Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

29 juillet 2021 à 21:15:32
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Bird

Auteur Sujet: Bird  (Lu 1472 fois)

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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Bird
« le: 16 juillet 2016 à 16:15:43 »
Bird









Et tu m’as dit
« Tu sais en automne
chaque fois qu’un oiseau se pose
une feuille s’envole
ça équilibre le monde »



Tu portais joliment la robensoie et la Loire tu la portais quelque part aussi dans les yeux tout le monde le savait fallait être aveugle pour pas voir. Tu disais qu’il n’y avait que toi toute seule à jamais, moi j’étais là tiens j’étais là je t’aimais aussi tiens. Je disais rien non. Enfin je parlais de cinéma et de poésie et ça disait des jetaimes à ma place, ça les disait à toi, à ta robe et à tes joues et à l’été qui remontait tes cuisses – une coccinelle. Tu croyais que c’était le vent tiens, tu parlais des oiseaux qui remontaient jusqu’à la gare parce que la gare c’est l’océan. Tes doigts sentaient la gouache et ils étaient jamais très propres. On se dit que ça fait bizarre de connaître l’odeur des doigts d’une fille puis c’est vrai mais moi j’ai une bonne excuse, j’ai pas fait exprès voyez ça s’est fait gentiment ses mains sont passées sous mon nez sans crier gare – océan et voilà le nez ça peut jamais s’en empêcher de sentir surtout quand ça a l’air de sentir bon. Des oiseaux que ça faisait. Et des plumes tiens, des dedans d’oreillers on en faisait des batailles même sans oreillers ni sans les plumes dedans. Pourtant que ça volait tu sais, le cœur j’veux dire. Souvent on dit qu’il bat j’en suis plus très sûr parce que s’il me battait ça ferait des bleus et ça briserait les côtes ou les poumons ou tout ce qu’on a de bien utile là-dedans. Alors que ça fait pas mal le cœur tiens, ça sursaute des fois et puis voilà c’est tout, faut pas en faire du foin pour les chevaux ou des choses trop grosses qu’on maîtrise pas ou qui font écrire des études compliquées c’est tout. Puis elle me dit qu’il y a des oiseaux dans mon intérieur et pendant qu’elle dit ça les feuilles font ce que font toutes les feuilles de tous les arbres quand c’est zoziotant et coccinellant : elles posent pour les artistes. Elles se font des couleurs que t’en as jamais vu parce que c’est pas des couleurs d’homme, c’est juste des couleurs qui sont nées avant nous tiens, puis maintenant elles ont enfin trouvé des hommes pour les aimer et pour leur crier de l’amour avec de la peinture. C’est avec les artistes que les feuilles ont commencé à rougir à force de trop d’été, de tous ces hommes qui passaient leur temps à les regarder alors qu’elles étaient toutes nues et on peut les comprendre, tous ces siècles à se dire qu’elles étaient juste des feuilles des bouts de verdure et maintenant ces choses caressantes aux yeux grands comme je ne sais quoi sorties du fond de la Terre à leur dire que non c’était plus que des feuilles, c’était de l’art.

Voyez ça ferait rougir n’importe qui et ça fait faire des syncopes et elles tombent et il y a des hommes à leur souffler dessus pour pas qu’elles meurent sur les trottoirs à la vue de tout le monde, ils utilisent des aspirateurs cassés qui expirent de l’air ça fait du boucan sûrement que c’est pour pas qu’on entende les pauvres types pleurer devant toute cette mort. Y a des boulots qu’ont plus de malheur que d’autres. Je réfléchissais à des choses trop grosses qui passent pas dans la tête ou alors elles sont boudinées, et toi tu regardais tes pieds tu avais plié les jambes sur le banc et au bout il y avait tes pieds nus. Tu soulevais les orteils avec du soleil dessus puis tu les rabaissais, tu regardais, il y avait du vent mais pas trop juste assez pour contempler ses pieds doucement sous le soleil jaune. Je me disais que personne peignait les pieds des filles et que c’était injuste et que ça valait bien qu’on en dise quelque chose. Mais ensuite tu as posé ta tête sur tes genoux à regarder le fleuve et un coup de vent a fait descendre ta robe sur tes hanches et ça faisait un petit tas de tissu sur le banc chaud, les ombres remuaient sur la peau et le jaune du soleil avec et le soleil est un œuf. Je savais pas trop si je devais regarder tout ça parce que peut-être tu penserais à mal de moi comme garçon mais avant même que je commence à réfléchir à la réponse mes yeux étaient déjà descendus près du petit tas de robe recroquevillée. Parce que vous savez les yeux ça peut jamais s’en empêcher de regarder surtout quand ça a l’air d’être beau. C’est un peu comme le nez ça résiste pas c’est sans doute pour ça que les yeux et le nez c’est à côté, parce que ça s’entend bien. Et il y avait tes cuisses toutes nues voilà puis avec du vent dessus – le vent c’est un garçon de la mauvaise graine vous savez pourquoi. Il y avait un des bords de ta culotte aussi qui était blanche, comme du mouchoir ou de la neige de boule de neige qu’on lance sur les pépés et mémés qu’ont rien demandé ni à la neige ni à nous. Mais les vieux ça récolte toujours des trucs parce que ça arrive au bout et forcément tu prends tout en pleine figure une dernière fois avant que les types avec les aspirateurs cassés te balayent.   

