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03 juin 2020 à 20:17:23
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Auteur Sujet: Quelques songes et un hippopotame  (Lu 252 fois)

Hors ligne xavion

  • Tabellion
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Quelques songes et un hippopotame
« le: 28 février 2020 à 08:30:53 »
Bonjour à tous.

Voici un texte "mi-long" qui dort depuis longtemps dans les méandres de mon ordinateur, et que je voudrais soumettre à un AT. Si vous avez des critiques à lui apporter ça ne pourra pas lui faire de mal.
Je suis désolé pour l'impression de pavé, je n'arrive pas à aérer la mise en page .


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Quelques songes et un hippopotame.

Bizarrement, André Jourdan se réveilla de fort bonne humeur ce matin-là.
Dans le jardin, par delà les rideaux et les volets coffrés, quelques rainettes attardées essayaient encore d’entretenir leur dialogue absurde, mais la passion des premières heures s’était éteinte depuis un moment déjà. Les grillons eux-mêmes semblaient marquer le pas et, bien que la nuit fût encore noire, on sentait qu’elle était sur le point de finir son affaire.
Il n’aimait pas être réveillé aussi tôt pourtant. La pire des heures, celle qui décapite le sommeil, ce sommeil si précieux à un esprit tel que le sien, si essentiel à sa créativité. Quand ça lui arrivait, la perspective d’une journée entière qu’il devrait traverser dans un état de veille faiblarde parsemée d’irritations suffisait à le mettre en colère. Mais là, pas le moindre échauffement, pas l’ombre d’une toute petite exaspération.
C’est qu’il avait fait un rêve, André. Un rêve qui lui réchauffait l’âme, qui l’élevait au dessus de la condition de simple mortel. Pas une de ces mièvreries d’extase amoureuse ou de régression en enfance ; encore moins une de ces vulgaires secousses, agrémentée de fesses et de seins, et qui vous laissent pantelant, inondé comme un nourrisson en langes. Rien de tout cela non, il était d’une autre trempe : il avait fait une rencontre. Et quelle rencontre ! Pas une personne banale comme sa mère ou la guichetière de la poste qui se partageaient le plus souvent ses songes – jamais en même temps bien sûr, même dans l’abandon du sommeil il savait préserver la décence. Non, il avait rencontré sa créature. Sa propre créature, enfantée par son imagination. Mieux qu’enfantée, ce terme laisse trop de latitude à la chance, il l’avait inventée, créée. Il n’était pas son père, il était son Dieu. Et il l’avait eue là, en face de lui. Il l’avait vue s’approcher de lui, lui sourire. Et il avait vu qu’elle était belle, plus belle encore que dans son imagination.
Il avait conçu un personnage, il y a longtemps. Une femme parfois charmante, parfois intelligente, parfois courageuse, parfois séductrice, parfois généreuse et il en avait été fier. Mais jusqu’à ce petit matin de douce euphorie, cette femme n’était qu’un personnage littéraire, un être dont les différentes facettes émaillaient les pages de son œuvre, de loin en loin. Une femme éparpillée. Il ne doutait pas de l’avoir réussie dans chacune de ses dimensions – d’ailleurs André ne doutait pas, de façon générale – mais il était limité, tout comme l’avaient été Hugo, Pouchkine ou Goethe, par la linéarité du récit. Même parfaite, sa créature ne pourrait jamais être complète, elle serait parfois charmante, parfois intelligente, parfois, parfois ...,  toujours parfois. Et pourtant ce matin, par la grâce de ce rêve, elle avait enfin été tout à la fois. Entière pour la première fois. La glaise qu’il avait pétri venait de recevoir l’étincelle de  la vie. Et cette divine alchimie s’était opérée dans son esprit. Sa modestie dut-elle en souffrir une fois de plus, il ne pouvait se départir d’un sentiment de connivence, presque de familiarité, avec Dieu.

En recouvrant peu à peu ses esprits, André méditait de profondes pensées. Il sentait que cette rencontre n’était rien de moins qu’une cérémonie d’admission, une espèce de rite de passage qui lui ouvrait les portes du cénacle où siégeaient ses héros sous la présidence du vieil Homère.
Il était un grand auteur, c’était un fait établi, il n’y avait aucune raison d’en douter, mais ce rêve le lui confirmait. La dignité à laquelle il venait d’être élevé était aussi réelle, aussi solennelle que s’il avait reçu l’épée de cérémonie des propres mains du doyen de l’Académie Française. Il l’avait vécue en songes, certes, mais c’est parce qu’elle ne pouvait tout simplement pas avoir lieu parmi les hommes. Trop de distance entre le commun et cette élite spirituelle qui l’accueillait en égal. L’intronisation d’un génie encore vivant au sein de la vénérable société des vrais gens de lettres – tous morts hélas, en notre triste époque – ne saurait avoir lieu que sur le seuil, dans l’intimité des songes, là où les vivants peuvent rencontrer les esprits.
Cette façon de faire comportait quand même un inconvénient : sa discrétion. Une personne digne d’un honneur comme celui auquel il accédait, devrait être désignée à l’admiration et au respect de ses concitoyens. Mais en y réfléchissant il pensa que l’admiration n’avait de sens que si elle provenait de ses pairs et cette intronisation, justement, l’extirpait du cercle vulgaire des simples hommes. Il n’avait plus que faire de leurs égards.

André se leva avec le soleil. Il fut presque étonné de constater à quel point ce nouveau jour était semblable à la veille. Le monde autour de lui n’avait pas changé et sa vie elle-même ne paraissait pas avoir été notablement bouleversée. Il éprouvait, bien sûr, le poids de sa nouvelle dignité qui pesait sur ses épaules comme l’aurait fait une noble pelisse en fourrure de loup, pourtant ses préoccupations restaient les mêmes. Tous comptes faits, c’est le contraire qui aurait été surprenant : il n’était pas homme à se détourner de la voie qu’il s’était tracé. Et d’ailleurs rien ne changeait en son for intérieur. Son rêve n’avait pas été une révélation, juste une confirmation, la reconnaissance de ce qu’il savait depuis toujours.
La matinée passa, plus posée que le petit matin. L’exaltation d’André déclinait, tout doucement. Il se savait sujet à ces bouffées de triomphe vaniteux, il ne s’y complaisait pas particulièrement, ne cherchait pas à les prolonger, mais il les considérait avec une certaine sympathie, un de ces péchés véniels auxquels on est attaché. Une faiblesse légitime pour un être d’exception comme lui, l’envers d’une magnifique médaille. Il n’avait aucune raison d’en éprouver la moindre gêne.
 
