Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 juin 2020 à 22:43:13
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » L'Elfe Noir

Auteur Sujet: L'Elfe Noir  (Lu 1923 fois)

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
L'Elfe Noir
« le: 06 avril 2020 à 18:00:46 »
Bon voilà, je me lance !  :-[
Je voudrais partager avec vous les premiers chapitres d'un roman que j'ai commencé il y a plusieurs années et que je suis en train de remanier et réécrire.

Plus qu'une correction orthographique ou syntaxique (même si c'est bienvenu), je voudrais que vous me fassiez part de vos remarques quant à la cohérence du récit.

Le premier chapitre est un peu ardu mais après, vous verrez ce sera plus facile quand vous serez habitué à l'univers...  :-¬?

J'espère que vous passerez un bon moment dans ce monde que j'ai imaginé dans ses moindres détails !

Je vous remercie par avance.

PS : si quelqu'un veut de l'aide, en échange, je suis partante. J'ai une très nette préférence pour les romans d'héroïfantaisie, voire d'aventure. Je pense pouvoir m'intéresser à tout type de lecture même si j'ai un léger apriori sur les romans policiers, ce qui n'est cependant pas insurmontable. Je suis ouverte à toute proposition, décente entendons-nous  bien.  :mrgreen:


Pour vous aider à vous y retrouver dans les noms que j'utilise.


Chapitre 1: Narbred
Il était enchaîné et il souffrait infiniment. Il n’était qu’éther. Pourtant les blessures d’une âme sont plus insidieuses que celles d’un corps. Qui était-il ? D’où venait-il ? Il ne se souvenait de rien. La seule chose dont il avait conscience, c’était cette incommensurable souffrance qui le labourait de part en part. Il aurait aimé crier, mais il ne pouvait produire aucun son : seule son essence ressentait cette intolérable douleur au sein du néant environnant. De temps à autre, une très infime accalmie se profilait pour aussitôt disparaître et le tourment reprenait chaque fois plus intensément, indescriptible de cruauté et d’horreur. Cela lui sembla durer sans fin ; aucun moment de répit ne lui était accordé. Pas une seconde.

Peu à peu, ses souvenirs revinrent par flashs. Un dragon et le feu qui brûlait un homme. Qui était-ce ? Père ! Une magnifique Elfe. Isleen ! Comme il l’avait aimée ! Et tellement détestée qu’elle l’ait repoussé ! Ah ! La colère ! Cette fulgurante colère qui l’avait submergé ! La colère enfla, enfla en lui ; tellement qu’elle finit par submerger la souffrance et la rendre agréable. Il l’accueillit avec gratitude car elle alimentait sa rage et la rendait plus forte. Il n’était plus que haine, rage, colère et néant. Il retrouva son nom : Glyndwr. Et le nom infâme dont les siens l’avaient affublé : l’Elfe Noir. Il se revoyait tout jeune ; comment les autres Elfes Skédyns le regardaient, avec pitié. Il avait tout le temps eu horreur de leur pitié ! Il méritait mieux que cela, il l’avait toujours su ! Le monde devait se prosterner à ses pieds ! Il aurait pu devenir un roi tellement puissant si ce magicien skédyn… ce Fiwezhenn ne l’avait pas tué ! Réduisant à néant ses rêves de gloire et de grandeur. Son courroux grandit encore, démesurément. Il devint la Colère, il se laissa envahir par elle, à tel point qu’il finit par s’en nourrir, se repaître de sa force. La douleur, la rage n’étaient plus, il les dominait, il les incarnait. Il les instillerait dans le coeur de chaque être vivant sur Gaïa, et à travers elles, il existerait toujours un peu plus, nourrissant son pouvoir de la peur qu’il leur insufflerait. Ils n’étaient rien. Il était tout.

Tout ? Il distinguait de plus en plus précisément une présence lui effleurer l’esprit, comme si elle l’auscultait, le palpait. Au départ, il se rétracta à son contact, essayant de l’en empêcher. Petit à petit, elle l’apprivoisa et il attendit avec impatience sa venue. Ils commencèrent à communiquer entre eux. C’était un esprit démoniaque qui se faisait appeler Narbred. Il voulait aider Glyndwr à assouvir sa vengeance.

Glyndwr apprit à le reconnaître car, oui, il l’avait connu autrefois. Cet esprit l’avait aidé lors de la guerre contre Ténédor, le territoire elfe des Skédyns. C’est par l’intermédiaire des Salam’andros que Glyndwr avait fait sa connaissance. L’esprit lui avait fourni un diadème d’onyx et avait enrôlé pour lui les Hommes du Nord par la force de sa maléficence.

Abreuvé par la haine et sous l’influence des enseignements démoniaques de Narbred, Glyndwr apprit à accroître ses capacités d’origine : sur le continent d’Hengar, il pourrait répandre le malheur et la désolation sur des milles à la ronde, soit beaucoup plus loin que ce qu’il avait pu faire dans sa première vie ; il serait capable de manipuler une personne par la pensée et ses capacités magiques seraient également fortement accrues. Cependant, il aurait besoin de l’aide de quelqu’un pour formuler l’incantation qui lui permettrait de prendre possession d’un corps et agir dans le monde matériel. Il avait déjà une idée en tête.

Narbred continua de martyriser Glyndwr à l’infini, même une fois ce dernier devenu son fidèle serviteur, afin de le marquer de manière indélébile au fer rouge de la haine et de le rendre toujours plus mauvais et plus puissant. Sa souffrance semblait infinie. Il n’était cependant pas retenu prisonnier.
Dans le monde de Narbred, le temps ne s’écoulait pas car il n’y avait pas de temps. De même, l’espace n’avait aucune réalité palpable. En tant qu’esprit, Glyndwr pouvait donc se rendre où et quand il le voulait sur Gaïa, le plan humain, ainsi que dans les Limbes.

Les Limbes étaient un espace intermédiaire entre l’Orbée, le plan divin, et Gaïa. Ils abritaient notamment les Enfers et le monde des morts. Narbred s’y était réfugié suite à son bannissement par la communauté des dieux du Monde. Il avait réussi à trouver un espace de néant oublié où établir son royaume. Seul Tannruz, le Dieu Créateur, pourrait être sensible à sa présence du fait de son omniscience mais Narbred faisait bien attention de se faire le plus discret possible afin de ne pas attirer l’attention du Père dans sa direction. Il avait donc expressément interdit à Glyndwr de se rendre en Orbée afin de ne croiser aucune divinité par inadvertance.
*
Depuis un temps immémorial, les Salam’andros étaient majoritairement polythéistes. Leur principal dieu était Tannruz, le Créateur de toute chose. Celui-ci vivait à l’orée du Monde, en Orbée, entouré d’un panthéon de divinités secondaires issues des braises de son trône. Ayant besoin d’aide pour la bonne marche de la Nature et ne supportant plus d’exister seul, il leur avait insufflé l’Esprit et leur avait attribué à chacune une partie du Monde à diriger selon ses principes généraux.

Arawn était un autre dieu important en tant que dieu du monde souterrain et des morts. Un gardien de la porte des Enfers le secondait et guidait les âmes des défunts en fonction de leurs choix et actions réalisés pendant leur séjour sur Gaïa. Les âmes les plus noires étaient conduites dans les profondeurs brûlantes du territoire d’Arawn tandis que les plus pures avaient droit de séjour au pied du trône de Tannruz. Celles qui devaient encore faire leurs preuves vivotaient au-dessus des braises avant de reprendre forme humaine ou animale dans le monde matériel.

Tannruz était un dieu très discret qui ne montrait jamais sur Gaïa. Il avait édicté les lois de la Nature et les divinités secondaires étaient là pour veiller à sa bonne marche. Narbred avait été une de ces divinités mais il avait été envoyé en exil pour avoir désobéi à Tannruz puis enfermé dans une prison de lave. Un jour, il avait été libéré par des Salam’andros. C’est à cette période que le culte satanique de Nabred vit le jour sous la direction d’un cercle mystique répondant au nom de Kenstrollruz, la Confrérie Rouge.

Au fil du temps, de plus en plus de Salam’andros en Grywn se mirent à suivre les enseignements de la Kenstrollruz et à vouer à Narbred un culte virant au fanatisme. Cette dévotion prit alors une telle ampleur qu’elle supplanta le culte de Tannruz, auquel seuls quelques irréductibles restèrent fidèles. Contrairement à Tannruz, Narbred se manifestait régulièrement, au moment du centenaire de la création de la Kenstrollruz  et renouvelait à cette occasion des promesses fallacieuses d’une vie de béatitude après la mort à ses fidèles disciples.

Lors d’un centenaire, le démon Narbred apparaissait à l’entrée extérieure du Temple. L’accès étant réservé aux seuls Initiés, les fidèles venus de tout Grywn se regroupaient exceptionnellement sur l’un des versants des Montagnes Brunes pour assister à la cérémonie séculaire. Exceptionnellement car les Salam’andros ne sortaient que très rarement de leurs souterrains et vivaient la majorité de leur vie dans le sous-sol de Grywn. En effet, les Salam'andros étant des Hommes-feu, tout contact avec l'eau pouvait leur être fatal.
*
Quelque part en Grywn, des cris sauvages s’élevaient d’une grotte des Montagnes Brunes. Au fond de la caverne, Diargarth, le Prêtre Suprême de la Kenstrollruz, la Confrérie Rouge, dansait tel un diable autour d’un autel en roche volcanique. Il évoluait en levant haut les jambes l’une après l’autre et sautait régulièrement tandis que les écailles rouges accrochées à sa lance en sklériar, un métal pur extrait des mines souterraines des Montagnes Brunes, crépitaient et marquaient le rythme de sa danse effrénée. Une vingtaine de Salam’andros, aux cheveux flamboyants et au corps brûlant l’entourait, disposée en cercle. Ils suivaient la cadence en se balançant de droite à gauche et martelaient bruyamment le sol de leurs pieds tandis qu’une spirale incandescente, provenant du centre de l’autel, aspirait une infime partie de leur énergie vitale en sacrifice à leur divinité démoniaque, Narbred. Des cris farouches et saccadés montaient de leur gorge et emplissaient l’espace caverneux avant de se répandre à l’extérieur et de se répercuter dans toute la montagne environnante. Ses serres fermement agrippées à un promontoire en basalte, un oiseau rouge se tenait impassible à proximité de l’autel, ses ailes nues repliées sur son corps recouvert d’écailles brillantes. C’était un messager du démon Narbred.

Infatigablement, les puissances notes s’égrénèrent pendant une longue heure avant de retomber brutalement. Les corps des Salam’andros étaient devenus incandescents ; la chaleur, insupportable pour tout autre individu que les Hommes-feu, brouillait la vision et la rendait floue. Le silence soudain était seulement interrompu par les respirations essoufflées des Salam’andros immobiles. L’oiseau rouge déplia alors ses ailes et s’envola sans bruit. Il survola l’ensemble de l’assemblée puis revint se percher en poussant un sifflement strident. Les adeptes s’allongèrent alors par terre, dessinant les rayons d’un soleil sur le sol de pierre froide, tandis que Diargarth, en tant que Prêtre Suprême, s’étendait sur l’autel. L’oiseau passa de l’un à l’autre et se posa sur leur cœur où était marqué au fer rouge son homologue, le symbole de leur Maître ; son bec crochu et tranchant pointé sur cette marque en un geste de menace évidente. Ce tatouage était réservé aux seuls initiés de la Kenstrollruz. Ceux-ci étaient peu nombreux car triés sur le volet. Il fallait en effet être introduit par un autre membre de la Confrérie et faire preuve d’une abnégation totale envers Narbred, notamment en acceptant d’offrir une part de son essence en sacrifice lors de chaque cérémonie rituelle en l’honneur du démon.