Des canards sont passés devant nous je les trouvais intéressants mais moins que tes cuisses et le bord de ta culotte. Mais j’ai arrêté de regarder parce que faut pas trop regarder quand c’est attirant ou trop brillant c’est comme les éclipses ou le soleil jaune à la fin ça brûle et les ailes brûlent aussi. Alors je me suis rabattu sur les canards qui barbotaient à contre-courant et sur les feuilles qui se frottaient les unes contre les autres, ça faisait de mal à personne. Là je sais que tu m’as regardé je t’ai vue avec ma vision périphérique et tu as de nouveau regardé ces maudits canards qu’avançaient pas et personne pour leur dire et j’ai senti quelque chose sur ma main j’ai pensé que c’était comme un genre de coccinelle ou de fourmi et en fait c’était ta main. Je me suis dit que le vent avait beau être de mon côté il était pas assez fort pour faire bouger une main de fille même si une main de fille c’est léger quand on y pense. J’osais pas regarder je sais pas pourquoi mais je savais que c’était ta main parce que ça me remplissait des oiseaux du ciel et de la gouache toute neuve dans les magasins. Aussi parce que c’était tout moite et ça faisait un peu bizarre mais j’ai rien dit je disais rien non. J’avais peur que ça s’envole si j’ouvrais la bouche ou que je bougeais parce que toi t’étais l’oiseau qui s’envole toujours trop vite et qu’est jamais sur la photo à la fin. Pourtant là j’aurais pu prendre une photo, et j’aurais même pu peindre un tableau parce que c’est comme si ta main c’était une feuille qui posait pour l’art, pour le cœur. Et c’était moite et chaud et humide comme un été à l’équateur et je me suis dit que l’art aussi devait être moite et chaud et humide pour être de l’art.

J’ai rougi je voulais pas qu’on m’automne toute de suite comme toutes ces feuilles tristes, je voulais pas mourir vous savez ni finir sur un trottoir tout nu même pour tout l’art du monde. Je voulais pas finir comme une putain à traîner mon corps trop gros et toutes les boules de neige dans la figure avec plein de maladies de putain. J’ai rougi parce que je n’ai su ni dire avec mes lèvres ni dire avec mon corps et c’était tragique vous savez. Une de ces choses immenses qu’on voit au théâtre avec des gens qui toussent à l’intérieur parce que les gens ça tousse n’importe quand même quand faut absolument pas qu’on tousse ou qu’on pleure ou qu’on se mouche. J’ai rougi parce que je suppose que tout ce qu’il me restait de parole c’était ma peinture à moi, pleine de syncope à l’âme. Je me suis peint pour que tu voies l’automne en plein été. Après je suis allé m’acheter un jus d’orange à la guinguette et je t’en ai pris un aussi, il y avait l’odeur des fleurs quand j’ai compté mes sous j’ai fait mon sourire parce que ça sentait les fleurs et sûrement que la serveuse elle a pris mon sourire comme si c’était elle la fleur voyez. Je me suis dit que c’était la tromper et qu’un sourire ça doit jamais tromper qui que ce soit parce que c’est sacré, c’est de la religion mais c’est pas une religion qui met des clous et qu’est douloureuse, non c’est une religion qui souffre pas et qu’en veut à personne. M’enfin peut-être qu’avec le parfum et tout maintenant on en fait qu’on dirait la vraie fougère tellement y a des types qui savent bien renifler la forêt, oui peut-être qu’elle sentait vraiment le champ et le bucolique, j’ai jamais su et j’ai pas pensé à demander. On a glouglouté vite fait bien fait puis tu as fait « mmmm » avec les lèvres fermées comme ça en fermant les yeux et le soleil et les petits bouts d’ombre comme font les enfants parfois quand c’est bon et que les mots sont pas assez succulents pour dire le vrai. T’étais pas une enfant mais tu disais que t’aimais pas être une adulte et que c’est pour ça que tu m’aimais bien, parce que moi je savais pas faire et que même avec toute l’entraînement du monde j’y arriverais pas, c’est pour ça que tu m’aimais bien tu disais. Moi aussi je crois mais tous ces mots qui boudinaient dans ma cervelle c’était pas évident pour dire des choses intelligentes alors je disais rien non rien du tout peau de zébi.

