Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 juin 2020 à 23:37:53
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » L'Elfe Noir

Auteur Sujet: L'Elfe Noir  (Lu 1924 fois)

Hors ligne MoonAngel

  • Troubadour
  • *
  • Messages: 340
  • Présentement en confinement
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #60 le: 12 mai 2020 à 00:53:59 »
Allez, j'essaie de rattraper mon retard :aah:

Chapitre 10 :
Citer
Une fois entrés dans la caverne, le guide nain
Alors, il me semble que le "entrés" doit s'accorder avec "le guide nain" si tu formules ta phrase de cette façon. Il faut donc ajouter quelques mots pour faire par exemple "Une fois qu'ils furent entrés dans la caverne".

Citer
de lui  et s’assit
espace superflue

Citer
Le génie du feu s’avança alors vers le prince et dégaina lentement l’épée de son fourreau. La lame semblait avoir été forgée dans un morceau de lune rutilant et produisit un son cristallin quand elle sortit de son fourreau.
Les deux phrases à la suite finissent par "de son fourreau", ça m'a paru un peu bizarre à l'oreille :???:

Citer
ce métal  et se mit en garde
espace superflue + il manque un adjectif on dirait.

Citer
le jeune Elfe sentait ses bras et ses jambes lui crier merci.
Je sais que "merci" n'est sûrement pas mal employé ici, mais j'aurais plutôt vu "grâce" à la place. Maintenant j'imagine ses bras et ses jambes être masochistes et remercier l'adversaire pour les coups reçus :mrgreen:

Spoiler
[close]

Citer
dans la tache de gardien
La tâche plutôt, non ? :mrgreen:

Citer
il chargea Tansper  de la garder
espace superflue

Citer
l’aida  à s’approcher
Espace superflue

Spoiler
[close]

Citer
nous avons  dû partir
espace superflue

J'enchaîne avec le chapitre 11 ^^

Citer
leurs  blessures
espace superflue

Citer
ont disparus
disparu*

Citer
je les trouve très bon
bons*

Citer
Nous aussi, les femmes, nous avons le droit de défendre notre peuple ! Nous sommes restées trop longtemps à nous reposer sur la force des hommes !
Yes, un peu d'égalité des sexes ici :guillaume:

Citer
plus  tard
espace superflue

Citer
Une fois toutes ces femmes réunies, elles se mirent à caqueter comme dans une basse-cour
Et tu étais obligée de les rabaisser à cette image de poules commères. C'est un peu triste.

Citer
pour mon comportement d’hier
Alors, comme le paragraphe commence par "le surlendemain", ça me laissait penser que ça se déroulait 2 jours plus tard :???:

Citer
je prennes
... Je dirai rien, je pense que tu comprendras :D

Citer
Sur leurs visages, se lisait un mélange de détermination mystique et d’angoisse existentielle.
En fait, je ne dis ça que maintenant, mais j'ose espérer que les Salam’andros vont finir par avoir un développement, une explication pour leurs agissements, un peu plus poussée que juste "c'est le méchant Elfe Noir qui nous contrôlait déso" :noange:

Voilà voilà. Conclusion de tout ça : les espaces superflues sont un véritable fléau :D
Je ne sais pas si tu écris dans un logiciel de traitement de texte (sûrement que oui :mrgreen: ), mais tu peux facilement les repérer en faisant une recherche (ctrl+f) et en mettant "  " dans la barre de recherche ;)

Au plaisir de lire la suite ^^
💎 🌸 🐚
May your heart be your guiding pen

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #61 le: 16 mai 2020 à 21:38:18 »
Salut Moon,
merci pour tes corrections (bêtes et méchantes, les erreurs... :mrgreen:)

Concernant les Salam'andros, c'est une bonne idée effectivement à réfléchir sur un développement de leur psychologie. Je vais y réfléchir.

A bientôt!
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #62 le: 16 mai 2020 à 21:52:17 »
Chapitre 13 : Roïbhilin
Depuis que Melwyn et ses deux compagnons avaient quitté le massif de Ménezgwen, ils avaient parcouru de nombreuses lieues à travers les Plaines de Llyr, en marchant sans relâche. Arrivés en zone contrôlée par l’ennemi, ils durent redoubler de précaution pour éviter les troupes salam’andros qu’ils croisèrent sur leur chemin et échapper à leur vigilance.

