Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

03 juin 2020 à 19:52:27
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Auteur Sujet: Royaume  (Lu 189 fois)

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Royaume
« le: 20 avril 2020 à 17:28:23 »
Royaume
un synopsis ?
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ce qui est posé ?
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ce que j'attends d'un éventuel retravail réfléchi ?
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Chapitre premier : jusqu’à maudire
*
Perfide était son prénom.
Ainsi fut-ce dit.
Un licol dans l’anneau par un coulant un peu mou, serré pour ne pas se dénouer mais pas assez pour attirer le plaisant à l’infraction. Et voici que la capuche sombre de Perfide se distingue devant la torche, à l’entrée de ce qui pourrait passer pour une taverne, en pleine journée ou même la nuit, mais qui se révèle parfois le théâtre d’autres faits de société. L’enseigne ? Un plan de bois découpé en forme d’écu, sur lequel est imagé selon l’émail, de gueules, l’emblème un buffailé sable, armé et lampassé d’azur. Le vent engouffré dans la ruelle, glissant des pavés, fait osciller en un pendule grinçant cette excroissance vers l’intérieur, qu’on a tôt-fait d’oublier lorsque claque la porte de bois brut juste en dessous.
La poignée, un simple anneau de fer forgé, sert de heurtoir. Mais tout ceci n’est que pure mascarade, car on lui a dit, à Perfide, d’entrer sans s’annoncer.
- Ils t’attendront directement là-bas. Le Taureau d’Airain. C’est un édifice pour le moins fantomatique, il a d’avantageux qu’il n’attirera jamais les curieux. Personne n’y rentre par hasard, c’est pourquoi tu seras peut-être gêné de ne reconnaître que des inconnus. Mais ne prends pas garde à leurs airs miteux, ils seront bel et bien là pour la même chose que toi.
*
Un temps d’attente et le voilà à l’intérieur, sur le seuil. Son regard a parcouru la pièce durant la seconde où ses occupants restaient poliment pudiques. Maintenant il fixe le sol en dissimulant son envergure de ceux qui, il le sent, se posent d’une curiosité tout aussi polie, sur sa personne aux cheveux gras, dont on ne saurait démêler les sinuosités incorporées aux tissus, aux cuirs et aux ferronneries de son accoutrement.
Perfide est sombre.
Sa barbe piquante est de la même couleur ébène que le reste de sa personne, et les rares morceaux de peau qui s’affichent de lui, sont d’une blanche tonalité. Juste avant que ne grince une chaise ou un banc, il retire sa capuche d’un mouvement convenu par la situation comme étant paisible.
Il sent les regards se rassurer, et il se rassure.
Alors le sien s’adresse à eux.
*
Une fois au comptoir, l’aubergiste affiche un air désabusé. Il est immense, et voûté entre les fûts et les bouteilles, il interroge, sans un mot. Perfide se déballe comme on lui a préconisé :
- Je voudrais goûter un Sang de Dragon, mon bon. En reste-t-il un fond de cave ?
Le silence se pèse. Le sourcil du tavernier, ou qui qu’il soit, ne se laisse ni éberluer ni pénétrer. Et alors que fixe reste la partie haute d’un visage éclairé, bouge presque imperceptiblement la partie dissimulée derrière une forêt de barbe. Un sourire.
- Ainsi l’appelles-tu, voyageur… Qui t’envoie ?
Les mots se répètent selon le code. Perfide n’est pas du genre à convenir à ces situations entretenues par discours d’accointance. Pourtant il doit se remémorer les étapes de cette conversation indispensable à la suite de son travail.
- Quelqu’un que tu ne veux pas connaître.
Cette fois le sourcil se hausse, complice d’un sourire qui, lui, ne l’est pas encore. L’exercice de persuasion mutuelle quant à la confiance d’un péril à partager, bat son plein et à l’instar du coeur de Perfide, pulse, et rythme les veines alors saturées d’un système d’échange verbal qui se rit des mots en eux-mêmes. Quoi qu’il se passe de Métastase dans l’échange, Perfide sent, comme son pouvoir lui permet, que la mort est à l’aube de son chemin.
