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03 juin 2020 à 20:28:03
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Auteur Sujet: Sous la surface [playa fantasy][pour AT]  (Lu 492 fois)

Hors ligne Elk

  • Chaton Messager
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Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« le: 23 avril 2020 à 22:57:20 »
Titre : Sous la surface
Genre : Playa fantasy
Longueur : 10 000 mots environ - découpés en 3 envois pour faciliter les pauses

Hello !

J’ai écrit ce texte il y a un an et demi, je l'ai repris récemment, et j’aimerais le retravailler pour le soumettre à l’AT “Musique” des éditions YBY (qui se termine le 14 juin). Tous les retours sont les bienvenus :) et en particulier en ce qui concerne l’intérêt de l’intrigue et des personnages (et éventuellement la présence suffisante ou non du thème “musique” dans le texte).

Envoi 1 ci-dessous
Envoi 2
Envoi 3



Sous la surface



1.

La brise nocturne se glisse entre les corps luisants de sueur. Frôle une épaule. Caresse une hanche. Soulève les voilages de soie qui ceignent la terrasse. La vibration lourde des basses couvre le bruit des vagues. Accoudée à la barrière ouvragée, dos à la crique scintillante de lune, Mina absorbe avec délice le spectacle de la foule frémissante, en même temps qu’une gorgée de Rocky Goblin. Le cocktail pétille contre son palet : on murmure que le secret de sa recette serait une infime portion de cristal gobelin, émiettée dans le mélange. Quoiqu’il en soit, Mina considère que l’inventeur de ce breuvage mériterait un sanctuaire à son nom.
La villa éclaire la nuit à plusieurs kilomètres à la ronde. Des rubans de lumière s’écoulent des hautes fenêtres à croisillons et pulsent, multicolores, dans l’atmosphère tiède de la nuit. Leur appel se propage sur l’eau, résonne contre les falaises et s’échappe vers l’horizon. Mina achève de vider son verre et se détache de la balustrade. D’un pas assuré, elle navigue entre les danseurs, plus compacts à mesurent qu’approchent les baies vitrées du salon.
Une vague de chaleur moite l’assaille lorsqu’elle franchit le seuil. Là, collées par les vapeurs d’alcool, assombries par la fumée, se pressent toutes les hautes sphères de l’Empire : rejetons gâtés de la noblesse elfique, courtisanes naines, industriels humains, notables des trois peuples… Tous les étés, ils viennent se masser sur la côte. Ils s’enivrent de soleil et de liqueur sylvaine, probablement pour tenter d’oublier ce qui les attend à leur retour dans les terres. Peut-être y a-t-il dans ce salon, suants et déhanchés, des stratèges de la lutte contre la Guilde des Mages Noirs ou des chasseurs de dragons. Peut-être cette naine au corps couvert de paillettes a-t-elle perdu sa famille dans un énième massacre collatéral des guerres entre trolls et gobelins. S’il y a des personnalités renommées dans la pièce, Mina ne les reconnait pas. A vrai dire, ils ne l’intéressent pas plus ni moins que les sirènes qui déambulent entre les convives, les bras chargés de nourriture. Mina ne s’attarde pas davantage sur les visages des uns que sur les traces d’écailles qui marquent sans équivoque la peau des autres, à qui l’on impose de garder les jambes nues afin de rendre visible leur espèce.
Leur sort à tous lui est relativement indifférent, en fait, tant qu’ils continuent à affluer tous les ans vers la mer dès les premières chaleurs, à inonder les plages, à fourmiller sur les yachts, dans les rues, aux comptoirs des bars. Il n’y a que cela qui l’intéresse : la brûlure éphémère de l’été, l’ivresse des nuits sans sommeil et des foules, la certitude que cela s’achèvera avec les premières pluies d’automne, et la certitude que cela reviendra au prochain solstice.
Une main sur son épaule la tire de ses réflexions. L’homme à qui appartiennent ces doigts les fait glisser vers son cou, où ils repoussent délicatement quelques mèches de cheveux. Il se penche et murmure à son oreille - aussi bas que la musique le lui permet :
— Vous m’éblouissez, madame.
Mina autorise un sourire à flotter sur ses lèvres, mais ne daigne pas tourner les yeux vers lui.
— Pas très original, comme compliment, lâche-t-elle sans prendre la peine de baisser la voix.
La musique change de rythme et une poignée d’elfes, devant elle, se met à sautiller frénétiquement.
— Oh, mais soyez assurée que c’est sincère. Les écervelés qui se tortillent sous nos yeux ne s’en rendent peut-être pas compte, mais moi, je vois que vous n’êtes pas comme eux.
Le niveau sonore augmente encore et l’homme est obligé de hausser la voix pour se faire comprendre. Cela atténue nettement la prétendue sincérité de ses mots. Mina a un mauvais pressentiment, mais elle le laisse poursuivre, engourdie par les basses et la chaleur.
— Vous ne faites pas partie de la masse. Vous avez beau être habillée avec les mêmes robes légères, boire les mêmes boissons insipides, vous ne leur ressemblez pas. Il y a quelque chose de différent chez vous. Quoi que vous fassiez, vous vous détacherez toujours du lot.
Sa main se fait de plus en plus caressante. Mina s’écarte d’un pas.
Elle aimerait pouvoir se convaincre que l’insulte envers le Rocky Goblin l’a vexée, ou bien tout simplement que ce contact tiède et cette voix mielleuse lui déplaisent. Mais il n’y a pas que ça. Si creux qu’ils soient, les propos de l’homme ont touché trop juste. Malgré elle, Mina se sent se détacher de la foule qui grouille sous ses yeux. Les aigus et les basses se mêlent en une cacophonie indistincte. Elle flotte, de plus en plus lointaine, lorsque la voix de l’homme pénètre dans sa bulle :
— Alors, étrange inconnue, m’aiderez-vous à percer le mystère qui vous enveloppe ? Donnez-moi un indice. Quel est votre nom ? Comment occupez-vous vos journées, lorsque le ciel gris de l’hiver s’abat sur nos pauvres têtes ? Quelle est votre demeure dans l’intérieur de nos terres impériales ?
Mina déploie un effort conséquent pour ne pas le regarder. L’attention fixée droit devant elle, elle se détache doucement, doucement, de la main posée sur son cou - surtout, pas de mouvement brusque, ne pas paraître effrayée. Avec une indifférence affectée, elle s’éloigne de son soupirant et se fond dans la masse des danseurs. S’aidant des épaules, elle se faufile vers le coeur de la salle, à travers un amas de corps toujours plus dense. Enfin, lorsqu’elle est certaine de l’avoir semé, elle prend la direction du bar.
Elle a besoin de se laisser aller. De se perdre dans la danse. D’appartenir à cette fête.

*

Les corps tanguent. La baie vitrée, qui s’ouvre sur la nuit, s’approche et reflue sans cesse, dotée de sa propre volonté. La musique cogne contre le crâne de Mina.
Elle trébuche. Une bouffée d’air frais. Une poignée d’étoiles floues. Elle doit être dehors. On la bouscule. Ou peut-être est-ce elle qui bouscule ? Un pas après l’autre. Où va-t-elle, déjà ? Quelque chose… La mer... Rentrer quelque part. C’est important. La plage, oui, c’est ça. Mina attrappe le bras d’un nain qui se trouve à portée de nageoire - non, de main. Être courtoise.
— Excusez-moi… Où est… Où se trouve la plage, s’il vous plait ?
Il rit et se dégage de son emprise. Mina cligne des paupières. Déglutit. Les étoiles sont toujours aussi floues.

*

Des marches qui descendent à la plage.
Trop de marches.
Beaucoup trop de marches.
Pourquoi descend-elle ces marches, déjà ?
Une histoire de nageoires… De l’eau, il lui faut de l’eau.
— Est-ce que quelqu’un a de l’eau, s’il vous plait ?
Personne ne répond. Loin au-dessus, les basses pulsent et la lumière s’écoule des fenêtres. Mina s’asseoit un instant.

*

Le bruit des vagues. Plus de musique ?
Mina ouvre les yeux. La nuit est toujours noire. La nuit… ? Un accès de nausée.
La nuit ! Elle doit rentrer. Vite. Avant l’aube.
Se redresser. Une marche après l’autre. Vers la plage. La nausée est tenace, mais le monde, petit à petit, recommence à faire sens : la fête, l’homme qui n’aurait pas dû la remarquer, l’alcool…
Mina presse le pas, malgré le sable qui se dérobe sous ses pieds, et malgré son équilibre encore vacillant. Elle tente de raccommoder tous les bouts de son cerveau, mais des fils de mémoire lui échappent encore. Où l’a-t-elle cachée ? Probablement là-bas, dans les rochers. Assez haut pour échapper à la marée, elle l’espère, sinon… Non, n’y pensons pas.
Un nouveau haut-le-cœur la saisit. Celui-là provient peut-être plus de la peur que de l’alcool. Comment a-t-elle pu oublier de rentrer ? Si l’aube arrive avant…
— Vous cherchez quelque chose ?



2.