Une nuit de nouvelle lune, alors que les Elfes traversaient les Plaines couverte d’herbes hautes, Maëlrhys entendit le premier un groupe d’Hommes approcher à pas feutrés grâce à sa vue perçante et son ouïe fine. Il prévint d’un geste Melwyn et Fiwezhenn et les laissa venir à eux. Melwyn se tint sur ses gardes, prête à tirer une flèche en cas de besoin. Elle dénombra une douzaine d’Hommes vêtus de noir et d’une cape dont le capuchon leur couvrait le visage. Une fois encerclés, Melwyn entendit Maëlrhys dire:

« Qui va là ? demanda Maërhys.
- C’est plutôt à vous que nous devrions poser la question, répondit une des voix encapuchonnées.
- Je souhaiterais parler à votre chef, répliqua le prince.
Un silence se fit avant qu’une autre voix intervienne :

- Laissez, je m’en charge.
Melwyn distingua un jeune Homme qui s’avança hors du cercle. Malgré sa jeunesse, une détermination farouche se lisait sur son visage. Maëlrhys échangea quelques mots avec lui puis ils se dirigèrent un peu à l’écart tandis que Melwyn et Fiwezhenn restaient sous surveillance.
- Je me présente, je suis Jézékaël, chef de ce groupe de Taons, entendit Melwyn, en tendant l’oreille.

- Les Taons ? C’est la première fois que j’en entends parler, répondit le prince. 
- Nous sommes des résistants qui tentont de faire face aux Salam’andros avec nos maigres moyens. Mais, dites-moi, que font des Elfes par ici, c’est ce que j’aimerais savoir ?
- Vous m’avez l’air d’un Homme de confiance. Je ne peux malheureusement pas vous dire précisément le but de notre voyage mais sachez que nous nous faisons route sur Tenvaldéria.
- Mais vous êtes fous de vous rendre là-bas !

- Nous savons que notre tentative est désespérée mais il faut que quelqu’un essaie d’attaquer le Mal à la racine. Pour l’instant, nous cherchons un endroit où nous reposer car nous marchons depuis plusieurs jours sans nous arrêter et cette plaine semble ne jamais vouloir finir.
- Nous avons une cache à proximité. Je peux vous y conduire si vous acceptez que l’on vous bande les yeux. Vous y trouverez un abri sûr pour la nuit.
- Permettez que je consulte d’abord mes compagnons, » demanda Maëlrhys.

Jézékaël acquiesça d’un signe de tête et le laissa rejoindre ses camarades. Ils se mirent rapidement tous les trois d’accord pour accepter l’offre. Melwyn se vit bander les yeux et conduire à travers la plaine vers ce qui lui semblait être un bois, au vu du craquement des brindilles sous ses pieds. Quelques instants plus tard, quelqu’un écarta des branchages pour la laisser passer et un Taon la guida ensuite par la main sur des marches irrégulières et glissantes que Melwyn descendit sur plusieurs pas. Elle arriva dans une grotte où on lui retira enfin son bandeau. Melwyn fut quelques instants éblouie par la lumière du feu qui brûlait au centre de la caverne où elle avait été guidée.

« Vous voici arrivés, dit Jézékaël. Ce n’est pas le grand luxe mais au moins, ici vous serez à l’abri. Vous allez pouvoir vous reposer quelques heures en toute tranquillité avant de reprendre la route.
- Merci beaucoup, répondit Maëlrhys. Cela va nous faire le plus grand bien. Pourrais-je vous voir plus tard pour réaliser un point sur la situation dans le secteur ?
- Oui, mais j’ai encore quelques affaires à régler avant la nuit. Je vous ferai mander dès que je serai disponible et je répondrai à vos questions. Installez-vous du mieux que possible pendant ce temps. »

Melwyn posa ses quelques affaires sur une couchette de fougères libre. La caverne n’était pas très grande mais elle permettait cependant de loger tous les résistants du secteur de Jézékaël. Au milieu, des Hommes étaient assis sur de grosses pierres plates face à un foyer dont la maigre fumée s’échappait par une cheminée naturelle tandis que d’autres prenaient du repos sur des lits de fougères. Quelques torches éclairaient chichement l’intérieur. Un Homme lui tendit une écuelle contenant du ragoût dont elle laissa les morceaux de viande de côté. La chaleur des aliments lui firent du bien. Elle ferma les yeux quelques instants, tout en gardant ses sens en alerte, afin de prendre un peu de repos. Fiwezhenn se mit sur la couchette voisine tandis que Maëlrhys trouvait une place auprès du feu et engageait la conversation avec les résistants à la recherche de nouvelles.