*
Le Faux Roi a choisi Perfide comme dissimulat de son action ; il y a de cela des années. Perfide l’orphelin sorcier. Son épée n’est efficace qu’en situations exsangues, mais tout autour de sa malédiction, une immense responsabilité.
Il a fallu le soudoyer. L’amadouer de mille vices retournés de la noirceur pour canaliser son habileté au Métastase. Depuis qu’il la recueilli, le Faux Roi n’a eu de cesse de se mettre cette âme damnée au fond de la poche, et c’est un peu reconnaissant que Perfide se raccroche à son puissant maître, et bien qu’il ne lui soit pas plus officiellement loyal qu’officieusement déloyal.
Tant que son pouvoir reste auprès de lui, tous-deux demeureront en sécurité.
C’est ce qu’il doit lui faire accepter sans trop lui révéler.
Car Perfide amène la mort, dit-on de lui.
En réalité c’est qu’il la sent et qu’il s’y dirige, toujours, sans trop prendre de détours dans le temps ; juste sent-il, et sur son chemin se tracent les cadavres de son intuition. Perfide a une mission, et nul ne la connaît. Peut-être pas même lui qui vogue au gré du Métastase.
*
Les couleurs indiquent parfois à Perfide ce qui va se dérouler dans l’après-vie. Une aura, quelque chose, qui irradie des concernés. Il garde tout ça pour lui, car le seul qui le comprenne est le Faux Roi, qui de sa blancheur immaculée le rassure en son palais lors d’entretiens privés récurrents, bénéfiques aux deux qui se complètent un peu, sans s’indifférer en tous cas.
Ici au pied d’une forteresse sombre. L’écu du Taureau d’Airain n’est pas trompeur. Juste est-il trop discret pour l’ampleur de ce qu’il dissimule.
Un vert sinople illumine le tenant du comptoir lorsqu’il lui fait signe de le suivre. Son œil a brillé comme une dent en or, et son sourire était fermé.
*
En fond de cave, des escaliers, des rideaux, des portes et des serrures.
Le massif tenancier guide Perfide dans un léger dédale que le mercenaire royal n’est pas tout-à-fait sûr de savoir inverser. Mais il avisera en temps voulus. Dans un fond vide, une impasse, une dernière pièce vide. Attendent quelques personnage à l’aspect miteux. Des salutations, quelques bredouilles échangées, et tous se tiennent debout dans l’expectative de quelque décision du destin.
Qui advient.
Par la cheminée inerte, se forme une fumée, bleue argentée, un peu avec des bulles, et alors elle s’étale contre la paroi et semble s’y magnétiser. S’agglutinant de plus en plus, elle finit par déborder par le haut, et dégouliner au plafond. Un rire résonne à cet instant, venu des profondeurs de la falaise dans laquelle ils sont enfoncés, sous le château du Vrai Roi, dans l’antre du Taureau d’Airain.
Et alors qu’il s’éternise quelques secondes, tonitruant, sans respiration aucune, et puis encore, et encore, les regards s’intercroisent, interloqués.
*
- ...aaaaah ! Ahah ! Ah ! Je suis Styve, le fantôme d’un nom-lieu. Hélas je ne peux venir pénétrer votre monde si charnel et matériellement physique d’incarnation incarnée. Ahah ! Tout ce que je peux vous offrir tient en une promesse à ne pas répéter. Qu’advienne ce portail qui vous mènera de l’autre côté de la roche, près de l’antre du Vrai Roi et de son laboratoire. Ne chercherez-vous pas à percer les mystères de Pyxxim, et ses trouvailles vous resterons secrètes. Les murs sont étroits dans le labyrinthe du laboratoire du Vrai Roi.
- ...aaaaah ! Ahah ! Ah ! Je vous accompagnerai, moi le seul traître à l’histoire, car il n’est que le vrai chemin que j’arpente, et tous les autres sont mortels. Me suivre vous assurera donc la survie, mais je reste au service de mon bon souverain, et si d’aventure vous manquiez, c’est donc ici ou pas, que vous en trouverez. Mais sans s’égarer tout bonnement, il s’agirait de ne point vous questionner sur vos intentions. Il serait triste pour moi de ne pas vous faire bénéficier de mes pratiques des lieux !