Mina se fige - autant que le lui permet son oreille interne déboussolée. Il lui faut quelques secondes pour localiser, perchée sur un rocher en surplomb de la plage, la personne qui l’a hélée. Elle plisse les yeux, mais ne distingue qu’une silhouette floue découpée sur le ciel noir. L’autre semble attendre sa réponse. Mina peine à construire une phrase, et s’efforce de l’articuler audiblement :
— Non. Je viens juste me promener à l’air frais. Vous êtes de la fête ?
S’il faut éloigner les soupçons en faisant la conversation, Mina est prête.
La silhouette se met en mouvement et saute de rocher en rocher, jusqu’à la plage. Mina discerne de longs cheveux blonds, assortis d’une tenue qui manque décidément de paillettes - quoique de hautes bottes rouges lui donnent un certain cachet. Leur propriétaire ne semble en tout cas pas avoir de problème d’équilibre.
— Non, je suis pas de la fête, répond-elle lorsqu’elle n’est plus qu’à quelques pas. Je suis venue me promener aussi. Elle a l’air d’être finie depuis un moment, d’ailleurs, cette fête. Vous vous seriez pas un peu perdue, par hasard ?
Pour bien mentir, rester proche de la vérité.
— Je me suis assoupie sur une marche. Je suis un peu éméchée.
Elle l’a probablement laissée dans un creux, au milieu de ces rochers. Si seulement elle pouvait s’en approcher tranquillement… Mais la silhouette qui lui fait face n’a pas l’air de vouloir bouger de sitôt. De près, et avec l’aide de la lune qui est sortie timidement de son couvert de nuages, Mina entrevoit un visage rond et deux yeux brillants, fixés sur elle. La femme n’est définitivement pas en tenue de soirée, mais elle porte des vêtements étranges. Étranges, sombres, et plutôt seyants : son pantalon savamment déchiré dévoile quelques morceaux de peau claire. Mina ne peut s’empêcher de penser qu’elle doit avoir plutôt chaud, dans cet accoutrement.
— C’est vrai que vous avez pas l’air fraiche. Il est tard, vous savez ? Je pense qu’il va bientôt faire jour, même. Vous devriez peut-être rentrer chez vous, non ? Vous voulez que je vous accompagne ? C’est dans quelle direction ?
— Euh...
Tous les beaux dictons sur le mensonge et la vérité sont oubliés : Mina est prise de court. Un sourire se dessine sur le visage de l’inconnue, accentué par une rangée de dents blanches - avec un tout petit trou, là, sur la gauche - qui brillent sous la lune.
— J’avais raison, pas vrai ? Vous cherchez bien quelque chose. Je crois même que vous cherchez ça.
Elle tend le bras, et soudain le ressac est assourdissant dans les oreilles de Mina. Elle vacille. Dans le gris du clair de lune, on pourrait croire à une tenture de velours. Mina sait, cependant, que ce tissu est parsemé de taches crème, qui semblent prendre vie à chaque mouvement. Elle sait que ses bords sont irréguliers, usés par les années. Elle sait que l’intérieur est doux comme la joue d’un enfant.
C’est en réalité une grande pièce de peau, de la taille d’une cape. Elle appartenait à une jeune phoque de l’océan septentrional, qui a été tuée par la famille de Mina la nuit de sa naissance, selon les rituels ancestraux. Depuis, cette peau est la sienne. Littéralement. Comme tous les selkies de la planète, Mina ne s’en défait que lorsqu’elle quitte l’océan et pose un pied sur la terre ferme. Au détail près qu’elle est peut-être la dernière représentante de son espèce à oser, encore, sortir des eaux là où vivent d’autres peuples. Ses congénères ne quittent quasiment plus leurs cités de coraux depuis qu’ils ont signé le Traité Interespèces de Répartition, qui a mis fin aux grands conflits ultramarins il y a trente ans de cela. Mina est la seule, à sa connaissance, à enfreindre cet accord. Ce qui n’exclut pas, bien sûr, la possibilité que d’autres le fassent avec autant de discrétion qu’elle.
Voilà pourquoi personne n’aurait dû trouver sa peau.
Elle se gifle mentalement, plus pour tenter de réactiver son cerveau imbibé que pour se punir. Comment peut-elle se tirer au mieux de cette impasse ? Son penchant naturel la pousse à tenter la négociation, mais par où commencer face à une inconnue ? Elle n’a rien à mettre dans la balance, aucune idée des faiblesses de son adversaire, bref, aucune prise. La menacer, alors ? Que celui qui a déjà pris au sérieux les menaces d’un soulard en talons hauts… Non, il faut qu’elle mise sur l’effet de surprise. La peau est à portée de main. Mina imagine déjà sa caresse chargée d’électricité sur ses épaules, la sensation de plénitude lorsque l’eau l’enveloppera et qu’elles fusionneront à nouveau, coeur et pelage. Elle n’a qu’à se jeter dessus et s’enfuir. Elle est rapide, l’autre ne s’y attendra pas.
Le destin semble trancher en faveur de cette option : à peine Mina tend-elle le bras que la cape s’y dépose, délicieusement tiède. Elle la tire à elle d’un coup sec. La peau résiste. Mina croise sans le vouloir le regard de l’autre femme. Elle n’arrive toujours pas à le déchiffrer, dans la pénombre, mais il lui semble soudain que la cape n’est peut-être pas arrivée sur son bras par le seul effet du destin.
En tout cas, c’est raté pour l’effet de surprise.
— T’inquiète pas, je vais te la rendre.
Mina sursaute. Le silence lui semblait s’étirer entre elles depuis des heures. Délicatement, l’inconnue abaisse sa main jusqu’au bras de Mina et y dépose la peau, paume ouverte vers le bas.
— Fais plus attention la prochaine fois. Ce serait dommage qu’une jolie créature comme toi soit lynchée en place publique. En plein été, en plus.
Doit-elle s’offusquer de l’usage de “créature” ? Prendre la menace au sérieux ? Répondre “je ferai plus attention la prochaine fois” ? Mina ne sait plus. Lèvres closes, elle recule pas à pas vers la mer. L’inconnue la regarde faire, immobile, bras désormais croisés. Bientôt, Mina ne devine plus que ses cheveux blonds, si clairs, dans l’obscurité. Elle s’enfonce à reculons dans l’eau froide, la peau de phoque sur ses épaules, l’esprit lucide pour la première fois depuis plusieurs heures.
Elle aimerait pouvoir lui faire confiance.

*

Elle aimerait pouvoir lui faire confiance, mais comment ? Alors, elle n’ose plus aller sur terre.
Les yeux brillants la hantent tandis qu’elle erre, morose, dans les couloirs de coraux. Les rayons du soleil dansent au gré de l’eau, éveillent quelques planctons, sans parvenir à réchauffer le pelage de Mina. A quoi ressemblent-ils, les rayons du soleil, là-haut à la surface ? Leur caresse est-elle aussi brûlante qu’on le raconte ?
Le jour, elle nage pour dépenser son trop-plein d’énergie, ou bien s’épuise dans des petits boulots assommants ; mais ni ses battements de nageoires, ni les geste mille fois répétés, ne gomment le besoin de sortir, qui lui ronge l’intérieur de la peau, qui chante et qui hurle et qui susurre dans sa tête. La nuit, elle cherche en vain le sommeil. Sur le plafond nacré de sa chambre, des foules en colère l’assaillent dans des villas étouffantes, sous le regard narquois d’une tête blonde au sourire charmeur.
Plus d’air frais sur sa peau.



3.

Passée la première onde sucrée, l’acidité envahit progressivement tout le liquide, qui s’enrichit d’une infinité de saveurs. Çà et là, de petits grains entrent en effervescence, provoquant un ballet de courants aléatoires. L’ensemble roule sur la langue, puis s’en va irradier une chaleur mystérieuse dans la gorge, le thorax, le ventre.
Mina se met à rire. Personne ne l’entend. La musique est assourdissante, probablement assez pour porter jusqu’à la côte, à un kilomètre de là. Le yacht est bondé. Peu d’elfes : cette fois, la fête est plutôt humaine. Cela veut dire moins de liqueur et davantage de braillements. Mina décide de se diriger vers le pont supérieur, en quête d’un groupe qu’elle pourra intégrer l’air de rien.
Deux heures plus tard, elle s’entasse avec cinq fêtards enthousiastes dans un canot motorisé qui les embarque, non sans remous, jusqu’à un quai. Là, une dénommée Jeanne aide Mina à s’extraire du bateau du haut de ses sandales compensées. Lorsque tout le groupe a rejoint la terre ferme, ils s’engagent bras-dessus-bras-dessous dans les rues du port. Partout, la musique déborde des restaurants et des bars, tandis que des grappes d’estivants déambulent sur les pavés ou s’attardent au porche d’un bâtiment.
C’est là que Mina l’aperçoit : appuyée à une colonne, riant avec un groupe hétéroclite de nains, d’elfes et d’humains. Elle dit quelque chose que Mina n’entend pas, et attrape en parlant sa masse de cheveux blonds pour la passer par-dessus son épaule.
Leurs regards se croisent avant que Mina ait pu détourner le sien : sous les lumières artificielles, ses yeux brillent toujours autant. Ils la balayent de la tête aux pieds. Mina se sent évaluée sans bien savoir selon quels critères. Peut-être devrait-elle baisser la tête et se fondre dans la foule, ne pas prendre le risque de se faire épingler en public - mais quelque chose la retient. Elle ralentit, laissant son groupe d’adoption la distancer.
Sur le trottoir, la mystérieuse inconnue échange quelques mots avec son voisin, un nain aux cheveux et aux ongles teints en noir, avant de s’approcher. Son pas est confiant, mais il dégage une énergie nerveuse qui tranche avec la nonchalance habituellement de mise à La Fierta. Elle porte les mêmes bottes rouges que lorsqu’elles se sont croisées sur la plage. En a-t-elle parlé à quelqu’un, par la suite ? Vient-elle de prévenir ses amis que la Selkie clandestine se promène à nouveau parmi eux ? Mina jette un coup d’œil qu’elle espère discret au groupe resté sur le trottoir : il semble heureusement se désintéresser d’elle. L’humaine blonde s’arrête à deux pas de Mina, les mains dans les poches de son blouson.
— Tu te souviens de moi ?
Mina hausse un sourcil. L’autre essaye-t-elle de tester sa susceptibilité ?
— Je me souviens. Tes vêtements n’ont pas beaucoup changé depuis.
C’est au tour de l’inconnue de hausser les sourcils.
— Les tiens ont plus de paillettes et moins de… fourrure, lâche-t-elle en glissant un regard lourd de sous-entendus sur les épaules de Mina.
Cette dernière se fige. Une dose d’adrénaline pulse dans ses muscles. Ils sont prêts à bondir. Cette fois-ci, la conduite à tenir est claire : fuir. Ses intentions ont dû transparaitre sur son visage - pupilles dilatées, souffle court - car aussitôt l’autre sort une main de ses poches et la lève d’un geste apaisant.
— Eh, je blaguais. Désolée que tu le prennes au sérieux. J’ai pas l’intention de te nuire, ou te dénoncer, ou quoi. J’ai rien contre toi. Enfin, à part ta robe à paillettes et le fait que tu fréquentes apparemment les pires mollusques décérébrés et pourris d’argent de la côte…
Elle s’interrompt, hésitant visiblement à trop se lancer dans de nouveaux traits d’humour. Finalement, elle tend la main vers Mina.
— Moi, c’est Iris. Et toi ?
L’intéressée attrape la main tendue sans trop y réfléchir.
— Mina.
— Cool ! Mina, ça te dirait de découvrir la face cachée de La Fierta ?
« Modifié: 10 mai 2020 à 16:15:13 par Elk »

Hors ligne Elk

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #1 le: 23 avril 2020 à 22:57:33 »
Envoi 2



4.