 Un peu plus tard, Melwyn vit Jézékaël revenir et discuter avec Maëlrhys. Celui-ci leur apprit plus tard que les armées hengariennes reprenaient peu à peu du terrain sur les Plaines bien que les combats fissent rage d’un côté comme de l’autre. Jézékaël lui avait également indiquer également sur la carte des voyageurs les quelques endroits où ils pourraient se cacher au besoin durant leur trajet ainsi que le meilleur itinéraire pour s’approcher du Mazalon.

La nuit venue, Melwyn s’endormit rapidement. Fiwezhenn, du fait de son âge vénérable, n’avait plus besoin de dormir car il puisait simplement son énergie dans la nature environnante jusqu’au jour où il ne ferait plus qu’un avec elle et disparaîtrait pour se dissoudre dans le grand Tout. Il resta donc assis, en proie à une sorte de rêve éveillé où il communiait avec la Nature. 

Maëlrhys, quant à lui, dormit d’un sommeil agité cette nuit-là. Ce n’était pas la première fois d’ailleurs, Melwyn  l’avait constaté à plusieurs reprises depuis leur départ de Ténédor. Détenteur de l’épée légendaire, une lourde responsabilité pesait sur ses épaules. Dans ces moments-là, il restait perdu dans la contemplation des flammes de l’épée de Gowezrad, comme il le faisait en ce moment. Il semblait y puiser une force revigorée et une détermination accrue.

Le matin, de nouveau serein et sûr de lui, Maëlrhys se leva en même temps que les Taons, bien avant l’aube, alors que le soleil n’éclairerait pas encore l’entrée de la grotte à travers les feuillages qui en cachaient l’accès. Pour repartir, Melwyn se vit de nouveau bander les yeux puis un guide la conduisit ensuite avec ses compagnons, au-delà de Lannsarre, encore un peu plus près de Tenvaldéria.

Melwyn et ses compagnons continuèrent alors leur route au nord des Plaines de Llyr. Ils marchèrent de nuit comme de jour, sans discontinuer durant une bonne semaine. Les Plaines semblaient s’étendre à perte de vue. Les herbes hautes se succédaient, seulement entrecoupées de rares bosquets. Ces quelques arbres étaient comme une maigre bouffée d’oxygène pour Melwyn qui se languissait des arbres de Ténédor si majestueux. Ici, elle avait l’impression d’être nue, vulnérable face à cette immensité. Ils avançaient en silence, tendus vers leur but ultime. Maëlrhys observait régulièrement le firmament pour se repérer et vérifier qu’ils suivaient la bonne direction.

Ils profitèrent d’un soir de pleine lune et de leur rencontre avec un modeste bois pour s’arrêter et se reposer un peu. Celui-ci offrait un abri relatif face aux regards extérieurs tout en permettant de pouvoir observer sans être vu à travers ses piliers de cathédrale naturels. Aucun feu ne fut allumé pour ne pas indiquer leur présence. Melwyn s’assit contre un tronc, bien calée dans un fauteuil de mousse et s’assoupit rapidement tandis que Fiwezhenn se glissait dans un demi-sommeil éthéré et que Maëlrhys prenait le premier quart.

La jeune Elfe se rendit à peine qu’elle s’endormait quand elle sentit une main la secouer doucement. C’était déjà l’heure de prendre son tour. Elle se redressa et observa avec attention les alentours. Au bout d’un moment, il lui sembla percevoir un léger mouvement dans les herbes. Quelque chose ou quelqu’un se rapprochait du bosquet. Noire et courbée, la forme se faufilait dans la verdure. Elle était maintenant à proximité du boqueteau et Melwyn distingua alors une forme humaine. Celle-ci s’approcha encore pendant que Melwyn la contournait en silence pour arriver dans son dos. Au dernier moment, l’Elfe sortit une dague de sa ceinture et la pointa dans le dos de l’Homme car assurément, c’en était un, vu sa carrure et sa silhouette.

« Ne bougez plus ! » intima-t-elle.
L’Homme, surpris, tenta de se retourner et de sortir un des saï(1)  de sa ceinture mais Melwyn fut plus rapide que lui et le plaqua au sol, la pointe de la dague sur sa gorge. Ses camarades vifs comme l’éclair avaient encerclé l’intrus, pris au piège.
« Lâchez-moi, je ne vous ai rien fait ! » s’exclama l’Homme en tentant de se débattre.

