Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 février 2023 à 08:35:06
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L'Entrevue

Auteur Sujet: L'Entrevue  (Lu 3341 fois)

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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L'Entrevue
« le: 31 mars 2016 à 20:01:08 »
   
   J'ai lancé la procédure il y a trois ans de ça. Un ami venait d'apprendre qu'il était retenu pour un premier entretien ; dans l'excitation du moment, y accéder paraissait non seulement possible, mais facile, presque évident.
   « Je devrais flipper mais je ne flippe pas, me disait-il à l'époque. Si je suis dans les 10% déjà pris, je peux faire la suite, passer toutes les étapes. Pas de problème.
   – Ouais, totalement.
   – Je peux pas avoir fait la moitié du chemin pour ne pas faire le reste, tu comprends ? Pour moi c'est aussi simple que ça. Cet entretien, je vais me le faire. Pas de problème. »
   Il y croyait dur comme fer et je le suivais dans sa naïveté, dans l'optimisme encore permis. Il a été rejeté – bien sûr. Le subterfuge a été révélé quelques mois après : la procédure tenait de la poudre aux yeux, de la machine à entretenir le rêve. Une personne ou deux par an, peut-être, y accédait vraiment – juste assez pour laisser croire, oser espérer.
   Le scandale offert a réjoui la sphère médiatique, sans que l'indignation feinte ne dépasse les écrans ; une fatigue résignée, comme un aveu silencieux, une évidence enfin admise, a été la seule réponse de nos foyers. Les technocrates se sont dûment expliqués : elle est précieuse, disaient-ils, la montrer plus serait la compromettre ; et cela a suffi.
   Alors les inscriptions ont cessé d'elles-mêmes, et on n'en a plus entendu parler. Jusqu'à ce que je reçoive la lettre, j'ai même cru qu'ils avaient arrêté de la montrer pour de bon. Et qui sait ? Cette convocation n'est peut-être qu'un reste de la machine à rêve. Je me suis peut-être mis en costume pour rien, je serre peut-être vainement la sacoche où j'ai rangé le courrier.
   Ça ne sera peut-être qu'un entretien préliminaire sans suite, ou une parodie d'entretien. Mais il faut bien essayer, non ? C'est ce qu'on dit.
   J'entre.
   Le jeune homme à l'accueil me sourit depuis l'étroitesse de son bureau, dans cette pièce ridiculement petite, mais étrangement confortable : une petite poche blanche, une antichambre fœtale. La couleur, la lumière donnent aux murs l'allure du coton, calment, assoupissent.
   La question du réceptionniste « Bonjour, comment puis-je vous aider ? » fait passer en moi, silencieux, un soupir de soulagement : mon être entier flotte léger, mais presque démuni, incapable d'action. Le coton fait le mouton : c'est un bonheur d'être pris en charge, qu'on me vienne en aide.
   « J'ai une convocation pour un entretien.
   – Est-ce que je peux la voir ? »
   Je me rapproche du comptoir tout en fouillant dans mon sac. Mes mains cherchent, savent le courrier tombé dans un recoin, mais mes yeux restent posés sur lui. Il sourit toujours ; j'observe son poste de travail – l'ordinateur et le scanner rétinien posés sur le comptoir, et l'homme qui y reste debout toute la journée, sans fauteuil. Il a été choisi pour l'emploi ou la pièce l'a modelé au fil du temps : il paraît attentionné sans y mettre d'affection ; surtout, désespérément, je veux me montrer conciliant avec lui, plaisant, sans accrocs ou maladresses.
   Il pourrait me jeter toutes les insultes du monde à la figure si je ne retrouve pas la lettre – je la trouve – et je ne pourrais que m'en vouloir, que sortir et m'excuser.
   « Voilà. »
   Je lui présente le Graal, le Graal peut-être si vain, et il y jette à peine un regard. Ses doigts tapotent sur l'écran, il y lit quelque chose, hoche la tête :
   « Si vous voulez bien placer votre œil droit devant le scanner. »
   Je fléchis les jambes pour m'exécuter et aligner mon regard. Le flash de l'analyse, rapide, m'arrache selon l'ordinaire un clignement et la sensation irraisonnée de l’œil asséché. Le réceptionniste opine rapidement du chef, clique sur l'écran comme pour le débarrasser de quelques miettes, et poursuit :
   « Vous pouvez reprendre votre convocation et aller attendre dans la salle juste là – il me désigne la seule porte –, quelqu'un viendra vous chercher. »
   Et il m'escorte de son sourire jusqu'à la porte, et je me laisse porter. Le chambranle passé et le battant fermé me laissent seul, nouveau né dans une nouvelle pièce également petite, également blanche – et pourtant si différente : d'abord presque un désert, lorsque je m'y retrouve abandonné, mais bientôt un monument, tandis que mon attention se lève et va rejoindre le plafond, peut-être sept étages plus haut. Ce presque-ciel avale aussitôt mon regard, le monopolise furtivement.
   La salle d'attente – je m'en rends compte quand il me faut un instant considérer le sol pour rejoindre une des petites chaises en fer, aux coussins noirs synthétiques – ne propose pas de journaux ou de magazines, mais elle offre cet espace vertical, ce grand air libre. Personne ne le respire ; qu'existe-t-il là-haut, sinon la rareté d'une mouche ?
   Assis dans la deuxième pièce d'un bâtiment gris, en pleine ville, je nage des yeux dans un ciel blanc ; il m'est donné de contempler des murs sans homme, une terre sans sol. Mon attention glisse figée, tombe dans ce gouffre inversé, incapable d'en trouver le fond ; seulement un sommet qui pourrait tout aussi bien être l'Everest, pic dans la neige et les nuages.
   On toussote à côté de moi.
   Une femme d'âge mûr, en tailleur, attend que je remarque sa présence. Je ne l'ai pas entendue entrer.
   « Bonjour, je vais m'occuper de vous. Si vous voulez bien me suivre. »