« Je me sens seule tellement que ça voudrait mourir, Titi ». C’est moi Titi je m’appelle Timo pour vrai mais tout le monde que je connais m’appelle Titi même les professeurs de mon collège 22 rue Marcel Moreau. « Tu sais pas comme ça creuse là-dedans », elle montrait son bidon avec sa main qu’était plus sur ma main. « Comme la mer ? », j’ai pensé que peut-être elle avait faim et comme c’était mon amoureuse fallait que je prenne soin d’elle et pas qu’elle ait des trous comme ça à l’intérieur à cause de la faim voyez. Elle a fait du sourire mais c’était triste un peu comme la mer qui s’en va parce qu’elle en a marre d’être éclaboussée par les touristes aux grosses fesses en crème solaire qui vont toujours acheter des beignets délicieux en bord de plage avec leurs enfants qui se moquent. Tu continuais de soulever tes orteils avec le soleil jaune : « C’est les hommes qui creusent le plus, Titi, pas la mer… », moi j’ai rien dit non, elle était en dernière année de lycée elle savait mieux que moi la vie et la mer et les hommes alors je pouvais rien dire tiens, ça me dépassait des oreilles tout ça et je pourrai jamais la rattraper pour tout ce qu’est intelligence elle en saura toujours plus, c’est comme ça faut s’y faire, c’est comme les feuilles au début ça fait mal et les quimoses font pleurer mais on s’y fait puis les feuilles elles reviennent toujours, c’est tout, les peintres c’est pareil ça meurt tous les ans au même moment puis ça revient quand les choses sont toutes nues voilà. « Tu sais dessous ma robe j’ai des trous », et là ça m’a pris des fois quand t’es un garçon des trucs te prennent et moi je croyais qu’elle parlait de ses trous sexuels et elle avait remonté sa robe sur ses genoux mais en-dessous je savais que c’était nu comme avant. Puis quand une fille c’est tout nu ça fait quelque chose d’émoustillant comme le piquant du coca mais en beaucoup plus fort et ça le fait dans la cervelle et parfois aut’part mais ça c’est pour la mauvaise graine voyez ça me concerne pas. « C’est le désir » maman m’a dit. Le désir c’est un joli mot je trouve pour dire les bulles gazeuses de quand une fille c’est nu devant les yeux. Moi je t’imaginais tu sais des fois un petit peu je ressemble au vent qui souffle et je t’imaginais comme en été la robensoie qui petitasse au grand soleil jaune en bouchon à côté je soufflais comme ces pauvres types qui pleurent devant toute la mort des trottoirs, et tout serait partout comme tes cuisses et ton corps il aurait les morceaux d’ombre de mille étés recroquevillés dans ma main, et le bord de ta culotte encore une fois et le vent, moi je soufflais tu sais comme un aspirateur cassé. Je t’imaginais dans ma cervelle boudinée au coca ça faisait de mal à personne enfin je crois. 

Les garçons ça croit des choses et croyez-moi quand on croit des choses c’est pire que quand on croit dans Jésus ou des trucs qu’ont un vrai nom comme lui. Les choses c’est vraiment le pire que je connaisse niveau croyance alors faut toujours se méfier parce qu’on sait jamais dans quoi on s’embarque et ça se trouve c’est pire que les clous et la crucifixation. J’ai mis ma main sur ton ventre et tu m’as regardé. C’était chaud puis ça faisait que monter et descendre et ça pouvait endormir tout doux si on faisait pas attention. J’ai senti ton nombril et c’était le seul petit trou que j’avais trouvé pour l’instant sous ta robe alors j’ai continué à réfléchir. Tu as commencé à rougir et t’étais pas toute nue ni rien et je voulais pas que tu meures non plus donc j’ai enlevé ma main pour que ce soit l’été encore. Le ventre d’une fille c’est un des endroits les plus doux que je connaisse pour poser sa main, ça ressemble à de la peluche un peu c’est pour ça que c’est bien pour s’endormir parce qu’on dort toujours mieux quand on peut caresser un truc doux en même temps ça je le sais. Tu avais déplié tes jambes et tes pieds nus gigotants dormaient par terre et les canards sont partis maintenant mais pas la Loire, parce que la Loire c’est un chagrin d’amour ça s’en va jamais vraiment et ça se déguise en fleuve mais personne n’y croit ça non. Alors que le soleil jaune baissait je l’ai suivi j’ai baissé ma tête sur tes jambes et je sentais tout si tu savais j’ai cru que c’était ça le monde enfin. Parce que même si j’étais qu’en quatrième au collège 22 rue Marcel Moreau je passais mon temps à chercher le monde à lui trouver une forme une odeur, une couleur et une matière, et ça même notre professeur principale elle nous a rien dit à son sujet fallait se débrouiller en solitude. Et toi et moi on faisait mieux que se débrouiller tiens on était précoces qu’on disait. Y’en a qui sont précoces pour l’intelligence et toi c’était pour la solitude et moi c’était pour aimer, on était plus rapides que tout le monde tiens on a déjà fait trois tours de terrain quand les autres ils en peuvent déjà plus d’en finir un. Pis quand t’es plus rapide que les autres et bin t’es toujours seul ça je le sais. Et je sais pas pourquoi Dieu il fait des gens qui vont plus vite parce que la vie c’est pas une course la vie c’est une excuse pour aimer le plus possible et c’est tout c’est une excuse pour trouver le monde qui s’est coincé quequ’part et c’est une excuse pour comprendre les feuilles qui tombent et ça tout le monde s’en fout.