***

Les journées d’André se déroulaient en général de la même façon. Il travaillait le matin à ce qu’il appelait ses « basses œuvres ». Il s’agissait le plus souvent de recherche documentaire à propos de l’ouvrage en cours, de relectures, voire même de quelques essais quand il voulait éprouver le style d’un personnage ou qu’il fignolait la description d’une scène particulièrement ardue. Il employait également ces heures à sa correspondance et aux affaires administratives courantes. Il sortait l’après-midi, et réservait la soirée et le début de la nuit à l’écriture proprement dite.
Les tâches prévues ce matin-là n’avaient rien d’affriolant ; rien de particulièrement pressant non plus. Comme son après-midi devait être consacrée à une de ces basses œuvres : la visite du cloître de Saint Roch qu’il pensait utiliser dans le chapitre commencé la veille, il s’accorda une matinée de relâche. Il voulait se replonger dans son « Désert du Monde », son premier succès littéraire, pour y retrouver la princesse Maleïa qu’il avait rencontrée quelques heures auparavant. Il pouvait encore voir son visage et sa silhouette pour peu qu’il fermât les yeux, et il entendait profiter de la fraîcheur de ces souvenirs. Il voulait confronter les images de son rêve au tempérament complexe que ses mots avaient ciselés à travers les pages de ce livre. Il voulait poursuivre l’alchimie qui lui avait donné la vie, la fixer, la rendre inaltérable.
Il prit plaisir à ces retrouvailles. Maleïa en mots ne le cédait en rien à Maleïa en rêves. Les quelques maladresses qu’il relevait dans ses lignes – des erreurs de jeunesse qu’il avait repérées depuis longtemps mais qui le mortifiaient à chaque fois qu’il se relisait – devenaient soudain des marques d’excellence. Comme un grain de beauté sur un visage ou un léger défaut d’élocution donnent le charme de la vie en brisant la perfection.
Il s’offrit ainsi une petite balade d’agrément en compagnie de sa princesse. Il visita les temps forts de son roman, s’attarda dans une taverne, puis dans une alcôve ; il survola un fleuve ocre qui traversait une forêt vierge, accompagna un jeune homme jusqu’à l’autel où il serait offert en holocauste au Dieu des hippopotames, puis il claqua son livre.
Fort bien se dit-il, cette petite est parfaite et ce « Désert du Monde » se bonifie en vieillissant. Mais toutes ses qualités ne parviendront jamais à le hisser au niveau de l’œuvre à laquelle il s’était attelé depuis plusieurs mois, l’œuvre d’un maître en pleine maturité. La princesse Maleïa, toute charmante qu’elle fût, ne pouvait pas le détourner de l’ouvrage qu’il venait de commencer : la biographie de l’évêque Saturnin Burle, le personnage historique le plus controversé de la région. Il entendait renverser cul par-dessus tête un grand nombre de billevesées qui couraient sur cet éminent personnage. C’était une croisade qu’il entreprenait là, pas un banal contrat avec son éditeur. Il était temps pour lui de remiser Maleïa au rayon « fulgurances de jeunesse » et de retrouver un état d’esprit propice au travail.

La nuit suivante, rien.
André se fit la réflexion, au petit déjeuner, qu’il aurait aimé une nouvelle visite de son héroïne. Il en éprouva une légère déception mais il pensa qu’une cérémonie d’intronisation comme celle de la nuit précédente ne devait pas se reproduire à l’envie. Et puis c’était mieux ainsi, la solennité d’un tel instant en aurait pâti. De plus il avait décidé la veille de ne pas se laisser entraîner à contempler son passé ; il lui fallait tendre toutes ses facultés vers l’avenir. La scène du couvent de Saint-Roch commencée la veille promettait d’être de tout premier ordre, il s’était même décidé avant de s’endormir, à bousculer son scénario initial de façon à ce que ce cloître devienne le lieu de la rencontre entre l’évêque Burle et l’émissaire de Napoléon III – après tout, aucun document ne mentionnait le contraire. Une telle entorse à son plan justifiait qu’il bouscule également l’organisation de sa journée de travail. Sitôt après le petit déjeuner, il se mit à son bureau et travailla toute la journée. L’affaire avançait, elle avançait bien.
La nuit suivante, rien. Une pincée de regrets au matin, étouffés à nouveau par le devoir envers Saturnin. La nuit d’après, et celle d’après, et la suivante encore : toujours rien.
André commençait à être déçu, vexé même. Il se demanda par la suite si cet état d’esprit, légèrement vindicatif à l’endroit de Maleïa, n’avait pas joué un rôle dans les rêves qu’il fit enfin, près d’une semaine plus tard.


***
 
Il la reconnut tout de suite. Elle se tenait légèrement en retrait d’une petite foule, une dizaine de personnes pressées autour d’un personnage qu’il ne parvenait pas à distinguer. Les meubles et la tapisserie du grand salon dans lequel se tenait cette assemblée, la robe que portait Maleïa, ainsi que sa coiffure, sans parler des vêtements de toutes les personnes présentes, tout évoquait le milieu du dix-neuvième siècle, plutôt que l’époque, « médiévale-fantastique », du « Désert du Monde ». André comprit la cause de cet étrange anachronisme en apercevant la soutane violette du personnage au centre du groupe : elle s’était invitée dans l’histoire de Saturnin Burle. Et pas n’importe où ! La scène qui se déroulait sous ses yeux était celle où l’évêque recevait les représentants de mouvements révolutionnaires Piémontais. Un moment clé dans sa vie ; un moment qu’André n’avait pas encore osé affronter.
L’évêque était en grande discussion avec un petit homme, un peu rondouillard, vêtu d’une redingote élimée aux épaules, mais qui plaidait sa cause avec l’assurance d’un tribun. André n’avait pas encore cerné la teneur exacte de cet entretien, les rares documents historiques qui le mentionnaient explicitement se contredisant tous, mais il savait que le petit homme avait finalement gagné, et que Saturnin Burle s’était engagé à cette occasion dans le grand combat de sa vie. Cette scène représentait un tournant fondamental dans la vie de l’évêque, et André avait prévu d’en faire la clef de voûte de son ouvrage. Il voulait la doter d’une dimension symbolique, il voulait s’appuyer dessus pour évoquer la force du destin, et en même temps sa versatilité. Il aurait suffit, en effet, que l’homme soit un peu moins convainquant, ou l’évêque un peu moins attentif, pour que la fortune aille tourner sa roue vers d’autres horizons. Pour l’heure, la discussion ne faisait apparemment que commencer, les dés n’étaient pas encore jetés.
Un fracas de verre brisé interrompit net les deux hommes et toute l’assemblée se retourna pour voir d’où provenait ce bruit. Puis l’évêque se précipita vers Maleïa qui semblait s’être évanouie, entraînant dans sa chute un petit guéridon et un vase de cristal.
Avant que la soutane de Saturnin ne lui cache le visage de Maleïa, André vit ses yeux s’ouvrir et il croisa son regard, juste une seconde. Elle le fixait d’une façon très insolente.

Il s’éveilla en nage, pour replonger aussitôt dans un sommeil agité, sans rêves mais sans repos, au cours duquel il ravagea son lit. Le réveil fût douloureux, le petit déjeuner insipide et les basses œuvres déprimantes. Il ne savait que penser de ce nouveau songe. Il ressentait une touche de plaisir, un plaisir trouble au demeurant, qu’il n’essaya pas vraiment de décrypter, par crainte de ce qu’il pourrait y trouver. Un plaisir indéniable, cependant. Mais il y avait aussi une franche note d’exaspération : la prétention de Maleïa à jouer un rôle dans l’histoire du grand Saturnin Burle était absolument intolérable. Elle n’était qu’un personnage de fiction, elle ne pouvait en aucun cas s’immiscer dans une œuvre historique sérieuse, basée sur des faits dûment authentifiés.
Il prit finalement le parti d’ignorer ce rêve ou, tout au moins, de ne pas chercher à lui donner plus d’importance que ce qu’il avait. Il restait le maître de son art, il lui appartiendrait toujours de décider ce qu’il écrirait. Et il restait également le créateur tout puissant de cette effrontée ; il saurait bien le lui montrer si elle persistait dans ses provocations.