A première vue, ce n’est pas très différent des autres lieux, des autres nuits que Mina a expérimentés. La chaleur est humide et les corps se serrent les uns aux autres. Pourtant, à mesure qu’elle descend les marches, elle remarque les dissonances : la musique est plus lancinante, et probablement un peu moins forte. Une voix grave, presque trop rauque, chante mélodieusement par-dessus les percussions sourdes et un chœur de cordes saturées. Les tenues arborent moins de paillettes et davantage de noir. Les mouvements semblent plus déliés, moins contrôlés. Un spot de lumière éclaire le couple qui danse juste en bas des marches. Ils sont collés l’un à l’autre, partout où leur corps le leur permet, ignorant le reste de la fête. Un elfe et une humaine.
Mina reste bouche bée.
Une secousse sur son bras la ramène à la réalité : Iris l’a devancée et lui fait signe de la suivre. Elles se fraient un chemin à travers la salle. Mina tente en vain d’assimiler tout ce qui l’entoure : BOUM elle bouscule d’autres couples mixtes, BOUM aperçoit sans y croire les jambes écailleuses BOUM d’une sirène qui se balancent au rythme BOUM de la musique, lève les yeux vers le visage BOUM d’un danseur qui la dépasse de deux têtes BOUM et lui décoche un sourire aux canines BOUM anormalement longues BOUM, remarque du coin de l’œil BOUM les voûtes de pierre qui BOUM zèbrent le plafond BOUM, Iris tire encore sur son bras, BOUM elle avance toujours droit à travers la foule BOUM d’un pas sûr, BOUM une énergie vibrante et mystérieuse BOUM émane de son dos, BOUM de ses bottes rouges, BOUM de sa taille serrée BOUM dans son blouson noir. BOUM Elle débouchent soudain BOUM sur une arcade voilée BOUM par un rideau de velours. Iris l’écarte BOUM sans ménagement et les entraine BOUM dans l’autre pièce.
La musique reflue.
Mina reste figée sur le seuil, le souffle court, les rétines encore imprégnées de la première salle. Des étés entiers à s’infiltrer dans la vie nocturne des terrestres, et elle n’a jamais soupçonné ça ? Ce lieu va à l’encontre d’au moins une dizaine d’articles du Traité Interespèces. Mina sent que lui tombe sur les épaules toute la fatigue des semaines, des mois de stratagèmes qu’elle a montés pour échapper à l’attention, en même temps que monte en elle un espoir aguicheur : une pause. Être acceptée. Se… Non, il est trop tôt. Elle ne peut pas se faire ce mal-là, de se bercer d’histoires. Et puis, elle a encore trop de choses à découvrir : l’arrière-salle dans laquelle elle se trouve désormais n’a rien à voir avec celle qu’elles viennent de traverser. Des bibliothèques surchargées de livres se disputent les murs en béton nu avec des affiches aux couleurs vives. “LIBRE CIRCULATION POUR LES SIRÈNES !” clame l’une d’elles. Des fauteuils et des canapés dépareillés parsèment la pièce, rassemblés autour de caisses en bois et d’assemblages de briques transformés en tables de fortune. Des lecteurs isolés côtoient des groupes aux discussions animées. Les basses de la pièce voisine procurent à l’ensemble un fond sonore légèrement irréel. Des globes lumineux flottent à quelques centimètres du plafond et certains s’en détachent pour descendre éclairer l’un des convives, à sa demande : visiblement, les usagers de cet étrange salon ne s’interdisent pas non plus la sorcellerie.
Iris est restée en retrait pendant que Mina prenait la mesure de l’endroit. Elle s’approche désormais, jusqu’à ce que leurs épaules se touchent.
— Alors ? demande-t-elle.
— Où sommes-nous, exactement ?
— Rue du lavoir, numéro soixante-cinq, premier sous-sol.
— Ce n’était pas vraiment ma question.
— Je sais. Mais dis-moi toi, d’abord : est-ce que ça change un peu de tes soirées à paillettes ?
Un peu, oui.
Mina marque un temps de pause, puis reprend :
— C’est différent, mais je ne sais pas encore si c’est mieux.
Iris s’esclaffe, d’un rire forcé, puis lui attrape le bras pour la tirer sans ménagement vers l’un des groupes.
— Aucun risque ! Tu vas vite lâcher les snobs puristes avec qui tu traines, là-haut, eux et leurs cocktails aux noms débiles.
Mina est sur le point de se défendre - et surtout de voler à la rescousse de son breuvage préféré - mais elle se ravise et se laisse entrainer.
On verra bien où cette histoire la mènera.



5.

L’histoire la mène, à répétition, au sous-sol de la rue du lavoir. Elle connait bientôt les noms des amis d’Iris - du moins, ceux que l’humaine s’est choisis au sein de cette étrange communauté. Elle apprend surtout à identifier et à réquisitionner les fauteuils les plus confortables du salon.
Elle participe rarement à leurs conversations, qui la déstabilisent. Lorsqu’elle pense enfin les avoir cernés, ils trouvent toujours le moyen d’être plus crus, plus subversifs. Les échanges tournent le plus souvent autour d’une critique du gouvernement impérial, et en particulier du Traité Interespèces, ou bien procèdent à un démontage en règle de la classe huppée de La Fierta. Si les premières discussions font parfois naitre une lueur de chaleur dans la poitrine de Mina, les secondes la mettent avant tout mal à l’aise. Elle continue elle-même à fréquenter ces soirées où l’on jette l’argent par les fenêtres, où l’on s’abrutit de paillettes, et où chacun préfère rester avec ceux de son peuple. Elle a envie de s’en gorger, pas d’y voir une constante lutte politique. Alors, elle s’enfonce dans le moelleux de son siège et sirote son verre en silence. Il s’avère qu’après tout, ici aussi, ils servent des Rocky Goblin.
Au cours de ces débats - souvent deux, voire trois dans la soirée - elle observe à parts égales les allées et venues des autres visiteurs du salon et le comportement d’Iris. Cette dernière est parmi les plus promptes à s’enflammer. Elle assène son opinion avec d’autant plus de succès que sa voix n’a aucun mal à couvrir celle des autres. A la fin de ses tirades, elle jette parfois un coup d’oeil en direction de Mina. Si elle est en quête de soutien, ce n’est pas de ce côté-là qu’elle l’obtiendra.
C’est après l’une de ces conversations que Syrielle, une naine dont Mina a cru comprendre qu’elle était très proche d’Iris, se lève et tire de sa poche un sachet de petits cailloux. Elle commence à y plonger sa main puis, comme saisie d’une idée soudaine, s’interrompt pour se tourner vers Mina et le lui tendre.
— C’est du cristal gobelin… mais pas tout à fait la même variété que celui qu’on met dans tes cocktails, explique-t-elle avec un sourire espiègle. Tu en veux ?
Mina a vaguement entendu parler de ces petits éclats qui provoquent, selon les versions de l’histoire, des visions prophétiques, des rêves impudiques, ou bien des aperçus de dimensions parallèles.
— Non merci, répond-elle poliment.
Sourire toujours bien accroché, Syrielle se tourne vers Iris.
— Encore une qui n’aime pas perdre le contrôle ? T’es pas drôle, Iris, tu nous en ramènes jamais des délurées.
Iris hausse les épaules.
— Si c’est ce que tu t’imagines, je peux rien pour toi.
Sans se départir de son masque de neutralité, elle fait un clin d’oeil à Mina, et cela semble clore la conversation. Syrielle propose sa poudre magique au suivant. Mina, pourtant, sent que quelque chose n’est pas clos. Elle se lève et va s’appuyer au dossier du canapé où Iris est installée. Un frisson lui parcourt le dos alors qu’elle chuchote :
— Je connais d’autres moyens de changer un peu de dimension, dans lesquels j’ai plus confiance que les miettes de rocher de ton amie. Tu veux danser ?
Elle n’a encore jamais réussi à la persuader de l’accompagner dans l’autre pièce. C’est apparemment trop bruyant et trop peuplé. Elle a bien essayé de faire jouer l’esprit de compétition d’Iris envers les soirées du “dehors”, mais sans succès.
Cette fois, pourtant, Iris déplie ses jambes et s’extrait du canapé.
— Très bien. Montre-moi comment on s’amuse dans les villas de la côte.

*

Lorsque le rideau de velours tombe derrière elles, Mina retrouve son élément. La musique qui sourd des murs de brique enchantés est agressive, plus que ce qu’elle entend d’habitude, et s’y mêlent des sons qu’elle a du mal à identifier - corne de gobelin ? Peu importe. Elle fait signe à Iris de la suivre et se mêle aux danseurs. Si elle se montre honnête avec elle-même, elle aime cette ambiance : la salle souterraine, les costumes décalés… la possibilité de danser aux côtés d’une sirène ou d’un nain. En un sens, cela la laisse exister autrement que comme humaine de substitution.
Le rapport de force avec Iris semble s’être inversé. Mina n’avait pas conscience qu’il existait, et pourtant. Sa partenaire n’est clairement pas aussi à l’aise sur la piste que dans une conversation où le ton monte et où les arguments fusent. Elle jette des coups d’oeil à droite et à gauche, à l’affut au milieu des corps mouvants. Est-ce que son léger malaise redonne en contrepartie confiance à Mina ? Est-ce que c’est parce que le reste du groupe n’est plus là pour l’observer ? Est-ce qu’elle cherche à transmettre à Iris un peu du bonheur que lui procurent la mélodie saturée et la voix déchirée de la chanteuse ? Mina se sent plus vivante que jamais, fière de son corps, fière de ces jambes qu’elle a appris à maitriser à la perfection. Peu à peu, Iris se détend. Ses yeux, qui s’étaient fermés le temps d’une chanson, viennent se planter dans ceux de Mina. Sous les spots multicolores, ils brillent.
Les basses accélèrent, vibrent jusque dans les os de Mina. Après quelques secondes suspendues, leurs mains se trouvent, se frôlent, se posent sur des hanches. Accords ondulants. Leurs corps se rapprochent. Le choeur s’emballe dans les aigus. Leurs souffles se mêlent. Un soupir. De près, la peau d’Iris a une odeur sucrée. En a-t-elle le gout, aussi ? La musique redémarre sur un refrain tonitruant. Mina embrasse sa partenaire, pour vérifier. Oui, ses lèvres sont sucrées, et tièdes. Les basses grondent furieusement dans sa cage thoracique et le corps d’Iris se presse contre le sien. Ses yeux brillants. Ses yeux brillants et son sourire, lorsqu’elles s’éloignent de quelques centimètres.
Mina se met à rire, et sait que quelqu’un l’entend.



6.