L’oiseau restait quelques instants à regarder férocement dans les yeux à la cornée totalement noire de l’Homme-feu étendu au sol afin de lui rappeler le serment d’obéissance qu’il avait prêté à son Maître. Une fois son inspection terminée, il retourna près de l’autel et poussa un dernier cri avant de disparaître dans un claquement sonore et de rejoindre son maître dans les Limbes. Les adeptes se relevèrent alors et quittèrent silencieusement le Temple. Diargarth se leva en dernier et se dirigea vers le fond de la grotte où il récupéra une cassette qui ne le quittait jamais avant de sortir à son tour du Temple.

Diargarth emprunta un escalier souterrain taillé dans la roche en bas duquel attendait sa monture, un gigantesque saurien de vingt pieds de long, gardé par un jeune serviteur salam’andros. Sans lui jeter un regard, Diargarth se mit en selle et s’engagea dans le réseau de tunnels qui traversait Grywn du nord au sud afin de relier les différentes cités salam’andros entre elles. Sans se soucier des voyageurs qui s’écartaient précipitamment pour le laisser passer, le Prêtre Suprême se dirigea vers Dindaruz, la capitale souterraine de Grywn.

A l’approche de Dindaruz, le passage s’élargit progressivement  jusqu’à devenir un immense espace creusé dans la roche à quelques dizaines de pieds sous la surface. Les deux montures reptiliennes s’approchaient du corps de garde situé à l’entrée de la plaine minérale qui protégeait l’accès à la cité. Celui-ci s’élevait jusqu’à la surface où une tour de guet permettait de surveiller les alentours et d’anticiper d’éventuelles attaques ennemies. De hauts remparts s’élevaient de chaque côté du corps de garde et rejoignaient les parois de l’immense caverne pour délimiter les abords de la cité.

Pressé de rentrer dans ses appartements, situés profondément sous terre conformément à son rang, Diargarth doubla avec une autorité dédaigneuse et condescendante la longue file de véhicules et de voyageurs qui attendait l’autorisation pour accéder à l’intérieur de la cité. Certains furent bien tenter de contester violemment face à cette violation injuste mais, à la vue du regard cruel de Diargarth et du pectoral richement ouvragé et marqué d’un oiseau de feu, ils se ravisèrent immédiatement et se courbèrent avec crainte et déférence.

Diargarth passa sous le porche du corps de garde de manière impérieuse puis se déplaça rapidement et sans hésitation dans les rues principales, sans prêter attention aux étals qui croisaient sa route et exposaient leurs marchandises de pierres et cristaux, armes, objets du quotidien… Les artères résonnaient du mélange des conversations animées entre un commerçant et son client, des cris des animaux vendus vivants, des coups de marteaux d’un forgeron, des enfants qui jouaient dans la rue. Le jeune serviteur du Prêtre, lui, ne savait plus où donner de la tête, tout à la joie du plaisir prochain de dépenser son premier salaire.

« Eh, toi, dépêche-toi ! lui adressa Diargarth d’un air cinglant et sans réplique.
- Oui, Votre Excellence ! », répondit le jeune salam’andros terrorisé par le regard assassin et menaçant que venait de lui lancer le Prêtre Suprême.

Diargarth continua sa route et se dirigea vers une des extrémités de la cité, en bordure de paroi. Puis il s’engagea dans un tunnel qui s’enfonçait profondément sous terre et qui faisait partie d’une des multiples galeries donnant accès aux différents niveaux de la cité. Ne souhaitant pas s’attarder dans les quartiers populaires, le Prêtre s’enfonça très profondément dans les étages inférieurs où vivaient les nobles, ecclésiastiques de haut rang et autres nantis comme lui.
Laissant son serviteur s’occuper des montures et les amener à leur box, Diargarth entra dans sa demeure, l’air courroucé.
 
« Monseigneur a-t-il fait bonne route ? lui demanda obséquieusement, Peadair, son majordome en l’accueillant dans le hall d’entrée.
- Virez-moi tout de suite ce jeune incapable ! explosa Diargarth avant de se diriger vers la chambre de régénération. Je ne suis pas une nourrice, ni un instructeur ! »
- Oui , Messire, s’empressa aussitôt de répondre Peadair puis il ajouta : Votre bain de lave est prêt »

Diargarth suivit un long couloir puis entra dans une pièce sombre seulement éclairée la lumière qui se dégageait d’un bassin où se déversait une fontaine de lave. Un système de canalisation complexe et perfectionné plongeait profondément sous la surface jusqu’à une poche de magma et remontait la lave jusqu’à l’habitation salam’andros.

Sous l’éclairage rougeoyant, le pectoral de Diargarth luisait d’un éclat sauvage mettant en valeur les pierres d’obsidienne et de tourmaline noires qui y étaient incrustées. Diargarth l’enleva et le posa sur une table en basalte. Puis il se dévêtit de son pantalon de maille en sklériar et se retrouva nu. Il détacha l’anneau en sklériar qui retenait ses cheveux et les laissa tomber sur ses épaules en une cascade enflammée avant d’enjamber le bord du bassin dans lequel il allongea de tout son long quelques instants. Il poussa un long soupir d’aise en sentant la chaleur de la lave pénétrer dans les moindres fibres de son corps et délasser ses muscles fatigués par la cérémonie qu’il avait officiée au Temple.

Quand il se releva, la lave ruissela sur sa peau orangée puis se condensa en quelques perles noires au contact de l’air environnant. Diargarth se frotta le corps avec une ceinture en sklériar pour les retirer puis il revêtit son pantalon en métal et son pectoral avant de sortir de la pièce.

Spacieuse et meublée simplement mais avec goût, la maison troglodyte grywnienne se composait au rez-de-chaussée, en plus de la salle de régénération, d’un jardin de gemmes, d’une grande pièce de vie qui se prolongeait en L par la cuisine et d’une bibliothèque ; à l’étage, d’une deuxième salle régénérante et de plusieurs chambres à coucher.

De toutes les pièces de la maison, c’était le jardin de gemmes que Diargarth préférait. Il pouvait y rester des heures à admirer la lumière traverser et se réverbérer dans les cristaux. Privilège de la caste ecclésiastique, l’immense géode était haute d’un peu moins de dix-neuf pieds. Des cristaux oblongs de tourmaline, antimoine et onyx ornaient le plafond et les murs du jardin tandis que le sol était parfaitement lisse, tout en nuances sombres.

Diargarth s’assit à la table en sklériar qui trônait au centre de la géode et y déposa le coffret qui ne le quittait jamais. Peadair, le majordome, avait veillé à placer sur la table un verre et une carafe de liqueur de soufre fumante ainsi que quelques cristaux de pyrite et de gypse. Diargarth se versa un verre de liqueur qu’il but lentement en appréciant la chaleur du soufre qui se déversait dans sa gorge puis dans ses entrailles. Il croqua avec délectation les cristaux. Le gypse, tendre, craqua sans difficulté tandis que la pyrite, plus dure, nécessita une longue mastication tout en libérant un goût métallique agréable au palais de Diargarth.

Puis Diargarth prit le coffret et l’ouvrit pour en sortir un diadème serti d’une pierre d’onyx qu’il posa à côté du coffre. C’était celui que Glyndwr avait perdu avant de mourir sur le champ de bataille de la main de l’Elfe Fiwezhenn. Diargarth ferma les yeux et baissa religieusement la tête. Depuis deux cent cinquante-cinq ans, il effectuait immanquablement ce petit cérémonial en revenant de chaque office. Il ne désespérait pas que Narbred entendît sa prière et permît le retour de son ami Glyndwr, anéanti lors de la guerre de Ténédor. Suite à la défaite de ce dernier, Diargarth avait précieusement ramassé son diadème et l’avait conservé depuis lors.

Les Salam’andros avaient quitté le Mazalon une fois la guerre perdue et avaient rejoint Grywn, la rage au cœur suite à leur cuisante défaite. Diargarth plus que les autres. Son rêve de gloire avait été anéanti. Depuis son retour au pays natal, Diargarth avait secrètement comploté avec l’aide du démon Narbred pour se hisser au plus près du pouvoir grywnien et était ainsi devenu le conseiller personnel du jeune roi nouvellement couronné.

Diargarth allait de nouveau porter à ses lèvres le verre de liqueur quand, soudain, un flamboiement inhabituel irradia de l’onyx et l’aveugla momentanément. Un courant d’air parcourut le jardin puis une légère brume noire apparut. Celle-ci s’accumula dans un angle de la géode géante et prit forme humaine. Puis elle se dirigea vers Diargarth.

« Glyndwr ? Est-ce toi ? demanda ce dernier en posant sa main droite sur son cœur. Il sentit alors la brûlure caractéristique du symbole gravé au feu rouge sur sa peau. Il n’y avait aucun doute, c’était bien lui !
- Que puis-je faire pour te rendre service, Glyndwr ? continua Diargarth d’une voix soumise, sans oser lui demander ce qu’il était devenu depuis ces deux cent cinquante dernières années. Il le lui dirait quand il le jugerait nécessaire.
- J’ai été longtemps absent mais je n’ai pas oublié mon désir de vengeance. Et nous allons retourner en Hengar rendre la monnaie de sa pièce à ce fou de Fiwezhenn ainsi qu’à tous ces Elfes qui ont osé se dresser en travers de ma route ! Mais d’abord, tu vas m’aider à retrouver un semblant de forme humaine.
- Dis-moi quoi faire. Nous ne serons pas dérangés ici, tu peux en être certain… »
« Modifié: 16 mai 2020 à 22:08:30 par Mélina Le Page »
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #1 le: 08 avril 2020 à 19:04:19 »
Chapitre 2 Ténédor
Depuis deux cent cinquante ans, la paix régnait sur le continent d’Hengar. Les souvenirs de la guerre étaient loin, maintenant. Ses habitants, Elfes, nains, Humains et Ondins, vivaient donc pacifiquement, chacun sur leur territoire respectif. Les Elfes de lumière, les Skédyns, avaient quant à eux élu domicile au sud-est d’Hengar, dans la forêt de Ténédor.

Melwyn, une jeune Elfe Skédyn, se réveilla avec la caresse des doigts argentés de l’aurore sur son visage, dont seuls les yeux de chat dépassaient du drap. Elle s’étira langoureusement puis se glissa hors de son lit pour rejoindre le balcon ombragé de feuilles d’érable. Elle écarta les vagues étoilées du plafond végétal afin de bénéficier des premiers rayons de soleil sur sa peau diaphane. Puis elle profita du bienfait d’une succincte douche solaire en plein air.

La coquette maison, qu’elle partageait avec ses parents, encerclait un érable centenaire et culminait à un peu moins de soixante pieds au milieu du houppier ovoïde. La jeune Elfe s’accouda quelques instants à la balustrade et admira les alentours avant de retourner dans sa chambre. Elle était fière de cette pièce, avec ses volutes finement ciselées et son grand hublot à la vue imprenable sur Heulwen. Elle l’avait elle-même chantée pour se créer un espace personnel. La pièce était suspendue dans le vide tandis que la chambre de ses parents surplombait la pièce de vie par une mezzanine fermée avec un rideau de lierre.
Melwyn descendit au rez-de-chaussée pour un rapide en-cas composé de fruits frais et d’un verre de lait de brebis du troupeau familial.