C’est sous l’influence conjuguée de ces fortes résolutions et d’une généreuse portion de pieds-et-paquets, engloutie au déjeuner, qu’il s’installa dans une chaise longue, à l’ombre du marronnier de la cour. Quelques minutes plus tard il rêvait à nouveau.
Saturnin Burle, en grande tenue, célébrait une messe d’enterrement, assisté par six prêtres et un bataillon de diacres, sous-diacres et enfants de chœur. La cathédrale d’Embrun n’était pas assez grande pour contenir la multitude qui affluait pour assister à ces obsèques. Les obsèques de qui, au fait ? André était stupéfait de constater qu’il n’avait aucune idée de l’identité de ce défunt à qui l’on rendait un tel honneur. Pourtant, cette foule qui se massait dans les travées et même sur le parvis, au-delà des lourdes portes maintenues ouvertes pour la cérémonie, cette foule ne pouvait pas mentir. L’évènement auquel il assistait était de première importance ; il ne pouvait pas être passé à côté, lui qui se targuait d’être le plus grand spécialiste de la vie de l’évêque Burle. C’était tout simplement inconcevable.
Sur le cercueil sanglotait une belle femme, complètement nue. Il ne voyait pas son visage mais il su immédiatement que c’était elle.
Un chœur qu’il n’avait pas remarqué entonna le Dies Irae. Le chant envahit la nef, rebondit sur la voûte, comme une vague furieuse, puis il déferla sur l’assemblée, forçant les têtes à se courber sous la crainte qu’inspirait cette divine colère.
L’instant d’après il se trouvait dans le cloître de Saint Roch ; tout seul apparemment, près d’une fontaine dont le gentil glouglou donnait une ampleur vertigineuse au silence. Une petite porte s’ouvrit de l’autre côté de la galerie, et la silhouette courbée d’une vieille nonne apparut. Il la regardait s’approcher de lui, elle boitait légèrement. Pas tant que ça finalement, la démarche claudicante de la vieille semblait devenir de plus en plus fluide, au fur et à mesure qu’il la voyait s’avancer. Son dos se redressait aussi, sa taille s’affinait.
Il aurait voulu se réveiller, s’enfuir avant qu’elle ne parvienne jusqu’à lui. Car c’était elle bien sûr, Maleïa, une fois de plus. Et il allait être obligé de la tancer, la remettre à sa place. Il ne pouvait pas faire autrement, elle prenait vraiment trop de libertés. Mais en même temps il ne voulait surtout pas lui déplaire.
Quand elle arriva à son niveau il tremblait. Il tremblait de colère tant il était vexé de son indécision. D’émotion aussi, comme un collégien amoureux. Une réaction parfaitement ridicule qui décuplait sa rage.
« — Bonjour André, mon cher André. Tu ne m’oublies pas n’est-ce pas ? Tu ne m’oublieras jamais ?
— Je … non, je …
— Je m’ennuie tu sais ? Je m’ennuie de la vie. Elle s’est figée depuis que tu as terminé le « Désert du Monde ». Et je m’ennuie de toi. Tu comprends ce que je te dis André ?
— Oui … oui je comprends. Cependant j’aimerais …
— Á la bonne heure mon bel auteur. Alors ne me déçois pas. »

Il allait répondre, il en était certain ; il était sur le point de lui envoyer une répartie bien cinglante qui lui aurait permis de reprendre l’ascendant. Mais il n’en eut pas le temps : la vénérable chaise longue sur laquelle il s’agitait en grognant depuis dix minutes s’affaissa, le débarquant brutalement de son rêve. Il eut une pensée fugace, qui mettait en perspective le « mon bel auteur » prononcé par Maleïa et l’état dans lequel son grand corps mou avait réduit la chaise longue, mais il ne s’attarda pas dessus. Ce qui dominait, une fois passée la surprise du réveil, c’était la stupéfaction. Non seulement le manque de déférence de Maleïa à son endroit lui était complètement incompréhensible, mais surtout il n’admettait pas son propre manque de répartie, sa timidité, sa veulerie même, dans toutes ces situations où il aurait dû imposer sa volonté à sa créature. Il était certainement victime d’un charme. À moins que ça ne soit une épreuve destinée à le tester, une sorte de bizutage, imposé par ses nouveaux pairs. Peut-être que Shakespeare en son temps avait eu maille à partir avec Juliette finalement, ou Tolstoï avec Anna Karenine. Il sourit à cette pensée rassurante. Rassurante et très vraisemblable du reste. Il acheva de se réconforter en songeant qu’à l’état de veille, l’état dans lequel il écrivait, il conservait toute son intégrité, tout son libre arbitre. Dans ces conditions, les pantomimes de sa princesse n’affecteraient jamais la vie de Saturnin Burle, il n’y avait vraiment pas lieu de s’inquiéter.

Il ne s’inquiétait pas mais il se lança sans plus attendre dans la rédaction de la fameuse scène de la rencontre entre l’évêque et le révolutionnaire piémontais. Il y intégrerait certains détails de son rêve, avant que leur souvenir ne s’estompe. Et de cette façon surtout, il entendait mettre Maleïa devant le fait accompli : il lui suffisait de construire un chapitre complet et bien équilibré, un texte où elle n’aurait aucune place, pour lui ôter toute possibilités de prendre une de ses initiatives déplacées.
Il y travailla toute la soirée, avec un entrain qu’il se complaisait à prendre pour de l’enthousiasme mais qui, en réalité, devait beaucoup à la fébrilité. Les heures avançant, cette fébrilité se muait en appréhension. Bien qu’il s’en défende, il craignait de s’endormir avant d’avoir fini. Et il n’avait aucune envie d’avoir à supporter une intrusion de cette petite fouineuse en plein chantier.
Au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans la nuit, André abandonnait les unes après les autres toutes les belles choses, toutes les grandes idées qu’il avait prévu d’instiller dans ce chapitre. Il avait déjà fort à faire avec la cohérence de la scène et avec la pertinence historique des paroles échangées par ses deux personnages. Il devait parer au plus pressé.
Deux ou trois fois au cours de cette nuit de travail, il parvint à se maîtriser suffisamment pour percevoir tout le ridicule de sa frénésie. Il écrivait à l’état de veille, et à l’état de veille elle n’était rien. Rien du tout ! D’ailleurs elle n’était pas grand-chose non plus au cœur de ses songes, juste une emmerdeuse qu’il anéantirait à leur prochaine rencontre. À ce stade de sa réflexion, il prenait une grande inspiration, jetait un œil aux papiers éparpillés sur son bureau, et se faisait à nouveau cueillir par une bouffée d’angoisse. La seconde d’après il replongeait dans sa course insensée contre le sommeil.
Au moment où le soleil se levait, André s’endormit comme une masse sur son dernier feuillet. Satisfait d’avoir réussi à finir mais honteux du résultat ; et inquiet malgré tout.
Une douleur à la nuque le réveilla quelques heures plus tard. Il l’accueillit avec reconnaissance pourtant, car elle signait sa victoire. Il avait dormi. D’un pauvre sommeil certes, mais il avait réellement dormi, l’auréole de salive qui maculait sa dernière page l’attestait. Et cette petite empoisonneuse de Maleïa n’avait pas profité de son abandon pour se manifester. Et elle ne le ferait certainement plus maintenant qu’il lui avait montré l’étendue de sa détermination.


