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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Soliloque

Auteur Sujet: Soliloque  (Lu 5143 fois)

Hors ligne Poindironie

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  • Au départ, mon stylo a juste dérapé...
Soliloque
« le: 10 Novembre 2013 à 17:17:01 »
SOLILOQUE
Point de vue par excès et par défaut


Soliloque n’est presque rien.
Du Furlukin et d’Hellekin,
Du Pitre, du Clown tragique, des Bouffons, Acrobates, Contorsionnistes, Jongleurs
Et Fous de cour.
Des Griffonneurs, Conteurs, Mimes, Pantins et Automates,
Des Troubadours, Crieurs publics, Grimeurs, Couturiers, Chiffonniers
Et Montreurs de Marionnettes.
Espions, Scribes, Moines copistes, Mendiants et Vagabonds,
Marchands ambulants, Danseurs macabres, Sorciers d’images…
Et du vieux saltimbanque.

Soliloque n’est presque rien.
Un corps médusé,
Pantin clandestin
Qui ne fait que passer,
Soliloque n’est presque rien.
Habiter le pavé, battre le pavé,
Ou à la rue
Celui qui ne fait que passer,
Soliloque n’est toujours rien.
Presque rien. Derrière le rideau,
Les otages des théâtres
Ne font toujours que passer.
Théâtre public. Théâtre urbain.
Mise en scène furtive
D’un observateur observé.
Soliloque n’est décidément rien.

Ils ne font pourtant que passer
Mais ils hurlent
Les bons passants et les vrais marchands :
« A la rue,
Vagabonds indisciplinés !
Que le spectacle vous divise
Et vous fasse parler !
A la rue
Art de l’écart
Muet et insoumis !
Revendiquer toujours, si cela vous plait !
Mais gratuité et liberté
Ne rimeront jamais à rien !
A la rue
Fourbes et indiscrets !
Insolents maladroits.
Cabriolez au moins
Que nous soyons courtisans ! »


Et bien non. Toujours Rien.
Soliloque n’est vraiment rien.
Juste une inversion
Qui s’amuse, flâne, badine…
Rit puis s’indigne.
Mime de rien.
Corps caché.
Cherchez donc ou ne cherchez plus rien.
Un soliloque.
Il parle
Mais se tait, au moins.

Sage public. Chœur muet.
Petit temps de silence
Pour l’assemblée médusée.
Foule témoin
Rendue disponible à l’écoute.
Sans mot dire,
Maudire la petite fille réservée
Un rien… éduquée à se taire,
Tous les garçons encouragés à s’affirmer
Et reproduire les comportements genrés
Relayés au travers des paroles d’experts.

Soliloque
Idée soufflée. Parole chuchotée,
Du crieur affolé.
Proclamation aphone
D’un combat d’idées.
Soliloque.
Au début c’est presque rien.
Une indicible rumeur du théâtre d’opérations extérieures
Où parler devient un acte risqué.

Toujours les mêmes rengaines
« Oui mais… »
Toujours des discussions verrouillées
Des débats court-circuités.
« Aurait-on mal entendu !
La parole a des lieux réservés ?
C’est un malentendu ! »
Pas du tout. Rien du tout.
On assiste au massacre de la pensée.
Les vérités présupposées ne sont plus discutées.
« Un mot à dire ?
La fermer ! »
Le consensus est répressif.
Les discours prémachés.
On privatise l’opinion. Balise la pensée.
« Mieux vaut ne pas l’ouvrir.
Parler c’est jouer sa peau.
Aux intellectuels il faut donc recourir,
Et maintenir le verbe haut. »

Soliloque.
Mise en scène et politique,
Par des conférenciers
Immobiles dans leurs idées,
Paroles figées des meetings glacés,
Résonance de discours publicitaires
Pour auditoires réifiés, invités à se taire.
Un rideau de tonalités
Pour masquer le manque de spontanéité
Et la faiblesse des débats habituels,
Un bon mot… semblant d’expression plurielle
Un éclat de voix
Puis plus rien.

Juste un soliloque
Pour ne pas sombrer.

Silence des rhétoriques audacieuses.
L’espace de débat est maintenant restreint.
Inframince du presque rien.
Esquiver d’un timide mouvement
Les joutes verbales du ralliement
Aux ghettos conceptuels des grands discours
Ou à la banque des mots qui y concoure.
Combat de coqs qui roucoulent une même idéologie :
Beaucoup de bruit. Beaucoup d’ennuis.

Ring de rien,
Mine de rien,
L’âme du leader mène le débat.
Soliloquer.
S’écouter parler.
Chacun capitalise son débit
Et marque des buts
Ébats de langue
Et faux droit de veto de l’arbitre
Depuis la banque des mots…
Conclusion :
Le médiateur annonce le début d’un débat.
Confusion !
Paroles bridées et simple énoncé de mots-clé.
Trois fois rien
Trop fois rien
Verbe consommé
Vérité consumée.
Au théâtre des privilégiés, on s’attache
A l’évaporation des potentialités du sens des mots
Jusqu’au néant des propos.