« Bonjour, ma fille ! s’exclama sa mère Eireen. Tu es bien matinale, ce matin !
- Bonjour Maman ! Oui, j’ai prévu de rejoindre Hydauria à l’Anse de Guelhouit avant d’aller à l’entraînement…
- Ah…, commenta sa mère avec une moue désapprobatrice. Je ne comprendrais jamais ce que tu peux lui trouver…
- Je sais, Maman, que tu n’affectionnes pas particulièrement les Ondins mais c’est mon amie et je l’apprécie beaucoup. Je donnerai ma vie pour elle.
- Justement, c’est ce qui m’inquiète. Les Ondins ne sont pas dignes de confiance, ton grand-père en sait quelque chose…
- Ecoute, Maman, ce n’est parce que Grand-père a eu maille à partir avec un Ondin durant sa jeunesse qu’ils sont tous comme ça ! Certains sont même très bien, je t’assure !
- Peuh !
- Il faudra que je te présente Hydauria, un jour.
- Oui, c’est ce qu’on verra… »

Melwyn aimait tendrement sa mère mais ses aprioris sur les Ondins étaient énervants ! Préférant ne pas insister sur le sujet, la jeune Elfe prit la direction d’une plage de sable blanc, nichée au creux de l’Anse de Guelhouit. La mer Vanora était calme et les vagues venaient lécher paresseusement le rivage où l’attendait Hydauria, allongée dans l’eau pour garder sa queue de poisson mouillée, sous peine qu’elle ne se transformât en une paire de jambe. La jeune Ondine sourit à Melwyn quand elle la vit arriver. La poitrine d’Hydauria était recouverte d’un tissu en peau de pezcompez, un poisson plat peuplant les fonds marins de la mer Vanora, lequel chatoyait au moindre de ses mouvements. Sa queue de poisson jouait avec le remous des vagues en attendant que Melwyn se déshabillât et entrât dans l’eau.

Recrutée depuis quelques années dans l’armée skédyn en tant qu’archère, Melwyn s’entraînait avec acharnement. Les courses de vitesse qu’elle réalisait avec Hydauria étaient un prétexte supplémentaire pour forger son corps à la discipline militaire. Assises dans des cavités moulées dans les roches, tels des sièges de jais sur le Rocher de la Tortue, les deux amies s’occasionnaient une pause avant leur retour vers la plage en contemplant l’île Dwynwen qui se dressait à environ trois lieues de la côte, tel un joyau d’émeraude dans son écrin de couleur saphir. Sur cette île sauvage, s’élevait le temple Loaryn où, à chaque nouvelle lune, le peuple ondin se rendait pour honorer la déesse Sélène.

« Que Dwynwen est belle aujourd’hui ! s’exclama Melwyn. Parle-moi encore de Llyroïn et Sélène, demanda-t-elle à Hydauria en se tournant vers l’île verdoyante.
- La légende raconte que notre dieu des eaux, Llyroïn, aimait tellement sa bien aimée la Lune, Sélène, qu’un jour il voulut lui rendre hommage et lui prouver son amour. Il créa donc les Ondins, un peuple mi-homme, mi-poisson, et demanda aux Ancêtres de servir fidèlement Sélène et de l’honorer à chaque cycle lunaire. Llyroïn nous fit alors don d’une paire de jambes qui apparaît quand notre queue est sèche. Ainsi, à chaque nouvelle lune, nous pouvons nous rendre sur l’île et tous nous regrouper à l’entrée du sanctuaire où nous entonnons des cantiques en langue ondine. »

Melwyn s’était alors souvenu de ce que racontait parfois Fiwezhenn, le Sage Elfe, les rares fois où il sortait de son exil. Les Ondins auraient été autrefois des Dourians, des Elfes d’eau vivant en Névédydor, un territoire elfe situé au sud d’Hengar, et qui avaient choisi de vivre dans le monde marin. Cependant, elle n’osait pas demander confirmation à Hydauria: les Ondins avaient la réputation de s’offusquer facilement sur le sujet et elle ne voulait pas fâcher son amie. En effet, les membres de son peuple n’appréciaient pas d’être assimilés à des « sans-queue » car ils étaient fiers d’appartenir au monde aquatique et de se démarquer des peuples bipèdes.

Hydauria se mit ensuite à chanter une de ces belles chansons envoûtantes qui s’adressait à Sélène la Blanche. Elle demandait à la déesse lunaire de protéger Hengar et de la rendre toujours fertile.

« Pendant les chants liturgiques, continua-t-elle, le Prêtre Suprême entre dans le Temple pour y allumer un flambeau dont la flamme brûle jusqu’à la pleine lune. Elle est censée être le garant de la prospérité en Hengar, et plus particulièrement sur la mer Vanora, située sous la protection de Sélène, l’astre lunaire. Si par malheur, la flamme s’éteignait avant la pleine lune, une catastrophe sans précédent ne manquerait pas de s’abattre sur Gaïa. Nous offrons également du lait de pezcompez à la déesse afin de lui permettre de se régénérer à chaque nouvelle lunaison et de rester toujours aussi éclatante de blancheur car c’est également notre divinité de la fertilité. »

Hydauria continua de chantonner en se laissant glisser dans l’eau et se dirigea vers le rivage suivie de Melwyn.
« Tu m’apprendras un jour un de vos chants ? lui demanda la jeune elfe arrivée sur la grève.
- J’essaierais, lui répondit l’ondine, mais je ne suis pas sûre que tu en sois capable, notre langue est tellement complexe. Il faut percevoir les différentes tonalités de chaque sifflement que nous utilisons et en percevoir précisément la durée. De plus, souvent les sifflements sont tellement aigus que même l’oreille fine elfe ne peut les entendre. Or la moindre imprécision, aussi minime soit-elle, peut être source de contre-sens.
- C’est magnifique en tout cas ! » dit Melwyn à Hydauria qui lézardait au soleil allongée sur le sable dans l’eau peu profonde, tandis que l’Elfe se rhabillait et enfilait ses sandales avant de remonter la falaise de l’anse de Guelhouit pour rejoindre Heulwen, la cite skédyn construite au milieu des arbres de la forêt de Ténédor.

Après un dernier signe de la main, Hydauria s’élança vers le large en nageant vigoureusement pour rejoindre Maorn, le palais royal construit en corail noir et caché au fond de la mer Vanora. Melwyn entama alors son ascension, non par le chemin qui zigzaguait entre la roche et les fleurs de rocaille, mais en escaladant à main nue la paroi rocheuse. Depuis toute petite, elle aimait grimper dans les arbres et sur toutes surfaces verticales, elle n’eut donc aucune difficulté à trouver son chemin parmi les aspérités de la roche. Son corps musclé saillait sous ses vêtements, tendu par l’effort et la concentration, tandis qu’elle cherchait les prises possibles dans les aspérités de la roche. Aucune paroi ne lui résistait, même celles aux apparences les plus lisses et sans aucune prise visible à laquelle s’accrocher pour escalader.

Arrivée en haut, à peine essoufflée, Melwyn se retourna un moment pour observer la mer Vanora. Celle-ci s’étendait par-delà l’horizon sous les rubans de lumière qui transperçaient ça et là à travers les quelques nuages traversant le ciel. Cette mer formait une baie qui délimitait le continent d’Hengar à l’est et au milieu de laquelle était nichée l’île sacrée de Dwynwen, telle une émeraude dans son écrin d’azur.

L’Elfe traversa la forêt de Ténédor et arriva en son centre où trônait la capitale d’Heulwen et son palais royal entouré de ses chênes multi-centenaires. Melwyn ne désespérait pas d’avoir un jour l’occasion de se rendre dans la salle du trône et de pouvoir admirer la vue réputée imprenable sur la mer Vanora dont on bénéficiait du haut de la canopée.

Elle passa au pied des chênes dont les énormes troncs soutenaient de gigantesques plateformes formées par les branches les plus tenaces, tels d’inébranlables pilotis. Elle leva la tête et suivit du regard la courbure des escaliers de lierre aux marches noueuses qui couraient le long des troncs du sol moussu jusqu’aux cimes. Ceux-ci permettaient d’accéder au palais ainsi qu’aux différentes habitations situées en contrebas et soutenues par les branches les plus basses.

Des lampes-lucioles éclairaient les escaliers à la nuit tombée, chacune renfermant en son sein un rayon de soleil. Les Skédyns, en tant qu’Elfes de lumière, avaient en effet la capacité de pouvoir manipuler la lumière et donc celle d’emprisonner les rayons lumineux dans des objets enchantés.

Melwyn ne se lassait pas d’admirer la maîtrise dont avaient fait preuve les bâtisseurs skédyns pour commander aux arbres d’élever le château sur leurs cimes les plus hautes grâce à la magie des chants elfiques. Les branches les plus fines s’entrelaçaient à la perfection pour former des murs végétaux aux nuances de vert luxuriant mêlées aux couleurs vives des fleurs grimpantes.

L’Elfe fit un passage éclair chez elle pour manger sur le pouce, se changer et prendre son matériel, arc, carquois et épée. Puis elle se dirigea vers le camp d’entraînement installé dans une large clairière. Plusieurs de ses compagnons étaient déjà arrivés depuis le matin et la saluèrent avec enthousiasme au passage. Arrivée au stand de tir, Melwyn consulta le tableau d’entraînement pour connaître les derniers résultats de ses camarades. Quelques semaines auparavant, elle avait atteint plusieurs fois d’affilée le record de mille cinq cents pieds détenu par Iestyn, un vétéran qui passait pour le meilleur archer de Ténédor. Elle espérait aujourd’hui réussir à le dépasser.

Justement, Iestyn s’avançait vers elle, le regard hautain, ses cheveux bruns retenus en catogan. Sans un mot, il prit une flèche et se mit en position face à sa cible, la corde tenue par trois doigts. Il tira son trait vers l’arrière, le coude dans le prolongement de son bras tendu, concentré sur le blason. La main placée sous le menton, il bloqua sa respiration puis tira et atteignit sa cible à mille cinq cent pieds. Plusieurs soldats s’étaient approchés et un murmure d’approbation se répandit parmi eux. Iestyn lança un sourire satisfait et suffisant vers Melwyn puis préleva une deuxième flèche dans son carquois, non sans avoir demandé à l’un de ses camarades de reculer le panneau de cent pieds supplémentaire. Melwyn l’observait, impassible en apparence.

Iestyn encocha sa nouvelle flèche et visa consciencieusement, une goutte de sueur roulant dans le creux de son cou. La flèche s’élança… et manqua de peu le centre. Le tireur lança un œil mauvais vers la jeune elfe tandis qu’elle prenait position à son tour vers une cible voisine placée également à mille six cents pieds de distance. Elle vida son esprit, banda son arc et tendit toute son attention vers son but. Le projectile l’atteignit, non sans provoquer un grondement de gorge de la part de son concurrent. Quelques soldats commencèrent à applaudir mais un regard assassin d’Iestyn les fit s’interrompre aussitôt.

Au tir suivant, celui-ci fit mouche deux fois de suite. Melwyn également. La tension entre les deux rivaux était palpable. Les cibles furent une fois de plus reculées de cent pieds et les deux tireurs se remirent en position. Melwyn était sûre d’elle mais préféra laisser la victoire à son voisin, pour cette fois. Elle décala sa visée de quelques millimètres puis elle entendit un cri de jubilation à sa gauche suivi d’un tonnerre d’applaudissements pour saluer le nouveau record atteint de haute lutte par son voisin. Sans un regard en arrière, Iestyn sortit fièrement de l’aire d’entraînement et se dirigea vers la taverne toute proche pour trinquer dignement à cette victoire. Melwyn sourit en coin à quelques compagnons restés pour la féliciter malgré tout.
 