- ...aaaaah ! Ahah ! Ah ! Je suis prêt. Vous n’avez qu’à passer si vous souhaitez peut-être entrer ou sortir… Ha ! Et, au fait : une fois que vous me verrez de l’autre côté, ne portez pas trop attention à mon costume-cravate, mes lunettes et mes cheveux gominés. Nous aurons bien le temps des surprises !
*
Une fois dans un couloir de catacombe, Perfide garde la main près de ses dagues. Il est prêt, confiant et méfiant d’un même mouvement que la sérénité assure, en son côté contrôlé, de servir en toute situation invivable. Et en l’occurrence, peut-être pas de danger immédiat ; seule la nécessité de se repérer dans un nouveau contexte, pour une nouvelle mission, dans un chapitre de son existence auquel il se plonge totalement, en immersion parfaite.
Les autres suivent. Ils sont là, embauchés à la va-vite par un local du Faux Roi. La plupart ne savent même pas ce qu’ils font. Tous sont là, pour une bourse un peu trébuchante, dont il savourent l’acompte et la promesse d’une suite. Perfide espère pour eux que suite il y aura. En tous cas il convient de rester sur ses gardes, d’après le taux d’ironie du fantôme aux verres carrés et à la carrure toute frêle et maigre. Sa peau semble lavée par les plantes, trop pour qu’aucune résistance ne lui résiste. Et pourtant il est presque angélique, avec son sourire, sa peau glabre et son poil inexistant. Lorsqu’il traverse une toile d’araignée, son superbe costume-cravate ne déforme qu’à peine la réalité en s’immisçant au travers.
Il se tient droit et le regard légèrement fuyant, il joint les mains et les entortille à chacune de ses paroles volubiles en arabesques.
Lorsque tous sont rassemblé face à lui, il commence la visite.
*
- Alors, comme vous le constaterez ou pas, et comme je vous l’ai assuré, je n’emprunte que le bon chemin. Celui, et le seul, qui n’est pas mortel. Par exemple si vous me suivez jusqu’à cet embranchement, je vous assure que fatalement, si vous prenez à gauche alors que moi à droite, eh bien… vous finirez par mourir si vous ne décidez pas avant fatalité, de rebrousser chemin. Au moins, c’est dit, et clair.
- Donc bin je vais prendre à gauche, me suivent qui veulent.
- Pour les autres, rendez-vous dans un nom-lieu.
*
Les murs se resserrent, toujours en gardant cet espace à la fois suffisant et exigu. Le groupe suit le fantôme qui, d’un pas feutré de talons rigides, se déplace d’un souffle de vent inexistant. Il flotte, il survole, mais jamais sans feindre la gravité qui le rend palpable, réel, incarné.
Parfois lors d’un changement de hauteur, dans un escalier il va marcher au dessus du vide, ou au plafond se cogner la tête en interférant par tangibilité avec la matière. Lorsqu’il n’est pas attentif, il n’est pas tout-à-fait dans le sens du haut et du bas. Parfois il sursaute d’un grésillement. Tout semble si étrangement peu magique ou non magique, pour les aventuriers humains qui constituent le groupe, qu’aucun ne pose la question du niveau de complexité que nécessita l’envoûtement pour formuler son essence démoniaque. Styve reste donc cet étrange interlocuteur de confiance, qu’on sait du camp adverse. Et alors ? Perfide a peur, mais contrairement aux autres, il se figure à peu près pourquoi.
*
- Évidemment si vous me faites confiance tout ceci ne sera pas très palpitant. Puisque je n’arpente que le tracé sans pièges. Mais pourquoi pourquoi… me feriez-vous confiance ? Jusqu’à où ? Ahah nous verrons. Je vous ai parlé de Pyxxim, il n’est pas très méchant comme humain. Et pourtant il est enfermé ici par le Vrai Roi, parce qu’il est le meilleur sorcier de sa discipline. Je ne crois pas que personne ne lui veuille de mal, et pourtant il est la créature la plus solitaire de tout le plinfini. Et croyez moi, je sais à quel point peut se montrer solitaire la peuplade du plinfini…
*
Les locaux embauchés pour épauler Perfide sont mutiques. Ils le restent, plutôt satisfaits qu’aucun risque ne leur tombe dessus. Le mercenaire, de son côté, reste sombre et pensif. Il a diminué son attention pour ne pas s’ennuyer ou s’épuiser inutilement. Viendra bien le temps des traquenards.
