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03 juin 2020 à 21:20:35
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Auteur Sujet: Entends le lynx, le renard et les humains (complet) (v2)  (Lu 2219 fois)

Hors ligne Loïc

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Entends le lynx, le renard et les humains (complet) (v2)
« le: 18 janvier 2020 à 13:14:04 »
Salut !
Voici un texte qui a eu bien du mal à sortir, mais dont au final je suis assez content, même si je pense qu'il a quelques problèmes dont je suis tout à fait près à discuter.

J'ai déjà eu pas mal de commentaires et je suis en train de plancher sur quelques gros problèmes de fonds (mon perso principal, un secondaire, le lieu de la narration...) du coup j'ai pas tant besoin de commentaires de détail. Plutôt sur ce qui a gêné niveau construction de l'histoire ou des personnages.

Les texte fait environ 9500 mots. Je l'ai posté en 4 envois.


Version 2 du 20 avril 2020 (tous les envois)
Sommaire
Envoi 1
Envoi 2
Envoi 3
Envoi 4


 Il y avait les bottes de foin dans la plaine, toutes jaunes ; juste au-dessus, le vignoble, encore vert des grappes de raisin blanc et, tout en haut, la ligne bleue de la montagne. J’étais bien installée dans le clocher de l’église, assise sur une corniche. Non loin, une famille de cigognes m’observait avec vigilance depuis le nid ; moi je regardais encore et encore ce paysage que, pourtant, je connaissais par cœur à force de l’observer chaque jour. La musique qui criait dans mes oreilles ne le rendait pas plus épique, loin de là, et je pouvais déjà en voir les évolutions se succéder au rythme des saisons et des années.
Je soupirai, jetai un regard aux oiseaux derrière moi, et sautai.
Je me réceptionnai légèrement sur les pavés du parvis – vide en cette heure matinale – et rentrais chez moi, satisfaite d’avoir vu un nouveau jour se lever. Le reste attendrait.

 
Je me réveillai en début d’après-midi. Une petite lumière brillait sur mon téléphone que j’attrapai sans même me lever. Couchée sur le dos, la lumière bleue m’éclairant le visage, je tapai mon code pour lire le SMS.
« Apéro ? »
 Heure d’envoi : 11h30. J’étais en retard, mais Paul ne m’en voudrait pas.
« Dans une heure ? »
« Tu viens de te lever ? OK pour dans une heure, Hopfezopfer. »
 Je reposai le téléphone sur la table de nuit et me fis violence pour me lever malgré mon oreiller qui essayait de me retenir.
 
 
La chaleur et la lumière m’écrasèrent quand je sortis de mon appartement plongé dans le noir, et je dus prendre quelques secondes pour m’habituer à l’extérieur. Je clignai des yeux stupidement devant la porte de l’immeuble, alors que les hordes de touristes, égarés ou à la recherche de leur bus, me contournaient. Je repartis finalement vers le café-restaurant que nous fréquentions habituellement, à l’écart des rues principales du village, et donc prisé des locaux. Ça bruissait. Les terrasses étaient sorties, et on s’activait pour apporter plats et boissons traditionnels aux tables pleines. Je ne m’y arrêtai pas et continuai ma route. La cour fraiche et ombragée du Hopfezopfer m’attendait.
Le restaurant était installé dans une vieille maison du village, massive avec ses trois étages. L’intérieur, libéré de la fumée depuis quelques années, était tout de même lourd : on y mangeait, y criait, y jouait à la belote… Le patron, en me voyant, me salua de la tête et m’indiqua l’arrière, avant de se remettre à remplir ses verres de vin. Paul m’attendait sous un parasol d’un autre siècle, faisant tourner une pinte d’amer déjà à moitié vide entre ses mains, histoire d’en accélérer le réchauffement. Je me laissai tomber sur la chaise en face de lui, sans un regard pour les autres clients attablés là. Nous nous connaissions tous, de près ou de loin, et se saluer était dépassé depuis longtemps.
« Grosse soirée ? » me demanda Paul.
 « Tu sais bien que non, t’y étais. Je me suis juste couchée tard. »
Le patron vint m’apporter ma pinte, nous trinquâmes et burent en silence. Paul ne me quittait pas des yeux et je feignais de l’ignorer ; je préférais me concentrer sur la douce chaleur du soleil sur mon épaule, la brise légère et le ronronnement indistinct des conversations autour de nous. Finalement, Paul finit par parler. Il avait toujours été celui de nous deux qui supportait le moins le silence.
« Il y a autre chose.
 – Quoi ?
 – Il s’est passé quelque chose hier soir, j’en suis sûr. Allez, raconte. »
J’hésitai un instant à lui mentir. À lui répondre que je ne savais pas de quoi il voulait parler, que tout allait bien, mieux que jamais même. J’abandonnai bien vite l’idée, certaine qu’il n’y croirait pas un instant. Nous nous connaissions depuis trop longtemps, à force d’avoir éclusé ensemble les anniversaires et gouters de nos camarades de classe, puis les bars et fêtes du vignoble où nous avions subi nos premières cuites. Finalement, nous avions grandi et nous étions restés là, au milieu des champs de maïs et des touristes, quand la plupart de nos amis et connaissances avaient déserté le village, voire la région.
« J’ai rencontré quelqu’un. »
J’avais baissé la voix instinctivement et mes joues s’étaient mises à chauffer. Sentant venir les confidences, Paul s’était approché au-dessus de la table et attendait que je continue.
« C’était à la soirée d’hier, je lui dis en maugréant, après que t’es parti. J’ai trainé encore un peu, j’avais pas envie de rentrer. J’suis restée au comptoir, à parler avec Philippe quand il avait un peu de temps et à m’enfiler des bières. Et il était, je sais pas, minuit et demi, quand ce mec débarque dans le bar, l’air pas bourré du tout ni rien, il s’assoit à côté de moi et…
 — Et ?
 — Et rien. »
 Paul me regarda stupidement pendant trois secondes, puis éclata de rire, suscitant des regards des tables voisines. Il fit un signe à un serveur qui passait par là, puis revint à moi.
« Donc ta rencontre, c’est juste un mec assis à côté de toi dans un bar et auquel t’as même pas parlé ? »
 Dit comme ça, en effet, ça faisait peu.
« Euh. Oui, à peu près. SAUF QUE – je baissai la voix, j’avais parlé plus fort avec l’excitation et ce que j’avais à dire n’était que pour Paul – sauf que ce mec, il était pas humain. »
Je laissai le temps à Paul de digérer ce que signifiait cette phrase. Ce qu’elle signifiait pour moi, surtout. Il se fit plus sérieux, ne dit rien pendant qu’on nous apportait nos deuxièmes pintes et une planche de charcuterie dont le fumet me fit ronronner de plaisir, puis reprit.
 « D’accord. Je comprends mieux. Mais, du coup, il aurait été de bon ton de lui adresser la parole, non ? »
 Je gémis et baissai la tête.
 « Ouiiiiiiii, je sais.
 — Qu’est-ce qu’il s’est passé, du coup ?
— Le truc habituel. Il a commandé à boire et on est restés assis, l’un à côté de l’autre, sans se parler, à se jeter des regards en coin. Et à un moment il a payé et il est parti. Moi, j’suis allée voir le lever de soleil depuis le clocher de l’église. »
Paul soupira, l’air un peu dépité. Même s’il ne le dit pas à voix haute, j’entendis distinctement le « c’est toujours la même chose avec toi » lui traverser l’esprit. Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir : il avait toujours subi mes déconvenues amoureuses avec un flegme admirable.
« Qu’est-ce que tu veux faire ? » il demanda enfin. Cette question, je me la posais aussi. Si l’inconnu vivait dans le village, il serait facile de le retrouver : nous n’étions que quelques Faés dans les environs ; mais il pouvait tout aussi bien être reparti, et, surtout, à quoi cela pouvait-il bien me servir, puisque nous ne nous étions pas adressé la parole ? Je haussai les épaules pour toute réponse et Paul se laissa emmener sur d’autres sujets : les vaches, la santé de ses parents, la météo ; n’importe quoi, en somme, tant que nous ne remuions pas l’affaire.