« Tu t’es en très bien tirée en tout cas ! commenta Ruan, l’un de ses compagnons. Réussir à battre ce record inégalé depuis des décennies, c’est déjà une grande victoire !
- Merci, c’est gentil à vous, leur répondit-elle. Je ne doute pas que la prochaine fois, je ferai encore mieux ! (Et puis, autant ne pas trop brusquer trop vite la fierté du vieux lion ! pensa-t-elle malicieusement).
- Allez, pour fêter ça, je paye ma tournée chez Rhosyn à la fin de la journée ! » s’exclama Ruan.

Melwyn se mit en binôme avec lui à l’épée et poursuivit son entraînement. Ruan était un excellent épéiste qui maniait son épée avec force et précision. Melwyn aimait travailler avec lui car l’elfe, de quelques dizaines d’années son aîné, ne lui facilitait jamais la tache et la poussait à toujours donner le meilleur d’elle-même.

A la fin de la journée, rompue et dégoulinante de sueur, Melwyn accepta le verre offert avec insistance par Ruan. 
« Bon, alors, vite fait, capitula-t-elle.
- Tu as quelque chose de prévu ce soir ? commença-t-il par lui demander, son sempiternel sourire enjôleur au coin des lèvres.
- Oui, je rejoins mon fiancé Maogann chez lui pour réfléchir à la liste des invités pour notre mariage, lui répondit-elle sans pouvoir cacher son manque d’enthousiasme.
- Pour quelqu’un qui va se marier dans un an, tu n’as pas l’air très emballée…
- Ce n’est rien, tenta-t-elle de le rassurer d’un haussement d’épaules, c’est juste tous ces préparatifs… »

Si seulement il savait ! Melwyn glissa un œil appréciateur mais discret dans la direction de son camarade. Ruan était un Elfe athlétique et solidement bâti, bien loin des traits fins et graciles de son fiancé. Ses mains robustes tenaient sa chope de bière avec la même force et détermination que son épée. Melwyn se surprit à imaginer ses mêmes mains se promener sauvagement sur sa peau diaphane. Le rouge lui montant aussitôt aux joues, elle enfonça son visage empourpré dans sa pinte le temps de se redonner une contenance. De toute façon, Ruan était de basse extraction et de père humain qui plus est, critère rédhibitoire pour ses parents, conclut-elle pour elle-même. 

En vérité, elle ne rêvait que de batailles et ne voulait vouer sa vie qu’au combat, non à un mari et encore moins à un époux comme Maogann, un intellectuel qui passait son temps dans les livres et ne connaissait rien aux armes. Ils étaient tellement différents ! Melwyn appréciait beaucoup Maogann mais elle ne l’aimait pas d’amour, bien qu’elle ressentit beaucoup de tendresse à son égard. Elle se sentait coincée entre son devoir familial et son être profond. Plusieurs fois, elle avait essayé d’en parler à ses parents et notamment à sa mère mais celle-ci ne voulait rien entendre et éludait le sujet en lui assurant que l’amour viendrait avec le temps.

Moagann et elle étaient amis depuis l’enfance et leur mariage avait été arrangé par leurs deux familles respectives depuis leur plus jeune âge. A soixante-dix ans, Melwyn était encore jeune pour une Elfe et le mariage aurait pu attendre mais ses parents avaient tellement insisté qu’elle s’était vite trouvée emportée bien malgré elle dans un tourbillon de préparatifs et voyait difficilement comment revenir en arrière à présent.

Elle termina son verre, remercia son ami et rejoignit la maison familiale pour s’y rafraîchir avec une douche bien méritée avant de prendre la direction du quartier de Lec’hbolcor, le quartier des châtaigniers, où vivait son fiancé. Elfe d’une centaine d’année, Moagann était d’un physique plutôt agréable avec sa silhouette élancée, ses cheveux blonds et ses yeux bleus. Poète attaché au palais royal, cela en faisait un bon parti aux yeux des parents de Melwyn.

Il habitait dans une simple garçonnière, une maison nichée au creux d’un châtaignier à l’écorce fissurée telle une peau ridée par l’âge. Quand Melwyn arriva chez lui, son prétendant était assis au balcon, sûrement occupé à réfléchir au dernier poème commandé par le roi Guinhaël. La jeune elfe le salua d’un geste de la main et monta l’escalier en colimaçon qui serpentait autour du tronc.

«  Comment va l’inspiration aujourd’hui ? lui demanda-t-elle.
- Pas trop mal, je suis assez content de moi, lui répondit Maogann en portant à ses lèvres le verre de vin à la robe dorée qu’il avait posé sur une petite table à côté de lui. Je pense avoir fini d’ici la fin du mois. Que veux-tu boire : un verre de rézyni ? Mon cousin gwentyl m’en a ramené de Blenchénor en début d’année, commenta-t-il avant d’aller chercher un autre verre.
- Je veux bien, merci. C’est étonnant ce goût d’amertume, énonça Melwyn une fois qu’elle eut goûté le vin ambré. D’où cela vient-il ?
- Les vignerons badigeonnent leurs fûts avec de la résine de pin pour assurer leur étanchéité, expliqua Maogann en reprenant une gorgée du liquide couleur de miel. En fermentant, le vin s’en imprègne. C’est particulier mais j’aime bien.
- Alors, comment s’est passé votre répétition pour le bicentenaire du prince Maëlrhys ? continua Melwyn.
- Je pense que nous seront prêts dans les temps. Il nous reste encore quelques semaines. D’ici là, tout le monde connaîtra son texte, j’en suis sûr. Et toi, tu es prête à exploser les records au tir à l’arc ? demanda distraitement son fiancé.
- Je m’entraîne dur en tout cas. Iestyn fait tout son possible pour toujours garder une longueur d’avance sur moi mais je sais que je peux le doubler.
- Qui ça ? interrogea Maogann.
- Mais tu sais, je t’en ai déjà parlé, répondit Melwyn, un peu agacée. C’est celui dont personne n’arrive à battre le record à l’arc.
- Ah oui, c’est vrai… Pardonne-moi. J’avais oublié, s’excusa son prétendant d’un air embarrassé.
- J’ai un peu le trac quand même, continua Melwyn. Tous ces regards fixés sur nous, qu’est-ce que c’est déstabilisant ! Un tournoi est tellement éloigné d’une vraie  bataille ! »

Maogann sembla tiquer en entendant cette dernière réplique. Il ne comprenait pas l’intérêt de Melwyn pour les arts de la guerre. C’était souvent un motif de discorde entre eux mais ce soir-là, il ne releva pas.

« Par contre, poursuivit la jeune elfe en faisant comme si elle n’avait pas remarqué la réticence de son fiancé, je n’aurais rien contre le fait d’empocher la somme rondelette associée à l’un des prix en jeu pour le tir à l’arc.
- J’ai toute confiance en toi. Je suis sûre que tu battras tous les records.
- Merci, c’est gentil, lui répondit-elle avec un sourire.
- Tu sais, une fois mariée, tu n’auras plus à te soucier d’argent. Je gagne suffisamment ma vie et je saurais subvenir à tes besoin » dit Maogann en tendant la main pour lui replacer une mèche de cheveux rebelle. 

Melwyn se recula au dernier moment et lui lança un regard blessé. Le visage de son fiancé s’assombrit légèrement à ce geste mais ne poursuivit pas plus avant le sujet. 
La soirée se déroula simplement autour d’un dîner léger où les deux fiancés échangèrent des banalités, sans grand intérêt pour Melwyn. Quand Maogann sortit la liste des invités commencée la fois précédente, elle souffla un grand coup pour se donner du courage et posa un sourire qu’elle espéra de circonstance sur son visage. Moagann n’était pas dupe mais de son côté, il aimait sincèrement Melwyn et était persuadé qu’il finirait par se faire aimer d’elle avec le temps. 

 
« Modifié: 20 avril 2020 à 16:09:32 par Mélina Le Page »
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne fulgiras

  • Scribe
  • Messages: 74
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #2 le: 09 avril 2020 à 02:33:12 »
Bon tu voulais des avis alors je me lance même si je suis surement pas le meilleur pour te donner des conseils sur les textes longs.

Pour la forme, c'est bien écrit, j'ai pas vu de fautes au premier abord. Par contre, ton début de roman fourmille de lieux, d'idées et de personnages, peut-etre même trop pour le premier chapitre. Je suis pas arrivé au deuxième mais il y a déja plusieurs planètes, plusieurs races, des enjeux de pouvoirs, une histoire du monde assez riche et j'ai été un peu perdu.

Tout commence avec un emprisonnement relativement long. C'est l'occasion de planter décor pièce par pièce, de parler de l'enchainement d'évènements qui y ont menés à cette situation par des flashbacks, ou en faisant en sorte que Glyndwr ressasse le passé, ou que Narberd le nargue,...

C'est le confinement, on a le temps de découvrir tout cet univers qui a l'air sympa, alors n'hésite pas à ralentir un peu le rythme  ;)

Hors ligne MoonAngel

  • Troubadour
  • *
  • Messages: 340
  • Présentement en confinement
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #3 le: 09 avril 2020 à 03:32:02 »
Hey ! Je m'ennuie mais je n'ai pas sommeil, donc j'en profite pour voir ce que donne ton récit :mrgreen:

Je ne fais que le chapitre 1 pour commencer.

Citer
Il ne se souvenait rien
Ce n'est pas "de rien" ? Tu me fais douter :???:

Citer
Tannruz était un dieu très discret qui ne montrait jamais sur Gaïa.
Qui ne se montrait jamais, qui ne montait jamais... mais formulé ainsi, j'ai du mal à comprendre.

Citer
les puissances notes
puissantes*, non ? :mrgreen:

Citer
sûr qu’il était d’être reconnu
Ch'tit souci :mrgreen:

Citer
un des multiples galeries
Une ?

Citer
Un courant d’air parcourut alors le jardin puis une légère brume noire emplit alors l’espace.
Attention à la répétition de "alors".

Voilà pour la forme.
Comme Fulgiras dit, il y a beaucoup d'expositions dans ce premier chapitre, beaucoup de noms et de background et à terme j'ai déjà oublié les 3/4 des noms et de la fonction des personnages. Après, tu restes quand même sur un fil rouge avec les personnages de Glyndwr, Diargarth et Narbred, ce qui m'a permis de ne pas trop me perdre non plus.

Avec Terra Promessa, j'ai trouvé une petite astuce pour jongler avec beaucoup de personnages en début de roman. (Bon déjà partir d'un stéréotype pour étoffer la personnalité en cours de route, mais encore) ne pas hésiter à rappeler qui est qui quand on reparle d'un personnage après plusieurs paragraphes.
Un exemple récent, où j'ai carrément utilisé la technique deux fois : "Dans la liste des applications du centre se trouvaient effectivement Terrarium en première place, mais également d’autres comme TerrAmazon, celle présentée la veille par Alex, leur moniteur, et qui permettait de commander ce qu’ils désiraient."

