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03 juin 2020 à 22:22:39
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Auteur Sujet: Un spleen inavouable [fantastique/contemplatif]  (Lu 176 fois)

Hors ligne Deofresh

  • Tabellion
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Un spleen inavouable [fantastique/contemplatif]
« le: 20 mai 2020 à 00:38:33 »
Bonsoir / bonjour / yo,

Je vous propose aujourd’hui, pour compléter mon tiercé MDE, un texte que je me traîne comme une casserole depuis presque 3 ans. Maintenant que je suis à l’aise ici, je vais partager. C’est le texte sur lequel je planche parfois quand je suis pris de cette humeur. Vous savez, cette humeur, celle triste et contemplative du dimanche soir, quand on est fatigué ou que l’on est pas bien.

Bref, c’est un texte semi-autobiographique que j’ai écrit sans but particulier, mais sur lequel j’aimerais beaucoup avoir votre avis. En l'état il fait environ 5500 mots. J'aimerais donc savoir : suis-je cliché ? Ce récit valait-il votre temps ? Mon perso est-il crédible ? Et puis, je me suis attaqué à un exercice que j’ai trouvé compliqué, la description de flash-backs dans un récit au passé. Je suis donc preneur de tous commentaires sur la forme.

Pour ceux d’entre vous qui voudraient en savoir un peu plus sur mon texte avant d’attaquer, c’est en spoiler, pour les autres, bonne lecture !

Spoiler
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Bisous.

Un spleen inavouable


     Les aéroports sont le meilleur endroit sur Terre pour se sentir seul parmi les gens. Entre les portes d’entrée et les portes d’embarquement, la foule forme dans ces cathédrales de béton, un flot chaotique dont les particules n’ont rien en commun. Étrangères, elles ne partagent ni but, ni langue, ni coutume. Ces particules de foule entrent en collision, mais n’interagissent plus. Elles ne sont plus humaines et ruissellent automatiquement entre les portiques de sécurité et les parfumeries duty free. Chacune est porteuse de sa nation et de sa destination, elles sont aveugles à leurs semblables qui ne leur apparaissent alors que comme des obstacles.

     L’une des particules à l’aéroport Toulouse-Blagnac s’appelait Samuel. Bloqué dans un ruisseau qui s’égouttait doucement au pied d’un escalator, Samuel était ce jour-là surtout emporté par le flot de ses pensées. Les aéroports provoquaient toujours chez Samuel une étrange humeur. Un spleen contemplatif qui l’engourdissait dès les premiers pas dans les grands halls de verre et qui ne le libérait, en général, qu’à l’autre bout du tunnel. Mais ce n’était pas grave, Samuel aimait cette sensation et l’embrassait pleinement à chacune de ses occurrences, bien qu’elle fut cette fois-ci, particulièrement intense.
     Arrivé au sommet de l’escalator, il lâcha la main courante et se dirigea vers le portique de sécurité le plus proche. Il connaissait ce parcours par cœur et aurait pu l’arpenter les yeux fermés. Il vivait depuis bientôt trois ans à Toulouse et rentrait régulièrement chez lui en Alsace par avion. Il savait pourtant que c’était mauvais pour l’environnement, mais bon, flygskam ou non, il avait besoin de voir sa famille de temps à autre. Samuel était ingénieur et gagnait bien sa vie pour quelqu’un qui n’avait pas encore la trentaine. Il occupait un poste dans une société multinationale d’agroalimentaire dans laquelle ses collègues et supérieurs l’estimaient. Du moins, il le pensait.
     Un douanier en uniforme bleu fit signe à Samuel d’avancer. Il entra dans la cabine circulaire du scanner, se plaça sur les marques jaunes au sol et leva les bras comme indiqué par un schéma devant lui. Un portique effectua une rapide rotation autour de lui et après moins d’une seconde, le douanier lui fit signe à nouveau. Il mima une pose en T que Samuel imita et le palpa rapidement. Enfin, satisfait, le douanier lui souhaita un bon voyage et se détourna sans autre forme de procès. Samuel rejoignit alors le flot sans visage des voyageurs.

     Pourquoi Samuel restait-il à Toulouse s’il avait tant besoin de sa famille ? Trois ans auparavant, il avait décidé de quitter son job et sa vie de Parisien pour rejoindre des amis d’école d’ingénieur qui vivaient en collocation à Toulouse. Il avait emménagé rue des Ingres, dans une maison ocre à deux étages avec un petit jardin sur le devant. Il était immédiatement tombé amoureux de l’endroit, de la ville et des gens. Pendant six mois, la collocation s’était passée à merveille. Ils faisaient la fête et la cuisine ensemble et jouaient au jeux vidéo ou discutaient pour tuer le temps. Mais rapidement, l’un de ses amis avait obtenu une promotion aux États-Unis, et l’autre était tombé éperdument amoureux et voulait emménager avec sa copine.
     Samuel s’était donc résigné à quitter sa chambre au parquet qui craque pour emménager dans un studio au quatrième étage d’un immeuble en brique rue Colombette. L’endroit était refait à neuf et confortable, mais il avait beaucoup souffert l’absence de ses amis. Contre mauvaise fortune, bon cœur disait toujours sa mère. Il aimait la ville, il avait un travail ennuyeux mais plus que correct, il resterait à Toulouse. Le temps passa et Samuel s’était entiché de l’endroit. Les printemps verts à l’odeur de jasmin, les étés bleus sur les terrasses bondées au bord de la Garonne, les automnes rouges dans les forêts des Pyrénées et les hivers blancs à leurs sommets, tout lui plaisait. Samuel le savait, il rentrerait chez lui un jour, mais il n’était simplement pas encore prêt. Tant-pis. La planète en pâtirait encore quelques années.