 
Comme d’habitude, les heures et les jours passant, j’oubliai cette histoire. Je n’avais plus revu l’homme et il fallait travailler. Les bœufs dont j’avais la charge en semaine ne pouvaient pas attendre et, les mains dans la fange ou sur le volant du tracteur, je ne pensais à rien d’autre qu’au soleil qui brulait ma peau et à la tâche d’après. Je rentrais épuisée et dormais tôt plus souvent que je ne sortais. Ça m’allait bien : je passais une bonne partie de mes journées à l’extérieur et esquivais mes problèmes, à défaut de les régler.
Murphy, cependant, ne me laissa pas m’en tirer si facilement. Un matin, j’étais occupée à remplacer une clôture quand tous mes sens me prévinrent de l’approche de randonneurs. Leur mélange d’odeur, de sueur et de sandwich emballé, et leurs discussions toujours trop fortes étaient reconnaissables entre toutes ; ça surnageait au milieu des animaux qui m’entouraient et de la quiétude habituelle des prés. Je m’en désintéressai. On était au cœur de la saison touristique et, sur les contreforts montagneux, les promeneurs étaient nombreux ; étrangers comme locaux venaient profiter du cadre et de la relative fraicheur des matinées. Quand je relevai la tête cependant, je croisai d’autres effluves ; et un coup d’œil derrière moi me confirma ce qu’elles apportaient. Il était là. Il était là, et elle aussi : la jeune femme qui l’accompagnait, qui marchait trop près de lui, n’était ni sa sœur, ni une amie. Pas juste une amie en tout cas. Ça puait de partout ; le désir de l’humaine irradiait dans toutes les directions. Je les saluai de la tête et me remis au travail, du moins j’essayai. Mon corps et mon cerveau se rappelaient bien vite à moi, et une fois que le couple fut passé, je les fixai pendant un moment, debout, l’air bête, mon marteau à la main. Je me demandais ce qu’il avait ressenti de moi, en passant, et à quoi il avait joué, l’autre soir.
Quand ils eurent disparu dans un repli du coteau, je donnai un coup rageur au poteau. Le soir, je bus plus que de raison. Le matin, je me réveillai dans un lit inconnu.
 
 
Je n’eus pas le temps de réfléchir à ce qui m’avait amenée là, ni à la personne qui se trouvait à côté de moi : un mal de crâne assourdissant me saisit aussitôt, et me cloua dans le lit. On bougea à ma droite et je vis un bout de corps, de bras peut-être, sortir de la couette ; il fallait que je parte d’ici.
Luttant contre les coups de marteau que l’alcool m’assénait à la tête, je parvins à me lever et à récupérer mes affaires – vêtements, téléphone, clés, et m’arrêtai, à demi-courbée, à l’entrée de la chambre. Je l’embrassai du regard, fixai un moment la forme qui remuait doucement dans le lit, puis fermai la porte le plus silencieusement possible. Je traversai l’appartement à pas de louve, les chaussures à la main, essayai malgré tout d’attraper des morceaux de la vie à travers laquelle je passais. Cinq minutes plus tard, je sortis dans la rue, inspirai un grand bol d’air et m’assis, dos à la porte de l’immeuble. Le mal de tête ne refluait pas, et avec lui le sentiment d’avoir fait une connerie. Je me relevai difficilement, jetai un regard aux noms sur l’interphone, haussai les épaules et m’en allai en titubant un peu.
Je passai à travers la journée sans vraiment la vivre, tel un fantôme, navigant entre le travail que j’essayais d’accomplir malgré tout et mes remords. J’étais partie comme une voleuse, sans dire au revoir, sans même essayer de savoir avec qui j’avais passé la nuit. J’avais beau ne pas vouloir y attacher d’importance, ça en prenait tout de même, et le sentiment d’avoir fait ça pour compenser se faisait de plus en plus pressant. Le soir, j’allais me coucher tôt, avec un peu de haine envers moi-même.
 
 
Cette fois, oublier ne fut pas aussi facile. Recroiser mon inconnu n’avait fait que réveiller ma faim, largement inassouvie par mon aventure de l’autre soir ; et plus je tentais de me convaincre qu’il était ridicule de se passionner pour un homme dont je ne connaissais pas le nom, avec qui je n’avais même pas échangé un mot, plus je pensais à lui ; à eux. Je m’enfonçai dans le travail, espérant penser à autre chose puisque, bloquée, je ne pouvais de toute façon faire quoi que ce soit. Je voyais Paul s’inquiéter et je me sentais devenir taciturne, irritable. Un samedi, alors que nous partagions une bouteille de vin blanc et que je fixais sans vraiment le voir le lierre familier qui grimpait au mur derrière lui, il décida d’intervenir.
« Louise. Louise ! »
 Je secouai la tête, comme si je me réveillais, presque surprise qu’il m’adressât la parole.
 « Excuse-moi, je rêvais.
 – Oui, j’avais compris. Tu rêves toujours à ton inconnu ? »
Mon inconnu. Dans sa bouche, ça sonnait vraiment ridicule. Je savais que ce n’était pas ce qu’il voulait, qu’en l’absence d’un nom ou d’un autre qualificatif, il faisait avec ce qu’il avait. Ça sonnait quand même ridicule. Je soupirai d’abord, hochai la tête ensuite et il me sourit tristement. Encore une fois, c’était sur lui que ça retombait – mais sur qui d’autre ? Il devait supporter ma mauvaise humeur de toute façon.
« C’est juste que je l’ai vu avec une nana l’autre jour, et que ça a tout réveillé. Comme si j’avais que ça à faire, comme si je pouvais y faire quelque chose.
 – Tu n’as pas essayé de le retrouver ?
 – Pour quoi faire ? Pour le suivre le soir quand il sortira avec sa meuf et finir par me faire caler ? On me prend déjà assez pour une folle, dans le coin. »
Il sourit un peu et je maudis les tremblements dans ma voix.
« Non, mais déjà pour le rencontrer, ça serait pas mal, non ? Savoir s’il te plait vraiment, avant de te morfondre. Ce serait pas la première fois que tu flasherais sur un crétin pour te rendre compte trop tard que c’est un crétin. »
Je lui lançai un regard noir en sachant qu’il me connaissait assez pour ne pas le prendre mal. Il avait en partie raison, encore une fois, et cela m’énervait – je m’énervais, surtout, de ne pas être capable d’arriver seule à ces conclusions ; je m’en voulais aussi de ne pas savoir tourner la page et passer à autre chose.
 « On verra », je dis, et ça conclut la discussion.
 
 
« Modifié: 08 mai 2020 à 11:33:25 par Loïc »
"It doesn't matter how your story begins. It's about who's with you at the end."
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"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Hors ligne Colin

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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 1/4)
« Réponse #1 le: 18 janvier 2020 à 14:20:51 »
C'est passionnel, avec des dialogues que je trouve plutôt justes et bien rythmés, même si les révélations arrivent trop rapidement en leur sein.
Aussi, une atmosphère un peu étrange plane sur ce village, il n'est pas qu'une question de tumulte amoureux, mais j'hésite encore sur ce point. La suite m'en dira davantage.

Hors ligne Alan Tréard

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  • Mer, je suis comme toi, plein de voix machinées
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 1/4)
« Réponse #2 le: 18 janvier 2020 à 14:59:32 »
Bonjour Loïc,


Voici un petit moment que je ne t'avais pas lu, je viens de me plonger dans cette histoire avec plaisir et intérêt.


Dans l'ensemble, l'histoire se déroule bien, le personnage de Louise est attachant, et le déroulement de l'action décrit avec beaucoup de vie. Je dirais que tu maîtrises de mieux en mieux la narration, on y trouve tout ce qu'il faut pour raconter une histoire bien particulière et alimenter curiosité et émotions.


Deux points sur lesquels j'ai une remarque :

Citer
— Le truc habituel. Il a commandé à boire et on est restés assis, l’un à côté de l’autre, sans se parler, à se jeter des regards en coin. Et à un moment il a payé et il est parti. Moi j’suis allée voir le lever de soleil depuis le clocher de l’église. »

Ici, on est dans un bar en pleine campagne, je dirais que si les horaires de fermeture ne sont pas aux alentours de 21h, ça ne dépassera de toute façon pas minuit (contrairement aux pubs en ville où l'on peut effectivement espérer les 5h du matin). Je me demande si tu ne pourrais pas introduire une nouvelle action entre la fermeture du bar et le reste plus nocturne.

Citer
Quand ils eurent disparu dans un repli du coteau, je donnai un coup rageur au poteau. Le soir, je bus plus que de raison. Le matin, je me réveillai dans un lit inconnu.

Ici, je comprends que tu aies voulu faire un effet elliptique, mais j'ai eu, personnellement, l'impression que ça tombait comme un cheveux sur la soupe. Je me demande si tu as fait le bon choix sur ce passage en particulier : l'absence de transition me semble un peu abrupte.


Enfin, je dois dire que la fin donne envie de connaître plus sur ce mystérieux inconnu. Il doit bien se cacher quelque chose derrière cette étrange histoire. Je finis par me demander si Louise ne s'est pas fait une mauvaise histoire à force de trop picoler comme ça, j'ai le sentiment de faire partie du récit, de devoir en démêler le vrai du faux. Ça m'a vraiment fait penser à une nouvelle fantastique.


Une histoire qui fait vivre bien des émotions, un exercice riche en surprises et en rebondissements ! ^^

Hors ligne Xeraphia

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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 1/4)
« Réponse #3 le: 19 janvier 2020 à 04:09:11 »
Oh, miam miam.

Tiens, Xera-com dans ta yeule
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« Modifié: 19 janvier 2020 à 04:40:03 par Xeraphia »
CoCoWriMo, 50 565 / 50 000
Officially late A.F.

Show. Don't tell.

Hors ligne Fred Pollux

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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 1/4)
« Réponse #4 le: 19 janvier 2020 à 09:43:48 »
Bonjour Loïc,
J'ai trouvé que c'était très bien écrit et raconté. Le fantastique est distillé de façon très nuancée, ce qui laisse au lecteur beaucoup de place pour s'imaginer la suite. (Très personnellement, j'espère que l'histoire ira plus loin qu'une romance entre faés...)
Contrairement à Xeraphia, je vois plutôt l'histoire se dérouler en Alsace... Ce n'est peut-être pas très important.
En tout cas, tu laisses une bonne envie de lire la suite.