***
 
La matinée passa. Un peu cotonneuse, certes, mais le brouillard de sommeil dans lequel il pataugeait l’aidait à envisager le coté positif de son travail nocturne. Il n’avait pas suffisamment souligné l’implacable poussée du destin ? Il avait traité avec légèreté la noblesse de la décision de Saturnin ? Il avait bâclé la psychologie du mystérieux interlocuteur de l’évêque, ce César en guenilles ? Qu’à cela ne tienne ! D’autres situations s’y prêteraient tout aussi bien. Mieux sans doute. Et le principal persistait : il avait rivé son clou à cette intrigante. Pas de femelle prise de vapeurs dans son chapitre, pas de guéridon renversé ni de vase brisé. Le sérieux et la rigueur historique avaient fait place nette.
Après le déjeuner, il alla s’allonger sur le canapé de son cabinet de travail, la chaise longue de la cour n’ayant pas survécu à sa dernière sieste, et s’endormit sans l’ombre d’une crainte. L’affaire était entendue : cette gamine effrontée avait été mise au pas, il lui avait claqué au nez la porte de son ouvrage et elle n’y reviendrait pas. D’ailleurs, il la rencontra dès le premier détour de songe, et elle avait perdu toute sa superbe. Elle se tenait à quelques pas de lui, sous ses traits de petite fille, ceux des premiers chapitres. Elle avait l’attitude d’une fillette prise en faute, qui manifeste craintivement son repentir.
Enfin les choses reprenaient leur place, enfin elle baissait les yeux devant lui. Il aurait pu en profiter, la chasser de sa vue pour la punir de ses provocations. Il aurait dû le faire, peut-être, mais il avait toujours eu le triomphe facile face aux enfants, et le triomphe le rendait débonnaire. Il se résolu à lui octroyer son pardon. Une attitude digne, qui ne pourrait que renforcer le respect qu’elle se décidait enfin à lui manifester.
Il voulut faire un pas dans sa direction, lui caresser la tête peut-être, d’un geste paternel, mais il ne parvint pas à soulever ses pieds. Tout son corps était figé, comme prisonnier d’une gelée qui l’immobilisait ; un mélange de très grande douceur et de force terrifiante. Ça le contraria. Il ne craignait pas un coup fourré de Maleïa maintenant qu’elle était rentrée dans le rang, mais il regretta de ne pouvoir donner à son geste de pardon, tout le panache qu’il méritait. Il devrait se contenter d’un regard, un regard grave et bienveillant, ce serait tout aussi bien finalement. Il chercha ses yeux, mais la petite tenait toujours la tête baissée, toujours aussi immobile. Puis il remarqua ses épaules qui tressaillaient doucement, il l’entendit renifler.
 « Bien sûr, la pauvre chérie, bien sûr, se dit-il, maintenant qu’elle a pris conscience du poids de sa faute elle est bouleversée de remords.
—  Ne pleure pas petite. Je te pardonne.
— Ne pleure pas ? Mais je ne pleure pas André, je ris. Je ris de ta suffisance et de ta prétention. Tu crois t’être débarrassé de moi en bâclant ton petit chapitre ? C’est bien ça ? Et maintenant que tu t’estimes en sécurité, tu joues au grand seigneur magnanime. Tu es pitoyable ! »
Plus encore que les propos, c’était la voix qui tranchait avec la petite silhouette qu’il avait devant lui, la voix impérieuse d’une maîtresse femme. Une pointe de crainte commença à s’immiscer dans l’esprit d’André, mais il était toujours paralysé, il ne pouvait qu’attendre la suite. Maleïa, enfin, redressa la tête. Il vit son visage d’ange, sa petite bouche enfantine qui continuait à lui asséner des paroles humiliantes de vérités. Il vit sa langue qui pointait au fil du discours, qui apparaissait entre ses lèvres, qui s’étirait, s’effilait, se transformait en serpent qui se détachait, tombait par terre et rampait vers lui. Aspic, crotale, python, cobra … chaque mot créait son serpent, ils grouillaient à ses pieds, rentraient dans son pantalon, remontaient le long de ses jambes, de ses bras. Ils sortaient de son col, ils étaient maintenant sur son visage, les plus petits s’aventuraient dans ses narines, ses oreilles. Une terreur glaciale l’envahit. Ses pensées étaient réduites à un hurlement de bête, mais il ne pouvait l’exprimer tant il avait peur de les sentir entrer dans sa bouche.
Enfin elle arrêta de parler, les serpents cessèrent d’arriver. Mais il en était déjà couvert. Il sentait leur contact sur chaque parcelle de son corps. Quand le silence se fit, ils s’immobilisèrent tous ensemble, juste une seconde, un siècle d’espoir pour André, et ils le mordirent tous en même temps. Une douleur intolérable qui le jeta à bas de son canapé.
Il se releva comme un diable et se mit à se secouer et à se frotter avec violence ; il gémissait, la bouche désespérément contractée. Enfin il finit par se réveiller tout à fait et, prenant conscience que les serpents n’existaient pas, lâcha enfin son cri de terreur, une sorte de long mugissement de veau qui dégénéra en sanglots.

Il lui fallu un temps infini pour recouvrer un peu d’emprise sur lui-même, pour calmer ses tremblements et s’assurer qu’il était complètement réveillé, qu’elle n’allait pas ressurgir devant lui. Puis la colère monta, comme une marée furieuse, elle le submergea. Il se rua sur la bibliothèque, attrapa les quelques exemplaires du « Désert du Monde » qui s’y trouvaient et les envoya à travers la pièce en direction de la fenêtre ouverte. Il renversa trois tiroirs de son secrétaire, jusqu’à ce qu’il déniche le manuscrit, soigneusement serré dans un classeur de cuir ; il lui fit prendre le même chemin. Il allait la détruire, cette saloperie de petite garce, la réduire en cendres. Littéralement. Il décrocha encore une gravure, la reproduction du dessin de couverture de son roman, que son éditeur lui avait offerte, puis sortit en trombe de son bureau et dégringola l’escalier pour attraper des allumettes dans la cuisine. Une bouteille de pétrole aussi : il voulait des flammes de deux mètres au moins pour son autodafé. La salope ! Elle allait voir.
Dans la cour il rassembla les feuilles éparses du manuscrit, et entreprit de déchirer et de froisser méticuleusement toutes les pages des livres pour donner toute son aisance au feu purificateur. Enfin il jeta une allumette sur le tas de papier dégoulinant de pétrole et se mit à rire en regardant monter les flammes.