     Samuel embarqua dans le Boeing 737, son ticket chiffonné au poing. Il avait mémorisé son siège pendant l’attente. Il se trouvait rang 29, comme son âge, siège A, un hublot. À l’avant de l’appareil, une hôtesse lui souhaita la bienvenue et le gratifia d’un sourire. Son visage fut le premier à émerger de la foule floue. C’était une jolie femme au regard vibrant de malice. Samuel voulut répondre quelque chose, mais derrière lui le flot de passagers le pressait inexorablement vers l’intérieur de l’appareil. Son esprit gourd fut trop lent et il se détourna les joues écarlates.
     Il descendit l’allée centrale rapidement et trouva son siège. Il jeta négligemment son sac dans le compartiment à bagage après en avoir extirpé un livre corné et se laissa tomber lourdement sur le siège imitation cuir. Pendant qu’il essayait de se plonger dans Je m’en vais de Jean Echenoz, les derniers passagers finirent de monter. L’avion était aux deux tiers vide et au grand bonheur de Samuel, personne n’occupait les deux sièges à côté de lui.
     Commença alors le rituel immuable des consignes de sécurité pendant que l’engin maladroit rampait jusqu’à la piste. Les yeux fermés, Samuel se préparait au décollage en son for intérieur. Il n’aimait pas ce moment critique où les statistiques lui disaient qu’il avait le plus de chance de mourir dans une gigantesque boule de feu. Enfin, les réacteurs rugirent et la poussée se fit sentir dans la cabine. Quand le Boeing s’arracha au sol, le cœur de Samuel, comme s’il eut voulu rester au sol par tous les moyens, sembla fuir vers ses pieds. Mais cette sensation désagréable passa et bien vite, un bip sonore indiqua à Samuel qu’il pouvait rouvrir les yeux et ôter sa ceinture.

     Samuel tenta de se replonger dans le livre qu’il tenait fermement dans ses mains moites. Mais son esprit volatile résistait à toute tentative de fixation. Il se reprenait à lire les mêmes passages encore et encore, alors que son attention continuait de glisser entre les lignes pour s’échapper au-delà de l’intrigue du roman. Son humeur semblait empirer, son esprit comme attiré dans les profondeurs de son être par les sirènes de la mémoire.
     Avec un soupir résigné, Samuel ferma le livre d’un claquement sec et en considéra un instant la couverture. L’épave d’un navire échoué gisait sur la neige blanche comme la carcasse d’un rêve. Je m’en vais. C’était pourtant un bon roman qui correspondait plutôt bien à son état d’esprit du moment. L’histoire d’un homme à la vie monotone, qui décide de tout plaquer pour partir à la recherche d’un trésor englouti dans les glaces de l’Arctique. Tout plaquer, un acte que Samuel avait tant considéré, sans jamais oser sauter le pas. Samuel rangea le roman dans la poche kangourou du siège devant lui et s’enfonça un peu plus dans son siège. Il planta son regard dans le hublot et ôta la laisse de son esprit. Celui-ci repartit, caracolant de plus belle, s’enfonçant plus loin dans les bosquets touffus de la mémoire.

     D’aussi loin qu’il se souvenait, Samuel avait toujours aimé la lecture. C’était ses grands-parents qui, dès ses deux ans, l’avaient noyé de récits, de contes et de fables. Samuel avait eu une enfance heureuse et il chérissait particulièrement les moments passés chez eux. Maintenant qu’ils remontaient, ces souvenirs l’infusaient d’une douce chaleur réminiscente des longs étés à la campagne pendant lesquels, il avait attendu en coloriant que les brioches de sa grand-mère finissent de cuir. Il se souvenait des jours de pluie qui pianotaient gaiment sur son anorak jaune alors qu’il chassait les crapauds dans le jardin qui semblait si vaste. Il se souvenait des genoux rocailleux de son grand-père, sur lesquels il s’assaillait le soir au coin du feu pour se faire conter une histoire. Enfant, il avait été trop pressé de vivre pour se rendre compte que les brioches deviendraient madeleines. Tout passe toujours trop vite, la flèche du temps est inexorable.

      En dessous de Samuel, le paysage défilait rapidement. Les ocres et ors des champs avaient laissé place à une forêt au vert profond. Samuel se remémorait son enfance comme on dégustait un vin. D’abord, il apprécia la robe émeraude du souvenir, faisant tournoyer les couleurs floues entre les plis de son cortex. Puis il savoura le nez, d’humus et d’écorce qui servait de fondation à la scène. Finalement, Samuel trempa les lèvres et se livra tout entier au souvenir et à son cortège de sensations.
     Il se voyait, marchant dans les sous-bois, il avait dix ans et les bras chargés de bâtons. Fourchus, pointus ou taillés, tous étaient à ses yeux d’alors, inestimables. Il trottait aux côtés de son père. Ensemble, ils chassaient les châtaignes. Samuel excité, courrait dans les feuilles, se gorgeant des effluves d’humus, des reflets irisés des scarabées et du bruissement de la canopée. Par ces randonnées, son père avait instillé en Samuel un amour inconditionnel pour la nature.
     À cette période, il était un enfant comblé. Il aimait l’école, il avait beaucoup de copains et était amoureux de la maîtresse. Véritable éponge, il se gorgeait de tout le savoir qu’il trouvait. Il était fasciné par les volcans, par les animaux, par le fonctionnement du corps humain. Et toujours, les livres continuaient de le porter dans des contrées lointaines, profondément enfouies en lui, perles d’univers.