Ma tête je l’avais bien calée derrière par ton ventre-peluche et ma joue contre tes cuisses et la soie moelleuse un peu qui s’était remplie de juillet, puis toi Lola tu as mis ta main dans mes cheveux de garçon. C’était chatouillant et tu me caressais lentement comme ça comme si mes cheveux étaient un petit animal et je fermais les yeux moi je savais pas quoi faire d’autre et c’est venu comme ça voilà et le soleil aussi fermait les yeux parce Lola elle était trop lumineuse même pour lui. C’est difficile à expliquer la lumière de Lola. C’est comme quand il pleut sur la mer et que y’a de l’éclaircie qui vient sur les visages des marins mais répété un millier de fois en l’espace d’une petite seconde et vous aurez un aperçu de comment elle brillait peut-être, c’est pour ça que c’est mon amoureuse tiens. Et c’est la plus belle chose du monde Lola et je l’aime. « T’es encore creusée ou pas ? » j’ai fait puis elle continuait de faire des aller-retours avec ses mains et ça sentait toujours la gouache comme si elle me peignait puis les canards étaient essoufflés maintenant et les feuilles j’y pensais plus trop et à sa culotte encore un petit peu c’est vrai. « Ça va mieux », et après elle a rigolé un peu mais c’était pas comme quand ils rigolent pour se moquer les garçons et les filles au collège 22 rue Marcel Moreau. C’était un rire qui disait jetaime ça je le sais parce que je m’y connais quand faut pas sortir les bons mots au bon moment ça oui. « T’es pas un garçon comme les autres, tu le sais ça hein ? », elle m’avait redressé sur le banc puis elle me regardait avec sa main sur mon épaule elle avait du rouge à lèvres pour me faire des bisous la peau dorée et du vent coincé dans les cheveux. Du vent qu’est venu de lui-même parce que sûrement que se blottir entre ses cheveux à elle ça valait mieux que de tourner en rond entre les nuages du ciel qui sentaient pas le shampoing. Y’avait une bretelle de ta robensoie qui pendouillait sur le côté je regardais ton épaule et les petits plis que faisaient ta peau entre ton bras et le haut de ton corps. (J’avais volé des magazines de la mauvaise graine vous savez avec les putains sexuelles qui se montrent et donc je savais à quoi m’attendre en ce qui concerne les seins de Lola et tout). T’avais pas mis de soutif et je regardais ta peau nue puis ça faisait « le désir » comme a dit maman un soir que je lui parlais des choses qu’on en parle pas des garçons dans le slip qui grossit. Mes yeux ils vont toujours là où c’est pas pour eux et je voyais la forme de tes seins qu’étaient nus sous la robensoie et tout d’un coup t’as plus parlé. T’as juste mis ta main sous mon menton et tu l’as levé un peu.

« Tu le sais, hein ? C’est parce que t’es plus beau que les autres, Titi », je savais pas trop ce qu’elle disait mais ça m’avait chatouillé le menton avec ses doigts tout doux. « Bin je suis juste un aspirateur cassé voilà c’est tout c’est pas grave j’attendrai qu’on me répare et je serai comme les autres à mon  collège 22 rue Marcel Moreau parce que je veux pas pleurer comme ceux qui soufflent trop et qui pleurent parce que le feuilles tombent, c’est tout ». Tes yeux sont devenus plus grands comme si je t’avais dit du mal et tes sourcils sont montés comme s’ils voulaient s’en aller rejoindre les oiseaux. « T’es pas cassé, Titi, t’es juste aspi. Mon petit aspi… », tu m’as caressé la joue au grand soleil jaune qu’était un peu tombé sur les cuisse d’une fille et la fille c’était la Loire mais ça tout le monde le savait fallait être aveugle pour pas voir que c’était du vrai amour entre eux deux, et moi je m’y connaissais voyez.

Un air de jazz a câliné mes esgourdes et ça commençait à sentir la saucisse grillée du soir à la guinguette et moi j’me suis levé d’un coup parce que je voulais danser avec toi Lola et j’ai crié peut-être un peu trop et je t’ai pris la main pour qu’on y aille et on a couru pour se trémousser là-bas au son du saxophone et ta robensoie elle volait comme un oiseau et l’air était orange et chaud comme dans ta main Lola !

Et tu m’as dit là-bas tu m’as dit que j’étais pas un aspirateur cassé parce que les aspirateurs cassés ça s’appelait simplement le vent qui se lève même si parfois le vent c’est un peu la mauvaise graine surtout en ce qui concerne les robes des filles. Et tu m’as dit « L’art, c’est le souffle, Titi… rien d’autre. L’art c’est ce qui fait voler les oiseaux et les feuilles ». Et moi j’ai rien dit non je disais rien, je regardais ta robe qui volait on aurait vraiment dit un oiseau tu sais.