***

Il resta devant le foyer pendant des heures. Il le relançait avec les débris de la chaise longue et de généreuses rasades de pétrole, y fourrageait avec un bâton pour traquer le moindre petit bout de papier encore épargné. Quand tout ce qui pouvait brûler fût carbonisé il s’assit, épuisé, le dos contre le tronc du marronnier dont la moitié de la ramure était parti en fumée, emportée par la flamme de sa vengeance. Á travers ce trou dans le feuillage, il voyait s’allumer les premières étoiles de la soirée. Il avait la ferme intention de demeurer là, sans bouger, tant que la dernière fumerolle n’aurait pas disparu, tant qu’il resterait une lueur dans le tas de papiers calcinés, tant que les dalles de la cour, chauffées à blanc par le feu, ne se seraient pas refroidies, tant que … Il s’éveilla en sursaut, avec un couinement de musaraigne effrayée : il venait de s’assoupir. Il ne devait pas baisser sa garde, il devait rester lucide, tant que le vent n’aurait pas dispersé les cendres, tant que l’herbe n’aurait pas repoussé entre les dalles, tant que …
Quand le froid de l’aube le réveilla, il n’avait pas bougé. En ouvrant les yeux, son regard se posa sur le minable petit tas de cendres qui gisait à quelques pas de là. Il éprouva une petite brûlure de honte en constatant que c’était là tout ce qui subsistait de son sublime bûcher expiatoire. La pensée suivante fût pour Maleïa. Mais il ne restait rien de la rage triomphante que lui avait procurée, la veille, la destruction de sa persécutrice. Rien qu’une sale amertume qui commençait à lui empoisser l’âme.
L’herbe n’était pas prête de repousser entre les dalles, mais il se leva quand même, et se traîna vers la cuisine.

Les jours qui suivirent furent comme une pénible convalescence. Il ne craignait plus d’avoir à se battre contre sa créature révoltée, mais il ne parvenait pas à travailler.
Au début il ne s’en inquiéta pas : il avait vécu des moments de lutte éprouvants, il était normal qu’il accuse le coup. Mais une semaine passa, puis une autre, et il n’arrivait toujours pas à reprendre son ouvrage. Il ne pouvait plus se mentir à lui-même : sa vengeance était loin maintenant et la fatigue ne constituait plus une raison ; d’autant qu’il dormait paisiblement depuis cette fameuse nuit. Enfin … presque paisiblement. Il était toujours assailli par une petite bouffée d’angoisse au moment où il se coulait dans le sommeil, ce qui l’empêchait de jouir pleinement du repos. Depuis quelques jours en plus, il lui semblait percevoir un drôle de petit bruit, au moment précis où Morphée lui ouvrait ses bras. Une sorte de petit rire de fillette, très lointain, juste à la seconde où il sombrait.
Dans les premiers temps, il ne s’alarma pas: d’une part elle n’existait plus et d’autre part … d’autre part elle n’avait qu’à essayer de repointer son nez, cette diablesse, si les flammes ne l’avaient pas découragée il saurait bien lui faire rendre gorge d’une autre manière. Un romancier de sa classe avait suffisamment de ressources pour imaginer un châtiment définitif. Qu’elle essaye. Qu’elle essaye donc et elle verrait de quel bois il était capable de se chauffer !
Mais toujours résonnait ce rire cristallin, juste au moment où il s’assoupissait.

Petit à petit, la pointe d’angoisse s’installait, elle s’amplifiait. Puis elle commença à céder le pas à la peur. Il avait beau se débattre, mobiliser tout l’arsenal de ses certitudes et de sa suffisance, il n’arrivait pas à se libérer. Il prit l’habitude de se coucher de plus en plus tard. Il abandonna également sa sieste. Rien à voir avec la crainte d’affronter ses rêves bien sûr ! Simplement, il ne pouvait plus négliger son oeuvre, il devait retrouver son élan, et ce n’était pas en dormant qu’il y parviendrait. C’est d’ailleurs uniquement pour cette raison qu’il se levait dorénavant dès son réveil, même si celui-ci avait lieu en pleine nuit.
L’appétit d’André disparut à son tour, dans le sillage de son sommeil, et la peur en profita pour prendre ses aises. Elle s’entêtait, détruisait tranquillement les échafaudages, de plus en plus branlants, qu’il s’ingéniait à bâtir pour se persuader qu’il était sereinement aux commandes de son génie, que la crise passagère qu’il vivait n’était rien d’autre que le prélude à une très  prochaine phase de création. Mais rien n’y faisait, le rire résonnait toujours, et la panique montait.
Après deux mois de ce travail de sape, la terreur régnait en maître dans l’esprit d’André, et les quelques traces de lucidité qui résistaient se trouvaient prises sous un autre feu, celui de la culpabilité envers Saturnin Burle. La position était devenue intenable, il fallait qu’il trouve une solution. Ou plutôt non, la vérité c’est qu’il devait se résoudre à mettre en œuvre une solution qu’il ne connaissait que trop bien : il allait être contraint à trouver une place pour Maleïa dans l’histoire de l’évêque Burle. Et vite avant qu’elle ne se lasse d’attendre. Il la sentait tout près, le rire s’était rapproché, et ce n’était plus un rire de petite fille.

À présent que la décision avait été prise, il ne devait plus tergiverser. Il se mit tout de suite au travail. Son premier élan le conduisit à bricoler un personnage de gouvernante, qui officierait à l’ombre des sombres boiseries de l’évêché. Une lointaine nièce de Saturnin peut-être, recueillie par charité, ce qui lui permettrait de broder quelques rencontres, quelques dialogues qui n’auraient aucune incidence sur l’histoire de l’évêque qui avait si souvent tutoyée l’Histoire tout court. Mais bien vite il se rendit compte que le remède risquait fort d’être pire que le mal. Il y a des erreurs diplomatiques qu’il vaut mieux éviter quand on cherche à retrouver les bonnes grâces d’une princesse ombrageuse. Par exemple, on ne la traite pas en domestique, c’est élémentaire. Il lui fallait une place plus noble, plus essentielle, mais qui reste dans l’ombre quand même. Il tourna longtemps la question dans tous les sens et décida finalement de lui offrir un beau second rôle. Elle accompagnerait le vieux révolutionnaire piémontais, elle serait sa femme, ou mieux : elle serait sa fille, une belle égérie exaltée qu’il pourrait rapidement renvoyer comploter dans les palais de Turin, bien loin de Saturnin.
Le moral remontait en flèche, la solution qu’il avait trouvée était simple, d’une parfaite élégance, et elle n’affecterait en rien la dimension historique de son oeuvre. En un mot, une solution géniale, digne de lui. Il se lança aussitôt dans la réécriture du chapitre de la rencontre. Sa tâche était fort simple au demeurant : il lui suffisait de s’inspirer de son rêve. Il prit simplement garde de laisser le guéridon et le vase à leur place, bien stables, et il déplaça Maleïa au centre de l’action, à la droite de son père. Il la fit intervenir dans l’échange entre les deux hommes, lui cisela quelques réparties des plus spirituelles, et conclut le chapitre par une mission de confiance que lui soumettait l’évêque. Une mission longue, lointaine et terriblement importante.

