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02 juin 2020 à 23:22:16
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » [CONTENU EXPLICITE] Romance de situation - "On s'en fout"

Auteur Sujet: [CONTENU EXPLICITE] Romance de situation - "On s'en fout"  (Lu 98 fois)

Hors ligne Manue

  • Tabellion
  • Messages: 25
 [Ce texte est prévu pour paraître dans un fanzine qui décline le sujet de L'AMOUR sous tous les angles ; tout les deux mois nous choisissons un thème, qui pour ce numéro est "Amour et Guerre". Je n'avais pas d'inspiration jusqu'à l'allocution qui a fait pété tous les records d'audimat ; Macron nous apprend que "Nous sommes en guerre". Ni une ni deux, j'ai surfé sur l'actualité pour pondre une micro-fiction répondant à ce thème difficile.
J'ai mentionné le [CONTENU EXPLICITE], permettez-vous d'être choqué et de me remballer aussi sec! Mais je précise quand même que ce n'est pas là particulièrement mon style, rassurons-nous. Je ne "recherche pas de lauriers" donc point de pincettes, mais j'ajoute que je suis novice en matière de fiction. Bref, voici :                                                                           


                                                                            ROMANCE DE SITUATION

                                                                                         « On s'en fout »

   Ça fera trois mois demain. Depuis l'annonce du Président, notre quotidien est fait de masques recyclés et de latex suintant, de précautions désespérées et de râles prégnants. Dans la salles des infirmières, on ne se salue plus, nous ne cherchons plus à savoir qui se cache derrière les cagoules de papier blanc. Nous devenons robotiques, nous sommes héroïques.

   Mais demain, ça va changer, croyez-moi. Lui et moi avons posé une bombe qui explosera dès notre arrivée. Il viendra probablement masqué et moi gantée, personne ne pourra deviner que nous sommes contaminés. Nous prendrons toutes nos précautions pour déposer le virus partout où c'est encore possible : sur les flacons de désinfectant, les emballages des sur-blouses, le long des écouvillons qui servent aux tests de dépistage ; on crachera dans les assiettes s'il le faut.

   Entendez bien que j'ai décidé de devenir terroriste à la suite d'un acte d'amour. Quand nos yeux se sont mis d'accord, puis quand nous avons cessé de nous scruter pour finalement nous dévorer, j'ai compris. Trois mois sans contact m'ont rendue folle et j'ai bien senti qu'il valait mieux tout arrêter là. Ce n'est pas tenable, non, en tout cas, ce n'est pas mieux qu'un virus. Abasourdie et fascinée, j'ai su que le combat n'en valait plus la peine.

   Pourtant, personne n'ose rien dire. Il faut sauver des vies et ne plus toucher quiconque, voilà ce qu'on martèle à tout va. Les règles ont durci depuis que le virus s'est mis à muter sur les cadavres en cette forme hautement plus létale et contagieuse, et nous, les héros, sommes rigoureusement interdits de TOUT CONTACT. On nous surveille de près : nous vivons dans des cages à lapins individuelles spécialement aménagées, désinfectées trois fois par jour et sommes systématiquement rappelés à l'ordre si nous manquons à une des 23 règles de sécurité sanitaire.

   Assommée de narcotiques en tous genres, j'ai tenu jusque là. Mais hier, peu avant la fin de mon service, je me suis trouvée figée, à cause de ses yeux qui sont venus se planter dans les miens ; en un instant, j'ai reconnu le regard du condamné et me suis vouée toute entière à sa dernière faveur. Mon sens du devoir s'est carapaté fissa je ne sais où, laissant la place à un désir presque cannibale. Vous me pensez délirante, peu m'importe, et je vous soutiendrai jusqu'au bout que je n'ai jamais été aussi clairvoyante.

   Lui, le dernier brancardier valide du secteur, robuste, que l'on flatte à tout bout de champs espérant ainsi préserver intactes ses forces et sa détermination, lui a déjà retenu et entassé beaucoup de ses pulsions morbides ;  il attendait juste qu'un complice puisse décrypter dans son regard le plan indicible qu'il fabriquait. A force d'amener des cadavres à la morgue, et outre l'immense danger de contamination, il s'est senti basculer dans un nihilisme sans issue et en est venu à prier pour avoir une dernière chance de retrouver un sens à la vie. La seule échappatoire qu'il s'imaginait encore était ce torrent de chaleur fantasmé, une ultime plongée dans les délices de l'amour, à contre-courant de l'enfermement des corps dans lequel nous nous tronvons tous.

      "L'amour
       est une déclaration de guerre
       à la guerre"

   Alors, quand silencieusement il m'a invitée à devenir ce complice, bien qu’harassée et dépossédée, j'ai immédiatement reconnu les signaux palpitants envoyés par mon corps, qui lui avait déjà répondu "OUI" tout entier. J'ai déposé mon cerveau sur le carrelage de la morgue en même temps que mon accoutrement de soldate hospitalière.

   Je suis, à l'heure où je relate cette histoire, encore surprise du peu de résistance que j'ai eu face à une telle décision. Il n'y a aucun moyen de faire volte face. Une fois le scaphandre anti-viral tombé, nos peaux et nos muqueuses se sont allègrement frottées contre toutes sortes de surfaces connues pour être des nids à germes : nous avons fait l'amour à même le brancard d'une patiente morte des suites de son infection sans être passé par le sas de décontamination, et il me semble avoir mordu à plusieurs reprises le coussin blafard sur lequel reposait sa tête inerte.

            "La biologie nous enseigne que l'air, l'eau, la nourriture       
                                 et le contact avec nos semblables sont les 4 besoins                   
                                 vitaux essentiels. Nous avions tout sauf la chaleur des                             
                                 autres, et nous mourions"

   Acter son suicide dans les effluves de la passion pourrait vous paraître immature, mais je sais maintenant que c'était l'unique moyen - à ma portée - capable d'enrayer cette guerre planétaire. L'humain se veut vainqueur à tout prix, il veut le dernier mot et survivre quoi qu'il en coûte ; mais quelle vie s'entête t-il à protéger? La vie sous cloche? L'omniprésence de la peur, l'idée que l'autre c'est la mort bien enfoncée dans toutes les caboches? Je me trompe peut-être, mais reste que c'eut été terrible d'accepter le nouvel ordre mondial sans se révolter.

   Ma bestialité a refusé d'être docile. Et il est clair qu'une si forte révélation ne pouvait pas rester confidentielle. Il faut que ça se sache. Il faut se souvenir de l'animal en l'Homme.

Voici ma lettre d'adieu, en même temps qu'un manifeste écologique et un pamphlet politique. Qui eut cru que je deviendrais meurtrière? Seule une guerre peut à ce point changer un esprit.
   Sachez tous qu'il y a Des Pirates et qu'Ils sont prêts à tout pour que VIVE L'AMOUR !
« Modifié: 04 mai 2020 à 14:04:40 par Manue »

 


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