« Modifié: 13 mars 2018 à 22:29:59 par Eveil »
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne Fried

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Re : Bird
« Réponse #1 le: 16 juillet 2016 à 23:57:01 »
J'aime beaucoup ton texte Eveil,
voila c'est dit, mais il faut maintenant que j'explique.
Je le lis avec plaisir, c'est le style qui me plait, il tient au récit du narrateur: innocent, poétique et simpliste.
Les expressions  "la robensoie",  "ça disait des jetaimes" j'accroche pas trop, l'ensemble du texte n'en n'a pas besoin (après c'est le choix de l'auteur).
 "le nez ça peut jamais s’en empêcher de sentir surtout quand ça a l’air de sentir bon." ce genre d'expression, j'adore, là on plonge dans le monde du narrateur.
joli texte bravo

« Modifié: 20 juillet 2016 à 12:08:53 par Fried »

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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Re : Bird
« Réponse #2 le: 18 juillet 2016 à 13:33:36 »
C'est gentil d'être passé, je sais que le texte est un peu long. Je note la remarque ! Et merci pour le reste   :D
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne extasy

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Re : Bird
« Réponse #3 le: 18 juillet 2016 à 15:14:02 »
Yop,

Citer
Parce que vous savez les yeux ça peut jamais s’en empêcher de regarder surtout quand ça à l’air d’être beau.
a l'air
Citer
T’étais pas une enfant mais tu disais que t’aimais pas être une adulte et que c’est pour ça que tu m’aimais bien, parce que moi je savais pas faire et que même avec toute l’entraînement du monde j’y arriverai pas
arriverais ?

Alors d'habitude j'ai du mal avec tes textes mais là c'est passé juste nickel. J'aime beaucoup comment tout est interconnecté, et comment des choses belles sont dites simplement (en fait non, c'est pas vraiment simple, elles ont l'air simples mais derrière c'est ouf parfois). C'est pas évident d'écrire comme ça, juste qu'ils sont assis ensemble, et d'en faire quelque chose de beau. Je n'ai pas vraiment grand chose de constructif à apporter mais je voulais quand même venir témoigner de toute ma sympathie parce que c'est vraiment du très très bon.

Merci :) !

Hors ligne Menthe

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Re : Bird
« Réponse #4 le: 19 juillet 2016 à 21:52:39 »
Salut Eveil

Merci pour ton texte. Très beau, très comme j'aime. J'ai l'impression de te lire pour la première fois, c'est drôle ? T'as dû changer, me serait rappelé de ça (c'est un truc positif, hein).
Le style très parlé, c'est vivant et je suis fan. Ce monde interne du narrateur, avec ses projections mentales, sa façon de vivre et d'être, ses pauses qui sont pas des pauses mais qu'en sont quand même à sa façon tout ça dans un seul souffle et d'un seul trait d'union, c'est cool, vraiment.
Un peu long ? Mais c'était peut-être l'inspiration qui poussait loin, va savoir.
Y a (on écrit ça comme ça hein : y plus loin a, sansapostrophe entre les deux, ça vient de "il y a" mais sans l'île) aussi un  petit côté Ajarissime comme j'aime, sans le côté torturé. Me manquerait presque ce piquant pataphysique, va savoir, c'est peut-être l'habitude. T'as fabriqué ton style, alors j'ai envie de dire : essaie de t'y infuser encore plus, fonce droit dedans. C'est comme si le personnage principal même sympa faisait un peu paravent ou prétexte à la substance. Et avec un style et un monde comme ça dans les mots, y doit y en avoir, de la substance.
 :-* Au plaisir  de te relire, camarade!
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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    • la galerie du petit prince
Re : Bird
« Réponse #5 le: 20 juillet 2016 à 22:09:37 »
J'ai bien reçu ta sympathie pour ce texte, exta, et je t'en remercie.  ;)