Je prends dans ton texte un passage qui m'a perturbée :
Gwilherm, dépêche-toi ! lui adressa d’un air cinglant son maître.
Il me semble que la phrase est dite par Diargarth ici, mais une phrase plus bas me fait un peu douter :
C’est juste ce… Guilharn…
Qui elle était définitivement de Diargarth. J'hésite donc si les deux répliques sont de la même personne. Auquel cas j'ai trouvé étrange que Diargarth arrive à bien se souvenir du nom de Gwilherm puis deux secondes plus tard à faire comme s'il ne le connaissait plus :???:

Voilà voilà, j'espère que ça t'aidera. Comme je le redis partout, ce que je dis ne tient que de moi. Tu es l'auteure et c'est toi qui décides des changements à apporter à ton roman. S'il y a des détails pour lesquels tu veux me dire "merde", tu en as tout à fait le droit :D
💎 🌸 🐚
May your heart be your guiding pen

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #4 le: 09 avril 2020 à 12:27:44 »
Merci à vous deux.
Effectivement, il y a quelques fautes de frappes, Moon.  ::)

Fulgiras
"ton début de roman fourmille de lieux, d'idées et de personnages, peut-être même trop pour le premier chapitre. Je suis pas arrivé au deuxième mais il y a déjà plusieurs planètes, plusieurs races, des enjeux de pouvoirs, une histoire du monde assez riche et j'ai été un peu perdu. "

C'est un peu voulu mais peut-être trop, alors.
On comprendra mieux au chapitre 4 ce qui est arrivé exactement à Glyndwr mais c'est peut-être trop tard.
Si vous me dites tous les deux que le lecteur se perd, il faut effectivement que j’éclaircisse un peu tout ça si je veux qu'il continue jusqu'au bout...  :huhu:

Moon
"Qui elle était définitivement de Diargarth. J'hésite donc si les deux répliques sont de la même personne. Auquel cas j'ai trouvé étrange que Diargarth arrive à bien se souvenir du nom de Gwilherm puis deux secondes plus tard à faire comme s'il ne le connaissait plus "
Effectivement, tu as raison, c'est confondant. Je vais revoir ça. Et merci pour l'idée de rappeler le nom des personnages.

Excellent journée à vous !
Pluie de mots :coeur:


L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne MoonAngel

  • Troubadour
  • *
  • Messages: 340
  • Présentement en confinement
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #5 le: 11 avril 2020 à 15:35:08 »
Chapitre 2, c'est parti :P

Citer
Hydauria se mit ensuite à chanter une de ces belles chansons envoûtantes qui s’adressait à Sélène la Blanche.
J'ai imaginé la scène comme si elle chantait 99 (ma chanson préférée du moment) et j'ai trouvé le tableau super joli :coeur:
*continue la lecture*
Mince en fait la chanson se fait en sifflant, ça marche pas :mrgreen:

Je suis encore perdue par tous ces noms :-[
Je me demande à tout hasard si tu as déjà dessiné une carte de ton univers ? Peut-être que ça m'aiderait à voir plus clair ^^

Citer
Amis depuis l’enfance, le mariage avait été arrangé par leurs deux familles respectives depuis leur plus jeune âge.
Je pense que c'est une erreur de construction. "Amis" doit se rapporter au futur sujet de la phrase, qui ici est "mariage".
Après, je ne maîtrise pas encore ce principe parfaitement. Et j'ai directement compris où tu voulais en venir. J'ai d'ailleurs failli passer la phrase sans le remarquer :mrgreen:

Oh bah c'est la première fois depuis que je suis inscrite que j'arrive à la fin d'un chapitre sans avoir voulu voir combien de lignes il me restait à lire :-[

Il y a certains passages où le rythme est un peu étrange, je trouve.
Par exemple : "Je veux bien, merci. C’est étonnant ce goût d’amertume. D’où cela vient-il ?"
Même si on comprend qu'elle a goûté, sans une phrase qui l'indique, ça crée quelque chose de dissonant :???:

Après, ton univers a l'air déjà mûrement réfléchi. Pour ça que je suis curieuse de voir ce que ça donnerait sur une carte :)

(J'ai l'impression de manquer de mots pour commenter aujourd'hui >< )
Bonne continuation, en tout cas :pompom:
💎 🌸 🐚
May your heart be your guiding pen

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #6 le: 11 avril 2020 à 15:51:37 »
Salut Moon,
alors déjà merci pour ton retour, c'est super !  :banane:
ça me fait plaisir que tu dises que tu n'as pas senti le besoin de compter les lignes et que tu aies réussi à finir ce chapitre !  o><o

Je viens justement de reprendre ce chapitre 2 où je me suis fait les mêmes remarques que toi et où j'ai essayé d'appliquer ce que tu m'as dit pour le chapitre 1 sur les noms justement, pour aider le lecteur à s'y retrouver. 

A un jour près, tu aurais eu la nouvelle version du chapitre 2 que je viens tout juste de remplacer...  :/

Oui, effectivement, j'ai une carte !!! Je voudrais te l'envoyer en MP mais apparemment, ce n'est pas possible. Et je ne trouve pas comment joindre un fichier, non plus. Je cherche et je vois ça.

Tu n'es pas la première à me dire que c'est plus facile de se repérer avec une carte. Je ressens la même chose quand je lis un livre.

Je vais relire le chapitre 3 et le mettre en ligne, peut-être demain...

Merci encore !
« Modifié: 11 avril 2020 à 16:00:35 par Mélina Le Page »
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

En ligne Xeraphia

  • Prophète
  • **
  • Messages: 951
  • Rudetripping
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #7 le: 12 avril 2020 à 04:48:18 »
Salut Mélina ! Chose promise, chose due ^^

Chapitre 1
[close]

Ayé, j’suis vannée, là. Bonne soirée ^^
« Modifié: 12 avril 2020 à 15:30:09 par Xeraphia »
CoCoWriMo, 50 565 / 50 000
Officially late A.F.

Show. Don't tell.

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #8 le: 12 avril 2020 à 18:38:18 »
Bonsoir Xeraphia  :mrgreen:

Eh ben dis donc, ça fait beaucoup de choses à intégrer !!!
Il faudra que je reprenne ça à tête reposée... mais c'est vraiment génial tout  les conseils que tu me donnes. Très précis et illustré !
Merci infiniment aussi pour les commentaires positifs. ça fait très plaisir et c'est très motivant!

A moi de digérer tout ça et d'en faire mon miel...

Excellente soirée et plein d'inspiration !  :coeur:




L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #9 le: 12 avril 2020 à 20:01:07 »
Chapitre 3 : Maëlrhys
Les semaines passèrent et le grand jour arriva enfin. Heulwen, la capitale skédyn, était en liesse d’un quartier à l’autre. Les arbres avaient revêtu leurs plus belles couleurs et des milliers de lampes-lucioles, ces lampes renfermant un éclat de soleil en leur sein, décoraient la forêt de boules multicolores. L’air même avait une odeur de fête qui se répandait par-delà la cité attirant les peuples des différentes contrées naines et elfes d’Hengar. Soudain, le bruit d’un cor retentit : le défilé allait commencer. Melwyn, ses parents et Maogann, son fiancé, avaient trouvé une bonne place en bordure de la route principale de la cité où paraderaient les délégations des différents territoires elfiques. Quelques derniers retardataires tentaient de se faufiler à travers la multitude colorée que composaient les spectateurs.

Quand Moagann lui passa son bras autour des épaules, Melwyn se retint de ne pas se dégager de son étreinte à cause du regard ému de sa mère sur eux. Résignée, pour le moment, elle tourna son attention sur l’avenue et attendit le début du défilé. Celui-ci commença sans tarder par l’apparition des Elfes des sables, les Traézhyns venus de Ceinwen, l’oasis-cité du Selwyn, aussi appelé le Désert Blanc.

« C’est la première fois que je vois des carnloens ! s’exclama Melwyn à la vue des reptiles cornus que chevauchaient les Traézhyns vêtus de seizanns aux couleurs vives avec superbe. Vêtements amples et couvrants, ceux-ci les protégeaient habituellement des tempêtes de sable. Je ne les imaginais pas aussi grands ! poursuivit la jeune elfe en s’extasiant sur les montures sauriennes.
- Et oui, certains ont la taille d’un grand cheval mais ils sont largement plus forts…, continua Enewyr, le père de Melwyn. Et regardez la légèreté de leur démarche ! Difficile à  imaginer, compte tenu de leur taille. »

Les Traézhyns étaient les maîtres des sables grâce à la pétrakinèse qui caractérisait leur peuple : leur esprit pouvait manipuler les cristaux de sable à leur guise, notamment grâce à l’utilisation de glyphes magiques qu’ils traçaient au sol.

Un murmure d’admiration s’éleva ensuite quand apparurent les Elfes d’air, les Gwentyls. Melwyn admira leurs vêtements plus légers que l’air qui se mouvaient à la moindre brise tandis qu’ils avançaient telles des statues de glace. Leurs mouvements étaient aériens et ils se déplaçaient tel le zéphyr, sans bruit. Leur peau légèrement bleutée parut diaphane à la jeune Elfe au doux soleil de cette fin de matinée.

« Tiens, voilà mon cousin. Tu le vois là-bas ? C’est le porte-étendard, dit Maogann à Melwyn.
- Oui, je le vois ! lui répondit-elle.
- Je te le présenterai tout à l’heure, poursuivit son fiancé. Tu verras, il est charmant.
- Mais sûrement pas autant que toi, Maogann », intervint Eireen, la mère de Melwyn, en lançant un clin d’œil à sa fille qui rougit, mal à l’aise.
Grâce à leur maîtrise de l’éolèkinèse, les Gwentyls s’étaient rendus maîtres du vent et leurs plus grands magiciens pouvaient le manipuler selon leurs bons vouloirs.

« Maogann, es-tu déjà allé en Blenchénor rendre visite à son cousin gwentyl ? demanda Melwyn  pour changer de sujet.
- Oui, une fois, pour son mariage. Il habite à Klérez, la capitale de Blenchénor. Je crois que je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie, là-haut ! Vivre dans la montagne, ce n’est vraiment pas mon truc. 
- C’est vrai que les maisons gwentyls sont faites de glace ? interrogea Enewyr, le père de Melwyn.
- En partie, répondit Maogann. La plupart des constructions sont taillées directement dans la roche mais quelques pièces sont effectivement construites à partir de blocs de glace. Le palais royal de Klérez, quant à lui, est totalement construit dans cette matière. C’est magnifique d’ailleurs mais glacial. Heureusement, mon oncle et ma tante avaient des appartements chauffés pour leurs invités ! Les Gwentyls n’en ont pas besoin, ils ne craignent pas le froid. »

Le roi Mordwywr des Dourians, les Elfes d’eau, descendait à présent la rue en tête aux côtés de son épouse, tous les deux assis dans un cabriolet tiré par un magnifique cheval blanc. Le véhicule était encadré par la garde personnelle du souverain dourian et suivi d’un cortège de nobles et personnes de haut rang qui défilèrent dans un chatoiement multicolore dû à leurs vêtements fluides qui reproduisaient l’imperceptible mouvement d’une brise sur la surface d’un étang. La peau des Elfes d’eau était légèrement écailleuse et leurs cheveux blonds décorés d’algues fraiches aux reflets d’eau claire. Les Dourians maîtrisaient l’hydrokinèse, le pouvoir de l’eau, mais plutôt l’eau douce alors que les Ondins excellaient dans l’hydrokinèse des océans et de l’eau de mer.

« Melwyn, ta tante est mariée à un dourian, si je me souviens bien ? demande Maogann.
- Oui, elle vit à la capitale, sur le lac Lennia. J’y allais pendant les vacances étant petite. Névédydor est vraiment un pays magnifique avec les nombreux étangs et rivières qui entourent Merryn, la capitale douriane.
-  Les Dourian ancrent leurs constructions au fond du lac à l’aide des plantes aquatiques et des palétuviers qui poussent dans la lagune, continua Enewyr, le père de la jeune Elfe.
- J’ai adoré vivre dans une maison flottante et passer mes journées dans l’eau, se souvint Melwyn avec un sourire mélancolique. Et j’enviais beaucoup mon cousin de pouvoir respirer et se déplacer si vite sous l’eau grâce à ses branchies et à ses doigts palmés. C’était frustrant de devoir remonter à la surface toutes les cinq minutes.
- A un moment, tu voulais même te faire pousser des branchies…, intervint sa mère.
- Heureusement qu’à l’époque, ça m’a passé parce que je ne rendais pas compte à quel point se serait douloureux !
- Voilà, maintenant les Ondins ! s’exclama avec admiration Maogann. 
- Qu’est-ce qu’il est grand ! s’exclama Melwyn en voyant apparaître leur souverain. Il dépasse bien d’une tête toute la procession… »

Maître des mers, le roi Aidlinn pouvait commander aux tempêtes et aux marées grâce à un pouvoir presque similaire à l’hydrokinèse des Dourians. Son épouse Idrielle, qui marchait à ses côtés, aussi maîtrisait cette capacité mais dans une moindre mesure comme tout Dourian. Les longs cheveux verts d’eau d’Aidlinn, ceints d’une fine couronne de corail rouge vif, encadraient son visage anguleux tel un casque de jade. Ses yeux gris pétillant d’une joie communicative et l’odeur fraîchement iodée le rendaient attrayant malgré son physique de prime abord un peu brut. Le collant en feldidreuz qu’il portait moulait ses jambes d’acier attirant plus d’un regard féminin dans la foule.