Solidement bâti et de haute stature, un arc de fortune dans le dos, l’homme aux cheveux bruns et crépus portait un manteau de fourrure élimée par-dessus ses vêtements grossiers et des bottes fatiguées en cuir de karvercan, les cervidés des Hommes du Nord. Malgré ses traits durs et fatigués, son attitude fruste, il se dégageait de sa stature une certaine forme de noblesse.
« Nous ne vous voulons aucun mal, répondit Maëlrhys. Melwyn ne faisait que monter la garde et nous protéger. Les routes ne sont pas sûres en temps de guerre. Melwyn, vous pouvez le relâcher, s’il promet de ne pas tenter de s’échapper. »

Sur un signe d’assentiment de l’intrus, l’Elfe relâcha la pression de sa dague puis la rangea dans son étui en se relevant sans quitter des yeux l’Homme allongé par terre. Celui-ci se releva, l’oeil soupçonneux et accusateur.

« Que faites-vous seul en pleine nuit ? lui demanda autoritairement Maëlrhys. Celui-ci s’enferma dans un silence buté après lui avoir jeté un regard haineux.
- Vous êtes un espion des Salam’andros ? le questionna Fiwezhenn.
- Non mais ça ne va pas ? s’emporta le prisonnier. Vous ne me connaissez pas, vous ne savez rien de ma vie ! Pour rien au monde, je n’aurais quoique ce soit à voir avec ces pourritures après ce qu’ils ont fait à mon clan !
- Vous êtes un Taon alors ? interrogea Melwyn.
- Non, répondit douloureusement l’homme. Je ne suis qu’un prisonnier qui a réussi à m’évader de Mazalon.
- Comment ? s’étonna Maëlrhys. Je croyais qu’il était impossible de s’échapper de ses prisons !

- Ils ont bien essayé de me retenir mais ils n’ont pas réussi, dit l’Homme en se balançant frénétiquement d’avant en arrière et en se tordant les mains douloureusement. On ne retient pas Roïbhilin enfermé contre son gré, oh ! ça, non ! Je leur avais bien dit aux autres que je m’échapperai, je leur avais bien dit ! Personne ne voulait me croire. Personne n’a jamais réussi à s’échapper d’ici, qui disaient. Je leur ai montré, moi, que c’était possible ! Durant deux mois, je suis resté tapi dans leurs foutus égouts à manquer me faire manger par leurs burlags.
- Mes amis et moi-même serions bien curieux de savoir comment vous vous êtes retrouvé prisonnier des Salam’andros, interrogea Fiwezhnn en lui tendant un verre d’eau dans lequel il avait subrepticement versé quelques gouttes d’un élixir de vérité.

- Mon clan, les Dihualans, était un clan nomade qui vivait au nord des Plaines de Komhouarn. Il y a de cela plus de trois cents ans, suite à la guerre de Ténédor, la plupart des membres de mon peuple ont préféré retourner dans les Terres du Nord. Mes ancêtres ont, quant à eux, décidé de rester en Hengar. Ma famille dirige le clan des Dihualans depuis une bonne centaine d’années et j’ai pris la suite de mon père à sa mort il y a dix ans. Nous avons toujours été un clan nomade, éleveur et vendeur de karvercans.
Cependant depuis cinq ans, nous avions de plus en plus de mal à subvenir à nos besoins car l’herbe ne poussait plus suffisamment pour nourrir nos troupeaux et la nourriture était devenue rare aux environs du Mazalon. Nous aurions bien tenté de descendre plus au sud des Plaines mais nous n’avons pas souhaité prendre le risque d’empiéter sur les terres des Kompézenns. Nous avons déjà eu suffisamment de différends avec eux à notre arrivée.