     Samuel souriait largement quand une voix interrompit sa rêverie. C’était l’hôtesse qu’il avait vue plus tôt. Elle était penchée vers lui, une main sur le dossier du siège devant. L’attention de Samuel, effarouchée jusqu’alors par ce qui l’entourait, se fixa sur elle. Son visage aux traits fins, avait une asymétrie étrange mais harmonieuse. Sa peau diaphane était soulignée par le rouge bordeaux de son uniforme et ses cheveux noirs étaient remontés avec goût en un simple chignon. Samuel se perdait dans l'insondable gris de ses yeux quand elle répéta :

— Monsieur ? Désirez-vous un sandwich ?

     Samuel rougit. Depuis combien de temps la fixait-il bêtement ?

— Oui, s’il vous plaît, répondit-il en se raclant la gorge.

— Préférez-vous poulet ou végétarien ?

     Sa voix calme et posée, apprivoisait l’esprit de Samuel. Elle le troublait.

— Euh, végétarien.

     Elle sortit un sandwich triangle du chariot de métal qu’elle poussait et le tendit à Samuel. Elle lui adressa un dernier sourire qui révéla de petites pattes d’oie au coin de ses yeux et disparut vers le fond de l’appareil. Privé de son attache, l’esprit de Samuel reprit ses déambulations.

     Samuel avala le sandwich sans même en remarquer le goût. Son esprit continuait à le tirer irrésistiblement vers l’intérieur, le poussant à se rouler mentalement en boule. Dehors, une épaisse couche de nuages blancs déroba le sol à ses yeux et l’avion fut secoué de turbulences. Les voyant de ceintures s’allumèrent à l’unisson. Samuel voyait par le hublot, l’aile de l’avion se plier sous la pression invisible et furieuse de l’atmosphère. Lui aussi avait plié. C’était au collège, une rentrée scolaire qu’il avait vécu comme une chute dans sa course à la vie. Inattendue et douloureuse, elle tira le sang de son corps tendre d’enfant.
     Le hasard des secteurs l’avait séparé de ses amis d’école et il était entré seul dans un collège difficile. Face à ce changement de repères, plutôt que de s’adapter et de flotter, il s’était recroquevillé sur lui-même et avait sombré. Harcelé, il était devenu solitaire, bousculé, il était devenu agressif. Cette période s’était cristallisée dans son esprit en un souvenir particulièrement vif. C’était un mardi matin d’automne gris. Il était en quatrième. Il se préparait dans les vestiaires avec le reste de sa classe avant un court d’EPS, quand trois gamins costauds lui étaient tombé dessus. Sans raison, ils s’étaient mis à le chahuter, le frapper et finalement, ils l’avaient plaqué contre un mur. Ils avaient pressé son visage contre le crépi rose passé en lui tordant les bras dans le dos. Pendant que l’un lui ôtait son pantalon, un autre avait enroulé une serviette mouillée et s’était mis à lui fouetter cruellement les fesses. Samuel ce jour-là, avait serré les dents comme jamais auparavant, refusant de leur donner les cris qu’ils cherchaient à presser hors de lui. Il avait subi la pluie de coups et d’injures, le regard perdu dans les montagnes et les vallées du crépi à l’odeur de moisi.
     Chez lui, Samuel sublimait en son âme l’amertume de l’injustice du collège et s’attaquait par dépit à ses parents. Il était difficile et colérique. Mais aux antipodes de son humeur, ses parents, eux, avaient subi la tempête adolescence comme un phare subit l'assaut des vagues. Avec le recul, Samuel se rendait compte maintenant du stoïcisme édifiant dont ils avaient fait preuve pendant cette période difficile. Il les aimait profondément.

     Ce que Samuel percevait à l’époque comme une chute, s’était révélé être une fuite vers l’avant. Par homéostasie, la vie l’avait poussé de l’enfance douce et rêveuse, vers l’adolescence brutale et raisonnable. La pénible métamorphose fut achevée quand il avait déménagé à nouveau et qu’il avait retrouvé ses amis d’enfance au lycée. S’inaugurait alors pour lui un âge des découvertes, les Lumières de sa vie. Comme la rose de Jéricho renaît au contact de la rosée, il s’était rouvert au contact de ses amis. Il avait repris goût aux études et s’était fasciné plus encore pour la biologie. Mais il découvrait aussi la vie, testant les limites invisibles dressées autour de lui. Première cuite, première cigarette, premier joint, première fugue. Il palpait avidement le monde.
     De toutes ces nouvelles expériences, la plus intense fut sans conteste celle de tomber amoureux. Personne n’aime aussi fort qu’un adolescent. Là où les adultes sont retenus par les réflexes pavloviens de leurs expériences passées, un adolescent se jette à corps perdu dans un amour. Et puis le cœur se calcifie en vieillissant, il bat moins fort, moins vite, il devient friable. Mais à seize ans, celui de Samuel battait à lui en faire exploser les tempes quand il voyait Camille. Il l’avait aimé à s’en rendre fou, gardant le secret qui menaçait de le faire exploser pendant des mois. Et finalement un jour, Icare amoureux, il s’était élancé vers l’objet de tous ses désirs. C’était un matin de mai, Camille et lui étaient cachés derrière le lycée pour fumer une cigarette, rien que tous les deux. C’était le moment ou jamais. « Je t’aime Camille », lui avait-il simplement annoncé. « Moi pas » , avait-elle simplement répondu. Ses ailes étaient brûlées, c’était la chute libre. Il avait pleuré, souffert, mais il avait enduré, et finalement, l’atterrissage redouté ne s’était jamais produit. Un simple trou d’air. Car le cœur d’un adolescent est résilient. Capable des plus grandes prouesses quand il faut aimer, il est aussi prône aux pires blessures, mais il guérit, et comme un athlète, il revient toujours sur le terrain. Samuel se souvenait avec nostalgie de ce drame dérisoire de sa vie. C’était une leçon qu’il chérissait. Chauffé à blanc par le soufflet de la passion, il avait été trempé par le rejet. Il en sortait plus fort.

