps une poignée de grains et ne nettoyait pas souvent l'enclos de Basil et Sissi, qui portait décidément mal son nom d'impératrice. Quand, quelque fois l'an, l'un d'eux s'échappait de l'enclos et tentait de rendre visite à ses compagnons, Suzanne l'arrachait aux délicieux grains qu'il avait grapillé en le chassant à coups de pieds. Elle poursuivait ensuite la pauvre bête terrorisée à travers toute la cour, dans une envolée de plumes qui voletaient à la suite de l'animal mal nourri. Pour leur « apprendre la leçon » la fillette leur arrachait ensuite des plumes. Ses parents, très occupés par la boutique et la guerre, finalement déclarée, n'avaient guère de temps à consacrer aux animaux et ne s'apercevaient pas que les bêtes devenaient de plus en plus malingres et mal en point. Rien ne laissait paraître à leurs yeux que Suzanne était si tyrannique avec des animaux pour la simple raison qu'elle ne les trouvait pas assez jolis.
   Les canards vivaient ainsi semi-choyés, semi-maltraités alors que la situation politique se dégradait fortement. Bientôt, le rationnement de nourriture mit la famille de Suzanne dans une situation moins confortable et la petite fille, de douze ans désormais, accentua encore la différence de traitement entre ses couples d'oiseaux.
Lorsque les femelles pondirent des œufs à la fin de hiver 1941, Suzanne, consciente qu'elle ne pourrait nourrir tout le monde, fut très déçue de constater que Donald et Gilberta, couple qu'elle avait constitué elle-même, avaient produit des volatiles de couleurs ternes. Seuls Hermès et Annie avait fait de beaux petits. Elle décida donc de laisser ensemble tous les jeunes canards dont les couleurs ne lui plaisaient pas et de les entasser dans l'enclos de de Basil et Sissi. Cet enclos était désormais trop petit et certains oiseaux, vivant dans la crasse, tombèrent malades, mais Suzanne n'avait que faire du bien-être de ces êtres chétifs et grisâtres, elle voulait peupler son grand enclos uniquement de belles couleurs et de canards grands, et bariolés.
   Un peu avant Noël cette année là, la maman de Suzanne décida que sa fille était assez grande pour comprendre le manque et expliqua à sa fille que pour le repas de fête il faudrait tuer deux canards. Durant une semaine, Suzanne donna un peu plus à manger aux canards gris et noirs et noua un ruban bleu autour de la patte de chacun des canard qu'elle avait choisi sans hésiter. Tant que ses beaux Mandarins ne passaient pas au four… Voyant que leur fille ne semblait pas gênée de manger les canards qu'elle avait élevés, la petite famille passa l'hiver en mangeant de la viande, luxe rare à cette époque. Tous les quinze jours, Suzanne nouait un nouveau ruban sur une patte, marquant ainsi pour son père la bête à abattre et plumer pour le repas du soir. Depuis qu'elle avait trouvé une utilité aux volailles qu'elles trouvait laides, Suzanne avait essayé de mélanger les couples de canards pour obtenir de beaux oiseaux à montrer à ses camarades et remisait dans l'enclos mal tenu tous ceux qui ne remplissaient pas ses attentes. Ceux-là étaient juste assez nourris pour grossir un peu puis se trouvaient affublés d'un ruban bleu à la patte avant de passer à la casserole.
Quand ses amis lui demandaient pourquoi certains canards avaient un ruban à la patte, Suzanne répondait immanquablement : « parce qu'ils sont moches alors on les mange », et la conversation s'arrêtait généralement là. Ainsi s'établit une petite routine pendant quelques mois.
   Un jour de mai 1942, alors qu'elle peignait, sa maman lui demanda de lui donner les trois vestes qu'elle portait le plus souvent. Petite fille cruelle mais toujours obéissante, Suzanne s'exécuta sans poser plus de questions. Ce soir-là quand elle sortit nourrir les animaux dans la fraicheur du soir sans veste, Suzanne fut particulièrement chiche avec la petite troupe de canards gris et noirs.
Quand elle récupéra ses vestes deux jours plus tard, elle découvrit sur chacune d'entre elle une étoile de tissu jaune, cousue sur la manche. Aux questions qu'elle posa, sa mère répondit qu'il s'agissait d'une nouvelle loi obligeant sa famille à porter ce signe.
Dès lors, la petite se rendit à l'école en portant les vestes en question et expliquait à ses camarades pourquoi elle devait les porter. En classe, trois autres enfants portaient la même étoile et un quatrième lui avait expliqué que ses parent avaient refusé de broder l'étoile sur ses vêtements. Ignorant tout des enjeux de la guerre, Suzanne n'avait ni honte ni fierté particulière à arborer ce patch de tissu qui la désignait Juive, et ne comprit qu'au mois de juillet de cette année-là que cette étoile avait été son ruban bleu.
« Modifié: 07 novembre 2017 à 14:03:06 par elle »