Les Ondins utilisaient la feldidreuz, une algue poussant sur les fonds marins de la Vanora, dans la confection de leurs vêtements en raison de ses propriétés imperméabilisantes. Ainsi, ils gardaient leurs jambes au sec quand ils avaient besoin de se déplacer à terre, empêchant leur queue de poisson de reprendre forme au moindre contact avec l’eau.

 « Ah ! Je vois Hydauria, dit Melwyn en tentant de faire un signe à son amie ondine qu’elle avait repérée dans le cortège mais celle-ci était trop loin. Comme elle est belle dans cette robe ! s’extasia-t-elle. C’est la première fois que je la vois marcher, ça fait tout drôle.
- Où est-elle ? interrogea Moagann avec curiosité.
- Elle porte une robe noire et une ceinture rouge, lui répondit Melwyn en tendant le doigt dans sa direction.
- Oui, effectivement, lui répondit-il d’un air détaché. Puis il posa un regard appréciateur sur la tenue de Melwyn, sa compagne.
La robe enserrait la taille fine de l’Elfe skédyn par-dessus un drapé en velours bleu nuit, ses épaules dégagées mettaient en valeur son dos et de longues boucles d’oreilles en or accentuaient la courbure de son cou.
-Tu es magnifique, toi aussi. » lui murmura Maogann à l’oreille d’une voix suave.

Melwyn eut le bon ton de rougir. Eireen, sa mère, avait insisté pour qu’elle porte cette tenue un peu trop habillée au goût de la jeune elfe qui se serait contentée d’un pantalon cintré et d’une chemise en soie si elle avait pu. Melwyn n’était pas à l’aise mais appréciait cependant les regards admiratifs des mâles qui croisaient sa route. Elle avait été plus particulièrement flattée du regard de Ruan quand, en début d’après-midi, il était venu la saluer à son arrivée sur les lieux des festivités en l’honneur du centenaire du Prince Maëlrhys, fils du roi Guinhaël et de la reine Azénor. Maogann aussi avait remarqué l’œillade appuyée de son compagnon d’arme et avait aussitôt posé sa main possessive sur la nuque de Melwyn. La mère de cette dernière n’avait pu retenir un « Non mais quel toupet ! », choquée d’une telle familiarité. Ruan s’était contenté de lancer à Eireen son plus beau sourire charmeur et s’en était retourné auprès de ses amis, non sans lancer un clin d’œil amusé à Melwyn.

Pour clore la présentation des différents peuples venus rendre hommage au prince Maëlrhys, les Nains paradèrent en une chorégraphie martiale, faisant tournoyer leurs haches et trembler le sol sous le martèlement de leurs pas cadencés. Un chant guerrier s’éleva sur leur passage en l’honneur du courage et de la force du prince. Le roi nain Riwanig précédait ses soldats, assis sur une monture de marque, un gavrbriol, une chèvre dont les cornes zébraient l’air comme l’éclair.

«  Tu savais que les gavrbriols étaient considérés comme sacrés par les Gwentyls ? demanda Moagann à Melwyn.
- Je l’ignorais.
- Seuls quelques rares Nains, comme le roi Riwanig, continua le jeune Elfe, sont autorisés à monter les gavrbriols sous la condition de les considérer avec la plus grande déférence.
- Ce ne sont pas les Nains qui en font l’élevage, alors ?
- Non, seuls les elfes Gwentyls ont ce privilège. Ils les élèvent pour leur lait et leurs poils. Ces animaux sont tellement respectés qu’il est interdit de les tuer et que leur chasse est sévèrement punie. A leur mort, une cérémonie en l’honneur du gavrbriol décédé est organisée afin de lui demander la permission d’utiliser sa peau et certains de ses organes pour composer des onguents et autres potions magiques.
- C’est vrai ? s’étonna Melwyn.
- Je n’ai jamais eu l’occasion d’en discuter avec un Gwentyl mais c’est en tout cas ce que j’ai lu un jour à la bibliothèque.
- Regardez, voila la famille royale ! » les interrompit Eireen avec enthousiasme.

Sous la blondeur des cheveux courts et rebelles du prince Maëlrhys se devinait une mince couronne d’or. Il montait fièrement à cru un étalon couleur isabelle dont le chanfrein était orné d’une tache étoilée de couleur blanche. Il était en effet de coutume chez les Elfes de monter les chevaux sans selle, ni rênes car ils étaient respectés. Un cheval n’était donc jamais entravé, brimé ou violenté en aucune façon. Ils étaient libres d’aller et venir à leur guise et d’accepter ou de refuser de porter un cavalier bien que généralement, ils y consentaient volontiers. L’étalon du prince se nommait Loudiern. C’était un prince parmi les chevaux car du Roi Hyppor. Son père et lui faisaient partie de la famille royale équidée. En tant que tels, comme dans chaque espèce animale, les chevaux de lignée royale avaient la capacité de communiquer par télépathie avec les Hengariens qui maîtrisaient cette aptitude. Les membres des familles royales animales étaient considérés comme des seigneurs et respectés par la majorité des animaux de leur race.

En voyant le prince Maëlrhys parader, Melwyn ne put s’empêcher de faire, une fois de plus, la comparaison avec Maogann, son fiancé trop sage à son goût. Elle jeta alors un coup d’œil furtif à celui-ci et entendit de nouveau sa mère Eireen lui seriner le matin même qu'elle encore jeune avec ses soixante-dix ans mais qu’au même âge, elle était déjà mariée ; que son fiancé était un excellent parti, lui qui était issu d'un haut lignage ; que vu comment il la couvait du regard à la moindre occasion, c'était évident qu'il était fou d'elle et qu'en plus, ses poèmes étaient magnifiques... Mais ce n’était pas ce que, elle, voulait… Melwyn se sentait de plus en plus étriquée dans cette vie paisible, d’autant plus depuis ses fiançailles officielles avec Maogann, avec cette pression qui s’accentuait progressivement dans la perspective de leur mariage prochain.
Elle, ne rêvait que de parcourir le monde en quête d’aventures et de voyage hors de Ténédor, le territoire skédyn. Parfois, Melwyn se réveillait en pleine nuit avec cette irrépressible envie au ventre : prendre ses affaires et partir. Partir loin, tout abandonner… Mais elle n’avait jamais réussi à franchir le pas par peur de décevoir ses parents, de les rendre malheureux, eux qui ne voulaient que son bonheur à travers ce mariage tant attendu.
 
La jeune Elfe soupira en silence et se força à se reconcentrer sur le défilé.  Elle admira alors l’armure du prince Maëlrhys réalisée sur mesure par les meilleurs armuriers de Ténédor. Cette armure comprenait un magnifique plastron de cuir noir décoré de volutes incrustées de fils d’argent. Des protections d’épaules pointaient fièrement en plusieurs couches tuilées du même cuir tandis que des grèves et des bras d’armure protégeaient efficacement les jambes jusqu’aux genoux et les avant-bras.

« Quelle splendide armure ! ne put se retenir de commenter Melwyn. Le cuir a sûrement été passé dans un bain d’huile bouillante pour le rendre plus résistant et rendu ignifuge grâce à de la tandiwallez.
- Qu’est-ce que tu racontes ? lui demanda son père.
- Je dis que… hésita-t-elle en voyant l’air perplexe de son paternel. Je disais juste que cette armure est splendide.
- Tu  ne peux pas t’en empêcher, n’est-ce pas ? l’interpela sa mère Eireen, accusatrice.
- M’empêcher de quoi ? répondit Melwyn sur la défensive.
- De.. de… de te prendre pour un homme ! lâcha-t-elle le plus bas possible pour ne pas attirer l’attention des spectateurs autour d’eux.
- Comment ça ! s’emporta sa fille. Qu’est-ce que tu veux dire par là exactement ?
- Melwyn, Eireen, calmez-vous, enfin ! tenta d’intervenir Enewyr, leur père et mari, en lançant un regard gêné autour de lui. Tout le monde nous observe…
- Et bien, grand bien leur fasse, gronda Melwyn, en jetant un regard de défi autour d’elle.
- Ah, oui, c’est tout toi, ça ! poursuivit toujours à voix basse sa mère en se penchant plus avant vers sa fille. Tu n’en fais toujours qu’à ta tête. Tu te moques toujours de ce que l’on pense de toi ! Pas moi. Tu vas devenir une femme mariée dans quelques mois…
- Et ?
- Et bien… Une femme mariée ne saurait manier les armes et s’entraîner à la guerre ! » trancha Eireen avant de porter la main à sa bouche, atterrée par la violence de son accusation.

Melwyn en eut le souffle coupé, comme si elle avait reçu un coup de poing fulgurant dans l’estomac. Profondément blessée par les derniers propos de sa mère, elle s’enferma dans un silence obstiné et rageur. Sa mère, quant à elle, avait le teint livide et les traits hagards sous le choc d’avoir révéler tout haut ce qu’elle pensait tout bas depuis des années. Partagée entre la consternation et une certaine forme de soulagement, Eireen n’osait plus croiser le regard de sa fille.

Le défilé se poursuivit dans un silence pesant. Melwyn le regardait maintenant avec indifférence. Elle ne remarqua même pas qu’à la ceinture du prince, pendait une superbe rapière pourvue d’une garde dont la coquille était ouvragée toute en volutes fines et incrustée de nombreuses pierres précieuses. Cette épée avait été forgée à base de maenkurun, métal que seuls les meilleurs forgerons nains pouvaient travailler. Il fallait en effet posséder une volonté de fer pour plier à sa volonté ce métal et lui donner la forme désirée. Ce métal permettait de confectionner des armes extrêmement résistantes malgré leur exceptionnelle légèreté. D’après la légende, il avait pour origine le cœur même du monde. C’était un métal rarissime, ce qui en faisait un cadeau de grande valeur, sans compter le travail d’orfèvre lié à sa réalisation.

Le roi skédyn Guinhaël et la reine Azénor apparurent à la suite du prince dans un carrosse tiré par quatre magnifiques chevaux couleur ébène comme la nuit. Ceux-ci avançaient noblement, d’une démarche altière, tout à leur fierté d’escorter le couple royal. La reine Azénor, coiffée d’un diadème d’argent dont les cheveux blonds-roux semblait le prolongement, saluait de la main la foule qui l’acclamait tandis que Guinhaël, son époux, inclinait légèrement la tête pour répondre aux ovations de son peuple. Ce léger mouvement faisait joyeusement tressauter la chevelure mi-longue à la couleur nuit du roi tandis qu’un sourire chaleureux rayonnait sur son visage. Tout le long du défilé, une multitude de pétales de fleurs odorantes virevoltait par magie sur le passage du couple royal enneigeant la foule de gros flocons multicolores.