Dite et redite
Toujours la même rengaine…
Débat en boomerang
Derrière les barrières du ring
Derrière les barrières de langue,
Un message unique
Que répand des milliers de haut-parleurs
Quand rien ne couvre plus le monopole de l’émetteur.

Des soliloques

Paroles pièges d’arachnide
Nid d’araignées, cocon tissé. Gant, ganse,
Gangue qui englue, piège tendu, corde
Rêche, sans brèche, il enveloppe d’un fil
De soie. Nœud.
Filet piège, filet de pêche. Pêche au rêveur
Qui papillonne.
Au centre, l’orateur en son antre
Qui postillonne.
Il attend
Un mouvement de plus.
Le ton. Le temps. La mesure.
Un mouvement de plus.
Le chœur des cordes, majestueux fanfaronne.
Corde pincée, corde piquée,
Au bout des pattes, toi tu bouillonnes.
Ta vibration résonne, sonne
L’alerte.
Il donne le "la" de la loi, l’orateur.
Il coupe des têtes, les têtes en l’air,
L’air de rien.
Toi le flâneur, le butineur, le badineur…
Ecoeuré des discours et des peurs
Enivré de liberté et de silence,
Te voilà stoppé net dans ton insouciante et naïve envolée.
Un mouvement de plus.
Un battement. Il sait l’orateur. Il espionne.
Il attend patiemment. Il sait l’orateur
Que plus il débat, plus il t’empoisonne
Que plus tu te débats, plus tu t’emprisonnes.

Un soliloque pour presque rien,
Et tous les conteurs anonymes
Privés du droit de s’exprimer
Tous les adeptes du mime
Priés de ne plus bouger,
Face aux as de la rhétorique,
Les bouffons du roi
Planqués derrière des pupitres.
Toujours la même rengaine,
Des stratégies politiques
Et des moulins à migraines.

Soliloque pour une tendance à persister
Même d’une voix éteinte,
Formuler une dernière plainte.
Or-alité
Pensées. Malades
D’un auditoire captivé
Et de poètes capturés
Dans les filets des porte-parole et des marchands de mots
Qui gardent pour eux le bâton de parole
Et payent le maton des prisons
Pour réduire encore le temps de parole
Des parloirs des détenus d’opinion.

Soliloque ne fait plus que passer
Puisque tout le monde est plus ou moins d’accord sur tout
Personne n’a plus tord sur rien.
On écoute la parole des gourous.
Objectivité-Neutralité
Objectivation-Neutralisation
Soliloque.

Seul.
Ne peut décidément rien.
Et pour unique opposition
On n’entend plus que la cacophonie
Des généralités inoffensives
Comme autres formes de manipulations.
Comme autres formes de dominations
On n’attend plus que les sirènes hurlantes
Des perpétuelles invectives de la contestation.

Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Soliloque dans le brouhaha.
Mais. Soliloque.
Habiter le pavé. Battre le pavé.
Ou à la rue, celui qui ne fait que passer.

L’attitude excluante
Des marchands de frustration,
La malhonnêteté intellectuelle
Des garants de la confusion,
Ne s’imposera pas sans un cri.
Nous prônons à l’heure actuelle
D’autres formes de récit.

Au théâtre de l’opprimé,
Petite résistance à l’usure
Petite impertinence refusant la censure,
Sans l’éloquence des charlatans
Mais avec l’énergie des vauriens,
Du Furlukin et d’Hellekin,
Un dernier tour de parole
Pour un débat moins restreint.
Soliloque n’est presque rien,
Mais il invite à la guerre des mots,
A ne pas détendre le débat,
A ne pas modérer ses propos,
Permettre la confrontation,
Radicaliser les contradictions.
Un soliloque
Pour les bavards
Qui veulent aussi être entendu
Révélation
D’une diversité de point de vue
Soliloque, tel un buvard,
Qui focalise
Sur le guignol qui se gargarise.

Impact.

Ne plus rien dire.
Discours interrompu
Aux lèvres suspendu.
Écouter. Échanger.
Se prononcer.
C’est l’animodération.
Tous impliqués
Dans les décisions.
Un soliloque
Pour les passeurs de mots
Passez donc ou ne laissez passer plus rien.
Un soliloque.
Il parle,
Mais se tait, au moins.
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

Hors ligne Sennar

  • Troubadour
  • Messages: 306
Re : Soliloque
« Réponse #1 le: 10 Novembre 2013 à 17:34:24 »
y a du travail
merci de nous offrir ceci
j'ai pas le temps de tout commenter, ni les connaissances, ni le goût, ni rien
j'ai bien aimé ce passage:
Citer
Ring de rien,
Mine de rien,
L’âme du leader mène le débat.
Soliloquer.
S’écouter parler.
Chacun capitalise son débit
Et marque des buts
Ébats de langue
Et faux droit de veto de l’arbitre
Depuis la banque des mots…
Conclusion :
Le médiateur annonce le début d’un débat.
Confusion !
Paroles bridées et simple énoncé de mots-clé.
Trois fois rien
Trop fois rien
Verbe consommé
Vérité consumée.
cependant ne vois pas comme une obligation (ni même comme un "bonus") les petits jeux de mots et les rimes
la force et la beauté de ta poésie est détenue dans le sens et le rythme
tu peux ignorer le reste
bref merci