     L’odyssée mémorielle de Samuel fut à nouveau interrompue par la mystérieuse hôtesse. Elle venait chercher les restes du dîner frugal de ses fines mains gantées de plastique.

— Tout va bien Monsieur ? demanda-t-elle de sa voix ensorcelante.

     Une vague de chaleur envahit Samuel et le rouge lui monta aux joues. Cette femme lui faisait définitivement quelque chose. Mais ce n’était pas une simple attraction physique ou sexuelle. Non. Samuel ne pouvait le décrire. C’était comme si son âme était tirée vers elle par une sorte de gravité spirituelle. C’était agréable. Samuel sourit et l’hôtesse se détourna avec un clin d’œil complice.

     Dehors, le soleil se couchait et les nuages avaient disparu. Constellant les plis ombragés de la terre, une pléiade de hameaux scintillaient dans le soir. Vu du ciel, le village de Samuel devait ressembler à ceux-là. Ce village qu’il avait quitté à ses dix-huit ans sans se retourner. Il se revoyait sur le pas de la porte, face à ses parents, une valise contre ses pieds. Il partait pour la ville, pour l’université ! Il était fier, il était hardi, il allait être indépendant. Ses parents par leurs accolades et leurs grands sourires l’avaient encouragé à partir conquérir ce monde qui n’attendait que lui. Leurs larmes étaient chaudes contre ses joues. Car derrière cette façade, ses parents le savaient bien. Un chasme finissait de s’ouvrir entre eux et Samuel des fissures de l’adolescence. Jamais plus il ne se résorberait. Ha ! Si seulement, comme eux, Samuel avait su ! Qu’aurait-il fait ? Célébrer plus encore le moment, au risque d’en gâcher la spontanéité ? Serait-il resté un jour de plus dans sa chambre d’adolescent pour repousser l’échéance ? Non. Samuel le savait, il n’aurait rien fait de tout cela, la flèche du temps est inexorable. C’est pour cela d’ailleurs ,que dans leur grande sagesse, ses parents n’avaient alors rien fait de plus.

     Si le lycée avait été heureux pour Samuel, la fac s’était avérée être son âge d’or. Il avait commencé une licence de biologie à Strasbourg et, comme si la ville lui eut imprimé son rythme, la vie de Samuel avait soudainement accéléré. Il avait découvert l’ambiance étudiante, fait la fête et s’était amusé. Il s’enivrait de bières, d’amitié et de liberté. Il cherchait à exagérer de tout, bourrant à ras les journées trop courtes pour ne pas en gâcher une seule seconde. L’été, il travaillait et voyageait avec ses amis. Ils rêvaient ensemble de faire, un jour, le tour du monde et s’était promis de ne jamais se perdre de vue.
     C’était aussi à cette période qu’il avait rencontré la première femme qui le fit homme. Enfin, c’était ce qu’on avait essayé de lui faire croire. Car cet acte charnel, bien qu’agréable, ne l’avait guère changé. Samuel avait découvert avec surprise que le sexe laisse sur l’âme des marques moins profondes que le premier amour, alors que pourtant, c’est le repère consensuel du passage à l’âge adulte.
     Samuel se plongeait dans la biologie et les sciences de la vie. Son intérêt pour la zoologie se changeait en passion pour l’éthologie. À cette époque, il nageait comblé dans une liberté bienheureuse. Mais la flèche du temps est inexorable. Contre-courant impérieux, elle l’emportait vers des eaux toujours plus profondes. Et comme tous les nageurs inattentifs, il n’avait pas remarqué son passage du point de non-retour.

    Un café se matérialisa devant les yeux rêveurs de Samuel. C’était l’hôtesse qui le lui tendait. Il accepta le petit gobelet en plastique marron en remerciant la femme. Il ne se souvenait pas avoir commandé de café, mais il arrivait à point nommé. Samuel adorait le café, et ce, depuis sa troisième année d’études. C’était à ce moment que les choses s’étaient compliquées et le café était devenu l’allié des longues nuits de révision et des matins brutaux des jours d’examens. Samuel avait réussi son année haut la main, et à sa grande fierté, il s’était placé parmi les meilleurs de sa promotion. Pourtant, il avait dû se rendre à l’évidence, l’éthologie ne payait pas et un choix s’imposait. Devait-il continuer sur la voie de sa passion au risque de ne jamais gagner sa vie correctement ? Ou devait-il profiter de ses bons résultats pour s’engager en école d’ingénieur ? Samuel, pragmatique, avait choisi la deuxième option. Il était entré dans une prestigieuse école d’ingénierie agroalimentaire. Avec du recul, il se rendait compte maintenant que cette décision marquait son premier sacrifice sur l’autel de la raison. C’était là, son véritable passage à l’âge adulte. Jamais plus il ne pourrait rejoindre le sable chaud des rivages de son enfance.

     Au fil des trois années d’école, la nouveauté de la vie d’étudiante s’était émoussé et avec elle, sa capacité à trancher le quotidien. Samuel se retrouvait donc désarmé face au poison insidieux de la routine. Les soirées commençaient à toutes se ressembler et leurs souvenirs se mêlaient dans son esprit en une seule et même frise floue. Il enchaînait les relations plus ou moins sérieuses, mais toujours, il finissait pas se lasser, et toujours, il finissait par blesser. Les turbulences de la passion avaient doucement laissé place au calme de la raison, il s’assagissait.
     Autour de lui, ses camarades comme lui, tombaient un à un dans le combat contre la maturité. En cinquième année, Samuel portait un regard différent sur les premières années, les nouveaux, qui affluaient sur le campus. Ils lui offraient un reflet crâneur de ce qu’il avait été et il les jugeaient avec envie. Eux aussi, finiraient par grandir. Puis finalement, au terme d’une année studieuse, Samuel était parvenu à décrocher un stage à Paris, la petite mort de sa vie étudiante.