Une fois la parade terminée, Melwyn en profita pour s’éclipser :
« Je vous dis à ce soir pour le  dîner. On se retrouve autour du buffet géant installé dans la clairière ? J’ai  besoin de prendre l’air, » lâcha-t-elle.

La jeune Elfe n’attendit pas la réponse de ses parents, ni de son fiancé et s’éloigna. Maogann tenta bien de la retenir en lui prenant la main mais elle se dégagea d’un geste encore exaspéré. Melwyn se dirigea vers le camp d’entraînement où plusieurs lices avaient été aménagées pour l’occasion. Sur le chemin, elle tenta de se calmer en observant les différents spectacles proposés en ce jour de réjouissance. L’un proposait une démonstration impressionnante de maniement d’épée à double lame par un elfe traézhyn à la peau foncée et aux cheveux épais et raides. L’épée semblait instantanément prendre vie entre ses mains agiles et virevolter sans effort. Le métal fouettait l’air avec rapidité et reflétait la lumière, tels des éclairs.

Un autre spectacle mettait en scène quatre Elfes gwentyls qui se hissaient le long des rubans de soie installés au milieu d’une clairière tandis qu’une mélodie envoûtante s’élevait dans l’air festif. Les Elfes d’air se mouvaient avec grâce et souplesse et effectuaient plusieurs figures complexes mais de toute beauté.

Arrivée à la tente qui faisait office de vestiaires féminins, Melwyn avait retrouvé une grande partie de sa sérénité et chassa avec obstination les paroles de sa mère qui tourbillonnaient dans sa tête, mettant de côté pour plus tard l’éventualité d’une discussion désormais inévitable avec Eireen. Melwyn se changea et revêtit son plastron de cuir bordeaux, décoré de fines arabesques dorées incrustées dans le cuir et dont les différents morceaux étaient assemblés par des lanières du cuir d’une extrême finesse. Elle s’apprêtait à sortir de sous la tente quand Ruan passa à proximité des vestiaires et lui adressa un éternel sourire enjôleur.

« Alors, prête ?
- Oui, comme tu peux le voir, dit Melwyn en écartant les bras.
- Pas mal, estima Ruan d’un regard appréciateur, mais je te préférai dans ton fourreau de velours… »

Il jeta rapidement un regard à l’intérieur. Personne. Melwyn se sentit alors repoussée fermement derrière la tenture. Surprise, elle entrouvrit la bouche pour lui exprimer sa stupéfaction mais déjà il posait ses lèvres brûlantes sur les siennes en un baiser passionné tandis que, d’une main posée dans son dos et l’autre derrière sa nuque, il plaquait son corps près du sien. Melwyn, à son corps défendant, ne put s’empêcher de fermer les yeux, totalement abandonnée entre ses bras virils.
« Désolé, murmura Ruan d’une voix douce. Je n’ai pas pu me retenir ; l’occasion était trop belle et j’en rêvais depuis si longtemps…»

Puis, il s’écarta doucement, comme à regret, et disparut avec un sourire d’excuse, laissant Melwyn, pantelante, le cœur battant et le corps en feu. Celle-ci resta quelques instants sous le choc mais, en un certains sens, ravie quand même. Une fois remise de sa surprise, la jeune elfe sortit enfin et se dirigea vers la clairière où serait dressé le buffet du soir pour le centenaire princier et où trônait en son centre une scène de granit. Un léger sourire flotta sur ses lèvres gonflées en souvenir du baiser enflammé. Les décors étaient montés et les acteurs attendaient dans les loges que la représentation commence. Melwyn s’assit à une place libre en bas des gradins et suivit la représentation et les répliques des différents acteurs du mieux qu’elle put, tout en essayant de chasser l’agréable sensation qui perdurait au creux de ses reins.

Elle réussit à se rappeler que Moagann lui avait révélé qu’il s’agirait de mettre en scène la jeunesse du prince Maëlrhys et notamment comment il s’était lié d’amitié avec son fidèle cheval, Loudiern. Un soir qu’il était alors tout jeune, le poulain s’était écarté de la harde pour se promener aux abords de la falaise de l’anse de Guelhouit puis avait échappé à la vigilance de ses parents. Voulant descendre sur la plage, Loudiern avait alors entamé la descente abrupte. Il était presque arrivé en bas de la falaise quand, dans sa précipitation, il avait trébuché puis dévalé la pente jusqu’à la grève. Il avait été grièvement blessé : sa patte avant s’était brisée sous la pression de son corps avant qu’il ne s’effondrât sur le flanc et finît sa descente dans une glissade. Le jeune cheval avait henni une bonne partie de la nuit mais personne ne l’avait entendu. Au petit matin, la marée avait commencé à remonter et l’aurait submergé si le prince Maëlrhys ne l’avait aperçu lors d’une balade au bord de l’escarpement. Il avait juste eu le temps de remonter l’animal en le portant sur ses épaules avant que la mer n’envahît totalement la plage. Depuis, Maëlrhys et Loudiern étaient devenus inséparables ; aussi Loudiern acceptait rarement d’être monté par quelqu’un d’autre que le prince.
Une fois la représentation terminée, Melwyn passa voir Maogann dans les loges.

« Ah ! Tu étais là ? s’exclama joyeusement son fiancé en s’avançant à sa rencontre.
Il se pencha vers elle et lui vola un chaste baiser, léger et plein de tendresse. Quelle différence avec celui qu’elle avait reçu plus tôt, plein de fougue et de passion ! ne put s’empêcher de penser Melwyn avec un pincement au cœur. 

- C’était magnifique ! se sentit-elle obligée de commenter malgré le peu d’attention qu’elle avait portée à la pièce de théâtre.
- Merci d’être venue ! dit Maogann d’un ton hésitant.
- Je ne pouvais pas manquer cette représentation, quand même, avec tout le mal que vous vous êtes donné !
- Ce serait bien que tu parles à ta mère…, glissa-t-il. Elle se sent vraiment très coupable et regrette sa maladresse.
- Sa maladresse ? Vraiment ? tiqua Melwyn avec irritation. Puis, plus douce : Ecoute, je verrais ça plus tard. Pour l’instant, je dois rester concentrée sur les tournois. Tu viendras faire un tour pour m’encourager ?
- Bien sûr ! » répondit son fiancé avec un peu trop d’enthousiasme pour être sincère. Il avait plus l’habitude de batailler avec les mots qu’avec le fer…

Puis Melwyn alla chercher son arc en if qu’elle rangea dans son carquois avec ses flèches avant de regagner les lices où se rassemblaient les soldats qui souhaitaient s’illustrer dans une des disciplines présentées pour l’occasion : épée, arc, combat à main nue ou combat équestre à la lance. Qu’ils soient Elfes, Nains ou Humains, tous pouvaient tenter leur chance.

Les premiers tournois commencèrent par des compétitions de gwarkann. Organisés un peu à l’écart des lices, sur un espace sableux, ces combats à main nue mettaient en avant l’habileté, la rapidité et la ruse des concurrents pour réussir à immobiliser leur adversaire. Melwyn suivit les échanges d’un œil distrait jusqu’au moment où Ruan s’avança sur le banc de sable.

Vêtu d’un pantalon et d’une chemise en simple coton grossier mais résistant, l’Elfe se plaça face à son rival, un Kompézhenn de six bons pieds de haut et tout en muscle. Ruan se déplaçait calmement, ses pieds nus fermement ancrés dans le sable, afin de rester toujours face à l’homme qui lui tournait nerveusement autour, chacun s’observant et se jaugeant à distance.

Le Kompézhenn fit quelques feintes pour attraper le col de la chemise de Ruan. Celui-ci restait imperturbable, aux aguets. Soudain, l’autre s’élança et tenta de lui envoyer un coup de poing dans l’estomac. Ruan esquiva et réussit à lui attraper le poignet, en un éclair et avec une déconcertante facilité. Puis, solidement campé sur ses jambes, il  profita de l’élan de son adversaire pour lui tirer sur le bras et, d’une torsion du poignet, lui faire faire un tour complet en avant. L’homme atterrit alors lourdement sur le dos sans comprendre ce qui lui était arrivé. Sans attendre, Ruan lui tordit le bras puis l’épaule en l’enjambant pour l’obliger à se tourner sur le ventre, le nez dans le sable et le bras tendu vers l’arrière, solidement verrouillé par une douloureuse clé. Il ne pouvait plus bouger sous peine de se démettre l’épaule. Ruan n’eut qu’à tordre un peu plus son bras pour que l’homme demande grâce sous le coup de la douleur.
 
Comme la majorité des spectateurs, Melwyn était vivement impressionnée et abasourdie par la rapidité du combat qui n’avait duré qu’une fraction de seconde. Peu de combattants étaient capables d’une telle maîtrise et d’une telle précision ! Melwyn avait toujours su que Ruan était un très bon guerrier et elle en avait eu une nouvelle fois la preuve avec ce combat.

Il lui avait un jour raconté qu’il tenait cette discipline de son père qui l’avait entraîné depuis tout petit. Celui-ci avait été marin étant jeune et avait sillonné les mers à bord de navires marchands. Il avait beaucoup voyagé et vogué jusqu’aux confins du monde connu, plus à l’est. Il y avait rencontré des animaux mystérieux et un peuple de petite taille, aux yeux bridés. C’est là-bas que le père de Ruan avait appris cet art martial, suite à un naufrage dont il avait été le seul survivant. Il y avait vécu plusieurs dizaines d’années, au départ, par obligation en l’absence de moyen de retourner en Hengar. Puis, par amour pour une femme de ce continent aux coutumes apparemment étranges. Il l’avait ramenée en Ténédor et elle lui avait donné un fils : Ruan mais elle avait succombé aux suites de l’accouchement. Ce dernier n’avait donc jamais connu sa mère et il se sentait encore responsable de sa mort. Melwyn eut un pincement au cœur en y pensant.

Elle continua de suivre les différents combats jusqu’au dernier mais avec un intérêt mitigé, la tête ailleurs. Puis les lices furent ratissées, les cibles et les emplacements de tir installés. Melwyn rejoignit alors les compétiteurs et attendit son tour. Ceux-ci s’enchaînèrent au tir à l’arc mais aucun ne réussit à tirer jusqu’à mille cinq cents pieds ; quant à battre le record de mille sept cents pieds atteint pas Melwyn et Iestyn en entraînement, c’était une autre histoire. Justement, c’était leur tour. Melwyn aperçut Maogann et ses parents parmi les spectateurs et répondit de son mieux au sourire d’encouragement de son fiancé. Son père lui adressa de la tête un signe de soutien mais sa mère gardait les yeux baissés dans une attitude coupable, les mains serrées convulsivement l’une contre l’autre.

Elle eut aussi la surprise de découvrir Ruan parmi l’assistance, négligemment appuyé à un arbre, un peu à l’écart mais la fixant avec intensité. Elle dû faire un sérieux effort pour ne pas se laisser décentrée par sa présence.

Prenant une profonde inspiration, Melwyn s’avança vers la lice et effectua quelques gestes d’échauffement avant de prendre position face à la cible. Toucher la cible à mille cinq cents pieds fut un jeu d’enfant pour Iestyn et elle. La foule applaudit néanmoins la performance. Melwyn se détourna et sourit aux spectateurs. Puis elle jeta un coup d’œil à Iestyn qui se préparait pour le tir suivant à une distance de mille six cents pieds. Il paraissait détendu mais la jeune Elfe distingua toutefois une légère crispation au niveau de la mâchoire. Les deux arcs se tendirent puis leur flèche respective fila tout droit, comme suspendue pour quelques instants dans le vide avant de parvenir jusqu’à sa cible, prouesse immédiatement suivie des acclamations du public.