Soulyne

  • Invité
Re : Vilain petit canard
« Réponse #1 le: 21 septembre 2017 à 16:51:00 »
Je ne m'attendais pas du tout à cette fin qui est bien amenée. Nous avons tous connu un vilain petit canard ou l'avons nous-mêmes été au yeux d'un autre. La cruauté, même des enfants, n'a parfois pas vraiment de bornes. Il est toujours plus facile de l'infliger aux autres que de se la voir infligée. Gageons que cette petite fille saura en prendre en conscience le moment venu, son étoile tricotée sur le coeur. Votre nouvelle est bien écrite, j'ai passé un bon moment de lecture. Merci !

Hors ligne LeMargoulin

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  • Petit poulpe des bois
Re : Vilain petit canard
« Réponse #2 le: 21 septembre 2017 à 17:25:55 »
Tu as relevé mon défi avec succès ! Tu as su t'en emparer pour produire un très beau texte, bravo.
Bon évidemment, du coup, je sentais un peu venir la fin, mais ça en reste très admirablement mené, le parallèle avec les canard est bien trouvé.

Un bémol, pour moi :
 
Citer
la petite famille passa l'hiver en mangeant de la viande, luxe rare à cette époque
Avant cette phrase (et après), tout est décrit avec un point de vue contemporain à l'action. Ici, le point de vue devient soudain celui du lecteur, à qui on raconte cette histoire en lui indiquant qu'à l'époque c'était rare. Cela m'a fait légèrement sortir de l'histoire, ce pourrait être exprimé en gardant le point de vue de Suzanne ou de ses parents.
J'aurais aimé me lancer dans la flibuste mais ma couardise m'a poussé vers les lettres.

Hors ligne elle

  • Plumelette
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Re : Vilain petit canard
« Réponse #3 le: 22 septembre 2017 à 11:34:23 »
Merci pour ces commentaires !

Effectivement, je n'avais pas fait attention à cet input externe. Ceci dit je dirais que le ", finalement déclarée, " le faisait déjà un peu plus haut.

En ligne Ariane

  • Palimpseste Astral
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Re : Vilain petit canard
« Réponse #4 le: 22 septembre 2017 à 11:52:52 »
Très bien trouvé pour relever le défi.  :mafio:
~ Ariane ~

Hors ligne LeMargoulin

  • Prophète
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  • Petit poulpe des bois
Re : Re : Vilain petit canard
« Réponse #5 le: 22 septembre 2017 à 17:53:44 »
Ceci dit je dirais que le ", finalement déclarée, " le faisait déjà un peu plus haut.

Oui, c'est vrai, mais moins je trouve, car même pour les contemporains, la guerre pouvait être un peu prévisible.
J'aurais aimé me lancer dans la flibuste mais ma couardise m'a poussé vers les lettres.

Hors ligne Corsaire

  • Scribe
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Re : Vilain petit canard
« Réponse #6 le: 04 octobre 2017 à 22:11:44 »
Très chouette histoire, bien que cruelle. (la méchante, bien fait!  :P ;D )
Défi relevé haut la main!

Citer
Suzanne répondait immanquablement : « parce qu'ils sont moches alors on les mange », et la conversion s'arrêtait généralement là. Ainsi s'établit une petite routine pendant quelques mois.
la conversation, plutôt

je rejoins un peu l'avis de LeMargoulin pour le traitement contexte historique.
"La guerre finalement déclarée" ne me pose pas de soucis. Car même si l'on s'y attendait à l'époque, on ne veut jamais y croire.