L'impression de première fois ? Parce que cela fait quelques temps que tu n'as pas dû passer, peut-être, et que j'ai cet avantage d'avoir une prose enfantine et immature qui ne demande qu'à se nourrir - et grandir, mais pas trop. Et l'on sait que les enfants apprennent vite, alors je suppose qu'il faut être à l'affût de mes mouvements tant m'effraie la récurrence de forme (que je préfère à "style"). Oh je n'ai rien fabriqué, si ce n'est mon refus vaniteux et capricieux du style ; quand je serai vieux chnoc, j'accueillerai tout ça comme une sorte de petite mort avant l'heure, un hommage funeste qui fleure bon le chrysenthème : j'aurai enfin du style parce que je n'aurai plus la force d'apprendre et de me considérer comme écrivant (écri-vent, c'est joli ainsi, ne pas comprendre celui qui pète en écrivant, mais celui qui souffle avec ses tripes, écoutez Lola). Je vois le style comme la fin de l'enfance et sans l'enfance ma prose perd toute sa vie - n'en resterait qu'un écrin défroqué de sa viscère : un légume aux subtils relents d'écriture. Pour l'heure, je bavouille frénétiquement à la recherche utopique de la symbiose totale entre corps et littérature. Du moins rapprocher, autant que possible, l'infini de l'être au potentiel infini du verbe. Maintenant, sans ne rien renier mais davantage pour plaquer ici mon sentiment, et histoire de causer, je pense que le parler de ce texte est assez éloigné de la confusion dédaléenne de ma pensée - et donc, en ce sens, insuffisamment fidèle car par trop univoque et localisé. Ce ton, simple, pur, me paraît plus éloigné de la couleur de mon être que mes virées sibyllines, dont l'abstrusion, loin, très loin d'être la volonté première de ces proses et dont on m'affuble ici et là pourtant, qualifiant d'exercice de style ce qui n'est que le prolongement aiguisé, poli de mon coeur, n'est qu'une conséquence. Fâcheuse, diront certains, ceux qui ne jurent que par l'usage trahissant de leurs neurones. Les autres s'en foutent, à raison - ou plutôt sans. Je n'écris pas pour être compris, mais je n'écris pas non plus pour ne l'être pas, je fais simplement ce que je crois être le plus juste et le plus près du corps. L'autre raison, pour cette impression de première fois, c'est que j'ai plusieurs voix et plusieurs masques. Parfois je crie, parfois je pleure, d'autres je dessine, d'autres je joue à l'orfèvre, ici je parle - et si je parle peu en général c'est que je préfère le geste. Kokox m'a dit précédemment que mon hermétisme me nuisait, que je marchais sur un filin, par lubie, arrogance, par désir pubescent de singularité. Alors voilà, je suis descendu de mon filin, est-ce que je suis plus grand ? plus grand parce que tous les lecteurs me comprennent ici ? est-ce que cela me rend plus humble ? est-ce que l'on est plus grand, et donc plus brillant (phare, luciole, que sais-je), parce que l'on se fait comprendre de tous, ou bien est-on plus grand parce que l'on se montre l'âme plus nue, et donc inévitablement plus indicible que les autres ? Je n'en sais rien. Ou plutôt, j'ai un avis mais tous les avis sont faits pour être contrariés : par le temps, la lecture, les autres.

Le Momo qui me traînait dans un coin de la tête, c'est vrai, surtout son côté libéré du cul. Ici j'ai fait de Titi un Asperger, son incurable à lui. Venant d'une inconditionnelle d'Ajar, je prends, ça me touche. Paravent ou prétexte à la substance, oui, les personnages sont surtout des prétextes pour concrétiser des sentiments précis comme la tendresse ou l'amour, comme le sont tous mes personnages... Quant au côté torturé, je suis de ceux qui pensent qu'écrire l'amour et la tendresse est la preuve inavouée de la torture. Et que, même si elle n'apparaît pas dans les mots ici, elle se loge entre chacun d'eux.

Comme je l'ai dit, je ne peux rien faire de plus, à part m'infuser encore et encore, oui. Mais c'est l'oeuvre de toute une vie.

Désolé ma réponse était confuse et mêlait deux commentaires et diverses pensées, mais merci beaucoup ! Bisous  :-*
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Bird
« Réponse #6 le: 17 septembre 2016 à 23:03:45 »
VOILA !!!
Première mue d'un serpent que j'ai la chance de voir de mon vivant. :)
Mais au fait, pourquoi le serpent mue t-il ? Les écailles sont produites par la peau du reptile, comme les plumes par celle des birds. Les écailles du serpent, qui protègent son corps, sont soudées les unes aux autres. Pour grandir, l'animal doit changer cette enveloppe d'écailles trop petite. Et comme le reptile grandit tout au long de sa vie, il mue régulièrement. A ce moment-là, le serpent frotte son museau sur une pierre. Quelques écailles se décollent puis sa vieille peau se retourne comme une chaussette. Le serpent se retrouve alors avec une peau toute neuve. L'humain ne le voit pas à travers les broussailles, mais le serpent est vachement content, pour ne pas dire hilare. Ce faisant, de patientes reptations en patientes reptations, il écrit sur le sable ou la poussière de grands mercis au dieu Quetzalcoatl.
Que te dire ? Au pollen de ma sincérité, ton "Bird" m'a enchanté, bien évidemment ! Te voilà enfin parvenu sur le chemin du Quetzalcoatl, mon cher Eveil. D'ailleurs se surnomme t-on Eveil, purement par hasard ? :)
C'est encore un peu long comme un jour sans pain, mais qu'est-ce que c'est bon, doux et angélique. Quelle fucking métamorphose pavée de roses !
Ecoute à présent cet inouï phénomène de synchronicité ! Et, crois sur parole, je te prie ! Pas plus tard que cet après-midi, j'ai pensé à deux personnes dans ma vie de tâcheron. À toi, sur la vie de ma mère ! Et aussi à Jacques Prévert dont je suis retourné lire la prose si délicate, cette poésie à fleur de peau offerte aux plus humbles et qui fit frissonner bien des narines de cancres, dont je fus. Or, ce jour, je reçois ton MP et viens de lire par ailleurs que tu m'avais cité dans l'une de tes réponses/fleuve le 20 juillet 2016, et alors je me dis : "Tiens, ce n'est pas ordinaire, il a pensé à moi et j'ai pensé à lui, alors que nous n'avons jamais couché ensemble !". MDE marquerait-il à ce point les esprits ? Je te laisse deviner la réponse, cher chantre de l'ineffable qui n'a plus peur d'offrir sa petite âme de fauvette sur un plateau d'argent !