Hors ligne Camille Barthe

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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 1/4)
« Réponse #5 le: 19 janvier 2020 à 13:32:47 »
Bonjour Loïc,

je viens de te lire, le gros avantage de ton texte c'est que chaque fin de phrase donne envie de lire la suivante, dois-je donc en déduire que tu écris bien?

Je veux connaître la suite!

Pour ma part les seuls points qui m'ont gênés sont de minuscules erreurs de styles, certains choix de mots ou tournures.

Je me pencherai plus précisément dessus et te les citerai dans un autre message!

Show must go on!

Hors ligne Loïc

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Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 2/4)
« Réponse #6 le: 19 janvier 2020 à 14:40:13 »
Salut tout le monde !

Colin merci de ton commentaire.

Alan
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Xeraphia
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Fred
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Fred + Xera
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Camille
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Envoi 2 (envoi 1)

 La pleine lune s’installa quelques jours plus tard et vint illuminer la pièce sombre de mon appartement. J’aimais bien la pleine lune, le mystère et la clarté qu’elle amenait à la nuit, même si elle rendait mes escapades un peu plus dangereuses, le temps de quitter la civilisation.
J’avais envie de sortir. La forêt m’appelait et il y avait trop longtemps que je n’y avais pas couru. Le félin en moi grattait à la porte de mon corps, me demandait de le laisser prendre le contrôle, ne serait-ce qu’une nuit.
Nue, j’ouvris la fenêtre. Velue, je sortais dans la nuit.
Les sens décuplés, j’essayai de démêler les odeurs de la ville, de retrouver les sensations d’une bête à quatre pattes. Le monde dormait et seul le bruit de la circulation sur une route lointaine venait troubler le silence. Je restai sur le trottoir, cependant : je ne voulais pas finir ma vie sous les roues d’un chauffard. Une fois à la sortie de la ville, je laissai le félin prendre toute la place qui lui revenait en moi, et galopai vers le bois.
Le lendemain matin fut difficile. J’étais rentrée tard de mon escapade nocturne, et mon corps me le faisait sentir. J’esquivai autant que je le pus le contact avec le reste de l’humanité, sachant par avance que je ne saurais être agréable avec quiconque. Je m’occupai des bêtes et du foin, me plongeant une fois encore dans le travail manuel. Je m’arrêtais régulièrement, fixant les Régnantes et le vide, comme si la montagne pouvait me donner la voie à suivre pour reprendre une vie normale. Une vie normale, toi ? me soufflait une petite voix, et je devais reconnaitre qu’elle avait raison. L’appel de la nature, de la bête en moi, était trop fort pour que je me fonde vraiment dans la masse humaine autour de moi, même si eux n’y voyaient que du feu.
Cela me ramenait à mon inconnu, le premier de mes semblables que je croisais dans les environs, lui qui faisait naitre en moi un fol espoir ; et d’un coup, j’étais revenue au même point, pas plus avancée que la veille ou les jours d’avant. Je me détestais tout à coup.
 
 
Le destin finit par – enfin – le remettre sur mon chemin. Paul et moi étions dans un autre bar, notre bouge habituel étant fermé pour congés annuels. Nous nous étions arrangés pour trouver un coin tranquille, où les serveurs ne viendraient pas nous chercher toutes les cinq minutes pour renouveler notre commande, mais avec une vue sur une bonne partie de la salle, et surtout sur les ardoises où étaient inscrites les boissons du moment – c’est-à-dire les mêmes que le reste de l’année, pour l’essentiel. Paul prenait bien garde de ne pas évoquer le sujet de mes aventures amoureuses, et je lui en savais gré. Il me racontait ses galères au travail, aggravées, comme chaque été, par l’affluence des touristes. Il accueillerait la pause automnale avec plaisir.
Je le coupai au milieu d’une phrase. J’avais senti l’odeur avant même qu’il ne touche la porte, malgré la brume agréable de la bière. J’indiquai l’entrée à Paul d’un signe de la tête, et il fit pivoter légèrement sa chaise. Quand mon inconnu entra, ses effluves se firent plus fortes, emplirent presque entièrement mon atmosphère. Je jetai un regard à Paul, compris ses encouragements et me levai pour le rejoindre. Arrivée au comptoir, je déglutis, le laissai commander, curieuse de son choix, et pris la parole sans vraiment le regarder.
« Enfin on se recroise. »
 Je sentis, plus que je ne vis, sa tête se tourner vers moi ; alors je le regardai aussi. Il sourit, me tendit la main.
 « Enfin, en effet. Laurent, enchanté. »
J’attrapai sa main et la serrai fermement, remuant les odeurs. Il y avait la sienne, celle de son parfum que je ne savais identifier, n’étant pas experte en la matière, celle de sa bête, reconnaissable entre toutes, et une autre ; une autre qui ne venait pas de lui, mais qui était sur lui ; lui collait à la peau et venait me chatouiller les narines. Celle de la fille, je n’en doutais pas.
 « Louise. Enchantée également. »
 Le blanc ne dura qu’un court instant : j’avais peur de le laisser s’installer, de le voir grandir, ce qui mettrait irrémédiablement fin au moment. Je n’en avais pas envie, même s’il trimbalait ce parfum de fille avec lui, même si j’allais au-devant du désastre.
« Je suis là avec un ami, nous avons une table, si vous voulez vous joindre à nous.
 – Avec plaisir. »
Je soupirai de soulagement, aussi discrètement que je le pouvais, doutant de pouvoir tromper ses sens. J’indiquai la table où Paul nous attendait, le nez dans son portable, et nous le rejoignîmes en quelques enjambées. Il se leva pour accueillir Laurent.
 « Paul, enchanté.
 – Laurent, de même. Merci de m’accueillir.
 – Pas de problème, ça fait du bien de voir de nouvelles têtes. Vous venez d’arriver dans le village ? »
 Laurent prit le temps de s’installer. Il leva son verre ; nous trinquâmes, et enfin il répondit.
« Oui, il y a quelques semaines. Ma compagne et moi avons acheté une maison rue des Boulangers.
 – Chouette coin, remarqua Paul. Et d’où arrivez-vous ?
– Juste de l’autre côté de la montagne. De Mirsancourt. »
Du coin de l’œil, je vis le visage de Paul s’illuminer. Nul doute qu’il me ferait la remarque plus tard : il fallait que je choisisse un mec d’Hirsoire.
 « Et vous ?
– Paul est né et a grandi en Elvire, comme vous pouvez sans doute l’entendre. Moi j’ai beaucoup bougé, mais je vis ici depuis longtemps. »
Il hocha la tête en signe d’acquiescement et je fis comme s’il n’avait pas parlé d’une compagne. Je l’avais vue avec lui, je l’avais sentie sur lui, mais c’est par ces quelques mots qu’elle avait vraiment pris réalité, qu’elle était devenue autre chose qu’une hypothèse.
La conversation s’orienta naturellement sur nos activités respectives, sur ce qui avait amené Laurent à traverser les Régnantes. L’envie de changer d’air, une opportunité pour sa compagne. Lui se laissait le temps de chercher quelque chose qui l’intéressait après avoir longtemps travaillé pour un bon salaire en oubliant de vivre. Il racontait ça d’une voix posée et moi je l’écoutais, un peu bécasse, j’en oubliais de boire ma bière et presque, un peu, de parler. Je laissais Paul entretenir la conversation comme il savait si bien le faire, me cachais derrière lui et je me traitais d’idiote. La soirée se poursuivit cependant et, à mesure que la bière coulait, je parvins à me détendre et à prendre ma place. Quand le bar ferma, nous échangeâmes nos numéros de téléphone en nous promettant de nous revoir. Je laissai Paul là également ; nous étions tous les deux trop fatigués pour poursuivre la discussion cette nuit et le weekend était encore long : je m’endormis rapidement. Le lendemain, je recevais une invitation à diner pour le samedi suivant.
 