***

Au terme de cette enivrante journée d’écriture, André avait retrouvé toute sa foi en lui. Il s’était sorti de façon magistrale du piège que lui avait tendu Maleïa, et il l’avait fait en grand seigneur : il avait été magnanime. Loin de la punir comme il en aurait eu légitimement le droit, en la cachant dans un recoin par exemple, ou en la figeant sous les traits d’une très vieille femme, il lui avait offert une place magnifique, il lui avait ouvert les portes de l’Histoire.
Pour la première fois depuis des mois, il accueillit avec plaisir la grosse chape de sommeil qui lui tomba dessus quand il eut fini de se relire. Il allait enfin pouvoir s’abandonner, sans crainte ; Maleïa ne viendrait pas, il en était certain. Ou bien elle viendrait, mais alors … Ah ! Elle saurait certainement lui prouver sa reconnaissance … il eut un petit hoquet d’excitation à cette idée, mais il le chassa d’un geste agacé : ce qui se cachait derrière ce sursaut douteux, ce très léger emballement de son cœur, n’était pas tout à fait conforme à sa dignité enfin retrouvée. Il s’empressa de se glisser sous ses draps, en focalisant ses pensées sur Saturnin, pour leur éviter d’aller divaguer sur des terrains trop scabreux.
Il s’endormit en pensant à la soutane violette de l’évêque, aux drapés qu’elle faisait quand il marchait ou quand il joignait les mains. Il faudrait qu’il parvienne à les décrire, ces nobles plis, qu’il en fasse une métaphore de l’élévation spirituelle de l’homme qui les animait. Dans son demi sommeil, il les visualisait de mieux en mieux, notait mentalement le grain de l’étoffe, les courbes lavandes, qui surplombaient les sombres indigos des vallées. Plus il s’endormait, plus la soutane grandissait. A présent elle occupait tout son champ visuel. Puis elle sembla se fendre par son milieu et s’ouvrit comme un rideau de théâtre, découvrant deux grandes jambes en stuc couvertes d’une résille qui figurait des bas de femme. Au niveau des porte-jarretelles étaient fixées des lampes qui diffusaient une lumière orangée sur un grand lit placé entre les deux jambes. Les murs de la pièce étaient couverts de tableaux sur lesquels s’ébattaient des filles en tenues légères, et d’autres qui comportaient des listes de tarifs postaux, organisés en fonctions du poids des colis et de leur destination ; il y avait aussi un guichet muni d’un hygiaphone et un bidet en marbre rose.
« — Hé bien mon bel auteur, tu m’en veux donc au point de me laisser grelotter toute seule sur ce grand lit ? Tu n’as pas envie d’une petite récompense ?
— Je … Non. Non Madame, enfin oui … je veux dire … »
Il était rouge de confusion. C’était bien Maleïa qui l’attendait sur ce grand lit, il n’y avait aucun doute, mais elle ne lui ressemblait pas, elle ne ressemblait pas à la fine jeune femme qu’il avait décrite, elle n’avait pas ces courbes élancées, cette musculature de panthère. Elle était … elle était moins belle peut-être, quoique …, moins conforme aux cannons de la beauté en tout cas, ces conventions qu’un écrivain se doit de suivre s’il veut toucher un public, par nature médiocre. En réalité elle était infiniment plus attirante pour lui qui connaissait les trésors du véritable charme. Avec ses larges hanches, ses seins magnifiques, pléthoriques, et son énorme cul qui tendait à l’extrême les délicates soieries de sa combinaison, elle était … elle était bandante. Voilà : bandante, et au diable les périphrases ! Et le plus excitant dans ce spectacle, c’était qu’elle avait les traits de la postière. C’était son fantasme préféré qui s’offrait à lui, et à l’érection d’âne qui venait de pousser entre ses jambes, lui obstruant subitement la vue, le déséquilibrant au point qu’il dut faire deux pas précipités vers l’avant. La seconde d’après il était enfoui dans un univers de peau laiteuse, douillette, uniformément molle, et pourvu d’une infinité de recoins qu’il entreprit d’explorer avec l’adresse pataude et frénétique d’un jeune chien.
Il ne voyait plus rien, il ne pensait plus à rien. Il soufflait, grognait, gémissait. Il murmurait des « ma princesse », des « attends un peu grosse salope », des « ma petite chérie » et plein d’autres mignardises, qu’il scandait à chaque fois d’un coup de rein ou d’une claque lancée au hasard dans cet océan de chair. Après quelques secondes de cette joute, il se raidit brusquement, laissa échapper un miaulement de chat qu’on écrase, et retomba.

« — Alors André, c’était comment? Tu as bien pris ton pied ? »
Il était encore groggy ; il n’avait jamais rien éprouvé de semblable. C’est pour cette raison sans doute qu’il ne remarqua pas le décalage entre la direction d’où provenait la voix et celle où devait approximativement se trouver la tête de sa partenaire.
« — Oui ma chère petite, c’était très bien. Vraiment très b… Aïe ! »
Il tourna la tête pour voir ce qui venait de le piquer et aperçut Maleïa à quelques pas du lit, vêtue d’une sévère chasuble, la tête ceinte d’un anneau d’or et qui pointait une canne torsadée en ivoire à quelques centimètres de ses fesses.
« — Bon ! Je suis enchantée pour toi. Maintenant tu vas m’écouter attentivement. Je ne me cantonnerai pas à un rôle de potiche ; rentre-toi bien ça dans la tête. Je t’accorde une dernière chance : tu as une journée pour revoir ton petit plan minable. Après je me fâche. Et ce sera pire que ça. »
Pire que ça ? C’est quoi « ça » ? Tout à la volupté que lui procurait son immersion dans les replis du ventre de sa postière, qu’il venait d’honorer de façon si magistrale, André se contenta de sourire. Si « ça » est une punition, alors elle risque de l’attendre longtemps sa place au soleil, cette péronelle : il ferait tout son possible pour retrouver ce châtiment dans chacun de ses rêves. Et plus il se confortait dans cette pensée, plus il s’enfonçait dans le plaisir, plus l’odeur de la peau se faisait intense, sucrée. Petit à petit les effluves s’alourdirent, la peau se ramollit, vira lentement au gris, le ventre s’affaissa. Le phénomène s’accélérait, l’odeur devenait franchement incommodante, il sentait les chairs se liquéfier sous la peau de plus en plus fragile. Il commença à se débattre pour s'extraire de ce piège mais plus il bougeait, plus il s’enfonçait. Il sombrait lentement, comme dans un sable mouvant, se mit à suffoquer, ouvrit toute grande sa bouche pour essayer de prendre une ultime goulée d’air, mais c’est un flot de jus douceâtre et puant qui pénétra dans sa gorge. À cet instant alors, une infime fraction de seconde avant la fin, il vit la scène de son naufrage comme s’il se tenait debout à côté du lit : deux jambes et une main qui battaient l’air et disparaissaient dans le ventre d’une charogne puante ; une charogne d’hippopotame à vue de nez.

Et il resta là, planté devant la montagne de viande avariée qui l’avait engloutit. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il savait que tout ce qu’il venait de vivre n’était qu’un cauchemar ; et tout ce qu’il avait sous les yeux, là, en cet instant de totale lucidité, appartenait à ce cauchemar. C’était ça le plus inquiétant : il était en même temps  des deux côtés du miroir. Pire que ça, il était un, et les deux cotés du miroir s’étaient fondus l’un dans l’autre, le rêve et le réveil s’étaient mêlés et ils l’emprisonnaient.
Il était mort ! Ça ne pouvait pas être autre chose. Il était mort en rêve et il était mort en rêvant. Il ne se réveillerait plus jamais. Il avait failli à la mission qu’il avait entreprise à la gloire de l’évêque Burle.
Il ne se réveillerait plus … et les limbes où il se trouvait étaient le territoire de Maleïa. L’enfer en pire !