Bien à toi !

« Modifié: 18 septembre 2016 à 00:32:26 par kokox »

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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    • la galerie du petit prince
Re : Bird
« Réponse #7 le: 18 septembre 2016 à 12:57:26 »
Eh bien je te remercie d'avoir répondu si vite ! Je m'en serais voulu si tu ne l'avais pas lu.

Des mues... mon corps est grand tu sais, une fois je râpe et l'autre je caresse, une main pour déchiqueter, percer, l'autre pour aimer. Je serais tenté de te révéler que les mues du drôle d'oiseau/reptile (après tout les oiseaux ne sont-ils pas apparentés aux dinosaures) que je suis sont un peu plus subtiles que le noir et le blanc. Je ne me suis pas métamorphosé, parce que je possède à la fois la plume et l'écaille - et c'est une chance. Entendons-nous bien, c'est de l'aspect que je cause, il est aisé d'entrer dans Bird et plus compliqué d'appréhender, par exemple, "Lacrymalia" (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21945.msg357139.html#msg357139), je me fais de la pub parce qu'il ne mérite pas, je crois, ne serait-ce pour ce qu'il m'a demandé de coeur et de temps, cette indifférence qui me fait mal). De l'aspect, car au fond les choses sont toutes grises et changeantes à l'image d'un ciel cotonneux qui défilerait en accéléré, découvrant des embellies par endroits. Quel plaisir d'avoir été associé à Prévert, que je chéris comme un goûter d'écolier. C'est d'ailleurs le seul bouquin que je trimbale toujours dans mon sac. Comme quoi, tu vois, je n'étais pas si serpent que ça. Et si je fais des réponses fleuves, c'est parce que je sens des "océans" de matières derrière. Je n'ai jamais eu peur d'offrir mon âme, jamais, jamais - mes débuts en attestent. C'est la première chose que j'ai montrée quand je me suis pointé ici. Le reste, ce ne sont que des mues. L'âme est le squelette de chacun de mes forfaits.

Merci encore, kokox, et à une prochaine fois (dans ta tête ou ailleurs) !  :)
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Bird
« Réponse #8 le: 18 septembre 2016 à 14:49:24 »
Warning, warning, warning !  :)
Je n'ai jamais dit que tu ne mouillais pas ta chemise jusqu'à l'os dans chacun de tes textes. Bien au contraire. C'est justement cette ipséité qui te démarque de bien des auteurs de MDE, à l'instar d'un MZK qui ne craint pas d'ingérer de la farine pour recracher des crêpes, ni d'imposer son univers, crûment, tel quel, ouvrant les vannes de son cortex cérébral tel un énorme utérus en feu, quitte à égratigner durablement les certitudes du bourgeois littéraire. Cependant, j'ai cru sentir moult fois entre vos lignes cette double aspiration antinomique, cette volonté (consciente ou inconsciente ?) à la fois de plaire et de déplaire, de vous départir de la masse en enfonçant le clou profondément dans vos veines pour en briguer l'encre, sans crainte d'en supporter le supplice. Je parle bien entendu ici à des gens qui savent écrire, qui donnent beaucoup à l'écriture, mais qui n'ont pas à mes yeux la reconnaissance qu'ils devraient avoir. Le secret du savoir-faire d'un écrivain n'est pas le don d'un dieu, c'est l'offrande coeur ouvert de ce don. Car ce qui n'est pas donné est perdu a dit un jour un grand sage, que j'aime à chérir de temps à autre.
Tu n'es pas si loin de Prévert. Il te suffit juste d'oser retirer la peau amère de ton orange et de dire amen à ta confiance.