   J'ai le sentiment d'avoir déjà échoué. Quelque chose dans son attitude, dans son regard, me dit déjà que je ne serais pas pris ; je me retrouve tenté de faire brutalement demi-tour, de fuir avant toute confirmation. Mais qu'est-ce que ça coûte d'essayer ? (C'est ce qu'on dit.)
   Un peu d'humiliation, du rêve perdu ?
   Seule l'idée qu'il est plus facile de poursuivre que d'abandonner, vraiment, me fait me lever, la suivre par la petite porte qui mène au long couloir. Ses chaussures plates y résonnent comme des talons et elle presse insensiblement la marche, me laisse toujours légèrement à la traîne.
   Je ne la pense pas mal intentionnée, mais son indifférence suffit à me gêner. Mon allure suit la sienne avec toujours un peu de retard, comme la demi-course d'un chien que l'on promène d'une laisse urgente. Le couloir me tire tout autant, force constamment mon corps dans un pas de plus.
   Il est si long. Il m'étire dans cette longueur, me rétrécit sur son axe étroit d'horizon ; la marche y est forcée alors qu'il me faudrait rembobiner, au moins du regard, le fil que j'y défais derrière moi. Mais je n'ose pas quitter mon accompagnatrice des yeux, sa tête et ses épaules me cachant l'étendue du chemin encore à parcourir.
   Le couloir pourrait tout aussi bien être déjà l'entretien : ma confiance en moi s'y évapore. Cette obligation idiote de faire ce qui se fait est tout ce qui me retient de partir en courant.
   Et ça continue.
   Je n'y crois plus ; j'ai été berné par un bout de papier, la façade accueillante d'une administration ; mais je ne peux que la suivre, encore, toujours et —
   « C'est ici. » Elle s'écarte pour me laisser voir une porte. « Les instructions sont simples : cinq minutes, interdiction de toucher, même un petit peu, de trop approcher n'importe quelle partie du corps ou objet, et évidemment de boire. Vous ne pouvez que toucher avec les yeux, comme on dit. Est-ce bien clair ?
   – Pardon ? » Son air sévère forcerait presque l'acquiescement mécanique, si je ne me sentais pas totalement perdu. De quoi parle-t-elle ?
   « Vous avez cinq minutes avec la mer. Vous ne pouvez que la regarder ; évitez de trop vous en approcher.
   – Mais, et l'entretien ?
   – Quel entretien ? »
   Elle ne cache pas que je lui apparais comme un idiot ; mais je suis un idiot qui a besoin d'explication.
   « L'entretien pour avoir le droit de la voir ? »
   Elle hoche la tête, esquisse presque un sourire. Ma bêtise est comprise :
   « Vous parlez de l'ancienne procédure. Il n'y a plus d'entretien depuis longtemps, ça n'est qu'un tirage au sort, et quelques vérifications.
   – La convocation pourtant...
   – Montrez-moi. »
   Je la lui tends, comme on rend un devoir à sa maîtresse. Elle la lit silencieusement, me jette un coup d’œil ; elle enregistre clairement tout ce qu'il se passe dans un coin de son cerveau, pour pouvoir en rigoler plus tard avec des collègues.
   « Lisez-bien. »
   Elle me la rend et je lis chaque mot aussi bien que je le peux, vainement ; mon visage exprime toujours la même confusion. Elle me sauve :
   « Entrevue, pas entretien. Entrevue, avec une majuscule. C'est le terme pour la voir. On aime à considérer, vous savez, qu'elle nous voit aussi un peu.
   – Je peux la voir ? »
   Je suis le moment le plus hilarant et le plus mémorable de sa semaine, peut-être de son année, et je m'en fous complètement.
   « Oui, pour cinq minutes, sans toucher. Entrez quand vous êtes prêt. »
   Prêt ? Je ne serai jamais prêt, mais qu'est-ce que ça peut faire ?
   J'entre.
   La mer me sourit, depuis son bocal étroit. Elle paraît si petite ; à l'aise pourtant, pleinement elle-même, dans cette dimension. Je m'avance. Je ne suis absolument pas prêt.
   Je voudrais l'embrasser, l'admirer toute entière, elle qui flotte dans son être, s'écume entière comme si elle avait sa taille de jadis – et je ne suis pas prêt, je n'ai pas les moyens ; je ne l'apprécie pas assez, déjà ; je suis submergé sans pouvoir la connaître, la vivre.
   Je voudrais pleurer, m'arracher la peau. Elle est si belle et je ne saurais rien en dire.
   Je ne suis pas à la hauteur. Les larmes obstruent ma vision ; la reine dans son écrin si étroit, dans cette pièce si grande, pourrait tout aussi bien m'être racontée, aveugle que je suis à l'échelle de sa puissance. Je veux tellement la voir, mais je ne ne suis pas prêt.
   On va bientôt venir me l'arracher, et son souvenir en sera sanglots, morve et hoquets. Je ne suis même pas à elle ; je ne suis qu'au chaos d'être si proche, et si lointain ; incapable.
   Elle est là mais elle m'est invisible ; j'essaye de concentrer mon regard, de la rencontrer. Ma respiration, sous mon effort, cesse ses cahots, trouve une ligne droite ; ma vue s'éclaircit presque.
   La pièce d'abord, et une inspiration lente, mesurée. Oui, rencontrer la pièce d'abord, de ce blanc plus pur, moins laiteux que dans les autres salles – peut-être à cause d'elle, par elle, ce bleu profond dans le cœur du blanc, couleur jaillissant telle quelle à travers son vase carré.
   La porte s'ouvre derrière moi.
   « Vos cinq minutes sont écoulées. »
   La voix a cassé mon regard, brisé la mer ; j'ai vu le bleu profond, c'est tout, le bleu profond.
   « Allez, il faut y aller. »
   C'est fini. Je proteste brièvement – « Cinq minutes, non, ça ne fait pas cinq minutes » –, mais je me suis déjà retourné, avancé. Ma guide ne répond même pas, me laisse la rejoindre, la suivre en silence.
   Elle me ramène, par le couloir, par la salle d'attente, par l'accueil, jusqu'à la sortie.
« Modifié: 12 juin 2016 à 20:57:10 par barnacle »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : L'Entrevue
« Réponse #1 le: 01 avril 2016 à 02:22:12 »
Hello barnacle,