***

Petit à petit le décor s’estompa, la lumière rouge, qui éclairait les deux jambes en plâtre et les femmes nues des tableaux, faiblit, elle devint blafarde. Il ne restait plus rien à André de sa superbe, de son assurance. Maleïa l’avait anéanti, il l’admettait. Il abdiquait de son rôle de créateur et se reconnaissait comme son esclave. Il ne voulait plus qu’une chose : qu’elle cesse de le martyriser. Il ferait tout ce qu’elle exigerait de lui, n’importe quoi pour éviter que « ça » ne se reproduise.
Il attendait, sans bouger. Il attendrait comme ça tant qu’elle ne le solliciterait pas, il avait l’éternité devant lui pour regagner ses bonnes grâces.
La lumière reprenait de l’assurance. Les détails, autour de lui, se précisaient à nouveau. Il reconnut sa chambre, se rendit compte qu’il était couché dans son lit et non pas debout dans un bordel. Une vague odeur de foutre et de charogne planait encore, mais il était pourtant chez lui. Il demeura immobile pendant très longtemps, pour s’assurer qu’il était bien revenu dans le monde réel.
Quand le rai de soleil qui passait par les persiennes toucha la tête de son lit, il se sentit suffisamment lucide pour se lever. Il était pleinement conscient maintenant et ses vieux réflexes reprenaient le dessus, la colère montait. Mais il la retenait, il fallait qu’il fasse une expérience avant de lui lâcher la bride. C’était sans doute un peu puéril mais on ne sait jamais. Il se précipita sous la douche, une douche glaciale, une douche à congeler les chimères les plus entreprenantes. Sans réfléchir, – surtout ne pas réfléchir, pas encore ! – il s’étrilla à s’en décoller la peau, s’habilla et descendit à la cuisine pour se faire un café, il en but trois. Enfin, prenant une longue inspiration, il se leva, ouvrit la porte de la cuisine qui donnait sur la cour et, alors qu’il se tenait sur le seuil, face au marronnier mutilé, il s’autorisa une petite pensée, relativement innocente pour commencer : « Ah la vilaine … la petite coquine … L’enflure ! Espèce de chienne va ! Grosse connasse, tu vas voir … »
Un bruit de casserole le fit se retourner. Elle était là, devant la cuisinière, vêtue d’un jean et d’une cotte de maille en acier légèrement rouillée aux aisselles. Dans une poêle elle faisait rissoler une grosse tranche d’hippopotame faisandé. Elle lui lança un regard en coin, tout en continuant à surveiller sa cuisson et lâcha avec un petit sourire ironique : « Tu t’égares André. Viens manger au lieu de dire des bêtise. On se mettra au travail après, ton éditeur attend. »

« Modifié: 01 mars 2020 à 13:49:27 par xavion »

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Re : Quelques songes et un hippopotame
« Réponse #1 le: 24 avril 2020 à 23:14:14 »
Merci xavion pour cette généreuse histoire d’un auteur qui négocie (vigoureusement) avec son personnage.

Tout d’abord je voudrais saluer un texte d’une grande qualité, avec de jolies idées et une évolution très à-propos.
Des tournures que j’ai trouvées très belles côtoient cependant des choix de mots qui m’ont fait lever le sourcil.

- le concept de “rainettes attardées” pour probablement “retardataires” ?
- “bien que la nuit fut encore noire …” :coeur:
- j’ai mal compris la phrase “Pas une de ces mièvreries”, mais d’un côté ça appartient au paragraphe, peut-être est-ce juste mal amené.
- “l’abandon du sommeil” est une phrase sympathique, bien qu’elle soit utilisée dans le sens "il peut gérer ses rêves" alors que non ?
- “Il n’était pas son père”  :coeur:
- “de loin en loin” je ne vois pas trop ce que ça veut dire, à part un jeu avec "proche en proche", genre de manière très espacée et donc avec de la perte d’information ?
- “toujours parfois […] toute à la fois, entière pour la première fois” très belles idées mais tout ça donne une crise de “fois”
- l’idée de l’admission à la société secrète ésotérique des Grands Auteurs est sympa, dommage qu’Homère en soit le "Président", et qu’il y ait le parallèle pas vraiment engagé avec l’Académie Française.
- “elle ne pouvait pas avoir lieu parmi les Hommes” tu peux retirer "tout simplement" qui alourdit la phrase
à propos de ça, il y a des adverbes qui feraient bien ne pas être là, je ne vais pas tous les citer mais y a des "justement", "notablement", "apparemment"…
Fin du premier paragraphe : intéressant, on sent la puissance de l’auteur derrière les mots, et son empire sur ce qu’il écrit, son appartenance à une classe fabulée, on voit déjà son buste dans un vieux bureau de travail d’un préfet quelconque. et brusquement, à la fin on se demande si c’est un accès de manie, de grandiloquence qui l’a pris – pourquoi avoir rajouté cette idée ? pour qu’on doute de son talent et de sa stature ?

ensuite : fignolait et affriolants sont des mots je pense de registre assez familier qui dénotent un peu ici (surtout dans ces contextes), donc je ne suis pas très convaincu. cette idée de décalage dans les registres revient régulièrement, là encore je ne ferai pas une liste exhaustive, mais j’ai noté "glouglou", "billevesées", "pas tant que ça", "bandantes" (on y reviendra)
- l’idée que les maladresses du texte de jeunesse soient finalement des "marques d’excellence" me laisse de marbre. Tu peux dire qu’elles détenaient des germes ou laissent entrevoir quelque chose, mais qu’on passe du statut d’erreur à un statut d’excellence c’est juste miraculeux (ça peut s’appliquer à votre serviteur ?)
- “tendre toutes ses facultés” :coeur:
Je suis encore satisfait de ce second paragraphe, c’est encore le début, on montre comment il travaille et quel est son sujet du moment, peut-être fallait-il un peu mettre l’accent sur le personnage de Saturnin qui n’est controversé que dans la région mais qui visiblement a une importance capitale ?

- en lisant “ plutôt que l’époque, « médiévale-fantastique », du « Désert du Monde »” j’ai un peu vomi dans ma bouche. trop de virgules, de chevrons partout.
- petit artifice mais dans la phrase “un moment qu’André n’avait pas encore osé affronter.” tu peux remplacer André par "son biographe" pour verrouiller qu’on parle de Saturnin et pour raffermir le rôle d’André
- “la fortune aille tourner sa roue” :coeur:
- “des faits dûment authentifiés.” oui enfin, le paragraphe d’avant il prenait des libertés parce qu’il n’y avait pas assez de documents…
- pieds-et-paquets : à tes souhaits ; puis après wikipédia, je vois qu’il est plus brave que moi !
- “Les obsèques de qui, au fait ?” tournure familière (voire plus haut)
- “une belle femme, complètement nue.” come on ! pourquoi faut-il la faire nue ?
- très joli passage Dies Irae, vague furieuse, peut-être que “puis comme une vague furieuse, il déferla sur l’assemblée,”
- premier dialogue entre Maleïa et Albert, que j’accueille assez tièdement, du reste. je ne comprends pas ses émotions à lui, ni ce qu’elle veut, ni comment elle est montrée. premières interrogations : comment est-il si chétif, pourquoi ressent-il de la rage alors qu’il ne le manifeste pas …explications ? “il était certainement victime de son charme” : très peu pour moi
- Shakespeare, maille à partir avec Juliette, assez cocasse. un peu malaisant si tu veux mon avis, sur plusieurs points
- l’idée d’écrire son chapitre avant que Maleïa ne l’interrompe : première marque de perte de contrôle ; naturellement très cocasse : ses prétextes pour s’en défendre, ses renoncements,
- “il lui avait montré l’étendue de sa détermination” alors c’est ça l’enjeu ?
Troisième paragraphe, c’est le plat de résistance si l’on peut dire. Maleïa fait irruption dans l’œuvre d’Albert et… la réaction de l’auteur est très étrange : il la voit tout de suite comme une adversaire qui a des desseins cachés. Jusqu’ici c’est une création indocile qui, par miracle, arrive à tenir tête à son maître. Continuons.