La première rumeur leur parvient un matin, une ou deux heures avant l’aube. Ils ne sont plus que cinq à occuper le salon, amollis par la nuit qui creuse des cernes au sommet de leurs joues. Mina a posé sa tête sur les genoux d’Iris, qui lui passe la main dans les cheveux à intervalles irréguliers. Mina tend paresseusement le cou vers le rideau de l’entrée lorsqu’elle entend des pas précipités résonner sur le carrelage déserté de l’autre pièce. Raph, un de leurs amis, s’engouffre à travers l’ouverture et se dirige droit vers les derniers éveillés.
— Il parait qu’il y a eu une émeute à la villa des Argousiers. Un elfe aurait accusé une sirène de s’être camouflée et d’avoir utilisé de la sorcellerie pour le séduire. Apparemment ils ont essayé d’expulser la fille mais elle ne s’est pas laissée faire, les autres sirènes du staff ont lâché leur poste pour la soutenir, bref, ça a mal tourné. On entend tout et n’importe quoi pour l’instant. Plusieurs personnes ont été emmenées au commissariat, mais on ne sait pas s’il y a eu des blessés graves...

*

Les jours qui suivent, les accrochages se multiplient, presque aussi vite que les histoires que l’on s’échange désormais à voix basse. D’autres sirènes sont accusés de méfaits variés, de la sorcellerie à l’agression en passant par le blasphème public envers l’Impératrice.
Mina croise, sur les quais du port, un groupe de jeunes elfes qui s’amusent à cracher sur quiconque arbore un morceau de peau écaillée. Un soir, elle fait demi-tour devant le portail en fer d’étoile d’un manoir aux jardins luxuriants, parés de lumières féeriques et d’invités en paillettes : sur la grille, un panneau aux lettres déliées annonce fièrement qu’aucun sirène n’est plus employé ici.
En retour, les sirènes retrouvent les tactiques de défense et de dissimulation que quelques décennies de Traité Interespèces n’ont pas enfouies bien loin. Les peaux aux reflets d’océan se couvrent de voiles de soie transparents qui créent l’illusion d’un chatoiement de tissu. Aux agressions publiques répondent des intoxications alimentaires inexpliquées. Aux humiliations, des abandons de poste qui grippent la mécanique bien huilée de La Fierta estivale.
La fièvre s’étend vite. De plus en plus de lieux se dédient exclusivement soit aux elfes, soit aux humains. L’étoile à huit branches des premiers et l’engrenage cuivré des seconds fleurissent sur les pavillons des yachts et les cocardes des promeneurs. Les nains continuent à être tolérés partout, mais bientôt un nouveau on-dit s’ajoute au choeur des rumeurs : plusieurs courtisanes du peuple des montagnes auraient été violentées par des fêtards un peu trop entreprenants.
L’atmosphère, déjà lourde, se charge d’électricité. Attirés par les tensions des vivants, les premiers orages de fin de saison abordent la ville, glissant depuis l’horizon vers la côte dans un concert de basses grondantes.



7.

C’est après l’un de ces orages que Mina et Iris quittent la cave du Lavoir. Elles rejoignent les quais puis les empruntent en s’éloignant des habitations, silencieuses, main dans la main, parmi quelques autres noctambules qui profitent de l’air frais offert par l’averse. La plage au bout de la promenade est déserte, surplombée de hauts rochers noirs au sommet desquels des taches lumineuses marquent l’emplacement des villas sur le fond de la nuit. La pluie a figé pour un temps le relief chaotique du sable, qui résiste sous leurs pas.
— J’avais oublié ce que ça faisait, d’avoir froid, lance Iris. On s’habitue vite à vivre dans un air étouffant vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
Mina ne répond pas. Le ressac la berce. Elle n’a pas envie de penser au froid. Iris poursuit.
— Dans les terres, la chaleur est pas la même. On a pas l’humidité d’ici, mais on a pas le vent non plus. Je crois que je préfère quand même l’été de la côte. Même si y a un peu trop de paillettes et de suprémacistes arriérés.
Sa pique se perd dans l’écho d’une vague qui se fracasse plus fort que les autres. Trois autres la suivent avant qu’Iris brise à nouveau le silence.
— Tu as déjà pensé à ne pas y retourner ? Je veux dire, à passer plus que la nuit… hors de l’eau ?
Mina s’immobilise et lâche la main tiède qu’elle tenait dans la sienne. L’absence de sa peau, qu’elle a cachée dans un recoin du salon au sous-sol, se rappelle à elle comme on trébuche sur le vide là où l’on pensait poser le pied sur une marche.
— Pourquoi est-ce que je ferais ça ? demande-t-elle d’une voix cassante.
Si elle se montre tout à fait honnête, elle y a déjà pensé, bien sûr. Découvrir les reliefs du monde émergé à la lumière du jour. Sentir les rayons du soleil sur sa peau, sans la barrière de l’océan. Mais elle ne peut pas l’avouer : son pied n’a pas encore trouvé de terrain sûr où arrêter sa chute. A la place, elle enchaine :
— Tu sais ce que ça impliquerait, n’est-ce pas ? Tu sais pourquoi et comment certains selkies, avant le Traité Interespèces, restaient parfois sur terre ?
— Je sais. Il faut confier ta peau à quelqu’un. Quelqu’un de la surface.
Mina laisse échapper un rire aigre.
— Oui, c’est ça. Confier ta peau à quelqu’un. Lui confier une moitié de toi, une part physique de ton corps, confier ta seule possibilité de retour vers ton foyer, ton peuple et ta personne entière au bon vouloir de quelqu’un “de la surface”, comme tu dis. Je me demande pourquoi je n’y ai jamais pensé. Vous êtes si fiables, pourtant, vous les humains, les elfes et les nains. Pas du tout du genre à exclure quelqu’un qui serait différent de vous, à l’humilier, à l’abaisser à n’être que votre serviteur.
Mina ne regarde pas Iris. Elle s’est tournée vers l’horizon, que l’on distingue à peine, fin liseré gris entre les deux noirs du ciel et de l’océan. Il lui semble pourtant déceler un sourire dans sa réponse.
— On dirait que l’immersion chez les allumés de la cave a fini par te transformer en réformiste. Je savais qu’il suffisait d’être patiente. Mais sans parler des puristes… si c’était quelqu’un de fiable, justement ? Quelqu’un de confiance ?
Non ! Chaque cellule, chaque molécule d’eau qui circule dans le corps de Mina se révulse. Elle se tourne vers Iris.
— Personne. Personne ne sera jamais suffisamment digne de confiance. Je ne laisserai à personne le pouvoir de me contrôler. Pas plus que tu n’as celui de me transformer.
— Mina. Tu sais de quoi je parle. Tu sais que je cherche pas à te transformer. Que j’essayerais pas de te contrôler. Tu serais aussi libre que maintenant.
— Libre ? Je serais… moins que la moitié de moi-même. Je ne pourrais pas me regarder en face.
— Pour m’avoir fait confiance ? T’as raison, t’es peut-être pas si transformée, en fait. T’as pas envie de découvrir un peu le monde plus loin que la côte et les soirées ? Tu vas faire quoi, quand l’été sera fini pour de bon ? Retourner dans ta flaque et t’y cacher jusqu’à l’été prochain ? Continuer ça tous les ans jusqu’à ce que tu sois plus capable de marcher ?
— Et alors ? Si ça me plait ? C’est toi qui ne vaut pas mieux que les puristes que tu passes tes soirées à dénigrer. Tu vois, par principe, tu considères que votre continent vaut mieux que notre océan. Mais tu ne sais rien. Il n’y a rien sur vos cailloux desséchés qui vaille la peine que je délaisse l’océan. Rien.
Iris fait deux pas en arrière. Son visage est figé par la colère. Peut-être autre chose, mais Mina refuse de le voir.
— D’accord. Très bien. Je te laisse retourner dans ton jus de poisson, alors, puisqu’il y a que ça qui compte vraiment. Moi je vais... prendre l’air.
Elle se retourne brusquement et part, dos à La Fierta. Mina frissonne sans bien réaliser ce qui se passe. Maintenant quoi ? Récupérer sa peau, oui, c’est ça. Retourner vers la ville. Elle se met en marche, sonnée.

*

Ce n’était pas une bonne idée. Le bar est bondé. La tête lui tourne. Il fait trop chaud. Pourquoi n’est-elle pas retournée sur la plage ? Pourquoi n’est-elle pas rentrée ? Mina regarde le verre de liqueur vide dans sa main. Quand l’a-t-elle bu, celui-ci ? Tout ce dont elle se souvient, c’est que ce n’était pas le premier. Elle le repose sur le bar. On la bouscule. Bruit de verre brisé. Elle ne voit plus le comptoir. Partout, des paillettes et de la sueur. Où est la sortie ? Elle n’entend pas la réponse. Probablement à cause du bruit. Désespérée, elle se laisse aller entre les danseurs. Ils la porteront bien quelque part.

*

Dehors. Comment est-elle arrivée là ? Elle lève les yeux vers le ciel, pour vérifier que ce n’est pas un faux, qu’il a toujours ses étoiles. Le mur la retient de justesse avant qu’elle tombe. Parfait. Un mur, c’est ce qu’il lui fallait. Il la guidera. Pas ici, trop éclairé. Ce devait être derrière ces poubelles…
— C’est à vous, madame ?
Miracle. Elle tend les doigts. Son autre moitié n’est plus qu’à quelques centimètres.
Une main froide sur son poignet.
— Police de La Fierta. On va t’emmener au poste, on verra si tu t’amuses toujours autant. Ed, je te laisse le dealer, je vais m’occuper de cette saleté de poisson sorcier. Allez, on se bouge !
« Modifié: 23 avril 2020 à 23:07:26 par Elk »

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #2 le: 23 avril 2020 à 22:57:44 »
Envoi 3



8.