     Samuel leva les yeux du gobelet dans lequel il faisait distraitement danser la dernière goutte de café. Il embrassa d’un regard, l’intérieur de la cabine. Les trois rangées devant lui étaient vides et plus loin, quelques têtes indiquaient que d’autres passagers se trouvaient parmi la forêt de dossiers. Vers l’avant de l’appareil, Samuel distingua l’hôtesse qui semblait discuter gaîment avec quelqu’un. Sur la droite, de l’autre côté de l’allée centrale, un inconnu en costume formel partageait la rangée de Samuel. La tête posée contre le fuselage, il tapotait rapidement sur le clavier d’un ordinateur portable Dell ouvert devant lui. Il avait les sourcils froncés et semblait préoccupé par sa tâche.
     Samuel avait dû ressembler à cet homme pendant un temps. Une machine bien réglée pour générer des profits maximums. Il avait découvert lors de son stage, l’insondable ennui qui accompagne la vie de jeune actif. Sa tâche était d’œuvrer à la création de berlingots toxiques à la banane chimique pour des personnes qui n’en avaient pas envie, dans le but faire de l’argent à des personnes qui n’en avaient pas besoin. Samuel avait beaucoup souffert de cette absence de sens dans son travail. Il devenait morose et son esprit, de plus en plus souvent, se fixait sur le passé avec nostalgie. Sa famille lui semblait loin. Ses bonheurs d’enfance plus encore.

     Au terme de ces six mois de stage, il avait finalement décroché son diplôme. Mais le Graal qu’on lui avait promis s’avéra n’être qu’un trophée en toc. Une fois encore, rien n’avait changé en lui. Il avait juste en main un papier, bien encadré, qui lui rappelait que le temps passait et qu’il n’était plus étudiant. Néanmoins, son horizon était maintenant libre, le Monde était sien. Seulement, pour partir en faire le tour, il fallait de l’argent. Et pour cette raison, Samuel accepta un CDD dans l’entreprise qui l’avait accueilli pendant son stage et qu’il avait tant haï. Sous la pression de la raison, il s’était laissé tenter par la commodité. Et ce qui ne devait durer qu’un an, le temps d’économiser, en avait duré trois.

     C’est ainsi que Samuel s’était constitué prisonnier de sa vie parisienne. Comme un syndrome de Stockholm, il s’était attaché à sa routine citadine. Au cours de ces trois ans, sa passion, à court de patience, s’était complétement évanoui. Il avait alors réalisé que vivre sans passion, c’est vivre par obligation. Et à ces obligations de jeune actif, il s’était plié sans renâcler. Il s’était fait quelques nouveaux amis, sortait en boîte et sur les terrasses, affichait un sourire heureux et jouait de son physique avantageux pour éviter la solitude. Pourtant, il ne se reconnaissait pas dans ses fréquentations qui cherchaient à aller dans les bars les plus cools pour être chic et à prendre de la cocaïne avec les gens les plus chics pour être cool. À la maison, ses amis d’enfance, eux aussi, avaient avancé dans leur vie, et ils ne le contactaient presque plus. Samuel le savait, c’était de sa faute, il n’avait pas fait d’effort. Il était devenu trop différent. Bien entouré à Paris, il s’était senti terriblement seul.

     La gorge de Samuel se serra alors qu’il se remémorait cette période de sa vie. Il essaya de chasser ces pensées sombres et les émotions qui les accompagnaient. En bas, la terre était plongée dans le noir. Ils survolaient un long fleuve qui barrait le paysage, tranquille, comme endormi dans le soir. Une nouvelle série de turbulences, plus violentes, secoua l’appareil. Quelque part à l’avant, quelqu’un émit un cri de surprise.

      Un peu plus de trois ans auparavant, un matin tout ce qu’il y avait de plus normal, Samuel s’était réveillé complètement paralysé. Du bout des doigts au bout des orteils, son corps ne lui obéissait plus. Il était tétanisé, les yeux rivés sur le plafond terne de son studio. Il n’avait pu crier alors que vague après vague d’angoisse s’écrasaient sur son corps et chamboulaient sa psyché. Pendant de longues minutes, Samuel avait bataillé, et finalement, il avait pu atteindre son téléphone pour appeler une ambulance. Ce jour-là, trois pompiers et un médecin à l’air suffisant lui avaient déclaré que ce qu’il avait cru être sa fin, était simplement une attaque de panique. Sa première crise d’angoisse. Honteux, il était resté enfermé dans le noir à se morfondre pour le restant de la journée. Mais ce fut un électrochoc. Samuel ne voulait plus continuer cette vie ridicule qui le minait et ainsi, il avait décidé de partir pour Toulouse. La boucle était bouclée.

     Même s’il appréciait vivre à Toulouse, Samuel n’était toujours pas heureux. On n’échappe pas à la routine. Une vie excitante est une éternelle fuite en avant. Dès lors que l’on s’arrête, ne serait-ce que pour souffler un instant, l’ennui revient implacablement à la charge. Ses amis étaient partis et son nouveau travail n’avait pas plus de sens que le précédent. Il était en charge de la qualité de la production de soupe lyophilisée d’une grande enseigne de l’agroalimentaire. Pas vraiment indispensable au bien commun. Autrefois, sa tête était pleine de projets. Faire le tour du monde, vivre sur un bateau, ouvrir un café, pourquoi n’avait-il rien fait ? Pourquoi tant d’inertie ? Son âme mélancolique semblait peser des tonnes, elle était impossible à manœuvrer, il ne pouvait éviter les écueils.