 
La semaine passa avec une lenteur exaspérante, d’autant que la quantité de travail à la ferme ne me permettait pas d’envisager le débriefing dont j’aurais eu besoin avec Paul. Il était invité, lui aussi, ce qui me rassurait, mais il me tardait de le voir avant. Hélas, ça se révéla impossible et, lui avec des fleurs, moi avec une bouteille de vin, nous nous retrouvâmes le jour dit devant la maison de Laurent.
 « Ça va aller ? » il me demanda à l’entrée. Je hochai la tête.
 « Je sais bien que c’est pas ce que tu voulais, mais… »
 Je haussai les épaules.
 « T’inquiète. C’est cool comme ça. »
 Nous sonnâmes, lui ou moi, tous les deux. À l’intérieur, on entendit l’aboiement d’un chien, quelques petits pas, et Laurent apparut dans l’encadrement de la porte. Il était différent de la dernière fois, avait l’air plus… détendu. Peut-être un effet du tablier passé au-dessus de sa chemise, peut-être que c’était autre chose ; son odeur aussi était légèrement différente.
 « Bonsoir, bienvenue ! »
 Il s’écarta pour nous laisser entrer. Je passai la première et lui tendis la bouteille, qu’il accepta avec un charmant sourire.
 « Merci, Louise. Tout droit, au fond, et vous y êtes. »
 J’avançai donc dans le couloir où un chien ne tarda pas à venir sautiller et me lécher les mains.
 « Voici Falkor, notre chien. Il est un peu brutasse et joueur, mais pas méchant. »
 Je grattouillai l’animal, puis continuai mon chemin dans le couloir. Falkor alla vite s’intéresser à Paul, puis à son maitre.
Sous ses dehors traditionnels, l’intérieur de la maison avait été entièrement réaménagé, et le couloir débouchait sur une cuisine ouverte et une grande pièce à vivre. Nayah, la compagne de Laurent nous y attendait, et je n’eus plus de doute sur la propriétaire de l’odeur que j’avais sentie l’autre soir.
 « Bonsoir, enchantée de vous rencontrer.
 – Merci de nous recevoir. »
 Laurent fit la présentation et Paul offrit le bouquet avec un de ces numéros de charme dont il avait le secret. J’admirais souvent la manière qu’il avait de plaire à tout le monde sans sous-entendu. On l’appréciait juste, sans se demander s’il y avait autre chose derrière ses grands sourires et ses accolades. Il savait briser la glace comme personne.
 L’alcool aussi avait cet effet, et les verres à vin ne tardèrent pas à tinter les uns contre les autres. La conversion prit vite un tour agréable, détendu. Je passais de Nayah à Laurent, tour à tour, admirant leur alchimie, leurs sourires et réprimant la jalousie que je sentais monter dans mon ventre. Je tentais de l’enfouir, avec mon désir, tout au fond de moi, de me concentrer sur le plaisir du vin et du repas. Quand nous partîmes, en nous promettant de nous revoir bientôt après cette belle soirée, je me sentais vidée. Paul et moi marchâmes dans la nuit, en silence, titubant un peu sous l’effet de l’alcool. Des pensées sombres et la bête tournaient à la surface de mon cœur, alors je serrais les dents et ne disais rien. Paul semblait le sentir et se contentait d’être là, présence amicale. Nous nous quittâmes devant chez moi, et il me souhaita bonne nuit avec une petite tape sur l’épaule. J’allai me coucher parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire, mais tournais dans mon lit quelque temps avant de m’endormir.
 
 
 « Tu n’es pas humain, n’est-ce pas ? »
La question me brulait les lèvres depuis quelques semaines. Non parce que je voulais connaitre la réponse – j’étais sûre de l’avoir identifié, et quasiment sûre qu’il le savait lui aussi – mais je voulais le lui faire savoir, sortir des non-dits. Nous étions à l’extérieur du bar, en train de fumer, et nous avions laissé Nayah et Paul à l’intérieur. Nous étions rarement seuls, et j’avais encore plus rarement assez de courage en moi. Il ne répondit pas tout de suite, ne tourna même pas la tête. Seul un léger tressaillement me fit savoir qu’il m’avait entendue.
 « Qu’est-ce que ça change ? »
 Je le regardai, surprise. Je ne m’étais pas posé la question. Est-ce que cette confirmation changerait quelque chose à notre relation, à la façon dont nous pouvions parler, à l’extérieur ou dans notre intimité en construction ? Je choisis de répondre par une autre question.
 « Nayah sait ? »
 Il hocha la tête et je soupirai de soulagement. Alors ça changeait quelque chose, oui ; de ne pas avoir à se surveiller sans cesse, de pouvoir se comprendre.
 « Et pour moi ?
 – Elle s’en doute.
 – Tu ne lui as pas dit ?
 – Ce n’est pas un secret qui m’appartient.
 – Hum.
 – Oui ?
 – Non, rien. »
 Nous finîmes nos cigarettes en silence et rentrâmes dans le bar.
 

Suite : envoi 3
« Modifié: 20 avril 2020 à 22:23:06 par Loïc »
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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 2/4)
« Réponse #7 le: 20 janvier 2020 à 12:39:13 »
Salut,

Il y a une réelle intention d'un naturel que tu souhaites insuffler à tes personnages et bonne nouvelle, celui-ci est presque palpable à certains moments. L'histoire mêle correctement le vécu à la passion, le mystère à la cohérence. Pour l'instant, l'équilibre est maintenu, je crois en tes personnages. J'en attends davantage d'eux que des péripéties d'ailleurs, mais évidemment, je ne suis pas à l'abri d'une surprise.

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Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 3/4)
« Réponse #8 le: 21 janvier 2020 à 18:50:21 »
Merci de ta lecture, Colin. Qu'attends-tu deux, précisément ? Ça ne changera pas la suite immédiate, mais ça pourra la changer après.

Bref, la suite.



Envoi 3 (envoi 2)

 Nous nous revîmes souvent et, de deux, nous devînmes un groupe de quatre. On nous réserva une nouvelle table au Hopfezopfer et, incapable de me satisfaire de cette nouvelle situation, je rentrais chez moi plus triste que jamais. Je m’en voulais de garder un espoir inutile et de mentir à mes nouveaux amis ; à Nayah surtout, Nayah riante, généreuse, dont je me sentais plus proche, finalement, que Laurent. Quand j’allais me percher sur le clocher de l’église, c’est à eux que je pensais, le regard tourné vers leur maison, me demandant comment cette histoire allait finir. Mal, suggérait une petite voix dans ma tête que j’imaginais être celle d’un diablotin sur mon épaule ; mal comme les histoires d’amour en général, les triangles en particulier. Le savoir ne faisait que renforcer mon impuissance et mon dégout de moi-même.
 
 
 Pour ne plus penser à la faiblesse de ma part humaine, je passais mes nuits dans la montagne sous forme de lynx. À l’abri des chasseurs, j’y grondais ma tristesse et mon amour, défiant les quelques mâles locaux de m’approcher ; et, de fait, la faune m’évitait.
Un matin, alors que l’aube commençait à poindre et que, affalée sur un rocher, je regardais le soleil se lever au-dessus de la forêt, quelque chose approcha. Je pris soin de rester immobile, affectant de n’avoir rien remarqué, mais mobilisai tous mes sens. J’écartai vite la possibilité humaine : le nouvel arrivant était trop discret pour ça. Je passais en revue toutes les espèces animales que je connaissais et identifiai un renard. Quelque chose, cependant, ne collait pas et j’en restai d’autant plus sur mes gardes. Quand je sentis que la présence était suffisamment proche, je sautai sur mes pattes et me retournai.
Un renard était là ; un gros renard, debout, prudent. Il soutenait mon regard, néanmoins, d’un regard que je connaissais par cœur pour l’avoir observé quelques fois, trop souvent peut-être. Il vit que j’avais compris, et il sourit avant de détaler.
 Je me lançai à sa poursuite.
 Nous courûmes un temps dans la forêt, jouant au chat et à la souris. J’étais impressionnée par son habileté à m’éviter dans ces montagnes que je connaissais si bien. Nous finissions toujours par nous retrouver cependant, jusqu’à ce que la course s’arrête au bord d’un étang. Je m’approchai lentement de l’eau, attentive. Je ne le voyais pas, mais je sentais sa présence dans les environs. Pas seulement par l’odorat ; c’était un pressentiment qui me hérissait les poils.
Les fourrés bruissèrent derrière moi, et c’est à un humain que je montrais les crocs en me retournant – non, pas à un humain, à Laurent qui m’observait, un curieux sourire aux lèvres. Je ne me détendis pas pour autant ; lui s’assit, sans rien dire, dans l’herbe un peu humide. Il était nu, me rendis-je compte à ce moment. Nu comme nous l’étions toujours en changeant de forme. Il dut se faire la même réflexion :
 « Je n’avais… pas prévu. »
 Ma part humaine sourit au fond du lynx toujours braqué, qui s’interrogeait sur la posture à adopter. Pour une raison qui m’échappait, j’hésitais à me transformer. « À te montrer vulnérable », disait la petite voix, bien cachée sous les instincts de l’animal ; tout comme mon désir qui, humaine, pulsait et me laissait le cœur au bord des lèvres.
 « Tu ne veux pas revenir, Louise ? »
Il avait bien choisi ses mots, le salaud ; et sans que je puisse rien y faire, je me sentis changer. Résignée, je me laissai faire, abandonnai le contrôle de mon corps à ma part humaine, refoulai le lynx et, en une trentaine de secondes, me retrouvai nue devant Laurent.
 « J’espère que tu ne m’en veux pas. Je n’étais pas sûr que tu pouvais m’entendre, là-dessous. »
 Je me levai, ne cherchant pas à me cacher, malgré le rouge qui me montait aux joues.
 « Je n’ai pas de raison de t’en vouloir. »
Mon ton contredisait mes paroles, j’en avais conscience, mais c’était la vérité ; je ne lui en voulais pas de m’avoir forcée à prendre une décision, mais je restais prudente, en attendant de savoir ce qui l’avait poussé à me rejoindre là ; à s’afficher face à moi, à me faire revenir aussi. Derrière son sourire, il semblait embêté, chercher ses mots.
 « Tu m’avais reconnu ? »
 J’avais assez fui mes responsabilités pour savoir qu’il appliquait la même tactique ; qu’il tentait de passer par des chemins détournés, peut-être pour se donner du courage. Je hochai la tête.
« Oui. Et puis… je n’ai jamais vu un renard sauvage agir comme ça.
 – Ni moi un lynx.
 – Non, mais c’est parce que tu n’en as jamais vu de sauvage. »
 Il me concéda ce point et le silence s’installa de nouveau. Je frissonnai.
 « Tu as froid ? il demanda, l’air sincèrement inquiet.
– Je sors rarement nue à l’aurore, à cette période de l’année. »
 Un léger sourire revint, mais je ne croyais pas qu’il m’eût vraiment entendue. Laurent était complètement tourné vers autre chose, et je ne savais toujours pas quoi.
 « Louise », il commença enfin. Je le regardai, tentant de l’encourager et de ne pas fixer son entrejambe.
 « Ça ne peut plus continuer comme ça. »
 Je l’interrogeai du regard.
« Je ne peux pas juste être ton ami. Je veux plus que ça, et du coup c’est trop dur de te voir souvent, d’être à côté de toi sans rien dire, de te regarder rire, de… »
 Je l’interrompis en l’embrassant. Nos corps se rapprochèrent, ses bras m’entourèrent, et je sentais sa peau, ses mains, sa bouche et son sexe contre moi ; nous étions toujours nus, au milieu de la forêt, mais ça n’avait pas d’importance.
 Il ne se passa rien de plus, cette nuit-là. Nous nous séparâmes au bout d’un moment, chacun rentrant chez soi. Quand je repris forme humaine dans ma chambre, j’avais le cœur un peu plus léger.
 