Le premier rayon de soleil aérien qu’elle rencontre est donc celui qui s'introduit à travers la fenêtre de sa cellule. Il ne transporte pas la chaleur qu’elle attendait. Sans musique ni paillettes, le jour n’a pas vraiment plus de relief que la nuit. Il a un gout d’impuissance amère. Les restes douloureux de l’alcool pulsent encore dans la tête de Mina, tandis qu’un manque toujours plus prégnant creuse le fond de son estomac : sa peau lui a été enlevée. Elle se trouve probablement dans l’un des bureaux des étages supérieurs. Trop loin.
Trois sirènes moroses partagent sa cellule. L’un d’entre eux porte encore un costume aux armoiries d’un luxueux hôtel du port. Ils paraissent encore plus fatigués que Mina, et certainement pas plus enclins qu’elle à entamer une conversation. Il ne lui reste alors plus que les bribes de celles qu’elle a eue la veille sur la plage. Les mots qu’elle se souvient avoir lâchés se partagent la scène de sa mémoire avec le visage blessé d’Iris, à demi mangé par la pénombre. Les uns comme l’autre la font grincer des dents. Ce qui n’arrange pas son mal de tête.
Lorsqu’un homme en uniforme vert daigne enfin leur rendre visite, elle réussit à obtenir qu’on lui apporte un verre d’eau, mais réclame en vain à en savoir plus sur sa situation. Au cours de sa négociation, elle surprend le regard que lui jette l’une de ses compagnes de cellule, empreint à parts égales de moquerie et de pitié. Le gardien repart, et le silence s’installe à nouveau. Les heures défilent, incertaines. La lumière qui filtre à travers le carreau ne semble pas varier.
On rouvre la porte après un temps indéterminé. L’homme en vert pousse fermement une sirène aux cheveux d’un noir d’encre à l’intérieur, lui ôte ses menottes, puis les laisse sans avoir ouvert la bouche.
— Eh ben ! C’est gai, par ici, dit-elle en se frottant les poignets. Préparez-vous à être encore un peu plus serrés dans pas longtemps, ça m’étonnerait pas qu’une autre cargaison de poissons soit livrée bientôt.
Mina sursaute en entendant le terme injurieux, avant de réaliser qu’il désignait les sirènes de la pièce et pas elle. Son mouvement a cependant attiré l’attention de la nouvelle arrivante. Elle se tourne vers Mina et plisse les yeux.
— Sans vouloir te vexer, mais… j’ai l’impression que ces cellules sont faites pour accueillir les criminels de notre espèce plutôt que des humains. Tu serais pas la fameuse selkie dont on n’arrête pas de parler depuis ce matin ?
Sa question a le mérite de sortir les autres prisonniers de leur torpeur. Des têtes se tournent vers Mina, des sourcils se haussent. L’absence de réponse de l’intéressée tire un rictus à la fille aux cheveux noirs. Elle pose les poings sur ses hanches, dans une posture un peu trop théâtrale au gout de Mina.
— Eh ben ! Joli coup. On peut dire que t’as réussi à toi toute seule à nous voler la vedette. Tu m’étonnes, une selkie qui se fait passer pour une humaine, on n’avait pas attrapé ça depuis au moins vingt ans. J’aimerais bien voir comment tu vas pouvoir te tirer d’affaire, avec le scandale diplomatique que t’es en train de nous monter. J’espère que vous avez de bons avocats, par chez vous les bébés phoques ! Enfin bon, je dis que tu nous as volé la vedette… mais quand même, une grève générale chez les sirènes, ça les emmerde bien, ces ploucs de terriens.
Mina se retient de faire remarquer que le mode de vie des sirènes ressemble de plus en plus, au fil des années, à celui de ces fameux ploucs de terriens. Une grève générale ? La nouvelle renforce son impression que trois mois, au moins, se sont écoulés depuis son arrestation. Comme son interlocutrice semble désormais avoir décidé de l’ignorer pour communiquer uniquement avec ses compatriotes - qui ont par ailleurs retrouvé l’usage de la parole - Mina se laisse aller à un désespoir assourdi. Bons avocats ou non, elle n’est pas sûre que les siens accepteront de la défendre face aux Trois Peuples, ni qu’ils lui pardonneront un jour ses actes. La solitude l’étreint, plus amère que jamais. Elle ferme les yeux. Derrière ses paupières, deux pupilles brillantes lui assènent des reproches silencieux.

*

Le bruit effleure à peine la nuit. Mina se redresse à demi : elle ne dormait pas, son cerveau trop occupé à ressasser des angoisses mal formées. D’autres parmi ses compagnons de cellule - ils sont huit, désormais, à se partager l’exiguïté de la pièce - devaient aussi avoir le sommeil léger, car elle distingue quelques mouvements dans la pénombre. Le bruit se fait à nouveau entendre : discret, à peine un grattement de l’autre côté de la porte. Un silence, puis un léger grincement. Une lumière étouffée pénètre par l'entrebâillement. Cette fois-ci, Mina voit nettement plusieurs personnes se redresser alors qu’elle fait de même. Une silhouette noire se dessine à contrejour de l’éclairage du couloir. Elle chuchote :
— Mina ?
Mina est debout et devant la porte avant d’avoir complètement saisi ce qui se passait. Elle tend les bras et attire Iris contre elle. Pose sa tête sur son épaule tandis que ses mains tâtonnent à la recherche de cheveux bouclés, qui ont été cachés sous une capuche noire. Puis, la situation lui apparait plus nettement. Elle relève la tête.
— Qu’est-ce que tu fais là ?
— Shhh. On est venus vous libérer, ça se voit pas ? Allez, tout le monde dehors.
Fébriles mais silencieux, les gardés à vue se mettent en mouvement.
— La sécurité est un peu rustique, ici, chuchote Iris à l’oreille de Mina. Ils ont pas l’habitude de gérer grand-chose de plus que des ivrognes un peu inoffensifs. Deux-trois sortilèges et on en est venus à bout.
Mina détecte soudain un contact chaud contre ses bras. Sa peau ! Elle l’attrape et la serre à s’en blanchir les phalanges, résistant à l’envie de la passer immédiatement sur ses épaules.
Ils sortent par l’arrière du commissariat. Certains des sirènes s’éclipsent immédiatement dans la nuit. Iris et ses acolytes guident les autres à travers le labyrinthe des petites rues résidentielles qui sillonnent la colline. Celles-ci les amènent bientôt en-dehors de la ville, sur une route qui serpente entre des bois de pins clairsemés. Leur odeur est si intense que Mina commence à avoir le tournis : jusque-là, elle n’en avait perçu que quelques effluves, portés jusqu’à la ville par la brise de terre.
Leurs guides bifurquent soudain vers les bois. L’avancée du groupe, parmi les tapis d’épines et les racines, se fait plus bruyante et plus pénible, mais ils pénètrent après quelques minutes de marche dans le halo de lumière discret d’un grand chalet vermoulu. L’éclairage provient d’une série de lucarnes installées au ras du sol : visiblement, le point de rendez-vous est à nouveau une cave. Un escalier en béton y descend directement. La troupe l’emprunte avec divers degrés de méfiance.
L’intérieur est plus spartiate que celui du salon du Lavoir. Une longue table en bois occupe le centre de la pièce, tandis que des livres, des cartons et du matériel hétéroclite s’entassent contre les murs et sur des établis branlants. Une brusque envie de s’effondrer sur un fauteuil défoncé saisit Mina. Elle ne pensait pas que la cave du Lavoir lui inspirerait si tôt de la nostalgie, mais son séjour en cellule semble l’avoir vidée de toute l’énergie qu’elle mettait à rester détachée du groupe qui hante son salon. A défaut de canapé, elle se raccroche au bras d’Iris. Comme si elle n’avait attendu que ce signal, celle-ci l’entraine à l’écart du groupe qui s’est mis à parler bruyamment, les occupants de la maison accueillant avec un enthousiasme fébrile les nouveaux venus. De l’autre côté de la pièce, elles tirent deux chaises vers un coin où elles s’installent, à l’abri de la lumière crue des néons qui baigne la grande table. Mina n’ose pas regarder en face les deux grands yeux qui la fixent. Elle choisit à la place d’observer les murs en parpaings qui l’entourent, mais ne trouve pas pour autant les mots pour aborder leur dispute. Celle-ci est trop fraiche pour que Mina soit prête à simplement se répandre en excuses. Passé le soulagement des retrouvailles, toutes les raisons qu’elle avait d’être sur la défensive lui reviennent. Iris se méprend sur son silence, et leur facilite la tâche en se lançant sur un autre sujet.
— C’est pas aussi grave que tu crois.
Comment peut-elle savoir ce que Mina croit ?
— Comment ça ?
— Le scandale, avec ton arrestation. Qu’est-ce qu’on t’a dit, pendant que t’étais dans la cellule ?
Mina hausse les épaules, toujours tournée vers le mur.
— On m’en a dit que cela avait fait scandale, justement. Et j’imagine que m’être évadée ne va pas arranger la situation.
La main d’Iris se pose sur son bras, incertaine.
— Vraiment, c’est pas aussi grave que ça… si tu me laisses t’expliquer ?
Mina ne lui a jamais entendu ce ton de voix. Comme si elle avait perdu son coffre et son énergie. Le contraste avec sa personnalité habituelle la tire de son apathie. Elle se détourne des murs gris pour faire face à Iris. Sous la tignasse blonde, ses traits sont tirés et son regard inquiet, son visage plus pâle qu’après leurs nuits blanches au Lavoir. C’est probablement ce qui décide Mina à hocher la tête. Elle baisse cependant les yeux avant qu’Iris prenne la parole.
— On a eu le temps de se renseigner, hier, avant de venir te chercher. Grâce à toi, on est rentrés dans le club des gens qui ont vraiment lu le Traité Interespèces. A mon avis y a pas grand monde, dans ce club.
La remarque tire un petit sourire à Mina.
— Ce qu’on a trouvé était très clair : il ont pas le droit de te retenir plus de trois heures en garde à vue, pas sans l’aval de la justice selkie. T’aurais pas dû rester enfermée toute la journée. Donc, on est venus faire appliquer le Traité !
Mina relève la tête et constate qu’Iris arbore un sourire aussi satisfait d’elle-même que sa voix le laissait entendre.
— Mais… comment est-ce que vous pouvez savoir qu’ils ne l’ont pas reçue, cette autorisation de la justice selkie ? Je ne vois pas pourquoi ils iraient me défendre, alors que j’ai violé le traité de mon plein gré et à leur insu.
— A mon avis, personne était au courant qu’il fallait demander cette autorisation. Comme je te disais, on doit pas être nombreux à être allés regarder les petites lignes de l’article vingt-deux. Et on est certains que la justice de ton peuple a pas été contactée par la police… parce qu’on l’a fait nous-mêmes et qu’ils étaient au courant de rien !
Son sourire s’élargit devant l’étonnement de Mina
— Quoi ? Fallait bien que quelqu’un les prévienne que t’as des problèmes.
— Et qu’est-ce qu’ils ont dit ?
Iris hausse les épaules.
— Qu’ils allaient se concerter. Ils ont pas l’air moins procéduriers sous l’eau qu’au-dessus, je me trompe ?
— Non, c’est vrai. Les lenteurs administratives ne se sont pas arrêtées d’un côté de la surface.
Mina inspire une grande bouffée d’air et pose sa main sur celle d’Iris. Elle est tiède, comme elle l’a laissée la nuit dernière sur la plage. Il lui semble que c’était il y a des jours.
— Attends, c’est pas tout, reprend Iris sans enlever sa main. Les sirènes ont décidé d’une grève générale…
— Ça, j’avais compris, grommelle Mina.
La sirène aux cheveux noirs fait partie de ceux qui les ont suivis jusqu’ici, et Mina l’entend toujours exprimer bruyamment son opinion à l’autre bout de la pièce.
— Attends, attends. Les sirènes ont décidé d’une grève générale et elles t’ont publiquement soutenue !
— Oh.
Cette dernière annonce achève de déstabiliser Mina. Le stress et la fatigue des deux jours précédents, qui s’étaient terrés dans l’ombre, reviennent s’appuyer de tout leur poids sur elle. Elle n’a plus qu’une envie : dormir. Mais pas avant… Elle serre un peu plus fort la main d’Iris dans la sienne.
— Je suis désolée. Pour… pour tout ce que je t’ai dit sur la plage. Je n’aurais pas dû… enfin, je ne le pensais pas vraiment. Je…
— Et j’aurais pas dû te pousser. T’avais raison, une décision aussi importante appartient qu’à toi. J’ai aucun droit là-dessus.
Mina retient une protestation. Elle prévoyait d’offrir des excuses, pas de les recevoir. Elle se passe la main dans les cheveux. Comment exprimer… ?
— Et si on allait se coucher ? tranche Iris. Je crois qu’on a toutes les deux besoin de dormir.
— Attends. Oui. Mais… Écoute, il va bientôt faire jour, et je…
Les mots se coincent encore dans sa gorge. Pendant quelques secondes, elle les cherche, puis abandonne. A la place, elle prend sa peau et la dépose délicatement sur les genoux d’Iris.
— Il va bientôt faire jour, parvient-elle à reprendre d’une voix rauque. Tu veux bien… la garder pour moi ?



