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29 janvier 2020 à 18:27:07

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Romans, nouvelles » L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)

Auteur Sujet: L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)  (Lu 1693 fois)

Hors ligne ernya

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Laissez-moi vous parler du roman/conte fantastique de l'estonien Andrus Kivirähk.




"Il n'y a plus personne dans la forêt."


Je pense qu'on peut déjà dire que c'est une belle couverture et qu'elle fait envie.  :mrgreen:



De quoi ça parle ? Le narrateur revient sur son enfance dans la forêt estonienne. Il apprend avec son oncle la langue des serpents, une langue qui permet de converser avec les animaux qui la maîtrisent (comme les serpents) ou de les forcer à faire telle ou telle sorte de choses. Le monde de la forêt "s'oppose" au monde des villageois - ex habitants de la forêt - gagné par le christianisme en vogue (le swag, c'est Jésus). On suit le parcours du jeune garçon tiraillé entre ces deux mondes, tous deux aussi violents et fanatiques. L'histoire narre l'extinction progressive de ce monde de la forêt et, avec lui, de la langue des serpents.
Mais attention, ce n'est pas du tout un  livre pro "avant, c'était mieux" ou "allons tous vivre dans la forêt". Les deux mondes ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients et développent un rapport complexe face à l'idée de tradition et de modernité.

On rit des histoires des petits serpenteaux, des coutumes étranges (dans la forêt, on peut parfois se mettre en ménage avec des ours), des regards amusés sur la religion chrétienne mais aussi sur les "sages" de la forêt. Toutefois, L'homme qui savait la langue des serpents reste un livre très triste non seulement à cause des péripéties mais aussi à cause du thème traité : l'extinction d'un monde, extinction irrémédiable, rodée comme une tragédie grecque. C'est le récit d'une impasse annoncée dès la première page mais on se laisse prendre à espérer parvenir avec le personnage à aviver les dernières braises. Bref, un livre qui donne aussi à réfléchir sous la fiction.


"Mais il n'était pas question de revenir en arrière. J'étais là, au coeur de la folie moderne, et mon destin était d'y demeurer jusqu'à la fin de mes jours."


Personnellement, j'ai vraiment bien aimé. Ca m'a rappelé un peu Hobb et Le Dernier homme de Cousin de Grainville (que j'avais étudié en master). L'écriture est fluide, souvent assez drôle, on se laisse facilement happer. Par contre, la fin du livre me semble abusivement sanglante sinon gore. L'auteur en fait peut-être un peu trop sur la fin type tragédie grecque.
Mais je le recommande, surtout que c'est assez rare d'entendre parler d'un auteur estonien ! Merci beaucoup, Lo, pour la découverte  ;)
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #1 le: 17 août 2013 à 00:02:33 »
C'est peut etre le livre posé sur la tas de bois, mais tu m'a donné envie de le lire!!

J'avais eu une prof d'anglais en stage, estonienne, elle nous avait montré des créations d'artistes de là-bas, court métrage, nouvelle, meme leur fete nationale la singing revolution, enfin c'est un pays qui à l'air d'avoir une mentalité assez créative, tout pleins d'originalité ces estoniens!

(C'est vrai que la couverture est sympa en plus  ^^ )
«J'aurais beau me crever au travail, porter des chevaux sur les épaules, faire tourner des meules et des moulins, de toute façon, je ne serai jamais un travailleur. Mon travail, quelque forme qu'il puisse prendre, il n'est perçu que comme pure caprice, espièglerie, hasard.»
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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #2 le: 06 janvier 2014 à 23:58:48 »
J'l'ai fini tout à l'heure, du coup. Ben ça faisait longtemps que je m'étais pas fait autant happé.

C'est drôle et c'est mordant tout à la fois. C'est vraiment très bien écrit de bout en bout, même si on sent que nous autres qui ne sommes pas Estoniens n'avons pas les clés culturelles pour comprendre absolument tout. N'empêche que c'est construit intelligemment et la traduction est très bonne, ce qui fait qu'on ne se sent tout de même jamais largué. A cela s'ajoute une postface qui explicite plutôt pas mal ce à côté de quoi on est passé.