- “César en guenilles” :coeur:
- “femelle” ? on a déjà eu “fouineuse” et “effrontée”, et bientôt s’avalancheront les prédicats réducteurs envers notre princesse. Mais à ce stade, je suis circonspect.
- “débonnaire” ? je verrais plus “indulgent” ou “miséricordieux” dans ce rôle
- et là, c’est la fête du slip : “ il avait toujours eu le triomphe facile face aux enfants” devant “ fillette prise en faute” ?? “Je ris de ta suffisance et de ta prétention.” ?? “voix impérieuse d’une maîtresse femme.” ?? une littérale langue de serpents ??
- “un temps infini” poncif, tu vaux mieux que ça
- ne mentionnons même pas le premier “salope” ...
Qu’est-ce qui s’est passé ? qu’est-ce que c’est que ça ? Est-ce vraiment un auteur miséreux qui sombre dans la psychose, ou bien un homme honnête qui trompé par une femme cruelle ?
Je devrais me calmer mais je vois des niveaux grandissants de mépris total pour le personnage de Maleïa, non pas du point de vue d’Albert, mais aussi du narrateur. Toute cette relation est au finale très très malsaine. Dommage pour la séance de l’autodafé qui aurait pu nous être appréciable mais qui est juste totalement passée à la trappe.
 
- Bon, les dalles ne chauffent pas à blanc, ce n’est que le fer – le métal en général – qui blanchit quand il chauffe.
- “sorte de petit rire de fillette” assez classique trope de film d’horreur, c’est une séquence de hantise, je laisse passer.
- les échafaudages branlants :coeur:
- donc voilà, il décide de l’inclure dans son histoire, parce qu’il … a peur d’elle ? qu’est-il arrivé à “elle n’avait qu’à essayer” ? Quels étaient ses armes, à lui ? D’ailleurs j’en profite pour pointer la présence de verbes au présent à partir de là, je vois ça comme un genre de discours indirect libre qu’il grommelle entre ses dents
- “erreurs diplomatiques” on est dans la diplomatie maintenant, pas dans une relation d’abus ?
Okay, je suspends ma crédibilité et ça me calme. Essentiellement c’est une lointaine menace qui se rapproche, et il cède à la pression. c’est une lente agonie pour Albert – et ça commence à faire long pour le lecteur aussi.

- “Il s’était sorti de façon magistrale du piège”, s’il y avait un narrateur au-dessus du narrateur, il aurait dit "il était tombé dans le piège"
- “Loin de la punir”, là encore période de manie pour Albert parce qu’il n’a aucun moyen de la punir autrement que par la lobotomie et je commence à être fatigué de cet état d’esprit.
- “les traits d’une très vieille femme” c’est censé être un genre de punition ? on n’avait pas dit qu’elle serait la nièce de l’évèque ou la fille du Piémontais ?
- Tout le paragraphe “Elle saurait certainement lui prouver sa reconnaissance…” est assez malsain pour moi. Il a une relation assez complexée avec le sexe – il fantasme à propos d’une postière ou d’une caissière, je ne sais plus trop. Donc, pour éviter ça, penser à une soutane ! bien évidemment. Je pense que la transition aurait pu mieux se faire
- je ne ferai même pas l’affront de citer ce qui se dit là, mais les arguments de la Maleïa ne sont pas vraiment connectés l’un à l’autre, et je ne sais pas pourquoi elle l’inviterait, si ce n’est juste parce qu’il s’est lui-même tu sur cette pensée… la thèse de l’inconscient d’un Albert malade qui orchestre tout ça gagne en puissance.
- “elle était moins belle peut-être, quoique”, tout de suite suivi de “lui qui connaissait les trésors du véritable charme”. Je suis très, très fâché avec ce paragraphe. Il m’est hideux, il m’est dégoûtant. Je me mets totalement en opposition à cette scène qui mêle plein de références animales (l’âne, le chien, le chat), l’objectification du corps. C’est bas et répugnant, mais il garde toujours ce côté élitiste par ce que son fantasme n’est pas un canon de beauté, qu’il appelle “ma chère petite” ?
- okay, elle revient à la charge,“petit plan minable” et “je ne suis pas potiche”, c’était ce que j’avais en tête.
- l’image du sable-mouvant-charogne c’est vraiment sympathique, “les deux cotés du miroir s’étaient fondus l’un dans l’autre” en particulier
OUF ! C’était quelque chose, n’est-ce pas ? Je … j’en viens à me demander si ce n’est pas une manière totalement malsaine de se moquer d’Albert, mais pour quelle raison ? pourquoi l’hippopotame ? Comment expliquer le comportement de Maleïa autrement que par un inconscient malade ?

- il se rend, vocabulaire très fort “martyrisé” “anéanti” “esclave”, il est tout en bas de la chaîne alimentaire
- jean et cotte-de-maille :coeur:
- “rouillée aux aisselles”  |-|
- retour de l’hippopotame
C’était la fin !

On va donner le bénéfice du doute à l’auteur et au narrateur que tout ce qui a été dit par le narrateur est sorti des pensées du personnage, qui d’ailleurs se ridiculise et s’humilie.
Mais l’image de la femme dans ce texte est horrible ; entre la petite fille vierge et innocente et la tentatrice hyper-sexualisée, passant par la peste manipulatrice, des comportements odieux ou rabaissant et stéréotypiquement donnés aux femmes ; les mots pour la désigner : salope, effrontée, gamine, diablesse, péronnelle, fouineuse, emmerdeuse, j’en passe. Il y a tellement de mots plus neutres, voire mélioratifs pour désigner son comportement, tout ignoble soit-il ; le fait qu’elle soit présente par simple désir d’être sa “femme maîtresse”, et pas par, je ne sais pas, sens de l’aventure ou libération de son peuple ? elle faisait quoi dans le roman d’avant, la belle plante ?
L’homme ici est montré comme soit beaucoup trop haut pour s’en soucier et possédant un fouet fabuleux, soit totalement torturé pour s’en libérer. Là encore, c’est peut-être Albert le narrateur et tout est vu par ses yeux, et puis il y a bien la fin qui prouve qu’il est le méchant de l’histoire, mais l’identification à lui sème le doute, quand même.
J’aurais beaucoup mieux préféré un jeu plus équilibré, où ils ont une relation d’égal à égal, et pas cette dialectique du maître et de l’esclave qui finit avec de la viande pourrie. 
Je ne sais pas si tu es au courant de ce qui fait les gros titres du MDE ces jour-ci ; mais on voulait mettre en évidence l’idée que perpétuer des stéréotypes négatifs d’un groupe minoritaire ou opprimé était tout aussi mauvais qu’y croire et discriminer les membres de ce même groupe.
De grâce, fais preuve de plus de tact en utilisant ces stéréotypes.
Et enfin, tu n’es pas du tout obligé de changer la taille de ta police (pourquoi ?).
The grass was green and it was only fantasy

 


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