9.

Il faut qu’elle émerge, mais le courant la ramène vers le fond. Ses mouvements sont ralentis, comme si l’eau était devenue trop épaisse. Loin au-dessus d’elle, des silhouettes de phoques s’entrecroisent, projetant sur les profondeurs des ombres ondulantes. Ils essayent de lui parler, mais elle ne les comprend pas.
— Mina. Réveille-toi ! Mina…
L’eau se fait peu à peu coton. Drap tiède. Une main sur son épaule.
— Mina.
Iris est assise au bord du lit, dans les mêmes vêtements, un peu froissés, que la veille. Le soleil se déverse dans la pièce depuis son zénith. Déjà si tard ?
— … Qu’est-ce qui se passe ?
— Les sirènes. Lève-toi, il faut qu’on bouge. Je t’expliquerai en route.
L’adrénaline tire rapidement Mina de sa léthargie.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? répète-t-elle en s’extrayant du lit. Ils ont arrêté leur grève ? On les a arrêtés ?
La prochaine question est sur le bout de ses lèvres : est-ce que leur planque a été découverte ? Est-ce qu’on vient l’arrêter à nouveau ? mais elle réalise peu à peu qu’Iris ne semble pas inquiète. Si le chalet était encerclé par la police, elle ne prendrait probablement pas le temps de refaire le lit. Elle est cependant fébrile tandis qu’elle attrappe leurs affaires et entraine Mina vers l’escalier principal.
— Non, pas d’arrêt de grève. Plutôt l’inverse. Les employeurs…
Elle atteignent le hall d’entrée, où un petit groupe semble les attendre.
— On peut y aller ! Je disais, les employeurs des sirènes se sont concertés et ont décidé de leur faire du chantage. Enfin, pour ceux qui voulaient encore travailler avec.
Elle tend un sweat à capuche noir à Mina.
— Tiens, enfile quand même ça. On voudrait pas que tu attires trop l’attention. Donc, ils se sont concertés et ils ont décidé de menacer les sirènes de les priver de leurs cachets s’ils reprennent pas le travail.
Mina trébuche sur une racine. Ils marchent probablement vers la route par laquelle ils sont arrivés la veille, mais elle est incapable de s’orienter. Elle répète d’un ton incrédule.
— Leurs cachets… de décaudisation ?
— Oui. Plus de travail, plus de jambes. Ils étaient très fiers de leur idée, seulement ils s’attendaient à ce que les sirènes cèdent immédiatement.
— Et… ?
— Et les sirènes ont pas cédé. Ils sont en train de se rassembler sur le port, en ce moment-même. Les sirènes quittent la ville. Par les eaux.

*

Les curieux ont inondé les rues qui donnent sur le port. Ils se pressent, suants, sous le soleil, dans une étrange imitation de leurs festivités nocturnes. Iris leur fraie un chemin à travers la foule en direction d’un platane dont les branches basses surplombent la marée. Elle s’y hisse, puis aide Mina à la rejoindre. Celle-ci rêve un instant de pouvoir enlever le pull noir qui la déguise : là, enfin, elle comprendrait ce que c’est que d’avoir l’épiderme brûlé par le soleil. Mais elles sont déjà trop en vue, et rapidement, Mina oublie ses désirs de peau nue : sur le port, des centaines de sirènes sont rassemblés, immobiles, silencieux. Ils semblent attendre quelque chose. Comme contaminé, l’attroupement qui les encercle directement est également silencieux, là où Mina se serait attendue aux menaces et aux quolibets. Plus loin, le long des quais, d’autres sirènes continuent d’affluer. Peut-être attendent-ils d’être plus nombreux, afin que leur sortie de la ville soit encore plus spectaculaire ?
Un mouvement brise la première ligne, non loin de l’arbre où elles sont perchées. Une sirène s’agenouille sur le quai et disparait de leur champ de vision. Mina guette la surface de l’eau, à la recherche d’une tête. Quelques instants plus tard, cependant, la sirène réapparait, toujours debout sur le quai. Des murmures s’élèvent autour d’elle, puis quelques cris d’encouragements, des “Allez !” mêlés à des “On est pas des esclaves !”. La sirène lève ses mains, jointes en coupe, au-dessus de sa tête. Le mouvement est légèrement saccadé. Puis elle sépare ses deux mains, et s’effondre sous le hoquet de l’assistance.
Le bruit de son corps heurtant l’eau rompt le charme de silence qui s’étendait sur le port. Des hourras et des sifflets remplacent les encouragements. Peu à peu, les sirènes qui sont au premier rang reproduisent le rituel engagé par la première d’entre eux, s’agenouillent pour se pencher vers la mer, se redressent, lèvent leurs mains jointes au-dessus de leurs têtes, les disjoignent, s’effondrent dans l’eau avec force éclaboussures.
Les quais s’éclaircissent rapidement, et Mina peut enfin voir ce qui se passe. Des bribes de souvenirs sur le peuple Sirène lui reviennent, et tout fait sens : le contact de l’eau marine sur le sommet de leur crâne, là où les nouveaux-nés arborent une fontanelle avant que leurs os ne se soudent, le contact de l’océan sur leur tête est ce qui leur permet de retrouver leur forme d’origine. Sur le bord du quai, les jambes des sirènes vacillent, se brouillent, comme les ampoules d’une guirlande fatiguée, puis reprennent consistance autour de queues écaillées aux couleurs multiples, qui ploient, qui basculent, attirées par la mer.
En quelques minutes, les quais se sont vidés. Une dizaine de sirènes s’attardent à la surface, mais la plupart ont plongé sous les eaux. Les badauds se sont avancés sur le port, puis, déçus peut-être que tout se soit fait si vite et sans heurt, ils s’égaillent peu à peu. Mina suppose qu’ils n’ont pas trouvé, contrairement à elle, que ce spectacle de retour à l’océan était beau à en pleurer. Iris et elle descendent de leur point d’observation, un peu hébétées. Iris lui attrape la main alors qu’elles approchent du quai.
— Tu vas pas décider de plonger aussi, hein ?
Mina secoue la tête. Elle s’apprête à répondre lorsque la surface de l’océan se crève à nouveau. Une, deux, six têtes émergent des flots. Pelages gris, yeux noirs. Des selkies. Mina attire Iris contre elle. Sous ses boucles, elle trouve une oreille et y glisse quelques mots précipités.
— Garde ma peau. Reste en retrait. On se retrouve au Lavoir.

*

Ils ne viennent ni pour l’arrêter, ni pour la ramener de force sous la surface.
— Nous avons pris le temps de discuter de ton cas, et il nous est apparu que, en posant la question qui ne s’était pas posée depuis longtemps de la liberté de circulation entre nos peuples, il mettait en évidence une incohérence marquée entre nos textes de lois et nos convictions actuelles. Nous avons donc décidé de nous déplacer, non seulement pour protester contre la teneur et les modalités de ton arrestation par la police de La Fierta, mais surtout pour déposer auprès de nos confrères des Trois Peuples une requête de renégociation du Traité Interespèces.
Mina réalise qu’elle a côtoyé trop longtemps les amis d’Iris lorsqu’elle se met inconsciemment à chercher, dans le discours de la délégataire selkie, où se cachent les vraies raisons de leur changement de cap politique. Là où elle aurait hoché la tête il y a seulement quelques semaines, elle ne peut retenir un petit sourire en coin qu’elle a dû emprunter à Iris, et ne doute pas qu’il y ait là des enjeux, probablement commerciaux, qui la dépassent.
Elle se contente de suggérer au groupe de diplomates d’inclure dans leur table des négociations le peuple Sirène, avant d’accepter de les accompagner dans leur rendez-vous avec les représentants de La Fierta. Un coup d’oeil en arrière lui apprend qu’une humaine aux cheveux blonds et aux bottes rouges la surveille depuis l’ombre d’un porche.



10.

Les négociations avec les autorités de la commune aboutissent à une autorisation temporaire de circulation pour les selkies, sous réserve qu’ils arborent sur le visage des traits censés évoquer les vibrisses des phoques, en écho à la peau écaillée que conservent les sirènes. La délégation selkie parvient cependant à programmer une rencontre avec des décideurs plus haut placés dans l’échelle hiérarchique des Trois Peuples. Si Mina en croit leurs affirmations, ils se trouvent seulement sur le premier barreau d’une échelle de négociations qu’ils entendent gravir jusqu’à son sommet.
A La Fierta, le départ des sirènes a prématurément vidé les hôtels et les résidences secondaires de leurs habitants. Il semble que les difficultés de la vie sur le continent, finalement, ne sont pas si insurmontables lorsque l’alternative est de ne plus se faire servir à toute heure et en tout lieu. Les rues sont donc anormalement silencieuses lorsque Mina et Iris quittent le Lavoir, accompagnées d’un groupe toujours aussi hétéroclite d’habitués du sous-sol et de sirènes revenus passer quelques heures sur la terre ferme, et prennent la direction de la plage. Ils ont juste le temps de bâtir et d’embraser un feu de camp avant que le soleil plonge derrière l’horizon et que la nuit s’installe. Le foyer s’élève bientôt plus haut que le plus grand des elfes de l’assemblée, projetant sur le sable des étincelles joyeuses. Il enveloppe Mina d’une chaleur féroce, bienvenue dans la fraicheur de la nuit que l’on sent cette fois nettement glisser vers l’automne.
Iris a glissé sa tête sur l’épaule de Mina. Ses cheveux ont une odeur sucrée que Mina n’a rencontrée nulle part ailleurs. Iris lui a expliqué que c’était celle d’un fruit que l’on ne trouve que dans sa région natale, dans les collines à l’ouest de la capitale. Mina se mord la lèvre.
— Peut-être… peut-être que je pourrais t’accompagner quelques temps. Sur le continent. Tu me montrerais l’endroit où tu as grandi.
Iris reste immobile, la chaleur de sa tête contre le cou de Mina.
— Je ne garantis pas que je me conformerais entièrement au Traité Interespèces. Je ne tiens pas vraiment à m’afficher partout avec des moustaches sur les joues. Mais… j’aimerais visiter ton pays. Et puis… qui sait, si les selkies veulent renégocier et rééquilibrer vraiment le Traité Interespèces, il faudra bien qu’ils permettent à vos peuples un jour de venir nous rendre visite sous la surface. Tu viendrais ?
— Découvrir le dessous des océans ? Bien sûr que je viendrais.
Mina l’embrasse - sa peau, elle, est salée - puis se lève en l’entrainant avec elle. Elles vont danser. Il parait que certains ont prévu de faire circuler des bouteilles de Rocky Goblin, et Mina tient à ne pas rater cette occasion.
« Modifié: 23 avril 2020 à 23:20:15 par Elk »

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #3 le: 27 avril 2020 à 14:06:11 »
Bonjour Elk,


Eh bien, tout d'abord, je te souhaite bonne chance pour cet Appel à Textes, j'espère sincèrement que le tien sera retenu.