Bon, je suis pas doué pour parler des livres (déjà je fais un effort cette fois, ça devrait vous donner envie XD). De toute façon, je suis toujours à chaud, donc si je commence à en parler plus, je vais mettre des spoilers partout. Toujours est-il que si vous avez l'occasion, lisez-le.
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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #3 le: 30 mai 2014 à 08:42:03 »
Ce livre vient de recevoir le Grand Prix de l’Imaginaire 2014 dans la catégorie Roman étranger !

Je le lorgne depuis un moment déjà et cette nouvelle bouste mon envie de le lire dès que possible...

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #4 le: 03 juin 2014 à 17:22:14 »
Ça a l'air vraiment bien, je vais essayer de le trouver !
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

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Hors ligne Zacharielle

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #5 le: 11 septembre 2014 à 08:34:27 »
Comme beaucoup, je l'ai lu cet été :mrgreen:
Je me permets de copier ma SensCritique.



L'homme qui savait la langue des serpents c'est donc comme on l'a dit une fable, un conte, un pamphlet aussi, mais c'est avant tout une histoire, fort sympathique : celle de Leemet, un estonien que l'on suit depuis son enfance jusqu'à ses vieux jours - et pour cause : il s'en est passé des choses, dans sa vie. Des choses extraordinaires (et aussi des choses tragiques et gores), racontées de la façon la plus vive et fluide qui soit, ça fourmille de partout et on apprend bientôt que l'on peut se mettre en ménage avec un ours, comme dit ernya, ou encore passer l'hiver à hiberner avec ses amis serpents... Mais il n'y a pas que la vie en forêt, parfois fantastique, très fantasque, parfois fantasmée mais encore plus souvent réaliste - dans la mesure du possible ; il y a la vie en forêt chamboulée par l'arrivée des "hommes de fer", leurs armes et leur religion. Toute une population mollement entrainée vers les champs où l'on gratte la terre pour mastiquer du pain et croire à Jésus comme on croit à la magie. De l'autre côté de l'orée, des fanatiques piétinent ce qu'il reste de leur monde pour mieux le préserver (prétendent-ils) et un couple de vieux anthropopithèques élève des poux géants dans l'indifférence générale (sauf celle d'Hiie et de Leemet, cela va de soi). Accepter ou non le changement, ou l'accepter, ou le refuser, dans quelle mesure...C'est là tout l'enjeu du roman, qui reste quoi qu'il advienne, parfaitement entrainant.

Bref. Si je n'ai pas mis une meilleure note - 7 / 10 - c'est que je regrette le caractère un peu simple des personnages ou des ficelles narratives un peu grosses. L'apothéose sanglante m'a parue trop appuyée, même si c'est une fable et qu'en tant que telle il convient d'aller vers de l'exagération... Un peu trop pour moi. Enfin, bien que la postface soit tout à faire éclairante, je la trouve rédigée de façon un peu pataude. Mais bon, ce n'est pas du fait de l'auteur.

Voilà voilà. Quoi qu'il en soit, je recommande la lecture de ce livre, parce qu'il est quand même dans l'ensemble extrêmement enthousiasmant.

PS : mention spéciale pour Meeme, je crois, mon personnage préféré...

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #6 le: 11 septembre 2014 à 15:14:26 »
L'ayant vu circuler entre toutes les mains cet été, j'ai bien envie de le découvrir !

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #7 le: 12 octobre 2014 à 14:59:27 »
Je l'ai aussi lu cet été (merci zach  :mrgreen:)

Et je l'ai trouvé vraiment cool, bizarre dans son genre, à la fois léger et dur, décalé. Ca se lit bien et en tout cas je l'ai acheté en double exemlpaire : un pou moi et un pour offrir à ma soeur  :)
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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #8 le: 16 octobre 2014 à 15:31:43 »
Je confirme, ce roman est excellent. Il est finaud, drôle et ne fait pas niaisement l'apologie du monde ancien. Et en plus, il est agréable à lire.