     Et puis Samuel se sentait vieillir. Il sentait la vieillesse s’infiltrer dans son corps par ses articulations. Elle se faisait connaître par des petites douleurs, le matin au réveil, par des inflammations aux genoux quand il faisait un footing trop long et par ses cheveux, de plus en plus nombreux dans la bonde de la douche. Samuel avait peur car même à vingt-neuf ans, il savait ce que faisait la vieillesse. Il avait pu admirer son œuvre. C’était au mariage de son cousin. Tout le monde dansait sauf la grand-mère de Samuel. Elle, elle avait fait une chute qui avait entraîné un œdème cérébral. Une saleté. Ses jambes n’étaient désormais plus assez vives pour la faire danser, plus assez fortes pour lui permettre de marcher. Et pendant que les autres s’étaient amusé, elle, à côté de son déambulateur, avait pleuré doucement sa jeunesse passée, essuyant délicatement ses yeux pour ne pas abîmer sa toilette des beaux jours. Devant ce spectacle, le cœur de Samuel s’était serré comme jamais auparavant. Et depuis, il avait peur de vieillir. Sa vie, qui semblait autrefois paresseuse, s’était emballée et galopait, le traînant douloureusement derrière.

     Plus encore que le voyage, Samuel craignait la destination. La mort. Cet absolu, auquel il n’avait pour le moment jamais été confronté, le tenait éveillé la nuit. Plus que sa propre mort, il craignait celle des autres. Sauvegardé par la fortune, il n’avait encore jamais perdu de proche. Pourtant, il savait qu’inéluctablement, sans prévenir, quelqu’un partirait. Comment réagirait-il alors ? Pourrait-il surmonter l’épreuve ? Pire que la douleur, l’attente du coup le torturait. Il donnerait tout pour que ses parents cessent de vieillir, pour que l’espace d’un instant, le temps cesse d’être flèche. Mais la vie, tel l’avion dans lequel Samuel se trouvait, devait avancer à tout prix. L’arrêter reviendrait à plonger vers une mort certaine.

     Samuel le sans passion, le sans amour, le sans but, souffrait profondément d’un spleen inavouable. Il était frappé de la tristesse interdite des gens qui ont tout pour être heureux. Quand il cherchait à l’exprimer, on lui opposait des malheurs plus grands que le sien, on le taxait de dramatisme. Et au fond de lui il se sentait coupable. Pourquoi, alors que tout semblait fonctionner dans sa vie, ne pouvait-il s’en contenter ? Constamment écartelé entre le besoin de jouir de ce qu’il avait et le besoin d’en faire plus, il ne profitait de rien. Prométhée sans chaînes, il souffrait chaque jour la routine qu’il s’était lui-même infligé. Il était son propre bourreau, à la merci des névroses nourries par ses soins. Il enviait ses amis, qui, sur les réseaux sociaux, affichaient leur bonheur simplet. Mais Samuel n’était pas dupe. Il savait que derrière nombre de ces façades, devaient se cacher d’autres dans son cas. Et puis, faire des sacrifices et se contenter de ce qui nous est donné est le lot de nombreuses personnes. Alors pourquoi lui souffrait-il tant ? Pourquoi se sentait-il si seul ? Était-il faible ? Peut-être. Pourrait-il un jour trouver la paix ?

— J’en suis certaine.

     Samuel se retourna brusquement vers l’hôtesse assise sur le siège à côté de lui. Il ne l’avait pas entendu arriver.

— Pardon ?

— Tout le monde finit par trouver la paix Samuel.

     Comment pouvait-elle connaître son prénom ? Pensait-il à voix haute ?

— Qui êtes-vous ? demanda Samuel d’une voix étranglée.

— Tu n’as pas de raison de t’inquiéter Samuel, je suis une amie, répondit l’hôtesse de sa voix douce et mélodieuse.

— Je ne vous connais pas.

— Pourtant, tu penses souvent à moi. Je t’effraie. Toi Samuel, tu t’apprêtes à partir et moi, je vais t’accompagner. N’aie plus peur, car tu n’es pas seul.

— Je n’ai pas peur, répondit Samuel après un moment.

     C’était vrai. La surprise de la rencontre avec l’hôtesse passée, Samuel se rendit compte qu’il était étrangement calme. Une sorte de plénitude l’avait envahi. Après avoir longuement déambulé dans les sous-bois de sa mémoire, il semblait avoir atteint un point de vue duquel il pouvait embrasser le paysage de sa vie d’un regard. Le panorama était beau, il se sentait bien. Le temps semblait s’être arrêté. Plus rien d’autre n’existait pour Samuel que son interlocutrice.

— Ai-je gâché ma vie ? demanda Samuel après un silence.

— Samuel, l’hôtesse posa sa main aux long doigts sur son genou, aucune vie n’est jamais gâchée. Les vies sont tracées avant même d’avoir commencé. Les individus ne font que réagir du mieux qu’ils le peuvent aux circonstances qui leur sont imposées, et de ce fait, il ne pourrait y avoir mieux.

—  J’ai eu tout ce dont je pouvais désirer et pourtant, je n’ai fait que me morfondre. Ai-je été ingrat ? Un autre n’aurait-il pas fait mieux ?

— Samuel, tu es la somme de tous les évènements de ta vie, si quelqu’un d’autre avait été à ta place, le résultat de l’équation aurait été le même.

— Pourquoi ai-je tant souffert le temps qui passe ?

— Le passé est une assurance, l’avenir, une question. Imaginer le futur est un effort, il est donc plus simple de s’attacher aux certitudes. La nostalgie n’est pas un vice Samuel, il ne faut simplement pas la laisser prendre le dessus.