Je viens de lire la première partie et j'ai vu que tu attendais des retours sur l'intrigue. Je dirais que cette première découverte ne me permet pas suffisamment de me faire une idée de ce que je vais y trouver, donc tu pourrais éventuellement donner quelques clés en plus pour créer une certaine réciprocité avec ta lectrice ou ton lecteur. C'est vraiment l'impression qui m'est apparue à ce premier chapitre (impression qui se confirmera ou non par la suite, je te dirai), c'est comme si tu nous cachais trop de choses sur le fond du récit et que je n'avais donc pas les moyens de m'attendre à quelque chose de bien précis.

En ce qui concerne la thématique liée à la ligne éditoriale des éditions Yby, j'ai eu le sentiment que ton texte y collait mais, évidemment, ce serait à l'éditrice de te dire ce qu'elle en pense, ça dépendra aussi d'un éventuel comité de lecture.

Ah ! Oui, au fait, en fin de premier chapitre, tu proposes un enjeu soudain auquel je ne m'étais pas préparé. Ça suscite un peu ma curiosité, c'est bien fait, mais j'ai aussi le sentiment de ne pas savoir de quoi il en relève. Je me demande pourquoi ton personnage principal dont on connaît les plus intimes sentiments sur la fête ne nous en dit pas plus sur ce qui l'inquiète vraiment. C'est comme si l'on connaissait ses petites inquiétudes mais pas le véritable fond d'un problème qu'elle aurait, je trouve que ça peut rendre difficile la question de la réciprocité à la lecture, qu'il faudrait nous plonger plus dans le cerveau de cette femme (femme ou autre race, je n'ai pas vu d'élément concret qui m'ait permis de voir de quoi il en relevait, mais c'est peut-être un détail qui m'a échappé sur les sirènes ou quelque chose comme ça...).


Voici pour ma lecture du premier chapitre, une impression générale plutôt qu'un retour concret, mais cette impression devrait évoluer au fur et à mesure des chapitres, je reviendrai dans la semaine. À bientôt ! ^^



Edit : 29/04/2020

Bonjour Elk,


Je profite de ma journée pour prolonger un peu la lecture du récit...

Citer
— Non, je suis pas de la fête, répond-elle lorsqu’elle n’est plus qu’à quelques pas. Je suis venue me promener aussi. Elle a l’air d’être finie depuis un moment, d’ailleurs, cette fête. Vous vous seriez pas un peu perdue, par hasard ?
Pour bien mentir, rester proche de la vérité.
— Je me suis assoupie sur une marche. Je suis un peu éméchée.

Dans ce passage, j'ai eu des difficultés à savoir qui parle, étant donné que le récit était à la troisième personne et qu'il s'agit à partir de là de deux personnages féminins.


Le deuxième chapitre est cohérent, j'y ai trouvé quelques réponses à mes questions. Tu insistes énormément sur les émotions de Mina alors qu'il semblerait que ce ne soit pas lié à une question de race, de magie ou de légendes, si bien que ça me semble difficile de faire un lien exact entre l'univers fantasy et les sentiments intimes d'un personnage.

Personnellement, et j'aurais tendance à dire que c'est la même chose pour les lectrices & lecteurs de fantasy, j'ai beaucoup plus d'intérêt pour la relation du personnage avec l'univers qui l'entoure qu'avec sa sentimentalité intérieure (sauf éventuellement s'il y a un prétexte magique ou un enjeu important). Ici, en insistant autant sur ce « moi intérieur », tu mets de côté beaucoup de notions relatives à l'univers (en plus, semble-t-il, elle est différente de ses semblables, ce qui la rend plus encore marginale, particulière ; qu'on ne peut pas se fier à elle pour comprendre ce que vivent les autres et qu'on en apprendra peu sur les autres à travers son intériorité à elle).

Je dirais donc, si tu entreprends une réécriture d'une partie de l'intrigue, que tu pourrais insister plus sur la narration relative à l'univers dans lequel se déroule cette aventure et limiter l’intériorité de ton personnage. Limiter ne signifie pas bannir, évidemment, simplement en raréfiant les éléments perceptifs ou émotionnels de Mina, tu leur redonnes de la valeur, de l'importance (moins nombreux mais plus significatifs dans le déroulé du récit).


Je repasse bientôt pour une nouvelle lecture de la suite, à bientôt ! ^^
« Modifié: 29 avril 2020 à 14:57:08 par Alan Tréard »

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #4 le: 29 avril 2020 à 22:12:49 »
Hello-o


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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #5 le: 01 mai 2020 à 14:37:55 »
Bonjour Elk,


Me voici pour la lecture du troisième chapitre.

Je décris une impression générale sur l'intrigue : j'ai eu le sentiment que c'était un bon chapitre car l'enjeu est assez spontané et il n'y a pas d'exagération des descriptions. Ça m'a rendu curieux de connaître un peu les différentes races de ce monde, et pour le coup, je crois que j'aurais aimé trouver plus de descriptions relatives à la race des apparitions afin de mieux considérer leurs disparités.


Citer
— Tu te souviens de moi ?
Mina hausse un sourcil. L’autre essaye-t-elle de tester sa susceptibilité ?
— Je me souviens. Tes vêtements n’ont pas beaucoup changé depuis.
C’est au tour de l’inconnue de hausser les sourcils.
— Les tiens ont plus de paillettes et moins de… fourrure, lâche-t-elle en glissant un regard lourd de sous-entendus sur les épaules de Mina.

Ici, je n'ai pas compris. Peut-être que j'ai trouvé le secret de Mina révélé trop vite, que si elle avait fait beaucoup plus d'efforts pour ne pas révéler un secret, au moment de leur rencontre, j'aurais mieux compris la tension de la scène. Ici, puisque cette inconnue connaît déjà son secret, je ne vois plus trop où il y a un enjeu dans le dialogue.


À ce stade de ma lecture, je dirais que je vois certains petits travers qui apparaissent à la lecture, pas tout à fait des incohérences mais presque... Si jamais mon impression se confirmait par la suite, je te dirai à peu près où ces éventuelles incohérences se situent (généralement, les incohérences, c'est assez simple à fignoler/corriger, ça ne demanderait pas un trop gros travail de réécriture, au contraire).


Et voici dans l'ensemble du chapitre, à bientôt pour la suite de ma lecture. ^^
« Modifié: 01 mai 2020 à 14:44:00 par Alan Tréard »

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #6 le: 01 mai 2020 à 16:50:32 »
Et bien me revoilà.

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« Modifié: 02 mai 2020 à 15:25:32 par Loïc »
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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #7 le: 02 mai 2020 à 17:00:38 »
 Merci Elk, pour cette aventure d’une jeune selkie qui brave l’ordre établi.
 En général j’ai bien apprécié l’univers, on s’identifie aux personnages et l’intrigue est prenante – avec des réserves pour certains passages.

Si tu le veux bien, j’ai coupé ma lecture comme tes séquences (d’un à dix). J’ai une certaine tendance à proposer des corrections plutôt que juste dire « je n’aime pas », tu es bienvenue à suivre ou pas mon avis. Il y a aussi des questions. J’ai relevé une faute d’ortho/grammaire ou l’autre, je ne sais pas si je les noterais toutes.

 
séquence 01
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Donc, avec toutes ces pensées en tête, est-ce que c’est Musical ? Je crois que non, mais ça pourrait l’être. On parle de diversité dans ce texte, de classes sociales d’une part, d’espèces d’autre part. Tu peux exploiter ces différences et donner un état des lieux des chants et musiques selkies par exemple (quand elle rentre chez elle et/ou tout à la fin), ou Sirènes (lors du rituel de poissonnification), en plus de la distinction villa/underground qui gagnerait à être plus explicitée (n’hésite pas à mettre des noms de vraie musique avec un sentiment : est-ce que c’est des valses douloureuses, du punk expiatoire, du jazz mélancolique…, tout en gardant une certaine cohérence notamment au niveau des époques).
Le volet politique et la question de la confiance interpersonnelle sont une part importante de l’histoire, trop imposantes p/r au volet musical. Peut-être peux-tu imaginer une Mina qui voit le monde un peu différemment, pour forcer plus de musique là où il n’y en a pas naturellement ; mettons qu’elle fait confiance en fonction de la musicalité de leurs voix (le dragueur, Syrielle, Iris lors de la séquence un/deux, la sirène aux cheveux noirs). Tu peux imaginer la gamme mineure du mensonge, l’accord scintillant de la sincérité, la tierce de l’amusement, la dissonance de la duplicité, etc.

Que tu sois acceptée ou pas par YBY, je boirai un Rocky Goblin à la santé de Mina la Selkie !
 
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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #8 le: 05 mai 2020 à 09:30:23 »
Merci beaucoup beaucoup Alan, Loïc et Opercule pour vos retours !! Je les ai bien lus et je suis en train de travailler sur une nouvelle version, je répondrai en détails à vos commentaires en la postant :)

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #9 le: 05 mai 2020 à 14:45:02 »
Bonjour Elk,


Super pour ta réponse ! :)

Me concernant, comme je te donne une impression générale sur l'intrigue, ne t'en fais pas si ton retour était lui-même général et imprécis : j'essaie de te donner les grandes lignes de ce que j'ai trouvé dans le récit, et je comprendrai que tu aies peu de choses à répondre à ces sentiments de lecture (qui sont assez approximatifs). J'espère surtout que cela t'offrira une idée générale de ce que j'ai trouvé dans ma lecture afin d'éventuellement finaliser ton récit, et t'apporter des encouragement si tu veux apporter à cette histoire toutes les transformations à propos desquelles tu éprouverais un besoin. Je te transmets de nouveau mes vœux de bonne fortune : bonne chance à toi pour cet Appel à Texte.