 
Les jours qui suivirent furent difficiles. Je n’osais pas regarder Nayah quand je la croisais, répondais laconiquement à ses messages. Je n’avais pas encore reparlé à Laurent : je ne savais pas comment aborder les choses, me voyais mal lui proposer de se retrouver dans un endroit discret, un soir où Nayah serait occupée, ou en journée. Paul, lui, se doutait probablement de quelque chose, mais je n’avais pas osé aborder le sujet, un peu honteuse.
 Peut-être Laurent ne ressentait-il pas cette gêne, ou alors il était capable de passer au-dessus. Toujours est-il qu’il finit par me contacter.
 « Je peux passer ce soir ? »
 Je regardai le SMS un moment, puis le rangeai dans ma poche. Je ne pouvais pas répondre tout de suite ; je ne savais pas comment je me sentais ni ce que je voulais lui dire. S’il pouvait venir. Je m’occupai des vaches pour me vider la tête, mais la question se faisait insistante, revenait, occupait mon attention, au point que je finis par renverser le seau de lait.
 « Quelle conne. »
 Je ne pouvais pas continuer comme ça, comme il avait dit. Tout en allant chercher de quoi nettoyer, je lui répondis.
 « Ok. »
 Le poids était un peu retombé quand j’épongeai le sol.
 
 
 Laurent ne m’avait pas répondu ; je ne savais pas quand il viendrait, ni même s’il viendrait. En attendant, assise sur mon lit, je fixais ma penderie, le regard et l’esprit dans le vide. La sonnette – stridente, je n’avais jamais pris le temps de la changer – me tira de mes pensées. J’allais à la porte un peu chancelante. Laurent et une bouteille de vin m’attendaient derrière.
 « Je n’étais pas sûr que tu m’ouvrirais. »
 Je lui souris et le laissai entrer.
 
 
 La bouteille descendit rapidement. Nous étions dans le canapé, l’un à côté de l’autre – nos jambes se touchaient, nos mains se frôlaient parfois en allant chercher le verre, et nous nous souriions alors comme deux adolescents – si proches… Nous restions prudents, cependant, comme s’il y avait encore un doute à avoir après l’autre soir, comme si notre présence, rien que tous les deux, ne disait pas tout. Nous discutions, en attendant, comme si de rien était, nous riions à mesure que le vin coulait, puis je lui pris la main et il se tut. Je chassai l’image de Nayah de mes pensées et embrassai Laurent ; un baiser chaud, teinté de l’acidité du vin blanc. Il se prolongea un moment, puis Laurent m’attira à lui.
 « Attends. »
 Je me dégageai sous son regard un peu perdu, lui souris pour le rassurer, repoussai la table et revins au canapé.
 « Reprenons », je dis dans un souffle.
 Cette fois-ci, nous ne nous arrêtâmes pas au baiser ; mais quand Laurent dut partir, un peu avant minuit, je me retrouvai avec les mêmes questions pour me torturer. Je me frottai les yeux et vidai la bouteille de vin. Seule dans mon lit, je ne parvins pas à dormir.
 
 
La routine reprit son cours : la ferme, le bar, une sortie dans les bois de temps à l’autre et des rencontres brèves et frustrantes avec Laurent, les soirs où Nayah était absente, ou entre midi. Toujours chez moi, ce qui m’allait aussi bien : je n’avais pas envie de m’introduire plus avant dans la vie de mes amis et tromper Nayah sous son toit m’aurait paru plus horrible encore. Peu à peu, je sentis une peur s’installer en moi. Le village était petit, et malgré le tourisme florissant, tout le monde s’y connaissait, voire s’y surveillait. J’angoissais à l’idée que mes voisins repèrent ce visiteur trop insistant, se doutent de quelque chose, parlent. J’imaginais déjà Nayah tapie au coin de la rue qui nous observait et se préparait à nous confronter. J’imaginais ma honte, les qu’en dira-t-on, les regards noirs des petites vieilles dans la rue ; je me voyais contrainte de quitter le village pour reprendre une vie normale. Dans ces moments, ma situation me semblait tout à coup bien moins enviable et, seule dans mon lit, devant l’ordinateur ou un verre de bière, je me demandais si cette relation valait vraiment le coup ; si je pouvais m’imaginer continuer longtemps comme ça malgré l’amour que je ressentais pour Laurent, la joie que j’avais à le revoir et la félicité à la fin de nos sessions amoureuses, toujours brimée par son départ rapide, ses excuses et son dernier baiser. Je n’étais pas assez naïve pour croire aux promesses qu’il ne me faisait d’ailleurs pas et j’avais bien du mal à m’imaginer un avenir dans ces conditions.
 « Le rêve est déjà fini ? »
 Je levais les yeux pour croiser le regard plein de sollicitude de Paul. Je m’étais ouverte à lui de mes difficultés et de mes peurs. Il avait écouté avec bienveillance, comme d’habitude, et ça en rajoutait à ma culpabilité. Je me reprochais de lui imposer mes déconvenues et mes états d’âme, sans que jamais lui-même ne prenne cette liberté.
 « Désolée », je murmurais, comme si cela suffisait à combler tout le temps qu’il passait à m’écouter, à me conseiller ou à me consoler. Il prit ma main dans les siennes.
 « Désolée de quoi ? On est amis, non ? »
 Nous restâmes ainsi un moment ; le temps pour moi de profiter un peu plus de la chaleur de ses mains et de son regard. Je finis par retirer la main, et il se leva, enfila sa veste.
 « Il faut que tu saches ce que tu veux, ma vieille, et que tu agisses en conséquence. »
Il posa un billet sur la table, puis ajouta, plus doux, presque en s’excusant de sa rudesse.
 « Je ne peux pas le faire pour toi. »
 Il me laissa là. J’avais beau tourner la question et mon verre de vin dans tous les sens, je n’arrivais pas à me décider. Je n’avais toujours pas la réponse quand Nayah vint s’assoir en face de moi.
 « J’espérais bien te trouver là. »
 Elle avait un air sérieux que je ne lui voyais que rarement et qui m’inquiéta un peu.
 « Ça va ? » elle demanda.
Je hochai la tête, et nous échangeâmes quelques banalités – sur la météo, sur les vaches ou le travail en général ; je voyais bien qu’elle attendait simplement que le serveur ait fait son aller-retour, pour que nous soyons tranquilles pour discuter. Quand elle eut son verre sur la table, je la vis hésiter encore un peu, occupée à triturer le sous-bock. Cela me rassura : si c’était à moi qu’elle en voulait, si elle avait découvert que je couchais avec son compagnon tout en prétendant être son amie, elle aurait été bien plus vindicative.
 « Louise… »
 J’attendis qu’elle parle, ne voulant pas la brusquer, voyant bien qu’elle cherchait ses mots et du courage.
 « Je crois que quelque chose ne tourne pas rond avec Laurent. »
 On n’était quand même pas loin.
 « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »
 Mes propres mots me donnèrent envie de vomir.
 « Il est plus distant. Il m’écrit moins, les soirs où on n’est pas ensemble, il est moins câlin, et je crois qu’il m’évite parfois. »
Conasse, conasse, conasse, me lançait mon cerveau – non sans raison. Je ne savais pas quoi dire à mon amie. Pouvais-je la rassurer, même si ça faisait de moi une hypocrite ? Ou confirmer ses doutes, ce qui revenait à servir mes propres intérêts.
 « Tu as essayé de lui en parler ? »
 J’avais honte de lui dire ça tout en sachant que, dans la même position, j’en aurais été bien incapable. Que j’en étais bien incapable, puisque je ne confiais pas plus mes propres doutes à Laurent.
 « Tu crois que j’ai raison, alors ? Qu’il y a quelque chose ? »
Oui, disait mon cœur. « Je ne sais pas », je répondis en essayant de me fermer au désespoir que je voyais sur le visage de Nayah qui n’avait pas touché à son verre. Depuis combien de temps gardait-elle tout ça en elle ? Elle avait l’air au bord des larmes.
« Viens, je lui dis. Finis ton verre. »
 Elle m’obéit et se leva pour me suivre.
 « Où on va ?
 – Chez moi. On va te remonter le moral. »
 Ça, au moins, je savais faire.
 