Citer
Le subterfuge a été révélé quelques mois après : la procédure tenait de la poudre aux yeux, de la machine à entretenir le rêve. Une personne ou deux par an, peut-être, y accédait vraiment
Accédait à quoi ? Ici on a l'impression que c'est accéder à la procédure (ce qui n'aurait aucun sens). Je pense donc que tu voulais dire accéder à l'entretien comme dit plus haut ; mais c'est trop loin pour un "y" je pense. (ou bien je me trompe et je n'ai pas du tout compris le vrai sens de la phrase ^^ ).
Et aussi, dire que le subterfuge résidait dans la procédure qui n'était que de la poudre aux yeux, je trouve ça plutôt classique, ça me laisse une impression de déjà trop souvent entendu.
Edit : j'ai fini de lire. Si tu voulais dire accéder à tu-sais-quoi, alors peut-être que ça passe.

Citer
Les technocrates se sont dûment expliqués : elle est précieuse, disaient-ils, la montrer plus serait la compromettre ; et cela a suffi.
   Alors les inscriptions ont cessé d'elles-mêmes, et on n'en a plus entendu parler. Jusqu'à ce que je reçoive la lettre, j'ai même cru qu'ils avaient arrêté de la montrer pour de bon. Et qui sait ? Cette convocation n'est peut-être qu'un reste de la machine à rêve. Je me suis peut-être mis en costume pour rien, je serre peut-être vainement la sacoche où j'ai rangé le courrier.
J'aime beaucoup ce passage, c'est à partir de là, grâce à ce mystère sur cette chose à ne pas montrer, que j'ai commencé à réellement accrocher.

Citer
   Mais il faut bien essayer, non ? C'est ce qu'on dit.
   J'entre.
J'aime cette transition.

Citer
Il a été choisi pour l'emploi ou la pièce l'a modelé au fil du temps : il paraît attentionné sans y mettre d'affection ; surtout, désespérément, je veux me montrer conciliant avec lui, plaisant, sans accrocs ou maladresses.
Ce passage a été un peu difficile pour moi. Il m'a fallu relire quelques fois pour vraiment capter que la partie avant et après le point-virgule répondaient toutes deux à celle d'avant les deux points.

Citer
Il pourrait me jeter toutes les insultes du monde à la figure si je ne retrouve pas la lettre – je la trouve – et je ne pourrais que m'en vouloir, que sortir et m'excuser.
J'aime bien les tirets.

Citer
Ses doigts tapotent sur l'écran
Je ne suis pas sûr : tapoter quelque chose ou tapoter sur quelque chose ? Ou les deux sont possibles ?

Citer
et la sensation irraisonnée de l’œil asséché
Chouette ce détail.

Citer
considérer le sol pour aller  m'asseoir sur une des petites chaises
Espace en trop après "aller".

Citer
La salle d'attente – je m'en rends compte quand il me faut un instant considérer le sol pour aller  m'asseoir sur une des petites chaises en fer, aux coussins noirs synthétiques

Alors c'est peut-être moi, mais la description des coussins amenée de cette façon est de trop : je suis focalisé sur ce qu'il va apprendre de la salle d'attente et je reçois sans le vouloir une information sur la chaise. Mais je ne suis pas sûr du tout de ce que je dis.
Sinon, les descriptions depuis son entrée dans la salle d'attente sont cool.