— Mais pourquoi ? Renchérit Samuel plaintif.

— Pour apprendre. L’existence est complexe, l’esprit a besoin d’entraînement pour l’appréhender. Malheureusement, cet apprentissage n’est pas toujours heureux. À la Fin, tu comprendras.

— Vais-je comprendre à ma mort ?

— Samuel, souffla l’hôtesse en lui caressant la joue du revers de la main. C’est là ta plus grande erreur. La mort n’est pas une fin, c’est une révolution.

     L’hôtesse se redressa sur son siège et leva les mains devant elle, paumes vers le ciel. Sans trop savoir pourquoi Samuel l’imita. Elle produisit alors de sa poche un ruban de velours noir qu’elle suspendit entre les mains de Samuel. Le ruban ne pesait rien. Le tissu velouté était si mat qu’il semblait absorber la lumière. Samuel regarda l’hôtesse d’un air interrogateur. Elle le rassura d’un sourire, les traits de son visage exprimant une bienveillance infinie. D’un geste gracieux, elle sortit une paire de ciseaux de tailleur en argent de son autre poche et trancha le ruban. Samuel ne cilla pas, pourtant, mille questions lui brûlaient les lèvres. Mais il était trop tard, le temps avait repris son court. Avec un dernier regard, l’hôtesse se leva et disparut vers l’arrière de l’appareil. Samuel tordit son cou et la vit engager la conversation avec un autre passager dont il ne pouvait voir que le sommet du crâne chauve.

     Samuel le torturé était en paix. Avec un léger sourire, il regarda par le hublot le néant de la terre invisible dans la nuit, les turbulences étaient passées.

     À la une de notre journal ce matin, un dramatique accident qui endeuille la France. Un Boeing 737 de la compagnie EasyAir au départ de Toulouse s’est écrasé hier soir à une cinquantaine de kilomètres au Nord de Belfort alors qu’il assurait la liaison avec Strasbourg. L’appareil devait atterrir aux alentours de 21h avec à son bord 58 passagers et quatre membres d’équipage. Parmi eux, aucun survivant n’a été retrouvé. Le porte-parole d’EasyAir a annoncé ce matin dans un communiqué qu’une enquête pour avarie était ouverte, la piste terroriste ayant été rapidement écartée par les enquêteurs. L’identité des victimes n’a pas encore été divulguée. Nous vous tiendrons informés au courant de la journée. Nos pensées vont évidemment avec les proches des victimes.

« Modifié: 01 juin 2020 à 12:33:10 par Deofresh »

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Re : Un spleen inavouable [nouvelle fantastique]
« Réponse #1 le: 24 mai 2020 à 12:00:22 »
Boooooon, j'ai perdu mon commentaire sur le début de ton texte.

De tête :

- fait gaffe à tes virgules qui ne doivent pas séparer le COD de sa forme verbale ;
- le flashback est assez maladroit. Il doit être majoritairement au plus que parfait, puisque la narration est au passé simple. Tous les passés simples doivent donc dégager. Les imparfaits peuvent rester la plupart du temps.

Citer
     À son altitude de croisière, Samuel tenta de se replonger dans le livre

"son" reprend Sam, qui n'est pas à une altitude de croisière.

Citer
Samuel se remémorait comme on dégustait un vin.

remémorer est transitif, on se remémore forcément quelque chose

Citer
À cette période, il était un enfant comblé. Il aimait l’école, il avait beaucoup de copains et était amoureux de la maîtresse

chouette phrase

Citer
     Samuel souriait largement quand une voix interrompit sa rêverie. C’était l’hôtesse qu’il avait vue plus tôt. Elle était penchée vers lui, une main sur le dossier du siège devant. Elle était magnifique.

ça tranche pas mal avec la première rencontre, où il était plus mesuré. Aussi je trouve que tu nous imposes trop sa beaué, "ton" point de vue de la beauté avec "elle est magnifique". Peut-être faudrait-il plutôt insister sur ce qu'elle produit chez Samuel.
C'est assez vrai pour l'ensemble du paragraphe, à mon sens.

Citer
     Samuel avala le sandwich sans même en remarquer le goût.

Un gout ? Quel gout :mrgreen:
J'trouve que pour l'effet qu'elle lui a fiat, la nana disparait bien vite de l'esprit de Samuel

Citer
un petit village non loin et qu’il retrouva ses amis d’enfance au lycée.

petit village est un pléonasme
non loin de quoi ?

Citer
C’était le moment ou jamais. « Je t’aime Camille » , lui avait-il simplement annoncé. « Moi pas » , avait-elle simplement répondu. Ses ailes étaient brûlées, c’était la chute libre

C'te violence

Citer
il semblait avoir atteint un panoram

je ne suis pas sûr que ton utilisation de panorama soit adéquate

Je suis pas hyper hyper convaincu. Plusieurs raisons :
- à partir du moment où l'hôtesse est venue "dans les pensées" de Samuel, la fin se laissait deviner (plus encore avec le ruban, mais déjà avant) , mais rien ne laissait présager ça avant. Après si c'est dans la tête de Samuel et que ça a juste pris la forme de l'hôtesse, pourquoi pas ;
- pas mal de maladresses, j'ai trouvé, de répétitions, etc. ;
- les flashbacks mal gérés.

Et surtout, au final, je demande, euh, pourquoi j'ai lu tout ça. Dans le sens où je vois pas trop où tu voulais en venir à la fin. Ca fait un peu grande réflexion sur le sens de la vie, mais du coup je suis assez peu le public pour ; et ça me parait un peu dramatique, au final, alors qu'effectivement, c'est un peu la vie de tout le monde (ou de beaucoup de monde) ce sacrifice rêves/réalités.

