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Auteur Sujet: Les spectres rouge (théâtre)  (Lu 1881 fois)

Hors ligne lucilemc

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Les spectres rouge (théâtre)
« le: 12 novembre 2015 à 15:05:20 »
Bonjour les amis, j'ai vraiment besoin d'aide pour ce texte ! Qu'en pensez-vous ?

LES SPECTRES ROUGES

ELLE : A chaque fois que je viens ici la même rengaine incessante recommence.
Encore et encore.
Toujours l’impression de respirer des cendres.
Ma mère vit ici, dans cet appartement aux murs de poussière. Les bols sont à ma grand tante, les assiettes au cousin Marc, la commode à la seconde femme de l’oncle Charles, celle qui était Irlandaise, et la chaise à Ménou. Elle se traine au milieu de ses meubles devenus tombes.
Pas d’autel rassurant à la mémoire des ancêtres. Pas de lieu privilégié où se recueillir. Ici plus de frontières.Vie et mort se confondent et deviennent anthropophages, dévorant chaque partielle d’existence des êtres vivant dans ce lieu perméable au temps.
LE SPECTRE: Et aux esprits ?
ELLE: Petite, j’y ai cru sérieusement. Les ancetres n’étaient plus là pour me livrer les enseignements rassurants d’un ordre qu’ils avaient déjà vécu en éclaireurs. Gardiens immuables d’un passé dont ils me remettraient le flambeau en grandissant. La foule des oncles morts d’une balle dans la tête à la guerre, des tantes remariées aux enfants happés par la tuberculose ou un fleuve capricieux, des cousins disparus, du grand père pris par le temps et du mari parti trop vite, beaucoup trop vite se superposaient, collaient aux murs, aux meubles, aux vêtements.
LE SPECTRE, ELLE:
A l’air que je respirais
Aux mots que je prononçais.
Aux pensées que je formulais.
Car tu es poussière et à la poussière tu retourneras.
ELLE: De ces ombres j’aurais voulu faire des manteaux pour affronter le monde.  Il ne m’est venu que des chaines.
LE SPECTRE, ELLE: Des habits de sagesse tissés par la chanson de toile millénaire chantée par les milliers de voix des parents et de leurs enfants.
ELLE : La toile s’est faite piège, la mère araignée. Pour elle-même, pour les autres, pour moi.
(Un temps)
ELLE: Longtemps je t’ai fui, croyant trouver ma liberté dans l’oubli de mes chaînes. Le spectre enflait toujours , s’est fait monstre dévorant.
Papa mort était plus vivant que maman vivante.
Maman qui se lève qui se coiffe, qui fait la cuisine, le repassage, qui travaille, qui rentre et qui dort.
Maman qui pense pourtant si bien faire son devoir de mère.
Maman qui ne pense plus pourtant qu’au spectre. Qui ne vit que pour lui et pour le rejoindre.
Et moi petite qui la surveille, qui tente de l’en dissuader adolescente, qui fuit plus tard.
Aujourd’hui nous nous faisons face, encore. Te fuir ne m’a servi qu’à me rapprocher encore de toi, d’enserrer ton étreinte.
LE SPECTRE : Dommage, mort je suis pourtant bien inoffensif
ELLE : Pas tant que ça tu vois. Regarde les marques sur ma mère.
LE SPECTRE: C’était pourtant bien sa main.
ELLE : Sa main, ton souvenir. Et des écorchures bien réelles elles.
LE SPECTRE: Je n’ai jamais voulu ça. Je suis juste un mort. Mort.
Je suis parti trop tôt. Je l’ai laissée. Ce n’est pas ma faute.
ELLE: Parfois je me demande si tu n’as pas eu peur.
LE SPECTRE: De quoi, de ta mère ? De toi bébé ? De ton frère ?
ELLE: De cette vie.
LE SPECTRE: Ce n’est pas ma faute.
ELLE: Tu as eu peur de rentrer, de retrouver cette femme trop sensible qui t’aimait trop toi et pas assez elle-même au point de s’écorcher. De retrouver ces  2 enfants trop jeunes qui compteraient bientôt sur toi toute leur vie.
LE SPECTRE: Ce n’est pas ma faute.
ELLE: Et toute la famille, toute la société là derrière qui n’ en attendrait pas moins de toi, d’être un bon père, un bon mari.
LE SPECTRE: Je n’ai jamais voulu ça.
ELLE: La vie, la voilà l’angoisse !
LE SPECTRE: Je suis juste mort ! Mort !
ELLE: J’avais besoin de liberté. Pas d’un père mort. Mort tu ne me sers à rien qu’à alourdir mes pas et m’entraver.
LE SPECTRE: Pauvre, crois-tu seulement à cette liberté que tu cherches?
ELLE: Celle que tu as prise en nous abandonnant oui.
LE SPECTRE: Me crois-tu libre ? J’étais jeune, j’étais terrorisé. Je revenais d’Algérie, je ne savais plus en quoi croire et j’ai trouvé cette famille qui m’attendait comme le sauveur. J’attendais moi-même un sauveur, un échappatoire. La maladie est venue, je n’avais pas la force de réfléchir, j’étais trop perdu déjà. Je n’avais pas la force de choisir, pas la force d’être libre. C’est la maladie qui m’a choisi, pas moi.
Si jeune, je n’étais plus que lassitude. J’avais connu la seconde guerre mondiale, l’angoisse de mes parents, la mort de ma soeur sacrifiée pour me sauver, la tristesse de ma mère, la galère pour payer mes études et démarrer ce mariage parié face à l’avenir avec ta mère, la guerre d’Algérie, ton frère, puis toi, et revenir. Si jeune et déjà si vieux.
Je n’avais pas la force de me battre, d’être libre comme tu dis. J’avais déjà tant lutté. Je pensais me reposer, faire juste une petite sieste et me réveiller ensuite. La mort a profité de ces quelques secondes d’inattention et a clos définitivement mes yeux.
(Un temps, long)
ELLE: Alors il n’y a rien ? Que ça, cette fatalité ?
LE SPECTRE: Rien, pas d’ennemis, pas de raisons miraculeuses, pas d’égalité.
Rien que les moulins à vent contre lesquels tu te bats, rien que ces spectres que tu engraisses avec ta fuite et ta colère. Courir loin et très vite, se laisser mourir, s’écorcher le visage, ça la liberté?
Tu as cru trouver la liberté, il ne t’est venu que l’ivresse de la vitesse.
J’aurais voulu t’aider à chasser les monstres sous ton lit, t’aider à t’en faire des amis, des compagnons qui pourraient combattre à tes côtés dans ta vie d’enfant, puis d’adulte. Comme c’est triste, je me rêvais sauveur et voilà que je me découvre comme le monstre sous ton lit. Et personne pour t’expliquer comment faire. Je suis ce spectre qui t’effraie,  pas l’ombre du passé qui t’aiguille et te conseille. Tu as choisi de me fuir. Tu as choisi de faire de moi ce spectre. Pauvre, tu deviendras bientôt ton propre spectre.   