Citer
   J'ai le sentiment d'avoir déjà échoué. Quelque chose dans son attitude, dans son regard, me dit déjà que je ne serais pas pris ; je me retrouve tenté de faire brutalement demi-tour, de fuir avant toute confirmation. Mais qu'est-ce que ça coûte d'essayer ? (C'est ce qu'on dit.)
J'aime bien cette introspection, bien dosée.

J'ai été trop captivé par le reste pour m'arrêter ^^
De toute façon, je ne me souviens pas d'avoir été dérangé quelque part.
Ou alors peut-être :
Citer
  Je voudrais pleurer, m'arracher la peau. Elle est si belle et je ne saurais rien en dire.
J'ai comme l'impression que c'est excessif comme réaction. Pas dans l'absolu, je veux dire que je n'ai pas l'impression que le texte justifie cet excès, il n'y a que quelques lignes d'émotions plus haut et peut-être que c'est un peu tôt (mais je ne sais vraiment pas hein, j'ai eu un petit doute mais je n'en connais pas vraiment la raison non plus). Peut-être ne pas l'enlever mais la mettre plus bas ? (je répète, ce n'est qu'un avis ultra-subjectif bien sûr).

Et aussi le fait que la femme lui dise qu'il peut voir mais pas toucher, ce qui me fait penser qu'elle est à l'air libre. Mais ensuite tu parles de bocal et j'ai plutôt l'impression qu'elle est enfermée (sinon, il aurait dû sentir une odeur, non ?).


Sinon j'aime vraiment beaucoup, c'est une idée géniale ^^

Toute cette tension depuis le début du texte pour ça : c'est énorme. Le ridicule de la situation ne fait qu'accroître l'intérêt pour la dernière partie.
Mais je n'ai pas très bien compris la partie où on apprend que le narrateur s'est trompé, confondant entretien et entrevue. Je suppose qu'elle a une importance, mais j'ai du mal à la cerner. Est-ce que c'est pour permettre à la révélation introduite juste avant dans une réplique de s'installer un peu, avant le passage à la partie finale ? En tout cas, même sans en comprendre le but, je l'apprécie, ces précisions inattendues donnent une agréable impression de réel.

Sinon, j'ai comme l'impression qu'il manque peut-être un petit quelque chose à la fin pour rendre le texte encore meilleure, mais je ne sais pas quoi.

Quoiqu'il en soit, c'est un texte très intéressant, j'ai beaucoup aimé la lecture, le style est vraiment très chouette, et la révélation est délirante :D

Bref, un chouette moment. Merci :)

(Et pardon, j'ai conscience de la probable étrangeté de certaines de mes remarques)

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 213
Re : Re : L'Entrevue
« Réponse #2 le: 01 avril 2016 à 12:14:35 »
Citer
  Je voudrais pleurer, m'arracher la peau. Elle est si belle et je ne saurais rien en dire.
J'ai comme l'impression que c'est excessif comme réaction. Pas dans l'absolu, je veux dire que je n'ai pas l'impression que le texte justifie cet excès, il n'y a que quelques lignes d'émotions plus haut et peut-être que c'est un peu tôt (mais je ne sais vraiment pas hein, j'ai eu un petit doute mais je n'en connais pas vraiment la raison non plus). Peut-être ne pas l'enlever mais la mettre plus bas ? (je répète, ce n'est qu'un avis ultra-subjectif bien sûr).
Perso je m'arrache la peau tous les matins après ma mue nocturne, je ne vois pas ce qu'il y a d'incroyable là-dedans.
(je vais y réfléchir)

Et aussi le fait que la femme lui dise qu'il peut voir mais pas toucher, ce qui me fait penser qu'elle est à l'air libre. Mais ensuite tu parles de bocal et j'ai plutôt l'impression qu'elle est enfermée (sinon, il aurait dû sentir une odeur, non ?).
Un bocal peut être ouvert (bocal à poisson par exemple, ou même bocal sans couvercle). C'est vrai que ça n'est pas très décrit. Pour l'instant j'ai mis "vase" plus bas pour en donner une idée plus ouverte, il y a peut-être d'autres choses à faire.
(l'odeur n'est pas décrite parce le texte est trop obsédé par le regard pour s'y arrêter)

Mais je n'ai pas très bien compris la partie où on apprend que le narrateur s'est trompé, confondant entretien et entrevue. Je suppose qu'elle a une importance, mais j'ai du mal à la cerner.
Je n'avais pas anticipé la confusion mais je pense la comprendre. Entretien = entretien préliminaire (comme entretien d'embauche, d'admission) ; Entrevue = l'autre chose.
J'ai rajouté une ligne pour clarifier que dans la tête du narrateur, c'est bien du premier type d'entretien qu'il s'agit.

Sinon, j'ai comme l'impression qu'il manque peut-être un petit quelque chose à la fin pour rendre le texte encore meilleure, mais je ne sais pas quoi.
Ça n'a pas vocation à être démentiel de toutes façons, c'est plus une étude qu'un aboutissement.