A+ !
"It doesn't matter how your story begins. It's about who's with you at the end."
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Re : Un spleen inavouable [nouvelle fantastique]
« Réponse #2 le: 25 mai 2020 à 11:49:13 »
Salut Loïc,

Merci pour ton commentaire.

Citer
- fait gaffe à tes virgules qui ne doivent pas séparer le COD de sa forme verbale ;
- le flashback est assez maladroit. Il doit être majoritairement au plus que parfait, puisque la narration est au passé simple. Tous les passés simples doivent donc dégager. Les imparfaits peuvent rester la plupart du temps.

Ouais, la technique n'est vraiment pas mon fort, et je sentais que quelque chose clochait dans mon texte, je vais retravailler ça.

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ça tranche pas mal avec la première rencontre, où il était plus mesuré. Aussi je trouve que tu nous imposes trop sa beaué, "ton" point de vue de la beauté avec "elle est magnifique". Peut-être faudrait-il plutôt insister sur ce qu'elle produit chez Samuel.

Ça, c'est une chouette remarque. Je ne m'étais pas rendu compte que je faisais ça. Je vais essayer d’y faire plus attention, d’être plus subtil.

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J'trouve que pour l'effet qu'elle lui a fiat, la nana disparait bien vite de l'esprit de Samuel

En temps normal oui, mais là, il est tiré vers son passé par une sorte de "force" irreprésible. Je devrais peut-être plus insister sur ce que Samuel ressent, pour qu'on comprenne mieux qu'il est dans une humeur vraiment spéciale.

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je ne suis pas sûr que ton utilisation de panorama soit adéquate

Ouais, j'aime plus non plus.

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à partir du moment où l'hôtesse est venue "dans les pensées" de Samuel, la fin se laissait deviner (plus encore avec le ruban, mais déjà avant) , mais rien ne laissait présager ça avant. Après si c'est dans la tête de Samuel et que ça a juste pris la forme de l'hôtesse, pourquoi pas

Je ne comprends pas ce que tu veux dire par "mais rien ne laissait présager ça avant". Tu trouves que la discussion finale avec l'hôtesse devrait être annoncée plus clairement ? Ou bien que le thème de la mort n'est pas assez clair ? J'ai essayé de glisser des indices ici et là. Notamment au début, on apprend que son humeur contemplative est plus intense que d'habitude. Il se sent plus mal que d'habitude au décollage. Il s'enfonce dans la nuit au fil du texte et il traverse une rivière juste avant d'interagir avec l'hôtesse (que je vois un peu comme Charon). Après, c'est vrai que c'est pas giga clair.

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Et surtout, au final, je demande, euh, pourquoi j'ai lu tout ça. Dans le sens où je vois pas trop où tu voulais en venir à la fin. Ca fait un peu grande réflexion sur le sens de la vie, mais du coup je suis assez peu le public pour ; et ça me parait un peu dramatique, au final, alors qu'effectivement, c'est un peu la vie de tout le monde (ou de beaucoup de monde) ce sacrifice rêves/réalités.

Pour le coup, je ne savais pas vraiment où j'allais en l'écrivant donc je comprends ton ressenti. C'est un texte que je voulais contemplatif. Par contre je trouve la deuxième partie de ta remarque rigolote parce que c'est justement le thème que je voulais explorer. C'est d'ailleurs pour ça qu'il est inavouable ce spleen. Parce que quand Samuel en parle, on lui rétorque qu'il est dramatique, qu'il se morfond et qu'il n'a pas de raison d'être triste. C'est ce que j'entendais par "Il était frappé de la tristesse interdite des gens qui ont tout pour être heureux. Quand il cherchait à l'exprimer, on lui opposait des malheurs plus grands que le sien". Je vais insister un peu plus sur ce passage, je pense.

En tout cas, merci beaucoup pour ton temps Loïc. Ça m'aide beaucoup. Je vais faire une v2 que je reposterai ici.

À plus !
« Modifié: 25 mai 2020 à 15:14:34 par Deofresh »

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Re : Un spleen inavouable [fantastique/contemplatif]
« Réponse #3 le: 26 mai 2020 à 19:25:17 »
Salut.

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Je ne comprends pas ce que tu veux dire par "mais rien ne laissait présager ça avant". Tu trouves que la discussion finale avec l'hôtesse devrait être annoncée plus clairement ? Ou bien que le thème de la mort n'est pas assez clair ? J'ai essayé de glisser des indices ici et là. Notamment au début, on apprend que son humeur contemplative est plus intense que d'habitude. Il se sent plus mal que d'habitude au décollage. Il s'enfonce dans la nuit au fil du texte et il traverse une rivière juste avant d'interagir avec l'hôtesse (que je vois un peu comme Charon). Après, c'est vrai que c'est pas giga clair.

C'est peut-être moi qui n'ai pas fait les liens aussi. C'est vrai qu'avec tes explications, ça sonne plus comme des indices. En gros, c'est la difficulté de réussir ce subtil dosage pour que le lecteur aie le sentiment qu'il aurait pu comprendre en connectant les indices, sans pour autant deviner la fin trop vite. Ca n'a pas trop trop marché avec moi, mais peut-être que ça sera mieux avec d'autres.
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Re : Un spleen inavouable [fantastique/contemplatif]
« Réponse #4 le: 26 mai 2020 à 22:37:27 »
Re !

Hmmmm je vois ce que tu veux dire. Clairement je ne prétends pas encore être un pro mais je compte bien réussir, un jour à trouver le bon dosage ;D

En attendant, merci encore d'avoir pris le temps de me lire et de me donner ton avis Loïc !

À ciao


 


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