Hors ligne koutoumi

  • Calliopéen
  • Messages: 439
Re : Soliloque
« Réponse #2 le: 10 Novembre 2013 à 17:48:52 »
j'admire le travail effectué
Choking On The Truth

Hors ligne Baptiste

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 616
  • Pingouin de Patagonie
    • Rêves de comptoir
Re : Soliloque
« Réponse #3 le: 11 Novembre 2013 à 01:20:34 »
Un petit mots pour marquer mon passage

J'ai beaucoup, beaucoup aimé .
IL y a des lourdeurs, c'est quand même un peu long, et je suis pas sur d'avoir vraiment tout compris
mais c'est quand même très cool.
Promis je reviens faire un commentaire quand j'aurai rattraper mon retard sur mon taf'

Merci pour ce texte

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 8 764
  • Prout
Re : Soliloque
« Réponse #4 le: 22 Mars 2014 à 13:48:49 »
Citer
Rendue disponible à l’écoute.
Sans mot dire,
Maudire la petite fille réservée

 :coeur:

Citer
Tous les garçons encouragés à s’affirmer
Et reproduire les comportements genrés
Relayés au travers des paroles d’experts.

Peut-être un peu long en un seul souffle ?

Ce texte mérite d'être remonté.
J'ai bien aimé. Bon rythme, belle musicalité. Ça m'a fait un peu penser à Yakamoneye de Tryo. Belle lecture.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne Poindironie

  • Scribe
  • Messages: 68
  • Au départ, mon stylo a juste dérapé...
Re : Soliloque
« Réponse #5 le: 23 Mars 2014 à 14:17:57 »
Merci Loïc, c'est gentil ! Contente que ça t'ait plu ! Et merci pour la remontée, cela m'a permis de me relire et d'envisager quelques modifs' selon vos conseils ! Merci.
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

Verasoie

  • Invité
Re : Soliloque
« Réponse #6 le: 01 Avril 2014 à 19:38:57 »
Citer
Et reproduire les comportements genrés

L'idée de s'engager dans un texte est louable mais un mot aussi connoté que "genré" (connoté "le débat est très actuel" je veux dire : )) casse un peu le truc je trouve.

Mon passage préféré :

Citer
Un soliloque pour presque rien,
Et tous les conteurs anonymes
Privés du droit de s’exprimer
Tous les adeptes du mime
Priés de ne plus bouger,
Face aux as de la rhétorique,
Les bouffons du roi
Planqués derrière des pupitres.
Toujours la même rengaine,
Des stratégies politiques
Et des moulins à migraines.

Y'a beaucoup de travail et ça rend vraiment bien. C'est fluide, ça se lit agréablement. Je regrette juste que ça mette un moment à démarrer (il faut pas mal de temps pour comprendre de quoi tu vas vraiment parler, je sais pas si c'est fait exprès... je trouve le début très vague). Bien joué en tout cas : )

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : Soliloque
« Réponse #7 le: 10 Décembre 2014 à 11:45:18 »
La première strophe m'a  fait un peu grincer des dents, j'aime pas du tout l'énumération :-X


Citer
Et bien non.
Eh

Perso, j'ai trouvé ça très très long. Peut-être que je n'ai pas choisi le bon moment pour lire ton texte. Je n'en ai pas retenu grand-chose même si certains passages sonnaient bien à mes oreilles.
Bref, désolée, je ne suis pas aussi emballée que mes prédécesseurs et j'ai pas vraiment d'arguments...



"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

suze

  • Invité
Re : Soliloque
« Réponse #8 le: 10 Décembre 2014 à 14:24:58 »
Je suis, à l'inverse, très emballée par ce poème, certes long, mais bourré d'inventivité et souvent profond. Bravo à toi.

Hors ligne Poindironie

  • Scribe
  • Messages: 68
  • Au départ, mon stylo a juste dérapé...
Re : Soliloque
« Réponse #9 le: 10 Décembre 2014 à 16:29:57 »
Arf Ernya... une prochaine fois peut-être.  ;)

"Et bien non !"... j'aurais presque pu réduire à cela si seulement j'avais été un peu taiseuse ! Mais voilà... "klakenn out" comme on dit chez moi !

Je ne sais pas... des fois même très très court (tu vas rire j'ai une admiration sans mesure pour le haïku), c'est encore trop trop long, alors mieux vaut dans ce cas faire très très trop. Je crois que ma logique était là.
Imaginons un couvercle de plomb sur une parole... puis une faille... un début de craquelure. Qu'est-ce qui se passe ? Comment décrire la force, le chemin, la forme, l'empressement de cet élan de resurgissement, sans être pour autant dans la négation de la retenue originelle ?

Merci à vous deux pour la remontée quoiqu'il en soit. Je ne m'étais pas relu depuis... pfuiiit...  :???:
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

 


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