(Et pardon, j'ai conscience de la probable étrangeté de certaines de mes remarques)
Toutes tes remarques me semblent pertinentes, je vais probablement adapter des trucs en fonction. (et encore heureux, parce que si elles avaient été étranges, ça aurait été en effet inexcusable)
Merci de ton passage :)

Hors ligne île aux ailes

  • Aède
  • Messages: 178
Re : L'Entrevue
« Réponse #3 le: 01 avril 2016 à 12:23:22 »
Bonjour Barnacle,
 Un commentaire un peu tout à trac qui risque de ne pas être très constructif et qui n'a d'autre prétention que de te livrer mes réactions vis à vis de ton texte que j'ai trouvé très intéressant.


des expressions qui accrochent mon attention :
Citer
Le coton fait le mouton : c'est un bonheur d'être pris en charge, qu'on me vienne en aide.
ça m'a fait sourire et m'évoque "n'est-ce pas merveilleux de se sentir piégé" (de Thiefaine)

Citer
qu'existe-t-il là-haut, sinon la rareté d'une mouche ?
assez étrange pour retenir mon attention.

Citer
J'ai le sentiment d'avoir déjà échoué. Quelque chose dans son attitude, dans son regard, me dit déjà que je ne serais pas pris ; je me retrouve tenté de faire brutalement demi-tour, de fuir avant toute confirmation. Mais qu'est-ce que ça coûte d'essayer ? (C'est ce qu'on dit.)
   Un peu d'humiliation, du rêve perdu ?
   Seule l'idée qu'il est plus facile de poursuivre que d'abandonner, vraiment, me fait me lever,
Comme l'a relevé extazy, cette introspection sonne juste et j'aime bien cette manière de laisser supposer qu'abandonner, fuir serait acte de courage quand il est plus facile de se laisser emporter par un mouvement qui nous est extérieur. En même temps, j'y entends quelque chose de l'ordre du "courage" de vivre ou de mourir avec la question de la résistance à la douleur et de sa manifestation en acte.

un contexte posé administrativo - absurde qui m'intéresse, m'intrigue et qui m'apparaît existentiel
L'importance des lieux dont on ne sait s'ils s'adaptent à ce qu'ils contiennent ou s'ils modèlent... comme un environnement. En tout cas, ce travail sur le lieu-personnage m'a plu, il me renvoie à des notions symboliques que je ne saurais pas définir très clairement mais qui donnent une vraie densité à ton texte.

Le personnage auquel j'ai bien pu m'identifier avec ses craintes, ses facilités, une attitude infantile qui se laisse prendre en main... et dans lequel j'ai pu voir un regard critique sur des comportements humains, peu glorieux.

Tout ça pour voir "la mer"... je suis prête à en faire des choses pour voir la mer, sauf que la mer c'est d'abord un espace qui parait infini, un souffle, une liberté, qui me fait sentir la puissance - ma fragilité -, un élément débordant, du plein air, tous les sens en éveil : les odeurs salées, les particules d'eau qui assèchent la peau, la musique du roulis...
Et là, la mer , 5 min, sans toucher, derrière une porte, avec tout un parcours administratif... la mer, enfermée dans un bocal carré!
Quelle frustration, quelle absurdité!
Et le personnage qui a fait tout ça pour la voir, sans trop y croire, s'accuse presque de ne pas arriver à profiter de ces 5 minutes (tu m'étonnes!)

Et bien sûr, j'ai aimé ce perso qui doute tellement de lui, avec ce regard qui en a trop vu -peut-être trop lucide- qui se dévalorise... et qui semble être à la recherche d'une sécurité, d'une mère, d'un sens... Il a quand même réussi à percevoir le "bleu profond".
C'est énorme! Est-ce que cela peut le sortir du chaos?

En bref, je me suis pas mal attachée à ton personnage. Il m'a touchée même si je pressens des niveaux de lecture qui peuvent être bien différents de celui-ci.

Hors ligne Miromensil

  • Comète Versifiante
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  • Mon nu mental
    • Mimerions
Re : L'Entrevue
« Réponse #4 le: 01 avril 2016 à 14:08:51 »
Citer
Bonjour Barnacle,
 Un commentaire un peu tout à trac qui risque de ne pas être très constructif et qui n'a d'autre prétention que de te livrer mes réactions vis à vis de ton texte que j'ai trouvé très intéressant.

Pareil qu'ile aux ailes ; j'ai bien aimé le personnage, l'idée de se mettre en costume et muni d'une convocation pour avoir le droit de voir la mer 5 min. J'ai cru pendant longtemps qu'il s'agissait d'un entretien, qu'il s'enfonçait dans les dédales d'une administration, qu'il n'était qu'une victime parmi d'autres de tout un système étatique qui le dépasse, et puis finalement...c'est limite s'il n'ose pas faire la bise à la mer. C'est étrange cette porte ouverte sur un indéfini limité, une mer enfermée entre 4 murs dans un bâtiment aux pièces aseptisées. Et puis j'ai bien aimé les couleurs, du bleu profond là où ne l'entend pas.
En fait c'est ça que j'ai vrmt bien aimé, et qui est en même temps très désespérée comme vision : il s'enfonce plus profondément dans des bureaux et couloirs dont tu précises, en silence, qu'il n'y a pas de fenêtre (oui c'est confortable, mais sans ouverture sur l'extérieur) et, au coeur de ce batiment, il y a une "entrevue", il y a une mer donc c'est un échappatoire, dans lequel on peut se noyer, mais elle presqu'elle même enfermée sous vide, elle est vue rapidement et il doit rentrer chez lui peu de temps après.