L’année dernière, dans une tentative désespérée pour nourrir les membres de mon clan, j’ai donc organisé, avec mes meilleurs éléments, l’attaque d’un convoi de ravitaillement salam’andros. Malheureusement, j’ai sous-estimé la force mais pas la valeur de mes hommes. En effet, ils ont vaillamment bataillé mais cela n’a pas suffi. Les quelques survivants et moi-même avons été fait prisonniers. En représailles, les autres membres de mon clan ont été décimés, même les femmes et les enfants ! J’aurais préféré mourir que de laisser faire ça mais l’esprit de la Mort n’a pas voulu de moi ! J’ai juré sur l’esprit de la Terre que je vengerai les miens ! Un jour, je retournerai à Tenvaldéria ! Je ne sais pas encore comment je ferai mais je leur ferai tous payer pour le sang versé !
- Je peux tout à fait comprendre votre rage, lui répondit Fiwezhenn. Un jour vous sera donné l’occasion d’exercer votre vengeance; et peut-être plus tôt que vous ne le pensez. Dites-nous, combien de temps êtes-vous resté prisonnier ?

- Au moins neuf mois. Le plus dur dans cet endroit, ce n’est pas tant la perte totale de liberté et de dignité humaine que le désespoir écrasant qui suinte par les moindres murs et interstices de cette prison. Je ne sais pas comment c’est possible, cela doit tenir de la magie, mais la moindre pensée heureuse et réjouissante te quitte dès la première semaine. Ensuite, tu as l’impression de t’enfoncer irrémédiablement dans le désespoir. On dirait un puits sans fond, dont tu ne sortiras jamais. C’est pire que l’enfer. Cela peut durer des mois. Tu as beau chercher, tu ne trouves aucune pensée heureuse à laquelle te raccrocher. J’ai vu plusieurs personnes se laisser mourir de désespoir, et pas que des Hommes. Même les Elfes y succombaient. C’étaient les plus résistants mais ils finissaient eux aussi par tomber. J’ai essayé de résister de mon mieux. Tous les jours, je me répétais une incantation que m’avait apprise notre chaman pour se préserver du mal en me concentrant sur le talisman qu’il m’avait donné.
- Serait-ce trop vous demander de voir le talisman en question ? » demanda Fiwezhenn.

Melwyn vit Roïbhilin réfléchir un long moment avant de sortir de sous sa chemise un pendentif en améthyste en forme de larme. Il le tendit à l’Elfe qui le prit avec respect. Celui-ci l’examina sous toutes les coutures puis le garda un moment au creux de sa main fermée, les yeux clos.

« C’est un talisman précieux que vous avez là, dit Fiwezhenn en rouvrant les yeux. Votre chaman doit être un très bon sorcier pour savoir réaliser un tel enchantement d’objet. Gardez-le précautionneusement car il possède un pouvoir puissant qui vous protègera encore longtemps.
- Pourriez-vous nous dire maintenant comment vous avez réussi à vous extraire de cette prison ? demanda Maëlrhys.

- Un jour, j’ai réussi à subtiliser du fil de fer lors de mon travail à la mine. J’ai alors pu crocheter la serrure de ma geôle à la nuit tombée et je me suis faufilé dans les égouts en passant par un soupirail. Ils ne sont pas surveillés car les Salam’andros pensent qu’il n’y a qu’une manière de pouvoir sortir de Tenvaldéria, c’est par la grande porte. De plus, comme ils craignent l’eau, ils ne se risquent jamais à s’aventurer dans les égouts. Ils ont quand même prévu des gardiens pour les surveiller à leur place : des burlags. Les Salam’andros n’ont pas vraiment cherché à me retrouver car ils leur faisaient confiance pour se débarrasser de moi à leur place.
- Qu’est-ce que les burlags ? interrogea Fiwezhenn. Je n’en ai jamais entendu parler.

- Ce sont des reptiles originaires de Grywn. Ils se nourrissent des déchets déversés dans les égouts mais ils ne sont pas contre un peu de chair fraîche de temps à autre. Ils sont redoutables avec leur échine pourvue de nombreuses pointes et leur puissante mâchoire. J’ai réussi à me trouver un refuge hors de leur portée dans une cavité située en hauteur. De temps à autre, je me faufilais jusqu’aux cuisines pour voler de la nourriture. J’ai erré pendant un mois dans les souterrains à la recherche d’une sortie. J’ai fini par trouver un accès vers l’extérieur : la bouche d’évacuation des égouts. Malheureusement pour moi, une épaisse grille en barrait le passage mais surtout, elle débouchait sur le contrefort de la montagne où est construit Tenvaldéria. Je dus donc encore ronger mon frein pour préparer mon évasion.