Avec Styve, ils se promènent dans ces catacombes étrangement illuminées. Les torches magiques s’éclairent, bleutées, au passage du fantôme qui à l’occasion, s’amuse d’un claquement sonore de doigts, à éteindre ou allumer un des feu-follets. Lorsque pour patienter à l’intention des trainards, il s’approche d’une lueur, il l’ausculte d’un regard curieux et insatisfait ; alors, comme on réajusterait le niveau d’horizontalité d’une toile peinte, il tourne une cheville invisible et la luminosité s’atténue ou s’amplifie. D’autres fois, c’est une créature insectoïde qui vient exploser au passage, en une gerbe de lumière qu’il enclenche d’un contact du doigt.
Semblant s’amuser ainsi, tout seul dans son délire, le fantôme en costume-cravate n’en oublie pas ses visiteurs, et d’un air absent, il vient, part, revient et repart, toujours un peu absorbé par des préoccupations spirituelles.
Perfide se lasse de ce théâtre de marionnettes, et il s’impatiente presque d’arriver là où tout aurait du sembler plus compliqué. Il se souvient des indications floues du Faux Roi, car alors il s’imaginait tomber sur des indices progressifs à sa mission. Or là tout est tracé, et pourtant il ne sait pas vraiment où il va ; ce qu’il cherche.
*
Et puis l’impensable se produit.
Perfide remarque qu’il a perdu le compte depuis un certain temps et qu’un des aventurier a disparu. Les autres semblent ne pas l’avoir vu, mais de sept il ne sont plus que six. Et Perfide s’effraie à l’idée de ne pas savoir depuis quand, où, comment… Aucun bruit n’a annoncé son départ. Il n’y a pas eu de fracassant effondrement de sa vie, par un quelconque ressort qui aurait été perceptible. Le pire n’est pas de savoir qu’il a disparu ; mais bien de ne pas avoir su au moment.
Méfiant et avec une nouvelle attention sur ses gardes, il glisse une interrogation d’un regard en direction de Styve, qui le capture avec un sourire tacite avant d’ignorer le malaise ainsi soulevé entre eux-deux seulement.
Pendant ce temps les locaux se traînent, un peu quiets mais un peu inquiets.
Certains ont sorti leur arme ; d’autres l’ont rangée.
Tous sont un peu en ligne ou en groupe, comme aléatoirement répartis, mais inéluctablement collés par ce lien de libre-circulation sur la bonne voie du fantôme à lunettes.
*
Ils passent des souterrains aux allures différentielles. Un coup c’est une roche humide et grasse qui suinte, un coup un mur rafistolé de pierres, un coup une faille géologique avec un passage taillé, un coup…
Et puis les paysages se succèdent, toujours sombres, bleutés, et de Styve émane comme un sentiment de jour, alors que peut-être… Perfide a perdu la notion du temps. Depuis quand marchent-ils ? Il n’en sait plus trop rien. La faim l’a abandonné, la soif aussi, tant d’ailleurs, qu’il en a oublié la bouteille dans le pli de son cuir.
Le fantôme continue de parler, et à chaque embranchement il tente une hallucination discourue à propos de comment on peut mourir si on va par là…
Il inspire une aura un peu folle. Et de ses yeux azur, clairs, irradie la malice si spécifique des entités magiques incarnées. Sous le château du Vrai Roi, par l’entrée du Taureau d’Airain, Perfide ne sait plus trop qui est au service de qui.
Et puis un nouveau local se fait aspirer, et il disparaît comme le premier. Cette fois Perfide est attentif : il s’évapore tout simplement, sans un bruit, dès que tous les regards l’ont fui. Tous les regards sauf, celui de Perfide.
*
- …aaaah ! Ahah ! Alors. Nous voici à un point incident, Perfide. Il n’y a plus personne et tu l’as remarqué maintenant. Il nous fallait cette longue détourderie ahah, pour que tu sois assuré du succès de ta mission. Hmm ?