On dirait de l'espoir dans une boite  ^^ c'est comme ça que je l'ai interprété, mais bref c'est un très beau texte

Hors ligne Rémi

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Re : L'Entrevue
« Réponse #5 le: 01 avril 2016 à 18:14:30 »
Salut barnacle,

Citer
Un ami venait d'apprendre qu'il était admis pour un premier entretien  ;
deux espaces avant le ;

Citer
faire le reste, tu comprends  ?
pareil avant le ?

Citer
Une femme d'âge mur,
mûr, non ?

Citer
– il me désigne la seule porte –,
pas de tiret avant la virgule je pense

Citer
Oui, rencontrer la pièce d'abord, de ce blanc plus pur,
pourquoi "de" ?

Citer
– « Cinq minutes, non, ça ne fait pas cinq minutes. » –,
t'es sûr de . » –,       ?

Bon, j'aime décidément les textes où tu explores l'absurde qui résonne en sens riches (je rejoins ilozel et Miro), ça me rappelle ton texte avec la pluie de pétales de rose.
Ton travail sur le lieu est vraiment chouette, le côté futuriste apporté par quelques détails rend le texte crédible malgré cet absurde bocal. Énormément de sens cachés dans les descriptions, des trouvailles superbes qui interrogent (la rareté de la mouche !), vraiment j'aime beaucoup. La deuxième lecture offre des sensations différentes, à la première, j'ai trouvé le non-dit du départ un poil long (mais vraiment un poil) avec une découverte super à la fin.
Un texte qui marque, bravo. (qu'est-ce que ça va être quand tu vas nous donner de l'abouti ;) !)

J'ai envie d'y revenir dans quelques temps, ça fait du bien ce genre de texte, merci.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 213
Re : L'Entrevue
« Réponse #6 le: 01 avril 2016 à 18:59:46 »
îles aux ailes : merci pour ta réaction, où tu fais toi-même preuve de beaucoup de sensibilité :)
Il ne faut pas trop s'inquiéter d'autres niveaux de lecture possibles, je ne suis pas du genre à forcer une direction.

Miro : de l'espoir en boîte, et pourtant quelque chose qui mérite d'être rêvé. Merci pour ta réaction très juste aussi.

Rémi : pour les points de détail : niveau ponctuation, j'ai supprimé le signalé, il n'y a que pour l'incise dans le dialogue où je ne suis pas sûr de la règle (je vais probablement remplacer le tiret et la virgule par un point au final).
Pour le "de ce blanc", le "de" se rapporte à la pièce pour moi ("la pièce de ce blanc plus pur"). Il n'est pas obligatoire mais niveau rythme, sonorité etc, je préfère.
Merci pour ton retour sinon :) Mais oui, ça reste de l'ordre de l'étude pour moi, des petites pistes en terme de construction ou d'objet que je commence à creuser.
« Modifié: 01 avril 2016 à 19:01:26 par barnacle »

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 031
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : L'Entrevue
« Réponse #7 le: 03 avril 2016 à 13:39:25 »
Bonjour barnacle, toujours aussi surréaliste, à ce que je vois.

Je commence à me demander si un tel surnom ne te siérait point :
barnacle le surréaliste !

Oui, rencontrer la pièce d'abord, de ce blanc plus pur, moins laiteux que dans les autres salles – peut-être à cause d'elle, par elle, ce bleu profond dans le cœur du blanc, couleur jaillissant telle quelle à travers son vase carré.
tel quel

En ce qui concerne le texte, je trouve que ta démarche est très humaine, très accessible à l'imagination. Finalement, on est nombreux à avoir vécu la situation de l'entretien d'embauche, ou pour entrer dans une école, et on s'identifie très vite au personnage.

Ton personnage a l'air bien malheureux !

Je dirais que tu peux peut-être trouver un meilleur équilibre entre le point de vue du personnage et l'environnement dans lequel il évolue, que tu peux encore donner une autre dimension à ton histoire. Je pense qu'il y a moyen de gagner davantage en émotions en renforçant encore l'interaction entre le personnage et son environnement.