En revanche, je trouve qu'il manque un rappel de cette époque entre le début où tout va encore bien
Citer
Pour ses huit ans, en 1938,
ET
Citer
À l'école, comme à la maison, l'enfant était polie et respectueuse, elle travaillait bien, obtenait de bons résultats scolaires et aidait ses parents à la boutique. Très occupés, ayant de plus en plus de mal à s'approvisionner,

Il faudrait un petit rappel de la situation entre ces deux extraits. Car bien que nous sommes sensé connaitre l'histoire, et bien, parfois, on n'y pense plus. Et lors de la lecture, on se surprend (enfin moi) à se dire "ah oui c'est vrai, c'est la guerre"!
"Puisque les événements nous échappent, feignons d'en être les organisateurs." (Jean Cocteau)
un peu de pub: une histoire qui pour le coup n'a aucune prise sur les événements... Périple d'un grain de sable

Hors ligne elle

  • Plumelette
  • Messages: 9
Re : Vilain petit canard
« Réponse #7 le: 05 octobre 2017 à 09:37:01 »
Merci :) Oui c'est un peu cruel, après j'ai mon idée sur comment ça se termine, mais je trouvait que ça n'avait pas sa place dans le texte. J'imagine une fin pas si cruelle au final. (Enfin si on passe sur le fait qu'un séjour en camp c'était pas la colonie de vacances bien sûr...)

Merci pour la coquille, je corrige ça tout de suite (on dirait quasi de l'autocorrect, et pourtant non. Mon cerveau a auto correct on dirait bien ! :D )

Pour le manque de précision, mon but originel était de ne pas du tout rappeler la guerre jusqu'au tournant de la fin, mais c'était impossible (ou je n'ai pas trouvé comment), ce qui explique peut-être que dans le texte final il manque des transitions !

En tout cas merci de vos retours !

Hors ligne tim gab

  • Calame Supersonique
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  • grown's up, what's for ?
Re : Vilain petit canard
« Réponse #8 le: 05 octobre 2017 à 11:21:42 »
je crains de ne pas faire très original dans mon commentaire mais je vais rejoindre mes petits camarades,
c'est un texte intéressant et plutôt bien traité.   
Bravo à toi.
"I am the bone of my sword
Steel is my body and fire is my blood
I have created over a thousand blades
Unknown to death
Nor known to life
Have withstood pain to create many weapons
Yet those hands will never hold anything
So, as I pray, Unlimited Blade Works."


archer FSN

Hors ligne elle

  • Plumelette
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Re : Vilain petit canard
« Réponse #9 le: 07 novembre 2017 à 10:04:51 »
Merci :)

Hors ligne Zéro Janvier

  • Scribe
  • Messages: 77
    • Zéro Janvier
Re : Vilain petit canard
« Réponse #10 le: 07 novembre 2017 à 13:49:06 »
J'ai beaucoup aimé ce texte ! La fin ne m'a qu'à moitié surpris mais comme on le dit : l'important ce n'est pas la destination, c'est le voyage. Or, ce voyage dans l'Histoire et le quotidien de cette fillette cruelle et naïve est très réussi. Je n'oserais dire qu'il était agréable car on devine une issue tragique, très subtilement évoquée d'ailleurs.

J'ai cru comprendre en lisant les autres relecteurs que ce texte est une réponse à un défi. Je ne sais pas en quoi consistait le défi en question, mais le résultat est très bon.

Quelques corrections de coquilles que je me permets de suggérer :

À partir de ce jour et au grand étonnement de ses parent
parents au pluriel

Mais malgré cet avertissement, petit à petit, Suzanne se désintéressa de ces oiseaux trop fades à son goût et leur préféra les couple plus majestueux
Là aussi, couples au pluriel

Ses parent, très occupés par la boutique et la guerre
parents

Cet enclos était désormais trop petit et certains oiseaux, vivant dans la crasse, tombèrent malade
malades

Hors ligne braindogs

  • Tabellion
  • Messages: 54
Re : Vilain petit canard
« Réponse #11 le: 08 novembre 2017 à 08:33:27 »
Merci pour ce texte.
Comme mes camarades, je me suis laissé surprendre par la fin et plus généralement l'évolution du texte. Au départ je suis demandé ou tu voulais en venir avec cette histoire de canard, puis j'ai aimé la démonstration de la cruauté de l'enfance avant d'être étonné par le final. Tout est bien amené, on se laisse complètement prendre.
C'est un détail, mais je me suis aussi fait la remarque " ah oui c'est vrai c 'est la guerre" mais j'ai repris le marqueur temporel du début et c'était bon du coup je ne sais pas si ça nécessite de compléter. Tu verras bien avec le temps ce qu'il convient le mieux  :)
Je n'avais pas vu la sortie du récit avec la remarque sur le caractère luxueux de la viande, ce point de correction me sera utile pour mes textes ( j'ai du mal avec ces notions et toutes les questions de focalisation).

 


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