Je profitais de mes sorties pour prendre à mes geôliers de quoi finir de limer les grilles de la bouche d’évacuation et me fabriquer une corde de longueur suffisante pour descendre la paroi rocheuse. Ce fut long : j’eus besoin d’un mois supplémentaire pour parfaire mon évasion définitive. Je limais avec persévérance quelques tiges de la grille et, quand le passage fut suffisamment large, je jetai ma corde de fortune dans le vide et descendis en priant les sept Esprits de m’apporter assistance. Ils ont dû m’entendre car il ne me manqua que peu de corde pour atteindre le bas. Enfin, peu de corde, tout est relatif. Je dus quand même sauter dans le vide d’une hauteur de trois toises ! J’atterris dans la retenue d’eau nauséabonde située en contrebas, suffisamment profonde pour ne pas me blesser en plongeant. Par contre, j’ai bien failli me noyer dans ce cloaque immonde. Une fois sorti de l’eau, j’ai réussi à rejoindre péniblement Lannsarre en me nourrissant des quelques mousses que je pouvais trouver sur le peu d’arbres rabougris qui poussent encore autour de Tenvaldéria et d’un ou deux lapins rachitiques que j’ai pu attraper en chemin. »

Melwyn l’avait écouté avec attention tout au long de son récit et, maintenant, elle l’observait avec insistance, se demandant comment un simple homme avait pu s’échapper de Tenvaldéria. Ce devait être un homme d’exception sous ses airs de vagabond. Roïbhilin, voyant les Elfes silencieux, s’exclama :

« Vous ne me croyez pas, c’est ça ? Pourtant je vous jure que c’est vrai ! Et d’ailleurs en quoi mon histoire pourrait-elle intéresser des Elfes ? Vous n’avez pas l’intention de vous rendre là-bas quand même ? Devant leurs regards déterminés, il s’exclama : Mais vous êtes fous !!! Cette forteresse est imprenable et grouille de Salam’andros ! Vous n’y arriverez jamais !
- Maintenant, si, lui répondit avec détermination Maëlrhys, avec votre aide.

- Pourquoi diantre souhaitez-vous y entrer ?
- Cela, nous ne pouvons vous le dire présentement, continua le prince. Sachez seulement que cela pourrait mettre définitivement un terme à la guerre avec les Salam’andros. Il est capital que nous puissions entrer dans la forteresse. Si vous acceptez de vous joindre à nous, cela sera un plus pour la réussite de notre voyage mais si vous ne venez pas, nous nous débrouillerons seuls.

- Non ! l’interrompit l’homme. Sans moi, votre mission est vouée à l’échec. Vous ne vous rendez pas compte de l’enfer que c’est là-bas ! Les burlags sont vraiment très dangereux ! J’ai failli plus d’une fois tomber sous leurs dents. Il faut vraiment que je vous accompagne. Je connais maintenant les moindres recoins de ces égouts, sans compter la grotte qui leur est inaccessible. Ces gros lourdauds ont beau être agiles, ils sont bien incapables d’escalader une paroi ! Je ne pensais pas retourner de si tôt à Tenvaldéria mais ce sera pour moi l’occasion ou jamais de me venger des Salam’andros ! Je n’ai que peu de chose à apporter, je ne suis qu’un pauvre hère. Le clan était toute ma vie ; maintenant que je l’ai perdu, je ne suis plus rien. Seule la vengeance me motive dorénavant.

- Il s’agit effectivement d’une aventure périlleuse et nos chances de réussite restent très minces même avec votre secours, intervint Fiwezhenn. Si vous daigniez nous accompagner.
- Je vous accompagnerai donc et vous servirai de guide jusqu’au Mazalon. J’espère que Mère Nature continuera de nous soutenir comme elle l’a fait avec moi jusqu’à présent.
- Dans ce cas, veuillez répéter après moi, lui répondit Fiwezhenn. Par ce serment en langue elfique, vous vous engagez à ne jamais révéler notre projet à quiconque, même sous la contrainte ou la torture. »
Une fois, la promesse prononcée, Roïbhilin s’allongea dans un coin à l’écart des Elfes et s’endormit jusqu’au lendemain matin.