Et voilà, merci pour la lecture !!
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

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Re : L'Entrevue
« Réponse #8 le: 03 avril 2016 à 19:39:05 »
Je dois malheureusement refuser l'épithète : il me semble que notre conception et notre vécu du réel a depuis longtemps absorbé ce qui était absorbable dans le surréalisme (et c'est sans doute encore plus vrai en littérature). Du coup, pour moi, "surréaliste" ne survit plus que dans son sens réduit de "qui traite ou tient de la logique de l'inconscient et du rêve", et ça n'est pas ce qui m'intéresse.
Mais merci pour ton passage et ton enthousiasme :)

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Re : L'Entrevue
« Réponse #9 le: 12 juin 2016 à 16:05:07 »
Et c'est parti pour le Gibet !


le début m'a semblé très long parce que je ne voyais pas où tu voulais en venir. Et, au final, je crois que je ne vois toujours pas la finalité de ce texte, le but que tu recherchais. Les mots sur la mer sont bien choisis, ils m'ont donné envie de relire Océan mer. Mais j'ai du mal à avoir une vision d'ensemble de ton texte. Est-ce une critique de l'absurdité humaine ? L'idée d'enfermer la mer dans un bocal me paraît toutefois davantage triste qu'absurde.
Bref, ton texte me laisse perplexe mais peut-être est-ce finalement le but  ;)
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : L'Entrevue
« Réponse #10 le: 12 juin 2016 à 17:33:37 »
Je devrais travailler, donc je commente sur le MDE. Logique.  :relou:

Et donc, j'ai lu ton texte... et rien noté pour ne pas interrompre ma lecture. J'ai beaucoup aimé ! Contrairement à Ernya, j'aime beaucoup cet absurde inexpliqué, qui se suffit à lui-même. C'est pas du fantastique ou de la science-fiction qui appellerait à de vraies explications (pourquoi la mer est dans une boîte, quelle est cette société qui fait passer des entretiens pour la voir, qui est le narrateur, etc.). Non, c'est juste un petit bout d'étrange, de bizarre, qui nous prend dans son univers étonnant, qui intrigue et qu'on suit jusqu'au bout. Pour moi, la longueur et le nombre d'informations données sont suffisantes et la fin du texte résout les enjeux qu'il a plantés au début (le fameux entretien, l'identité du "la", les impressions du narrateur), du coup, à la différence d'Ernya, j'ai trouvé qu'il se suffisait vraiment à lui-même, ce texte. Et il laisse rêveur, ton texte - c'est un compliment ! :)

(C'est marrant, plus que surréaliste, j'ai plutôt trouvé que ça avait un côté kafkaïen... :D )


Deux-trois bricoles dans le détail :
Citer
qu'il était admis pour un premier entretien
Je suis pas sûre que ce soit la meilleure tournure, parce que "admis" implique qu'on est déjà pris, c'est le résultat d'un entretien, normalement. Sélectionné ? Retenu ? Présélectionné ?
(à la première lecture, j'ai pas mal bugué sur ce mot en ne comprenant pas bien quelle était la situation de l'ami)

Citer
Lorsque le réceptionniste me demande : « Bonjour, comment puis-je vous aider ? », je sens passer, silencieux, un soupir de soulagement dans la respiration qui précède ma réponse
Je trouve la phrase alambiquée, je saurais pas dire si le soupir de soulagement est poussé par le narrateur ou le réceptionniste.

Citer
Mon allure suit la sienne avec toujours un peu de retard, comme la demi-course d'un chien que l'on promène d'une laisse urgente.
J'aime bien l'image !

Citer
Il est si long. Il m'étire dans cette longueur, me rétrécit sur son axe étroit d'horizon ; la marche y est forcée alors qu'il me faudrait rembobiner, au moins du regard, le fil que j'y défais derrière moi.
J'aime beaucoup, en quelques mots on visualise ce couloir intimidant qui semble s'étirer et écraser le narrateur :)

Citer
sans pouvoir non plus voir par-devant elle.
"Par-devant" ne semble pas avoir le sens que tu lui donnes. Devant elle ? Au-delà d'elle ?

Citer
Mon attention glisse figée, tombe dans ce gouffre inversé, incapable d'en trouver le fond ; seulement un sommet qui pourrait tout aussi bien être l'Everest, pic dans la neige et les nuages.
J'aime beaucoup !

Citer
   Une femme d'âge mûr, en tailleur, attend que je remarque sa présence. Je ne l'ai pas entendu entrer.
entendue, non ? (même s'il y a un deuxième verbe après, ça me fait bizarre qu'il n'y ait pas accord, dans ce cas-là)

Je l'ai resurvolé pour retrouver les passages que je voulais relever dans le détail, et, vraiment, j'aime beaucoup cette nouvelle :) Le contraste entre l'immensité de la mer enfermée dans un petit bocal, et les pièces qui ont comme volé cette grandeur jusqu'à atteindre des dimensions impressionnantes, l'administration qui écrase le narrateur en contrôlant l'accès à la mer, toute la scène où elle reste indescriptible malgré les efforts du narrateur pour la voir et l'appréhender...
Non, vraiment, une chouette réussite, je trouve !
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

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Re : L'Entrevue
« Réponse #11 le: 12 juin 2016 à 21:07:38 »
Merci pour vos commentaires, c'est plaisant même si un peu étourdissant d'être une victime de Gibet comme ça.

ernya, il y a de l'absurde oui mais à mon sens, c'est seulement comme un déjà-donné qui sert de support, de fond. L'important est plus du côté de l'humain, de son ressenti tout du long et cette envie timide d'avoir accès, peut-être, à... ce quelque chose-là. Je suis un peu réticent à l'idée de trop préciser l'image (parce que l'avantage d'une image est qu'elle garde toujours plus de pistes ouvertes que les discours faits sur elle), mais ça pourrait être "quelque chose de vrai" ou "quelque chose de vraiment immense".
Après, ça n'est pas passé. Il y a peut-être un problème avec l'introduction : comme accroche (le sentiment d'une direction que tu ne trouvais pas qui te manquait) et comme manière de faire glisser dans l'idée que "ce monde n'est pas exactement le nôtre, mais c'est le chemin du narrateur qui est important".
Merci pour ta lecture en tout cas, celles qui ne passent pas ont toujours une valeur non négligeable.