Ils sont devant une grande porte sombre, à l’intérieur d’une cavité monumentale. Le minéral semble noble. Un genre de marbre ébène, taillé par endroits en de sculpturales colonnes incisives et arachnéennes, subit des nervures argentées qui scintillent naïvement, mais froidement, éclairant la scène d’un mysticisme que le fantôme alimente exprès, à l’intention de Perfide. Ce dernier est là, dans cet endroit un peu privilégié des amoureux du danger. Il attend.
Alors Styve reprend.
- Pyxxim est au service du Vrai Roi, tu le sais maintenant. Il cherche donc ce qui apparaît naturellement. La formule de la vérité. Son travail est méticuleux, scrupuleux, appliqué. Il est même minutieux, et assez complexe pour que personne d’autre que lui ne puisse dorénavant parvenir à un meilleur résultat que lui. Il est immortel, comme beaucoup de mages du plinfini. Mais tu n’es pas là pour la formule, je crois… si ?
*
De l’autre côté de la porte, un dôme. Immense. Gigantesque. Perfide si sent plus petit qu’aucune grotte ne saurait jamais lui inspirer autrement, qu’en cet instant où il se demande comment la montagne du château peut réellement dissimuler ce volume architectural interne.
L’air béat, il satisfait le sourire de Styve qui, lui, est rayonnant. Embaumant de lumière toute l’immensité sombre, il éclaire les passerelles, les ponts, les arches, les balcons et autres échelles, escaliers, cordes et poulies, et tout autant que les toiles suspendues, les vitres et les filets. Il y a des poids, des contre-poids. Il y a cette lueur bleue, celle de Styve dont la démesure de Métastase remplit sans dimension, tout l’espace sans qu’il ait à changer de proportions. Il est là, immense, partout, et pourtant à cette taille humaine d’étrange sorcier en costume-cravate et verres sur titane.
Et puis il disparaît et tout s’éteint.
*
Pas une torche n’est efficace. Pas une pierre, pas une paille enflammée. Toute tentative d’éclairer se trouve étouffée, vaine, avortée. Avant de perdre ses repères, Perfide reste immobile le temps de s’assurer qu’aucune magie non plus n’est suffisamment puissante pour discerner un chemin.
Il est inutile d’appeler Styve ; pas qu’il n’entendrait pas le bougre, au contraire doit-il parfaitement assister à la scène en prenant soin de ne pas déborder.
Alors incapable de surmonter ce début d’épreuve, Perfide le mercenaire rebrousse le court chemin qui l’a mené à l’intérieur du dôme, qu’il ne peut définitivement pas explorer en état d’obscurité absolue. Sa complexité le rendrait tel qu’un tombeau n’est pas souhaitable pour lui en l’instant. Quelques pas vers l’arrière, un peu entre les quelques colonnes de l’entrée, et… Oui : la porte.
Perfide a le souvenir de Styve qui, d’un mouvement surhumain, la fermait juste auparavant, d’un immense claquement résonné entre les minerais de la structure. Saura-t-il, lui, la faire pivoter sur ses gonds ? Il tâtonne dans le noir. Enfin, une poignée. Un loquet ? Une action quelconque à effectuer ? Perfide cherche, trouve, clique et déclique. Un anneau tiré ou poussé. Un sens plus trop certain.
Tout grince, sans lumière, et de l’autre côté de la porte, le marbre ébène aux nervures d’argent n’est plus scintillant. Toujours ce néant perceptif.
*
- Mon Roi. M’entendez-vous ?
Un écho lui renvoie les barrières magiques du lieu. Le bouclier et si puissant que toutes les ondes de Métastase qu’il envoie en appel à l’aide, se perturbent et retournent à leur origine dans cet écho qui devient bien trop lancinant pour que Perfide s’acharne plus que de raison.
Reprenant son calme avec la simplicité de celui qui perd son esprit à se demander si dans l’obscurité totale, il est plus utile d’ouvrir ou de fermer les yeux, Perfide cligne, papillonne, louche et lève les yeux au ciel inexistant dans ce plafond sombre qu’il ne distingue que par son sens de la gravitation du plinfini. Mais tout ceci est incertain. Alors qu’il tente de marcher, les mains tendues, son équilibre lui joue des tours. S’il sait encore où sont le haut et le bas, il échoue parfois à être en parfaite adéquation avec le peu de présence que son corps lui redonne par les sens. Peut-être finira-t-il par trébucher, perdu avec le sens des tombes.