A partir de ce moment-là, Melwyn se sentit comme extérieure à elle-même bien qu’elle eut, paradoxalement, une conscience exacerbée de la précision de ses gestes. Comme dans un rêve, sa flèche atteignit le blason à mille sept cents pieds. La foule lança une ovation en l’honneur de la jeune Elfe. Puis un cri de rage la ramena brusquement à la réalité. Iestyn venait de jeter violemment son arc au sol, le brisant net en deux. De fureur, ses yeux lançaient des éclairs en direction de Melwyn. Il quitta la lice, les poings serrés, repoussant les quelques gestes compatissants à son égard et s’éloigna d’un pas furibond.

Pendant les tournois équestres, Melwyn se rendit à la taverne Au beau goulot pour se désaltérer. Elle y retrouva Orwen, une archère elfe avec qui elle s’entendait bien. Celle-ci lui fit signe de la rejoindre à sa table où étaient déjà assis Kathaleen, Béathan, et Ruan. Melwyn resta quelques instants interdite en constatant la présence de ce dernier, qui lui sourit en coin d’un air énigmatique. Évitant de croiser son regard, la jeune Elfe s’assit à côte d’Orwen.

« Justement, on parlait de toi, Melwyn, commença cette dernière.
- Quelle claque tu lui as mis, à Iestyn ! poursuivit Kathaleen. Il va mettre un moment avant de s’en remettre !
- Je n’aurais jamais pensé qu’il aurait réagi aussi violemment… répondit Melwyn d’un sourire gêné.
- Ne t’inquiète pas, ça lui passera, la rassura Béathan. Et en même temps, ça lui apprendra un peu l’humilité, à ce vieux bouc ! continua-t-il en sourdine, tout en regardant au fond de la salle où Iestyn était assis entouré d’autres vétérans.
- Bon, ce n’est pas le tout mais tu as peut-être soif ? l’interpela Ruan. Qu’est-ce que tu veux boire ?
- Ne bouge pas, je vais y aller » lui répondit Melwyn en fuyant toujours son regard.
Elle se dirigea vers le comptoir pour passer commande quand Iestyn l’aperçut et l’interpela de loin.

« Hey, toi, là-bas ! »
Melwyn fit semblant de n’avoir rien entendu et s’appuya au meuble en bois patiné par le temps et les verres en attendant la cervoise qu’elle avait commandée. Soudain, elle sentit une main posée sur son épaule. Elle se retourna et se retrouva nez-à-nez avec le vieil archer.

« Dis donc, tu ne m’as pas entendu ? lança Iestyn.
- Je vous demande de me lâcher, Monsieur ! s’insurgea Melwyn en tentant de repousser sa main.
- Je te lâcherai si je veux ! s’emporta-t-il en serrant un peu plus l’omoplate et la clavicule sous sa poigne d’acier. Ecoute-moi bien, gamine. Ce n’est pas parce que tu as réussi à me battre aujourd’hui que tu peux te permettre de te comporter en pimbêche avec moi ! Si je t’appelle, la moindre des choses, c’est que tu me répondes !
- Je n’ai aucun compte à vous rendre ! Lâchez-moi ! insista Melwyn en essayant une nouvelle fois de se dégager.
- Elle vous a demandé de la lâcher, menaça quelqu’un dans leur dos. C’était Ruan qui s’était rapproché en voyant Iestyn empoigner la jeune Elfe.
- De quoi tu te mêles, toi ! aboya ce dernier en se retournant méchamment vers son nouvel interlocuteur.
- Elle vous a demandé de la lâcher » répéta Ruan avec fermeté tout en laissant planer une menace dans sa voix, les poings serrés le long de ses cuisses.

Tel un taureau en colère, Iestyn tenta de balancer un violent uppercut à Ruan qui ne put esquiver par manque de place. Ce dernier répondit immédiatement par un puissant cochet du droit qui vint s’abattre sur le nez de son adversaire, en un craquement douloureux. Iestyn s’écroula lourdement sur une table voisine. Ruan resta sur ses gardes, prêt à répliquer au besoin. Deux amis d’Iestyn attrapèrent ce dernier sous les épaules et l’aidèrent à se relever puis retournèrent à leur table.

« Ça va aller ? demanda Ruan avec douceur.
- Oui, merci. Plus de peur que de mal. Et toi ? s’inquiéta Melwyn en croisant son regard malgré elle.
- Oh, ne t’en fais pas. J’en ai connu d’autres ! Va t’asseoir, je t’amène ton verre. »

Melwyn le remercia et retourna s’asseoir les jambes flageolantes. Ruan revint quelques instants plus tard avec la petite cervoise qu’elle avait commandée. Il s’assit à côté d’elle et la conversation reprit entre les amis. Etant un peu serrés les uns contre les autres à  cause de l’exiguïté de la banquette, Melwyn sentait la cuisse de Ruan contre la sienne avec une acuité un peu trop intense à son goût. Et en même temps, elle se sentait tellement bien dans cette ambiance de franche camaraderie qu’elle se contenta de profiter du moment présent, sans arrière pensée, ou du moins fit-elle de son mieux pour s’en convaincre.
Puis vint l’heure de regagner les lices pour les combats à l’épée auquel tous les quatre participaient. En sortant de la taverne, Ruan retint Melwyn quelques instants, laissant les autres partir devant.

« Je voulais m’excuser pour tout à l’heure, commença-t-il. Tu sais, sous la tente ?
Melwyn ne trouva rien à répondre sur le coup.
- J’espère que tu ne m’en veux pas. Ce n’était pas du tout prémédité.
- Euh.. Non…, répondit de manière peu convaincante Melwyn. Mais tu n’aurais pas dû…
- Je sais. Tu es fiancée. Ne t’inquiètes pas, je ne recommencerais plus ; bien que ce ne soit pas l’envie qui m’en manque… ne put-il s’empêcher d’ajouter en fixant ses lèvres avec un peu trop d’insistance. Pardon, je m’égare de nouveau.
- Je pense qu’il voudrait mieux à l’avenir que l’on évite de se croiser et de s’entraîner ensemble, lâcha Melwyn avec un petit pincement au cœur.
- Oui, tu as sans doute raison. Faisons ça. Bon, allez, je te laisse. »

Melwyn le laissa la devancer puis se mit en route. Soudain, elle percuta un torse, perdue qu’elle était dans ses pensées. C’était Maogann.
« Je te cherche depuis un moment. Où étais-tu ? lui demanda-t-il d’un air inquiet.
- J’étais partie prendre un rafraichissement à la taverne. J’y ai retrouvé Orwen, Kathaleen et Béathan.
- Je m’inquiétais, tu sais.
- Je n’ai pas vu le temps passer, excuse-moi, répondit-elle d’un air désolé.
- Ce n’est pas grave. L’important, c’est que je t’ai retrouvée » continua-t-il en la prenant dans ses bras.

Melwyn se laissa faire quelques instants, sa tête bourdonnante sur le cœur de son fiancé. Celui-ci  battait avec régularité, rassurant et apaisant. Que lui arrivait-il ? s’interrogea la jeune elfe. Elle ne pouvait pas continuer ainsi. Elle allait devoir intervenir. Mais pour l’instant, elle profitait de ce moment de répit, à l’abri des bras protecteurs de son fiancé. Puis ils reprirent la direction des lices, main dans la main. Avant de la laisser partir, Maogann déposa un baiser sur ses lèvres de Melwyn, léger comme un papillon sur une brise d’été. Puis Melwyn se battit avec ardeur, utilisant le combat à l’épée comme un exutoire à ses questions existentielles.

En fin de journée, les jeux s’arrêtèrent et tous les Elfes et Nains présents pour le centenaire du Prince Maëlrhys se dirigèrent vers le centre de Lech’dervor, le quartier des chênes, dans la clairière où un buffet géant avait été dressé pour l’occasion. Des nappes avaient été installées à même le sol ou sur des souches d’arbres. Melwyn et Maogann dînèrent avec les parents de cette dernière sur un tapis de mousse sous la lumière d’une lampe-luciole. L’ambiance était encore un peu tendue entre la mère et la fille mais chacune fit de son mieux pour donner le change et faire de cette soirée un moment agréable.  Une fois la nuit noire installée et les derniers reliefs de repas ramassés, tout le monde se retrouva autour de la scène en granit illuminée pour écouter Fiwezhenn.

C’était le doyen des Gwentyls : il avait plus de mille ans. A cet âge, tout Elfe commençait à s’éteindre, donnait l’impression de s’estomper jusqu’à devenir totalement translucide et disparaître pour retourner à la Nature. Le Sage Elfe, comme on le nommait souvent, avait bien la peau légèrement diaphane mais semblait encore dans la force de l’âge. Il s’avança vers la scène pieds nus, comme à son habitude, ses longs cheveux grisonnants mouvant légèrement au rythme de la brise. Il portait un large manteau à capuche couleur clair. Sa tête était ceinte d’un fil d’argent orné d’un diamant qui captait tous les rayons des lanternes environnantes.

Le silence se fit et l’Ancêtre s’installa confortablement sur un siège. Il fixa intensément l’assistance de ses yeux gris clair, phalènes piégés dans une légère toile de rides et commença son récit.

« Modifié: 30 avril 2020 à 16:23:44 par Mélina Le Page »
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #10 le: 13 avril 2020 à 16:55:38 »
« Modifié: 20 avril 2020 à 16:21:40 par Mélina Le Page »
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #11 le: 13 avril 2020 à 17:08:41 »
Vous pourrez retrouver le glossaire dans "Aventures au long court" puis "Carnets de bord".
« Modifié: 30 avril 2020 à 16:28:44 par Mélina Le Page »
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Auteur

  • Aède
  • *
  • Messages: 150
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #12 le: 14 avril 2020 à 10:05:03 »
salut Mélina
Je plussoie mes camarades : trop d'infos au début, j'ai décroché au milieu du chap 1, complètement largué.
Pourtant l'incipit est bien fait, le style est bon.
Prends ton temps. Montre nous en davantage, laisse nous le temps de tout intégrer. Pour ma part, je couperai avant les salam'andros pour développer la première partie (=chap 1 / salaman'andros = chap 2)
En tout cas ça a l'air riche et palpitant : continue !
Une épopée au coeur de l'enfer vert : La Geste de la Grande Jungle

Hors ligne Mélina Le Page

  • Calligraphe
  • *
  • Messages: 131
  • Carpe diem
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #13 le: 14 avril 2020 à 12:03:11 »
Merci pour ton retour Auteur
:coeur:

Il me donne un sacré fil à retordre ce chapitre 1... :vaurien:

J'ai effectivement trop de choses à dire au début de ce livre alors qu'à la base, je voulais juste donner quelques éléments pour faire découvrir le méchant et ses motivations mais c'est compliqué à mettre en place...
Cela fait un moment que je pensais écrire un autre livre pour raconter la vie de Glyndwr en détail, pour expliquer ce qui l'a amené à devenir cet être malfaisant qui se lance dans une guerre contre son propre peuple par désir de conquête et de gloire...

Je me demande si je ne devrais pas carrément squeezer le chapitre 1 pour en faire un autre livre et commencer celui-ci directement par mon chapitre 2... 

Quelle prise de tête!!!  :s
Mais en même temps, ce ne serait pas marrant si tout était bien écrit dès le début...  :o
« Modifié: 14 avril 2020 à 12:44:20 par Mélina Le Page »
L'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat (Coubertin).

Hors ligne Auteur

  • Aède
  • *
  • Messages: 150
Re : L'Elfe Noir
« Réponse #14 le: 14 avril 2020 à 17:54:19 »
Effectivement  :mrgreen:, comme disait mon maître : "vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage"
Une épopée au coeur de l'enfer vert : La Geste de la Grande Jungle

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.03 secondes avec 22 requêtes.