Je viens de lire la suite, chapitre quatre, et j'ai trouvé que c'était un très bon chapitre. On ne quitte jamais tellement le cadre d'origine festif comme dans une ivresse dionysiaque, pourtant tu apportes suffisamment de nouveauté à chaque nouveau passage pour donner le sentiment que l'intrigue évolue progressivement. À mes yeux, les incohérences que j'avais cru percevoir dans un premier temps ont disparu au fil de la lecture : je comprends mieux la cohérence de cet univers festif et y trouve enfin mes propres repères.

En ce qui concerne la déclamation sur la « libre circulation des sirènes », je n'ai pas exactement compris les enjeux relatifs à des lois qui existeraient à propos. Je n'ai pas compris non plus si Mina était concernée par cette loi de par sa race ou s'il s'agissait en vérité de deux races distinctes avec chacune ses privations (c'est dans le chapitre deux, je crois, que : soit j'avais manqué l'information et m'étais égaré dans la lecture, soit l'information est glissée de façon implicite par sous-entendu et ce manque de dénomination explicite  – pour dire de quelle race elle est exactement – m'a beaucoup fait douter à la lecture).


Mis à part l'élément de la race, je comprends bien l'intrigue à cet instant du récit, et je dirais même plus que : je suis réellement intrigué. ^^


À bientôt pour la suite !



Edit : 07/05/2020

Bonjour Elk,


Me voici pour le chapitre cinq.

Dans l'ensemble, ça se tient bien, tu profites d'un chapitre pour donner à voir les traits de personnalité de tes deux protagonistes, on en apprend beaucoup en peu de mots, c'est bien ficelé.

J'ai eu le sentiment que le chapitre était solide, donc pas de priorité à mes yeux en vu d'une éventuelle réécriture. Une idée, comme ça, en passant, tu évoques un peu des critiques générales tournées à l'attention de l'organisation politique de ce petit monde, des bribes de désaccords ou d'opinions exprimées. Je me demande si tu n'aurais pas pu apporter un élément d'intrigue, un quelque chose de concret dans l'instant présent (un risque réel pour l'un des personnages, une crainte immédiate) qui permette de réintroduire une forme d'anxiété réelle, une inquiétude sous-jacente dans le comportement de quelqu'un. C'est une idée comme on en trouve ailleurs : Iris pourrait, par exemple, regarder derrière elle, comme sous une vigilance constante, inquiète, tourmentée par un danger tapi dans l'ombre. Cela créerait comme un enjeu secret, un indice des risques qui parcourent secrètement cet univers festif...


Et voici pour ce qui me vient aujourd'hui, je repasse bientôt pour la suite des épisodes ! ^^
« Modifié: 07 mai 2020 à 15:18:03 par Alan Tréard »

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #10 le: 08 mai 2020 à 19:32:36 »
Hello !

Je repasse pour des réponses plus détaillées. Encore merci beaucoup pour tous vos retours ! J’ai repris le texte mais laissé en suspens quelques modifs de fond, je vais y réfléchir un peu avant de le reprendre, je posterai une nouvelle version quand tout ça aura un peu décanté ^^.

@Alan :

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@Loïc

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@Opercule

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #11 le: 10 mai 2020 à 14:21:56 »
Bonjour Elk,


Je viens de lire le chapitre six et un élément essentiel de narration qui était apparu subrepticement dans mes commentaires se confirme ici ; étant donné que c'est vraiment un enjeu du récit, je vais essayer d'appuyer cet élément pour te permettre de comprendre en quoi ta narration aurait réellement besoin d'être réaffirmée.

Vu qu'il s'agit d'un enjeu important du récit, je le glisse sous spoiler (à ne pas ouvrir pour les curieuses & curieux qui n'auraient pas encore découvert ce fabuleux récit de playa fantasy !!).

spoiler : GROS spoiler
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Voici pour un très gros élément de l'intrigue sous spoiler, un commentaire plus détaillé que les précédents avec des conseils plus appuyés qui ne me semble pas concerner le déroulement de l'histoire (la série d'événements resterait la même) mais redonnerait une seconde jeunesse à la narration elle-même (à la façon dont c'est raconté, le sujet principal deviendrait secondaire). Effectivement, tu m'as expliqué aimer les effets de sous-entendus, comme une chose que l'on pourrait lire entre les lignes, mais n'oublie jamais que l'effet ne doit jamais prendre le dessus sur la narration, du moins avant tout dans un récit de fantasy où l'histoire prime sur les effets de style.

Il faut que la narration soit valorisée, l'effet doit être au service de l'intrigue, ne jamais s'en distinguer...

Je n'ai pas tellement trouvé de « romantisme » dans ton récit comme dans une histoire d'amour à l'eau de rose, et ça me plaît finalement, de voir des chimères animées par d'étranges mœurs, des races s'entretuer dans l'irrationnel le plus bestial, j'ai l'impression d'être une chatte qui retrouve ses petits : c'est une narration genrée, un récit de fantasy comme je les aime. Raison pour laquelle j'insiste bien sur cette question « d'effet implicite », attention à ne pas réserver ton récit qu'à des lecteurs qui seraient sensibles au même implicite que toi, sans quoi, tu risques de perdre pas mal de monde à la lecture...


Enfin, puisque la fantasy te réussit, j'espère que mon présent commentaire sera un encouragement pour toi. Je n'aurai rien à rajouter à ce stade de ma lecture, tout est dit maintenant, car je t'ai déjà fait beaucoup de propositions de réécriture qui demandent déjà suffisamment de temps pour ne pas en rajouter ensuite ; en revanche, je lirai la suite tout bientôt et t'apporterai des précisions si jamais tu m'en demandes sur des indications que j'aurais données et qui manqueraient de clarté. Je prendrai plaisir à découvrir la fin de cette incroyable légende issue des vieux grimoires.

Je dois quand même dire que la playa fantasy promet de très belles lectures... :huhu:


Alors je reste disponible au cas où, sans quoi je repasserai pour lire la fin bientôt et te transmets tous mes encouragements pour cette nouvelle version que tu prépares pour les éditions YBY. ^^
« Modifié: 10 mai 2020 à 14:59:31 par Alan Tréard »

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Re : Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #12 le: 10 mai 2020 à 14:35:17 »
Salut !

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #13 le: 12 mai 2020 à 14:12:38 »
Bonjour Elk,


Me voici pour le chapitre sept. ^^

J'ai été content de trouver quelques clarifications sur ce monde, elles étaient attendues (tu as dû t'en rendre compte à la couleur de mes commentaires ^^ ). Finalement, je commence un peu à comprendre l'état d'esprit de Mina, ce qui l'amène à faire certains choix plutôt que les autres. Je trouve que le personnage de Mina fait sens, qu'elle a une raison d'être suffisante pour alimenter le récit.

J'ai une occasion de te décrire la même chose que dans mon précédent commentaire mais dans une situation tout à fait contraire, je saute donc sur cette occasion de suite. ^^


Citer
— Pour m’avoir fait confiance ? T’as raison, t’es peut-être pas si transformée, en fait. T’as pas envie de découvrir un peu le monde plus loin que la côte et les soirées ? Tu vas faire quoi, quand l’été sera fini pour de bon ? Retourner dans ta flaque et t’y cacher jusqu’à l’été prochain ? Continuer ça tous les ans jusqu’à ce que tu sois plus capable de marcher ?
— Et alors ? Si ça me plait ? C’est toi qui ne vaut pas mieux que les puristes que tu passes tes soirées à dénigrer. Tu vois, par principe, tu considères que votre continent vaut mieux que notre océan. Mais tu ne sais rien. Il n’y a rien sur vos cailloux desséchés qui vaille la peine que je délaisse l’océan. Rien.

Alors, ici, tu décris un enjeu qui bouleverserait la vie de tes deux personnages, donc c'est une résolution vis à vis du précédent problème que j'avais évoqué ; en revanche, apparaît une problématique contraire.

Rien n'interdirait d'écrire ce genre de dialogue dans un récit romantique, la justification de la fantasy me semble parfaitement insuffisante dans ce chapitre. Ça peut donner l'impression que l'étiquette « fantasy » sert juste à habiller une romance assez traditionnelle alors que tout le début du récit donnait le sentiment contraire (et te connaissant, je sais combien tu affectionnes les univers de fantasy).

La raison est assez simple : l'enjeu qui fait obstacle entre tes deux personnages doit émaner du monde extérieur et pas de la volonté propre de tes personnages principaux. En quelque sorte, il faut que la résolution du conflit soit extérieure à Mina pour que cela représente un obstacle réel dans un univers de fantasy. Il n'est pas possible que la volonté seule de Mina suffise à justifier cet obstacle, il faut que l'obstacle soit indépendant de sa volonté propre.

L'astuce, pour ne pas trop bousculer l'intrigue, c'est comme avec mon précédent commentaire pour donner des informations sur les selkies, c'est par exemple ajouter une seule phrase qui résume un enjeu bien plus grand que la volonté de Mina seule, comme « tu ne sais rien de l'océan... et tu oublies que sur terre les lois m'obligent à faire une déclaration en préfecture si je confie ma peau à une humaine » ou encore « tu ne vaux pas mieux que les puristes... et déjà les puristes eux-mêmes préparent une nouvelle loi pour interdire à des gens comme toi de venir en aide à des gens comme moi qui se réfugient sur la terre », un genre d'élément de détail glissé au cours d'un dialogue important pour souligner combien la situation de Mina est indépendante de sa volonté propre (ce qui revient également à dire qu'Iris accuse Mina à tort, puisque c'est indépendant de sa volonté, et participe de cette façon elle-même à la persécution des selkies...).


Et voici pour des éléments qui ne sont pas essentiels mais peuvent éventuellement t'apporter quelques idées en plus pour agrémenter le récit d'idées enrichissantes. À bientôt ! ^^

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Re : Sous la surface [playa fantasy][pour AT]
« Réponse #14 le: 13 mai 2020 à 12:23:46 »
Coucou Elk  :coeur:

Enfin, je prends le temps de passer (parce qu'évidemment, je procrastine mon histoire et ma playa ^^)


envoi 1
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« Modifié: 13 mai 2020 à 12:38:15 par derrierelemiroir »
"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

 


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