Bien à toi !
« Modifié: 18 septembre 2016 à 15:13:22 par kokox »

Hors ligne lph

  • Tabellion
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Re : Bird
« Réponse #9 le: 19 septembre 2016 à 12:43:27 »
C'est bien que des textes comme ça réapparaissent.
P..., j'ai kiffé, adoré, lu d'une traite de vache de chèvre de lama. Des images, mon dieu, des images. Un style, quelqu'un l'a dit, à la Prévert, a l'absurde censée et qualifiée. Je ne sais pas s'il manque de la pataphysique, mais là, comme ça, c'est très bien.
Bravo et merci et je m'en vais lire quelques un de tes autres textes.
Bonne journée,
Lph

Hors ligne Pangloss

  • Plumelette
  • Messages: 18
Re : Bird
« Réponse #10 le: 19 septembre 2016 à 14:22:16 »
Bonjour Eveil.
C'est un très joli texte, qui m'a beaucoup intéressé. Ce genre de style un peu flottant est tellement dur à tenir sur le long terme! Mais là on accroche, et ça donne quelque-chose de très poétique.

Après, plusieurs de tes lecteurs ont dit que c'était un peu long, et à mon avis, c'est pas tant une question de longueur que de cadence. Je me demande si tu ne gagnerais pas à raccourcir les paragraphes et à plus les centrer, par exemple autour d'un thème ou d'un réseau d'images, pas complètement pour pas faire artificiel et perdre la beauté de ce flux, mais peut-être pour lui être à la limite plus fidèle. Parfois j'ai l'impression que ton texte écrit distend un peu ces pensées que tu présentes, si bien qu'on sent un peu le fait que c'est écrit. Exemple simple: dans le 2e paragraphe, tu pourrais faire une coupe qui correspond au moment où les pieds apparaissent. Je comprends qu'il ne faudrait pas que ça casse la pensée, mais par exemple s'ils bougent à ce moment-là, ça pourrait donner un enchaînement plus naturel. Après tout, on pense dans le temps, avec toutes ses oscillations. Là parfois on a l'impression d'un arrêt absolu sur image, et quand je le lis c'est dur de concilier ça avec l'idée d'une pensée en train de se déployer.

Par ailleurs, et plutôt pour donner des idées en plus, je crois que si tu donnais un peu plus de personnalité à ton personnage, même sans en faire le centre du récit, qui est très bien comme ça, ça pourrait apporter une épaisseur. Par exemple, y'a plein de choses sur le Christ: ton personnage est-il catholique? Est-ce qu'il pense au Christ sur une peinture, dans une église ou un musée? Je crois qu'il y a une idée vraiment intéressante à fouiller à cet endroit

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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Re : Bird
« Réponse #11 le: 23 septembre 2016 à 19:37:48 »
J'ai un certain mal à imaginer qu'une personne veuille sciemment déplaire. Je ne vois pas ce que ça apporte : la différence, comme je la conçois, n'a de pertinence que si reçue - en partie, jamais totalement, par l'autre. Sinon, c'est un cercueil, une écriture en vase clos, par et pour l'auteur. Le reste est vrai, les proses interchangeables me rendent morose et je supporte le clou dans la chair. Mais il y a une nuance entre la capacité de supporter une douleur et la volonté d'être seul à souffrir - recevoir le texte du point de vue du lecteur, que je n'ai jamais eue. Dire que je veux déplaire parce que suis parfois dédaléen, et conscient de l'être pour d'autres, n'est pas correct. Je ne désire pas déplaire, je sais fatalement qu'avec certaines proses je n'y échapperai pas, parce que fastidieuse, verbeuse, déréglée, sans repères narratifs et temporels, mais ce n'est pas, pour autant, que je souhaite être seul, bien au contraire. C'est important je crois de cerner cela. Il faut comprendre que je patauge servilement derrière mes petits instincts brillants, que m'en affranchir requiert un détachement, une sagesse que je n'ai pas, et que donc ma prose adolescente est la fille débauchée mais fille néanmoins dans ma chair, mes yeux, mon torse, mon sexe. Un prolongement guttural de l'être. Telle que je l'ai désirée, de l'orteil à l'épi. C'est une volonté que j'accepte volontiers, j'écris ces choses parce que je dois les écrire, je dois les déranger ainsi pour les reconnaître. Enfin il y a de l'ambition dans ces choses, mais déplaire n'en fait pas partie.
De l'amertume parce que la vie n'est pas rose, et je le regrette.  ;D

Bon la question de la solitude est très intéressante : être compris mais menteur (du moins, insuffisamment réel), ou mourir* esseulé mais fidèle à soi-même. *mourir parce que je crois que c'est le terme d'une prose démunie, non du regard des autres, mais de leur commisération.

Merci lph et merci Pangloss pour les pistes. Mon personnage n'en est pas un, à part celui que je joue sur la scène du monde, la pensée parfois s'incline si fort vers l'objet que le temps qui la possède et l'altère interrompt son cours (comme s'il se calmait soudain, s'endormait), et ce bon Jésus a vécu ce qu'il faut dans ce texte. Ce sont des idées intéressantes, pouvant donner lieu à une nouvelle intéressante, cependant je prends le risque d'être moins intéressant que l'hypothèse le prédit, craignant de surjouer mon rôle.  :P
« Modifié: 23 septembre 2016 à 21:10:25 par Eveil »
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

 


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