« C’était inespéré de trouver un tel compagnon ! s’exclama Melwyn en aparté. Comment est-ce possible qu’il ait réussi à s’échapper de Tenvaldéria ? Je n’ai jamais rien entendu de pareil !
- C’est bien parce que notre mission est capitale que j’accepte un Harluad dans notre compagnie ! contesta Maëlrhys. Il ne m’inspire guère confiance. S’il a réussi à sortir de Tenvaldéria, qui nous dit qu’il n’est pas au service de l’ennemi ? Ce pourrait être un espion !
- Si je ne lui avais pas administré moi-même l’élixir de vérité, dit Fiwezhenn, je ne l’aurais jamais cru ! Mais cette potion est très puissante et seul un grand magicien peut en contrer les effets. Il ne pouvait dire que la vérité. »
*
Les Elfes reprirent la route le lendemain soir sous la direction de leur nouveau guide. A mesure que Melwyn avançait, elle constata que le paysage alentour devenait désertique, voire  inhospitalier, et que seuls quelques pins rachitiques subsistaient ici ou là. Aucun animal ne croisa leur chemin, aucun oiseau ne chantait, ni ne volait dans le ciel. Un silence de mort régnait sur le Mazalon.

A mesure qu’ils s’approchaient de Tenvaldéria, les effets de l’ombre de Glyndwr se firent de plus en plus pesants : Melwyn se sentit alors devenir maussade et déprimée. Seul Roïbhilin semblait, dans une moindre mesure, affecté par ce Mal, constata-t-elle.
A cela, s’ajoutait la présence d’un brouillard permanent lié aux panaches répandus par le volcan Tanménez. La nature périclitait tandis que l’influence maléfique de Tenvaldéria se répandait alentour.

Alors qu’ils avaient laborieusement contourné des collines rocailleuses jusqu’à l’aube, où ils se traînèrent plus qu’ils n’avancèrent, Fiwezhenn profita de leur halte dans une grotte pour les regrouper tous en cercle. Il se plaça au milieu d’eux et leva les bras au ciel en fermant les yeux. Il resta ainsi de longues minutes à murmurer dans la langue elfique savante un complexe sort pour les entourer d’une aura protectrice qui les préserveraient en grande partie de l’emprise oppressante de Tenvaldéria à mesure qu’ils progressaient vers leur destination finale. Ses traits étaient tendus sous l’effort et quelques gouttes de sueur perlaient à son front. Il usait de tout son art pour parfaire au mieux leur protection. Les compagnons sentirent une douce chaleur les envahir à partir de leur thorax puis celle-ci se répandit dans les différentes parties de leur corps en une puissante vague de détermination. Quand le sort fut terminé, Fiwezhenn vacilla jusqu’à une roche plate située à proximité et s’y assit lourdement.

« Melwyn, auriez-vous l’obligeance de m’amener de l’eau ? Ce sort m’a épuisé. Il devrait agir pendant quelques jours avant de s’estomper. Espérons que cela sera suffisant jusqu’à notre arrivée à Tenvaldéria. Arrivés là-bas, je le renforcerai de nouveau.
- Etait-ce bien raisonnable, mon cher ami, de vous fatiguer ainsi ? demanda Melwyn. N’aurait-il pas mieux valu garder vos forces pour les rencontres avec les Hommes-feu que nous risquons de faire d’ici l’arrivée au Mazalon ?

- Non, il était impératif que j’intervienne. Cette force obscure nous affaiblissait trop et nous mettait irrémédiablement en péril. Ne vous en faites pas pour moi. J’ai encore suffisamment d’énergie à revendre. Dans quelques instants, cela ira beaucoup mieux. Merci cependant pour votre sollicitude, Melwyn. Roïbhilin, continua Fiwezhenn en se tournant vers lui, je sens en vous une farouche détermination. Avec votre talisman et votre puissance d’esprit, vous n’aurez que peu besoin de moi. Je vous ai cependant inclus dans le cercle magique afin que vous soyiez protégé vous aussi si votre amulette venait à faiblir. »

Les compagnons passèrent la journée dans la caverne à se reposer en prévision de la nouvelle nuit de marche. Des binômes se relayaient à la surveillance des environs. La grotte était située sur le versant d’un des plus grands monticules qu’ils avaient contournés jusqu’à présent. Sa situation surélevée permettait de voir sur une lieue à la ronde. Peu avant la tombée de la nuit, les quatre voyageurs se préparaient à reprendre leur progression vers le Mazalon quand Maëlrhys, qui était alors de garde avec Roïbhilin, aperçut un groupe de trois éclaireurs salam’andros à pied qui se dirigeait dans leur direction. Ils étaient poussiéreux et semblaient rompus de fatigue. Ils suivaient la route qui contournait le monticule où les voyageurs étaient cachés. L’Homme prévint Melwyn et Fiwezhenn tandis que le prince continuait de surveiller le déplacement des ennemis. Tout le monde se tenait sur le qui-vive, prêt à attaquer si besoin. Les trois Salam’andros commencèrent à gravir le monticule et à se rapprocher dangereusement.