Suite : envoi 4
« Modifié: 20 avril 2020 à 22:23:53 par Loïc »
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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 3/4)
« Réponse #9 le: 24 janvier 2020 à 17:13:26 »
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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 3/4)
« Réponse #10 le: 24 janvier 2020 à 19:23:28 »
Salut Loïc,

Première fois que je te lis ! Je suis content de découvrir ton écriture.
J'ai parfois un peu de mal à tenir mes promesses de commentaires sur les textes un peu plus longs, mais comme d'habitude je vais essayer.
Je me cantonne au premier extrait pour aujourd'hui.

D'abord, mes remarques dans le détail :

Il y avait les bottes du foin dans la plaine, toutes jaunes ; juste au-dessus, le vignoble, encore vert des grappes de raisin blanc et, tout en haut, la ligne bleue de la montagne.

Une belle première phrase colorée, à mon sens.
Simplement un peu étonné de l'article "du [foin dans la plaine]" (alors qu'on attendrait plutôt "de"), mais ça n'est pas très important et je suppose que ça se justifie.
Au cas où tu ne l'aies pas remarqué et au cas où ça te gêne, il y a "toutes"/"tout".

Assise sur une corniche du clocher de l’église, non loin d’un nid à cigognes pépiant dont les propriétaires m’observaient avec vigilance [...]

Je ne trouve pas ce participe présent très heureux.

La musique qui criait dans mes oreilles ne le rendait pas plus épique, loin de là, et je pouvais déjà voir les évolutions qui se succèderaient au rythme des saisons et des années.

J'ai buté sur l'expression : le conditionnel de "succéder" et la reprise avec le pronom relatif un peu lourde, j'aurais bien vu plutôt : "[...] et je pouvais déjà voir les évolutions se succéder au rythme [...]".

Je me réceptionnai légèrement sur les pavés du parvis – vide en cette heure matinale – et rentrais chez moi, satisfaite d’avoir vu un nouveau jour se lever. Le reste attendrait.

Au cas où : imparfait ou passé simple pour "rentrai/s" ? conditionnel ou futur pour "attendra/it" ?

Couchée sur le dos, la lumière bleue m’éclairant dans le visage, je tapai mon code pour lire le SMS.

J'aurais plutôt écrit : "[...] la lumière bleue m'éclairant le visage".

J’étais en retard, mais Paul ne m’en voudrait pas.

Conditionnel ou futur "voudra/it" ?

La chaleur et la lumière m’écrasèrent quand je sortis de mon appartement plongé dans le noir, et je dus prendre quelques secondes pour m’habituer à l’extérieur. Je clignai des yeux stupidement devant la porte de l’immeuble, alors que les hordes de touristes, égarés ou à la recherche de leur bus, me contournaient. Je repartis finalement vers le café-restaurant que nous fréquentions habituellement, un peu caché à l’écart des rues principales du village, et donc prisé des locaux. La rue principale bruissait. Les terrasses étaient sorties, et on s’activait pour apporter plats et boissons traditionnels aux tables pleines. Je ne m’y arrêtai pas et continuai ma route. La cour fraiche et ombragée du Hopfezopfer m’attendait.
Le restaurant était installé dans une vieille maison du village, massive avec ses trois étages. L’intérieur, libéré de la fumée depuis quelques années, était tout de même lourd : on y mangeait, y criait, y jouait à la belote… Le patron, en me voyant, me salua de la tête et m’indiqua l’arrière, avant de se remettre à remplir ses verres de vin. Paul m’attendait sous un parasol d’un autre siècle, faisant tourner une pinte d’amer déjà à moitié vide entre ses mains, histoire d’en accélérer le réchauffement. Je me laissai tomber sur la chaise en face de lui, sans un regard pour les autres clients attablés là. Nous nous connaissions tous, de près ou de loin, et se saluer était dépassé depuis longtemps.

Tout ce passage me semble bien fluide et immersif !
Juste : c'est quoi une "pinte d'amer" ?
J'aurais bien rajouté sinon : "[le besoin de] se saluer était dépassé depuis longtemps."

Paul ne me quittait pas des yeux et je feignais de l’ignorer ; je préférais me concentrer sur la douce chaleur du soleil sur mon épaule, la brise légère et le bruissement des conversations autour de nous.

Au cas où ça te dérange, il y a déjà le verbe "bruire" au-dessus.

J’hésitai un instant à lui mentir. À lui répondre que je ne savais pas de quoi il voulait parler, que tout allait bien, mieux que jamais même. J’abandonnai bien vite l’idée, certaine qu’il n’y croirait pas un instant. Nous nous connaissions depuis trop longtemps, à force d’avoir éclusé ensemble les anniversaires et gouters de nos camarades de classe, puis les bars et fêtes du vignoble où nous avions subi nos premières cuites. Finalement, nous avions grandi et nous étions restés là, au milieu des champs de maïs et des touristes, quand la plupart de nos amis et connaissances avaient déserté le village, voire la région.

C'est bien écrit !
Toute la suite aussi, le dialogue, les réactions, les petits détails.

Murphy, cependant, ne me laissa pas m’en tirer si facilement. Un matin, alors que j’étais occupée à remplacer les piquets en mauvais état d’une clôture, j’entendis approcher des randonneurs, reconnaissables à un mélange d’odeur de sueur et de sandwich mal emballé, ainsi qu’à des discussions toujours trop fortes, même quand elles étaient à un volume normal. Tout cela surnageait  au milieu des animaux qui m’entouraient et de la quiétude habituelle des prés. Je ne fis pas attention au groupe en approche. On était au cœur de la saison touristique et, sur les contreforts montagneux, les promeneurs étaient nombreux ; étrangers comme locaux venaient profiter du cadre et de la relative fraicheur des matinées. Quand je relevai la tête cependant, je croisai d’autres effluves ; et un coup d’œil derrière moi me confirma ce qu’elles apportaient. Il était là. Il était là, et elle aussi : la jeune femme qui l’accompagnait, marchant à une cinquantaine de centimètres de lui, n’était ni sa sœur, ni une amie. Pas juste une amie en tout cas. Ça puait de partout ; l’humaine expulsait son désir dans toutes les directions. Je les saluai de la tête et me remis au travail ; du moins j’essayai : je pouvais bien faire la dure ou l’insensible, mon corps et mon cerveau se rappelaient bien vite à moi, et une fois que le couple fut passé derrière moi, qu’ils étaient incapables de me voir dans leur dos, je les fixai pendant un moment, debout, l’air bête, mon marteau à la main. Je me demandais ce qu’il avait ressenti de moi, en passant, et à quoi il avait joué, l’autre soir.
Quand ils eurent disparu dans un repli du coteau, je donnai un coup rageur au poteau. Le soir, je bus plus que de raison. Le matin, je me réveillai dans un lit inconnu.

Rien à dire sur ce passage-là non plus !

Je passai à travers la journée sans vraiment la vivre, telle un fantôme, navigant entre le travail que j’essayais d’accomplir malgré tout et mes remords.

"tel", normalement.

« On verra », je dis, et ça conclut la discussion.

Un chouïa raide, cette phrase, pour moi, certainement à cause du "conclut".


Ce que je retiens de ce premier extrait, c'est une écriture efficace, sans fioritures, et qui pour autant ne me laisse pas une impression de platitude ; cette efficacité me semble au service d'une conduite narrative solide et favorable à l'immersion.
Le texte est de bonne facture, donc, je trouve, assez irréprochable dans sa forme. Comme le montre je pense mon relevé dans le détail, il y a simplement quelques endroits en début de texte qui m'ont semblé un peu plus rêches, un peu plus hésitants, après ça s'envole et la qualité est maintenue.
Sur le contenu de l'histoire et la construction d'ensemble, je ne peux pas me prononcer avant d'avoir lu les prochains extraits.

C'était d'ores et déjà ou pour l'instant un très bon moment de lecture, en tout cas.
Merci beaucoup Loïc et à bientôt !
« Modifié: 24 janvier 2020 à 20:38:20 par Keanu »

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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 3/4)
« Réponse #11 le: 25 janvier 2020 à 07:26:16 »
J'aime bien l’ambiguïté qui plane, celle qui nous tiraille entre l'instinct animal et la conscience humaine. Ta narration est efficace. 