Alors il se traîne par terre, jusqu’à ce que son souvenir de l’arrivée du chemin annonçait comme couloir. Ce qu’il trouve, un peu laborieusement. Il reconnaît la différence de matière. Le marbre ébène nervuré d’argent laisse place à un granit un peu granuleux, irrégulier mais plutôt rond. Et l’encadrure du passage est reconnaissable, d’après pondération d’importance de sa mémoire spatiale.
Perfide remonte alors le labyrinthe, faute d’une autre solution que celle de trouver de la lumière. Le risque est juste total. Les heures qu’il a passé, même à la lumière de Styve, ne saurait pas se restituer à son sens de l’orientation, surtout maintenant qu’il n’a plus ses repères visuels. Que faire alors ?
Errer jusqu’à ce qu’un piège l’emporte, avec l’espoir qu’une lumière se manifeste avant ? À moins que…
Le mercenaire incante le Métastase, et maintenant qu’il est dans le couloir, il sent le fluide revenir des pièges magiques du dôme. Il invoque donc des feu-follets, comme le faisait Styve.
Et le couloir s’éclaire un peu, moindrement.
*
Un temps. Deux temps. Plusieurs.
La mort ne cueille pas Perfide, qui commence à perdre toutes les notions qui le maintenaient en vie. Sa raison seule semble finalement occuper en dernier résident, ce qui lui tient lieu de conscience. Et puis elle s’en va, elle aussi, peu-à-peu et sans qu’il ne s’en rende compte.
Une éternité. Deux. Une infinité.
Perfide s’est vautré, sa magie n’est plus efficace. Il a retrouvé sa bouteille dans le pli du cuir. Comment la terminer ?
Alors qu’il se demande, son corps se raidit. Rigide, il finit immobile, puis inerte. Au final il n’y a plus aucun mouvement, et les yeux ouverts, Perfide observe sans voir, dans le noir, le mur de pierres, le sol dallé grossièrement, l’exigu de la situation d’un couloir dans lequel il a décidé d’abandonner.
- Mon Roi…
*
Et du silence à la fin du piège chronométré, une lueur. Après des milles et des milles, Perfide l’emmuré voit son corps s’éclairer alors que la voix de Styve approche. Il voit son corps, qui n’est plus qu’un squelette. Il voit la bouteille, les toiles et la poussière. Même sa peau a disparue, après avoir longuement séché.
- ...aaaah ! Ahah ! Ah ! Et, oh, cher visiteur, voici un qui s’est probablement joué de moi. Je lui avais pourtant dit que je suivais un chemin dangereux et qu’il ne fallait pas trop me suivre. Enfin je crois ? Je te conseille cher, visiteur… de ne pas trop t’approcher. Je t’ordonnes presque… de ne pas toucher.
Perfide ne peut pas bouger. Il est mort de corps, et son âme enfermée observe tout ce qui se passe. Envoûté, le visiteur ses approché, il tend une main. Lentement, les doigts approchent de la bouteille.
L’instant semble s’étirer, et le visiteur, étrange gringalet un peu élastique à l’air déterminé, est à quelques pouces.
Et puis c’est d’un pouce bien en chair que Perfide sent le bout de son âme agiter. Il sent le contact de la bouteille qu’il touche du bout d’un doit tendu ; un doigt tendu, fin, rachitique même, un doigt tendu de gringalet ; qui touche la bouteille d’un cadavre dansa un couloir !
Perfide se prend une baffe intérieur. Et le jeune gringalet tombe à la renverse, avec en son intérieur, l’âme de perfide qui a quitté sa demeure qu’il croyait éternelle. À l’intérieur du corps frêle, des soubresauts démoniaques. Le gringalet est là, toujours.
« Qu’est-ce qui se passe ? C’est quoi ?! Qui êtes-vous ?! Sortez de ma tête !! HAA ! »
Perfide n’en demande pas davantage. Il prend le contrôle en serrant les poings et se rue sur Styve avec le corps du gringalet.
- Mène-moi à mon but, démon !!
À l’intérieur de lui, une voix se noie un instant. Il ira voir plus tard.
Chapitre deux : jusqu’à mourir
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