« Nous devons les prendre par surprise ! chuchota Melwyn. Nous n’aurons aucune chance si nous devons nous battre à l’intérieur, c’est trop étroit ici. Ils n’auront plus qu’à attendre dehors que nous nous rendions ou que nous mourions de faim.
- Je suis d’accord avec Melwyn, répondit Maëlrhys. Même en étant plus nombreux qu’eux, ils sont plus forts mais nous n’avons pas le choix. Tenez-vous prêts à attaquer à mon signal. Nous allons attendre qu’ils soient à proximité pour lancer l’attaque. Melwyn et Roïbhilin, vous vous occuperez du Salam’andros de droite, Fiwezhenn de celui de gauche et moi du dernier. Melwyn, tirez sur ceux qui essaieraient de s’enfuir. Il est impératif qu’aucun d’eux ne s’échappe ! Glyndwr ne doit aucunement être informé de notre présence dans les parages ! »

Les patrouilleurs étaient maintenant à moins de cinquante pas quand, au signal de Maëlrhys, les Elfes et l’Homme s’élancèrent hors de la grotte. Les Salam’andros reculèrent tout d’abord de stupeur, ce qui permit à nos amis de les rejoindre rapidement. La bataille fut rude car malgré l’effet de surprise, les ennemis étaient robustes. Les lourdes épées en skéliar s’entrechoquaient contre les épées en maenkurun des Elfes, plus fines mais non moins résistantes, tandis que les saï de Roïbhilin virevoltaient rapides comme l’éclair et que les flèches de la jeune Elfe pleuvaient sans relâche sur les Hommes-feu. Deux d’entre eux furent mortellement blessés ; néanmoins le troisième réussit à s’échapper. Il n’eut que le temps de franchir quelques pas avant d’être transpercé de flèches. Les corps furent cachés dans les fourrés environnants puis les voyageurs regagnèrent leur caverne afin de panser leurs nombreuses brûlures et blessures grâce aux onguents fournis par les Gwentyls.

La nuit était maintenant bien avancée. Ils durent reprendre la route sans tarder afin de mettre le plus de distance possible entre eux et le lieu du combat. Une fois les soins les plus urgents réalisés, la compagnie se remit donc en marche. Ils n’avancèrent pas vite mais à l’aube, ils avaient cependant franchi une distance respectable qui les mettrait à l’abri d’éventuelles représailles. Ils trouvèrent une autre grotte où ils s’établirent pour la nuit malgré leur précédente rencontre. Ils redoublèrent de vigilance afin de ne pas se faire de nouveau surprendre.

Quand ils furent suffisamment près du Mazalon, ils croisèrent la route d’un lièvre royal. Celui-ci, comme de nombreux autres animaux de lignée régalienne, était doué pour la télépathie et avait accepté de faire office de messager entre les troupes alliées. Fiwezhenn profita de cette rencontre pour le charger de transmettre à l’armée alliée un message indiquant leur position approximative. En retour, l’animal les informa que les troupes se battaient dans les Plaines de Llyr et avaient réussi à refouler les Salam’andros au-delà de Lannsarre qui était maintenant protégée de l’ennemi.

(1) Saï : arme blanche en forme de trident
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Bapt90

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 141
  • Perdu dans sa solitude...
Re : Re : L'Elfe Noir
« Réponse #63 le: 27 mai 2020 à 19:28:56 »
Bonjour Mélina, je suis de retour  :)

Voilà donc pour le chapitre 5

Spoiler
[close]

Voilà, ce petit chapitre était sympa, centré sur un personnage déjà présenté auparavant et les dragons  ^^
L'ambiance est toujours prenante.
A bientôt pour la suite  ;)
N'hésitez pas à jeter un oeil à mon histoire :
http://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=33265.0

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #64 le: 28 mai 2020 à 22:49:34 »
Bonsoir Bapt90!  :D
ça fait plaisir de te relire.

Spoiler
[close]

Encore merci pour tes retours!
Je suis contente que tu aies apprécié le chapitre. J'espère que la suite te plaira autant.
A bientôt !
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.025 secondes avec 22 requêtes.