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Re : Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 3/4)
« Réponse #12 le: 25 janvier 2020 à 13:26:34 »
Kou tous les trois.
(Je réponds dans l'ordre des envois plutôt que de mes réponses)

Keanu
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Xeraphia - Envoi 1
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Xeraphia - Envoi 2
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Merci également de ta lecture Colin, apparemment je ne t'ai pas encore perdu :)


« Modifié: 25 janvier 2020 à 14:48:00 par Loïc »
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Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 3/4)
« Réponse #13 le: 26 janvier 2020 à 05:27:01 »
Yop o/

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Envoi 2
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PS pour Gaston : C’est juste que tu allais trop vite, j’ai pas le temps de passer comme je le voudrais T_T

J’essaie de lire l’envoi 3 demain ! :)

Done.

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« Modifié: 27 janvier 2020 à 03:30:08 par Xeraphia »
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Entends le lynx, le renard et les humains (envoi 4/4)
« Réponse #14 le: 29 janvier 2020 à 20:13:12 »
Ooooooh mais j'avions loupé ton édit.

Chapitre 3
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Envoi 4 (envoi 3)
Nayah éclata de rire, et ce rire me réchauffa le cœur. Nous étions assises sur le canapé, la bouteille de rhum à moitié vide sur une table, juste à côté. L’alcool m’embrumait agréablement l’esprit, reléguant au loin, au moins pour un moment, les soucis du jour. Et Nayah riait. Pas tout à fait franchement, pas entièrement, mais elle riait. Elle n’oubliait pas ses peurs, ni l’inquiétude qu’elle était venue me confier, mais nous échangions nos histoires d’adolescentes ou nos bêtises de jeunes adultes et nous en riions comme si rien d’autre n’existait. Et nos bras, nos genoux ou nos pieds se frôlaient, et je frissonnais à chaque fois, comme je frissonnais devant son sourire qui faisait bondir mon cœur. J’essayais de l’ignorer, de profiter du moment présent, mais tout mon être se rappelait à moi à chaque fois.
Nayah partit vers minuit. Nous chancelions un peu toutes les deux, tandis que je la raccompagnais jusqu’à la porte, ce qui nous faisait rire de plus belle.
 « Merci », elle me dit dans l’encadrement.
 « C’était chouette. »
 Elle m’étreignit, et ça me fit plus plaisir que ça n’aurait dû.
 « Fais attention à toi en rentrant. »
 Elle me montra son téléphone – qu’elle manqua de faire tomber.
 « T’inquiète. Je t’envoie un message quand je suis à la maison. »
De nouveau seule, je trainais un moment dans le salon, débarrassais la table et essayais de chasser toutes les pensées qui montraient le bout de leur nez. Mon téléphone vibra et, voyant le nom de Nayah s’afficher, j’allais me coucher sans lire le message et m’endormit rapidement.
 
 
 Le mal de tête me cueillit au réveil comme un vieil ami. Je me maudis une fois de plus devant ma tasse de café d’être encore assez stupide pour prendre une cuite sans boire assez d’eau. Ce ne fut qu’au bout d’une heure brumeuse que je vis une lumière clignoter sur mon téléphone, me rappelant que je n’avais pas lu le message de Nayah, la veille. Je me précipitai pour le déverrouiller, subitement inquiète, pour constater qu’elle était effectivement bien rentrée. Ce n’était pas tout ce qu’elle disait, cependant :
 « Hey ! Bien rentrée :D
 Merci pour ce soir, ça m’a fait du bien. Faudrait qu’on fasse ça plus souvent.
 Bises,
 N. »
Les souvenirs revinrent, peu à peu, alors que je la soirée défilait dans ma tête ; et, avec eux, la culpabilité. À quoi tu joues, demandait la petite voix, il faut apprendre à choisir, elle ajoutait, sournoisement, rejoignant ainsi des dizaines d’autres qui, quelques années auparavant, m’avaient dit la même chose. Je commençais à les trouver raisonnables, alors que la peur de faire souffrir les autres se faisait de plus en plus pressante. Je m’en voulais aussi de trahir tous mes principes pour des aventures sans avenir, dont une n’avait même pas commencé – n’existait probablement même pas.
Résister à l’envie de retourner me coucher fut difficile. À la place, j’allai ruminer sous la douche brulante, mon téléphone envoyant à fond la version metal d’une chanson populaire. Ça n’arrangeait pas ma déprime, bien au contraire, mais me permettait de m’y installer confortablement. Nue devant mon miroir, je me demandai une nouvelle fois ce que l’on pouvait bien me trouver et si je ne ferais pas mieux de disparaitre pour vivre une vie de lynx au milieu des bois. Sous cette forme, je me posais moins de questions.
Toute la journée fut une épreuve permanente. Pour me faire à manger, pour ne pas rester vautrée sur le canapé en enchainant verres d’eau et tasses de café, pour aller faire un tour dehors, prendre l’air et me rafraichir l’esprit, surtout. Le soleil automnal m’y aida un peu et, une fois à l’extérieur, je soupirai d’aise en sentant sa douce chaleur sur ma peau. Ça me rendit un peu le sourire. Je croisai quelques voisins, mais heureusement ni Laurent, ni Nayah. Je n’avais toujours pas répondu au message de cette dernière et tentai de l’oublier, au moins pour un moment. Il faudrait bien m’en occuper, avant la fin de la journée si possible, mais je retardais cette échéance en m’enivrant de musique. Je rentrai chez moi plus légère, et libérée du mal de crâne qui m’avait suivie toute la journée. Restait la fatigue d’une nuit qui ne m’avait guère reposée, mais cela ne pouvait pas m’exonérer de mes tâches de la soirée.
Un verre de vin dans une main, le téléphone dans l’autre, en tailleur sur le canapé, je lus et relus le message de Nayah en m’interrogeant sur la façon d’y répondre. Sur comment je voulais y répondre, surtout ; sur ce que je pouvais écrire sans risque – je ne savais pas dans quelle mesure Laurent lisait ses messages, même s’il était de toute façon bien trop tôt pour écrire quoi que ce soit de compromettant. Nayah m’avait écrit comme à une amie, seulement comme à une amie.
 « Salut ! Désolée, je réponds tard, le réveil a été difficile.
 De rien, c’était chouette. Oui, faisons ça plus souvent…
 Peut-être plus doucement.
 Bises, Louise. »
 Tout ça pour ça, je me dis, en appuyant sur « envoyer ». Même pas la proposition de se revoir, seulement une vague promesse.
 
 
 Je revis Laurent, dans la semaine qui suivit, et s’il avait senti quelque chose de changé, s’il s’était aperçu des doutes qui assaillaient Nayah, il n’en fit pas état. Il restait le même, mon bel inconnu, toujours aussi affectueux, amoureux, et fuyant au moment de rentrer chez lui et de me laisser seule. Je vivais nos rencontres un peu extérieure à moi-même, me demandant si j’aimais nos ébats, ou si, à travers mon amant, c’était Nayah que j’embrassais. Ça ne dut pas perturber Laurent, qui ne me dit rien à ce sujet, mais moi, taraudée par mes angoisses, j’avais bien du mal à me concentrer sur mes tâches pendant la journée, ou sur quoi que ce soit d’autre.
 « Louise. Hé ho, Louise ! »
 Je clignai des yeux en sentant la main de Paul sur mon bras.
 « Ah, te revoilà parmi nous. »
 Il me souriait – quand Paul ne me souriait-il pas ? – et je pris conscience que je devais regarder dans le vide depuis un certain temps.
 « Tu disais ? »
 Il secoua la tête.
 « Je ne crois pas que ça soit très important. Qu’est-ce qu’il se passe encore ? »
 L’emphase qu’il avait mise sur le dernier mot me mit mal à l’aise. Malgré l’immense réserve de sollicitude de mon ami, j’avais peur de commencer à l’épuiser. Et si, un jour, c’en était trop pour lui ? Après un moment d’hésitation, je lui racontai la soirée avec Nayah.
 « Tu ne te trouves pas un peu cliché, ma vieille ? »
 Si, évidemment, et je vis dans son regard qu’il le savait. Paul me connaissait trop bien, et c’était sans doute ce qui lui permettait de me supporter.
 « Tu crois que je devrais partir ? »
J’avais posé la question après un silence, laissant l’idée faire son chemin dans mon esprit avant de pouvoir la formuler. Je vis bien que Paul était surpris. Il accueillit ma proposition, la tourna et la retourna dans sa tête, prit une décision, pesa ses mots…
 « Pour aller où ? »
 Je haussai les épaules.
 « J’y ai pas encore réfléchi. Ailleurs. Dans la forêt, dans le Sud, à l’étranger…
 – Ça ne te ressemble pas, de fuir. »
 Je lui souris, et j’imaginai sans peine combien mon sourire pouvait sembler piteux.
 « Non, c’est vrai. Mais coucher avec des hommes en couple, non plus. »
Ni tromper mes amies. J’avais fait tant de choses qui ne me ressemblaient pas, ces derniers temps, que je n’étais plus à ça près. Je fermai les yeux un moment pour refouler les larmes et les rouvris quand la main de Paul vint de nouveau se poser sur la mienne, apportant avec elle son lot de chaleur et de réconfort.
 « Tu n’as pas besoin de fuir, Louise. On peut trouver une solution. Tu peux trouver une solution. Ça ne règlera rien de partir. »
 Il s’interrompit. Je ne dis rien, certaine qu’il allait ajouter quelque chose, ignorant seulement quoi.
 « Bien sûr, si c’est ce que tu veux, tu sais que je te soutiendrai et que je t’aiderai. »
 Les yeux mouillés, je répondis à son sourire bienveillant.
 