Milora, content à l'inverse que ça t'ait pleinement parlé et que ça t'enthousiasme :)
Tes remarques étaient aussi toutes très justes et j'ai corrigé en fonction : "La question du réceptionniste « Bonjour, comment puis-je vous aider ? » fait passer en moi, silencieux, un soupir de soulagement" et "Mais je n'ose pas quitter mon accompagnatrice des yeux, sa tête et ses épaules me cachant l'étendue du chemin encore à parcourir."
Merci aussi d'en avoir fait un coup de cœur d'ailleurs, il n'y a qu'un seul smiley qui peut exprimer ma réponse :  :-[

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Re : L'Entrevue
« Réponse #12 le: 17 juin 2016 à 18:25:09 »
Hello Barnacle.  :)
Ton texte m'a suffisamment accroché pour que j'ai envie d'en savoir plus sur ce" test" . Il m'a fait penser à une nouvelle de Richard Matheson  intitulé justement " Le test ". J'avais hâte de savoir de quoi il retournait , et tu as été très imaginatif pour le coup. La poésie de cette mer distribuée avec tant de parcimonie, dans un univers que j'ai ressenti comme déshumanisé , m'a beaucoup plu.
La théorie des cordes donne-t-elle envie de se pendre ?

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Re : L'Entrevue
« Réponse #13 le: 25 juillet 2016 à 12:25:53 »
Salut Barnacle,

En général, j´ai plutôt bien aimé ce texte. Je suppose que la confusion dans laquelle on est lancé au début est un fait exprès, mais il y a quelques passages presque trop vagues qui m´ont fait crocher. Après une deuxième lecture, tout est clair évidemment.
J´aime bien qu´un bout de mer en bocal ait pris cette importance, aussi triste que cela puisse être.

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Le scandale offert a réjoui la sphère médiatique
Ici je croche un peu sur le mot "offert". Est-ce qu´un scandale peut vraiment se faire offrir? Il apparaît en conséquence de quelque chose plutôt..

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Il a été choisi pour l'emploi ou la pièce l'a modelé au fil du temps : il paraît attentionné sans y mettre d'affection ; surtout, désespérément, je veux me montrer conciliant avec lui, plaisant, sans accrocs ou maladresses.
J´aime bien ce passage. Il décrit bien ce qu´on peut ressentir avant de stressants entretiens. L´envie de se montrer conciliant envers tous.

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mais elle offre cet espace vertical, ce grand air libre. Personne ne le respire ; qu'existe-t-il là-haut, sinon la rareté d'une mouche ?
J´aime beaucoup ce passage, "cet espace vertical", on le ressent bien, surtout en imaginant la petitesse d´une mouche perdue dans cette verticalité.

J´aime bien les impressions que ces différents lieus laissent dans son esprit en attente. Cela démontre bien notre récéptivité exacerbée lorsqu´on est sous stress.

Citer
Je ne suis absolument pas prêt.
   Je voudrais l'embrasser, l'admirer toute entière, elle qui flotte dans son être, s'écume entière comme si elle avait sa taille de jadis – et je ne suis pas prêt, je n'ai pas les moyens ; je ne l'apprécie pas assez, déjà ; je suis submergé sans pouvoir la connaître, la vivre.
   Je voudrais pleurer, m'arracher la peau. Elle est si belle et je ne saurais rien en dire.
   Je ne suis pas à la hauteur. Les larmes obstruent ma vision ; la reine dans son écrin si étroit, dans cette pièce si grande, pourrait tout aussi bien m'être racontée, aveugle que je suis à l'échelle de sa puissance. Je veux tellement la voir, mais je ne ne suis pas prêt.
   On va bientôt venir me l'arracher, et son souvenir en sera sanglots, morve et hoquets. Je ne suis même pas à elle ; je ne suis qu'au chaos d'être si proche, et si lointain ; incapable.
Et tout ca, c´est vraiment mon passage préféré! Je peux vraiment m´identifier à cet état de panique, où la breveté annoncée d´un instant que l´on a tant attendu nous empêche de pleinement le saisir  :coeur:

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Elle me ramène, par le couloir, par la salle d'attente, par l'accueil, jusqu'à la sortie.
Et la fin, vraiment pas mal. En une phrase, tout se termine, très vite. Ne reste qu´un souvenir de
Citer
sanglots, morve et hoquets

Texte intriguant dès le départ, personnage qui pousse à la sympathie, tempo bien mené. On est curieux, impressionné en même temps que le personnage par ces lieux étranges, et puis tout se précipite, un rien de temps pour essayer de comprendre, d´absorber le coeur du texte, cette mer en bocal, et voilà, c´est déjà fini.

Merci :)
"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

 


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