Hors ligne Loïc

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Re : Les spectres rouge (théâtre)
« Réponse #1 le: 12 novembre 2015 à 20:54:56 »
Citer
Pas d’autel rassurant à la mémoire des ancêtres. Pas de lieu privilégié où se recueillir. Ici plus de frontières.Vie et mort se confondent et deviennent anthropophages, dévorant chaque partielle d’existence des êtres vivant dans ce lieu perméable au temps.

Jusqu'ici c'était cool mais cette tirade manque de naturel

Citer
Les ancetres n’étaient plus

ancêtres

Citer
Gardiens immuables d’un passé dont ils me remettraient le flambeau en grandissant.

Bof ce genre de phrase

Citer
La foule des oncles morts d’une balle dans la tête à la guerre, des tantes remariées aux enfants happés par la tuberculose ou un fleuve capricieux, des cousins disparus, du grand père pris par le temps et du mari parti trop vite, beaucoup trop vite se superposaient, collaient aux murs, aux meubles, aux vêtements.

C'est trop long et ça finit par être lourd et embrouillé (d'ailleurs tu t'embrouilles dans tes accords)

Citer
. J’avais connu la seconde guerre mondiale

D'une part, je suis pas sûr qu'à l'époque de ton texte, ça se dise déjà, d'autre part, ça fait lourd.

Et bah ça finit comme ça ? Il manque des bouts ?
"It doesn't matter how your story begins. It's about who's with you at the end."
Killjoys

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Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Hors ligne barnacle

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Re : Les spectres rouge (théâtre)
« Réponse #2 le: 12 novembre 2015 à 23:30:10 »
Je trouve que la fin suffit personnellement, mais sur le reste je suis d'accord avec les remarques de Loïc.
Pour "la Seconde Guerre mondiale", dis "l'Occupation" tout simplement.

Je note aussi "Des habits de sagesse tissés par la chanson de toile millénaire chantée par les milliers de voix des parents et de leurs enfants." qui ne marche pas tout à fait pour moi. Partiellement à cause de la reprise "chanson/chantée" et parce que "chanson de toile" n'est pas très évocateur.

La question du comment vivre avec le passé de sa famille, comment s'accorder avec les morts... Je trouve ça assez bien traité. Le problème est dans les phrases un peu bancales pointées par Loïc, parce qu'elles y sont assez clefs.

 


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