 
 Je n’avais plus passé de moment seule avec Nayah depuis longtemps quand, un soir pluvieux, elle m’appela.
 « Louise. Je suis devant chez toi. Je peux entrer ? »
Le téléphone en main, je me dépêchai d’aller ouvrir la porte. Elle était là, en effet, trempée, ses beaux cheveux noirs collés à son visage mélange de sourire et de larmes. Je m’effaçai, elle fit quelques pas à l’intérieur. Je répugnais à reculer plus, tant elle était proche de moi, tant j’avais envie de la prendre dans mes bras ; tout en sachant qu’il fallait la laisser entrer, lui permettre de se sécher, de m’expliquer.
 « Merci », elle dit, et ça me réveilla.
« Je vais te filer une serviette. » Je lui jetai un regard rapide.
 « Et peut-être un t-shirt. »
 Pendant que Nayah se changeait, je mis de l’eau à chauffer ; quand je me retournai, elle était là, à m’observer dans un t-shirt un peu trop grand, toujours décoiffée, mais à peu près sèche.
 « Je fais de la tisane », je dis, un peu gauche, un peu ridicule.
 « Chouette. » La voix de Nayah était douce, elle fit bondir mon cœur.
 « Assieds-toi, je t’en prie ». Je l’accompagnai vers le canapé, nous nous assîmes comme la fois précédente.
 « Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
 – J’ai plaqué Laurent. »
 Je restai silencieuse, essayant de digérer l’information que pas grand-chose n’avait laissé présager. Nayah m’observait à la dérobée, attendant une réaction.
 « Et… ça va ? »
 Une fois de plus, je me trouvais bête.
 « Oui, je crois. Ça… libère, tu sais ? Je crois que ça ne marchait plus depuis quelque temps déjà. »
 Et moi qui sentais la joie monter en moi ; conasse, conasse, conasse, je me disais encore, mais ça ne suffisait pas à atténuer le soulagement : Nayah était célibataire, Laurent était célibataire. Tout était soudain trop facile, ou presque. Le sifflement de la bouilloire me ramena à la réalité, me donna un moment de répit. Je remplis la théière et revins auprès de Nayah, servis deux tasses fumantes.
 « Merci. »
 Son sourire, si doux malgré la tristesse, fit battre mon cœur plus fort. Nous buvions le thé sans nous lâcher du regard et, un peu paralysée, je me demandais ce que j’étais censée faire.
 « On mettrait pas un peu de musique ? »
 Elle avait dit « on », pas « tu », et ça me rendit heureuse ; et je me sentis stupide. Je hochai la tête et allumai l’enceinte, mode aléatoire. Le visage de Nayah s’éclaira un peu plus en entendant les paroles et elle commença à chantonner avec la musique. Peu à peu, je me laissai emporter à chanter avec elle.
Nous chantions à tue-tête quand le morceau se termina et que les premières notes d’une chanson traditionnelle retentirent dans la pièce. Nayah sauta du canapé et me tendit la main.
 « Allez, viens, on danse. »
 Je me laissai emporter. Nayah était intenable. Elle secouait la tête, sautillait sur place ; nos bras et nos mains se frôlaient parfois et je ne savais pas quoi faire avec l’envie de lui prendre la main qui me tordait les entrailles.
 D’un même mouvement, nos mains se joignirent et nous dansâmes ensemble, Nayah, plus habituée, me guidant comme elle pouvait. Quand la musique s’arrêta, je ne lâchai pas sa main.
« Nayah… »
Même avec ses cheveux en désordre et une perle de sueur sur la joue, je la trouvais belle. Nous restions main dans la main, face à face ; je n’entendais même plus la musique tant mon cœur battait à mes oreilles. Elle n’avait toujours rien dit ; hésitante, je m’approchai un peu plus ; nous étions presque l’une contre l’autre.
 « Vas-y », elle me dit à voix basse.
Ça me décida. Elle ferma les yeux ; nos lèvres se touchèrent. Nous nous séparâmes, nous sourîmes, nous embrassâmes encore ; nous déshabillâmes, fîmes l’amour, nous endormîmes enlacées. Je me réveillai le lendemain plus sereine que je ne l’avais été depuis longtemps. Je n’ignorais pas, au fond, que ça ne réglait pas mes problèmes. Pas tous, en tout cas ; mais j’avais choisi, et c’était un grand pas en avant. Je tournai la tête vers Nayah, qui me regardait.
 « Bonjour.
 – Bonjour. »
 Un grand sourire, de nouveau, et mon cœur qui s’emplissait de bonheur.
« Petit-déjeuner ?
 – Mmmmmmh. »
 Petite moue.
« D’accord. »
 
 
La cafetière sifflait dans la cuisine, nous apportant une douce odeur qui me mettait l’eau à la bouche. Humains et Faés étaient égaux, quand il s’agissait d’addictions. Nous bûmes presque en silence.
 « Qui va garder la maison ? »
 J’étais en train de faire la vaisselle, Nayah serrait les mains sur sa tasse de nouveau pleine. Nous étions de retour à la réalité et toutes ses complications.
 « Lui, pour l’instant. Je n’allais pas le mettre à la porte, après tout, il n’a rien fait de mal. »
Ou si peu, je me dis, sans oser regarder Nayah. Ça me facilitait les choses et réduisait les chances de voir débarquer Laurent sans avertissement parce qu’il n’avait nulle part où dormir. Il faudrait lui parler, et le plus tôt serait le mieux, mais en attendant, j’avais quelques heures de répit. Nous les passâmes l’une contre l’autre dans l’appartement, devant un film sur le canapé ou dans le lit en écoutant de la musique. Alors que l’après-midi touchait à sa fin, je me dégageai des bras de Nayah.
 « Il faut que j’y aille. Je n’en ai pas pour très longtemps, une heure peut-être. Tu peux rester ici, pas de problème. »
Elle hocha la tête ; je lui montrai tout ce dont elle pouvait avoir besoin pendant mon absence. Nous nous embrassâmes sur le pas de la porte, et je partis vers le centre-village en essayant de rassembler toute ma détermination. Un coup d’œil à mon téléphone m’apprit que Laurent avait essayé de m’appeler ; ça me fit mal au cœur. Le pauvre n’y était pas pour grand-chose, dans cette histoire, mais il était bien celui qui en faisait les frais. J’arrive, je lui écrivis rapidement, sèchement. Histoire de préparer le terrain.
J’arrivai devant la maison. Les volets étaient déjà baissés, même si le jour n’était pas encore totalement tombé. J’hésitai. Que pourrais-je bien dire à Laurent, comment me conduire ? Avais-je vraiment le droit de l’enfoncer, étant donné les circonstances ?
Tu dois le faire, dit la petite voix sur mon épaule, et je reconnus qu’elle avait raison. J’allai sonner.
« Entre, c’est ouvert ! » j’entendis, étouffé, à travers la porte. Je me retrouvai dans le couloir que je connaissais si bien.
 « Je suis dans le salon. »
 Je le trouvai affalé sur le canapé, une bouteille d’alcool presque vide sur la table basse. L’odeur de whisky imprégnait la pièce.
 « Tu es bourré ?
 – Non, c’était cette nuit. Je n’ai pas bu aujourd’hui. »
 Rassurée, je m’avançai. Il avait l’air hagard, n’était pas rasé. Je m’arrêtai au milieu de la pièce, de l’autre côté de la table.
 « Je sais pourquoi tu es là. »
 Sa voix était rauque et dure, ses yeux tristes. Je ne dis rien, le laissai continuer.
« Comment je n’ai pas pu le voir venir ? »
 Je haussai les épaules. Que pouvais-je lui dire qu’il ne savait pas déjà ?
« Je n’y suis pour rien, Laurent. Je suis désolée. »
 Il ricana.
 « Tout le monde t’es tombé dans les bras, hein. Moi, puis Nayah. Non, c’est sûr, tu n’y es pour rien. »
« Qu’est-ce tu veux que je te dise ? »
 Il se leva pour attraper la bouteille. J’eus un mouvement de recul et m’en maudis.
 « T’inquiète, je vais pas te frapper. »
 Je ne laissai pas le blanc durer plus longtemps que nécessaire.
« Je n’ai pas cherché à séduire Nayah.
 – Et moi ? Tu n’as pas cherché ? »
 Je baissai les yeux.
 « Excuse-moi.
 – C’est facile, de s’excuser, hein. »
 Il se servit un verre de whisky, le vida d’un trait.
 « Tu peux y aller. Tu as fait ton devoir. »
 Il n’y avait rien de plus à dire. Je me détournai, m’arrêtai à l’entrée du couloir.
 « Au revoir, Laurent. Je suis désolée. »
 Je sortis sans attendre sa réponse.
« Modifié: 20 avril 2020 à 22:25:53 par Loïc »
"It doesn't matter how your story begins. It's about who's with you at the end."
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"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
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Arundhati Roy

 


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