Anlor

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #9 le: 18 octobre 2014 à 15:40:40 »
Fini ce matin, lu en quelques jours, et j'ai surkiffé.
Je sais pas trop ce que je pourrais raconter après les critiques d'Ernya et de Zach ; à part que la fin ne m'a pas gênée outre mesure, dans le sens où la violence, le temps des guerres, les exploits de Meeme et du grand-père, c'est quand même quelque chose de latent pendant toute l’œuvre et ça ne m'étonne pas vraiment que ce soit ça qui conclue la fin du "vieux monde". Je trouve que ça permet aussi de rendre compte d'un côté, euh, "barbare" de Leemet et de le rendre un peu moins lisse (en ça aussi je trouve que tu es un peu dure, Zach, quand tu parles du caractère des personnages ; c'est vrai qu'on en reste souvent à des esquisses (et bon, des trucs comme le changement de Hiie, c'est vrai que je trouve ça très brutal et pas franchement crédible) mais pour moi, c'est pas non plus nécessaire d'aller plus loin. Le thème ça reste l'extinction "d'un monde" et ça m'a pas gênée outre mesure, pour cette raison, que les persos soient des archétypes.

Enfin bref, je recommande aussi.  :huhu:

Hors ligne Baptiste

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #10 le: 22 octobre 2014 à 15:32:08 »
Bon ben moi aussi, je viens de le finir.
Et ça m'a haaaaaaaaaachement plu aussi.

Comme les autres, j'ai trouvé ça fluide, avec des passages très drôle même si globalement ça m'a rendu un peu triste.
Je crois que je vais rejoindre assez l'avis de Zach sur le fait que les personnages sont un peu "grossiers" mais en fait pour le coup, comme je m'attendais à cette aspect "fable" ça ne m'a pas dérangé. D'autant que certains personnage sont très attachant : les antropopithèques ou le sage des vents je l'aimais bien. Et mention spéciale effectivement à Meeme egalement parce qu'il est vraiment très très chouette. Il y a quand même pleins de belle scènes (Par contre, qu'est ce qu'ils bouffent Oo j'ai l'impression qu'un bon tiers du bouquin est consacrée à la nourriture) et encore une fois l'écriture est savoureuses.

Bref j'ai aimé et je recommande également

Hors ligne Milla

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Re : L'homme qui savait la langue des serpents (Andrus Kivirähk)
« Réponse #11 le: 14 janvier 2020 à 13:14:47 »
je l'ai fini hier soir :s

J'ai vraiment beaucoup aimé, je l'ai pas lu mais écouté en livre audio, je ne sais pas si ça a joué sur l'immersion mais j'étais complétement dedans  :coeur:  :coeur:
La narration est super fluide et agréable. La couleur est annoncée dès le début et pourtant je trouve qu'on s'accroche tout le long à l'espoir que c'était du bluff... Bon, pour le bluff on repassera, y a un basculement qui se fait à un moment
Spoiler
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et à partir de là c'est assez fou comme plongée. Franchement j'ai trouvé le mélange de barré drôle imaginaire (le pouvoir de la langue, le grand-père  :coeur:, le poisson géant à barbe  :coeur:, les anthropithèques et leur pou  :coeur:, la personnalité de la mère, etc.) et du dramatique/triste super réussi. Sur la deuxième moitié, ça m'a carrément brassée, j'étais toute bouleversée. Pis j'ai trouvé que ça tombait pas du tout dans le simpliste, qu'il y avait une complexité  et une multiplicité des points de vue assez fine, très chouette. Du coup, y a un truc émotionnel assez euh complet dans ce que ce bouquin m'a procuré, et c'était vraiment très chouette parce qu'au final c'est pas si souvent je crois.
Bref, à lire (ou écouter) absolument  :coeur: :coeur: :coeur:

 


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